Le trio Mogavino-Delalande-Gomez se retrouve après Aliénor, la légende noire pour une nouvelle réussite de cette collection des Reines de sang. Ouah, je sais même pas par où commencer tellement il y a dire sur ce genre de Bd qui ne peut que me réjouir, et je me réjouis largement parce que j'ai apprécié le très grand respect des faits historiques, et bien sûr le dessin superbe de Gomez qui a déjà l'expérience acquise sur Aliénor, la légende noire ; quel énorme travail de recherche pour illustrer une période remplie de décors et de costumes chatoyants, d'armes et de châteaux, ce sont des détails que je scrute toujours avec attention, et ici il a reproduit des décors monumentaux célèbres comme Saint-Germain ou Blois avec une grande fidélité. La colorisation est également à saluer.
Le découpage en 3 albums, ce n'était pas de trop pour conter le destin de la Médicis, là où l'album Glénat Catherine de Médicis compilait les événements de façon trop resserrée en sacrifiant énormément de faits, même si cet album était de qualité. Mais là, je crois que les auteurs ont réussi à raconter tout ce qu'il y avait à savoir sur cette reine, et pourtant la période est d'une richesse et d'une densité inouïes sur le plan historique.
On peut classer les 3 albums en 3 parties bien définies : le tome 1 raconte l'enfance et la jeunesse chaotique de la petite Catherine à Florence et à Rome, alors que les provinces italiennes sont en guerre contre les Impériaux. Le tome 2 la voit devenue reine de France et explore majoritairement le règne d'Henri II avec la rivalité qui oppose Catherine à Diane de Poitiers, favorite royale. Le tome 3 se consacre au massacre de la Saint-Barthélémy et aux guerres de Religion dans l'ensemble, de même que Catherine est au château de Blois au bord de son trépas début 1589, elle se souvient de ses actions en cherchant sa rédemption car elle sait qu'elle a du sang sur les mains.
Les auteurs parviennent tout en racontant la grande Histoire de France, à dresser un portrait de Catherine qui a hérité de la laideur physique de son aïeul Laurent le Magnifique, mais aussi de son éducation florentine ; au passage, le dessin de Gomez l'enjolive et lui donne des traits de jeunesse avantageux. Mariée au dauphin Henri qui succède à son père François Ier en 1547, elle devient reine de France alors qu'elle n'était pas destinée à cette place. Longtemps stérile, elle finira par donner à Henri 10 enfants en 12 ans dont 3 seront rois. C'est à travers ses fils qu'elle accède au pouvoir et à la puissance, surtout sous les règnes du chétif François II et du faible Charles IX, conservant son influence même sous le règne de Henri III, son fils le plus capable, et ce jusqu'à sa mort le 5 janvier 1589.
J'ai appris un truc important : toute sa jeunesse chaotique en italie qui fait l'objet du premier album, j'ignorais complètement ce qu'elle avait vécu parce qu'on présente toujours Catherine de Médicis en apprenant l'Histoire de France, que lorsqu'elle arrive à la cour de France et qu'elle devient reine. C'est donc une excellente initiative d'avoir fouillé ce passé obscur et tragique, et ça a dû être ardu à dégoter comme infos. Tout ce qui suit dans les 2 albums suivants, je connais ça sur le bout des doigts, et je peux dire qu'il n'y a pas une erreur, tout est très précis, seuls les physiques de certains personnages sont arrangés, c'est tout. Les auteurs arrivent à livrer une foule d'informations de façon claire sans noyer le lecteur, à condition de faire un effort d'attention et d'être intéressé par le sujet. On y voit en vrac le sac de Rome, le mariage avec Henri II, le début des guerres de Religion avec le massacre de Wassy qui déclenche tout, la conjuration d'Amboise en 1560, la mort tragique du roi son époux dans le funeste tournoi des Tournelles, le mariage de Henri de Navarre avec sa fille Marguerite de Valois, le colloque de Poissy, l'attentat contre Coligny, la Saint-Barthélémy le 25 aout 1572, la Ligue qui s'empare de Paris, l'assassinat du duc de Guise (en une seule image mais très parlante)... bref ça fait beaucoup, et encore je n'ai cité que le plus important. Je regrette seulement que le règne de Henri III soit le plus sacrifié.
