Rien n’est simple pour notre pauvre goupil. Alors qu’il aimerait tant goûter à la viande, il doit se contenter de betteraves et de navets. Impossible de se souvenir de la dernière fois où il a planté ses crocs dans de la chair fraîche. En effet, Renard n’effraie personne et il est la risée des animaux des bois comme des poules de la ferme voisine. Vilain petit Goupil, stupide et faible, se rêve en Grand Méchant Renard. Il prend donc des cours de cruauté avec le Loup qui lui donne ce conseil « Si tu ne peux saisir les poules, vole des œufs ! Tu n’auras qu’à manger ce qui en sortira ! » Seulement, de l’œuf à la poule, il y a les poussins. Et c’est attachant ces petites bêtes !
Grand Méchant Renard n’est pas la première bande dessinée de Benjamin Renner. En 2011, sous le pseudo de Reineke, la maison d'édition Vraoum ! publiait Un bébé à Livrer, œuvre déjà remarquée et sélectionnée à Angoulême. Après une interruption liée à la réalisation du long-métrage Ernest et Célestine, le créatif revient au 9ème Art chez Shampooing, sous son vrai nom, les éditions Delcourt surfant sur l’engouement public mérité du dessin animé.
L’influence principale de l'illustrateur est évidente : Tex Avery. Comment ne pas songer à Bip Bip et le Coyote, drôlissime jeu de massacre dans lequel Renner introduit, lui, de la poésie ? Quand les poussins sortent de l’œuf, ils découvrent Renard et le prennent pour leur maman provoquant ainsi maintes situations cocasses. Le prétendu prédateur sort de son rôle de punching-ball pour devenir un être attachant. Goupil découvre que son unique talent est de jouer le rôle de Papa, même si il s’agit d'oisillons. Sous des dehors légers, l’auteur fait référence, subtilement et sans didactisme, à quelques sujets de société. Pas sûr que l’idée de poussins ayant deux Mamans (une poule et un renard) ne fasse pas hurler les opposants au mariage pour tous. Confronté à ses turbulents et piailleurs nouveau-nés, l'animal s’adapte et compose. Quel parent n’a jamais dû céder pour avoir la paix ?
Graphiquement, le dessinateur conserve de son expérience du blog le rejet de la case et de bulles pour raconter son histoire. Il privilégie les personnages aux décors à peine esquissés, et le détail se porte sur le faciès et les mimiques des bêtes. De plus, le trait se joue de la perception innée que le lecteur a de certains animaux. Un renard devrait être rusé et pas un loser absolu alors qu’au contraire les poules sont à nos yeux de frêles victimes et non des matrones formées au close-combat. Le dessin rehaussé de très belles couleurs donne de la fluidité à l'aventure menée sans temps morts sur 192 pages. Plus que des grands éclats de rire, Renner réussit finement à faire sourire à chaque page. C’est un humour gentil, touchant tous les âges et finalement très rafraîchissant.
Le meilleur des prologues pour découvrir cette bande dessinée est d’aller sur le site des éditions Delcourt. L’auteur de la bd a réalisé un turbomédia dans lequel le joueur est amené à choisir la manière de faire rentrer le rouquin canidé dans le poulailler. Chaque choix entraînant une situation différente où Renard en prend souvent pour son grade. Un complément jouissif !
Je ne savais pas que Van Gogh avait un frère. C'est d'ailleurs par Théodore que l'on commence ce manga avant de découvrir le jeune Vincent. Il avait également un indéniable talent qui allait se conjuguer à celui de son frère. Oui, on remonte jusqu'aux origines du mythe aujourd'hui mondialement connu.
Il faut dire qu'il y avait fort à faire dans le Paris dominé par le conservatisme. C'est un combat pour imposer des techniques révolutionnaires. Théodore est déjà un célèbre vendeur d'art qui s'emploie à mettre en avant des artistes non conventionnels aux antipodes de l'académisme de mise. Le grand méchant de ce récit est Jean-Léon Gérôme à la tête de l'Académie car il mena une forte opposition aux artistes avant-gardistes. Il s'était en effet auto-proclamé détenteur du bon goût...
J'ai beaucoup aimé ce one-shot car il met surtout l'accent sur le frère de ce peintre qui a déjà connu pléthore de bd. Au Japon, ce titre fut couronné par de nombreux prix et remporta l'adhésion populaire. Il mêle l'histoire vraie à la fiction pour nous proposer une vision de l'auteur qui n'est pas inintéressante. Par ailleurs, j'ai également été séduit par un dessin tout à fait élégant qui fait une part belle aux décors d'époque (fin du XIXème siècle).
Au final, c'est une belle oeuvre assez attachante. On ressent réellement les émotions des personnages jusqu'aux larmes. Certes, on ne l'entendra peut-être pas de cette oreille mais il faut oser le dire : c'est une belle surprise voire une toile de maître !
Voilà un ensemble de productions intéressantes, originales, que ceux qui s’intéressent au média bande dessinée et à ses possibilités poétiques, d’exploration de l’imagination et de la création se doivent de feuilleter.
Rédiger un avis sur cette « série » n’est pas évident. Et en premier lieu parce que ce n’est pas une série, mais une suite de publications de format et d’ambition assez différents. Une suite d’expériences plus ou moins réussies. Et peut-être plus ou moins accessibles.
Oupus 1 : (4/5)
C’est l’acte de naissance « extérieur » pour le – relativement – grand public de l’Oubapo. Cet « album » est très intéressant, mais à réserver à ceux qui sont vraiment passionnés par le sujet.
En effet, c’est une longue présentation historique et théorique de la Bande Dessinée à contrainte (à noter un préambule de Noël Arnaud, poète surréaliste, ex-membre de Cobra, pataphysicien et président à l’époque de l’Oulipo).
C’est donc un peu aride (essentiellement du texte), même si certains exercices illustrent et « aèrent » ce texte (exemples souvent courts, hormis un long essai de Menu et Lécroart en fin d’album) : Lécroart, toujours très convaincant !
Oupus 2 : (4/5)
Paru après l’oupus 3, cet album de grand format rassemble une longue série d’exercices oubapiens individuels ou collectif, illustrant les différentes catégories de contraintes énumérées dans l’oupus 1, dont il est en fait le parfait complément.
Pas de théorie donc, c’est un album plus abordable par le béotien que l’oupus 1, et une bonne entrée en matière pour qui veut découvrir les potentialités du médium Bande Dessinée.
Et une nouvelle fois je me répète, Lécroart est franchement excellent : ses histoires sont à la fois des exercices plus ou moins complexes réussis, et c’est drôle ! Et en plus il n’hésite pas à multiplier les contraintes dans une même histoire. C’est le meilleur ambassadeur de la cause !
