Je suis d’accord avec le ressenti d’Alix, et en particulier avec sa conclusion. En effet, c’est un chouette témoignage, d’où se dégagent émotion et humanité.
Les deux auteurs (deux sœurs) se sont partagées le travail : l’une d’elle, Anaële (au dessin) est parti quelques mois dans les territoires occupés palestiniens, sa sœur Delphine (à l’écriture) restant en Belgique.
L’album est un peu construit comme une correspondance entre les deux, même si la participation de Delphine se limite à des cartes postales (où elle ne fait que succinctement décrire sa vie quotidienne et « ordinaire » en Belgique), tandis que la partie réservée à Anaële est beaucoup plus développée et illustrée.
Cette construction est intéressante, parce que les pages cartes postales/Belgique, par leur relative banalité/normalité, font cruellement ressortir par un violent contraste l’absence totale d’une vie normale et apaisée pour les Palestiniens, en bute aux vexations, aux violences des colons, de l’armée (mention spéciale au gamin abattu par un soldat lorsqu’il est venu chercher son ballon hors d’un sentier proche d’une colonie !) et de l’État israélien (déjà, tous les efforts déployés par Anaële pour pouvoir entrer en Palestine – où elle est censé travailler pour une association humanitaire montrent bien que c’est dans une prison à ciel ouvert qu’elle pénètre).
On voit aussi le contraste avec la vie en Israël (Anaële rencontre des Israéliens à Tel-Aviv). Publié en 2011, l’album relate une « aventure » ayant eu lieu en 2008. Vu les crimes actuels en Cisjordanie (on ne parle même pas de Gaza) et la politique des gouvernements extrémistes de Netanyahou actuelle, on mesure quel enfer cela doit être pour la population palestinienne en 2024 !
Rien de nouveau hélas dans ce témoignage, mais il complète les autres (ceux de Sacco pour le médium BD par exemple), d’une façon peut-être plus intimiste et discrète. Ça n’est reste pas moins une lecture intéressante et recommandée (j’aurais bien aimé dire qu’elle était dépassée et qu’heureusement tout s’était arrangé !).
Un roman graphique qui use de l’Histoire pour raconter les bribes d’une vie de femme et d’une famille. L’histoire d’une femme tombée amoureuse d’un G.I. à la fin de la guerre et qui est partie vivre avec lui aux États-Unis.
La narration est agréable, comme le dessin : tous les deux sont fluide, ça se laisse lire très facilement.
Je regrette juste que la vie de cette femme ne soit finalement évoquée qu’en partie, il y avait peut-être matière à densifier l’histoire, pour parler de l’adaptation au mode de vie américain, je ne sais pas. C’est ce qui me laisse un peu sur ma faim.
J’ai quand même appris des choses sur la « formation » accélérer à la vie/culture américaine sur le navire qui transporte les war bride aux États-Unis (formation qui montre aussi le mépris pour la vie/culture européenne au passage), avec des passages amusants.
Encore une BD que j'avais envie d'aimer. Ca partait plutôt bien, mais au final, il manque un petit quelque chose d'indéfinissable. Peut-être l'absence d'éléments graphiques a-t-elle joué. Ou le manque de profondeur qui fait qu'on peine à entrer dans la tête du personnage principal, à comprendre ses motivations. Ou cette fin, certes intrigante puisqu'elle nous laisse sur notre fin, précisément, mais que j'ai trouvée assez déprimante, manquant de lumière alors qu'il m'a semblé, tout au long de ma lecture, que le déroulé appelait justement cette lumière... Un peu de tout cela, sans doute.
Graphiquement, c'est chouette. Le trait d'Eric Lambé m'a plu. Outre les personnages eux-mêmes, il y a peu d'éléments graphiques. Quelques cases se chargent de fixer le cadre (forêt, village, forteresse...), mais l'essentiel se focalise sur les personnages; Ca ne choque pas du tout, au début du moins. mais à la longue, un petit vide graphique se fait sentir dans la seconde partie du récit, alors même que celui-ci erre un peu entre deux eaux, peinant à parvenir à la conclusion. Conclusion qu'en prime, on peine à interpréter. En effet, qu'ont voulu dire les auteurs ? Qu'on ne pouvait pas devenir autre chose que ce qu'on nait ?... Je ne suis pas certain de mon interprétation, ce qui n'est pas grave en soit, une œuvre ouverte (comme c'est le cas ici) étant essentiellement polysémique. Mais si tel est le cas, je ne suis absolument pas d'accord avec ça.
Mais ce n'est pas tant le problème de cette conclusion hésitante, car cela en générale ne me pose pas de problème (l'excellent film Anatomie d'une chute, où chacun a vu quelque chose de différent est un bon exemple à cet égard). J'ai beau essayer de trouver ce qui cloche, de chercher le caillou dans la chaussure, rien n'est immédiatement identifiable. J'ai aimé Antipodes mais je m'y suis un peu emmerdé par moments. J'aime le trait, mais je trouve les cases cruellement vides sur la longueur. J'aime le ton, mais l'ensemble manque de sérieux aux moments où il en aurait fallu une once. Voilà, c'est un peu tout ça. Je sors d'Antipodes assailli de sentiments tout à fait contradictoires. Je mets 3/5, mais si ça se trouve, d'ici quelques jours ou semaines, il est possible que je relève la note parce que les choses se seront décantées. On verra bien...
No.love.lost est un manga à la française mélangeant les influences. Son cadre est de la science-fiction, proche de la Planet Fantasy avec ce couple de héros qui s'écrase sur une planète dont ils vont devoir découvrir les mystères et la complexité géopolitique. Il comporte également des éléments proches des univers de Ghibli, notamment Nausicaä de la vallée du vent et Le Château dans le Ciel, ou encore une scène de combats entre véhicules roulants rappelant les pirates de Miyazaki mais aussi un peu Mortal engines. Son graphisme se rapproche du manga à l'européenne, type Lastman ou Banana sioule : principalement orienté sur le dynamisme et l'efficacité, avec une économie de traits et de décors.