La narration chronologique est d'une haute tenue, elle change au tome 3 et adopte un mode flashback, c'est rempli de faits et de détails, avec beaucoup de personnages (Coligny, Michel de L'Hospital, les Guise, Diane de Poitiers, Nostradamus, l'astrologue Ruggieri etc...), tout ça ressemble au même mode de narration vu dans Le Trône d'argile, on peut comparer les 2 séries sur le plan de la progression, c'est d'une densité incroyable, avec une tonne d'informations qu'il faut digérer et qui peut saturer les néophytes qui n'ont pas une connaissance parfaite de ces périodes, mais alors pour les fanas d'Histoire comme moi, c'est un régal absolu, l'enchainement est remarquable, le traitement est d'un grand brio, même si cette narration est un peu alourdie par endroits par trop de texte, mais honnêtement ça ne m'a pas dérangé, et il est difficile de balancer autant de faits et d'informations sur une période extrêmement riche sans bien les expliquer.
En tentant de réhabiliter cette reine qui n'a pas su accomplir la conciliation malgré son grand sens de l'Etat, et en s'attaquant à une page d'Histoire aussi complexe et aussi tortueuse, les auteurs ont réussi un pari insensé : le tour de force de captiver par un récit passionnant de bout en bout, sans aucune once d'ennui, un grand bravo !
Je suis bien content que Panini réédite ce manga que j'avais envie de lire depuis longtemps. Un manga mettant en vedette une famille de trans fait par l'auteur de 'City Hunter, ça promettait d'être hilarant. Bon, ce n’est pas aussi drôle et plus sérieux que je le pensais, mais certains passages sont très marrants.
Et puis le coté plus sérieux ne me déplait pas. Hojo dépeint les transsexuels comme des gens normaux alors que plein d'auteurs les auraient surement montrés comme des folles afin de faire pleins de gags faciles et du fanservice purement gratuit. Ce coté sérieux permet aussi de rendre les personnages attachants et de comprendre les problèmes que peuvent causer leur mode de vie.
Après avoir finalement lu toute la série je trouve que c'est globalement très bon, l'auteur ne tire pas trop sur la corde et les moments plus touchants fonctionnent bien. Dommage que la fin... Disons que je m'attendais à un truc comme ça vu que je suis habitué de lire des mangas qui ne concluent pas vraiment, mais cela reste frustrant !
Ce genre de BD est relativement impossible à décrire sans dévoiler (ou divulgâcher) une bonne partie de l'intrigue et du ressort scénaristique. Je suis donc bien en peine de vous dire pourquoi elle est formidable, mais je dois le dire : elle l'est !
Cette histoire partant sur une exploitation de figure de conte est diablement bien ficelée. Déjà parce qu'elle ne prend pas un parti, que je retrouve souvent et qui a tendance à m'embêter sévèrement (disons-le), celui de "moderniser" le conte/personnage en l'ancrant simplement dans le temps présent. C'est souvent maladroit et ne rend pas compte de la richesse et l'universalité d'un message délivré par un conte.
Ici, le travail est bien plus en adéquation avec cette modernisation, puisqu'il va s'agir d'expliquer rationnellement (ou au maximum) comment une créature de conte pourrait exister. Et, il faut le dire, c'est réellement bien fichu. J'ai adoré la façon dont les histoires sont racontées, chacune apportant son lot de trouvailles visuelles que Cha ancre parfaitement dans son style. Les petites histoires racontées dans la grande s'entremêlent, entre relecture de conte populaire, guerre des gangs, révolutions, journal d'une jeune femme et j'en passe. C'est un ensemble fouillis mais toujours cohérent.
Et au centre de ceci, le personnage principal : une véritable figure de conte, mais rendu presque tangible. C'est diablement bien pensé, je me répète, mais j'ai trouvé extrèmement malin la façon dont l'auteur à joué des ficelles scénaristiques pour le rendre crédible. On y croirait, et la façon dont tout est présenté ajoute encore à l'ensemble. Les couleurs, la pagination, les visuels, tout est mis en œuvre pour nous plonger dans ces récits, jusqu'à un final complètement surprenant et qui m'a réellement plu. C'est le genre de final qu'on aime pour le twist, mais aussi pour la douce ironie qu'il représente.
Un des meilleurs diptyques que j'ai lu depuis longtemps, avec une histoire parfaitement bien pensée d'un bout à l'autre, sans temps mort et sans fioriture. Le genre d'histoire qui fait sourire et mettre mal à l'aise, mais qui a aussi le culot de nous proposer une modernisation parfaitement réussi de personnage de conte. Une réussite de A à Z, vivement conseillée !
Longtemps, le génocide dont ont été victimes les tribus amérindiennes a été nié, enseveli sous la propagande hollywoodienne au XXème siècle, après l’avoir été par la presse et les politiciens et autres militaires en mal d’exploits faciles au siècle précédent.
Cet album a le mérite de rappeler les faits, qui sont aussi têtus qu’horribles, et surtout de le faire du point de vue apache, ce qui n’est pas courant.