J’ai aussi bien aimé les performances publiques et collectives reprises en fin d’album, elles sont très souvent réussies.
Oupus 3 (Les vacances de l’oubapo) : (4/5)
Durant l’été 2000, certains des principaux animateurs de l’oubapo ont rédigé un feuilleton quotidien dans le cahier d’été de Libération. Cet oupus reprend ces rubriques (un cahier détaché avec le double des 6 pliages permet d’effectuer les exercices sans détériorer l’ « oupus »). Publié à part et avant l’oupus 2, il en est très proche dans l’esprit.
Chacun des auteurs (Ayroles ; Menu ; Lécroart ; Trondheim ; Gerner ; Killoffer) a tour à tour fourni une illustration de certains procédés oubapiens de création, à savoir le pliage, le palindrome, les strips croisés, l’upside-down, l’itération, le morlaque, soit 36 exercices.
C’est vraiment très intéressant (un petit texte présentait aux lecteurs béotiens en quoi consiste ces procédés). C’est intéressant, souvent réussi, mais pas toujours, et donc inégal. Mais en tout cas, c’est vraiment l’oupus que tous ceux qui veulent découvrir l’oubapo se doivent de lire, voire d’acheter, car c’est clair, didactique et finalement vite lu.
Je finis sur cet opus en criant encore mon admiration pour le travail de Lécroart, qui s’en sort ici toujours très bien, qui ajoute même parfois d’autres contraintes tout en produisant des histoires lisibles et drôles : c’est lui qui produit les résultats les plus convaincants.
Oupus 4 : (2,5/5)
Lewis Trondheim a réuni pour cet opus la fine fleur des collaborateurs de l’Association (pour beaucoup adeptes des constructions oubapiennes) ainsi que d’autres auteurs amis (Frederik Peeters par exemple), présents sur deux festivals en avril 2003 (Luzerne [13 auteurs] et Bastia [15 auteurs]). Parmi ces spécialistes des œuvres à contrainte, on remarque entre autres les maîtres Etienne Lécroart et Marc-Antoine Mathieu (ici peu présent et avec un dessin différent de ce qu’il fait en solo).
Si le casting est alléchant, et impressionnant, pour qui s’intéresse comme moi à ce genre d’exercice, j’avoue avoir un avis plus que mitigé sur cet oupus.
L’idée de départ, mêlant constructions croisées de différents auteurs présents sur deux sites différents est intéressante, mais le résultat est un peu décevant et très inégal. D’abord parce que certains auteurs s’en sortent mieux ou jouent plus le jeu que d’autres (Lécroart y réussit mieux que Parrondo par exemple). Ensuite parce que cela tourne parfois à vide, et la lecture entière de l’oupus est un peu lassante, même si certaines confrontations sont savoureuses et justifient ce genre d’expérience. Peut-être aurait-il fallu être moins ambitieux, et n’en publier qu’une partie moins consistante.
C’est un album à réserver vraiment aux gens très intéressés par l’oubapo (ce qui est mon cas). Pour les autres, je vous conseille de le feuilleter avant d’investir les 20 euros. C’est de mon point de vue l’album le plus décevant de la série (le seul d’ailleurs !).
Oupus 5 (Le Journal directeur) : (3,5/5)
Baladi, Gerner, Lécroart, Madden et Trondheim ont réalisé une nouvelle production à contrainte à partir du journal Libération de la Saint Valentin 2012.
J’avoue avoir eu du mal à entrer dans leur travail, et ai trouvé la première tentative, celle de Lécroart, très lourde (c’est étonnant et la première fois que je suis déçu par ce que fait Lécroart dans ce genre d’expérience !). Puis la mayonnaise a pris, et au final, je suis convaincu par cette revisitation des pages de Libé, qui mélange des visions poétiques, plus ou moins épurées (intéressant Gerner !), à des histoires plus classiques (Trondheim). C’est un exercice que les Surréalistes avaient déjà proposé à partir de l’observation d’œuvres d’art (au moins dans plusieurs revues des années 1970). Et surtout, c’est le tout qui justifie les parties, la lecture d’ensemble donnant sens et intérêt aux productions particulières.
Ce petit oupus est fortement recommandé !
Oupus 6 (4,5/5)
Même si chaque exercice est accompagné d’une brève présentation théorique (quelques lignes), on a là essentiellement un recueil des travaux de la quinzaine de membres de l’oubapo (c’est donc assez proche pour cette partie des Oupus 2 et 3).
Inégal bien évidemment, mais très intéressant et varié !
Et ce qui fait le gros plus de cet imposant album (comme de bien entendu dans un format toujours différent des autres Oupus), ce sont les deux parties dirigées par Lécroart qui encadrent les travaux présentés. Dans une longue introduction traitée en bande dessinée détournant diverses illustrations, il retrace l’histoire de l’oubapo : très instructif (même si parfois il faut savoir un peu lire entre les lignes.
Mais surtout, dans un long chapitre final intitulé « l’oubapo hors les murs », il reprend de manière quasi exhaustive (même s’il s’en défend) tous les travaux publiés en album ou revue ayant des accointances avec l’oubapo (source, descriptif et quelques illustrations pour chaque exemple). J’avoue être très attentif à ce genre de travail, mais j’y ai découvert un grand nombre d’œuvres et d’auteurs. Cette partie est clairement une mine d'information !
Cet Oupus 6 est indispensable pour tous les amateurs de bande dessinée à contrainte, et peut constituer une bonne entrée en matière pour les béotiens.
C'est terrible cette maladie d'alzheimer qui nous fait perdre nos souvenirs. C'est un sujet plutôt grave qui sera traité avec beaucoup de sobriété et de justesse. Ce récit d'un père qui souhaite retrouver sa fille après avoir connu le décès de son épouse m'a paru assez touchant. Le graphisme est d'ailleurs superbe avec un jeu un peu particulier sur les couleurs notamment le jaune ciré.
J'ai bien aimé la mise en scène intelligente de cette oeuvre car on comprend vite qu'on va voyager dans les souvenirs d'un vieil homme qui se meurt. C'est une belle histoire triste qui semble agir sur notre âme. L'amour restera toujours la plus belle chose de l'espèce humaine que même la mort ou la maladie ne pourront parvenir à étouffer. C'est en tout cas ce que je retiens de cette belle lecture.
Ceux qui sont attentifs à l'évolution de l'édition manga en France ne laisseront sans doute pas passer ce qui est en cours chez Ki-oon ; au sein d'une production shôjô/shônen assez passe-partout au début, seules les productions de Tsutsui permettaient à cette petite maison d'édition de s'adresser à un lectorat plus mature. Puis vinrent Tonogai et Sanbe, avec des récits qui lorgnaient franchement vers l'horrifique. Puis vint l'OVNI Bride Stories, il y a déjà quelques années, qui ouvrit une nouvelle brèche, des mangas plus "cérébraux", plus tournés vers le souci de véracité historique. Cesare est l'une des dernières traductions dans cette mouvance.
