Je dois avouer qu’avant de découvrir cet album, je n’avais même pas entendu parler de ce conflit armé ayant ravagé le Pérou dans les années 80.
Les auteurs (tous nés à Lima !) ont réalisé un album exemplaire, qui parvient à montrer les horreurs du conflit, mais aussi à les expliquer, à analyser le contexte historique et social, dans la BD même, mais aussi dans de courts articles textuels venant s’intercaler entre chaque chapitre (je vous rassure, ces derniers n’alourdissent pas trop la lecture). On COMPREND l’horreur vécue par les paysans et les indigènes, pris en tenaille entre les « terroristes » communistes et l’armée. Cette dernière a commis des crimes impardonnables, dans la plus grande indifférence du gouvernement. A ce jour, seule une faible proportion de ces criminels de guerre a été condamnée, malgré le militantisme d’Amnesty International.
La lecture est éprouvante. Pas à cause de la narration, qui est au petit oignons, malgré un texte assez présent (un mal nécessaire). Non, à cause du contenu même : les auteurs n’hésitent pas à dessiner la guerre dans toute son horreur : exécutions sommaires d’hommes, femmes et enfants, viols, tortures, fosses communes. Surtout qu’ils agrémentent leurs planches de quelques photos d’époque (comme Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert dans Le Photographe), ce qui ajoute un poids supplémentaires aux images.
Un album édifiant, instructif, et parfaitement réalisé… à mettre entre toutes les mains !
Nous sommes au sud de l'Argentine, au début du siècle dernier. Le jeune Esteban est d'origine indienne et vient de perdre sa mère assassinée sous ses yeux par les troupes gouvernementales. Il est vrai qu'à cette époque, le sort réservé aux Indiens mapuches n'est pas des plus enviables. Comment survivre dans ces conditions ?
Il se souvient alors que sa mère lui avait conseillé de se tourner vers le Capitaine d'un bateau harponneur, qui traque sans relâche les baleines passant à proximité de la terre de feu.
Esteban n'est pas le bienvenu au départ, et suscite la méfiance à la fois du capitaine du bateau, mais aussi de son équipage qui voit d'un mauvais œil la présence d'un enfant dans cet univers réservé aux adultes. Et ce n'est que progressivement que cet enfant, qui prétend parler aux oiseaux, va gagner la confiance des uns et des autres, au point de se rendre indispensable par sa malice et son intelligence.
Le voyage d'Esteban fera incontestablement penser à Moby Dick, mais aussi à des récits d'aventure pure racontés par un Stevenson ou un Jack London. Le cadre choisi est assez original, puisque je n'ai pas vraiment le souvenir d'auteurs de bandes dessinées ayant choisi de raconter des histoires dans l'Argentine de ces années là dans le milieu maritime. Cela m'a fait penser à la série de Gillon "Jérémie des Iles" qui lui aussi traitait de cette thématique d'un enfant embarqué sur les mers, au milieu d'individus assez peu recommandables.
Les 5 premiers tomes forment une seule et même histoire, et on attend à présent le début d'un nouveau cycle, même si Mathieu Bonhomme semble très pris par d'autres projets en ce moment. Son trait est superbe, les couleurs de qualité. "Le voyage d'Esteban" est un récit d'aventure pur, comme la BD nous en offrait beaucoup dans les années 60/70. Pour autant celui-ci se lit très bien et réveillera sans doute chez certains lecteurs, la nostalgie de leurs premières lectures.
Beaucoup aimé cet album, moi.
Surtout, au-delà du titre qui laisse entendre une "fin" à l'histoire du tireur le plus rapide de l'Ouest, cette petite mélodie, cette histoire en filigrane où Lucky Luke essaie de fumer, mais n'y arrive jamais. Je me suis d'ailleurs demandé si la fin de l'album permettait de le placer dans une certaine temporalité de l'oeuvre de Morris. Mais comme cette temporalité n'existe pas, ou peu, dans celle-ci, ma question est sans doute sans objet.
