Voilà une bd québécoise bien surprenante à plus d'un titre. C'est un véritable récit fantastique comme je les aime. On va se faire mener en bateau par une belle sirène vivant dans un lac dans une partie froide et isolée du Québec au début du XXème siècle.
La fin de ce premier tome donne envie d'en savoir un peu plus sur la fameuse porte que garde la bête du lac. Il y a beaucoup d'originalité dans la mise en scène. Et pourtant, cela ne sautait pas tout de suite aux yeux. J'avoue avoir été bluffé. Voilà un conte qui mérite toute notre attention avec des dessins et des dialogues de qualité. Cela emprunte à la fois aux légendes celtiques et à celles des amérindiens.
On espère voir la suite car ce tome ne possède pas de numérotation. Et surtout, on espère que la suite sera du même niveau sinon plus... Il apparaît que la série a changé de nom suite à des ventes décevantes et que le vocabulaire a été adapté au public français avec des expressions moins québecoises.
Havre est une œuvre assez unique dans le genre apocalyptique. J'ai bien aimé l'entrée en scène entre la sorcière et le nécromancien qui essayent de survivre dans un monde réellement hostile. Il y a des choses qui m'ont un peu échappé au début de cette lecture. Cependant, la scénariste n'a pas voulu jouer toutes les cartes d'un coup. Elle insuffle à son récit la part de mystère pour tenir le lecteur en haleine car on ne sait pas ce qui s'est réellement passé avec le monde.
Le second volume est assez étonnant car il se concentre surtout sur le personnage assez gamin du pistolero qui se révèle être un homme au grand cœur malgré ce qu'il a fait subir à la sorcière. La psychologie sera de mise un peu au détriment de tout le reste. Cela élève d'un cran le récit mais il ne se passe pas grand chose. C'est vrai qu'on pense immédiatement à Walking Dead. Les personnages sont bourrés de zones d'ombre ce qui rend l'œuvre un peu plus complexe qu'à l'habituée. Cette intelligence du scénario ne sera pas pour me déplaire.
Le troisième tome apportera tout le lot des réponses qu'on attendait car les masques tomberont. Cela se termine d'ailleurs en crescendo.
Au final, on retiendra qu'il s'agit d'une série de qualité avec des dessins simples et épurés mais à la lisibilité agréable. Juste un dernier mot pour dire que j'aime bien le parti pris de se concentrer sur les rapports entre les personnages au lieu de multiplier les effets en se servant du fantastique. Pour autant, tout est une question d'équilibre. La scénariste a encore démontré tout son réel talent dans un genre où l'on ne l'attendait pas.
Le Hir arrive à faire naître de l'émotion avec une histoire d'une simplicité absolue. On ne pourra pas dire que l'originalité sera présente. L'album sera d'ailleurs très vite lu en raison de nombreuses scènes contemplatives. Il s'agit bien d'une bd muette hormis la narration.
Cependant, j'ai beaucoup apprécié cette fable du clown reclus qui découvre la joie de vivre grâce à l'émergence d'une petite fille dans sa vie. Les choses vont singulièrement se compliquer à l'âge adulte. Les clowns m'ont toujours fait peur car derrière le visage d'un farceur peut se cacher d'autres réalités plus sombres pour peu qu'elles naissent du malheur et du désespoir.
C'est le premier album d'un auteur plein de promesse et d'espoir. Le 4 étoiles est décerné à titre d'encouragement car c'est mérité. Il faudra juste un peu plus complexifier les choses à l'avenir sous peine de ne pas assez contenter le lecteur.
Voici une petite perle du siècle dernier.
Je ne croyais pas trop en cette BD, qui ne payait pas de mine. Je n'ai rien contre le fait de lire une BD du début de siècle dernier (ça m'est déjà arrivé plusieurs fois), mais bon, aujourd'hui, et contrairement à "Little Nemo", qui se souvient de Buster Brown ?
