Le Wild West Show de Buffalo Bill reste probablement la plus belle démonstration d'une évocation du Far West d'antan, le plus célèbre des western shows à la fin du XIXème siècle. Sa renommée grandit tellement que la tournée en Europe fut aussi triomphale que celle effectuée sur le sol américain.
Aussi, évoquer cet épisode où le Wild West Show se retrouve en Camargue, a quelque chose d'assez insolite et d'intéressant, car le peuple Sioux en découvrant les gardians de la région, retrouvent un peu de leurs souvenirs de chevauchée dans les grandes plaines du Dakota.
S'il est certes authentique que les Sioux sont bien venus en France avec le spectacle de Buffalo Bill, l'épisode camarguais n'est pas prouvé ; même Jean-Louis Rieupeyrout dans son Histoire du Far West n'en fait pas mention.
Mais imaginer cette histoire est toutefois une formidable idée à laquelle Faure ajoute une jolie romance mixte qui heureusement ne rend pas le récit mièvre et insipide. Il illustre tout ça de magnifique façon, je trouve même que son dessin est encore plus appliqué que dans certaines autres de ses Bd, ses visages et ses têtes d'Indiens en gros plan sont presque aussi belles que celles de Derib, avec en plus une colorisation adéquate.
J'ai vécu enfant pendant 1 an en Camargue, et j'ai pris plaisir à retrouver cette peinture de la région, avec ces petites cabanes de gardians aux toits de chaume fidèlement dessinées, ça confère une petite touche poétique. Un très bel album, dont on a peu parlé, donc à découvrir.
Les épées de verre est un récit d'heroic fantasy qui nous raconte la fin annoncée d'un monde sous forme d'apocalypse climatique et la quête de quatre épées de verre qui sont censées sauver leurs possesseurs de cette fin prochaine.
Au niveau du scénario, j'ai apprécié qu'il n'y ait pas de héros mis sur un piédestal : ainsi, les scènes de dialogue permettant de planter le personnage de Yama au long de la série, loin de montrer sa grandeur d'âme et son élévation morale exceptionnelle comme dans un récit héroïque classique, montrent qu'elle reste un peu stupidement obnubilée par sa vengeance. De même, Tigran est un gars très ordinaire, motivé par un amour conjugal loin des grands stéréotypes romantiques mais plein d'une tendresse domestique volontairement un peu ridicule. Il est intéressant que les personnages restent avant tout guidés par ces petites motivations personnelles, myopes qu'ils sont du grand danger global. Cette métaphore de notre monde actuel, heureusement, n'est pas appuyée de façon trop lourdingue.
J'ai donc aimé ce contexte de changement climatique et ses "éco-réfugiés" (un thème actuel mais qui est bien intégré dans cet univers de fantasy). J'ai aussi aimé que chacun des quatre tomes ne corresponde pas platement à la découverte de chaque épée ; que la fin du tome 2 se joue plaisamment du lecteur ; que l'aventure soit bien pensée en 4 tomes, sans détours artificiels pour allonger la sauce comme dans tant d'autres séries.
Certes, la trame générale du scénario n'est pas de la plus grande originalité, mais cela fonctionne bien : une quête bien identifiée dès le début de l'histoire, des vilains dominants qui exploitent de pauvres dominés, une prophétie, une héroïne qui passe des années auprès d'un maître pour préparer sa vengeance, ce maître ayant lui-même des motivations secrètes qui vont apparaître petit à petit... La fin utilise un ressort également plutôt classique, mais toujours efficace.
Quelques dialogues relèvent d'une psychologie un peu naïve, et parfois les réactions de certains personnages paraissent trop rapides. Ou, au contraire, on se demande ce qui les amène à se dire certaines choses seulement maintenant alors qu'ils se fréquentent quotidiennement depuis des années. Le fait que Yama soit amoureuse de son mentor n'était peut-être pas nécessaire mais ça pourrait être pire, et cet élément évolue de façon logique à la fin.
Mais la grande force de cette série, c'est son graphisme. Quelle claque monumentale ! C'est tout simplement sublime. Dans un style inspiré de l'animation, les personnages sont typés et immédiatement reconnaissables alors que les décors sont ultra-réalistes. Certes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'Achard ressemble un peu à une version plus réaliste d'Oumpah-pah et Miklos à Mel Gibson, mais ça ne m'a pas vraiment dérangé.
Les décors de nature et de forêt en particulier sont époustouflants. On a parfois des ambiances à la Miyazaki (par exemple T.1 pl. 12, 14, 16...). Les décors de ville sont aussi merveilleusement réussis. On peut s'attarder sur tous les détails du dessin, c'est impeccable. C'est déjà très joli à feuilleter et à regarder, mais quand on est en train de lire l'histoire, on est littéralement immergé dans les cases et on a l'impression d'y être.
La réflexion sur le découpage n'est pas oubliée pour autant : j'aime bien, par exemple, la mise en page des planches 20-21 du tome 3, où les hauts quartiers en page gauche sont mis en parallèle avec les bidonvilles en page droite. Cette intelligence dans le découpage confirme que Laura Zuccheri, non contente d'être une dessinatrice exceptionnelle, est une véritable auteure de bande dessinée. J'espère qu'on la reverra très vite dans cette discipline !