Revenons au dessin, avec ce Matthieu Bonhomme qui est un excellent faiseur, qui n'a pas voulu faire un Luke dans le style de Morris, mais vraiment comme il le sentait, lui, et c'est très bien. Cela lui donne une stature plus adulte, moins élastique, avec une personnalité propre.
Une belle réussite que ce one-shot.
Jérôme Ruillier (né à Madagascar mais aujourd’hui isérois !) a publié plusieurs albums sur le thème de l’immigration et de la tolérance. J’ai notamment lu son adaptation du roman Les Mohamed, qui m’avait beaucoup plu, mais qui comportait certains défauts inhérents à ce genre d’exercice (la lourdeur de la narration, notamment).
« L'étrange » est une œuvre originale, écrite pour le medium de la BD, et cela se ressent à la lecture. La narration est maîtrisée et ingénieuse. L’auteur raconte les déboires du protagoniste sans jamais lui donner la parole (puisqu’il ne parle pas notre langue), au travers des yeux des gens (et animaux !) autour de lui. C’est bien vu, d’autant plus que le silence de l’intéressé ajoute un message fort, et renforce le sentiment d’isolement.
A noter aussi que le pays et l’époque des événements sont passés sous silence, ce qui donne une certaine universalité temporelle et géographique à l’histoire.
Le récit est très humain et se focalise surtout sur les réactions et les émotions des personnages. On voit de la cruauté et de l’intolérance, bien entendu, mais aussi de la bonté et du militantisme qui font chaud au cœur. Le « réseau » n’est une nouvelle fois pas nommé, et représente j’imagine le travail de nombreuses associations (France Terre d’Asile, Amnesty etc.)
L’album aborde aussi le thème du déchirement familial et des retrouvailles pas toujours faciles (sa fille avait 1 an lors de leur séparation forcée, elle en a maintenant 5, je vous laisse imaginer la chose).
Voilà, il y a beaucoup à dire sur cet album, mais finalement le mieux serait de le lire !
Le premier tome est introductif et laisse présager une série prometteuse.
Si le concept de l'histoire n'a rien d'original, cela reste tout de même passionnant à lire. L'intrigue est bien développée et donne envie de lire la suite. C'est à la fois rempli de texte et très fluide quoique jusqu'à présent on ne tombe pas dans les travers de Death Note qui était parfois un peu trop verbeux. Le point fort est les personnages. Je trouve que plusieurs sont plutôt ambigus (personnellement je ne croirais pas tout ce que me dit un ange si facilement) ce qui donne du suspense car je ne sais pas trop si tel personnage va faire un truc gentil ou méchant.
Le dessin est sympathique.
Je découvre cette série un peu par hasard, ayant succombé à l'achat impulsif de l'intégrale. Et quelle belle surprise que ce Désespoir du Singe !
Dans un monde imaginaire en proie à une révolution fasciste, une histoire d'amour impossible nous fait voyager, tout en subtilité, à travers une multitude de sentiments - tant joyeux que sombres. Le tout étant magnifié par le trait de Alfred, qui signe ici de superbes planches, qui ne sont pas sans rappeler Rouge de Chine (une autre série que je recommande fortement).
C'est beau, c'est profond, c'est subtil, et poétique. Coup de coeur.
Si Toppi avait été un écrivain, il aurait excellé dans le domaine des nouvelles tant il est vrai qu'il affectionne les récits courts dont chacun lui permettent de livrer une petite morale. "Colt Frontier" est un peu le pendant de Tanka qui contenait une série d'histoires courtes de grande qualité sur le Japon médiéval. Nous voilà ici transportés aux États Unis au moment de la Ruée vers l'or. Ici les protagonistes mènent une existence crasseuse, poussiéreuse. Tous pensent améliorer leur triste quotidien en glanant quelques pépites, peu y parviendront. Il y a aussi ceux qui profitent de cette misère humaine pour faire de belles affaires, et ceux qui dévalisent ces pauvres malheureux.
