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Couverture de la série Visions futées
Visions futées

Il faut re-placer cet album dans son contexte et dans son époque ! Gibrat amenait déjà un style personnel , issu de ceux de Gotlib, des dessinateurs de Mad, de Binet et autres, et ces récits sous forme de nouvelles correspondaient bien sûr aux récits courts des mensuels. Charme et humour finalement plus dynamique que son style postérieur ( ! ) Bien sûr, l'on peut reprocher des petites défaillances dans les scenarii.... mais c'est varié, intelligent et parfait sur le plan formel. A re-découvrir .

03/12/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Complainte des landes perdues - Les Sorcières
Complainte des landes perdues - Les Sorcières

Soyons sérieux deux minutes les gars et les filles, d'aucuns parmi nous attachent plus d'importance au scénario qu'au dessin, ce qui est un argument valable, mais personnellement avisant sur un site de BD c'est plutôt l'inverse qui me préoccupe. Bref soyons encore une fois concis il se trouve que sur ce nouveau cycle c'est Béatrice Tillier qui se colle au "fameux" dessin et à laquelle il faut rendre un hommage certain. Congratulation, bravo, quel talent, bises et tutti quanti, si je peux me permettre (vais me gêner tiens!!). Rude mission car je connais quelques aficionados qui se disent "Quoi ? Béatrice ne serait il pas un prénom de femme , Viendrait 'elle après des gars aux talents inénarrables genre Rosinsky et Delaby, paix à leurs âmes, marcher sur des plates bandes inabordables?. Ben ouais mais avec quel putain de talent, cette dame dans son dessin que nous avions pu admirer encore une fois en collaboration avec Dufaux sur "Le bois des vierges" nous offre ici un truc assez flamboyant. Les codes du médiéval-fantastique sont présents, mais avouez le, son trait ne vous rappellent 'il pas quelques enluminures des "Riches heures du duc de Berry", cet aspect moyenâgeux des traits, surtout sur le travail concernant les visages et quelques arrières plans fabuleux. Bon nous nous arrêtons là, la dame à du talent et n'a pas à rougir d'une quelconque comparaison avec ses illustres prédécesseurs. Béatrice nous ne traverserions pas tous les cercles pour vous, mais si vous continuez, qui sait ? Ah tiens le scénario, ben moi je suis à fond dedans; ces histoires, légendes qui puisent au cœur de la celtitude chère à mes racines ça ma fait du bien. Mr Dufaux vous m'avez parfois perturbé mais sur ce coup là je vous suis à fond. Oui c'est court mais c'est clair. Hop là un dernier détail, en accord total avec le camarade Agecanonix pour dire que le classement de cette série est peut être à revoir pour se retrouver dans le médiéval-fantastique. Donc on achète, on lit , on apprécie...

02/12/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Intrus
Les Intrus

Pour ma première incursion dans l'univers d'Adrian Tomine, je dois avouer que cet essai est en tous points réussi. Proche des récits de Daniel Clowes et en particulier David Boring que j'affectionne particulièrement, Tomine utilise des techniques similaires pour dépeindre un quotidien morne et banal dans une Amérique d'aujourd'hui avec des dons de cartoonistes vraiment épatants, mélangeant gaufriers et couleurs, noir et blanc et découpage en strips selon l'humeur. Ce recueil de 6 histoires n'est pas réellement pour tout le monde tant la mélancolie qui s'en détache devient rapidement perceptible et malgré de jolis dialogues ajoutant ici et là de l'humour ou du malaise. Bref la vie dans toute sa subtilité... Les histoires qui forment ce recueil sont toutes à la fois différentes et épatantes. Que Tomine décrive la passion envahissante d'un jardinier pour un concept de sculptures végétales affreuses ou le quotidien pas évident d'une étudiante dont son sosie est une star du porno, ses récits font mouche. Et lorsqu'il habille ses récits d'une touche d'émotion avec ce court monologue d'une mère à son fils justifiant son abandon ou d'une gamine bègue se découvrant une nouvelle passion pour les stands ups et au coeur d'une famille brisée par la maladie, c'est réellement le coeur serré que l'on peut comprendre la portée de ces relations humaines si simples et si touchantes à la fois. L'histoire d'un vétéran militaire essayant en vain de renouer avec son passé perdu dans son ancien appartement ou la vie de couple d'une loser et d'un dealer quadra m'ont laissé un peu plus de marbre mais uniquement parce qu'elles sont légèrement en dessous du niveau de qualité des autres récits. Finalement les intrus c'est vous, eux, moi... Tous ces gens qui passent et essayent un peu de vivre en harmonie avec leur quotidien... Ce livre n'est effectivement pas une ode à la joie de vivre mais peut aider à mieux digérer la pilule et se révèle finalement en tous points exemplaire.

