Les derniers avis (31994 avis)

Par Blue Boy
Note: 4/5
Couverture de la série Orignal
Orignal

L’air de rien, ce petit roman graphique au trait minimaliste et fragile dont les pages se tournent à toute vitesse véhicule un message amoral. Face à la méchanceté de son camarade tortionnaire, Joe se fait chamane malgré lui, comme si ses appels au secours silencieux, lorsqu’il traverse les bois pour ne pas avoir à affronter l’odieux Jason dans le car scolaire, avaient été entendus par Dame Nature. Je ne révélerai rien du dénouement, mais ce qui est amoral ici (et non immoral), c’est que la non assistance à personne en danger apparaît comme totalement légitime. Qui en effet aurait envie de sauver quelqu’un qui ne le mérite pas, et dont la disparition ferait du monde un endroit plus agréable à vivre ? Qui aurait réellement envie de tendre la main à un dictateur prêt à tomber dans un gouffre ? On n’ira peut-être pas jusqu’à le pousser, mais on préférera laisser le hasard décider à notre place… Il est assez étonnant à quel point ce modeste one-shot en noir et blanc, qui semblerait presque avoir été dessiné sur le coin d’une table, renferme quelque chose de puissant. Si les personnages peuvent apparaître caricaturaux (le souffre-douleur gentil et hyper-vulnérable et le sadique taré très très méchant), cette fable raconte aussi la suprématie du rêve et de l’imagination face à la bêtise crasse, évoque ces forces invisibles capables, pour peu qu’elles soient consultées, de délivrer une âme pure coincée sous la chape de l’ignominie.

19/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Souvenirs d'un jeune homme
Souvenirs d'un jeune homme

Bon, autant le dire, j’étais un peu circonspect avant d’attaquer la lecture de cet album de Lauzier, auteur intéressant mais à la production franchement inégale. Je craignais surtout que ces souvenirs aient mal vieilli. En fait, mes craintes étaient en parties injustifiées. En partie seulement, car la colorisation est franchement très datée et très 80’… Pour ce qui est de l’histoire, les états d’âme de Michel Choupon peuvent être parfois saoulants, verbeux (au point que parfois on se prend à le détester, alors que l’instant d’après on le « comprend »), mais ça se laisse lire, et même mieux à vrai dire. On suit en parallèle l’auto analyse de Michel, et la critique de la société où craquent certaines valeurs (la famille en particulier). Autant qu’un jalon dans l’œuvre de Lauzier, c’est un témoignage quasi sociologique – même s’il n’en avait pas l’ambition. Un album à redécouvrir, peut-être l’un des mieux réussis sur l’entrée dans l’âge adulte (ou la sortie de l’adolescence). Note réelle 3,5/5.

19/09/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Alice au pays des merveilles (Glénat)
Alice au pays des merveilles (Glénat)

Fabuleux, si, si j'ose, fabuleux tant au niveau du scénario que du graphisme. Oubliez l'oncle Walt et je ne peux que vivement conseiller la lecture de l’œuvre originale et sa suite moins connue mais aussi époustouflante "De l'autre côté du miroir". Ce roman à été disséqué, analysé, psychanalysé et à quel que soit degré, la façon dont il est lu et abordé, il possède une puissance évocatrice qui sublime l'imaginaire de tout un chacun. Le dessin est à mille lieux de l'iconographie habituelle et particulièrement de celle qu'en à donner Disney, ici l'histoire est abordé plus comme un cauchemar que comme un joli rêve de petite fille. Des couleurs sombres donc mais lumineuses. Si l'on veut bien lire les choses l'on s'aperçoit d'ailleurs que c'est le registre du récit. Je ne remercierais jamais assez les auteurs de ne pas avoir expurgé le texte et les évènements du texte d'origine. La scène sur la plage et le thé chez le chapelier fou, tout comme le procès Kafkaïen final. C'est une BD et une histoire qui se méritent, dans le sens ou il faut prendre son temps pour apprécier le texte d'une part et d'autre part les magnifiques dessins de Xavier Collette. Faites lire!!