L'ouest raconté par Toppi, c'est celui d'une période dure de l'histoire des États Unis, celle des "raisins de la colère" de Steinbeck où des hommes en quête d'un avenir meilleurs s'aventurent dans des terres hostiles et inhospitalières.
Quoi de mieux que le trait réaliste et la maîtrise du noir et blanc du grand Sergio Toppi pour nous restituer cette atmosphère?
Cet album réjouira ses fans dont je suis, et constitue une belle porte d'entrée pour son univers vis à vis des lecteurs qui ne le connaîtraient pas.
Un récit puissant comme un cri de punk à la manière de l'uppercut que m'a filé L'Enragé. Très bonne narration avec des flash-backs superbement bien placés.
Et puis comme tout le monde l'a signalé, quel graphisme. De l'aquarelle pour de l'énergie pur, il fallait oser mais le pari est gagné haut la main. On ressent l'ambiance crasse des concerts, les excès de fureur... J'espère que Mr Ross continuera à illustrer d'autres BD.
Je découvre l'univers d'Enki Bilal petit à petit et me voilà plongé en plein coup de sang pour suivre un groupe de survivants pendant quelque jours.
Au début je me suis dit que le dessin sur ce papier gris allait être rébarbatif et ennuyeux. Mais en fait pas du tout, c'est tout le contraire ça nous ancre dans une atmosphère particulière glauque et oppressante. On a l'impression que les personnages sont seuls au monde .
Le scénario est quant à lui plutôt pas mal. J'aime l'idée de suivre un groupe pendant quelques jours uniquement, ne nous intéressant qu'à leur préoccupation immédiate sans se projeter dans l'avenir. D'ailleurs au final j'ai l'impression que la terre répond en projetant les pensées, les lieux que les personnages connaissent de manière à les pervertir pour leur donner une force évocatrice. Tout cela donne une atmosphère onirique et particulièrement envoûtante.
Il y a aussi quelque soucis, des incompréhension ou la présence des nihilistes pas forcément bien exploitée (seraient-ils un reflet de l'ancienne humanité désabusée et cynique?) et beaucoup d'interrogations.
D'ordinaire, dans la bande dessinée, les nains portent une barbe, manient la hache contre les orcs, ou le pic pour creuser des galeries dans les montagnes. À moins qu'ils ne jouent le rôle du bouffon à la cour du roi.
En somme, le nain est soit un grincheux teigneux, opiniâtre et sanguinaire, soit un souffre-douleur grotesque.
Le Big Man de cet album est tout cela à la fois. Enfant martyrisé, adulte paumé, amoureux transi, soldat perdu, amant ridicule, psychopathe cruel…
C'est l'histoire d'un nain qui retourne dans son village natal de gros ploucs arriérés, quelque part dans la Bible belt. Il revient pour se venger. De quoi ? Nous l'apprenons peu à peu, par une suite de flashbacks qui dévoilent les épisodes marquants de son existence, vouée dès le départ à une suite de turpitudes lamentables.
En tous cas, le nain est vraiment très énervé et ses anciens petits camarades de jeunesse vont en prendre plein la tête, et le genoux, et les couilles, et les bras, et les doigts… alouette…
C'est du pur Eric Powell, aussi barré et bourrin que dans The Goon ; on n'est pas obligé d'apprécier, moi ça m'amuse. J'aime bien aussi son dessin, mélange de réalisme trash et de gros nez cartoonesques, coloré en tons pastels.
D'accord, l'histoire n'est pas hyper originale (hormis l'infirmité du personnage principal), et ses développements sont un peu téléphonés, mais notre nain met tant de cœur à démembrer des pourris qui font honte à l'humanité toute entière qu'on en redemanderait presque !
Si vous appréciez les histoires qui ne se prennent pas au sérieux, voici une bonne série Z bien déjantée.