Tout d'abord on remarque la maquette, très soignée, marquant ce souci de qualité vers lequel l'éditeur, peu à peu, tend. Ici le sujet est la vie d'un jeune représentant de cette famille de dignitaires italiens d'origine espagnole qui s'appelèrent les Borgia. En plein coeur de la Renaissance transalpine, cette dynastie oeuvra pour accéder aux plus hautes marches du pouvoir local, c'est à dire le pontificat. Mais plutôt que de nous parler de celui qui lorgne le Saint-Siège, l'auteure a choisi de nous en parler par le biais de son fils, brillant étudiant de l'université de Pise. Ou plutôt -et c'est là une excellente idée, même si un peu éculée- au travers des yeux et de l'expérience d'un novice dans cette université, un jeune homme peu au fait des usages et des situations politiques, Angelo. Procédé malin, disais-je, car ainsi on découvre tous les rouages de ces intrigues de boudoirs, les conspirations diverses entre et contre les familles rivales.
C'est habilement mené, malgré le côté Dallas un peu trop présent, on ne s'ennuie quasiment pas, et on apprend beaucoup de choses. Il est intéressant de noter, par exemple, qu'en un peu plus de 500 ans, la Curie romaine n'a pas vraiment changé : corrompue, cupide, concupiscente et n'hésitant pas à se servir des services de spadassins, elle semble trouver d'étranges échos dans l'Eglise des années 2000... Point positif, la période choisie est au coeur de pas mal de révolutions sur le plan artistique ou celui des voyages ; l'occasion pour nos protagonistes de rencontrer... Mais chut, ne déflorons pas cette partie... Fuyumi Soryo introduit petit à petit différents personnages historiques, et la jeune Lucrezia fait ainsi son apparition dans le tome 4 ; on aurait pu penser que la relation avec son père va être au coeur de turpitudes ultérieures, mais après lecture du tome 6 Lucrezia reste encore pas mal en retrait. Mais l'auteure ne déflore pas son histoire, elle prend son temps. C'est aussi ça qui est intéressant : la psychologie des personnages évolue, et les masques tombent ou s'installent au fil de l'histoire.
Sur le plan technique, Fuyumi Soryo semble combiner deux visages : celui, classieux, d'une admiratrice du decorum de la renaissance italienne : ses décors, les costumes sont somptueux, c'est un vrai plaisir de regarder certains plans larges ou des personnages en tenues ecclésiastiques. Dans les bonus du tome 6 elle décortique sa façon de travailler sur les décors, en particulier un palais Renaissance. Par contre, sur le plan anatomique, c'est plus laborieux : certains visages manquent de rigueur, semblent un peu déformés. Certes, esthétiquement parlant, ils ressemblent aux canons de l'époque ; mais un peu plus de réalisme n'eût pas nui. Mais ce souci s'estompe par la suite. Elle a aussi des soucis avec les chevaux. Ils sont également vraiment difformes, et c'est bien dommage quand l'une des scènes tourne autour d'eux. Ce souci me semble gommé par la suite, car dans le tome 5 une longue scène montre des chevaux, cette fois-ci nettement mieux réalisés.
Parlons-en un peu de ce tome 5, dont la scène centrale est une fête de l'école matérialisée par la reconstitution (moyennement fidèle) d'une célèbre bataille des croisades. C'est l'occasion pour les étudiants d'y montrer leur valeur en tant que guerriers -alors qu'ils n'auraient probablement jamais l'occasion de le faire en vrai- mais aussi, pour certains, d'évacuer leur stress, leur énergie, ou même... les frustrations accumulées face à leurs condisciples. Un évènement aux sous-tensions troublantes donc.
Dans le tome 6 on passe à un autre temps fort, le dévoilement d'une partie du mystère de l'incendie. Le tome 7 est sur un autre tempo, on laisse reposer l'intrigue principale pour un cours d'Histoire concernant le dualisme entre l'Empereur et le Pape, ainsi que quelques éléments sur la ville de Pise, qui joua un rôle très important à une époque. De nouveaux angles de vue qui enrichissent la connaissance du sujet, fort complexe. Et encore une fois, quelques personnages emblématiques passent faire un coucou... La révolte des Pazzi, évènement sanglant de l'histoire de Florence, est évoquée dans le tome 8, car une quinzaine d'années après, les résonances sont encore là ; on apprend beaucoup de choses sur l'Histoire et la politique de l'époque, c'est vraiment très intéressant.
Dans le tome 9 le tempo est plus calme, Cesare et Angelo disparaissent même un peu de la scène pendant la moitié du tome, tandis que nous est exposée la délicate, fragile et complexe situation géopolitique de l'Italie, alors éclatée en plusieurs Etats. Je n'ai pas tout compris, mais encore une fois cela me semble bien présenté, et surtout complété par des annexes documentaires fort intéressantes, un autre plus qui maintient cette série sur une qualité élevée. Dans le tome 10, conclusif du premier cycle, nous avons droit à un évènement majeur dans l'histoire d'Angelo, Giovanni et Cesare ; c'est peut-être le plus calme de la série, mais il fallait cela pour conclure en beauté, sur un rythme qui fleure bon la Toscane et sa douceur de vivre. De plus les personnages tombent un peu le masque, et l'entité un peu froide que représentait jusque-là Cesare apparaît plus humaine.
Le second cycle s'ouvre sur un évènement qui remet en question l'alliance tripartite qui liait Naples, Milan et Florence. Et se conclue sur un autre évènement, ou son imminence, qui va bouleverser la Curie romaine. Cela promet encore de beaux moments de diplomatie et d'intrigues de palais.
L'auteure (ou l'éditeur) a pensé à nous proposer une sorte de tableau synoptique des relations entre les personnages, car je dois avouer qu'entre les Medicis, les Borgia et les Della Rovere, il y a de quoi s'y perdre, même si chaque famille n'est représentée que par deux ou trois personnages. Dans le tome 3 de nombreuses notes permettent de replacer l'ensemble de l'histoire dans un contexte socio-politique précis. Dans le cinquième un entretien avec un spécialiste japonais de l'époque nous permet de mieux comprendre le fonctionnement des universités de la renaissance. C'est très intéressant, et permet de comprendre pas mal de subtilités présentes dans le manga...
Le lectorat du manga traditionnel risque de ne pas adhérer, mais tant pis, j'encourage Ki-oon à persévérer dans cette voie, car c'est vraiment très intéressant, et franchement bien fait. Ma note globale est de 4/5. C'est excellent de bout en bout.
