Les derniers avis (39456 avis)

Par Titanick
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Urgence climatique
Urgence climatique

Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait. Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima. Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend. Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles. Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple. Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée. C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi. Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.

26/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Capitaine Albator - Mémoires de l'Arcadia
Capitaine Albator - Mémoires de l'Arcadia

Loin d’être un spécialiste du capitaine Albator, j’ai tout de même vu un nombre suffisant d’animés pour que son image, de lui comme de son univers, me soit bien restée en tête. Et j’ai retrouvé dans cette courte série (trois albums au look plus proche de celui de la bande dessinée européenne que de celui du manga, que ce soit en terme de pagination, de format ou pour la colorisation) tout ce qui faisait le charme de la série originelle à mes yeux (ou du moins dans mes souvenirs). Le ton est outrancièrement mélodramatique et emphatique. Albator ainsi que la plupart des personnages adoptent une attitude grave et posée tandis que quelques rares comparses apportent à l'occasion l’un ou l’autre prétexte à l’amusement (mais cela reste exceptionnel, le ton de la série demeurant dramatique dans son ensemble). Ce caractère surjoué correspond pleinement au souvenir que je gardais du dessin animé et cet aspect contribue à mes yeux au charme de la série comme de son héros. L’histoire tient la route. On retrouve cet environnement à la fois high-tech et néo-gothique, avec de l’action et de l’aventure. La Terre est ici le centre des enjeux avec le réveil de Sylvidres arrivées sur notre planète bien avant les hommes, ce qui apporte une petite dimension ‘archéologique’ propice au mystère. Albator se retrouve coincé entre deux feux, avec la reine des Sylvidres bien décidée à envahir la Terre d'une part mais aussi, d'autre part, une ancienne esclave des Sylvidres tout aussi décidée à ne pas laisser notre planète servir de terre d'accueil aux Sylvidres... quitte à la détruire. Le dessin est magnifique par sa capacité à ressusciter le souvenir que j'avais de la série mère (que je connais seulement par le dessin animé). C’est un bel hommage que Jérôme Alquié rend à l’imagerie de la série et j’ai vraiment retrouvé tout ce qui en faisait le charme à mes yeux : des personnages féminins filiformes aux longs cheveux tentaculaires, un Albator qui pose régulièrement le regard fier dressé vers l’horizon, un vaisseau reconnaissable entre mille, des décors immersifs et souvent spatiaux. En fait, j’ai exactement eu ce à quoi je m’attendais… mais en mieux. Une bonne pioche et une lecture qui devrait autant plaire aux vieux lecteurs en quête d’un peu du parfum de leur jeunesse qu’aux plus jeunes qui découvriraient ce téméraire et généreux et beau et juste et courageux et taciturne et mystérieux capitaine au travers de cette série.

26/05/2021 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Grand Silence
Grand Silence

Théa Rojzman a déjà publié des albums sur le thème de l’enfance difficile (voir Sages comme une image ou Mourir (ça n'existe pas) par exemple), mais « Grand Silence » va plus loin dans l’horreur et parle des violences sexuelles contre les enfants… un sujet personnel pour l’autrice, comme on l’apprend dans la postface. Le choix de réaliser un conte, fictionnel mais inspiré de faits tristement réels, est judicieux. Il permet de « faire passer » le message sans trop horrifier, et surtout il encourage un symbolisme graphique idéal pour représenter les violences, mais aussi les conséquences, les silences, et enfin les agresseurs et les victimes, avec un système de couleur ingénieux, et une réflexion intéressante sur le cercle vicieux de la victime qui devient à son tour agresseur. A ce titre la mise en image de Sandrine Revel, élégante et lisible, remplit parfaitement son rôle. Un album déroutant par son format (un conte), mais marquant, et qui se conclut sur des statistiques officielles qui font froid dans le dos, et une postface de Théa qui m’a beaucoup touché, ne serait-ce que pour sa volonté de faire changer les choses. Un grand bravo aux autrices.