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Le Sentier lumineux
Je dois avouer qu’avant de découvrir cet album, je n’avais même pas entendu parler de ce conflit armé ayant ravagé le Pérou dans les années 80. Les auteurs (tous nés à Lima !) ont réalisé un album exemplaire, qui parvient à montrer les horreurs du conflit, mais aussi à les expliquer, à analyser le contexte historique et social, dans la BD même, mais aussi dans de courts articles textuels venant s’intercaler entre chaque chapitre (je vous rassure, ces derniers n’alourdissent pas trop la lecture). On COMPREND l’horreur vécue par les paysans et les indigènes, pris en tenaille entre les « terroristes » communistes et l’armée. Cette dernière a commis des crimes impardonnables, dans la plus grande indifférence du gouvernement. A ce jour, seule une faible proportion de ces criminels de guerre a été condamnée, malgré le militantisme d’Amnesty International. La lecture est éprouvante. Pas à cause de la narration, qui est au petit oignons, malgré un texte assez présent (un mal nécessaire). Non, à cause du contenu même : les auteurs n’hésitent pas à dessiner la guerre dans toute son horreur : exécutions sommaires d’hommes, femmes et enfants, viols, tortures, fosses communes. Surtout qu’ils agrémentent leurs planches de quelques photos d’époque (comme Didier Lefèvre et Emmanuel Guibert dans Le Photographe), ce qui ajoute un poids supplémentaires aux images. Un album édifiant, instructif, et parfaitement réalisé… à mettre entre toutes les mains !
Esteban (Le Voyage d'Esteban)
Nous sommes au sud de l'Argentine, au début du siècle dernier. Le jeune Esteban est d'origine indienne et vient de perdre sa mère assassinée sous ses yeux par les troupes gouvernementales. Il est vrai qu'à cette époque, le sort réservé aux Indiens mapuches n'est pas des plus enviables. Comment survivre dans ces conditions ? Il se souvient alors que sa mère lui avait conseillé de se tourner vers le Capitaine d'un bateau harponneur, qui traque sans relâche les baleines passant à proximité de la terre de feu. Esteban n'est pas le bienvenu au départ, et suscite la méfiance à la fois du capitaine du bateau, mais aussi de son équipage qui voit d'un mauvais œil la présence d'un enfant dans cet univers réservé aux adultes. Et ce n'est que progressivement que cet enfant, qui prétend parler aux oiseaux, va gagner la confiance des uns et des autres, au point de se rendre indispensable par sa malice et son intelligence. Le voyage d'Esteban fera incontestablement penser à Moby Dick, mais aussi à des récits d'aventure pure racontés par un Stevenson ou un Jack London. Le cadre choisi est assez original, puisque je n'ai pas vraiment le souvenir d'auteurs de bandes dessinées ayant choisi de raconter des histoires dans l'Argentine de ces années là dans le milieu maritime. Cela m'a fait penser à la série de Gillon "Jérémie des Iles" qui lui aussi traitait de cette thématique d'un enfant embarqué sur les mers, au milieu d'individus assez peu recommandables. Les 5 premiers tomes forment une seule et même histoire, et on attend à présent le début d'un nouveau cycle, même si Mathieu Bonhomme semble très pris par d'autres projets en ce moment. Son trait est superbe, les couleurs de qualité. "Le voyage d'Esteban" est un récit d'aventure pur, comme la BD nous en offrait beaucoup dans les années 60/70. Pour autant celui-ci se lit très bien et réveillera sans doute chez certains lecteurs, la nostalgie de leurs premières lectures.
Lucky Luke vu par Mathieu Bonhomme (L'Homme qui tua Lucky Luke / Wanted Lucky Luke)
Beaucoup aimé cet album, moi. Surtout, au-delà du titre qui laisse entendre une "fin" à l'histoire du tireur le plus rapide de l'Ouest, cette petite mélodie, cette histoire en filigrane où Lucky Luke essaie de fumer, mais n'y arrive jamais. Je me suis d'ailleurs demandé si la fin de l'album permettait de le placer dans une certaine temporalité de l'oeuvre de Morris. Mais comme cette temporalité n'existe pas, ou peu, dans celle-ci, ma question est sans doute sans objet. Revenons au dessin, avec ce Matthieu Bonhomme qui est un excellent faiseur, qui n'a pas voulu faire un Luke dans le style de Morris, mais vraiment comme il le sentait, lui, et c'est très bien. Cela lui donne une stature plus adulte, moins élastique, avec une personnalité propre. Une belle réussite que ce one-shot.