Voici donc réunies dans cet album une quinzaine d'histoires plus ou moins courtes (d'une à six pages), dans lesquelles on retrouve l'humour complètement absurde de Goossens.
C'est assez inégal, mais ça vaut globalement le détour. Les habitués de l'auteur ne seront pas dépaysés. Parce que le duo Georges et Louis fait quelques apparitions dans certaines histoires. Et parce que l'humour développé est toujours le même : pousser jusqu'au bout de l'absurde, avec des commentaires faussement sérieux, des raisonnements ou des situations de départ connus de tous.
Tout n'est pas drôle, mais il y a quelques belles réussites. J'ai particulièrement aimé l'histoire expliquant pourquoi les femmes ne se vendent plus très bien (la couverture en est tirée), ou celle qui revisite quelques grands moments de l'Histoire.
Quelques clins d'œil à des copains aussi (le personnage fétiche d'Edika s'invite dans une histoire), à des films célèbres (La planète des singes par exemple), et comme souvent, Dieu et Jésus à contre emploi...
Bref, un album qui offre quelques bons moments de poilade !
Note réelle 3,5/5.
Les Misérables est sans aucun doute un des romans les plus connus à travers le monde ; il a donc eu droit à plusieurs adaptations. J'en ai vu ou lu plusieurs et pour l'instant ce manga fait partie du haut du panier.
Il faut dire que l'un des défauts de plusieurs adaptations c'est d'être trop courtes alors que le roman est très long. Ici, il n'y a pas ce problème car le format d'un manga va parfaitement à ce genre d'histoire, vu qu'un mangaka peut produire une série de plusieurs dizaines de tomes de 200 pages chacun. L'histoire avance donc sans aller trop vite et les deux tomes m'ont semblé fidèles au livre avec des passages qu'on ne voit pas souvent en-dehors du roman.
J'ai lu les deux premiers tomes d'une traite. Même si je connaissais déjà l'histoire, le mangaka réussit à la rendre intéressante et les personnages sont aussi passionnants que dans le roman. Le dessin est sympa quoique parfois les expressions des personnages soient un peu exagérées, mais à force de lire du manga je me suis habitué.
Wow ! Quelle claque graphique ! Moi qui ne connaissais rien du travail de Bernie Wrightson, j'avoue en avoir pris plein les mirettes ! Et le scénario concocté par Steve Niles n'est pas en reste. Car s'attaquer à un personnage aussi emblématique du genre, c'est forcément prendre le risque de se faire taper sur les doigts si la potion se contente d'être amère...
Mais là rien de tout ça, c'est même du petit lait qu'on nous sert ! Moi qui suis un grand amateur de fantastique et surtout de ses prémices qu'ont su nous pondre Poe, Shelley ou encore Stoker, j'ai tout de suite accroché. Tous les ingrédients sont là pour nous plonger dans cette ambiance si particulière de la fin du XIXe, où science et sciences occultes étaient encore plus ou moins liées, laissant pour le coup la part belle au fantastique.
Et Bernie Wrightson est juste magistral pour nous retranscrire ces ambiances sombres et inquiétantes. Sa gestion du noir est blanc est tout simplement fabuleuse, et son soin et soucis du détail juste hallucinante ! (Je vous renvoie aux planches de la bibliothèque et du laboratoire du docteur qui accueillera notre Frankenstein).
C'est donc avec impatiente que j'attends la suite et fin de cette série que je ne peux que chaudement vous recommander, surtout pour les amateurs du genre !
Cette BD se présente sous forme d'un coffret. L'un des 2 tomes est consacré à Marie-Stuart, une reine passionnée et fougueuse. L'autre est relatif à Elisabeth Tudor, froide et pragmatique. Elles n'ont qu'un point commun : elles sont reines et cousines. Ces deux femmes se détestent éperdument car le royaume d'Angleterre est l'enjeu.
Il faut savoir que ces deux ouvrages sont parfaitement symétriques comme un palindrome ludique. On peut les lire séparément mais ensemble, cela constitue une merveille où la véracité historique est toujours respectée malgré une lecture très habile et personnelle de l'auteur. Il nous propose un autre regard.
En effet, cette BD est tout simplement passionnante surtout pour le public qui aime déjà la collection sur les reines de France. Ces femmes ont réussi l'exploit de mettre les hommes à leurs pieds, chacune à sa manière. Le destin de la dernière des Tudor et de la Stuart est tout simplement exceptionnel entre manœuvre politique et complots. Le résultat force l'admiration au-delà de l'exercice de style.
Voilà typiquement le genre de BD qui me met dans un état de désespoir quand au devenir du genre humain.
Les idéologies qu'elles soient politiques ou religieuses sont bien souvent, élaborées, réfléchies, proposées, dans le louable but d'aider l'homme à se transcender, à évoluer vers un avenir que l'on souhaite le plus radieux possible que se soit sur un plan spirituel ou bassement matériel. Mille fois hélas, la nature humaine, sur laquelle nous pourrions disserter longtemps mais ce n'est pas le lieu, se trouve toujours quelques éléments qui pour moult raisons pervertissent les systèmes qui à l'origine pouvaient laisser croire qu'ils apporteraient des bienfaits de tous ordres. Ce fût le cas pour le communisme, qui ne dura véritablement que 60 jours, le christianisme était n'en doutons pas une idée généreuse et enfin le Maoïsme dont il est question ici avait des raisons de naitre face au pillage des ressources d'un pays par les colonisateurs. Ces exemples ne sont pas exhaustifs bien sur et comme disait l'autre chacun y (re)trouvera ses petits.
Cette BD au final qu'est elle donc ? Un manifeste ? Une critique d'une idéologie et de ses débordements ? Quoiqu'il en soit elle décrit à merveille la manière dont un système peu broyer un individu. Ici sous couvert de politique bien sur, l'on s’aperçoit que ce que le personnage principal vit est essentiellement le fait d'un homme éconduit par une femme; basse et triviale vengeance donc, mais qui utilise parfaitement les rouages de la dialectique à l'honneur et propre au régime chinois.
Cette BD déjà ancienne est à mon sens indispensable car si elle pouvait ne serait ce que pour une personne aider celle ci à prendre conscience des dangers des totalitarisme cela serait déjà pas mal.
Un mot du dessin assez particulier ou les personnages possèdent des visages très reconnaissables mais comme "floutés" ( des pions, des jouets ).
Pardonnez cette logorrhée à consonance politique, mais c'est ce que m'a inspiré cette BD dont bien sur je recommande la lecture en vue de l'édification des foules.