Cette perfection graphique, n'ayons pas peur des mots, participe fortement à rendre l'univers crédible et cohérent. Par exemple, les différentes coiffes des soldats laissent deviner un système bien établi de grades, sans qu'il soit besoin de le mentionner explicitement. À propos de l'univers développé, j'ai également trouvé géniale l'idée des montures qui, physiquement, ne sont autres que des humains géants se déplaçant à quatre pattes. C'est simple mais franchement original ! Ainsi, la scène de la planche 20 du tome 4 (désolé, no spoiler) se révèle poignante et plus dérangeante que bien des scènes sanguinolentes vues dans d'autres œuvres de fantasy.
Scénario :
Dessin :
Bien que j'accorde habituellement plus d'importance au scénario qu'au dessin, j'ai un véritable coup de cœur pour cette série et je sais que je la relirai plusieurs fois avec un plaisir chaque fois renouvelé. N'hésitez pas !
Cet album est tout simplement passionnant.
Darryl Cunningham, ancien aide-soignant, nous parle de pathologies assez connues (dépressions, Alzheimer, schizophrénie etc.) mais sur lesquelles il reste tellement à dire. D’énormes progrès ont été accomplis sur le traitement des patients souffrant de maladies mentales, mais il reste tellement à faire, notamment au niveau de l’information et éducation du public. Les préjugés et stigmas sont toujours là en 2015, alors que tant de progrès sont fait sur d’autres fronts (sexisme, racisme, homophobie).
L’auteur a selon moi trouvé l’équilibre parfait entre vulgarisation et technicité. On en apprend énormément, mais la lecture n’est jamais fastidieuse ou ennuyeuse.
Le dernier chapitre est une réelle surprise et vient chambouler un album jusque-là assez classique. Vraiment pas la conclusion à laquelle je m’attendais. Ce dénouement ajoute une force au récit.
La mise en image est assez classique, malgré la référence à Marjane Satrapi dans le chapitre d’introduction. Le style épuré ne sera pas au goût de tout le monde, mais il sert parfaitement le propos.
Un album à mettre d’urgence entre toutes les mains.
La favorite est une histoire sinistre. Dès les premières pages, on ressent une gêne. Une grand mère acariâtre qui n'a rien à envier à "Vipère au poing", un grand père lâche qui a abandonné l'idée d'être heureux.
Une éducation violente, dénuée de tendresse. C'est dans cet environnement que Constance essaiera de se construire, de grandir. Autant dire que rien n'est joué.
Si cet enfant a toutes les apparences d'une fille, il s’avère que Constance est en réalité un garçon. C'est au fil de l'histoire que l'on comprendra les raisons inavouables qui ont amené l'enfant à être habillé de cette façon, des bas, un haut en soie, des robes et des cheveux longs, il y a également ce prénom qui n'est pas le sien...
Une famille avec des enfants viendra s'installer dans l'annexe de la maison pour s'occuper de l'entretien. Constance découvrira des sentiments jusque là inconnus.
Le corps ne correspond pas à l'image, des questions se posent, les réponses se créent par l'imagination, dernier rempart avant la folie.
Une histoire avec de sombres non-dits, de la violence, de la méchanceté.
Le dessin de Matthias Lehmann donne une saveur particulière à cet album. Ce trait si caractéristique hachuré et appuyé sert parfaitement le récit.
Vous pouvez acquérir cet album si les histoires sombres ne vous dérangent pas, dans le cas contraire, passez votre chemin.
Pour terminer, je vais citer la phrase de Thomas Bernhard inscrite en introduction : "Je laissais derrière moi l'abominable odeur d'un monde stupide où l'impuissance et la bassesse sont au pouvoir".
Vous aimez la peinture? Cet album est fait pour vous! Vous n'y connaissez rien en peinture? Cet album est fait pour vous! OK bonjour l'accroche! Mais franchement quelle claque! Alors bien sûr je connaissais Manara et ses BD érotiques ou carrément porno. A leur lecture nous avions compris que l'homme était un grand de la bande dessinée qui entre autre dessinait les femmes d'une manière qui avouons le nous faisait un peu grimper le thermomètre. Alors que le maître est aujourd'hui au crépuscule de sa carrière, cela ne l'empêche pas d'être une fois de plus redoutable.
Première page: une tuerie ! Cadrage, perspective, ambiance, couleur, que manque t'il : rien!
Ensuite l'auteur nous emmène à Rome dans les années 1400 et des brouettes. Un Borgia, (l'homme connait) est sur le trône papal, l'unité italienne est encore bien lointaine et les États Cités ont encore de beaux jours devant eux. Chaque duc ou prince cherche à s'attacher les services des plus grands artistes de ce qui fondera le quattrocento, pépinière de talents qui marqueront durablement la peinture des siècles à venir.
En dehors du fait de ressusciter la Rome de l'époque en planches plus sublimes les unes que le autres, Manara nous donne à voir une société qui vit, qui bouillonne, qui boit, qui fornique, qui se fout sur la tronche pour des broutilles, des couleurs, des femmes. Bref on sent la vie, pas des plus tranquille mais entière.
Alors bien sûr l'histoire est balisée et ne contient que peu d'incertitudes, Il Caravagio, en homme de son époque est truculent, jouisseur, hâbleur mais dès qu'il prend un pinceau en main c'est le génie qui parle. Son travail sur la lumière est pour son époque complètement novateur et il va révolutionner toute le peinture de son temps. Le plus fabuleux dans cette histoire c'est comment Manara arrive sur cette BD à retranscrire cette lumière, ces effets d'ombres et tout quoi!
