Les derniers avis (39456 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série En toute conscience
En toute conscience

Pour réaliser cette histoire consacrée à ce sujet d’actualité qu’est le « suicide assisté », que certains préfèrent remplacer par des expressions moins frontales comme « aide à la fin de vie », les auteurs se sont inspirés de faits réels, l’un étant lui-même directement concerné par le sujet, à travers son père militant dans l’association « Ultime liberté ». Le projet est ainsi né de la rencontre d’Olivier Peyon, scénariste et réalisateur de documentaires, avec le père de son ami dessinateur Livio Bernardo. Avant d’entamer cet ouvrage on pourrait s’attendre à quelque chose de lénifiant voire plombant. Or il n’en est rien, bien au contraire. La narration est très dynamique, éloignée de tout pathos inutile. On sourit souvent en voyant ces « vieux fourneaux » forts en gueule et attachants, qui souvent ne sont pas d’accord entre eux et le font savoir, mais unis par une même cause, le droit à mourir dans la dignité. Courageux, ils n’hésitent pas à braver la loi pour aider des mourants à partir, en toute bienveillance, mais également lucides, car ils savent que c’est leur propre mort qu’ils affrontent par leurs actions, et celle-ci n’est pas une perspective très éloignée… Mais c’est avec deux personnages-clé que l’intérêt du récit va se trouver renforcé. Deux personnages jeunes qui veulent mourir, mais pour des raisons diamétralement opposées. D’un côté Vincent, un jeune ambulancier qui n’arrive pas à se remettre du départ de sa copine et veut en finir. Tel un cheveu sur la soupe, Vincent va se mêler aux « vieux schnocks » de l’association, déterminé à tirer sa révérence. Ces derniers, désemparés, vont tenter d’en dissuader le jeune homme, beau gosse en pleine santé, contrairement à Eléonore, qui, à 35 ans, a l’air d’une vieillarde grabataire. Atteinte d’anorexie depuis l’enfance et détraquée par les traitements, le visage marqué par la souffrance, celle-ci semble avoir des raisons légitimes d’en finir. La rencontre avec Eléonore va forcer Vincent à relativiser son propre mal-être, lui qui en outre sera chargé par les membres de l’association de donner la « mixture spéciale » à la jeune femme candidate au départ vers l’au-delà… Ce qui donnera lieu aux séquences les plus poignantes du livre. Le dessin de Livio Bernardo reste axé principalement sur les visages, souvent en plan très rapproché. Son trait épais leur confère une expressivité qui vous saute à la figure et s’affranchit totalement des cases, devenues inutiles. Pour les scènes nocturnes, Bernardo recourt à un lavis de bon aloi, avec quelques touches de couleurs extrêmement rares, qui par exemple souligneront ce fameux jus d’orange, poison mortel à la couleur solaire. Dans une société qui cherche à masquer la décrépitude par une ode publicitaire constante à la jeunesse éternelle et qui camoufle ses vieux dans des EHPAD, véritables antichambres industrielles de l’au-delà, la mort n’est pas un sujet populaire. On peut pourtant en parler sans pour autant plomber l’ambiance, la preuve avec cet album qui s’avère être une belle célébration de la vie. Son mérite est de dédramatiser le sujet, plaidant pour le droit à une mort douce, épargnant aux accompagnateurs les ennuis judiciaires, sans les affres de la culpabilité imposée par deux millénaires de catholicisme condamnant à l’enfer les suicidés. Car il faut tout de même le rappeler, l’Eglise a longtemps refusé de célébrer les obsèques d’un fidèle s’étant donné la mort, le suicide étant considéré par le code de droit canonique comme un péché… mortel. Si l’on considère que l’on peut décider de sa vie, on doit aussi pouvoir décider de sa mort, et « En toute conscience » est là pour le démontrer, de façon humaine, sans discours pompeux et stériles. Simple, basique. Amen et point final.

24/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Catharsis
Catharsis

Un jour, le dessin m'a quitté. Le même jour qu'une poignée d'amis chers. A la seule différence qu'il est revenu, lui. Point de départ, Luz qui fait sa déposition au quai des orfèvres, le 7 janvier 2015. Fin de l'album, la vie qui continue ou en tout cas qui essaie. Entre les deux, un recueil d'histoires ou de scènes courtes qui fait preuve d'une noirceur et d'un humour ravageurs. Les deux ont sans doute du batailler dur pendant longtemps au sein de leur auteur, rescapé accidentel de la tuerie de Charlie Hebdo. Mais même si ces scènes avaient sans doute pour but premier de permettre à Luz de vivre avec cette horreur, et même si j'ai découvert ce livre avec curiosité plus que d'attentes, le lecteur que j'ai été y a trouvé beaucoup de beauté. Dans l'inventivité, dans l'humour, dans la moquerie, dans ce désespoir poignant, dans ces scènes de sexe aussi, dessinées de quelques traits brouillons et pourtant magnifiques où les corps se fondent littéralement. Une très belle oeuvre, sombre et parfois drôle, brute, puissante.