C'est une histoire dédiée au divertissement dans un cadre exotique. L'auteur veut emmener ses lecteurs sur la planète Abadon, auprès de ses deux héros, un couple de guerriers amoureux qui veut se retrouver. Le cas de ces derniers est d'ailleurs un peu particulier car on les présente d'emblée comme des guerriers d'élites de la Terre, capable de combattre à mains nues et avec des armes incroyables des robots surpuissants, tandis qu'une fois naufragés sur la planète on ne dirait plus que des adolescents inoffensifs tout au plus capable de donner un coup de pied qui ne fait pas grand chose. Difficile de les appréhender en tant que héros dans ces conditions, leur rôle pour ce qui est du tome 1 est assez passif.
C'est une lecture plutôt agréable mais j'ai trouvé qu'elle manquait de rythme. Une fois les héros débarqués sur la planète Abadon, il y a un temps de mise en place qui traine en longueur et frôle les limites de l'ennui. L'auteur fait durer son intrigue puisqu'au bout de 250 pages, les deux héros s'éparpillent dans des directions différentes, on ne voit pas encore comment ils vont pouvoir se retrouver et le cœur de l'action en tant que telle semble encore loin. Je reste donc un peu circonspect. La planète où ils ont atterri ne fait pour le moment pas suffisamment preuve d'originalité pour capter ma curiosité et j'attends encore que la mayonnaise prenne pour me donner pour de bon envie de lire la suite.
Franchement, c'est agréable et rafraichissant de lire une telle série !
Déjà on a une proposition de monde qui m'a paru carrément sympathique, avec cette idée de tourner autour du tarot (le jeu de carte) dans une construction pas bête et qui permets de jouer sur des codes facilement compréhensible. D'autre part, si la magie existe ici, elle emprunte les voies de ce qu'on appellerait dans notre beau monde du charlatanisme pur (tarot, cristaux, langage newage ...) mais qui ici marche carrément. Déjà parce que les idées permettent de ne pas développer un lore conséquent, mais aussi parce que ça permets de développer plusieurs thèmes liés à ça.
Et c'est un des gros points forts de ces deux premiers volumes que j'ai lu : les idées développées. On pourrait facilement taxer l'autrice de faire de la propagande woke (idée à laquelle je ne crois pas) mais on a de nombreux petits détails que j'ai trouvé bien amené : les pronoms indifférenciés, l'homosexualité ... C'est pas des sujets, mais c'est présent et ça fait plaisir, surtout dans une publication à destination de la jeunesse.
L'histoire est intrigante et avance vite. D'ailleurs je dois avouer que c'est presque trop rapide, l'intrigue du tome deux indiquant qu'un an s'était écoulé depuis le tome un alors que je ne l'ai absolument pas ressenti. De même, dans le tome deux de nombreuses épreuves ne sont pas très développées. Je comprends que l'intrigue avance (et vite d'ailleurs) mais c'est presque trop vite et j'avoue que j'aurais aimé un peu plus de gras.
Niveau dessin, c'est très joli et coloré, quoique parfois pas très précis. Il m'est arrivé de confondre les deux personnages principaux reconnaissable surtout avec les chevelures. Par contre l'objet visuel est franchement sympathique à voir. De ce que j'ai lu, je recommanderais aux jeunes lecteurs qui trouveront sans aucun doute leurs comptes dans cette série. J'attends de voir comment ça finira, mais pour l'instant c'est agréable, aucun doute !
Ossature
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Ce tome fait suite à Thor Vol. 2: Road to War of the Realms (épisodes 7 à 11) qu'il faut avoir lu avant, et se déroule concomitamment à Thor Vol. 3: War's End (épisodes 12 à 16) qu'il faut lire pendant. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Jason Aaron, dessinés et encrés par Russell Dauterman, et mis en couleurs par Matthew Wilson. Les couvertures originales ont été réalisées par Art Adams. Il comprend également 44 couvertures variantes.
Au début il n'y avait que les ténèbres. Puis du sud vint le feu rugissant, et du nord le brouillard et la glace tourbillonnants. Quand les 2 se percutèrent, vint la vie, la création des 10 royaumes rattachés par Yggdrasil : Vanaheim, Jotunheim, Svartalfheim, Agard, Alheim, Midgard, Muspelheim, Niffleheim, Heven Nidavellir. Au temps présent, Asgard a été détruite et est coupée du reste du monde car Bifröst a été détruit. Sur son trône, Odin rumine des pensées défaitistes, lorsqu'il est attaqué par des elfes noirs. L'un d'entre eux lui enfonce un poignard dans le ventre. Sur Terre, au port de Newark, Thor contemple le ciel, avec le chien Thori à ses côtés. Loki, terriblement blessé, s'écrase devant lui. Il parle de l'arrivée des elfes noirs de Malekith. Ceux-ci apparaissent quelques secondes après, mais sont violemment repoussés à coup de marteaux par Thor. Ce dernier exige de son demi-frère qu'il le transporte immédiatement devant Malekith. Ils se matérialisent sur Jotunheim, en pleine tempête de neige, Thor étant persuadé que Loki lui a joué un tour. Mais en fait, Maleith apparaît entourés de plusieurs géants de glace. Thor se lance immédiatement dans le combat contre les géants.