Nous nous amuserons de voir que certains seins devaient être cachés ou qu'une prostituée ne puisse servir de modèle pour une vierge à l'enfant et se transforme en Marie Madeleine repentante.
Alors quoi : Feuilleter cet album? Non point. Le lire? Oui. L'acheter ? Certainement! Manara est un grand, oubliez quelques bandes qu'il a pu nous proposer. Tout y est. Du classique, et nul doute que si la bande dessinée avait existé à l'époque, Le Caravage en aurait été un des pionniers.
Voilà une série qui confirme, si besoin était, que Wilfrid Lupano est décidément un excellent scénariste, qui multiplie les réussites dans les univers les plus variés !
Cela commence par une histoire classique, avec personnages espiègles (Alim, sa fille). Mais l’histoire va se complexifier rapidement, en multipliant les univers dans lesquels va se débattre Alim.
Jesameth, cité théocratique en pleine expansion appartient à un Proche ou Moyen Orient imaginaire (rarement utilisé dans le genre Fantasy, à part peut-être dans Les Epées de verre), mais l’intrigue va aussi amener Alim à traverser des régions montagneuses et himalayennes, pour finir dans des décors de savane africaine ou de forêt vierge méso-américaine (quelques parentés avec le cycle Qâ de Thorgal je trouve). Bref, c’est très dépaysant ! Même si la relative proximité de ces univers que tout oppose et qui pourtant ne semblent pas si éloignés peut faire tiquer, je suis prêt à faire semblant de fermer les yeux pour suivre l’imagination de Lupano.
Les aventures sont rythmées et l’on est emporté par l’épopée de ce hors caste jouant un rôle qui le dépasse. Ajoutons à ça que le bestiaire est original. Une grande et belle histoire, beaucoup plus violente que les premières planches ne le laissaient présager. Et une belle réflexion sur les enjeux du pouvoir, l’emprise de la religion sur les hommes, et les différentes manières d’appréhender la doxa (voir à ce propos un dialogue entre le général Torq Djihid et Khelob). Une vision quand même pessimiste des relations humaines et du pouvoir.
Le dessin est lui aussi très réussi. Les personnages avaient un air enfantin, parfois proche du manga je trouve au début (voir les bouches et en particulier celle de Bul), mais, à l’instar de l’intrigue elle-même, cela va rapidement devenir excellent. J’ai vraiment beaucoup aimé le dessin de Virginie Augustin, ainsi que la colorisation, le tout parfaitement adapté aux univers successivement développés par Lupano.
Sans être trop originale, cette histoire est quand même faite pour tous ceux qui cherchent une aventure bien menée.
Malgré quelques facilités (armée miraculeusement anéantie dans la jungle – ceci étant traité par une ellipse, fin un peu improbable et heureuse pour Alim), c’est probablement la meilleure série que j’ai lue de la prolifique collection « Terres de légendes », et une des plus belles réussites du genre Fantasy !
C'est un véritable coup de crosse pleine mâchoire que nous colle cet album. J'ai beau ne pas être né de la dernière pluie et avoir lu quelques articles sur le sujet, Baloup au scénario et Alliel au dessin nous sortent l'artillerie lourde pour traiter de façon plus qu'efficace de la fabrique des enfants soldats.
Ce que j'ai apprécié par dessus tout c'est le parti pris sans concessions de l'album. On part de loin pour nous montrer comment cet enfer va se déchaîner sur ces enfants, tout en nous montrant que méchanceté et cruauté n'attendaient parfois qu'une étincelle ou un prétexte pour s'exprimer. Sauf qu'une fois engagé, le processus ne peut que se terminer tragiquement.
C'est ce que vont vivre deux frères qui vivaient paisiblement dans un pays d'Afrique. Ils vont progressivement basculer dans ce parcours tragique où violence, drogues et horreurs ne font que se nourrir et s'enchaîner. Récupérés et utilisés politiquement, ces enfants qui deviennent des machines à tuer finissent par être lâchés et hors de tout cadre de guerre, réintégrer une société avec laquelle ils sont en complet décalage.
Le scénario de Baloup nous trace ce triste cheminement de façon intelligente, sans non plus tomber dans l'apitoiement envers ces "enfants" qui ont vécus et commis des atrocités. Il embraye une intrigue dans une cité marseillaise où Talino essaye de retrouver son frère Anouar, et enchaine les flashback sur leur jeunesse pour nous dresser le tableau édifiant de leur parcours.
Le dessin d'Alliel que je découvre avec cet album colle à merveille avec l'histoire. Je mettrais juste un bémol sur la colorisation de certaines planches par Facio, que je trouve un peu trop vive à mon goût.
En tout cas, cet album est vraiment une réussite, d'autant que c'est pour moi typiquement le genre de sujet casse-gueule en BD. A lire !
Véritable maître du dessin hyperréaliste, Riverstone offre ici des pages qui sont un peu comme des peintures à l'huile, peuplées de filles splendides et très sexuées. J'ai toujours eu un petit faible pour cet auteur très secret qui se situe un peu à part dans la BD érotique, parce qu'il fait preuve d'un grand talent dans son rendu graphique et qu'il est assez doué pour transcender le fantastique et le surréalisme dans ses Bd.