24/05/2021 (modifier)
Par r0ud0ud0u
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Clones en série (Nirta Omirli)
Clones en série (Nirta Omirli)

Je comprends les précédents avis des lecteurs qui sont restés sur leur faim (sans fin justement à l'époque). En effet ce "triptyque" annoncé comme tel : 1er tome (2004), 2eme tome (2006) n'a vu sa fin non pas dans un troisième tome, mais dans une intégrale en 2019. Que d'attente pour les impatients de la première heure. Moi, j'ai eu la chance de tomber dessus dernièrement (lors du dernier confinement, qui n'en était pas un puisqu'on avait seulement des restrictions) et que les magasins comme les librairies étaient vraiment essentiel aux Français (alors que je ne pouvais pas acheter de chaussures à mes enfants, ni de lave linge, ni de frigo) M'enfin j'ai trouvé cette BD, Couverture + scénariste JDM ont suffit à me convaincre. Ça fait partie de ces quelques séries qui ont le mérite d'avoir été terminées et d'avoir une fin dans une intégrale comme BIG K, REDHAND ou WITNESS 4. Contrairement à beaucoup d'autres qui ont été définitivement abandonnées (et elles sont nombreuses). Série sans doute desservie aussi par un choix très "original" de noms super compliqués. D'origine la série s'appelle "Nirta Omirli" renommée "Clones en série" sur l'intégrale. La planète "NéVé-Rikosse" est peuplée d'autochtones hostiles: les "Pètzétatis-Qcouzinas" L'amiral "Danyel Hammarskjöld" est l'un des personnages. Pas très facile à retenir et donc pas très vendeur tout cela ! Sûr, il y a des ressemblances avec Sillage mais, le dessin est clair et plutôt sympa avec un scénario plutôt bien ficelé et pleins de rebondissements. Finalement j'ai pris plaisir à lire cette série et c'est le principal. J'y mets même un coup de cœur pour la faire connaître.

24/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Tout va bien (Delcourt)
Tout va bien (Delcourt)

Je ne suis pas forcément le cœur de cible de ce genre de récit intimiste, et certains aspects du dessin, assez minimaliste (qui lorgne un peu sur le manga pour les visages, avec des traits un peu effacés) ne sont pas vraiment ma tasse de thé. Mais voilà, je reconnais à ce récit de réelles qualités. Qualités de narration d’abord, puisque l’auteur, dans ce récit en grande partie autobiographique, prend son temps pour nous faire découvrir les personnages, leurs relations, les difficultés qu’ils rencontrent à les exprimer et à communiquer. C’est vraiment un travail pointilliste, fragile, mais qui atteint son but sans jouer sur des recours artificiels à des émotions survendues. Ensuite, il s’attaque à un sujet casse-gueule : les premières amours, le passage à l’âge adulte, avec des personnages principaux qui souffrent de certaines formes de dépressions et de difficultés à s’épanouir en société – sans être asocial pour autant. La narration est donc équilibrée, le lent cheminement qui va mener les personnages que nous suivons à leur épanouissement – toujours fragile – est à la fois crédible et nuancé. Malgré certaines choses qui ne m’accrochent pas trop (affaire de goût assurément), cet album est plutôt une réussite du genre, et sa lecture est plus que recommandable. Note réelle 3,5/5.

24/05/2021 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Basketful of heads
Basketful of heads

Joe Hill a dégainé l’artillerie lourde ! Voilà une BD complétement barrée, sans temps mort, sombre et haletante. Voilà une bonne tranche de rigolade sanglante à vous retourner l’estomac. Ca pulse dans tous les sens. Dans chaque case vous trouverez une énergie anarchique et subversive. C’est juste dingue et délicieusement bon. L’ironie est entremêlée avec de belle scènes d’horreur. Je me suis régalé comme jamais. Le fiston de Stephen King tient bien de son père. Le scénario est parfait. Les tensions montent crescendo au fil des pages. Aucun relâchement possible dans la lecture. Vous vous accrochez à l’album pour connaitre le dénouement. Quand le décor est bien planté, les premières têtes tombent … dans le sable. C’est jubilatoire. La petite June, frêle et jolie s’avère être une experte au maniement de la hache ! Elle a de la ressource la gamine. Quand je vous dis que cela envoie du lourd ! Et l’épilogue de cette histoire … décoiffante ? Vous avez déjà reçu un coup de poing au foie ? ben tout pareil ! MA GNI FI QUE ! Le graphisme est au diapason du récit. Le trait de Leomacs est magnifique. Belle dextérité à reproduire toute l’énergie des scènes d’actions, ainsi que l'ambiance démoniaque qui s'invite dans l'histoire plus on avance dans le récit. J’en ai encore la chair de poule. Il faut éviter de donner le bouquin aux enfants. Ils pourraient avoir les chocottes ! A part ça, je vous invite à lire cet album juste avant de vous endormir. Il vous hantera toute la nuit assurément. Je recommande chaudement ce thriller horrifique sanguinolant.