18/09/2015 (modifier)
Couverture de la série La Ligne de fuite
La Ligne de fuite

Cet album est vraiment une belle réussite, sur un sujet qui aurait pu être casse gueule, eu égard à « l’icône » à laquelle il s’attaquait, à savoir Rimbaud. Et en plus à l’ubac du personnage, qui a abandonné la poésie, ses amis, pour devenir marchand – parfois d’armes – à Aden, c’est-à-dire au bout du monde. C’est d’abord une réussite graphique. Le dessin de Benjamin Flao, dans un style faussement brouillon, rehaussé à l’aquarelle, est franchement très beau, et très en harmonie avec le récit de cette quête impossible. Si le dessin est très bon, il faut dire qu’il est au service d’une histoire qui ne l’est pas moins. J’avais d’ailleurs déjà remarqué et la qualité du travail de Dabitch (souvent s’inspirant de faits réels) et sa propension à faire équipe avec des dessinateurs à la fois de styles différents et adaptés à ses scénarios (voir Jeronimus ou plus récemment La Colonne). Si le personnage et la poésie de Rimbaud imprègnent l’album d’un lyrisme noir, c’est en fait Adrien le héros, lui qui part chercher Rimbaud à Harrar, dans une quête de plus en plus inexpliquée, et qui comprend à la fin que c’est lui qu’il cherchait – et qu’il va trouver, au milieu du désert, si près et pourtant si loin de l’immense poète devenu commerçant. Un grand millésime de chez Futuropolis que je vous encourage fortement à découvrir !

18/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Traquemage
Traquemage

Décidément, il sait tout faire, Lupano ! Avec cette série il aborde l'univers de la fantasy par le petit bout de la lorgnette pour nous tirer des larmes de rire. Il est question ici de “Rural Fantasy”, c'est-à-dire que le héros est un berger bas du front amoureux de ses fromages, accompagné d'une brebis peureuse et d'une fée alcoolique tout juste bonne à jouer les emmerdeuses de comptoir. On trouve bien dans Traquemage des orcs, dragons, aigles géants et autres monstruosités… Le scénario n'offre pas de réelle surprise, il s'agit d'un quête comme on a vu des centaines. L'intérêt de la chose tient au ton décalé du récit. Car rien n'est sérieux ici et tout ce petit monde respire la connerie à un point tel que c'est est un vrai plaisir. Bon, d'accord, il est facile de se moquer de la fantasy, tant les imitateurs de Tolkien ont dilaté le genre avec un imperturbable sérieux, sans réaliser qu'ils accumulaient clichés et redondances, en perdant complètement le sens du ridicule. Beaucoup ont déjà parodié ces univers et les récits de quêtes épiques, à commencer par Arleston qui a trouvé le bon filon et délaie, avec plus ou moins de bonheur, son ironie autour de l'univers de Lanfeust De Troy. Mais Lupano vise un public moins préadolescent avec Traquemage. Son humour est davantage dans la veine qu'Alexandre Astier a développé dans Kaamelott, mélange réussi d'anachronisme érudit, d'humour pince sans rire, d'argot contemporain et d'envolée lyrique. Je découvre le dessin de Relom, bien en phase avec le scénario, surtout pour les mimiques des personnages et le sens du détail absurde. Il me rappelle un peu le trait de René Pétillon quand il débutait Jack Palmer (Les Aventures de), et puisait son inspiration dans les dessins de la bande du magazine MAD. Bref, une lecture très plaisante, qui appelle une suite.

16/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Adieu Kharkov
Adieu Kharkov