Et j'aime particulièrement quand il aborde l'Antiquité qu'il rend torride, c'est l'univers qui lui correspond le mieux je trouve, au contraire de ses autres créations comme Chloé (ou "Trop plein d'écume"), Gomorrhe, "la Fugue infinie" ou "l'Ile des fantasmes"... qui sont plus tournées vers le fantastique onirique.
Dans cet album, il situe son décor dans un contexte biblique puisque son récit est inspiré d'un chapitre de la Genèse, avec les personnages de Thamar (ici Thamara), Juda et Onan. Riverstone se joue un peu de la Bible, mais reste néanmoins assez proche de cette histoire, et surtout la rend beaucoup plus lisible que Judith et Holopherne qui ne m'avait pas autant séduit par ses divagations et sa bestialité confuses. On sent clairement que l'auteur n'a pas fait du cul pour le cul, il y a certes quelques situations un peu outrées et surtout des dialogues parfois naïfs et idiots, mais pas autant que dans ses autres Bd ; son scénario intègre des scènes hard d'une très grande audace dans un récit mieux structuré, avec quelques gros plans de belle tenue.
Les femmes y sont sculpturales, avec des poitrines fières et triomphantes, des corps opulents aux cambrures hardies, et des visages d'ingénues ou de jeunes vierges. Les hommes sont très vigoureux, avec des braquemarts rarement au repos, et certaines séquences sont très bandantes, mais ça reste toujours esthétique et pas crade grâce au dessin et aux très belles couleurs qui mélangent ainsi la beauté, la force, la bestialité et la cruauté en un savant cocktail. Bref, c'est de l'art érotique dans ce qu'il a de meilleur..
Marzena Sowa nous avait enchantés mais aussi mortifiés avec sa série autobiographique Marzi. La revoici avec un nouveau projet, lui aussi centré sur l'enfance, fantasmée cette fois, celle d'un garçon de 11 ans qui aide ses parents sur les marchés dans les années 1980.
L'époque importe peu, je pense, c'est plutôt pour donner une certaine ambiance et un decorum qu'elle a été choisie. C'est réussi, j'avoue avoir parcouru cet album avec un sourire aux lèvres, tant je le trouvais charmant sur le plan visuel, rempli de couleurs vives, ce qui donne une belle représentation d'un marché traditionnel. J'ai même salivé une ou deux fois à la seule évocation des poireaux des parents de Vincent, moi qui n'en suis pas spécialement fan en temps normal.
Et l'histoire, me demanderez-vous... Eh bien il s'agit d'une gentille bluette d'un préado qui flashe sur une autre gamine, essaie d'être aussi cool que ses copains mais aide ses parents de bon coeur. Des comme ça, je suis sûr qu'on en fait encore :) Pas de méchant dans cette histoire, juste un rival un peu vantard et une mamie un peu étrange qui donne des chatons. Marzena Sowa a même réussi à mettre un peu de sa Pologne natale dans un passage très sympathique.
En bonus, quelques pages où les deux auteures évoquent quelques souvenirs communs mais aussi des souvenirs de marchés d'enfance. De quoi se rendre compte, si on ne les connaît pas, qu'elles sont aussi charmantes que leur album.
Nouvel album de Nicolas Debon et nouvelle perle !
L’essai relate une expérience de vie communautaire anarchiste, humaniste, naturaliste et totalement utopique. Au fil des pages, les contradictions se font jour, le rêve d’une société égalitaire et libertaire s’étiole face aux réalités humaines. L’ambition, la volonté de convertir, la jalousie, la folie des grandeurs… L’homme peut avoir les desseins les plus nobles, il n’en reste pas moins homme.
Si le constat final est amer, l’expérience valait la peine d’être tentée, et Nicolas Debon, dans un savant mélange de réalité historique et de romance, parvient à nous faire partager les rêves de Fortuné Henry, instigateur et narrateur de cette expérience, et de ses camarades.
Le dessin, brut, avec des personnages aux contours flous, avec des couleurs passées plonge le lecteur dans un autre monde, une autre époque. La narration à la première personne l’implique, le rend complice du sort des personnages… J’aurais tant aimé que cet essai soit converti… J’aurais tant aimé qu’il nous convertisse tous à ce rêve de société égalitaire.
Ici, anarchie ne rime pas avec attentat et destruction, bien au contraire ! Il est tellement rare qu’un récit nous présente cette utopie politique de la sorte (dans le même ordre d’idée, je dois remonter au « Temps des Bombes » pour retrouver le sujet traité d’une manière similaire) que j’y vois une raison de plus de lire cet album.
Enfin, le découpage est proche de la perfection. Le rythme lent, les dialogues qui puisent dans leur rareté toute leur force marquent le passage du temps et la force des idées. Les grandes illustrations découpent le récit en courts chapitres. La page 43 recentre le dessin et, par la même occasion, la thématique et l’enjeu réel de cet essai. La forme sert le fond, d’une manière inconsciente, le découpage guide les pensées du lecteur. Du grand art sans grands effets. Je ne peux qu’être admiratif devant cette apparente simplicité.