24/05/2021 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Les rivières du passé
Les rivières du passé

En lisant les deux avis de pol et Paco je me suis dit que cette série était pour moi et oh ! miracle il se trouve que le sieur PAco me prête l'objet. Une histoire mêlant créatures fantastiques, intrigues se déroulant dans plusieurs époques et si vous y ajoutez une touche d’Égypte ancienne avec le pharaon Akhenaton de la XVIII ème dynastie, que voulez-vous moi j'en bave d'avance. En premier lieu un feuilletage rapide me donne à apprécier grandement le dessin de Yannick Corboz déjà plus que bon sur L'Assassin qu'elle mérite. C'est beau, c'est dynamique, lisible et ici d'une grande puissance, j'aime ce vieux Paris entre une fin de Moyen-Age et un mélange de XVIIème et XVIIIème siècle. Chapeau bas! Que dire également du scénario déroutant dans les premières pages mais qui s'éclaire rapidement et provoque un grand plaisir à suivre les deux héroïnes. A ce titre la fin de ce tome ne donne qu'une envie, lire la suite vers une Venise en ruine et plus loin l’Égypte. Mieux que de m'appâter les deux auteurs ont su me prendre dans leurs filets. J'hésite à dire à PAco que j'ai perdu sa BD.

24/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Le Singe de Hartlepool
Le Singe de Hartlepool

Cet excellent album, qui a pour héroïne principale la haine de l'autre, a commencé par me faire rire avec ce capitaine de navire français au comportement outrancier, et dont la bêtise n'avait d'égale que la détestation de l'Anglais : Ce mioche a été nourri au sein anglais ! Il a têté la perfidie à la source ! [...] Comment notre Seigneur tout-puissant a-t-il pu se laisser aller à créer l'Angleterre ? Ca dépasse l'entendement... Mais il ne s'agit que d'un prologue à l'arrivée de ce singe déguisé en soldat français à Hartlepool, petit village habité par des gens incultes et chez qui la haine du Français est vivace. Ainsi que celle des gens du village d'à côté, qui ne sont pas tout à fait comme eux... Le singe, ne pouvant évidemment être qu'un Français, sera accusé de participer à une invasion de l'Angleterre. La suite sera à la fois cocasse - la façon de raconter de Lupano et d'enchaîner les situations absurdes et le dessin de Moreau étant de petits bijoux ! - et dramatique. Il y aurait bien de rares protagonistes qui pourraient tirer les choses au clair, mais des empêchements et des rebondissements divers et variés ne le leur permettront pas. Les péripéties, cocasses ou dramatiques mais toujours avec un aspect absurde, finiront donc par mener à la conclusion inévitable face à ces prémisses de haine et de bêtise. Et même confrontés au ridicule de leurs actes, les villageois parviendront encore à rebondir sur leurs certitudes. L'histoire est peut-être un peu linéaire et peut paraître parfois un peu cousue de fils blancs, mais nous avons là une très belle dénonciation de la xénophobie, à la fois limpide dans son propos et proposant de multiples détails à l'observation du lecteur, qui pourrait encore aujourd'hui être d'utilité publique.

24/05/2021 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
Couverture de la série Le Cas Fodyl
Le Cas Fodyl

Les influences de cet album sont multiples, jugez du peu: 1984 d'Orwell, le Brazil de Terry Gillian, le maitre du haut château de Kafka. Une lecture qui ne donne pas franchement envie de se marrer, tant elle fait écho à plusieurs aspects bien réels de notre monde. Notre pauvre Fodyl est englué jour après jour dans un boulot routinier qui ne lui laisse que peu de place pour affirmer sa personnalité. Petits chefaillons aux pouvoirs démesurés, système de règles nonsensiques qui avilissent l'être. D'ailleurs c'est une question que je me suis souvent posée, dans ce type de régime comment se fait-il que les gens ne se suicident pas plus souvent ? Comment arrivent-ils à supporter cette vie, si l'on peut d'ailleurs appeler ça une vie ? Bref question métaphysique s'il en est. Cet album pose à mon sens de bonnes questions de manière subtile, sans gros sabots et déjà pour cela un grand bravo à Lomig, son trait finalement assez rond avec une colorisation assez douce, même s'il donne un côté oppressif aux choses arrive en même temps à adoucir le propos. Encore une belle réalisation des éditions Sarbacane dont on ne dira jamais assez de bien A lire forcément.