02/12/2015 (modifier)
Couverture de la série Les Chemins de Compostelle
Les Chemins de Compostelle

Pas facile… Pas facile de traduire en quelques mots les sentiments particuliers que cet album a fait naître en moi. Des sentiments étranges et parfois contradictoires qui rendent totalement subjective mon opinion quant à ce premier tome. Tout d’abord, il y a l’auteur. Jean-Claude Servais fait partie de ceux qui m’ont ouvert à la bande dessinée réaliste. Je l’ai découvert avec « La Tchalette » il y a bien longtemps, il me parlait d’un monde qui m’est proche puisque nous sommes tous deux voisins et attachés à « notre » terre d’Ardennes, terre de légendes, terre de culture… Je suis donc toujours resté attentif à la sortie de ses albums mais ses dernières productions m’ont déçu. Je pense devoir remonter à « L'Assassin qui parle aux oiseaux » pour retrouver une œuvre de l’auteur dont le scénario me semblait réellement prenant. De ses talents d’illustrateur, par contre, je n’ai jamais douté et chacune de ses productions m’a toujours séduit de ce point de vue. Et pourtant, avec ce premier tome, Jean-Claude Servais m’a touché avant tout par ses propos. Non que le scénario soit d’une grande originalité, et il demeure dans un univers proche de celui de ses autres œuvres, mais il y a dans toute la construction de cette œuvre une volonté de parler de transmission. Transmission de savoir entre un grand-père brasseur autant qu’alchimiste et sa petite-fille, surtout. Transmission de relai entre cette même jeune femme et Tendre Violette, l’œuvre phare de l’auteur, dont elle suit le chemin. Ce récit cherche donc à relier le passé et le présent. Même la visite de la Grand’Place de Bruxelles est l’occasion pour l’auteur de nous montrer combien le passé de la ville marque encore ses bâtiments d’un empreinte matérielle mais aussi, et surtout (pour certains initiés) spirituelle. Spirituel, le mot est lâché. Et il fait peur tant il est aujourd’hui rattaché à la religion. Et de religion, il en sera question via cette pèlerine débutant son voyage depuis le Mont Saint-Michel ! Mais par-delà un attachement à l’une ou l’autre église, la spiritualité qui se dégage de l’album tient plus de l’attachement à la terre, du devoir d’humilité de l’homme face à celle-ci. Le discours se veut écologique et moral, il peut irriter par son côté académique. Il m’a plu par sa sincérité, par cette volonté profonde de l’auteur de nous transmettre un savoir, une vision, par cette envie de nous faire partager ce qui, à ses yeux, constitue le sens profond de la vie. De notre propre vie mais aussi et surtout de la Vie en général. La volonté de transmettre du grand-père à sa fille devient alors écho de cette même volonté de l’auteur envers ses lecteurs. Et les interventions de Violette provoquent une mise en abyme propice au questionnement. Et si cette série était la dernière œuvre de l’auteur ? Et s’il s’agissait pour lui de nous léguer un peu de sa sagesse ? Un peu de son amour pour la terre et les gens simples ? Beaucoup de promesses donc, avec ce premier tome. J’espère vraiment que la suite du récit continuera dans cette lignée, avec une recherche introspective de l’auteur mais aussi une volonté de plonger le lecteur dans une démarche similaire, par-delà les péripéties du voyage. Surtout, je serais déçu si ce récit devait basculer dans une intrigue policière digne d’un fait divers. Jean-Claude Servais m’a ici fait entrevoir un fil narratif bien plus philosophique et personnel, et le fait que la série soit prévue en 7 tomes ne fait qu’accentuer mon sentiment qu’il s’agit d’une quête spirituelle de sa part. J’attends la suite avec autant d’appréhension que d’impatience. PS : côté dessin, c’est toujours aussi académiquement bon. Les représentations de la Grand’Place de Bruxelles sont superbes, tout comme celles du Mont Saint-Michel. Et le début de pèlerinage depuis la Gaume donne une fois de plus l’occasion à l’auteur d’illustrer sa région tel un immense jardin ouvert sur le monde. Petite mise à jour après la lecture du deuxième tome : Jean-Claude Servais conserve une certaine cohérence dans sa démarche et cet album est en lien direct avec l'oeuvre au noir (première phase de la transmutation alchimique). La notion de mort est très présente au travers du destin des personnages les plus présents et on sent chez chacun d'eux une évolution, une transmutation en devenir. Par contre, l'auteur apporte au récit un aspect fantastique qui ne m'a pas spécialement convaincu. Je trouve que là, par rapport à ce que je pensais être sa démarche initiale, il s'égare et ne peut empêcher son amour des légendes et des univers fantasmagoriques de prendre le dessus. Un petit bémol, donc, pour ce deuxième tome. Mais le récit me plait toujours et l'accent mis ici sur l'étrange lien qui unit Bretagne et Ardennes m'a beaucoup plu. A suivre...