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Le Grand Méchant Renard
Rien n’est simple pour notre pauvre goupil. Alors qu’il aimerait tant goûter à la viande, il doit se contenter de betteraves et de navets. Impossible de se souvenir de la dernière fois où il a planté ses crocs dans de la chair fraîche. En effet, Renard n’effraie personne et il est la risée des animaux des bois comme des poules de la ferme voisine. Vilain petit Goupil, stupide et faible, se rêve en Grand Méchant Renard. Il prend donc des cours de cruauté avec le Loup qui lui donne ce conseil « Si tu ne peux saisir les poules, vole des œufs ! Tu n’auras qu’à manger ce qui en sortira ! » Seulement, de l’œuf à la poule, il y a les poussins. Et c’est attachant ces petites bêtes ! Grand Méchant Renard n’est pas la première bande dessinée de Benjamin Renner. En 2011, sous le pseudo de Reineke, la maison d'édition Vraoum ! publiait Un bébé à Livrer, œuvre déjà remarquée et sélectionnée à Angoulême. Après une interruption liée à la réalisation du long-métrage Ernest et Célestine, le créatif revient au 9ème Art chez Shampooing, sous son vrai nom, les éditions Delcourt surfant sur l’engouement public mérité du dessin animé. L’influence principale de l'illustrateur est évidente : Tex Avery. Comment ne pas songer à Bip Bip et le Coyote, drôlissime jeu de massacre dans lequel Renner introduit, lui, de la poésie ? Quand les poussins sortent de l’œuf, ils découvrent Renard et le prennent pour leur maman provoquant ainsi maintes situations cocasses. Le prétendu prédateur sort de son rôle de punching-ball pour devenir un être attachant. Goupil découvre que son unique talent est de jouer le rôle de Papa, même si il s’agit d'oisillons. Sous des dehors légers, l’auteur fait référence, subtilement et sans didactisme, à quelques sujets de société. Pas sûr que l’idée de poussins ayant deux Mamans (une poule et un renard) ne fasse pas hurler les opposants au mariage pour tous. Confronté à ses turbulents et piailleurs nouveau-nés, l'animal s’adapte et compose. Quel parent n’a jamais dû céder pour avoir la paix ? Graphiquement, le dessinateur conserve de son expérience du blog le rejet de la case et de bulles pour raconter son histoire. Il privilégie les personnages aux décors à peine esquissés, et le détail se porte sur le faciès et les mimiques des bêtes. De plus, le trait se joue de la perception innée que le lecteur a de certains animaux. Un renard devrait être rusé et pas un loser absolu alors qu’au contraire les poules sont à nos yeux de frêles victimes et non des matrones formées au close-combat. Le dessin rehaussé de très belles couleurs donne de la fluidité à l'aventure menée sans temps morts sur 192 pages. Plus que des grands éclats de rire, Renner réussit finement à faire sourire à chaque page. C’est un humour gentil, touchant tous les âges et finalement très rafraîchissant. Le meilleur des prologues pour découvrir cette bande dessinée est d’aller sur le site des éditions Delcourt. L’auteur de la bd a réalisé un turbomédia dans lequel le joueur est amené à choisir la manière de faire rentrer le rouquin canidé dans le poulailler. Chaque choix entraînant une situation différente où Renard en prend souvent pour son grade. Un complément jouissif !
Les Deux Van Gogh
Je ne savais pas que Van Gogh avait un frère. C'est d'ailleurs par Théodore que l'on commence ce manga avant de découvrir le jeune Vincent. Il avait également un indéniable talent qui allait se conjuguer à celui de son frère. Oui, on remonte jusqu'aux origines du mythe aujourd'hui mondialement connu. Il faut dire qu'il y avait fort à faire dans le Paris dominé par le conservatisme. C'est un combat pour imposer des techniques révolutionnaires. Théodore est déjà un célèbre vendeur d'art qui s'emploie à mettre en avant des artistes non conventionnels aux antipodes de l'académisme de mise. Le grand méchant de ce récit est Jean-Léon Gérôme à la tête de l'Académie car il mena une forte opposition aux artistes avant-gardistes. Il s'était en effet auto-proclamé détenteur du bon goût... J'ai beaucoup aimé ce one-shot car il met surtout l'accent sur le frère de ce peintre qui a déjà connu pléthore de bd. Au Japon, ce titre fut couronné par de nombreux prix et remporta l'adhésion populaire. Il mêle l'histoire vraie à la fiction pour nous proposer une vision de l'auteur qui n'est pas inintéressante. Par ailleurs, j'ai également été séduit par un dessin tout à fait élégant qui fait une part belle aux décors d'époque (fin du XIXème siècle). Au final, c'est une belle oeuvre assez attachante. On ressent réellement les émotions des personnages jusqu'aux larmes. Certes, on ne l'entendra peut-être pas de cette oreille mais il faut oser le dire : c'est une belle surprise voire une toile de maître !