24/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Les Indes fourbes
Les Indes fourbes

Les indes fourbes, c'est sans doute le livre qui m'a redonné envie de lire de la bande dessinée après un très, très long creux. Emprunté sans même en avoir entendu parler et sans avoir vu les auteurs (on ne se moque pas, au fond !), c'était la très belle couverture et le format imposant de l'album qui m'avaient attiré. A la lecture, j'ai adoré la première partie. Quand est venue la deuxième, j'ai un peu décroché, ça commençait à faire un peu longuet. Et comme je devais rendre ce livre rapidement, la troisième est passée trop rapidement. Mais cette histoire restait en toile de fond dans mes pensées, et quelques mois plus tard je suis retourné en librairie acheter l'album. Et oui, rien que pour ça on est déjà sur un album qui pour moi est remarquable, toutes les lectures n'incitant pas, et de loin, à une relecture ou un achat. Les indes fourbes, donc, après une relecture plus calme, c'est un magnifique dessin, et une histoire joliment intriquée. La première partie, la plus longue, nous livre le récit de Pablos, qui tel un Keyser Söze, se retrouve entre les mains de l'Alguazil majeur, seigneur peu tendre et peu enclin à entendre son récit. Il sera pourtant pris dans les rets du talent de narrateur de Pablos, et le lecteur avec lui. On y aura droit au récit de la vie de Pablos, par Pablos, un récit picaresque au goût d'aventure, nous amenant - au bout d'un long chemin et de moultes détours - à l'Eldorado. Mais si vous vous rappelez de Usual Suspects, vous savez que maintenant va arriver une deuxième partie du récit, et avec elle la vérité. Et en effet, on a droit à une magnifique relecture du récit fort enjolivé de Pablos. Puis une troisième partie entraînera Pablos au bout du bout de son leitmotiv. Les indes fourbes, c'est une lecture dense et riche, c'est l'histoire d'un coquin qui cherche à ne pas crever, à s'éloigner autant que possible de sa condition miséreuse, c'est ce principe poussé jusqu'à l'outrance pour parvenir à cette conclusion inévitable et pourtant absurde, c'est un dessin magnifique de Guarnido, c'est des pages sur lesquelles on revient pour vérifier la cohérence de l'ensemble, c'est une construction littéraire, un conte, une fable, un roman picaresque, et c'est aussi des rires devant les situations et les rebondissements énormes et les mines improbables des protagonistes. Une excellente découverte pour moi, donc, et dont je sais que je la relirai plusieurs fois avec beaucoup de plaisir.

24/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Il faut flinguer Ramirez
Il faut flinguer Ramirez

À la sortie du premier tome, je n’ai pas, mais alors pas du tout eu envie de le lire. Le titre m’évoquait vaguement une histoire de gangsters qui se la joue cool, pas vraiment ma tasse de thé. Mais vu l’engouement suscité par cet album, lorsque je l’ai vu dans ma médiathèque je me suis décidée à l’emprunter. Comme mes a priori me le laissaient penser, sur le fond cette série n'a vraiment rien pour me plaire. Il faut dire que la plupart du temps, les scènes de poursuite, de tueries et d'explosions en tous genres m'ennuient prodigieusement, que ce soit en BD ou au cinéma. Et pour le coup, sur l'ensemble des deux tomes on a droit à quantité de scènes de ce genre... Oui mais voilà... dans « Il faut flinguer Ramirez », la forme est tellement réussie que je me suis vite laissé embarquer par l’histoire. La qualité du graphisme, de la mise en scène, le soin minutieux apporté aux moindres détails font vraiment sortir l’album du lot. La lecture m’a rappelé les nombreuses heures passées à jouer à GTA, ou les meilleurs films de Tarantino. Graphiquement, c'est totalement maîtrisé, et le style ainsi que la colorisation collent parfaitement à l'ambiance. J’ai également énormément aimé l’humour, les fausses publicités insérées dans l’album, le personnage improbable de Ramirez (un héros de BD qui répare des aspirateurs, sérieusement ?) C'est fun, jubilatoire, impeccablement réalisé, bref un régal à lire !

23/05/2021 (modifier)