Mylène Demongeot, actrice de BD et de vie sous le crayon de Bouilhac et Catel. Comment conquérir la liberté ? Vaste question, qu’on soit issu du petit peuple ou qu’on appartienne au monde du star-système. Mylène Demongeot, elle, est passée des deux côtés du miroir, d’une enfance pas facile à la gloire apportée par des films tels les Sorcières de Salem, Bonjour Tristesse ou plus récemment (et en second élan après une pause), 36, Quai des Orfèvres et Camping. Adieu Kharkov, c’est l’histoire de sa vie et, surtout, de celle de sa maman, mise en cases, en dialogue et en perspectives par deux auteurs bourrées de talent, Catel et Bouilhac qui donnent une réelle puissance au(x) récit(s) qu’elles racontent. « Raconte-moi, Maman… (…) » « D’accord, mais en échange, tu dois me promettre quelque chose, Micha… TU ÉCRIRAS MON HISTOIRE.« Sur le coup, Micha, devenue Mylène Demongeot pour le cinéma, est interloquée et ne sait pas sur quel ton prendre l’ordre que vient de lui donner sa mère, Klaudia. Une maman vieillissante, clouée sur un lit d’hôpital par un cancer coriace. Le comble quand, comme elle, on a eu une vie brinquebalée dans une enfance ukrainienne et enhardie par les coups durs. Mais bien sûr que Mylène accepte d’écouter et retranscrira son histoire près d’un quart de siècle plus tard. De là, découlent de longues heures de récits dans une complicité quasi-retrouvée, entre les neiges de Kharkov en 1910, la révolution bolchévique, deux guerres mondiales, les cris d’une mère battue et les coups sourds d’un papa souvent trop saoul que pour savoir se contenir. C’est clair, la vie de Klaudia aurait pu commencer bien mieux, mais ce n’était que le début d’un long chemin de pénitence gratuite. D’un combat pour être instruite à l’abandon par ses parents, en passant par l’obligation de trouver de quoi se sustenter dans les poubelles de la ville, Klaudia va nourrir cette envie de liberté et de réussite à tout prix quitte à se sacrifier à l’amour non-exclusif et à connaître les désillusions de celui qui se veut exclusif, lui. Une vie de roman riche en voyages qui accoucha d’une vie de cinéma. Au départ, il y a une formidable idée comme celles que la fantastique collection Aire Libre peut faire naître: une vision à quatre mains d’une petite partie de la vie de Mylène Demongeot et, surtout, l’histoire de sa maman. Claire Bouilhac pour se charger de mettre en images la vie – les aventures, même – de Klaudia, globetrotteuse au caractère aussi bien trempé que ses cicatrices de l’enfance sont visibles; et Catel Muller pour donner vie à une Mylène Demongeot encore bien jeune en 1985 et, la plupart du temps, au chevet de sa maman ou au bras de son mari, Marc Simenon (oui, oui, le fils de). Le tout dans une diversité des traits (plus froid et rugueux du côté de Bouilhac, plus rayonnant chez Catel, époques différentes obligent) qui n’a d’égal que la grande cohésion qui s’en dégage au final. Le travail des couleurs, différent sur les deux parties de ce roman graphique, renforce encore plus la beauté évidente de cet ouvrage, qui est bien plus qu’un récit de vie. Ce théâtre de la vie et de papier parle finalement peu de la carrière de la belle blonde (qui partait pourtant fortement handicapée, dans son enfance, par un fort strabisme) tout en croisant quand même un ignoble Montand (comme celui dépeint par Marlène Jobert dans son autobiographie) et un toujours sympathique Pierre Richard – qui signe d’ailleurs la préface. Bien plus que la vie publique de Mylène Demongeot, Adieu Kharkov nous invite vraiment, comme au cinéma, dans l’intimité, à être au plus près de la vie de ces deux femmes d’exception, de leurs secrets, de leurs misères et chagrins comme de leurs joies et réussites. Une vraie réussite et du magnifique boulot, l’Histoire par la petit lucarne ouverte par un visage bien connu et les crayons de deux auteurs qui n’ont pas fini de faire parler d’elles !