12/03/2015 (MAJ le 02/12/2015) (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Panthère
Panthère

La petite Christine s'est enfermée dans sa chambre pour pleurer la mort de son vieux chat. Du tiroir de sa commode sort soudain une panthère magique qui va venir la consoler. Elle va lui raconter les merveilles de son pays, Panthéria, et des amis fantastiques qui le peuplent et elle va tout faire pour amuser et faire oublier son chagrin à la petite fille. Mais qui est cette panthère ? Est-elle vraiment gentille ou est-ce qu'elle joue un jeu beaucoup plus sournois voire dangereux ? Je salue l'originalité et l'impact émotionnel de cette BD. Le graphisme de Brecht Evens, qui s'était déjà fait connaître par Les Noceurs et Les Amateurs, est très spécial. Il semble réalisé au feutre de couleurs ou à l'aquarelle très colorée et mélange les styles. Il parait parfois enfantin, voire hésitant avec ses décors où les lignes se croisent comme si les objets et personnages étaient transparents, mais il montre sa maîtrise dans sa diversité. Son personnage de panthère est ce qui fait la force visuelle de cet album puisque sa représentation change à chaque instant, au gré des émotions qu'il cherche à faire passer. L'ambiance de ce récit est étrange et envoûtante. Il s'entame comme un gentil conte où une panthère magique vient consoler une pauvre enfant, quitte à lui raconter des histoires visiblement trop mignonnes et qu'elle adapte aux bons vouloirs de la petite fille. Puis des éléments troublants s'insinuent dans l'intrigue et des faits et des personnages franchement inquiétants apparaissent. Le doute monte très vite sur les bonnes intentions de la panthère et surtout des compagnons qui la rejoignent. Tant et si bien que l'émotion s’accroît jusqu'à un véritable ressenti de cauchemar en fin d'album, heureusement rapidement tempéré. Je suis resté un tout petit peu sur ma faim car la conclusion me parait trop abrupte. J'ai gratté la dernière page pour m'assurer qu'il n'y avait vraiment pas une ou deux autres juste après, quelques instants de plus pour faire durer les événements et apporter davantage d'explications ou un épilogue. Mais il s'agit indéniablement d'un bon album, au ton et à la réalisation originaux et impeccablement mis en scène. Elle mélange moments heureux et moments angoissants comme dans un rêve ou des souvenirs d'enfants. Tout ne s'explique pas mais c'est quand même très réussi.