Alors, autour des figures connues des différents groupes (Cochise, Geronimo, Mangas Coloradas), nous suivons la rapide extermination de ce peuple, avec généralement un fil conducteur : la rapacité des « Blancs », et leur mauvaise foi. Le racisme, la soif de l’or ou de gloire, etc, et plus généralement la confrontation entre deux façons trop différentes de penser la terre, la propriété, de penser tout court, et l’écart immense des capacités militaires de chacun amènent l’inéluctable fin de ces groupes qui ne sont pourtant pas des enfants de cœur (rien de manichéen ici).
C’est un récit triste (je connais bien le sujet, mais je ne peux m’empêcher de le « redécouvrir » avec douleur).
C’est un récit triste, mais aussi traité avec beaucoup d’égard, d’une réelle beauté. En effet, le dessin, jouant sur des tons de cendres parfaitement adaptés à ce brasier qui s’éteint, est superbe (très bon techniquement en plus). On a l’impression de traverser un rêve/cauchemar, et de ne jamais sortir du brouillard.
A noter que le livre s’arrête au moment de la reddition, de l’arrêt des « combats », et que l’ethnocide va se poursuivre, les réserves mouroirs s’accompagnant de la « rééducation » des enfants apaches dans des « écoles ».
En tout cas, ceux que le sujet (relations entre Apaches et Blancs, histoire des guerres les opposant) intéresse et qui maitrisent la langue anglaise trouveront en fin de volume une imposante bibliographie.
Dans mes lectures récentes, cette BD est une de mes favorites ! J'avais déjà fait connaissance avec l'auteur à travers sa BD Le Sourire des Marionnettes, mais celle-ci est encore plus réussie à mes yeux.
Le thème de l'art et de la Renaissance italienne, enrobé dans une histoire sentant fortement la réalité (les peintres ayant existé, plusieurs tableaux exposés sont réels ...) et le tout servi par un dessin sans fioriture, efficace et osant des fulgurances créatives dans la mise en page, moi je dis oui ! Trois fois oui !
Au cours de mes années d'études, j'avais eu quelques cours d'Histoire de l'art, ce qui m'a permis de mieux appréhender le sujet qui est exposé, mais je pense que c'est une BD qui convient à tout le monde, tant elle se suffit à elle-même. Mais un petit bagage permet d'apprécier les différentes mentions qui sont faites parfois et rajoutent un panorama historique derrière, telle la mention des peintres flamands -comme les néerlandais avec Jérôme Bosch.
La BD est donc proto-historique, ne se vantant pas d'être un récit parfaitement historique mais puisant largement dedans pour en faire sa toile de fond et développer son propos sur l'art et l'humain. Si l'histoire est prenante, c'est qu'elle va nous présenter plusieurs personnages intéressants. De l'homme obsédé par la beauté d'une femme et voulant la fixer à tout prix à l'épouse qui subit l'admiration de son époux, en passant par le peintre voulant rendre la vie sur toile, les personnages ont leurs visions du monde, leur faiblesses et leurs envies, qui guideront leurs vies et leurs actes. C'est d'autant plus important que la vie est rude, en ces temps, et la peste, la maladie et la fatalité frappent durement. Mais cela donne plus de poids à leur ambitions de vie.
La BD est servie par son dessin, qui allie une sobriété bienvenue (notamment au niveau des couleurs, peu vives mais parfaitement accordées au ton) avec des petites touches de créativités glissés de ci de là. J'ai notamment adoré les personnages qui traversent une case découpée mais dont le fond est toujours raccordé, ou ces pages présentant la vieillesse qui marque le visage de la femme, autour de laquelle les cases racontent le temps qui passe. C'est marquant visuellement et également bien représentatif d'une idée développée en amont du récit : la vieillesse qui marque un corps, alors que la peinture gardera la jeunesse éternelle. Bref, une adéquation bien trouvée entre le fond et la forme. C'est ce genre de trouvailles qui me font réellement apprécier les BD, et celle-ci m'a beaucoup plu !
Je ne peux que vous recommander la lecture de cette œuvre, pleine de qualités et d'inventivité, parlant d'un sujet universel et d'une belle façon, contenant sa part de tragédie (peut-être même plus qu'il n'en faut) et de moments marquants, finissant même sur une image rude et brusque, mais sincère. C'est une très belle BD, que j'ai été ravi de découvrir !
Avec "Grimoire noir", Vera Greentea nous propose un scénario riche et complet, magnifiquement mis en image par Yana Bogatch. Les amateurs de sorcellerie vont se régaler !