16/09/2015 (modifier)
Couverture de la série Drones
Drones

Drones qui peut dans un futur proche. C’est dans l’air du temps, depuis quelques années, les drones ont fait leur apparition dans nos vies mais aussi dans la fiction (en témoignent le dernier film d’Andrew Niccol, Good Kill, ou le récent album de Muse). Du gadget télécommandé à l’appareil photo de haut-vol en passant, inévitablement, par l’arme précision guerrière, les drones n’ont pas fini de faire parler d’eux. Et dans 20 ans, qu’en sera-t-il? Sylvain Runberg (scénariste émérite de l’adaptation de Millenium en BD) et Louis, accompagnés de Daviet aux couleurs, ont fait le voyage dans le temps pour vous. C’est loin d’être réjouissant pour notre avenir mais ça donne en tout cas une aventure riche en palpitantes promesses. Nous sommes en 2037. La situation a dégénéré, les forces armées européennes sont sur les dents: une guérilla lourdement armée venue de Chine s’en prend aux positions stratégiques européennes mais également les places économiques. À la tête de ses rebelles catholiques et autonomistes, une seule femme charismatique semble diriger les opérations: Yun Shao, l’ennemie publique numéro 1. Dans un centre militaire du Danemark, la tension monte aussi. À des milles des champs de bataille du Qinghai, c’est en effet depuis cet endroit que trois talentueux pilotes, Jewel, Louise et Sam contrôlent respectivement Hadès, Vulcain et Wotan qui sont des… drones. Ainsi, plus besoin de perdre des hommes en zone de guerre, et alors que les insurgés se répandent en prières devant une gigantesque madone, désormais l’Europe fait foi d’ennemis de l’air, méchamment équipés et quasi invulnérables pour faire la guerre en Chine. Les deux camps s’affrontent, bec et ongles, vies contres morts, mais de manière disproportionnée. Mais très vite des questions se posent, autant autour de la fusion qui semble réunir les pilotes à leur bras armés que de la possibilité d’assassiner des dizaines d’hommes en un quart de seconde sans ressentir la moindre émotion, comme si ce n’étaient que de vulgaires méchants d’un inoffensif jeu vidéo. Batailles enflammées, guet-apens et visite de Xining, la nuit. Pas de doute, ce premier tome, Le feu d’Hadès, augure une série aussi chouette dans son déroulé qu’intéressante au niveau des questions et du fond qu’elle pose. Runberg parvient sur le thème foisonnant des drones (dont on est bien en mal de savoir à quoi ils mèneront dans quelques années) à bâtir une série au départ solide et dont les trois personnages principaux sont des héros bien ambigus. On est d’ailleurs bien en mal de choisir notre camp, ce qui ne fait que nous impliquer encore plus dans cette série et ses interrogations. Côté décor, les deux auteurs sont parvenus à imaginer un futur – grande qualité de cet album – qui ne fait pas tache, dans lequel le lecteur, non seulement, ne se perd pas pour cause de trop de fioritures mais y croit tout en pouvant se demander ce qu’il a bien pu se passer durant cet ellipse de 22 ans. Qui sait ce que nous apprendrons dans le prochain tome? Louis, pour sa part, possède un style qui s’accorde parfaitement avec le récit de Sylvain Runberg. Un peu manga, un peu comics, un peu franco-belge, le dessinateur de Tessa, Agent Intergalactique donne une réelle cohésion et une identité à Drones. Par son trait vif et sexy, Louis parvient également à insuffler de la vitesse aux scènes de combats dantesques et explosives auxquelles participent aussi, amplement, les couleurs de Véra Daviet. Bref, complètement divertissante mais proposant des enjeux contemporains et une multitude de pistes qu’on espère bien voir se développer dans le prochain épisode de ce diptyque annoncé (et sa suite?), Drones pose les bases d’un récit intéressant en tout point.

16/09/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Favorite
La Favorite

D’emblée, ce one-shot s’impose par son graphisme noir et blanc très particulier, et à vrai dire plutôt plaisant. Un trait nerveux tout en stries, des visages expressifs, parfois grimaçants jusqu’à l’hystérie, avec toujours un souci de la précision. La mise en page est extrêmement libre, très souvent l’histoire passe du gaufrier au strip, sort des cases pour déboucher ensuite sur une seule scène en double page. Toutes ces ruptures donnent une narration extraordinairement variée, installent une tension, renforcée par des trouvailles graphiques révélant chez son auteur un imaginaire toujours en ébullition. A noter que celui-ci est également illustrateur, ce qui explique sans doute cette amplitude formelle. Venons-en au récit à proprement parler, sorte d’ « Alice au pays de Folcoche ». Assez perturbant, il nous entraîne progressivement vers un tourbillon de démence, parfaitement incarné par le dessin que je viens d’évoquer et dont on ne peut détourner le regard tant on est fasciné, subjugué, horrifié. Jusqu’à la fin, on se pince en se demandant si l’histoire de ce garçonnet travesti en fillette par cette soi-disant grand-mère est vraie, en tout cas on se dit qu’elle pourrait l’avoir été. Mais l’important est le thème principal développé ici : l’identité broyée (ou niée) de deux êtres sous le poids des conventions sociales d’un autre âge, et la perpétuation par ces derniers par le biais de « Constance ». Matthias Lehmann semble au final s’en amuser en posant sur ces grands-parents indignes qui se haïssent à mort un regard grinçant, compréhensif aussi, mais à la limite de la provocation notamment lorsqu’il parle de l’homosexualité du grand-père dans sa jeunesse. Même la « fillette-garçon », sur laquelle on devrait réellement s’apitoyer, a fini par s’adapter à la situation dont elle commence à comprendre l’absurdité. Avec l’espièglerie comme paravent, elle deviendra à son tour monstrueuse en endossant un hideux masque africain représentant, pense-t-elle, une mère imaginaire qu’elle croit morte (on reste dans le thème de l’identité). Et paradoxalement, c’est ce masque aux vertus visiblement magiques qui lui fera retrouver cette identité perdue… Du coup, il sera totalement vain de chercher de l’émotion dans ce récit, qui possédait pourtant tous les ingrédients du drame, mais bascule très vite vers le conte drolatique un peu piquant. Encore peu connu mais déjà publié par l'éditeur prestigieux qu'est Actes Sud en 2006 (L'étouffeur de la RN 115), Matthias Lehmann prouve avec ce one-shot qu’il passe définitivement dans la catégorie des auteurs indispensables.

