Une farce à base de zombies vikings, non dénuée d'émotion
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Ce tome regroupe les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2003, écrits par Garth Ennis, et illustrés par Glenn Fabry, avec une mise en couleurs de Paul Mounts. Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute continuité, parue dans le label MAX de Marvel, soit des histoires destinées à un lectorat plus âgé.
En 1003, sur la côte de la Norvège, une bande de vikings se fait justice sur le village qui s'est plaint de leurs larcins auprès du roi. Ils incendient le village, massacrent les hommes et les enfants, violent les femmes avant de les exécuter. Après avoir bien ripaillé, ils repartent sur leur drakkar. Mais le sorcier du village a survécu, et il invoque une terrible malédiction sur eux alors que leur drakkar passe devant lui. Résultat : ce groupe de vikings met mille ans à atteindre leur destination, c'est-à-dire le nouveau monde. Ils débarquent sous forme de zombies belliqueux ayant retenu toute leur conscience à Manhattan en 2003. Seul Thor est présent pour s'interposer et enrayer leur avancée au cours de laquelle ils trucident tout ce qui bouge. Harald Jaekelsson le passe au fil de son épée et le jette au fond de l'Hudson River, sans plus de cérémonie.
Garth Ennis est un auteur avec un amour très relatif pour les superhéros. Ainsi, Thor passe pour un individu pas très vif d'esprit du début à la fin du récit. Heureusement pour lui, il reçoit l'aide de Stephen Strange (le maître des arts mystiques, sorcier suprême) dès le deuxième épisode. Strange est dépeint comme un individu disposant de sens pratique et doté d'une solide intelligence. Quand Thor lui demande pourquoi il n'est pas intervenu lorsque Harald Jaekelsson l'a passé au fil de l'épée, Strange lui réplique qu'il se rendait bien compte qu'il n'était pas de taille à affronter le viking et qu'il ne voyait pas de raison de mourir sans espoir de sauver Thor. Ce dernier en prend vraiment pour son grade puisque lors de ce premier affrontement contre Jaekelsson, il a les 2 poignets brisés et il se fait étrangler avec la chaîne de son marteau enchanté Mjolnir. Seule la scène finale permettra à Thor de regagner un peu de dignité.
Le lecteur ne doit donc pas s'attendre à un récit premier degré chantant les louanges du dieu nordique de la foudre, encore moins à un récit de superhéros juste plus violent du fait du label MAX. Ennis annonce la couleur dans le premier épisode : il s'agit d'un récit de zombies un peu plus futés que la moyenne, tout aussi avides de combat et de massacre (mais ils ne se repaissent pas de cervelle fraîche). Il y règne une forme d'humour sarcastique servi bien noir, avec des quelques moments énormes dont Ennis a le secret (Thor étranglé avec la chaîne de son arme). Stephen Strange est le seul individu avec 2 sous de bon sens, et une aptitude remarquable à sortir de réparties cassantes, faisant ressortir avec acuité le manque de bon sens chez les autres. Cela lui permet de manipuler à sa guise ses alliés, pour un effet comique assuré.
Au-delà de ces personnages au caractère marqué (Thor et Strange), Ennis développe rapidement 3 autres personnages immédiatement attachant : Sigrid (une femme viking à la carrure impressionnante) qui rêve de partir aux combats comme les hommes, Magnus le Danois (un chevalier de l'Ordre teutonique) à la foi inébranlable et voyant des infidèles partout (moment énorme quand Strange lui assure qu'un chaudron a été béni en bonne et due forme), et Erik Lonnroth (pilote de Messerschmitt 109 pendant la seconde guerre mondiale). En 5 épisodes, Ennis n'a pas le temps de développer ses thèmes favoris sur les servitudes des combattants, mais il est visible qu'il éprouve une certaine tendresse pour ces trois personnages.