Sur Terre, Spider-Man se balade de toile en toile, quand il aperçoit une agression sur le toit d'un immeuble. Il intervient immédiatement et couvre de toiles plusieurs elfes noirs qui étaient en train de s'en prendre à Freyja. Les elfes noirs sont neutralisés, et juste après Sif, Hildegarde et Jane Foster déboulent sur le toit pour venir prêter main forte. Pour Freyja, ça ne fait pas de doute : le temps de la guerre des royaumes est venu. À New York, plusieurs individus ressentent l'imminence de cette guerre : Stephen Strange dans sa demeure de Greenwich Village, Daredevil sur un toit à l'écoute de la ville, Logan en train de descendre une bière dans une bar, Punisher s'apprêtant à exécuter un criminel agenouillé à ses pieds. L'offensive commence : des elfes noirs, des géants de glace, des créatures de feu apparaissent dans les rues de New York et commencent à tuer les habitants et à détruire les constructions. Les Avengers entrent dans la bataille. Malekith fait son entrée, accompagné par Enchanteress, Dario Agger, le roi Ulik, Kurse (Lady Waziria), la Reine des Anges.
Jason Aaron commence à écrire les aventures de Thor en 2012, et termine en 2020 avec King Thor avec Esad Ribic, soit environ 90 épisodes écrits sur 8 ans. Cette guerre des royaumes est annoncée depuis plusieurs années dans la série, et attendue avec impatience par le lecteur qui y voit une culmination de plusieurs dizaines d'épisodes d'intrigue. En entamant sa lecture, il connaît déjà la forme de l'événement : une minisérie principale contenue dans ce recueil, 9 miniséries dérivées de 3 épisodes chacune (avec une de 4 et une de 5), et des répercussions dans 13 séries régulières. Ce mode de construction narratif fait que la minisérie principale contient les éléments majeurs de l'événement, et évoque en les survolant les événements secondaires se déroulant dans les autres (mini)séries. Il constate avec plaisir que ces 6 épisodes sont écrits pas Jason Aaron et dessinés par Russell Dauterman, l'artiste qui a donné vie à la version féminine de Thor. Les responsables éditoriaux ont fait le nécessaire pour assurer une cohérence tout du long, avec des auteurs déjà attachés à la série Thor.
Effectivement, les auteurs se sont investis pour faire de leur mieux. Russell Dauterman est impressionnant de bout en bout, et ça se voit qu'il a disposé du temps nécessaire pour peaufiner chaque planche. Il fait face à chaque exigence d'un crossover/événement avec une consistance remarquable. Pour commencer, il doit dessiner une variété de personnages impressionnante, à commencer par une dizaine d'asgardiens. Ensuite, il campe les superhéros de Spider-Man à Daredevil, en passant par des très connus comme Punisher ou Iron Man, et des plus obscurs comme Gorilla Man (Ken Hale) ou Weapon H (Clay Cortez). Il sait en reproduire avec exactitude chaque détail de leur costume. Il met en scène également des groupes comme les Dora Milaje, les Agents du Wakanda, ou encore les Warriors Three, sans oublier le groupe informel dénommé War Avengers. Il faut aussi prendre en compte les nombreux ennemis, à commencer par ceux en provenance des 9 mondes (en laissant de côté Midgard), donc des elfes, des trolls, des géants, des créatures de feu. le lecteur se rend compte que chaque personnage dispose d'une apparence spécifique, et que chacun est immédiatement identifiable, ce qui représente un travail conséquent de références et de précision dans les tracés.
La tâche de Dauterman est rendue encore plus ambitieuse par le fait que les combats se répartissent dans les 10 mondes rattachés à Yggdrasil. L'artiste doit également rendre compte des spécificités de ces environnements équivalents chacun à des planètes. le lecteur ne peut pas s'empêcher des remarquer que petit à petit les arrière-plans deviennent occupés par des énergies tourbillonnantes déchaînées par les combattants, déchargeant ainsi le dessinateur de représenter les décors en fond de case. C'est vrai en partie puisqu'il doit tracer les arabesques de ces énergies, et placer les personnages de sorte qu'ils interagissent avec lesdites énergies. Russell Dauterman se montre un très bon metteur en scène, donnant force et puissance aux combattants, déchaînant des énergies destructrices. le spectacle est rendu plus grandiose encore par la mise en couleurs très sophistiquée de Matthew Wilson, maniant les effets spéciaux avec dextérité et précision, que ce soient les flammes ou le gel, tout en assurant la lisibilité parfaite de chaque case, un véritable exploit.
De son côté, Jason Aaron tient toutes ses promesses : il raconte une vraie guerre impliquant dix royaumes. Il passe avec élégance d'un groupe de héros à un autre, d'un des dix mondes à un autre. le lecteur peut suivre facilement la progression de la guerre au fur et à mesure des batailles qui lui sont montrées. Il constate que cette guerre est globale et qu'elle implique de nombreux superhéros, en particulier sur Terre. le lecteur de longue date de la série Thor a le plaisir de retrouver tous les personnages impliqués à des degrés divers, apparaissant plus ou moins brièvement. S'il conserve son attention tout du long, il voit par exemple passer Screwbeard, la reine Aelsa Featherwine, Sir Ivory Honeyshot, Toothgrinder et bien d'autres. Jason Aaron fait en sorte de leur donner un minimum de personnalité, ainsi qu'aux superhéros, que ce soit le caractère mutique de Frank Castle, la propension à débiter des blagues de Spider-Man. Il met en valeur Daredevil de manière inattendue, alors que le lecteur aurait pu le croire totalement déplacé dans un récit aussi épique et mythologique. Il mène à bien ses intrigues secondaires comme le lien entre le Thor du présent, celui du passé et celui du futur. Il amène sa thématique sur la relation père/fils à une conclusion, la faisant évoluer de manière significative. Il manie la mythologie nordique avec un réel sens de l'à-propos. le lecteur qui a suivi la série depuis le début éprouve même le plaisir de voir la question essentielle de savoir si Thor est digne, abordée sous un autre angle.