26/05/2021 (modifier)
Par Gaendoul
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Transitions - Journal d'Anne Marbot
Transitions - Journal d'Anne Marbot

Transitions. Si vous êtes pointilleux, vous remarquerez le pluriel. Car il ne s'agit pas tant ici de la transition de Lucie/Alex mais surtout de celle d'Anne, sa mère. En effet, en partant de son incompréhension initiale, du rejet de l'idée et de la sensation de perte, cette dernière entame elle-même un long processus d'acceptation et de compréhension d'un univers dont elle ne fait pas partie et dont elle ignorait même l'existence. Elle va donc devoir remettre en question ses idées reçues, ses préjugés mais aussi sa propre façon de vivre et de réfléchir. A travers ce voyage dans la représentation du genre et comment la société l'impose, Anne nous renvoit à nos propres questionnements face à cette société qui évolue (enfin?) et qui permet à certaines personnes de vivre et non plus de survivre. On ressent de la tristesse, de la joie et beaucoup d'autres émotions lors de cette lecture...on sourit voire rit même parfois (par exemple, lorsqu'Anne passe en mode berzerk et semble vouloir tout révolutionner) et on comprend assurément les épreuves qu'ont endurées ces personnes. Une oeuvre excellente, tant par la force de sa représentation du tourbillon d'émotions qui déferle sur Anne que par la justesse de son propos. Très bien documentée, forte du récit et du parcours de 2 personnes d'une même famille (Anne et Alex) et intelligemment mise en forme, j'ai tout simplement trouvé la bd géniale. Là où Catherine Castro dans Appelez moi Nathan m'avait parue trop superficielle et n'entrait jamais dans le vif du sujet, Elodie Durand explique tout en restant toujours ancrée dans le récit et en faisant preuve d'une grande pédagogie. On n'a jamais l'impression qu'on nous explique quelque chose mais qu'au contraire, on est soi-même en train de vivre le changement de paradigme d'Anne et cela pousse à une nouvelle vision des choses. Bref, c'est très intelligent et ça permet vraiment de se faire une meilleure idée des combats qu'ont à mener certaines personnes et à les comprendre. Une bd à lire de toute urgence !

25/05/2021 (modifier)
Par fuuhuu
Note: 4/5
Couverture de la série Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges
Anaïs Nin - Sur la mer des mensonges

Voilà un album qui fait parler de lui. Suite aux nombreux avis divergents, j'avais vraiment hâte de me faire le mien. C'est chose faite ! Résultat, j'en suis agréablement surpris. Autant, j'ai détesté le personnage d'Anaïs Nin, autant j'ai adoré tenter de la comprendre. En effet, je ne suis pas du tout en accord avec sa philosophie de vie. Je la trouve égoïste, narcissique et sans aucune empathie pour les autres. Tous ses choix de vie sont à l'opposé des miens et je ne peux qu'assister avec tristesse à tout le mal qu'elle répand autour d'elle. Néanmoins, j'ai adoré essayer de comprendre sa vision des choses. Je ne connais personne dans mon entourage ayant une personnalité comme celle d'Anaïs Nin (heureusement), je n'ai donc jamais pu comprendre le pourquoi du comment de ce genre de personnalité. Cette BD nous éclaire énormément. L'auteure nous fait entrer dans la tête de l'héroïne, par le biais de son journal intime et tout cela nous permet de comprendre un tout petit peu son comportement. Au final, après ma lecture, je n'adhère toujours pas mais je comprends. Le plus grand point positif de cet album est, à mon sens, le fait qu'il fait énormément parler de lui. Personne ne tombe d'accord. J'ai envie de faire lire cette BD à tout le monde pour pouvoir en débattre avec eux après. 4 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !

25/05/2021 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5
Couverture de la série Le Fils de l'Ogre
Le Fils de l'Ogre

J'ai lu cette BD sans trop me rappeler pourquoi je voulais me la procurer, et je l'ai lu sans a priori. Et c'est probablement la meilleure idée que je pouvais avoir, puisqu'elle m'a surpris d'un bout à l'autre et qu'elle m'a laissé une excellente impression. La principale qualité de cette BD, à mon sens, c'est qu'elle suit parfaitement la logique d'un drame. En trois parties, avec une chute surprenante que je n'avais pas du tout vu venir et qui suit le ton du récit, le tout porté par un dessin qui souligne à la fois la violence des situations et la folie du personnage principal, lorsqu'il se perd dans sa douleur, c'est une magnifique démonstration de récit tragique inévitable. Le tout orchestré par une simple bêtise innocente. C'est très bien mis en scène et prenant. D'un bout à l'autre, j'étais pris par ma lecture. Le dessin en noir et blanc est suffisamment simple pour une lecture fluide, mais se permet de digresser sur les ambiances et les décors, souvent sombres, donnant du cachets aux scènes marquantes (je pense aux batailles surtout), avec quelques petits ajouts tels des enluminures encadrants certaines cases. C'est une simple idée qui donne du relief à l'ensemble et varie légèrement (mais efficacement) le dessin. En résumé, une BD simple mais bonne, dont tout le sel vient de la tragédie annoncée dès le début. J'avais une légère inquiétude, à ma première lecture, lorsque le récit continue en s'éloignant de son origine, mais c'est pour mieux retomber sur ses pattes au final, et cela donne une touche supplémentaire au récit. Croire que l'on peut s'envoler, aller plus loin et s'échapper ... pour retomber dans les filets de la fatalité. Triste destinée des hommes, mais ô combien cruelle peut être la vie ?

25/05/2021 (modifier)
Couverture de la série Les Bonshommes de pluie
Les Bonshommes de pluie

Encore une très belle production des éditions de la Gouttière, un éditeur qui est devenu au fil du temps une référence absolue à mes yeux en matière de qualité dans la publication de bandes dessinées jeunesse. Les Bonshommes de pluie est un récit assez classique qui permet d’aborder différents thèmes : les vacances en camping, les premières amours, les angoisses face à un déménagement, la problématique des migrants. Que de sujets, donc, mais abordés via un récit linéaire et fluide. Les personnages sont attachants et en général sympathiques (il y a bien un ‘méchant’ mais qui se limite finalement à n’être qu’un petit con imbu de lui-même). Les différentes péripéties permettent à l’héroïne de grandir tout en amusant le lecteur. Le ton général est doux, un sentiment encore accentué par le dessin de l’auteur (beaucoup de rondeur et des personnages régulièrement souriants). C’est donc une chouette lecture jeunesse. Seul petit bémol : à titre personnel, j’aurais évité le « si toi aussi tu m’abandonnes » et le « wouhareilloux wou wou » qui chez moi ont de suite entrainé un fredonnement incongru (mais je suis vieux et un jeune lecteur n’aura très certainement pas les mêmes références musicales). C’est pas que ce soit gênant mais ces références (peut-être involontaires mais quand même…) ne cadrent pas avec le ton de l’album. Un lecture conseillée pour les jeunes lecteurs et lectrices (cible principale : les 11-13 ans, je dirais).

25/05/2021 (modifier)
Par Gaendoul
Note: 4/5
Couverture de la série Soeur Marie-Thérèse des Batignolles
Soeur Marie-Thérèse des Batignolles

Poilante (et poilue ?!) et avec un dessin de haute volée, Sœur Marie Thérèse n'est pas passée loin du 5 étoiles. Les dessins sont vraiment excellents (j'insiste !) et le personnage principal tout simplement génial. Seul le fait que certains gags et histoires sont moins bons fait qu'elle ne l'aura pas (pour l'instant ? elle lit peut être ces lignes, pas envie de prendre une torgnole, gloups)... Bref, c'est une bd qui ne laisse pas indifférent et vous saurez rapidement si vous aimez ou pas, alors foncez emprunter le tome 1 et acheter l'ensemble :)