Cette histoire bénéficie des dessins de Glenn Fabry dont l'approche graphique restitue aussi bien le ton sarcastique et moqueur d'Ennis, que l'horreur des massacres commis par les zombies vikings. Fabry n'a pas peur de représenter les chairs tuméfiées, ou déchirées, les blessures ouvertes et autres mutilations barbares. Sans être outrageusement gore, le récit est à déconseiller aux âmes sensibles, ou aux lecteurs ne trouvant rien de drôle (de manière perverse) au sang giclant du cou d'un corps venant de perdre sa tête suite à un décollement à l'épée, à une hache s'enfonçant dans un crâne, à un monceau de têtes entassées au milieu de la chaussée, à un œil volant hors de son orbite, etc. Fabry ne se contente de jouer dans le registre de l'humour, certains exactions sont aussi dessinées au premier degré pour ne laisser planer aucun doute sur le danger mortel que représentent ces vikings.
Au fil des épisodes, Glenn Fabry prouve qu'il sait tout rendre crédible, plausible et palpable, qu'il s'agisse de l'existence de ce village mis à sac par les vikings, du sang coulant sur la pierre runique, du cubitus et du radius visibles dans les poignets cassés de Thor, de la prestance improbable du docteur Strange dans son justaucorps bleu nuit, de la force d'Ingrid, de ces têtes plantées sur des piquets, etc. Grâce à la qualité des dessins, le scénario d'Ennis n'est pas rabaissé au niveau de la pochade grand guignol, mais bien mis en image comme un récit consistant et bien construit. En tant qu'artiste, Glenn Fabry apporte une consistance supplémentaire au récit, l'alimente d'images élaborées pour l'étoffer et le rendre plus substantiel.
Si le lecteur est venu chercher une histoire premier degré d'un Thor digne et majestueux, qu'il passe son chemin, ce récit n'est pas pour lui. Garth Ennis et Glenn Fabry racontent une histoire entre farce grand guignol et intrigue horrifique, mettant à mal la dignité de Thor, mais comprenant des personnages générant une forte empathie.
Par la suite, Garth Ennis écrira 2 autres personnages Marvel pour le label MAX : le Punisher à commencer par Born et Nick Fury (Fury, puis D'une guerre à l'autre).
Ce récit en partie autobiographique est semble-t-il un acte cathartique, mais aussi un acte militant contre les violences subies par les femmes de la part de leur conjoint (un dossier complet en fin de volume propose nombre de numéros de téléphones ou de site d’associations utiles pour ceux et celles qui hélas en auraient besoin, pour eux ou l’un de leurs proches).
Nous suivons donc une jeune femme qui, malgré la violence (verbale et physique) que son copain lui fait régulièrement subir, peine à sortir de son emprise, culpabilise, risque de sacrifier ses études et sa vie professionnelle – parfois ses amis.
Ce sont justement ses amis qui vont l’aider à s’en sortir, et plus généralement tous ceux qui se sont suffisamment intéressés à elle pour ne pas la laisser sombrer (copines, nouvel amoureux, professeur investi).
Le message est très positif, presque trop pédagogique pour le coup, mais bon, c’est pour une bonne cause.
Sur le plan proprement BD, je suis un peu resté sur ma faim (le dessin est simple, comme la colorisation – jouant essentiellement sur des dégradés de gris – manquant de nuances – un travail informatique qui n’est pas mon truc). Et l’histoire est un peu linéaire, manque d « à côtés » pour la dynamiser.
Disons que le sujet transcende la partie BD elle-même (qui m’a laissé sur ma faim), et que le message véhiculé mérite que cet album soit diffusé.
Note réelle 2,5/5.
L’intrigue joue sur des choses déjà vues : les magouilles de laboratoires pharmaceutiques, la recherche sur des animaux, et un lourd secret à cacher absolument, le tout délocalisé en Indonésie (avec les problématiques de la déforestation, de la préservation d’espèces menacées comme les orang-outans, etc.).
C’est globalement dynamique, il y a pas mal d’action. Mais la série souffre quand même de deux gros défauts.
D’abord elle semble avoir été abandonnée, et du coup on reste sur pas mal d’interrogations concernant Chris et ses liens avec les eco-warriors, ou avec certains milliardaires.