Je dois dire tout de suite que si j'ai trouvé cette BD très bien, elle est aussi très inégale (à l'origine, c'était publié de façon hebdomadaire donc j'imagine que ça doit jouer). Alors (et surtout au début en fait), il y a des planches géniales (dès fois, meilleures qu'une planche de "Little Nemo"), assez drôles. D'ailleurs l'humour est assez spécial et recherché, je ne pense pas qu'il plaira à tout le monde : c'est un mélange entre un humour très potache qui découle des farces du petit Buster et de ses punitions (je suis pas toujours friand de cet humour, mais dès fois ça fonctionne bien), et un humour beaucoup plus décalé venant des fausses moralités qu'écrit Buster en fin de gags : cette moralité est à prendre au second degré et est dès fois assez absurde. Je me suis surpris à plusieurs reprises à bien rire en lisant "Buster Brown", et même lorsqu'on ne rit pas, on ne s’ennuie pas si on distille sa lecture.
En plus de ça, le dessin est quand même très joli, un peu daté, évidemment, et aussi un peu maladroit dans les premières planches. L'encrage n'est pas parfait, car pas assez affirmé par moment, mais reste assez hachuré donc agréable à regarder. Le dessin et les couleurs ont un petit côté baroque qui n'est pas pour me déplaire.
"Buster Brown", une réussite, assurément à découvrir...
Voilà un excellent ouvrage relatant la catastrophe minière de Courrières en 1906 dans le Nord de la France. Une tragédie qui a occasionné la mort de 1099 personnes dont 250 enfants.
Jean-Luc Loyer impressionne, la narration est fluide et agréable, le récit historique bien détaillé ne souffre d’aucune faiblesse, un véritable livre témoin.
Le dessin noir et blanc est magnifique, un bien joli travail avec en annexe des photos d’époque. Un livre documentaire bien construit qui nous rappelle que le travail au service du capital oisif ne date pas d’aujourd’hui.
Une série fantasy sérieuse et adulte, bien loin des productions pouêt-pouêt que Soleil nous commercialisait dans le milieu des années 2000.
Un mal décime les populations, quelle en est l'origine ? C'est en compagnie de quelques membres des diverses peuplades qui vivent autour du fleuve facteur du mal que nous allons tenter de la découvrir. Divers peuples, avec des coutumes bien différentes. Une approche sociologique et humaniste à travers leur relation qui n'est pas sans nous rappeler qu'il est important de respecter les différentes cultures de chacun, le tout dosé entre finesse, aventure, un peu d'action, et avancée de l'histoire. Gaudin a repris les "grands principes" de l'Homme à travers les âges et nous l'expose avec grand talent et brio.
Il est clair que tout comme dans l'Ombre du cinéphage, il va nous proposer un projet beaucoup moins convenu et clairement personnel, bien assisté du talent de Peynet, qui nous illumine à chaque planche d'une finesse et d'une mise en page de haut niveau, rien n'est facile dans son graphisme.
Pour en revenir sur l'histoire et les albums, les 2 premiers se lisent d'une traite sans temps-mort, tout s'enchaine à merveille. Le tome 3 prend une tournure légèrement différente puisque les héros ont moins de liberté de mouvement qui ralenti un peu le rythme, certainement volonté des auteurs de trouver une solution pour boucler la série (et de reprendre une période horrifique de l'Histoire). Cependant la dernière planche vient apporter de grands éclairages et nous gratifie d'un vrai message.
Petit bémol de la part de l'éditeur : les couvertures des rééditions, pas top du tout.
Supers dessins, super scénario : 4/5.
Voilà une bonne surprise !!! Je m'attendais à un western beaucoup plus ennuyeux qu'il ne l'est réellement, pourtant il y a très peu d'action dans ce one shot qui m'a interpellé par son originalité et son dénouement étonnant.
L'histoire est pourtant tout ce qu'il y a de plus classique pour un western , on suit les 24 heures qui précèdent un duel entre le shérif d'une petite ville de l'ouest américain à un jeune inconnu qui a priori veut se faire une réputation grâce à ses colts et son ignorance de ce qu'est la peur. Avec ce type de scénario j'aurais pu croire que j'allais m'endormir durant la lecture(certes rapide) de ce one shot, mais je suis content de dire, pas du tout bien au contraire.