25/05/2021 (modifier)
Par cac
Note: 4/5
Couverture de la série Le Marais
Le Marais

Quelques mois après avoir lu le recueil La Vis chez le même éditeur Cornélius, je suis rentré dans le Marais. Je l'ai même lu deux fois à quelques semaines d'écart. C'est également un recueil d'histoires datant des années 1960 sans lien entre elles et très différentes. La première met un scène un ersatz du célèbre Musashi qui descend dans un hôtel. Cela fait un peu aventure et c'est vrai qu'elle s'approche de ce que Tezuka a pu faire même sur le plan du dessin qui est moins sombre que ce qu'on voit dans la suite. Les autres histoires tournent souvent autour de l'alcool et la misère, on sait que l'auteur malgré son succès était lui-même désargenté à cette époque. Une histoire met en scène un auteur de manga sans le sou, peut-être inspiré de lui-même, dont la femme se prostitue pour faire rentrer un peu d'argent et veut absolument un oiseau, qui coûte un certain prix. Celle qui donne son nom au recueil, Le marais, m'a assez surpris. La fin est déroutante et je n'étais pas sûr d'avoir compris où l'auteur voulait en venir avec cette femme et son serpent apprivoisé qui héberge un inconnu. Une métaphore sexuelle ? Ca m'a rassuré de voir en postface que je n'étais pas le seul et même Tatsumi un mangaka contemporain de Tsuge a eu la même réaction interrogative. Cette postface m'a d'ailleurs pas mal éclairé sur la philosophie de l'auteur qui à une certaine époque avait la volonté de faire des fins ouvertes, de ne pas expliquer et laisser au lecteur le soin de faire sa propre interprétation. Cela éclaire ses histoires ultérieures notamment dans La vis, où j'avais parfois l'impression de fins qui tombaient à plat. En tout cas un ensemble qui se lit agréablement, moins 'malsain' que La vis qui comporte des histoires chronologiquement postérieures et aux thématiques sexuelles plus présentes. Plus qu'à lire Les Fleurs rouges.

24/05/2021 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5
Couverture de la série Hugo est gay - Dans la peau d'un jeune homo
Hugo est gay - Dans la peau d'un jeune homo