Surtout, j’ai trouvé qu’un certain nombre de péripéties défiaient trop les limites du crédible (voir les moyens employés pour éliminer preuves et éco-warriors en fin de deuxième album !, ou tout simplement ces eco-warriors surgis d’on ne sait où, armés comme des mercenaires, sans que cela ne gêne grand monde. Je passe sur le rôle exact de Chris, plus que mystérieux.
Le dessin hyper-réaliste est très lisible – même si le rendu est parfois bizarre, comme si des scories s’étalaient sur les planches.
Bref, je suis sorti quelque peu sur ma faim de cette série, qui mêle aventure et thriller de façon parfois trop « primaire ».
Note réelle 2,5/5.
Une agréable surprise.
Un scénario intelligent, un mélange de thriller politique et de supers-soldats pour une critique sans concession du pouvoir américain.
Si les deux premiers chapitres me laissaient sur la réserve, les suivants montent en puissance et l'intrigue prend de la consistance.
Un super-soldat, American, à la solde du gouvernement étasunien découvre que celui-ci lui a menti, qu'il n'est pas toujours du côté des gentils. Il veut faire éclater la vérité, dénoncer les manigances du président Georges W. Bush et des puissants qui le manipulent. La guerre d'Irak en caisse de résonance.
Une lecture plaisante, mais je trouve ce American un peu niais et la conclusion, qui laisse une place à une suite, est trop ouverte à mon goût.
La partie graphique n'est pas ma tasse de thé, du comics moderne très classique. Mais c'est bien réalisé, les scènes de combat sont dynamiques et lisibles. Je suis un peu moins fan des couleurs.
En conclusion, une lecture recommandable.
Un bon 3,5.
Petite déception sur cet album. J'ai pour habitude de comparer Sempé et Quino, deux auteurs de gags semi-poétiques sur la société et l'âme humaine en général, capables de rendre de belles émotions et du rire en un dessin ou une courte bande dessinée. Mais pour ce qui est de cet album là, j'ai trouvé Sempé en dessous de Quino.
Je l'ai ressenti au niveau de l'impact de ces dessins et de ces strips, mais aussi au niveau du dessin lui-même que j'ai trouvé un peu raide, pas très charmant. Sempé a su produire dans d'autres ouvrages des dessins nettement plus évocateurs et jolis que ceux d'ici.
Les thèmes abordés ici sont divers, parfois des histoires de couple, d'autres fois de boulot, ou encore simplement des gens en général. Il y a quelques histoires qui sortent du lot, qui pointe avec justesse sur des travers humains ou des sentiments particuliers, et qui m'ont fait rire. Mais la majorité est simplement pas mal, pas hilarant, et certains gags ou histoires tombent à plat à mes yeux.
Bref, s'il fallait ne garder qu'un album de Sempé, ce ne serait pas celui-ci.
L’histoire est sympathique. Gentille, gentillette. Disons que l’adulte que je suis a trouvé qu’au bout d’un moment elle manquait de consistance et de rebondissement, et que l’humour, la surprise peinaient à se renouveler.
Mais le jeune lectorat qui est le cœur de cible y trouvera sans aucun doute davantage son compte. Le dessin est très simple, et l’histoire plaira aux plus jeunes, avec une victoire finale des bons et des bons sentiments.
Ça n’est pas là que j’attendais Rabaté, mais ça n’est pas moi qui était attendu avec cet album je pense…
J’avais découvert le personnage de Ferdinand avec Bagnard de guerre (qui est une sorte de suite, même si les albums peuvent se lire séparément).
Là aussi Pelaez réussit à bâtir une intrigue intéressante. Le contexte est souvent traité : l’horreur de la guerre de tranchées durant la première guerre mondial. Mais il y ajoute avec le personnage de Ferdinand un petit plus, l’évocation de certains profiteurs de guerre. Ferdinand est un magouilleur, qui a non seulement échappé à la conscription, mais en plus il trafique le vin qu’il vend à l’armée (à un prix prohibitif, tout en n’hésitant pas – via des sabotages – à créer la pénurie pour faire augmenter les prix).