Les personnages principaux, le jeune chasseur de primes, la prostituée et le shérif dont la réputation n'est plus à faire,sont tous très attachants et ont chacun une personnalité différente et attirante.
Ce western m'a surpris car je ne m'attendais pas à un final aussi étonnant. Il faut rappeler que tous les codes du genre étaient réunis, je pense bien sûr au duel, au shérif craint de tous, à la prostituée qui a un rôle important à jouer, au saloon où naissent les problèmes des deux personnages principaux, je pense donc que grâce à ces éléments les amateurs de western ne seront pas déçus.
En ce qui concerne le dessin il est tout simplement somptueux. Je ne connaissais que très peu le travail de Richard Guérineau si ce n'est dans le one shot Le Casse - Le troisième jour (et oui je n'ai jamais lu Le Chant des Stryges) mais j'avoue que j'ai été impressionné par son graphisme et en particulier par le détail des visages. Certaines planches sont tout simplement superbes.
Je serais curieux de lire la version noir et blanc car je suis sûr que le rendu n'en serait que plus impressionnant même si les couleurs s'adaptent parfaitement au dessin.
Alors oui je conseille la lecture de ce one shot qui m'a agréablement surpris malgré l'impression qu'il ne se passe rien dans ce récit étonnant et très attractif à mon goût.
Ca fait pas mal de temps que je n'avais pas eu sous la main une bd d'Edika. Il fut un temps, dans les années 1980-90, où j'en lisais souvent, chez des copains. Je viens d'en acheter une dizaine en format poche, pas cher, pour me relire quelques petites doses de connerie.
Et j'en avais gardé un très bon souvenir. Ca se lit bien, vite. Mais c'est pour y retourner aussitôt, pour relire tous les détails qui nous ont échappé - et qui sont parfois nombreux !, qu'ils soient visuels (certaines cases sont franchement surchargées, à la limite de l'illisible) ou cachés dans les dialogues, véritable flot verbal parfois, avec des bulles dans tous les sens.
Les sens, justement ! Edika en titille certains, avec une prédilection pour les (très) gros nichons, les corps ventripotants et poilus, et les (très) gros nez qui sont plus qu'une péninsule... Et une sorte de fétichisme blasphématoire faisant souvent apparaître au milieu de tout ça des nonnes peu farouches.
Si vous n'êtes pas à la recherche de finesse, et que la vulgarité gratuite, le gag débile et naze sans forcément de chute ne vous rebutent pas, vous pouvez alors vous jeter à corps perdu dans la lecture des délires d'Edika, que je trouve franchement drôles. Me vient à l'esprit, entre autres, un pauvre type qui essaye d'attirer l'attention d'un serveur et d'obtenir qu'il lui serve un café, histoire tout à fait loufoque, mais qui me fait rire même après de multiples lectures.
A petite dose peut-être, mais lecture recommandée donc.
Note réelle 3;5/5.
Cet album se termine avec la mention « Ainsi se tut Zarathoustra est une œuvre de fiction inspirée de faits réels », qui fait référence à l’assassinat de Kasra Vafadari en 2005 en France, et au procès qui s’en est suivi. Kasra Vafadari (presenté ici sous le pseudo Cyrus Yazdani) était un spécialiste zoroastrien, et c’est cette ancienne religion ainsi que tout un pan de l’Histoire de l’Iran qui nous sont contés dans cette BD.
Dans la première partie de l’album Nicolas Wild se rend en Iran pour l’ouverture d’un centre culturel crée par Cyrus. Les amateurs du Kaboul Disco seront ravis, on y retrouve un Nicolas Wild en pleine forme (avec son humour bien particulier) lors d’un voyage touristique dépaysant au possible.
La deuxième partie, elle, s’intéresse au procès du meurtrier présumé. A ce titre la narration est beaucoup plus sédentaire voire encyclopédique, mais cette partie du récit m’a passionné. On en apprend beaucoup sur le Zoroastrisme, mais aussi sur la situation actuelle en Iran. Le gouvernement islamiste n’apprécie guerre les ouvertures culturelles vers d’autres religions, et est soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Cyrus (même si ça ne sera sans doute jamais prouvé).