L'OuBaPo
Voilà un ensemble de productions intéressantes, originales, que ceux qui s’intéressent au média bande dessinée et à ses possibilités poétiques, d’exploration de l’imagination et de la création se doivent de feuilleter. Rédiger un avis sur cette « série » n’est pas évident. Et en premier lieu parce que ce n’est pas une série, mais une suite de publications de format et d’ambition assez différents. Une suite d’expériences plus ou moins réussies. Et peut-être plus ou moins accessibles. Oupus 1 : (4/5) C’est l’acte de naissance « extérieur » pour le – relativement – grand public de l’Oubapo. Cet « album » est très intéressant, mais à réserver à ceux qui sont vraiment passionnés par le sujet. En effet, c’est une longue présentation historique et théorique de la Bande Dessinée à contrainte (à noter un préambule de Noël Arnaud, poète surréaliste, ex-membre de Cobra, pataphysicien et président à l’époque de l’Oulipo). C’est donc un peu aride (essentiellement du texte), même si certains exercices illustrent et « aèrent » ce texte (exemples souvent courts, hormis un long essai de Menu et Lécroart en fin d’album) : Lécroart, toujours très convaincant ! Oupus 2 : (4/5) Paru après l’oupus 3, cet album de grand format rassemble une longue série d’exercices oubapiens individuels ou collectif, illustrant les différentes catégories de contraintes énumérées dans l’oupus 1, dont il est en fait le parfait complément. Pas de théorie donc, c’est un album plus abordable par le béotien que l’oupus 1, et une bonne entrée en matière pour qui veut découvrir les potentialités du médium Bande Dessinée. Et une nouvelle fois je me répète, Lécroart est franchement excellent : ses histoires sont à la fois des exercices plus ou moins complexes réussis, et c’est drôle ! Et en plus il n’hésite pas à multiplier les contraintes dans une même histoire. C’est le meilleur ambassadeur de la cause ! J’ai aussi bien aimé les performances publiques et collectives reprises en fin d’album, elles sont très souvent réussies. Oupus 3 (Les vacances de l’oubapo) : (4/5) Durant l’été 2000, certains des principaux animateurs de l’oubapo ont rédigé un feuilleton quotidien dans le cahier d’été de Libération. Cet oupus reprend ces rubriques (un cahier détaché avec le double des 6 pliages permet d’effectuer les exercices sans détériorer l’ « oupus »). Publié à part et avant l’oupus 2, il en est très proche dans l’esprit. Chacun des auteurs (Ayroles ; Menu ; Lécroart ; Trondheim ; Gerner ; Killoffer) a tour à tour fourni une illustration de certains procédés oubapiens de création, à savoir le pliage, le palindrome, les strips croisés, l’upside-down, l’itération, le morlaque, soit 36 exercices. C’est vraiment très intéressant (un petit texte présentait aux lecteurs béotiens en quoi consiste ces procédés). C’est intéressant, souvent réussi, mais pas toujours, et donc inégal. Mais en tout cas, c’est vraiment l’oupus que tous ceux qui veulent découvrir l’oubapo se doivent de lire, voire d’acheter, car c’est clair, didactique et finalement vite lu. Je finis sur cet opus en criant encore mon admiration pour le travail de Lécroart, qui s’en sort ici toujours très bien, qui ajoute même parfois d’autres contraintes tout en produisant des histoires lisibles et drôles : c’est lui qui produit les résultats les plus convaincants. Oupus 4 : (2,5/5) Lewis Trondheim a réuni pour cet opus la fine fleur des collaborateurs de l’Association (pour beaucoup adeptes des constructions oubapiennes) ainsi que d’autres auteurs amis (Frederik Peeters par exemple), présents sur deux festivals en avril 2003 (Luzerne [13 auteurs] et Bastia [15 auteurs]). Parmi ces spécialistes des œuvres à contrainte, on remarque entre autres les maîtres Etienne Lécroart et Marc-Antoine Mathieu (ici peu présent et avec un dessin différent de ce qu’il fait en solo). Si le casting est alléchant, et impressionnant, pour qui s’intéresse comme moi à ce genre d’exercice, j’avoue avoir un avis plus que mitigé sur cet oupus. L’idée de départ, mêlant constructions croisées de différents auteurs présents sur deux sites différents est intéressante, mais le résultat est un peu décevant et très inégal. D’abord parce que certains auteurs s’en sortent mieux ou jouent plus le jeu que d’autres (Lécroart y réussit mieux que Parrondo par exemple). Ensuite parce que cela tourne parfois à vide, et la lecture entière de l’oupus est un peu lassante, même si certaines confrontations sont savoureuses et justifient ce genre d’expérience. Peut-être aurait-il fallu être moins ambitieux, et n’en publier qu’une partie moins consistante. C’est un album à réserver vraiment aux gens très intéressés par l’oubapo (ce qui est mon cas). Pour les autres, je vous conseille de le feuilleter avant d’investir les 20 euros. C’est de mon point de vue l’album le plus décevant de la série (le seul d’ailleurs !). Oupus 5 (Le Journal directeur) : (3,5/5) Baladi, Gerner, Lécroart, Madden et Trondheim ont réalisé une nouvelle production à contrainte à partir du journal Libération de la Saint Valentin 2012. J’avoue avoir eu du mal à entrer dans leur travail, et ai trouvé la première tentative, celle de Lécroart, très lourde (c’est étonnant et la première fois que je suis déçu par ce que fait Lécroart dans ce genre d’expérience !). Puis la mayonnaise a pris, et au final, je suis convaincu par cette revisitation des pages de Libé, qui mélange des visions poétiques, plus ou moins épurées (intéressant Gerner !), à des histoires plus classiques (Trondheim). C’est un exercice que les Surréalistes avaient déjà proposé à partir de l’observation d’œuvres d’art (au moins dans plusieurs revues des années 1970). Et surtout, c’est le tout qui justifie les parties, la lecture d’ensemble donnant sens et intérêt aux productions particulières. Ce petit oupus est fortement recommandé ! Oupus 6 (4,5/5) Même si chaque exercice est accompagné d’une brève présentation théorique (quelques lignes), on a là essentiellement un recueil des travaux de la quinzaine de membres de l’oubapo (c’est donc assez proche pour cette partie des Oupus 2 et 3). Inégal bien évidemment, mais très intéressant et varié ! Et ce qui fait le gros plus de cet imposant album (comme de bien entendu dans un format toujours différent des autres Oupus), ce sont les deux parties dirigées par Lécroart qui encadrent les travaux présentés. Dans une longue introduction traitée en bande dessinée détournant diverses illustrations, il retrace l’histoire de l’oubapo : très instructif (même si parfois il faut savoir un peu lire entre les lignes. Mais surtout, dans un long chapitre final intitulé « l’oubapo hors les murs », il reprend de manière quasi exhaustive (même s’il s’en défend) tous les travaux publiés en album ou revue ayant des accointances avec l’oubapo (source, descriptif et quelques illustrations pour chaque exemple). J’avoue être très attentif à ce genre de travail, mais j’y ai découvert un grand nombre d’œuvres et d’auteurs. Cette partie est clairement une mine d'information ! Cet Oupus 6 est indispensable pour tous les amateurs de bande dessinée à contrainte, et peut constituer une bonne entrée en matière pour les béotiens.
Ceux qui me restent
C'est terrible cette maladie d'alzheimer qui nous fait perdre nos souvenirs. C'est un sujet plutôt grave qui sera traité avec beaucoup de sobriété et de justesse. Ce récit d'un père qui souhaite retrouver sa fille après avoir connu le décès de son épouse m'a paru assez touchant. Le graphisme est d'ailleurs superbe avec un jeu un peu particulier sur les couleurs notamment le jaune ciré. J'ai bien aimé la mise en scène intelligente de cette oeuvre car on comprend vite qu'on va voyager dans les souvenirs d'un vieil homme qui se meurt. C'est une belle histoire triste qui semble agir sur notre âme. L'amour restera toujours la plus belle chose de l'espèce humaine que même la mort ou la maladie ne pourront parvenir à étouffer. C'est en tout cas ce que je retiens de cette belle lecture.