Le dossier final est très intéressant et montre que Ferdinand n’est pas qu’un personnage imaginaire, il incarne une réalité tangible à l’époque (et cela n’a évidemment pas dû changer). Ce dossier est un réel plus pour le lecteur.
Le personnage de Ferdinand, a priori antipathique, gagne un peu en humanité et gagne en profondeur dans le dernier tiers de l’album – même si une forte ambiguïté persiste quant à ses actes désintéressés et/ou héroïques.
C’est en tout cas une lecture que j’ai bien aimée.
Note réelle 3,5/5.
Mon avis rejoindra un peu celui de Mac Arthur.
Pour représenter la démesure, le vertige, le côté cyclopéen des tours de Vertigéo, il fallait un bon, voire un très bon dessinateur? Dans ses premiers albums, Amaury Bündgen a prouvé qu'il était de cette trempe. Il fait un super boulot, proposant une architecture verticale assez enivrante, ses tours baignant dans une ambiance en niveaux de gris aussi déprimante qu'impressionnante. De même, ses personnages et ses animaux (enfin, essentiellement une espèce) sont plutôt convaincants, nonobstant des petites erreurs de proportion ou de morphologie pour les humains.
Au niveau de l'histoire, si sur le fond le soufflé retombe sur la fin pour manque d'épaisseur, de réalisme, d'une véritable ambition dans le propos, on ne s'ennuie quand même pas trop, car il y a de l'action presque non-stop. Cela manque toutefois de maîtrise générale ; soyons indulgents : Lloyd Chéry, journaliste bien connu de la sphère SFFF, en est à son premier scénario.
Mais que c'est creux...
Le récit est très intrigant, étonnant dans sa forme et dans son fond. La curiosité, et certains aspects (en particulier une poésie un peu surréaliste) m’ont un temps fait croire que j’allais être embarqué dans cette histoire avec grand plaisir.
Et ce d’autant plus que l’engagement mi-utopique mi-activiste de certains personnages (Sandrine et la « quincaillerie ») avait tout pour me plaire.
Mais j’ai peu à peu perdu le fil de l’histoire. D’abord parce que l’aspect politique s’évaporait. Ensuite parce qu’Arthur, le personnage principal, hypocondriaque incurable, se révèle un peu chiant au bout d’un moment.
Enfin, j’ai été aussi perdu par l’intrigue, qui part dans tous les sens sans jamais permettre de faire le point ou de se raccrocher à quelque chose.
Reste quelques passages intéressants, une histoire qui aurait pu – en plus politique ou plus poétique – basculer dans quelque chose de plus abouti ou clair. Je reste un peu sur ma faim.
Note réelle 2,5/5.
C’est une lecture sympathique.
Un album qui mêle, de façon relativement équilibrée journal de voyage (un père – l’auteur – accompagne sa fille dans un séjour en Indonésie, pour lui faire découvrir des espèces en voie de disparition), et documentaire/étude animalier (une scientifique accompagne nos deux « touristes » dans le cadre de ses recherches).
La narration est fluide, les réflexions de la gamine (qui réalise une sorte d’exposé filmé pour sa classe) sont sincères et amusantes. L’humour est aussi complété par le père, très hypocondriaque.
Le dessin de Nadar est simple et agréable, lui aussi.
Du coup la lecture est rapide (peu de texte, pas vraiment d’intrigue, et tout est fluide). Le classement en tout public est judicieux, car le sujet et la façon de la traiter s’adressent à un large lectorat (même si je pense que de jeunes ados seront sans doute les plus réceptifs).
A noter que le coronavirus (et ses conséquences immédiates, montée de la peur, confinement, questionnements sur son origine, etc.) s'invite de plus en plus dans le récit, d'abord comme un bruit de fond, puis comme une réalité tangible. Ceci permet à l'auteur de faire un lien avec la disparition des milieux naturels, et la promiscuité accrue entre espèces animales sauvages et humains, avec les risques sanitaires que cela engendre...