02/12/2015 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Grand Méchant Renard
Le Grand Méchant Renard

Voici d’après moi l’antidote tout trouvé pour oublier la morosité ambiante, surtout à l’approche des fêtes. Pourtant, de prime abord, on se dit que le dessin, ça fait un peu déjà vu. Et puis des gags avec des animaux qui parlent, c’est pour les enfants, non ? Eh bien une fois dépassés ces aprioris, on pourra vérifier qu’il n’en est rien, et qu’il ne faudra guère de pages avant de sentir son corps - défendant - secoué d’authentiques fous-rires qui dureront jusqu’à la conclusion, en tous cas en ce qui me concerne. Benjamin Renner joue avec bonheur et légèreté sur les problèmes d’identité de ce renard, contraint d’élever des poussins qui le prennent pour sa mère, alors qu’au départ il souhaitait juste les couver puis les engraisser pour les dévorer ensuite. Problème : notre goupil est très sentimental et finit par se résigner à ce rôle de maman improvisée. Comment dans ces conditions se faire respecter comme le prédateur qu’il est censé être vis-à-vis de la gente animale ? Réalisateur de films d’animation (« Ernest et Célestine ») et auteur d’un blog, Benjamin Renner publie avec Delcourt sa deuxième bande dessinée, et c’est une totale réussite. Visiblement, son expérience dans l’animation transparaît clairement dans cet ouvrage, qui évoque irrésistiblement Tex Avery ou les meilleurs Looney Tunes. D’un minimalisme étudié où tout le piquant est dans l’expression désopilante des personnages, le dessin se cale à merveille avec des dialogues très flegmatiques pour entamer une succession de gags hyper punchy, et l’absence de cases n’est nullement un problème. Les animaux ont chacun des caractères bien marqués qui les rendent pour la plupart attachants. Assurément, « Le Grand Méchant Renard » s’impose comme un de mes gros coups de cœur de l’année. Une vraie bombe comique !!!

01/12/2015 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Le Sommeil du Monstre
Le Sommeil du Monstre