Pourtant au fil des pages, le lecteur peut éprouver une sensation diffuse de frustration. Il apparaît rapidement que les responsables éditoriaux ont flairé la bonne occasion de fédérer leurs séries autour de cet événement. du coup, Jason Aaron se retrouve à coordonner les différentes équipes et superhéros qui accomplissent une mission particulière dans leur propre série, ou dans une minisérie publiée pour l'occasion. À plusieurs reprises, le lecteur se dit qu'il a raté une bataille importante parce qu'elle est racontée dans une histoire annexée. Cela le conduit à se dire que les forces de Malekith ne sont pas si importantes que ça, et que les 9 autres mondes ne sont pas très étendus, pour qu'un nombre relativement restreint de superhéros et leurs alliés puissent ainsi reprendre le dessus sur autant de mondes. Plus frustrant, il se dit que Thor n'est pas assez présent, réduit là aussi à un dispositif narratif sans beaucoup d'épaisseur. En particulier son passage sur Yggdrasil est réduit à quelques images spectaculaires, et il est certain qu'il faut lire le tome de sa série pour bénéficier du détail de cette histoire. Dans le même temps, il voit que Russell Dauterman se retrouve à composer des planches de 3 cases, chacune étant une forme de tableau synthétisant une action dans un endroit différent, avant de passer à une scène d'action.
Cet événement est tout ce que le lecteur de la série Thor est en droit s'attendre : un récit épique impliquant les 10 mondes, avec une narration visuelle soignée et spectaculaire. Dans le même temps, une partie significative des batailles de cette guerre se déroule dans des miniséries annexes, et l'artiste doit souvent se montrer synthétique. En outre, cette guerre est l'aboutissement de plusieurs années d'intrigues secondaires dans la série Thor, mais ce n'est pas la série Thor. S'il est bien au centre de cet événement, il faut se tourner vers les épisodes de sa série pour avoir le détail de son rôle dans la guerre des royaumes. La conclusion de la série se trouve dans King Thor, et Jason Aaron a collaboré avec Al Ewing pour une série dérivée Valkyrie: Jane Foster, dessinée par CAFU.
J’ai découvert cet album le mois dernier et j’ai déjà toutes les peines à m’en rappeler.
Alors attention, j’ai bien aimé, le ton est juste mais on est dans la pure chronique adolescente pas très marquante (et je suis moi même le numéro 2 d’une fratrie de 3).
Reste qu’à l’image du dessin, la narration est légère et agréable à suivre. J’attendais juste que ça décolle un peu plus.
Je préfère nettement la proposition de Charles Berberian pour se raconter que celle de son ancien comparse sur M. Jean (Mon papa dessine des femmes nues).
Pourtant j’ai vraiment eu peur en entame de lecture mais finalement j’ai bien aimé cet album, d’autant que ce n’est pas ce que je m’imaginais.
Je m’attendais à une formule très proche de L'Arabe du futur, on en garde un peu l’ADN mais c’est beaucoup plus fourre-tout et décousu dans le propos.
On garde le côté témoignage via la jeunesse de l’auteur entre Bagdad et Beyrouth (partie toujours sympathique et intéressante même si moins forte que dans d’autres œuvres comme Petit pays par ex.) mais pas que, on a aussi quelques divagations/pensées de l’auteur qui ne m’ont pas parlé (le début surtout autour Covid) et des dessins ou photos sur le vif moins léchés.
En fait c’est un album qui se cherche un peu dans sa structure (le début encore une fois), avant de trouver sa voie narrativement et graphiquement … ça se transforme doucement en un bel hommage pour son frère et sa grand-mère (et bien sûr Beyrouth).
2.5
C'est pas un excellent one-shot, mais cela se laisse lire contrairement à d'autres productions récentes de Desberg.
On retrouve les défauts récurrents des productions de ce scénariste qui a déjà été génial il y a longtemps dans les années 80-90: il y a une suite de clichés, les personnages sont des stéréotypes et le scénario saute un peu trop de personnages en personnages, de différentes périodes et de différents pays, ce qui rend le scénario inutilement compliqué.
Malgré tout, j'ai trouvé que cela se lisait, même s'il y a des longueurs. Il faut dire que la période historique traitée m'intéresse et il y a des bons passages. Le dessin est bon, mais je trouve que les couleurs informatiques gâchent tout. Mes moments préférés étaient en noir et blanc et j'aurais préféré que ça soit le cas pour tout l'album.
Nous sommes ici plongés dans la vie d’Alexandre Marius Jacob, un cambrioleur anarchiste dont l’histoire a inspiré le personnage d’Arsène Lupin. Ce récit biographique, bien rythmé, retrace les étapes clés de sa vie : une enfance difficile, une jeunesse engagée, puis une carrière criminelle marquée par des idéaux sociaux.
Le scénario de Matz est solide et bien mené, même si certains passages s’enchaînent un peu rapidement. On suit Jacob à travers ses actes révolutionnaires mais sa morale discutable fait que je n'ai pas pu m'attacher pleinement à lui, ce n'était peut être pas le but. Peut être le but est il justement de nous faire réfléchir à la morale Vs les grands idéaux révolutionnaires ?
Le dessin de Léonard Chemineau est soigné, avec des détails qui restituent bien l’époque. C’est propre et efficace, sans être particulièrement mémorable.
C'est un one shot que j'ai trouvé intéressant car il m'a fait découvrir ce personnage historique. Plaisant, sans être indispensable. Une lecture que je recommande pour ceux qui s’intéressent à l’histoire sociale, mais qui ne révolutionne pas le genre.