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Thor - Vikings
Une farce à base de zombies vikings, non dénuée d'émotion - Ce tome regroupe les 5 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2003, écrits par Garth Ennis, et illustrés par Glenn Fabry, avec une mise en couleurs de Paul Mounts. Il s'agit d'une histoire complète, indépendante de toute continuité, parue dans le label MAX de Marvel, soit des histoires destinées à un lectorat plus âgé. En 1003, sur la côte de la Norvège, une bande de vikings se fait justice sur le village qui s'est plaint de leurs larcins auprès du roi. Ils incendient le village, massacrent les hommes et les enfants, violent les femmes avant de les exécuter. Après avoir bien ripaillé, ils repartent sur leur drakkar. Mais le sorcier du village a survécu, et il invoque une terrible malédiction sur eux alors que leur drakkar passe devant lui. Résultat : ce groupe de vikings met mille ans à atteindre leur destination, c'est-à-dire le nouveau monde. Ils débarquent sous forme de zombies belliqueux ayant retenu toute leur conscience à Manhattan en 2003. Seul Thor est présent pour s'interposer et enrayer leur avancée au cours de laquelle ils trucident tout ce qui bouge. Harald Jaekelsson le passe au fil de son épée et le jette au fond de l'Hudson River, sans plus de cérémonie. Garth Ennis est un auteur avec un amour très relatif pour les superhéros. Ainsi, Thor passe pour un individu pas très vif d'esprit du début à la fin du récit. Heureusement pour lui, il reçoit l'aide de Stephen Strange (le maître des arts mystiques, sorcier suprême) dès le deuxième épisode. Strange est dépeint comme un individu disposant de sens pratique et doté d'une solide intelligence. Quand Thor lui demande pourquoi il n'est pas intervenu lorsque Harald Jaekelsson l'a passé au fil de l'épée, Strange lui réplique qu'il se rendait bien compte qu'il n'était pas de taille à affronter le viking et qu'il ne voyait pas de raison de mourir sans espoir de sauver Thor. Ce dernier en prend vraiment pour son grade puisque lors de ce premier affrontement contre Jaekelsson, il a les 2 poignets brisés et il se fait étrangler avec la chaîne de son marteau enchanté Mjolnir. Seule la scène finale permettra à Thor de regagner un peu de dignité. Le lecteur ne doit donc pas s'attendre à un récit premier degré chantant les louanges du dieu nordique de la foudre, encore moins à un récit de superhéros juste plus violent du fait du label MAX. Ennis annonce la couleur dans le premier épisode : il s'agit d'un récit de zombies un peu plus futés que la moyenne, tout aussi avides de combat et de massacre (mais ils ne se repaissent pas de cervelle fraîche). Il y règne une forme d'humour sarcastique servi bien noir, avec des quelques moments énormes dont Ennis a le secret (Thor étranglé avec la chaîne de son arme). Stephen Strange est le seul individu avec 2 sous de bon sens, et une aptitude remarquable à sortir de réparties cassantes, faisant ressortir avec acuité le manque de bon sens chez les autres. Cela lui permet de manipuler à sa guise ses alliés, pour un effet comique assuré. Au-delà de ces personnages au caractère marqué (Thor et Strange), Ennis développe rapidement 3 autres personnages immédiatement attachant : Sigrid (une femme viking à la carrure impressionnante) qui rêve de partir aux combats comme les hommes, Magnus le Danois (un chevalier de l'Ordre teutonique) à la foi inébranlable et voyant des infidèles partout (moment énorme quand Strange lui assure qu'un chaudron a été béni en bonne et due forme), et Erik Lonnroth (pilote de Messerschmitt 109 pendant la seconde guerre mondiale). En 5 épisodes, Ennis n'a pas le temps de développer ses thèmes favoris sur les servitudes des combattants, mais il est visible qu'il éprouve une certaine tendresse pour ces trois personnages. Cette histoire bénéficie des dessins de Glenn Fabry dont l'approche graphique restitue aussi bien le ton sarcastique et moqueur d'Ennis, que l'horreur des massacres commis par les zombies vikings. Fabry n'a pas peur de représenter les chairs tuméfiées, ou déchirées, les blessures ouvertes et autres mutilations barbares. Sans être outrageusement gore, le récit est à déconseiller aux âmes sensibles, ou aux lecteurs ne trouvant rien de drôle (de manière perverse) au sang giclant du cou