15/09/2015 (modifier)
Par Pasukare
Note: 4/5
Couverture de la série Cesare
Cesare

Quand j’ai vu les premières annonces de la sortie prochaine de cette nouvelle série historique, j’avoue que j’étais un tout petit peu sceptique : de l’histoire européenne avec des personnages stylés manga (impression donnée par les couvertures des deux premiers tomes), j’avais quelques a priori et un peu peur du décalage… Au final on est à des kilomètres de ce que je craignais, « Cesare » est une série sérieuse, documentée et au style graphique sobre et élégant. Elle est d’ailleurs recommandée par Historia comme l’indique un petit sticker collé sur la couverture du tome 1. A début de la série, Cesare Borgia a 16 ans et étudie à Pise, il est calme et posé, supérieurement intelligent, admiré, il est déjà un personnage très important de la haute société de l’époque, il est destiné à devenir cardinal et œuvre pour permettre à son père de devenir le prochain pape. Il côtoie des élèves de divers milieux, dont certains issus de familles elles aussi influentes, alliée ou ennemies (les Medicis, les Della Rovere) et des personnages historiques comme Christophe Colomb ou encore Léonard de Vinci. Comme tout personnage influent, il est aussi menacé par des ennemis qui conspirent contre sa famille. Tout ceci mis ensemble donne une série riche en références historiques, instructive, passionnante et magnifiquement illustrée (malgré quelques cases un peu pauvres en arrières plans à mon goût). Personnellement, le seul « contact » que j’avais eu jusqu’à présent avec Cesare Borgia était par l’intermédiaire de la série TV diffusée sur la chaîne cryptée il y a quelques mois. Le personnage de la série est un jeune homme nerveux, frustré, tendu, revanchard, en quête de reconnaissance paternelle, donc très loin du portrait qui nous est brossé ici. Difficile de savoir lequel des deux est le plus proche de la réalité et j'aimerais croire que la vérité est ici… La jeune Lucrezia fait son apparition au tome 4, encore une fois je trouve des points communs et des divergences avec la série télé évoquée plus haut, notamment au niveau de la personnalité de la demoiselle mais aussi en ce qui concerne la chronologie de certaines unions. A l'occasion il faudrait que je creuse tout ça... Le tome 5 se consacre essentiellement à une joute "spectacle" entre les diverses "familles" de l'université où étudient Cesare et Angelo, exacerbant les rivalités et donnant aux ennemis jurés l'occasion de s'en prendre à l'autre ouvertement et sans retenue. L'armée du Nord s'oppose à l'armée du Sud, qui en sortira vainqueur ? Encore un tome très intéressant sur les us et coutumes de l'époque. Le T6 fait la lumière sur les auteurs de certaines malveillances perpétrées précédemment, fait un petit plongeon sympathique dans le passé de Cesare et nous montre encore l'énormité du poids qui pèse sur les épaules de ce jeune homme exceptionnel. Le T7 nous plonge dans l'histoire des papes et de l'équilibre entre le pouvoir religieux et le pouvoir de l'empereur à travers les époques, c'est très instructif. Cesare rentre de plus en plus dans son rôle d'homme d'église. Les T8 et 9 sont encore bien instructifs. Ils tournent autour de la conjuration des Pazzi contre les Medicis à Florence et montrent encore à quel point l'histoire de l'Italie a été marquée par ce découpage en provinces et familles influentes, alliées à la curie ou au pays voisin. On apprend vraiment plein de choses dans cette série. Si seulement je pouvais en retenir un peu ! Le T10 marque un tournant dans la vie de 3 des personnages les plus importants de la série : Cesare, Giovanni et Angelo. Ce tome est un peu plus orienté "psychologie des personnages" que "culture" et ça ne fait pas de mal car le risque avec une série historique comme Cesare c'est d'être trop scolaire et passer à côté de l'émotion. Le T11 voit la mort de Lorenzo de Medicis alors que son fils cadet Giovanni vient de partir à Rome et que son ainé Piero n'a pas les mêmes idées que lui sur l'alliance avec d'autres villes italiennes (ni, visiblement, le même talent pour régner), la fin d'une époque en quelque sorte ! « Cesare » est sans nul doute une excellente série que je suis avec le plus grand intérêt. Après 11 tomes lus je ne me lasse pas !