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Les Amandes vertes
Je suis d’accord avec le ressenti d’Alix, et en particulier avec sa conclusion. En effet, c’est un chouette témoignage, d’où se dégagent émotion et humanité. Les deux auteurs (deux sœurs) se sont partagées le travail : l’une d’elle, Anaële (au dessin) est parti quelques mois dans les territoires occupés palestiniens, sa sœur Delphine (à l’écriture) restant en Belgique. L’album est un peu construit comme une correspondance entre les deux, même si la participation de Delphine se limite à des cartes postales (où elle ne fait que succinctement décrire sa vie quotidienne et « ordinaire » en Belgique), tandis que la partie réservée à Anaële est beaucoup plus développée et illustrée. Cette construction est intéressante, parce que les pages cartes postales/Belgique, par leur relative banalité/normalité, font cruellement ressortir par un violent contraste l’absence totale d’une vie normale et apaisée pour les Palestiniens, en bute aux vexations, aux violences des colons, de l’armée (mention spéciale au gamin abattu par un soldat lorsqu’il est venu chercher son ballon hors d’un sentier proche d’une colonie !) et de l’État israélien (déjà, tous les efforts déployés par Anaële pour pouvoir entrer en Palestine – où elle est censé travailler pour une association humanitaire montrent bien que c’est dans une prison à ciel ouvert qu’elle pénètre). On voit aussi le contraste avec la vie en Israël (Anaële rencontre des Israéliens à Tel-Aviv). Publié en 2011, l’album relate une « aventure » ayant eu lieu en 2008. Vu les crimes actuels en Cisjordanie (on ne parle même pas de Gaza) et la politique des gouvernements extrémistes de Netanyahou actuelle, on mesure quel enfer cela doit être pour la population palestinienne en 2024 ! Rien de nouveau hélas dans ce témoignage, mais il complète les autres (ceux de Sacco pour le médium BD par exemple), d’une façon peut-être plus intimiste et discrète. Ça n’est reste pas moins une lecture intéressante et recommandée (j’aurais bien aimé dire qu’elle était dépassée et qu’heureusement tout s’était arrangé !).
Michigan - Sur la route d'une War Bride
Un roman graphique qui use de l’Histoire pour raconter les bribes d’une vie de femme et d’une famille. L’histoire d’une femme tombée amoureuse d’un G.I. à la fin de la guerre et qui est partie vivre avec lui aux États-Unis. La narration est agréable, comme le dessin : tous les deux sont fluide, ça se laisse lire très facilement. Je regrette juste que la vie de cette femme ne soit finalement évoquée qu’en partie, il y avait peut-être matière à densifier l’histoire, pour parler de l’adaptation au mode de vie américain, je ne sais pas. C’est ce qui me laisse un peu sur ma faim. J’ai quand même appris des choses sur la « formation » accélérer à la vie/culture américaine sur le navire qui transporte les war bride aux États-Unis (formation qui montre aussi le mépris pour la vie/culture européenne au passage), avec des passages amusants.
Antipodes
Encore une BD que j'avais envie d'aimer. Ca partait plutôt bien, mais au final, il manque un petit quelque chose d'indéfinissable. Peut-être l'absence d'éléments graphiques a-t-elle joué. Ou le manque de profondeur qui fait qu'on peine à entrer dans la tête du personnage principal, à comprendre ses motivations. Ou cette fin, certes intrigante puisqu'elle nous laisse sur notre fin, précisément, mais que j'ai trouvée assez déprimante, manquant de lumière alors qu'il m'a semblé, tout au long de ma lecture, que le déroulé appelait justement cette lumière... Un peu de tout cela, sans doute. Graphiquement, c'est chouette. Le trait d'Eric Lambé m'a plu. Outre les personnages eux-mêmes, il y a peu d'éléments graphiques. Quelques cases se chargent de fixer le cadre (forêt, village, forteresse...), mais l'essentiel se focalise sur les personnages; Ca ne choque pas du tout, au début du moins. mais à la longue, un petit vide graphique se fait sentir dans la seconde partie du récit, alors même que celui-ci erre un peu entre deux eaux, peinant à parvenir à la conclusion. Conclusion qu'en prime, on peine à interpréter. En effet, qu'ont voulu dire les auteurs ? Qu'on ne pouvait pas devenir autre chose que ce qu'on nait ?... Je ne suis pas certain de mon interprétation, ce qui n'est pas grave en soit, une œuvre ouverte (comme c'est le cas ici) étant essentiellement polysémique. Mais si tel est le cas, je ne suis absolument pas d'accord avec ça. Mais ce n'est pas tant le problème de cette conclusion hésitante, car cela en générale ne me pose pas de problème (l'excellent film Anatomie d'une chute, où chacun a vu quelque chose de différent est un bon exemple à cet égard). J'ai beau essayer de trouver ce qui cloche, de chercher le caillou dans la chaussure, rien n'est immédiatement identifiable. J'ai aimé Antipodes mais je m'y suis un peu emmerdé par moments. J'aime le trait, mais je trouve les cases cruellement vides sur la longueur. J'aime le ton, mais l'ensemble manque de sérieux aux moments où il en aurait fallu une once. Voilà, c'est un peu tout ça. Je sors d'Antipodes assailli de sentiments tout à fait contradictoires. Je mets 3/5, mais si ça se trouve, d'ici quelques jours ou semaines, il est possible que je relève la note parce que les choses se seront décantées. On verra bien...