L'Étrange
Jérôme Ruillier (né à Madagascar mais aujourd’hui isérois !) a publié plusieurs albums sur le thème de l’immigration et de la tolérance. J’ai notamment lu son adaptation du roman Les Mohamed, qui m’avait beaucoup plu, mais qui comportait certains défauts inhérents à ce genre d’exercice (la lourdeur de la narration, notamment). « L'étrange » est une œuvre originale, écrite pour le medium de la BD, et cela se ressent à la lecture. La narration est maîtrisée et ingénieuse. L’auteur raconte les déboires du protagoniste sans jamais lui donner la parole (puisqu’il ne parle pas notre langue), au travers des yeux des gens (et animaux !) autour de lui. C’est bien vu, d’autant plus que le silence de l’intéressé ajoute un message fort, et renforce le sentiment d’isolement. A noter aussi que le pays et l’époque des événements sont passés sous silence, ce qui donne une certaine universalité temporelle et géographique à l’histoire. Le récit est très humain et se focalise surtout sur les réactions et les émotions des personnages. On voit de la cruauté et de l’intolérance, bien entendu, mais aussi de la bonté et du militantisme qui font chaud au cœur. Le « réseau » n’est une nouvelle fois pas nommé, et représente j’imagine le travail de nombreuses associations (France Terre d’Asile, Amnesty etc.) L’album aborde aussi le thème du déchirement familial et des retrouvailles pas toujours faciles (sa fille avait 1 an lors de leur séparation forcée, elle en a maintenant 5, je vous laisse imaginer la chose). Voilà, il y a beaucoup à dire sur cet album, mais finalement le mieux serait de le lire !
Platinum end
Le premier tome est introductif et laisse présager une série prometteuse. Si le concept de l'histoire n'a rien d'original, cela reste tout de même passionnant à lire. L'intrigue est bien développée et donne envie de lire la suite. C'est à la fois rempli de texte et très fluide quoique jusqu'à présent on ne tombe pas dans les travers de Death Note qui était parfois un peu trop verbeux. Le point fort est les personnages. Je trouve que plusieurs sont plutôt ambigus (personnellement je ne croirais pas tout ce que me dit un ange si facilement) ce qui donne du suspense car je ne sais pas trop si tel personnage va faire un truc gentil ou méchant. Le dessin est sympathique.
Le Désespoir du Singe
Je découvre cette série un peu par hasard, ayant succombé à l'achat impulsif de l'intégrale. Et quelle belle surprise que ce Désespoir du Singe ! Dans un monde imaginaire en proie à une révolution fasciste, une histoire d'amour impossible nous fait voyager, tout en subtilité, à travers une multitude de sentiments - tant joyeux que sombres. Le tout étant magnifié par le trait de Alfred, qui signe ici de superbes planches, qui ne sont pas sans rappeler Rouge de Chine (une autre série que je recommande fortement). C'est beau, c'est profond, c'est subtil, et poétique. Coup de coeur.