d'un corps venant de perdre sa tête suite à un décollement à l'épée, à une hache s'enfonçant dans un crâne, à un monceau de têtes entassées au milieu de la chaussée, à un œil volant hors de son orbite, etc. Fabry ne se contente de jouer dans le registre de l'humour, certains exactions sont aussi dessinées au premier degré pour ne laisser planer aucun doute sur le danger mortel que représentent ces vikings. Au fil des épisodes, Glenn Fabry prouve qu'il sait tout rendre crédible, plausible et palpable, qu'il s'agisse de l'existence de ce village mis à sac par les vikings, du sang coulant sur la pierre runique, du cubitus et du radius visibles dans les poignets cassés de Thor, de la prestance improbable du docteur Strange dans son justaucorps bleu nuit, de la force d'Ingrid, de ces têtes plantées sur des piquets, etc. Grâce à la qualité des dessins, le scénario d'Ennis n'est pas rabaissé au niveau de la pochade grand guignol, mais bien mis en image comme un récit consistant et bien construit. En tant qu'artiste, Glenn Fabry apporte une consistance supplémentaire au récit, l'alimente d'images élaborées pour l'étoffer et le rendre plus substantiel. Si le lecteur est venu chercher une histoire premier degré d'un Thor digne et majestueux, qu'il passe son chemin, ce récit n'est pas pour lui. Garth Ennis et Glenn Fabry racontent une histoire entre farce grand guignol et intrigue horrifique, mettant à mal la dignité de Thor, mais comprenant des personnages générant une forte empathie. Par la suite, Garth Ennis écrira 2 autres personnages Marvel pour le label MAX : le Punisher à commencer par Born et Nick Fury (Fury, puis D'une guerre à l'autre).
Le Seuil
Ce récit en partie autobiographique est semble-t-il un acte cathartique, mais aussi un acte militant contre les violences subies par les femmes de la part de leur conjoint (un dossier complet en fin de volume propose nombre de numéros de téléphones ou de site d’associations utiles pour ceux et celles qui hélas en auraient besoin, pour eux ou l’un de leurs proches). Nous suivons donc une jeune femme qui, malgré la violence (verbale et physique) que son copain lui fait régulièrement subir, peine à sortir de son emprise, culpabilise, risque de sacrifier ses études et sa vie professionnelle – parfois ses amis. Ce sont justement ses amis qui vont l’aider à s’en sortir, et plus généralement tous ceux qui se sont suffisamment intéressés à elle pour ne pas la laisser sombrer (copines, nouvel amoureux, professeur investi). Le message est très positif, presque trop pédagogique pour le coup, mais bon, c’est pour une bonne cause. Sur le plan proprement BD, je suis un peu resté sur ma faim (le dessin est simple, comme la colorisation – jouant essentiellement sur des dégradés de gris – manquant de nuances – un travail informatique qui n’est pas mon truc). Et l’histoire est un peu linéaire, manque d « à côtés » pour la dynamiser. Disons que le sujet transcende la partie BD elle-même (qui m’a laissé sur ma faim), et que le message véhiculé mérite que cet album soit diffusé. Note réelle 2,5/5.
Eco Warriors
L’intrigue joue sur des choses déjà vues : les magouilles de laboratoires pharmaceutiques, la recherche sur des animaux, et un lourd secret à cacher absolument, le tout délocalisé en Indonésie (avec les problématiques de la déforestation, de la préservation d’espèces menacées comme les orang-outans, etc.). C’est globalement dynamique, il y a pas mal d’action. Mais la série souffre quand même de deux gros défauts. D’abord elle semble avoir été abandonnée, et du coup on reste sur pas mal d’interrogations concernant Chris et ses liens avec les eco-warriors, ou avec certains milliardaires. Surtout, j’ai trouvé qu’un certain nombre de péripéties défiaient trop les limites du crédible (voir les moyens employés pour éliminer preuves et éco-warriors en fin de deuxième album !, ou tout simplement ces eco-warriors surgis d’on ne sait où, armés comme des mercenaires, sans que cela ne gêne grand monde. Je passe sur le rôle exact de Chris, plus que mystérieux. Le dessin hyper-réaliste est très lisible – même si le rendu est parfois bizarre, comme si des scories s’étalaient sur les planches. Bref, je suis sorti quelque peu sur ma faim de cette série, qui mêle aventure et thriller de façon parfois trop « primaire ». Note réelle 2,5/5.