No.love.lost
No.love.lost est un manga à la française mélangeant les influences. Son cadre est de la science-fiction, proche de la Planet Fantasy avec ce couple de héros qui s'écrase sur une planète dont ils vont devoir découvrir les mystères et la complexité géopolitique. Il comporte également des éléments proches des univers de Ghibli, notamment Nausicaä de la vallée du vent et Le Château dans le Ciel, ou encore une scène de combats entre véhicules roulants rappelant les pirates de Miyazaki mais aussi un peu Mortal engines. Son graphisme se rapproche du manga à l'européenne, type Lastman ou Banana sioule : principalement orienté sur le dynamisme et l'efficacité, avec une économie de traits et de décors. C'est une histoire dédiée au divertissement dans un cadre exotique. L'auteur veut emmener ses lecteurs sur la planète Abadon, auprès de ses deux héros, un couple de guerriers amoureux qui veut se retrouver. Le cas de ces derniers est d'ailleurs un peu particulier car on les présente d'emblée comme des guerriers d'élites de la Terre, capable de combattre à mains nues et avec des armes incroyables des robots surpuissants, tandis qu'une fois naufragés sur la planète on ne dirait plus que des adolescents inoffensifs tout au plus capable de donner un coup de pied qui ne fait pas grand chose. Difficile de les appréhender en tant que héros dans ces conditions, leur rôle pour ce qui est du tome 1 est assez passif. C'est une lecture plutôt agréable mais j'ai trouvé qu'elle manquait de rythme. Une fois les héros débarqués sur la planète Abadon, il y a un temps de mise en place qui traine en longueur et frôle les limites de l'ennui. L'auteur fait durer son intrigue puisqu'au bout de 250 pages, les deux héros s'éparpillent dans des directions différentes, on ne voit pas encore comment ils vont pouvoir se retrouver et le cœur de l'action en tant que telle semble encore loin. Je reste donc un peu circonspect. La planète où ils ont atterri ne fait pour le moment pas suffisamment preuve d'originalité pour capter ma curiosité et j'attends encore que la mayonnaise prenne pour me donner pour de bon envie de lire la suite.
Arcana
Franchement, c'est agréable et rafraichissant de lire une telle série ! Déjà on a une proposition de monde qui m'a paru carrément sympathique, avec cette idée de tourner autour du tarot (le jeu de carte) dans une construction pas bête et qui permets de jouer sur des codes facilement compréhensible. D'autre part, si la magie existe ici, elle emprunte les voies de ce qu'on appellerait dans notre beau monde du charlatanisme pur (tarot, cristaux, langage newage ...) mais qui ici marche carrément. Déjà parce que les idées permettent de ne pas développer un lore conséquent, mais aussi parce que ça permets de développer plusieurs thèmes liés à ça. Et c'est un des gros points forts de ces deux premiers volumes que j'ai lu : les idées développées. On pourrait facilement taxer l'autrice de faire de la propagande woke (idée à laquelle je ne crois pas) mais on a de nombreux petits détails que j'ai trouvé bien amené : les pronoms indifférenciés, l'homosexualité ... C'est pas des sujets, mais c'est présent et ça fait plaisir, surtout dans une publication à destination de la jeunesse. L'histoire est intrigante et avance vite. D'ailleurs je dois avouer que c'est presque trop rapide, l'intrigue du tome deux indiquant qu'un an s'était écoulé depuis le tome un alors que je ne l'ai absolument pas ressenti. De même, dans le tome deux de nombreuses épreuves ne sont pas très développées. Je comprends que l'intrigue avance (et vite d'ailleurs) mais c'est presque trop vite et j'avoue que j'aurais aimé un peu plus de gras. Niveau dessin, c'est très joli et coloré, quoique parfois pas très précis. Il m'est arrivé de confondre les deux personnages principaux reconnaissable surtout avec les chevelures. Par contre l'objet visuel est franchement sympathique à voir. De ce que j'ai lu, je recommanderais aux jeunes lecteurs qui trouveront sans aucun doute leurs comptes dans cette série. J'attends de voir comment ça finira, mais pour l'instant c'est agréable, aucun doute !
War of the Realms
Ossature - Ce tome fait suite à Thor Vol. 2: Road to War of the Realms (épisodes 7 à 11) qu'il faut avoir lu avant, et se déroule concomitamment à Thor Vol. 3: War's End (épisodes 12 à 16) qu'il faut lire pendant. Il comprend les 6 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2019, écrits par Jason Aaron, dessinés et encrés par Russell Dauterman, et mis en couleurs par Matthew Wilson. Les couvertures originales ont été réalisées par Art Adams. Il comprend également 44 couvertures variantes. Au début il n'y avait que les ténèbres. Puis du sud vint le feu rugissant, et du nord le brouillard et la glace tourbillonnants. Quand les 2 se percutèrent, vint la vie, la création des 10 royaumes rattachés par Yggdrasil : Vanaheim, Jotunheim, Svartalfheim, Agard, Alheim, Midgard, Muspelheim, Niffleheim, Heven Nidavellir. Au temps présent, Asgard a été détruite et est coupée du reste du monde car Bifröst a été détruit. Sur son trône, Odin rumine des pensées défaitistes, lorsqu'il est attaqué par des elfes noirs. L'un d'entre eux lui enfonce un poignard dans le ventre. Sur Terre, au port de Newark, Thor contemple le ciel, avec le chien Thori à ses côtés. Loki, terriblement blessé, s'écrase devant lui. Il parle de l'arrivée des elfes noirs de Malekith. Ceux-ci apparaissent quelques secondes après, mais sont violemment repoussés à coup de marteaux par Thor. Ce dernier exige de son demi-frère qu'il le transporte immédiatement devant Malekith. Ils se matérialisent sur Jotunheim, en pleine tempête de neige, Thor étant persuadé que Loki lui a joué un tour. Mais en fait, Maleith apparaît entourés de plusieurs géants de glace. Thor se lance immédiatement dans le combat contre les géants. Sur