21/03/2013 (MAJ le 15/09/2015) (modifier)
Couverture de la série Holly Ann
Holly Ann

Louisiane. Fin du XIXe siècle. La Nouvelle-Orléans est en ébullition. Le jeune Gerbeaud, fils d’un riche propriétaire, a disparu mystérieusement depuis quatre jours. Madame Fontaine, elle, s’inquiète pour son grand garçon. Ce dernier est porté absent, comme le petit Georges. Apparemment, tout le monde s’en fiche. Il faut dire que Martin Fontaine est noir, handicapé mental qui plus est. Alors, la seule solution pour cette mère éplorée est de faire appel à Holly Ann. Cette belle jeune femme, intelligente et émancipée, est enquêtrice à ses heures perdues. Dans une Louisiane où la ségrégation raciale perdure, il est plus facile de voir en un noir un coupable qu’une victime. Rien ne sera simple pour la détective. Surtout lorsque le vaudou s’en mêle, que les défunts se réveillent en cognant sur leurs tombes et que la police ne voit pas d’un bon œil qu’une privée interfère dans leur affaire. Quel plaisir de retrouver le dessin de Servain ! Après les remarqués Le Traque Mémoire et L'Esprit de Warren. ses autres séries ont peiné à trouver leur public. Ceux qui le suivent depuis des années déplorent l’abandon ou plutôt le report à une date indéterminée, de L'Histoire de Siloë. Le dessinateur revient très en forme. Plus de temps passe et plus son style se rapproche de celui de Rossi : l'ambiance n'est pas sans rappeler certains passages de Jim Cutlass ou de W.E.S.T et immerge pleinement le lecteur dans la beauté, mais aussi la moiteur de la Nouvelle-Orléans. Son trait réaliste et expressif,surtout au niveau des visages, est magnifié par une mise en couleurs qu’il assure lui-même. La couverture en est le parfait exemple : elle illustre de manière splendide le titre de l'album et lance le lecteur sur une fausse piste. En effet, pas trace de chèvre dans cette histoire car La chèvre sans corne renvoie à un rituel vaudou qui implique en fait un enfant blanc sacrifié pour le culte. Le scénario concocté par Kid Toussaint n’est pas en reste. Il ne faut pas s'attendre à un concentré d'action, mais à un album d'ambiance qui ne lésine pas sur le texte. Tout se résout par des dialogues plutôt que par des coups de feu ou de poings. Pour comparer avec un autre média populaire, on lorgne vers une série à la HBO. Plus que l’enquête policière, qui s'avère relativement classique même si elle est très bien menée, l’intérêt se porte sur une caractérisation des personnages très réussie. C'est un polar avec une héroïne forte et mystérieuse, une mentaliste de son temps, possédant des capacités de déduction et des connaissances extraordinaires. Un festival de superlatifs est de rigueur pour la présenter : Holly Ann est belle, mystérieuse, charismatique, intelligente, indépendante et douée. . Les personnages secondaires ne sont pas oubliés et la faune cosmopolite de la Nouvelle-Orléans renforce le cachet de l'ensemble. Il est perceptible que cet album a été clairement pensé comme un tome d'une série et non comme un one-shot. Chaque volume proposera une histoire complète, mais seule la série sur le long terme permettra de découvrir qui est réellement Holly Ann, avec la levée des mystères l'entourant comme probable fil conducteur entre les livres à venir. S'il fallait se contenter de ce one-shot un peu court, sans qu'aucune suite ne soit donnée, on pourrait regretter que le format de 48 pages provoque un dénouement trop rapide et vite expédié de l’intrigue. Cependant, le nombre de mystères qui restent en suspens concernant Holly Ann (l'avant-dernière planche pose notamment bien des questions) devrait éviter d'en rester là.

14/09/2015 (modifier)