Enfin, l’album nous propose quelques phrases magnifiques. Et je finirai cet avis sur l’une d’entre elles : « Lorsqu’un homme rêve, ce n’est qu’un rêve ; que plusieurs hommes rêvent ensemble et c’est le début d’une réalité… »
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Le Wild West Show de Buffalo Bill reste probablement la plus belle démonstration d'une évocation du Far West d'antan, le plus célèbre des western shows à la fin du XIXème siècle. Sa renommée grandit tellement que la tournée en Europe fut aussi triomphale que celle effectuée sur le sol américain. Aussi, évoquer cet épisode où le Wild West Show se retrouve en Camargue, a quelque chose d'assez insolite et d'intéressant, car le peuple Sioux en découvrant les gardians de la région, retrouvent un peu de leurs souvenirs de chevauchée dans les grandes plaines du Dakota. S'il est certes authentique que les Sioux sont bien venus en France avec le spectacle de Buffalo Bill, l'épisode camarguais n'est pas prouvé ; même Jean-Louis Rieupeyrout dans son Histoire du Far West n'en fait pas mention. Mais imaginer cette histoire est toutefois une formidable idée à laquelle Faure ajoute une jolie romance mixte qui heureusement ne rend pas le récit mièvre et insipide. Il illustre tout ça de magnifique façon, je trouve même que son dessin est encore plus appliqué que dans certaines autres de ses Bd, ses visages et ses têtes d'Indiens en gros plan sont presque aussi belles que celles de Derib, avec en plus une colorisation adéquate. J'ai vécu enfant pendant 1 an en Camargue, et j'ai pris plaisir à retrouver cette peinture de la région, avec ces petites cabanes de gardians aux toits de chaume fidèlement dessinées, ça confère une petite touche poétique. Un très bel album, dont on a peu parlé, donc à découvrir.
Les Epées de verre
Les épées de verre est un récit d'heroic fantasy qui nous raconte la fin annoncée d'un monde sous forme d'apocalypse climatique et la quête de quatre épées de verre qui sont censées sauver leurs possesseurs de cette fin prochaine. Au niveau du scénario, j'ai apprécié qu'il n'y ait pas de héros mis sur un piédestal : ainsi, les scènes de dialogue permettant de planter le personnage de Yama au long de la série, loin de montrer sa grandeur d'âme et son élévation morale exceptionnelle comme dans un récit héroïque classique, montrent qu'elle reste un peu stupidement obnubilée par sa vengeance. De même, Tigran est un gars très ordinaire, motivé par un amour conjugal loin des grands stéréotypes romantiques mais plein d'une tendresse domestique volontairement un peu ridicule. Il est intéressant que les personnages restent avant tout guidés par ces petites motivations personnelles, myopes qu'ils sont du grand danger global. Cette métaphore de notre monde actuel, heureusement, n'est pas appuyée de façon trop lourdingue. J'ai donc aimé ce contexte de changement climatique et ses "éco-réfugiés" (un thème actuel mais qui est bien intégré dans cet univers de fantasy). J'ai aussi aimé que chacun des quatre tomes ne corresponde pas platement à la découverte de chaque épée ; que la fin du tome 2 se joue plaisamment du lecteur ; que l'aventure soit bien pensée en 4 tomes, sans détours artificiels pour allonger la sauce comme dans tant d'autres séries. Certes, la trame générale du scénario n'est pas de la plus grande originalité, mais cela fonctionne bien : une quête bien identifiée dès le début de l'histoire, des vilains dominants qui exploitent de pauvres dominés, une prophétie, une héroïne qui passe des années auprès d'un maître pour préparer sa vengeance, ce maître ayant lui-même des motivations secrètes qui vont apparaître petit à petit... La fin utilise un ressort également plutôt classique, mais toujours efficace. Quelques dialogues relèvent d'une psychologie un peu naïve, et parfois les réactions de certains personnages paraissent trop rapides. Ou, au contraire, on se demande ce qui les amène à se dire certaines choses seulement maintenant alors qu'ils se fréquentent quotidiennement depuis des années. Le fait que Yama soit amoureuse de son mentor n'était peut-être pas nécessaire mais ça pourrait être pire, et cet élément évolue de façon logique à la fin. Mais la grande force de cette série, c'est son graphisme. Quelle claque monumentale ! C'est tout simplement sublime. Dans un style inspiré de l'animation, les personnages sont typés et immédiatement reconnaissables alors que les décors sont ultra-réalistes. Certes, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'Achard ressemble un peu à une version plus réaliste d'Oumpah-pah et Miklos à Mel Gibson, mais ça ne m'a pas vraiment dérangé. Les décors de nature et de forêt en particulier sont époustouflants. On a parfois des ambiances à la Miyazaki (par exemple T.1 pl. 12, 14, 16...). Les décors de ville sont aussi merveilleusement réussis. On peut s'attarder sur tous les détails du dessin, c'est impeccable. C'est déjà très joli à feuilleter et à regarder, mais quand on est en train de lire l'histoire, on est littéralement immergé dans les cases et on a l'impression d'y être. La réflexion sur le découpage n'est pas oubliée pour autant : j'aime bien, par exemple, la mise en page des planches 20-21 du tome 3, où les hauts quartiers en page gauche sont mis en parallèle avec les bidonvilles en page droite. Cette intelligence dans le découpage confirme que Laura Zuccheri, non contente d'être une dessinatrice exceptionnelle, est une véritable auteure de bande dessinée. J'espère qu'on la reverra très vite dans cette discipline ! Cette perfection graphique, n'ayons pas peur des mots, participe fortement à rendre l'univers crédible et cohérent. Par exemple, les différentes coiffes des soldats laissent deviner un système bien établi de grades, sans qu'il soit besoin de le mentionner explicitement. À propos de l'univers développé, j'ai également trouvé géniale l'idée des montures qui, physiquement, ne sont autres que des humains géants se déplaçant à quatre pattes. C'est simple mais franchement original ! Ainsi, la scène de la planche 20 du tome 4 (désolé, no spoiler) se révèle poignante et plus dérangeante que bien des scènes sanguinolentes vues dans d'autres œuvres de fantasy. Scénario :
Dessin :
Bien que j'accorde habituellement plus d'importance au scénario qu'au dessin, j'ai un véritable coup de cœur pour cette série et je sais que je la relirai plusieurs fois avec un plaisir chaque fois renouvelé. N'hésitez pas !