Avis n° 1000, un brin de fierté, mais surtout, concentration, réflexion. Bon avec celui-ci je ne vais pas concourir pour l'avis de la semaine, (faut pas abuser !), mais je m'attaque à Enki Bilal et son "Sommeil du monstre". A ce stade du nombre d'avis j'ai le droit de choisir ce qui me plaît et rapidement d'expliquer pourquoi. Alors jeune et découvrant la bande dessinée je fis mes premières armes avec "Pif gadget", puis vieillissant plus vite que d'autres je m'abonne à "Pilote" et très rapidement à "Métal Hurlant". Là je découvre une bande de fous ; des gars comme Moebius, Druillet et un certain Bilal. D'abord il a un prénom bizarre mais il dessine sur des scénarios de Christin des aventures un peu étranges avec un personnage récurrent au cheveux blanchis qui semble posséder des pouvoirs particuliers. Que se passe-t-il dans ma petite cervelle d'ado, qui en plus lit Lovecraft, Vance, Silverberg, Howard et autres grands anciens ? Ben, un je ne sais quoi où je me dis que ce gars devrait bien adapter mes auteurs en BD, et par certains côtés il y parvient le bougre ! Depuis Partie de chasse, La Croisière des Oubliés, et les autres cet auteur, Enki, (si tu permets) est un mec qui me fascine. Dire que le dessin a évolué est une sorte de gros euphémisme !! Les années passent et voilà que notre homme nous balance en pleine face une trilogie baptisée "La foire aux immortels", dans le genre et le domaine avouons que nous n'avions jamais vu cela, quelle baffe ! Bon n'épiloguons pas je vois bien que vous êtes impatients de lire mon avis sur "Le sommeil du monstre". Un dernier point cependant pour comprendre l’œuvre du monsieur Bilal, celui-ci est yougoslave d'origine, né d'un père bosniaque et d'une mère slovaque, dans ces coins là ça compte !! Ben oui je sais , nous nous sommes bêtement nés d'un père breton et d'une mère berrichonne, (hypothèse les gars !!) et ceux-ci ne se sont jamais foutus sur la gueule. En 1995, un peu avant ou à quelques "minutes" près, cet ancien pays sous influence soviétique a vu ses différents habitants se foutre sur la gueule de manière plus que violente faisant au passage renaître quelques images issues des années sombres de la seconde guerre mondiale. Oui, je sais, pour comprendre le Bilal d'aujourd'hui il faut avoir lu le "Monde diplomatique" de ces années là, et encore !! Car nous y venons : qu'est ce que ce "Sommeil du monstre" sinon une bonne grosse catharsis de l'auteur face à l'anéantissement de son pays ? Ben ouais on ricane nous autres, ces gars là ne sont pas comme nous, sauf que si, et en plus ils habitent à moins de deux heures de Paris. Minute réflexive ; cette tétralogie est clairement une allégorie du conflit yougoslave où l'auteur combat à sa façon ses démons. Depuis les ouvrages cités plus haut il est évident que le trait de Bilal a non seulement évolué mais carrément changé. De dessinateur il est devenu peintre et illustrateur, d'accord cela peut perturber, nous ne sommes plus dans le classicisme de la ligne claire ou rien d'approchant, mais par les Dieux quel régal ! Oui c'est froid lugubre, l'avenir qui nous est proposé est tout sauf joyeux, à la limite je n'ai pas envie de le voir. Dessin ou peinture, on aime ou pas mais il faut reconnaître le talent où par quelques traits savamment posés, l'ambiance glaçante d'un monde déshumanisé nous claque au visage sans espoir de rédemption. Ah, oui ! J'oubliais, trop de personnages, d'intervenants, des clones, des répliques de répliques, certes c'est parfois difficile et confus à lire mais là encore suivez la parabole (encore et toujours cette guerre terrible dont au passage la communauté internationale se foutait) pour dire l'indicible de la complexité d'un conflit dont les origines et les enjeux politico-religio-économico et j'en passe, sont incompréhensibles pour nous autres qui ne savons rien de l'âme slave. A cette œuvre complexe et de prime abord très désenchantée, je vois une sorte d'espoir, les presque quatre vont se retrouver, ce fut rude, mais sans être un "happy end "à la Disney, Enki Bilal réussit tout de même à nous délivrer un message d'espoir, certes bâti sur un monde en ruine mais croyant en l'homme et sa rédemption. Pas facile mais à lire...

01/12/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série Les Aventures de Roger Fringant
Les Aventures de Roger Fringant

Roger Fringant est une de ces séries pastiches dont je rafole, à savoir combiner des histoires hyper connues dans un décalage des plus salvateurs ! Pour cette histoire c'est Hergé et E-P Jacobs qui en font les frais avec des hommages plus qu'évidents aux albums cultes "On a marché sur la lune" pour le premier et "Le rayon diabolique" pour le second. Mais attention, Jacques Lob ne se contente pas de moquer les univers suscités mais au contraire de leur rendre hommage par une science-fiction à la Papa plutôt bien documentée et riche en retournements. C'est un peu le Rayon U du toujours même E-P Jacobs revu et corrigé pour l'occasion par un sens du feuilleton (chaque "épisode" est constitué de deux pages avec bandeau et cliffhanger à la clé). Roger Fringant va rendre visite à sa fiancée Marinette qui est également la fille d'un savant particulièrement inspiré puisqu'il invente coup sur coup une machine à voyager dans le futur puis une navette pour aller conquérir la lune rien que ça ! Roger est de la partie, voyage dans le futur, déjoue les pièges de l'ennemi jaune (et hop un coup de colonialisme à la Bob Morane) et part explorer une lune inhospitalière. Bien sûr on se marre des anachronismes et des situations incongrues, des droïdes bien vintages et des espions bien louches, le tout dans une bonne humeur qui vous arrachera quelques rires et sourires. L’œuvre de Jacques Lob qui officie également en tant que dessinateur est également la plus accomplie graphiquement. Son trait simple use et abuse de hachures du plus bel effet notamment sur la partie lunaire soit la majorité de ce récit. La fin est facile mais franchement poilante et j'ai passé un agréable moment avec Roger Fringant que je recommande dans la chouette intégrale de Lob éditée par Cornélius qui comprend quelques autres pépites incontournables.