Cesare
Ceux qui sont attentifs à l'évolution de l'édition manga en France ne laisseront sans doute pas passer ce qui est en cours chez Ki-oon ; au sein d'une production shôjô/shônen assez passe-partout au début, seules les productions de Tsutsui permettaient à cette petite maison d'édition de s'adresser à un lectorat plus mature. Puis vinrent Tonogai et Sanbe, avec des récits qui lorgnaient franchement vers l'horrifique. Puis vint l'OVNI Bride Stories, il y a déjà quelques années, qui ouvrit une nouvelle brèche, des mangas plus "cérébraux", plus tournés vers le souci de véracité historique. Cesare est l'une des dernières traductions dans cette mouvance. Tout d'abord on remarque la maquette, très soignée, marquant ce souci de qualité vers lequel l'éditeur, peu à peu, tend. Ici le sujet est la vie d'un jeune représentant de cette famille de dignitaires italiens d'origine espagnole qui s'appelèrent les Borgia. En plein coeur de la Renaissance transalpine, cette dynastie oeuvra pour accéder aux plus hautes marches du pouvoir local, c'est à dire le pontificat. Mais plutôt que de nous parler de celui qui lorgne le Saint-Siège, l'auteure a choisi de nous en parler par le biais de son fils, brillant étudiant de l'université de Pise. Ou plutôt -et c'est là une excellente idée, même si un peu éculée- au travers des yeux et de l'expérience d'un novice dans cette université, un jeune homme peu au fait des usages et des situations politiques, Angelo. Procédé malin, disais-je, car ainsi on découvre tous les rouages de ces intrigues de boudoirs, les conspirations diverses entre et contre les familles rivales. C'est habilement mené, malgré le côté Dallas un peu trop présent, on ne s'ennuie quasiment pas, et on apprend beaucoup de choses. Il est intéressant de noter, par exemple, qu'en un peu plus de 500 ans, la Curie romaine n'a pas vraiment changé : corrompue, cupide, concupiscente et n'hésitant pas à se servir des services de spadassins, elle semble trouver d'étranges échos dans l'Eglise des années 2000... Point positif, la période choisie est au coeur de pas mal de révolutions sur le plan artistique ou celui des voyages ; l'occasion pour nos protagonistes de rencontrer... Mais chut, ne déflorons pas cette partie... Fuyumi Soryo introduit petit à petit différents personnages historiques, et la jeune Lucrezia fait ainsi son apparition dans le tome 4 ; on aurait pu penser que la relation avec son père va être au coeur de turpitudes ultérieures, mais après lecture du tome 6 Lucrezia reste encore pas mal en retrait. Mais l'auteure ne déflore pas son histoire, elle prend son temps. C'est aussi ça qui est intéressant : la psychologie des personnages évolue, et les masques tombent ou s'installent au fil de l'histoire. Sur le plan technique, Fuyumi Soryo semble combiner deux visages : celui, classieux, d'une admiratrice du decorum de la renaissance italienne : ses décors, les costumes sont somptueux, c'est un vrai plaisir de regarder certains plans larges ou des personnages en tenues ecclésiastiques. Dans les bonus du tome 6 elle décortique sa façon de travailler sur les décors, en particulier un palais Renaissance. Par contre, sur le plan anatomique, c'est plus laborieux : certains visages manquent de rigueur, semblent un peu déformés. Certes, esthétiquement parlant, ils ressemblent aux canons de l'époque ; mais un peu plus de réalisme n'eût pas nui. Mais ce souci s'estompe par la suite. Elle a aussi des soucis avec les chevaux. Ils sont également vraiment difformes, et c'est bien dommage quand l'une des scènes tourne autour d'eux. Ce souci me semble gommé par la suite, car dans le tome 5 une longue scène montre des chevaux, cette fois-ci nettement mieux réalisés. Parlons-en un peu de ce tome 5, dont la scène centrale est une fête de l'école matérialisée par la reconstitution (moyennement fidèle) d'une célèbre bataille des croisades. C'est l'occasion pour les étudiants d'y montrer leur valeur en tant que guerriers -alors qu'ils n'auraient probablement jamais l'occasion de le faire en vrai- mais aussi, pour certains, d'évacuer leur stress, leur énergie, ou même... les frustrations accumulées face à leurs condisciples. Un évènement aux sous-tensions troublantes donc. Dans le tome 6 on passe à un autre temps fort, le dévoilement d'une partie du mystère de l'incendie. Le tome 7 est sur un autre tempo, on laisse reposer l'intrigue principale pour un cours d'Histoire concernant le dualisme entre l'Empereur et le Pape, ainsi que quelques éléments sur la ville de Pise, qui joua un rôle très important à une époque. De nouveaux angles de vue qui enrichissent la connaissance du sujet, fort complexe. Et encore une fois, quelques personnages emblématiques passent faire un coucou... La révolte des Pazzi, évènement sanglant de l'histoire de Florence, est évoquée dans le tome 8, car une quinzaine d'années après, les résonances sont encore là ; on apprend beaucoup de choses sur l'Histoire et la politique de l'époque, c'est vraiment très intéressant. Dans le tome 9 le tempo est plus calme, Cesare et Angelo disparaissent même un peu de la scène pendant la moitié du tome, tandis que nous est exposée la délicate, fragile et complexe situation géopolitique de l'Italie, alors éclatée en plusieurs Etats. Je n'ai pas tout compris, mais encore une fois cela me semble bien présenté, et surtout complété par des annexes documentaires fort intéressantes, un autre plus qui maintient cette série sur une qualité élevée. Dans le tome 10, conclusif du premier cycle, nous avons droit à un évènement majeur dans l'histoire d'Angelo, Giovanni et Cesare ; c'est peut-être le plus calme de la série, mais il fallait cela pour conclure en beauté, sur un rythme qui fleure bon la Toscane et sa douceur de vivre. De plus les personnages tombent un peu le masque, et l'entité un peu froide que représentait jusque-là Cesare apparaît plus humaine. Le second cycle s'ouvre sur un évènement qui remet en question l'alliance tripartite qui liait Naples, Milan et Florence. Et se conclue sur un autre évènement, ou son imminence, qui va bouleverser la Curie romaine. Cela promet encore de beaux moments de diplomatie et d'intrigues de palais. L'auteure (ou l'éditeur) a pensé à nous proposer une sorte de tableau synoptique des relations entre les personnages, car je dois avouer qu'entre les Medicis, les Borgia et les Della Rovere, il y a de quoi s'y perdre, même si chaque famille n'est représentée que par deux ou trois personnages. Dans le tome 3 de nombreuses notes permettent de replacer l'ensemble de l'histoire dans un contexte socio-politique précis. Dans le cinquième un entretien avec un spécialiste japonais de l'époque nous permet de mieux comprendre le fonctionnement des universités de la renaissance. C'est très intéressant, et permet de comprendre pas mal de subtilités présentes dans le manga... Le lectorat du manga traditionnel risque de ne pas adhérer, mais tant pis, j'encourage Ki-oon à persévérer dans cette voie, car c'est vraiment très intéressant, et franchement bien fait. Ma note globale est de 4/5. C'est excellent de bout en bout.