Terre, Spider-Man se balade de toile en toile, quand il aperçoit une agression sur le toit d'un immeuble. Il intervient immédiatement et couvre de toiles plusieurs elfes noirs qui étaient en train de s'en prendre à Freyja. Les elfes noirs sont neutralisés, et juste après Sif, Hildegarde et Jane Foster déboulent sur le toit pour venir prêter main forte. Pour Freyja, ça ne fait pas de doute : le temps de la guerre des royaumes est venu. À New York, plusieurs individus ressentent l'imminence de cette guerre : Stephen Strange dans sa demeure de Greenwich Village, Daredevil sur un toit à l'écoute de la ville, Logan en train de descendre une bière dans une bar, Punisher s'apprêtant à exécuter un criminel agenouillé à ses pieds. L'offensive commence : des elfes noirs, des géants de glace, des créatures de feu apparaissent dans les rues de New York et commencent à tuer les habitants et à détruire les constructions. Les Avengers entrent dans la bataille. Malekith fait son entrée, accompagné par Enchanteress, Dario Agger, le roi Ulik, Kurse (Lady Waziria), la Reine des Anges. Jason Aaron commence à écrire les aventures de Thor en 2012, et termine en 2020 avec King Thor avec Esad Ribic, soit environ 90 épisodes écrits sur 8 ans. Cette guerre des royaumes est annoncée depuis plusieurs années dans la série, et attendue avec impatience par le lecteur qui y voit une culmination de plusieurs dizaines d'épisodes d'intrigue. En entamant sa lecture, il connaît déjà la forme de l'événement : une minisérie principale contenue dans ce recueil, 9 miniséries dérivées de 3 épisodes chacune (avec une de 4 et une de 5), et des répercussions dans 13 séries régulières. Ce mode de construction narratif fait que la minisérie principale contient les éléments majeurs de l'événement, et évoque en les survolant les événements secondaires se déroulant dans les autres (mini)séries. Il constate avec plaisir que ces 6 épisodes sont écrits pas Jason Aaron et dessinés par Russell Dauterman, l'artiste qui a donné vie à la version féminine de Thor. Les responsables éditoriaux ont fait le nécessaire pour assurer une cohérence tout du long, avec des auteurs déjà attachés à la série Thor. Effectivement, les auteurs se sont investis pour faire de leur mieux. Russell Dauterman est impressionnant de bout en bout, et ça se voit qu'il a disposé du temps nécessaire pour peaufiner chaque planche. Il fait face à chaque exigence d'un crossover/événement avec une consistance remarquable. Pour commencer, il doit dessiner une variété de personnages impressionnante, à commencer par une dizaine d'asgardiens. Ensuite, il campe les superhéros de Spider-Man à Daredevil, en passant par des très connus comme Punisher ou Iron Man, et des plus obscurs comme Gorilla Man (Ken Hale) ou Weapon H (Clay Cortez). Il sait en reproduire avec exactitude chaque détail de leur costume. Il met en scène également des groupes comme les Dora Milaje, les Agents du Wakanda, ou encore les Warriors Three, sans oublier le groupe informel dénommé War Avengers. Il faut aussi prendre en compte les nombreux ennemis, à commencer par ceux en provenance des 9 mondes (en laissant de côté Midgard), donc des elfes, des trolls, des géants, des créatures de feu. le lecteur se rend compte que chaque personnage dispose d'une apparence spécifique, et que chacun est immédiatement identifiable, ce qui représente un travail conséquent de références et de précision dans les tracés. La tâche de Dauterman est rendue encore plus ambitieuse par le fait que les combats se répartissent dans les 10 mondes rattachés à Yggdrasil. L'artiste doit également rendre compte des spécificités de ces environnements équivalents chacun à des planètes. le lecteur ne peut pas s'empêcher des remarquer que petit à petit les arrière-plans deviennent occupés par des énergies tourbillonnantes déchaînées par les combattants, déchargeant ainsi le dessinateur de représenter les décors en fond de case. C'est vrai en partie puisqu'il doit tracer les arabesques de ces énergies, et placer les personnages de sorte qu'ils interagissent avec lesdites énergies. Russell Dauterman se montre un très bon metteur en scène, donnant force et puissance aux combattants, déchaînant des énergies destructrices. le spectacle est rendu plus grandiose encore par la mise en couleurs très sophistiquée de Matthew Wilson, maniant les effets spéciaux avec dextérité et précision, que ce soient les flammes ou le gel, tout en assurant la lisibilité parfaite de chaque case, un véritable exploit. De son côté, Jason Aaron tient toutes ses promesses : il raconte une vraie guerre impliquant dix royaumes. Il passe avec élégance d'un groupe de héros à un autre, d'un des dix mondes à un autre. le lecteur peut suivre facilement la progression de la guerre au fur et à mesure des batailles qui lui sont montrées. Il constate que cette guerre est globale et qu'elle implique de nombreux superhéros, en particulier sur Terre. le lecteur de longue date de la série Thor a le plaisir de retrouver tous les personnages impliqués à des degrés divers, apparaissant plus ou moins brièvement. S'il conserve son attention tout du long, il voit par exemple passer Screwbeard, la reine Aelsa Featherwine, Sir Ivory Honeyshot, Toothgrinder et bien d'autres. Jason Aaron fait en sorte de leur donner un minimum de personnalité, ainsi qu'aux superhéros, que ce soit le caractère mutique de Frank Castle, la propension à débiter des blagues de Spider-Man. Il met en valeur Daredevil de manière inattendue, alors que le lecteur aurait pu le croire totalement déplacé dans un récit aussi épique et mythologique. Il mène à bien ses intrigues secondaires comme le lien entre le Thor du présent, celui du passé et celui du futur. Il amène sa thématique sur la relation père/fils à une conclusion, la faisant évoluer de manière significative. Il