Colt Frontier
Si Toppi avait été un écrivain, il aurait excellé dans le domaine des nouvelles tant il est vrai qu'il affectionne les récits courts dont chacun lui permettent de livrer une petite morale. "Colt Frontier" est un peu le pendant de Tanka qui contenait une série d'histoires courtes de grande qualité sur le Japon médiéval. Nous voilà ici transportés aux États Unis au moment de la Ruée vers l'or. Ici les protagonistes mènent une existence crasseuse, poussiéreuse. Tous pensent améliorer leur triste quotidien en glanant quelques pépites, peu y parviendront. Il y a aussi ceux qui profitent de cette misère humaine pour faire de belles affaires, et ceux qui dévalisent ces pauvres malheureux. L'ouest raconté par Toppi, c'est celui d'une période dure de l'histoire des États Unis, celle des "raisins de la colère" de Steinbeck où des hommes en quête d'un avenir meilleurs s'aventurent dans des terres hostiles et inhospitalières. Quoi de mieux que le trait réaliste et la maîtrise du noir et blanc du grand Sergio Toppi pour nous restituer cette atmosphère? Cet album réjouira ses fans dont je suis, et constitue une belle porte d'entrée pour son univers vis à vis des lecteurs qui ne le connaîtraient pas.
Les Pieds dans le Béton
Un récit puissant comme un cri de punk à la manière de l'uppercut que m'a filé L'Enragé. Très bonne narration avec des flash-backs superbement bien placés. Et puis comme tout le monde l'a signalé, quel graphisme. De l'aquarelle pour de l'énergie pur, il fallait oser mais le pari est gagné haut la main. On ressent l'ambiance crasse des concerts, les excès de fureur... J'espère que Mr Ross continuera à illustrer d'autres BD.
Animal'z (Coup de sang)
Je découvre l'univers d'Enki Bilal petit à petit et me voilà plongé en plein coup de sang pour suivre un groupe de survivants pendant quelque jours. Au début je me suis dit que le dessin sur ce papier gris allait être rébarbatif et ennuyeux. Mais en fait pas du tout, c'est tout le contraire ça nous ancre dans une atmosphère particulière glauque et oppressante. On a l'impression que les personnages sont seuls au monde . Le scénario est quant à lui plutôt pas mal. J'aime l'idée de suivre un groupe pendant quelques jours uniquement, ne nous intéressant qu'à leur préoccupation immédiate sans se projeter dans l'avenir. D'ailleurs au final j'ai l'impression que la terre répond en projetant les pensées, les lieux que les personnages connaissent de manière à les pervertir pour leur donner une force évocatrice. Tout cela donne une atmosphère onirique et particulièrement envoûtante. Il y a aussi quelque soucis, des incompréhension ou la présence des nihilistes pas forcément bien exploitée (seraient-ils un reflet de l'ancienne humanité désabusée et cynique?) et beaucoup d'interrogations.
Big Man Plans
D'ordinaire, dans la bande dessinée, les nains portent une barbe, manient la hache contre les orcs, ou le pic pour creuser des galeries dans les montagnes. À moins qu'ils ne jouent le rôle du bouffon à la cour du roi. En somme, le nain est soit un grincheux teigneux, opiniâtre et sanguinaire, soit un souffre-douleur grotesque. Le Big Man de cet album est tout cela à la fois. Enfant martyrisé, adulte paumé, amoureux transi, soldat perdu, amant ridicule, psychopathe cruel… C'est l'histoire d'un nain qui retourne dans son village natal de gros ploucs arriérés, quelque part dans la Bible belt. Il revient pour se venger. De quoi ? Nous l'apprenons peu à peu, par une suite de flashbacks qui dévoilent les épisodes marquants de son existence, vouée dès le départ à une suite de turpitudes lamentables. En tous cas, le nain est vraiment très énervé et ses anciens petits camarades de jeunesse vont en prendre plein la tête, et le genoux, et les couilles, et les bras, et les doigts… alouette… C'est du pur Eric Powell, aussi barré et bourrin que dans The Goon ; on n'est pas obligé d'apprécier, moi ça m'amuse. J'aime bien aussi son dessin, mélange de réalisme trash et de gros nez cartoonesques, coloré en tons pastels. D'accord, l'histoire n'est pas hyper originale (hormis l'infirmité du personnage principal), et ses développements sont un peu téléphonés, mais notre nain met tant de cœur à démembrer des pourris qui font honte à l'humanité toute entière qu'on en redemanderait presque ! Si vous appréciez les histoires qui ne se prennent pas au sérieux, voici une bonne série Z bien déjantée.