Une histoire passionnante, très instructive et souvent édifiante… un album essentiel à ranger aux côtés de Persepolis pour celles et ceux qui souhaitent en apprendre plus sur cette région du monde.
Voici une œuvre profonde, dense, véritablement bien construite et réalisée avec soin : de la grande BD !!!
"Elmer" c'est d'abord un graphisme, légèrement typé comics, dans une veine assez réaliste. Le dessin est véritablement abouti, les planches sont joliment détaillées : l'encrage est vraiment réussi, assez chargé certes, mais le style général est vraiment agréable à regarder (même si dans l'ensemble, les poulets sont plus réussis que les humains).
Par contre, l'histoire est réellement géniale : cela faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de cœur pour une BD... Un jour, les poulets acquièrent la parole. Ce qui va suivre va chambouler le monde ; entre un génocide et une grippe aviaire, les poulets seront enfin considérés comme des humains, mais certains ont bien du mal à s'adapter, comme le personnage principal de l'histoire, ou est-ce de la faute des humains et d'une ségrégation ?
L'auteur ne va pas chercher à expliquer pourquoi et comment les poulets ont obtenu la parole, et c'est très bien, puisque derrière le côté scientifique farfelu, se cachent pleins de questions liées à la philosophie, à l'histoire, à l'éthique ou encore à la politique. Évidemment certains passages de l'histoire du père du héros rappellent quelques pages sombres de l'histoire (grandes pandémies, et surtout, la shoah et la solution finale métaphorisées ici par un abattoir), mais nous questionne aussi : éthiquement parlant, qu'est-ce qu'un humain (aujourd'hui, on croit pouvoir répondre à cette question grâce à la science, mais il y a quelques décennies, c'était aussi le cas, et on parlait bien de races...).
Bref, une excellente BD, magistrale, très intelligente et qui pose de bonnes questions d'actualité quoique qui peuvent déranger (après que des horreurs soient faites à un groupe d'hommes ou une ethnie, est-ce que les descendants doivent "pardonner" ?)
4.5/5
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Le Mangeur d'âmes (La Bête du lac)
Voilà une bd québécoise bien surprenante à plus d'un titre. C'est un véritable récit fantastique comme je les aime. On va se faire mener en bateau par une belle sirène vivant dans un lac dans une partie froide et isolée du Québec au début du XXème siècle. La fin de ce premier tome donne envie d'en savoir un peu plus sur la fameuse porte que garde la bête du lac. Il y a beaucoup d'originalité dans la mise en scène. Et pourtant, cela ne sautait pas tout de suite aux yeux. J'avoue avoir été bluffé. Voilà un conte qui mérite toute notre attention avec des dessins et des dialogues de qualité. Cela emprunte à la fois aux légendes celtiques et à celles des amérindiens. On espère voir la suite car ce tome ne possède pas de numérotation. Et surtout, on espère que la suite sera du même niveau sinon plus... Il apparaît que la série a changé de nom suite à des ventes décevantes et que le vocabulaire a été adapté au public français avec des expressions moins québecoises.
Havre
Havre est une œuvre assez unique dans le genre apocalyptique. J'ai bien aimé l'entrée en scène entre la sorcière et le nécromancien qui essayent de survivre dans un monde réellement hostile. Il y a des choses qui m'ont un peu échappé au début de cette lecture. Cependant, la scénariste n'a pas voulu jouer toutes les cartes d'un coup. Elle insuffle à son récit la part de mystère pour tenir le lecteur en haleine car on ne sait pas ce qui s'est réellement passé avec le monde. Le second volume est assez étonnant car il se concentre surtout sur le personnage assez gamin du pistolero qui se révèle être un homme au grand cœur malgré ce qu'il a fait subir à la sorcière. La psychologie sera de mise un peu au détriment de tout le reste. Cela élève d'un cran le récit mais il ne se passe pas grand chose. C'est vrai qu'on pense immédiatement à Walking Dead. Les personnages sont bourrés de zones d'ombre ce qui rend l'œuvre un peu plus complexe qu'à l'habituée. Cette intelligence du scénario ne sera pas pour me déplaire. Le troisième tome apportera tout le lot des réponses qu'on attendait car les masques tomberont. Cela se termine d'ailleurs en crescendo. Au final, on retiendra qu'il s'agit d'une série de qualité avec des dessins simples et épurés mais à la lisibilité agréable. Juste un dernier mot pour dire que j'aime bien le parti pris de se concentrer sur les rapports entre les personnages au lieu de multiplier les effets en se servant du fantastique. Pour autant, tout est une question d'équilibre. La scénariste a encore démontré tout son réel talent dans un genre où l'on ne l'attendait pas.