manie la mythologie nordique avec un réel sens de l'à-propos. le lecteur qui a suivi la série depuis le début éprouve même le plaisir de voir la question essentielle de savoir si Thor est digne, abordée sous un autre angle. Pourtant au fil des pages, le lecteur peut éprouver une sensation diffuse de frustration. Il apparaît rapidement que les responsables éditoriaux ont flairé la bonne occasion de fédérer leurs séries autour de cet événement. du coup, Jason Aaron se retrouve à coordonner les différentes équipes et superhéros qui accomplissent une mission particulière dans leur propre série, ou dans une minisérie publiée pour l'occasion. À plusieurs reprises, le lecteur se dit qu'il a raté une bataille importante parce qu'elle est racontée dans une histoire annexée. Cela le conduit à se dire que les forces de Malekith ne sont pas si importantes que ça, et que les 9 autres mondes ne sont pas très étendus, pour qu'un nombre relativement restreint de superhéros et leurs alliés puissent ainsi reprendre le dessus sur autant de mondes. Plus frustrant, il se dit que Thor n'est pas assez présent, réduit là aussi à un dispositif narratif sans beaucoup d'épaisseur. En particulier son passage sur Yggdrasil est réduit à quelques images spectaculaires, et il est certain qu'il faut lire le tome de sa série pour bénéficier du détail de cette histoire. Dans le même temps, il voit que Russell Dauterman se retrouve à composer des planches de 3 cases, chacune étant une forme de tableau synthétisant une action dans un endroit différent, avant de passer à une scène d'action. Cet événement est tout ce que le lecteur de la série Thor est en droit s'attendre : un récit épique impliquant les 10 mondes, avec une narration visuelle soignée et spectaculaire. Dans le même temps, une partie significative des batailles de cette guerre se déroule dans des miniséries annexes, et l'artiste doit souvent se montrer synthétique. En outre, cette guerre est l'aboutissement de plusieurs années d'intrigues secondaires dans la série Thor, mais ce n'est pas la série Thor. S'il est bien au centre de cet événement, il faut se tourner vers les épisodes de sa série pour avoir le détail de son rôle dans la guerre des royaumes. La conclusion de la série se trouve dans King Thor, et Jason Aaron a collaboré avec Al Ewing pour une série dérivée Valkyrie: Jane Foster, dessinée par CAFU.
Antoine et la fille trop bien
J’ai découvert cet album le mois dernier et j’ai déjà toutes les peines à m’en rappeler. Alors attention, j’ai bien aimé, le ton est juste mais on est dans la pure chronique adolescente pas très marquante (et je suis moi même le numéro 2 d’une fratrie de 3). Reste qu’à l’image du dessin, la narration est légère et agréable à suivre. J’attendais juste que ça décolle un peu plus.
Une Education orientale
Je préfère nettement la proposition de Charles Berberian pour se raconter que celle de son ancien comparse sur M. Jean (Mon papa dessine des femmes nues). Pourtant j’ai vraiment eu peur en entame de lecture mais finalement j’ai bien aimé cet album, d’autant que ce n’est pas ce que je m’imaginais. Je m’attendais à une formule très proche de L'Arabe du futur, on en garde un peu l’ADN mais c’est beaucoup plus fourre-tout et décousu dans le propos. On garde le côté témoignage via la jeunesse de l’auteur entre Bagdad et Beyrouth (partie toujours sympathique et intéressante même si moins forte que dans d’autres œuvres comme Petit pays par ex.) mais pas que, on a aussi quelques divagations/pensées de l’auteur qui ne m’ont pas parlé (le début surtout autour Covid) et des dessins ou photos sur le vif moins léchés. En fait c’est un album qui se cherche un peu dans sa structure (le début encore une fois), avant de trouver sa voie narrativement et graphiquement … ça se transforme doucement en un bel hommage pour son frère et sa grand-mère (et bien sûr Beyrouth).
Les Enfants du ciel
2.5 C'est pas un excellent one-shot, mais cela se laisse lire contrairement à d'autres productions récentes de Desberg. On retrouve les défauts récurrents des productions de ce scénariste qui a déjà été génial il y a longtemps dans les années 80-90: il y a une suite de clichés, les personnages sont des stéréotypes et le scénario saute un peu trop de personnages en personnages, de différentes périodes et de différents pays, ce qui rend le scénario inutilement compliqué. Malgré tout, j'ai trouvé que cela se lisait, même s'il y a des longueurs. Il faut dire que la période historique traitée m'intéresse et il y a des bons passages. Le dessin est bon, mais je trouve que les couleurs informatiques gâchent tout. Mes moments préférés étaient en noir et blanc et j'aurais préféré que ça soit le cas pour tout l'album.
Le Travailleur de la nuit
Nous sommes ici plongés dans la vie d’Alexandre Marius Jacob, un cambrioleur anarchiste dont l’histoire a inspiré le personnage d’Arsène Lupin. Ce récit biographique, bien rythmé, retrace les étapes clés de sa vie : une enfance difficile, une jeunesse engagée, puis une carrière criminelle marquée par des idéaux sociaux. Le scénario de Matz est solide et bien mené, même si certains passages s’enchaînent un peu rapidement. On suit Jacob à travers ses actes révolutionnaires mais sa morale discutable fait que je n'ai pas pu m'attacher pleinement à lui, ce n'était peut être pas le but. Peut être le but est il justement de nous faire réfléchir à la morale Vs les grands idéaux révolutionnaires ? Le dessin de Léonard Chemineau est soigné, avec des détails qui restituent bien l’époque. C’est propre et efficace, sans être particulièrement mémorable. C'est un one shot que j'ai trouvé intéressant car il m'a fait découvrir ce personnage historique. Plaisant, sans être indispensable. Une lecture que je recommande pour ceux qui s’intéressent à l’histoire sociale, mais qui ne révolutionne pas le genre.