Fables Psychiatriques
Cet album est tout simplement passionnant. Darryl Cunningham, ancien aide-soignant, nous parle de pathologies assez connues (dépressions, Alzheimer, schizophrénie etc.) mais sur lesquelles il reste tellement à dire. D’énormes progrès ont été accomplis sur le traitement des patients souffrant de maladies mentales, mais il reste tellement à faire, notamment au niveau de l’information et éducation du public. Les préjugés et stigmas sont toujours là en 2015, alors que tant de progrès sont fait sur d’autres fronts (sexisme, racisme, homophobie). L’auteur a selon moi trouvé l’équilibre parfait entre vulgarisation et technicité. On en apprend énormément, mais la lecture n’est jamais fastidieuse ou ennuyeuse. Le dernier chapitre est une réelle surprise et vient chambouler un album jusque-là assez classique. Vraiment pas la conclusion à laquelle je m’attendais. Ce dénouement ajoute une force au récit. La mise en image est assez classique, malgré la référence à Marjane Satrapi dans le chapitre d’introduction. Le style épuré ne sera pas au goût de tout le monde, mais il sert parfaitement le propos. Un album à mettre d’urgence entre toutes les mains.
La Favorite
La favorite est une histoire sinistre. Dès les premières pages, on ressent une gêne. Une grand mère acariâtre qui n'a rien à envier à "Vipère au poing", un grand père lâche qui a abandonné l'idée d'être heureux. Une éducation violente, dénuée de tendresse. C'est dans cet environnement que Constance essaiera de se construire, de grandir. Autant dire que rien n'est joué. Si cet enfant a toutes les apparences d'une fille, il s’avère que Constance est en réalité un garçon. C'est au fil de l'histoire que l'on comprendra les raisons inavouables qui ont amené l'enfant à être habillé de cette façon, des bas, un haut en soie, des robes et des cheveux longs, il y a également ce prénom qui n'est pas le sien... Une famille avec des enfants viendra s'installer dans l'annexe de la maison pour s'occuper de l'entretien. Constance découvrira des sentiments jusque là inconnus. Le corps ne correspond pas à l'image, des questions se posent, les réponses se créent par l'imagination, dernier rempart avant la folie. Une histoire avec de sombres non-dits, de la violence, de la méchanceté. Le dessin de Matthias Lehmann donne une saveur particulière à cet album. Ce trait si caractéristique hachuré et appuyé sert parfaitement le récit. Vous pouvez acquérir cet album si les histoires sombres ne vous dérangent pas, dans le cas contraire, passez votre chemin. Pour terminer, je vais citer la phrase de Thomas Bernhard inscrite en introduction : "Je laissais derrière moi l'abominable odeur d'un monde stupide où l'impuissance et la bassesse sont au pouvoir".
Le Caravage
Vous aimez la peinture? Cet album est fait pour vous! Vous n'y connaissez rien en peinture? Cet album est fait pour vous! OK bonjour l'accroche! Mais franchement quelle claque! Alors bien sûr je connaissais Manara et ses BD érotiques ou carrément porno. A leur lecture nous avions compris que l'homme était un grand de la bande dessinée qui entre autre dessinait les femmes d'une manière qui avouons le nous faisait un peu grimper le thermomètre. Alors que le maître est aujourd'hui au crépuscule de sa carrière, cela ne l'empêche pas d'être une fois de plus redoutable. Première page: une tuerie ! Cadrage, perspective, ambiance, couleur, que manque t'il : rien! Ensuite l'auteur nous emmène à Rome dans les années 1400 et des brouettes. Un Borgia, (l'homme connait) est sur le trône papal, l'unité italienne est encore bien lointaine et les États Cités ont encore de beaux jours devant eux. Chaque duc ou prince cherche à s'attacher les services des plus grands artistes de ce qui fondera le quattrocento, pépinière de talents qui marqueront durablement la peinture des siècles à venir. En dehors du fait de ressusciter la Rome de l'époque en planches plus sublimes les unes que le autres, Manara nous donne à voir une société qui vit, qui bouillonne, qui boit, qui fornique, qui se fout sur la tronche pour des broutilles, des couleurs, des femmes. Bref on sent la vie, pas des plus tranquille mais entière. Alors bien sûr l'histoire est balisée et ne contient que peu d'incertitudes, Il Caravagio, en homme de son époque est truculent, jouisseur, hâbleur mais dès qu'il prend un pinceau en main c'est le génie qui parle. Son travail sur la lumière est pour son époque complètement novateur et il va révolutionner toute le peinture de son temps. Le plus fabuleux dans cette histoire c'est comment Manara arrive sur cette BD à retranscrire cette lumière, ces effets d'ombres et tout quoi! Nous nous amuserons de voir que certains seins devaient être cachés ou qu'une prostituée ne puisse servir de modèle pour une vierge à l'enfant et se transforme en Marie Madeleine repentante. Alors quoi : Feuilleter cet album? Non point. Le lire? Oui. L'acheter ? Certainement! Manara est un grand, oubliez quelques bandes qu'il a pu nous proposer. Tout y est. Du classique, et nul doute que si la bande dessinée avait existé à l'époque, Le Caravage en aurait été un des pionniers.