Clown (Le Hir)
Le Hir arrive à faire naître de l'émotion avec une histoire d'une simplicité absolue. On ne pourra pas dire que l'originalité sera présente. L'album sera d'ailleurs très vite lu en raison de nombreuses scènes contemplatives. Il s'agit bien d'une bd muette hormis la narration. Cependant, j'ai beaucoup apprécié cette fable du clown reclus qui découvre la joie de vivre grâce à l'émergence d'une petite fille dans sa vie. Les choses vont singulièrement se compliquer à l'âge adulte. Les clowns m'ont toujours fait peur car derrière le visage d'un farceur peut se cacher d'autres réalités plus sombres pour peu qu'elles naissent du malheur et du désespoir. C'est le premier album d'un auteur plein de promesse et d'espoir. Le 4 étoiles est décerné à titre d'encouragement car c'est mérité. Il faudra juste un peu plus complexifier les choses à l'avenir sous peine de ne pas assez contenter le lecteur.
Buster Brown
Voici une petite perle du siècle dernier. Je ne croyais pas trop en cette BD, qui ne payait pas de mine. Je n'ai rien contre le fait de lire une BD du début de siècle dernier (ça m'est déjà arrivé plusieurs fois), mais bon, aujourd'hui, et contrairement à "Little Nemo", qui se souvient de Buster Brown ? Je dois dire tout de suite que si j'ai trouvé cette BD très bien, elle est aussi très inégale (à l'origine, c'était publié de façon hebdomadaire donc j'imagine que ça doit jouer). Alors (et surtout au début en fait), il y a des planches géniales (dès fois, meilleures qu'une planche de "Little Nemo"), assez drôles. D'ailleurs l'humour est assez spécial et recherché, je ne pense pas qu'il plaira à tout le monde : c'est un mélange entre un humour très potache qui découle des farces du petit Buster et de ses punitions (je suis pas toujours friand de cet humour, mais dès fois ça fonctionne bien), et un humour beaucoup plus décalé venant des fausses moralités qu'écrit Buster en fin de gags : cette moralité est à prendre au second degré et est dès fois assez absurde. Je me suis surpris à plusieurs reprises à bien rire en lisant "Buster Brown", et même lorsqu'on ne rit pas, on ne s’ennuie pas si on distille sa lecture. En plus de ça, le dessin est quand même très joli, un peu daté, évidemment, et aussi un peu maladroit dans les premières planches. L'encrage n'est pas parfait, car pas assez affirmé par moment, mais reste assez hachuré donc agréable à regarder. Le dessin et les couleurs ont un petit côté baroque qui n'est pas pour me déplaire. "Buster Brown", une réussite, assurément à découvrir...
Sang noir - La catastrophe de Courrières
Voilà un excellent ouvrage relatant la catastrophe minière de Courrières en 1906 dans le Nord de la France. Une tragédie qui a occasionné la mort de 1099 personnes dont 250 enfants. Jean-Luc Loyer impressionne, la narration est fluide et agréable, le récit historique bien détaillé ne souffre d’aucune faiblesse, un véritable livre témoin. Le dessin noir et blanc est magnifique, un bien joli travail avec en annexe des photos d’époque. Un livre documentaire bien construit qui nous rappelle que le travail au service du capital oisif ne date pas d’aujourd’hui.