Cette réédition de la Boîte à Bulles n’est pas juste une réédition. C’est une version revue et corrigée, une version « augmentée » comme on l’entend souvent dire aujourd’hui, avec quelques pages venant épaissir l’album. C’est une excellente idée, car si la thématique du « coming out » reste d’actualité en 2021, certains éléments contextuels ont changé et paraîtraient désuets à un jeune qui découvrirait l’ouvrage paru en 2007. Le nouveau titre et la nouvelle couverture, bien plus belle, sont assez révélateurs. Le titre original, « Dans la peau d’un jeune homo », devient la « baseline » d’un « Hugo est gay » plus affirmatif. Sur la première couverture, Hugo est en proie au doute, avec en arrière-plan une mère en larmes. Dans la nouvelle version, le même Hugo se tient plus droit, a l’air plus serein, assis dans sa chambre en train de feuilleter « Têtu » tandis que sa mère hésite à le déranger… les temps ont quelque peu changé… Pour remettre cet ouvrage au goût du jour, Hugues Barthe ne s’est pas contenté d’ajouter quelques pages, il a en outre modifié certaines des cases existantes et inséré de toutes nouvelles planches, ce qui renforce grandement l’intérêt du livre. Quelques visages ont été retouchés et certains looks ou tenues vestimentaires qui auraient pu paraître désuets ont été actualisés, parfois très légèrement, d’autres fois plus radicalement. Par exemple, le père de Hugo, qui dans la première édition a l’air d’un prof binoclard un brin rigide, est devenu ici un hipster à la barbe bien taillée et à la boule à zéro, en mode « cool attitude ». Ou encore la « mamie », qui s’est vue rajeunir d’une bonne dizaine d’années… C’est un fait social, en quinze ans, les vieux sont devenus des seniors, ils sont désormais connectés et entretiennent leur corps… Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est l’irruption d’Augustin dans le récit à plusieurs reprises, ado gay tout droit venu de 2021 avec sa coupe de footballeur, ce qui donne lieu à des échanges jubilatoires avec Hugo et permet de mesurer le chemin parcouru en l’espace de quinze ans, tout en constatant l’évolution des mœurs, il faut bien le dire, spectaculaire. Alors qu’Augustin sait à peine ce qu’est un CD, Hugo ignore lui ce que signifie « LGBT » (pardon, désormais il paraît qu’on doit dire « LGBTQIA+ »). Ce dernier découvre avec fascination la « petite boîte lumineuse » qu’Augustin semble consulter en permanence en oubliant le monde autour de lui. En revanche, les deux garçons connaissent tous les deux la madone des intégristes dépités, j’ai nommé Christine Boutin, connue pour s’être opposée au PACS dans les années 90 puis au mariage gay vingt ans plus tard, auquel Hugo n’osait pas croire en 2006… Pour le reste, on prend toujours autant de plaisir à relire la trame d’origine. La ligne claire minimaliste et avenante d’Hugues Barthe accompagne nombre d’anecdotes par lesquelles celui-ci se joue avec humour de certains préjugés, auxquels est ou a été confronté tout homosexuel à l’adolescence. Aucune trace de méchanceté, de vulgarité ou de cynisme ici. L’auteur franc-comtois sait aussi pratiquer l’autodérision, ce qui en soi est sans doute la façon la plus efficace de lutter contre les clichés voire la discrimination. Si Hugo est le double d’Hugues, ce dernier s’est sans nul doute inspiré de ses proches et d’expériences vécues pour produire un récit traité sur un ton léger. Même si chaque homo sera ravi d’y retrouver une part de lui-même, ce livre, que l’on ne peut pas taxer de communautarisme, s’adresse également à tout le monde, en particulier ceux qui ont envie de comprendre en se mettant le temps d’une lecture « dans la peau d’un jeune homo »… Mais si la Boîte à Bulles a pris l’initiative de rééditer cette excellente BD, une des plus représentatives dans l’Hexagone d’une communauté LGBT refusant les étiquettes, ce n’est pas totalement un hasard. L’explication se trouve peut-être vers la fin de l’ouvrage, où l’auteur a placé un insert nous rappelant que même si les choses ont globalement évolué en faveur des minorités sexuelles, l’intolérance d’une poignée de réactionnaires homophobes se fait plus virulente aussi, et parfois de manière violente, tels ces « cassages de pédés » en plein cœur de Paris il y a quelques mois, ou encore ces mesures ouvertement discriminatoires voire meurtrières dans certains pays : en Pologne (les LGBT-free zone), en Egypte (la prison) ou pire encore, en Tchétchénie (les assassinats). « Hugo est gay » reste donc plus que jamais un ouvrage indispensable, au moins pour tout jeune homo en quête de « coming out », ayant la malchance de naître dans des endroits ou des contextes imperméables à l’évolution des mœurs, et malheureusement cela reste un constat, même dans la France de 2021, où « p**é » et « enc**é » font partie des insultes les plus courantes, banalisées au point qu’elles ne veulent plus dire grand chose… Ce qu’on apprécie chez Hugues Barthe, c’est qu’il ne cherche pas pour autant à donner de leçons sur un mode pédagogique pesant. Bien au contraire, cet humaniste empathique s’efforce juste modestement de faire appel à l’intelligence de chacun, et pour cela, quoi de mieux que l’humour, lequel irrigue avec justesse ces chroniques à haute valeur sociologique.

25/01/2014 (MAJ le 24/05/2021) (modifier)