01/12/2015 (modifier)
Couverture de la série Rédemption (Soleil)
Rédemption (Soleil)

Le thème des croisades commence à être assez rebattu à ce jour, mais ici les auteurs évitent l'écueil de la répétition potentielle en dressant d'abord le portrait intéressant d'un ancien croisé retiré sur sa terre comme un ermite et rongé par la culpabilité de ses actes sanglants commis au nom du Christ, puis en abordant le thème des croisades de façon atypique. Pas de Terre Sainte, on reste en France, dans ce Rouergue rugueux, où tout va se jouer un peu à la manière d'une sorte de 7 mercenaires médiéval. C'est un peu long à se mettre en place dans le tome 1, mais il faut situer le personnage principal Adhémar de Montfort, évoquer son passé houleux qui lui vaut de vivre comme un reclus, et susciter sa possible rédemption en reformant son ancienne troupe pour combattre le moine fanatique Bernard. C'est donc un bon départ. C'est pour ça qu'on a un peu l'impression que l'action se précipite légèrement dans le tome 2. Mais dans son ensemble, ce diptyque fonctionne très bien en évoluant entre faits historiques et fiction, sur un ton noir et sombre, avec une bonne figure de méchant (le moine Bernard). Le dessin est plaisant, plutôt musclé, un peu chargé, avec un trait ferme et une mise en page agréable et dynamique. Un excellent diptyque qui à première vue avait peu de chances d'attirer le lecteur lassé de toutes ces Bd sur les croisades, et qui au final, se révèle une surprise de qualité.

01/12/2015 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5
Couverture de la série L'Homme au landau
L'Homme au landau

Jacques Lob que je connais et reconnais surtout pour être l'un des co-auteurs du classique Transperceneige a également beaucoup oeuvré pour d'autres séries célèbres comme scénariste de Blanche Epiphanie et Superdupont. L'éditeur Cornélius a eu la bonne initiative de réaliser cette première intégrale de cet auteur disparu en tant qu'artiste complet : scénariste ET dessinateur. Si la jolie préface nous laisse présage d'un humour à la Sempé avec un aspect presque trash, on rentre vif dans le plat principal avec l'homme au landau qui constitue la principale histoire... Petit, moustachu et profiteur, cet homme séduit les femmes dans l'unique dessein de continuer sa vie oisive dans un landau qu'il ne quitte jamais et d'en faire ses propres esclaves sexuels. Annoncé comme tel, je me doute bien que ce n'est ni attirant ni drôle. Pourtant ces petites histoires qui se suivent à la suite ont je ne sais quoi de féroce et de réjouissant face à la naïveté et à la dévotion de la plantureuse Léa qui va subir tous les outrages possibles de son "homme". Quelques gags parus dans l'Echo des Savanes et autres périodiques des années 70/80 suivent avec un particulier Batmax avant de laisser place à la deuxième grosse histoire : Roger Fringant. Calqué sur les sérials avec cliffhanger à la clé sur des épisodes de 2 pages se lisant à la suite, Roger Fringant capitalise sur le succès de Tintin spécialement son passage sur la lune et surtout de Blake et Mortimer dont il reprend les tartines de texte un rien décalés et les situations grotesques (passage dans le temps, science-fiction désuète). L'ensemble a un charme fou et on croirait presque lire une adaptation "suédé" du Rayon U de Jacobs bien plus décontractée. Jacques Lob n'était pas le meilleur dessinateur de sa génération. Son style underground rappelle pourtant beaucoup les crayonnés de Robert Crumb et ajoute unee touche indépendante supplémentaire. En tous cas le trait est suffisamment aéré pour rester complètement lisible et les dessins gagnent en efficacité sur les paysages lunaires de Roger Fringant. Drôle et caustique, cette intégrale est une belle alternative à la morosité ambiante et constitue dans tous les cas et malgré une couverture "particulière" une lecture hautement recommandable et pas uniquement historiquement.

01/12/2015 (modifier)