Alim le tanneur
Voilà une série qui confirme, si besoin était, que Wilfrid Lupano est décidément un excellent scénariste, qui multiplie les réussites dans les univers les plus variés ! Cela commence par une histoire classique, avec personnages espiègles (Alim, sa fille). Mais l’histoire va se complexifier rapidement, en multipliant les univers dans lesquels va se débattre Alim. Jesameth, cité théocratique en pleine expansion appartient à un Proche ou Moyen Orient imaginaire (rarement utilisé dans le genre Fantasy, à part peut-être dans Les Epées de verre), mais l’intrigue va aussi amener Alim à traverser des régions montagneuses et himalayennes, pour finir dans des décors de savane africaine ou de forêt vierge méso-américaine (quelques parentés avec le cycle Qâ de Thorgal je trouve). Bref, c’est très dépaysant ! Même si la relative proximité de ces univers que tout oppose et qui pourtant ne semblent pas si éloignés peut faire tiquer, je suis prêt à faire semblant de fermer les yeux pour suivre l’imagination de Lupano. Les aventures sont rythmées et l’on est emporté par l’épopée de ce hors caste jouant un rôle qui le dépasse. Ajoutons à ça que le bestiaire est original. Une grande et belle histoire, beaucoup plus violente que les premières planches ne le laissaient présager. Et une belle réflexion sur les enjeux du pouvoir, l’emprise de la religion sur les hommes, et les différentes manières d’appréhender la doxa (voir à ce propos un dialogue entre le général Torq Djihid et Khelob). Une vision quand même pessimiste des relations humaines et du pouvoir. Le dessin est lui aussi très réussi. Les personnages avaient un air enfantin, parfois proche du manga je trouve au début (voir les bouches et en particulier celle de Bul), mais, à l’instar de l’intrigue elle-même, cela va rapidement devenir excellent. J’ai vraiment beaucoup aimé le dessin de Virginie Augustin, ainsi que la colorisation, le tout parfaitement adapté aux univers successivement développés par Lupano. Sans être trop originale, cette histoire est quand même faite pour tous ceux qui cherchent une aventure bien menée. Malgré quelques facilités (armée miraculeusement anéantie dans la jungle – ceci étant traité par une ellipse, fin un peu improbable et heureuse pour Alim), c’est probablement la meilleure série que j’ai lue de la prolifique collection « Terres de légendes », et une des plus belles réussites du genre Fantasy !
Le Ventre de la Hyène
C'est un véritable coup de crosse pleine mâchoire que nous colle cet album. J'ai beau ne pas être né de la dernière pluie et avoir lu quelques articles sur le sujet, Baloup au scénario et Alliel au dessin nous sortent l'artillerie lourde pour traiter de façon plus qu'efficace de la fabrique des enfants soldats. Ce que j'ai apprécié par dessus tout c'est le parti pris sans concessions de l'album. On part de loin pour nous montrer comment cet enfer va se déchaîner sur ces enfants, tout en nous montrant que méchanceté et cruauté n'attendaient parfois qu'une étincelle ou un prétexte pour s'exprimer. Sauf qu'une fois engagé, le processus ne peut que se terminer tragiquement. C'est ce que vont vivre deux frères qui vivaient paisiblement dans un pays d'Afrique. Ils vont progressivement basculer dans ce parcours tragique où violence, drogues et horreurs ne font que se nourrir et s'enchaîner. Récupérés et utilisés politiquement, ces enfants qui deviennent des machines à tuer finissent par être lâchés et hors de tout cadre de guerre, réintégrer une société avec laquelle ils sont en complet décalage. Le scénario de Baloup nous trace ce triste cheminement de façon intelligente, sans non plus tomber dans l'apitoiement envers ces "enfants" qui ont vécus et commis des atrocités. Il embraye une intrigue dans une cité marseillaise où Talino essaye de retrouver son frère Anouar, et enchaine les flashback sur leur jeunesse pour nous dresser le tableau édifiant de leur parcours. Le dessin d'Alliel que je découvre avec cet album colle à merveille avec l'histoire. Je mettrais juste un bémol sur la colorisation de certaines planches par Facio, que je trouve un peu trop vive à mon goût. En tout cas, cet album est vraiment une réussite, d'autant que c'est pour moi typiquement le genre de sujet casse-gueule en BD. A lire !