Le Feul
Une série fantasy sérieuse et adulte, bien loin des productions pouêt-pouêt que Soleil nous commercialisait dans le milieu des années 2000. Un mal décime les populations, quelle en est l'origine ? C'est en compagnie de quelques membres des diverses peuplades qui vivent autour du fleuve facteur du mal que nous allons tenter de la découvrir. Divers peuples, avec des coutumes bien différentes. Une approche sociologique et humaniste à travers leur relation qui n'est pas sans nous rappeler qu'il est important de respecter les différentes cultures de chacun, le tout dosé entre finesse, aventure, un peu d'action, et avancée de l'histoire. Gaudin a repris les "grands principes" de l'Homme à travers les âges et nous l'expose avec grand talent et brio. Il est clair que tout comme dans l'Ombre du cinéphage, il va nous proposer un projet beaucoup moins convenu et clairement personnel, bien assisté du talent de Peynet, qui nous illumine à chaque planche d'une finesse et d'une mise en page de haut niveau, rien n'est facile dans son graphisme. Pour en revenir sur l'histoire et les albums, les 2 premiers se lisent d'une traite sans temps-mort, tout s'enchaine à merveille. Le tome 3 prend une tournure légèrement différente puisque les héros ont moins de liberté de mouvement qui ralenti un peu le rythme, certainement volonté des auteurs de trouver une solution pour boucler la série (et de reprendre une période horrifique de l'Histoire). Cependant la dernière planche vient apporter de grands éclairages et nous gratifie d'un vrai message. Petit bémol de la part de l'éditeur : les couvertures des rééditions, pas top du tout. Supers dessins, super scénario : 4/5.
Après la nuit
Voilà une bonne surprise !!! Je m'attendais à un western beaucoup plus ennuyeux qu'il ne l'est réellement, pourtant il y a très peu d'action dans ce one shot qui m'a interpellé par son originalité et son dénouement étonnant. L'histoire est pourtant tout ce qu'il y a de plus classique pour un western , on suit les 24 heures qui précèdent un duel entre le shérif d'une petite ville de l'ouest américain à un jeune inconnu qui a priori veut se faire une réputation grâce à ses colts et son ignorance de ce qu'est la peur. Avec ce type de scénario j'aurais pu croire que j'allais m'endormir durant la lecture(certes rapide) de ce one shot, mais je suis content de dire, pas du tout bien au contraire. Les personnages principaux, le jeune chasseur de primes, la prostituée et le shérif dont la réputation n'est plus à faire,sont tous très attachants et ont chacun une personnalité différente et attirante. Ce western m'a surpris car je ne m'attendais pas à un final aussi étonnant. Il faut rappeler que tous les codes du genre étaient réunis, je pense bien sûr au duel, au shérif craint de tous, à la prostituée qui a un rôle important à jouer, au saloon où naissent les problèmes des deux personnages principaux, je pense donc que grâce à ces éléments les amateurs de western ne seront pas déçus. En ce qui concerne le dessin il est tout simplement somptueux. Je ne connaissais que très peu le travail de Richard Guérineau si ce n'est dans le one shot Le Casse - Le troisième jour (et oui je n'ai jamais lu Le Chant des Stryges) mais j'avoue que j'ai été impressionné par son graphisme et en particulier par le détail des visages. Certaines planches sont tout simplement superbes. Je serais curieux de lire la version noir et blanc car je suis sûr que le rendu n'en serait que plus impressionnant même si les couleurs s'adaptent parfaitement au dessin. Alors oui je conseille la lecture de ce one shot qui m'a agréablement surpris malgré l'impression qu'il ne se passe rien dans ce récit étonnant et très attractif à mon goût.
Edika
Ca fait pas mal de temps que je n'avais pas eu sous la main une bd d'Edika. Il fut un temps, dans les années 1980-90, où j'en lisais souvent, chez des copains. Je viens d'en acheter une dizaine en format poche, pas cher, pour me relire quelques petites doses de connerie. Et j'en avais gardé un très bon souvenir. Ca se lit bien, vite. Mais c'est pour y retourner aussitôt, pour relire tous les détails qui nous ont échappé - et qui sont parfois nombreux !, qu'ils soient visuels (certaines cases sont franchement surchargées, à la limite de l'illisible) ou cachés dans les dialogues, véritable flot verbal parfois, avec des bulles dans tous les sens. Les sens, justement ! Edika en titille certains, avec une prédilection pour les (très) gros nichons, les corps ventripotants et poilus, et les (très) gros nez qui sont plus qu'une péninsule... Et une sorte de fétichisme blasphématoire faisant souvent apparaître au milieu de tout ça des nonnes peu farouches. Si vous n'êtes pas à la recherche de finesse, et que la vulgarité gratuite, le gag débile et naze sans forcément de chute ne vous rebutent pas, vous pouvez alors vous jeter à corps perdu dans la lecture des délires d'Edika, que je trouve franchement drôles. Me vient à l'esprit, entre autres, un pauvre type qui essaye d'attirer l'attention d'un serveur et d'obtenir qu'il lui serve un café, histoire tout à fait loufoque, mais qui me fait rire même après de multiples lectures. A petite dose peut-être, mais lecture recommandée donc. Note réelle 3;5/5.