Classwar (Cla$$war)
Une agréable surprise. Un scénario intelligent, un mélange de thriller politique et de supers-soldats pour une critique sans concession du pouvoir américain. Si les deux premiers chapitres me laissaient sur la réserve, les suivants montent en puissance et l'intrigue prend de la consistance. Un super-soldat, American, à la solde du gouvernement étasunien découvre que celui-ci lui a menti, qu'il n'est pas toujours du côté des gentils. Il veut faire éclater la vérité, dénoncer les manigances du président Georges W. Bush et des puissants qui le manipulent. La guerre d'Irak en caisse de résonance. Une lecture plaisante, mais je trouve ce American un peu niais et la conclusion, qui laisse une place à une suite, est trop ouverte à mon goût. La partie graphique n'est pas ma tasse de thé, du comics moderne très classique. Mais c'est bien réalisé, les scènes de combat sont dynamiques et lisibles. Je suis un peu moins fan des couleurs. En conclusion, une lecture recommandable. Un bon 3,5.
La Grande Panique
Petite déception sur cet album. J'ai pour habitude de comparer Sempé et Quino, deux auteurs de gags semi-poétiques sur la société et l'âme humaine en général, capables de rendre de belles émotions et du rire en un dessin ou une courte bande dessinée. Mais pour ce qui est de cet album là, j'ai trouvé Sempé en dessous de Quino. Je l'ai ressenti au niveau de l'impact de ces dessins et de ces strips, mais aussi au niveau du dessin lui-même que j'ai trouvé un peu raide, pas très charmant. Sempé a su produire dans d'autres ouvrages des dessins nettement plus évocateurs et jolis que ceux d'ici. Les thèmes abordés ici sont divers, parfois des histoires de couple, d'autres fois de boulot, ou encore simplement des gens en général. Il y a quelques histoires qui sortent du lot, qui pointe avec justesse sur des travers humains ou des sentiments particuliers, et qui m'ont fait rire. Mais la majorité est simplement pas mal, pas hilarant, et certains gags ou histoires tombent à plat à mes yeux. Bref, s'il fallait ne garder qu'un album de Sempé, ce ne serait pas celui-ci.
Harry est fou
L’histoire est sympathique. Gentille, gentillette. Disons que l’adulte que je suis a trouvé qu’au bout d’un moment elle manquait de consistance et de rebondissement, et que l’humour, la surprise peinaient à se renouveler. Mais le jeune lectorat qui est le cœur de cible y trouvera sans aucun doute davantage son compte. Le dessin est très simple, et l’histoire plaira aux plus jeunes, avec une victoire finale des bons et des bons sentiments. Ça n’est pas là que j’attendais Rabaté, mais ça n’est pas moi qui était attendu avec cet album je pense…
Pinard de guerre
J’avais découvert le personnage de Ferdinand avec Bagnard de guerre (qui est une sorte de suite, même si les albums peuvent se lire séparément). Là aussi Pelaez réussit à bâtir une intrigue intéressante. Le contexte est souvent traité : l’horreur de la guerre de tranchées durant la première guerre mondial. Mais il y ajoute avec le personnage de Ferdinand un petit plus, l’évocation de certains profiteurs de guerre. Ferdinand est un magouilleur, qui a non seulement échappé à la conscription, mais en plus il trafique le vin qu’il vend à l’armée (à un prix prohibitif, tout en n’hésitant pas – via des sabotages – à créer la pénurie pour faire augmenter les prix). Le dossier final est très intéressant et montre que Ferdinand n’est pas qu’un personnage imaginaire, il incarne une réalité tangible à l’époque (et cela n’a évidemment pas dû changer). Ce dossier est un réel plus pour le lecteur. Le personnage de Ferdinand, a priori antipathique, gagne un peu en humanité et gagne en profondeur dans le dernier tiers de l’album – même si une forte ambiguïté persiste quant à ses actes désintéressés et/ou héroïques. C’est en tout cas une lecture que j’ai bien aimée. Note réelle 3,5/5.