Thamara & Juda
Véritable maître du dessin hyperréaliste, Riverstone offre ici des pages qui sont un peu comme des peintures à l'huile, peuplées de filles splendides et très sexuées. J'ai toujours eu un petit faible pour cet auteur très secret qui se situe un peu à part dans la BD érotique, parce qu'il fait preuve d'un grand talent dans son rendu graphique et qu'il est assez doué pour transcender le fantastique et le surréalisme dans ses Bd. Et j'aime particulièrement quand il aborde l'Antiquité qu'il rend torride, c'est l'univers qui lui correspond le mieux je trouve, au contraire de ses autres créations comme Chloé (ou "Trop plein d'écume"), Gomorrhe, "la Fugue infinie" ou "l'Ile des fantasmes"... qui sont plus tournées vers le fantastique onirique. Dans cet album, il situe son décor dans un contexte biblique puisque son récit est inspiré d'un chapitre de la Genèse, avec les personnages de Thamar (ici Thamara), Juda et Onan. Riverstone se joue un peu de la Bible, mais reste néanmoins assez proche de cette histoire, et surtout la rend beaucoup plus lisible que Judith et Holopherne qui ne m'avait pas autant séduit par ses divagations et sa bestialité confuses. On sent clairement que l'auteur n'a pas fait du cul pour le cul, il y a certes quelques situations un peu outrées et surtout des dialogues parfois naïfs et idiots, mais pas autant que dans ses autres Bd ; son scénario intègre des scènes hard d'une très grande audace dans un récit mieux structuré, avec quelques gros plans de belle tenue. Les femmes y sont sculpturales, avec des poitrines fières et triomphantes, des corps opulents aux cambrures hardies, et des visages d'ingénues ou de jeunes vierges. Les hommes sont très vigoureux, avec des braquemarts rarement au repos, et certaines séquences sont très bandantes, mais ça reste toujours esthétique et pas crade grâce au dessin et aux très belles couleurs qui mélangent ainsi la beauté, la force, la bestialité et la cruauté en un savant cocktail. Bref, c'est de l'art érotique dans ce qu'il a de meilleur..
Histoire de poireaux, de vélos, d'amour et autres phénomènes...
Marzena Sowa nous avait enchantés mais aussi mortifiés avec sa série autobiographique Marzi. La revoici avec un nouveau projet, lui aussi centré sur l'enfance, fantasmée cette fois, celle d'un garçon de 11 ans qui aide ses parents sur les marchés dans les années 1980. L'époque importe peu, je pense, c'est plutôt pour donner une certaine ambiance et un decorum qu'elle a été choisie. C'est réussi, j'avoue avoir parcouru cet album avec un sourire aux lèvres, tant je le trouvais charmant sur le plan visuel, rempli de couleurs vives, ce qui donne une belle représentation d'un marché traditionnel. J'ai même salivé une ou deux fois à la seule évocation des poireaux des parents de Vincent, moi qui n'en suis pas spécialement fan en temps normal. Et l'histoire, me demanderez-vous... Eh bien il s'agit d'une gentille bluette d'un préado qui flashe sur une autre gamine, essaie d'être aussi cool que ses copains mais aide ses parents de bon coeur. Des comme ça, je suis sûr qu'on en fait encore :) Pas de méchant dans cette histoire, juste un rival un peu vantard et une mamie un peu étrange qui donne des chatons. Marzena Sowa a même réussi à mettre un peu de sa Pologne natale dans un passage très sympathique. En bonus, quelques pages où les deux auteures évoquent quelques souvenirs communs mais aussi des souvenirs de marchés d'enfance. De quoi se rendre compte, si on ne les connaît pas, qu'elles sont aussi charmantes que leur album.
L'Essai
Nouvel album de Nicolas Debon et nouvelle perle ! L’essai relate une expérience de vie communautaire anarchiste, humaniste, naturaliste et totalement utopique. Au fil des pages, les contradictions se font jour, le rêve d’une société égalitaire et libertaire s’étiole face aux réalités humaines. L’ambition, la volonté de convertir, la jalousie, la folie des grandeurs… L’homme peut avoir les desseins les plus nobles, il n’en reste pas moins homme. Si le constat final est amer, l’expérience valait la peine d’être tentée, et Nicolas Debon, dans un savant mélange de réalité historique et de romance, parvient à nous faire partager les rêves de Fortuné Henry, instigateur et narrateur de cette expérience, et de ses camarades. Le dessin, brut, avec des personnages aux contours flous, avec des couleurs passées plonge le lecteur dans un autre monde, une autre époque. La narration à la première personne l’implique, le rend complice du sort des personnages… J’aurais tant aimé que cet essai soit converti… J’aurais tant aimé qu’il nous convertisse tous à ce rêve de société égalitaire. Ici, anarchie ne rime pas avec attentat et destruction, bien au contraire ! Il est tellement rare qu’un récit nous présente cette utopie politique de la sorte (dans le même ordre d’idée, je dois remonter au « Temps des Bombes » pour retrouver le sujet traité d’une manière similaire) que j’y vois une raison de plus de lire cet album. Enfin, le découpage est proche de la perfection. Le rythme lent, les dialogues qui puisent dans leur rareté toute leur force marquent le passage du temps et la force des idées. Les grandes illustrations découpent le récit en courts chapitres. La page 43 recentre le dessin et, par la même occasion, la thématique et l’enjeu réel de cet essai. La forme sert le fond, d’une manière inconsciente, le découpage guide les pensées du lecteur. Du grand art sans grands effets. Je ne peux qu’être admiratif devant cette apparente simplicité. Enfin, l’album nous propose quelques phrases magnifiques. Et je finirai cet avis sur l’une d’entre elles : « Lorsqu’un homme rêve, ce n’est qu’un rêve ; que plusieurs hommes rêvent ensemble et c’est le début d’une réalité… »