Ainsi se tut Zarathoustra
Cet album se termine avec la mention « Ainsi se tut Zarathoustra est une œuvre de fiction inspirée de faits réels », qui fait référence à l’assassinat de Kasra Vafadari en 2005 en France, et au procès qui s’en est suivi. Kasra Vafadari (presenté ici sous le pseudo Cyrus Yazdani) était un spécialiste zoroastrien, et c’est cette ancienne religion ainsi que tout un pan de l’Histoire de l’Iran qui nous sont contés dans cette BD. Dans la première partie de l’album Nicolas Wild se rend en Iran pour l’ouverture d’un centre culturel crée par Cyrus. Les amateurs du Kaboul Disco seront ravis, on y retrouve un Nicolas Wild en pleine forme (avec son humour bien particulier) lors d’un voyage touristique dépaysant au possible. La deuxième partie, elle, s’intéresse au procès du meurtrier présumé. A ce titre la narration est beaucoup plus sédentaire voire encyclopédique, mais cette partie du récit m’a passionné. On en apprend beaucoup sur le Zoroastrisme, mais aussi sur la situation actuelle en Iran. Le gouvernement islamiste n’apprécie guerre les ouvertures culturelles vers d’autres religions, et est soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Cyrus (même si ça ne sera sans doute jamais prouvé). Une histoire passionnante, très instructive et souvent édifiante… un album essentiel à ranger aux côtés de Persepolis pour celles et ceux qui souhaitent en apprendre plus sur cette région du monde.
Elmer
Voici une œuvre profonde, dense, véritablement bien construite et réalisée avec soin : de la grande BD !!! "Elmer" c'est d'abord un graphisme, légèrement typé comics, dans une veine assez réaliste. Le dessin est véritablement abouti, les planches sont joliment détaillées : l'encrage est vraiment réussi, assez chargé certes, mais le style général est vraiment agréable à regarder (même si dans l'ensemble, les poulets sont plus réussis que les humains). Par contre, l'histoire est réellement géniale : cela faisait longtemps que je n'avais pas eu un tel coup de cœur pour une BD... Un jour, les poulets acquièrent la parole. Ce qui va suivre va chambouler le monde ; entre un génocide et une grippe aviaire, les poulets seront enfin considérés comme des humains, mais certains ont bien du mal à s'adapter, comme le personnage principal de l'histoire, ou est-ce de la faute des humains et d'une ségrégation ? L'auteur ne va pas chercher à expliquer pourquoi et comment les poulets ont obtenu la parole, et c'est très bien, puisque derrière le côté scientifique farfelu, se cachent pleins de questions liées à la philosophie, à l'histoire, à l'éthique ou encore à la politique. Évidemment certains passages de l'histoire du père du héros rappellent quelques pages sombres de l'histoire (grandes pandémies, et surtout, la shoah et la solution finale métaphorisées ici par un abattoir), mais nous questionne aussi : éthiquement parlant, qu'est-ce qu'un humain (aujourd'hui, on croit pouvoir répondre à cette question grâce à la science, mais il y a quelques décennies, c'était aussi le cas, et on parlait bien de races...). Bref, une excellente BD, magistrale, très intelligente et qui pose de bonnes questions d'actualité quoique qui peuvent déranger (après que des horreurs soient faites à un groupe d'hommes ou une ethnie, est-ce que les descendants doivent "pardonner" ?) 4.5/5