Combats
Voici donc réunies dans cet album une quinzaine d'histoires plus ou moins courtes (d'une à six pages), dans lesquelles on retrouve l'humour complètement absurde de Goossens. C'est assez inégal, mais ça vaut globalement le détour. Les habitués de l'auteur ne seront pas dépaysés. Parce que le duo Georges et Louis fait quelques apparitions dans certaines histoires. Et parce que l'humour développé est toujours le même : pousser jusqu'au bout de l'absurde, avec des commentaires faussement sérieux, des raisonnements ou des situations de départ connus de tous. Tout n'est pas drôle, mais il y a quelques belles réussites. J'ai particulièrement aimé l'histoire expliquant pourquoi les femmes ne se vendent plus très bien (la couverture en est tirée), ou celle qui revisite quelques grands moments de l'Histoire. Quelques clins d'œil à des copains aussi (le personnage fétiche d'Edika s'invite dans une histoire), à des films célèbres (La planète des singes par exemple), et comme souvent, Dieu et Jésus à contre emploi... Bref, un album qui offre quelques bons moments de poilade ! Note réelle 3,5/5.
Les Misérables (Kurokawa)
Les Misérables est sans aucun doute un des romans les plus connus à travers le monde ; il a donc eu droit à plusieurs adaptations. J'en ai vu ou lu plusieurs et pour l'instant ce manga fait partie du haut du panier. Il faut dire que l'un des défauts de plusieurs adaptations c'est d'être trop courtes alors que le roman est très long. Ici, il n'y a pas ce problème car le format d'un manga va parfaitement à ce genre d'histoire, vu qu'un mangaka peut produire une série de plusieurs dizaines de tomes de 200 pages chacun. L'histoire avance donc sans aller trop vite et les deux tomes m'ont semblé fidèles au livre avec des passages qu'on ne voit pas souvent en-dehors du roman. J'ai lu les deux premiers tomes d'une traite. Même si je connaissais déjà l'histoire, le mangaka réussit à la rendre intéressante et les personnages sont aussi passionnants que dans le roman. Le dessin est sympa quoique parfois les expressions des personnages soient un peu exagérées, mais à force de lire du manga je me suis habitué.
Frankenstein - Le monstre est vivant
Wow ! Quelle claque graphique ! Moi qui ne connaissais rien du travail de Bernie Wrightson, j'avoue en avoir pris plein les mirettes ! Et le scénario concocté par Steve Niles n'est pas en reste. Car s'attaquer à un personnage aussi emblématique du genre, c'est forcément prendre le risque de se faire taper sur les doigts si la potion se contente d'être amère... Mais là rien de tout ça, c'est même du petit lait qu'on nous sert ! Moi qui suis un grand amateur de fantastique et surtout de ses prémices qu'ont su nous pondre Poe, Shelley ou encore Stoker, j'ai tout de suite accroché. Tous les ingrédients sont là pour nous plonger dans cette ambiance si particulière de la fin du XIXe, où science et sciences occultes étaient encore plus ou moins liées, laissant pour le coup la part belle au fantastique. Et Bernie Wrightson est juste magistral pour nous retranscrire ces ambiances sombres et inquiétantes. Sa gestion du noir est blanc est tout simplement fabuleuse, et son soin et soucis du détail juste hallucinante ! (Je vous renvoie aux planches de la bibliothèque et du laboratoire du docteur qui accueillera notre Frankenstein). C'est donc avec impatiente que j'attends la suite et fin de cette série que je ne peux que chaudement vous recommander, surtout pour les amateurs du genre !
La Vierge et la Putain
Cette BD se présente sous forme d'un coffret. L'un des 2 tomes est consacré à Marie-Stuart, une reine passionnée et fougueuse. L'autre est relatif à Elisabeth Tudor, froide et pragmatique. Elles n'ont qu'un point commun : elles sont reines et cousines. Ces deux femmes se détestent éperdument car le royaume d'Angleterre est l'enjeu. Il faut savoir que ces deux ouvrages sont parfaitement symétriques comme un palindrome ludique. On peut les lire séparément mais ensemble, cela constitue une merveille où la véracité historique est toujours respectée malgré une lecture très habile et personnelle de l'auteur. Il nous propose un autre regard. En effet, cette BD est tout simplement passionnante surtout pour le public qui aime déjà la collection sur les reines de France. Ces femmes ont réussi l'exploit de mettre les hommes à leurs pieds, chacune à sa manière. Le destin de la dernière des Tudor et de la Stuart est tout simplement exceptionnel entre manœuvre politique et complots. Le résultat force l'admiration au-delà de l'exercice de style.
Extrême Orient
Voilà typiquement le genre de BD qui me met dans un état de désespoir quand au devenir du genre humain. Les idéologies qu'elles soient politiques ou religieuses sont bien souvent, élaborées, réfléchies, proposées, dans le louable but d'aider l'homme à se transcender, à évoluer vers un avenir que l'on souhaite le plus radieux possible que se soit sur un plan spirituel ou bassement matériel. Mille fois hélas, la nature humaine, sur laquelle nous pourrions disserter longtemps mais ce n'est pas le lieu, se trouve toujours quelques éléments qui pour moult raisons pervertissent les systèmes qui à l'origine pouvaient laisser croire qu'ils apporteraient des bienfaits de tous ordres. Ce fût le cas pour le communisme, qui ne dura véritablement que 60 jours, le christianisme était n'en doutons pas une idée généreuse et enfin le Maoïsme dont il est question ici avait des raisons de naitre face au pillage des ressources d'un pays par les colonisateurs. Ces exemples ne sont pas exhaustifs bien sur et comme disait l'autre chacun y (re)trouvera ses petits. Cette BD au final qu'est elle donc ? Un manifeste ? Une critique d'une idéologie et de ses débordements ? Quoiqu'il en soit elle décrit à merveille la manière dont un système peu broyer un individu. Ici sous couvert de politique bien sur, l'on s’aperçoit que ce que le personnage principal vit est essentiellement le fait d'un homme éconduit par une femme; basse et triviale vengeance donc, mais qui utilise parfaitement les rouages de la dialectique à l'honneur et propre au régime chinois. Cette BD déjà ancienne est à mon sens indispensable car si elle pouvait ne serait ce que pour une personne aider celle ci à prendre conscience des dangers des totalitarisme cela serait déjà pas mal. Un mot du dessin assez particulier ou les personnages possèdent des visages très reconnaissables mais comme "floutés" ( des pions, des jouets ). Pardonnez cette logorrhée à consonance politique, mais c'est ce que m'a inspiré cette BD dont bien sur je recommande la lecture en vue de l'édification des foules.