Vertigéo
Mon avis rejoindra un peu celui de Mac Arthur. Pour représenter la démesure, le vertige, le côté cyclopéen des tours de Vertigéo, il fallait un bon, voire un très bon dessinateur? Dans ses premiers albums, Amaury Bündgen a prouvé qu'il était de cette trempe. Il fait un super boulot, proposant une architecture verticale assez enivrante, ses tours baignant dans une ambiance en niveaux de gris aussi déprimante qu'impressionnante. De même, ses personnages et ses animaux (enfin, essentiellement une espèce) sont plutôt convaincants, nonobstant des petites erreurs de proportion ou de morphologie pour les humains. Au niveau de l'histoire, si sur le fond le soufflé retombe sur la fin pour manque d'épaisseur, de réalisme, d'une véritable ambition dans le propos, on ne s'ennuie quand même pas trop, car il y a de l'action presque non-stop. Cela manque toutefois de maîtrise générale ; soyons indulgents : Lloyd Chéry, journaliste bien connu de la sphère SFFF, en est à son premier scénario. Mais que c'est creux...
L'Éveil (Delcourt)
Le récit est très intrigant, étonnant dans sa forme et dans son fond. La curiosité, et certains aspects (en particulier une poésie un peu surréaliste) m’ont un temps fait croire que j’allais être embarqué dans cette histoire avec grand plaisir. Et ce d’autant plus que l’engagement mi-utopique mi-activiste de certains personnages (Sandrine et la « quincaillerie ») avait tout pour me plaire. Mais j’ai peu à peu perdu le fil de l’histoire. D’abord parce que l’aspect politique s’évaporait. Ensuite parce qu’Arthur, le personnage principal, hypocondriaque incurable, se révèle un peu chiant au bout d’un moment. Enfin, j’ai été aussi perdu par l’intrigue, qui part dans tous les sens sans jamais permettre de faire le point ou de se raccrocher à quelque chose. Reste quelques passages intéressants, une histoire qui aurait pu – en plus politique ou plus poétique – basculer dans quelque chose de plus abouti ou clair. Je reste un peu sur ma faim. Note réelle 2,5/5.
Les Sauvages (Nadar/Julien Frey)
C’est une lecture sympathique. Un album qui mêle, de façon relativement équilibrée journal de voyage (un père – l’auteur – accompagne sa fille dans un séjour en Indonésie, pour lui faire découvrir des espèces en voie de disparition), et documentaire/étude animalier (une scientifique accompagne nos deux « touristes » dans le cadre de ses recherches). La narration est fluide, les réflexions de la gamine (qui réalise une sorte d’exposé filmé pour sa classe) sont sincères et amusantes. L’humour est aussi complété par le père, très hypocondriaque. Le dessin de Nadar est simple et agréable, lui aussi. Du coup la lecture est rapide (peu de texte, pas vraiment d’intrigue, et tout est fluide). Le classement en tout public est judicieux, car le sujet et la façon de la traiter s’adressent à un large lectorat (même si je pense que de jeunes ados seront sans doute les plus réceptifs). A noter que le coronavirus (et ses conséquences immédiates, montée de la peur, confinement, questionnements sur son origine, etc.) s'invite de plus en plus dans le récit, d'abord comme un bruit de fond, puis comme une réalité tangible. Ceci permet à l'auteur de faire un lien avec la disparition des milieux naturels, et la promiscuité accrue entre espèces animales sauvages et humains, avec les risques sanitaires que cela engendre...