L’histoire se déroule dans un futur très proche dans la petite ville américaine de Blackwell, la seule ville du pays qui autorise l’utilisation de la magie. C’est ici que grandit tant bien que mal Bucky, jeune ado fils du shérif de la ville. Plutôt mal même ces derniers temps…
La magie d’une part n’est dévolue qu’aux filles, et sa sœur a disparu dans d’étranges circonstances. L’enquête de son père piétine, Bucky va donc mener la sienne de son côté avec son amie Chamomile en s’exposant à de terribles dangers.
Ce qui marque d’emblée c’est le graphisme soigné de Yana Bogatch quand on attaque la lecture de ce petit pavé de plus de 280 pages. On est tout de suite pris sous le charme qui se dégage des planches. La colorisation très douce oscillant entre une dominante de sépia et un camaïeu de gris où pointent quelques discrètes réhausse de couleurs composent des ambiances remarquables. Son coup de crayon très proche de l’animé finissent de captiver le lecteur et de l’envouter pour le mener jusqu’au terme de cette enquête originale.
Voilà donc un très bon thriller pour ado qui ravira même les plus grands et qui revisite de façon originale la chasse aux sorcières.
Régis Hautière et Renaud Dillies font à nouveau équipe (après Mister Plumb, Abélard et Alvin), et proposent une chouette série jeunesse chez les Editions de la Gouttière.
« Le Clan de la rivière sauvage et L’Œil du serpent » est une BD d’aventure pure souche, construite sur une idée certes déjà vue, mais qui va permettre aux auteurs de nous faire voyager : un vieux grimoire magique permet à nos jeunes protagonistes Zaki, Choco et Mélie d’être transportés dans les contes qui y sont répertoriés, pour y vivre des aventures mouvementées.
Ce premier tome nous fait visiter une histoire de pirates, et on retrouve tous les ingrédients traditionnels : trésor, coups fourrés, combats au sabre, ainsi qu’une bonne dose d’humour et de camaraderie. L’intrigue est prenante, et les personnages sont attachants au possible.
La mise en image de Renaud Dillies est superbe, son style étant parfaitement adapté à une histoire jeunesse.
Un chouette premier tome… je lirai certainement la suite, en espérant que les auteurs nous fassent visiter tous les classiques de la littérature d’aventure !
C'est avec beaucoup de simplicité et de bienveillance que Davodeau nous présente cette histoire. Si elle paraît improbable à nos esprits enchaînés par leur quotidien et leur vie bien réglée, Lulu lui prête vie avec un grand naturel, et c'est avec un plaisir quasi cathartique qu'on la suit. Mettant sa vie de tous les jours, celle qui s'est sclérosée autour de tout son vécu, avec toutes ses erreurs, en suspens, sortant le nez du guidon et prenant du temps pour elle, rien que pour elle, Lulu se retrouve et peut enfin simplement ressentir, vivre, être.
On est là à l'encontre de la normalité et des comportements habituels. Laisser tomber sa famille, ses enfants, sa vie courante pour prendre du recul sur soi, se laisser aller à des comportements habituellement jugés immoraux, en montrant cela ce livre renverse notre perspective de tous les jours et nous laisse entrevoir des possibilités très différentes. Il faut cependant reconnaître que dans la vraie vie, une telle histoire mènerait sans doute dans la majorité des cas à un rude retour à la réalité.
Mais justement, nous sommes là dans une histoire, et c'est une grande force de Davodeau que de la raconter ainsi, avec tous ces personnages attablés qui nous livrent les informations dans le désordre, avec un naturel orienté vers la bienveillance, en faisant toucher du doigt les émotions et motivations de Lulu, alors même que le résumé factuel de cette histoire serait sans doute un peu glauque et que si cela nous arrivait à nous, nous aurions sans doute beaucoup de mal à ne pas juger. Du coup j'ai volontiers accepté ce qui sinon pourrait paraître un peu gros ou trop gentil, et même cette fin qui pourtant ménage un peu la chèvre et le chou.
Ceci étant, même si cette fin peut sembler un peu trop belle et idéaliste, la Lulu revenue n'est pas celle qui est partie, elle ne retournera pas à sa vie d'avant, et c'était bien là le propos de ce voyage. Et les gens autour d'elle aussi ont été changés par cette aventure.
Alors ami lecteur, le temps de cette histoire, accepte toi aussi de suspendre la réalité, et suis Lulu dans sa liberté nouvellement trouvée.
Quand j'ai vu cette bd en librairie, j'ai immédiatement pensé l'acheter. Une couverture et un titre intriguant, Warren Ellis aux manettes et un pitch prometteur, il y avait en effet peu de doute dans mon esprit.
Contrairement au Batman de cette histoire, sans doute une des représentations les plus humaines qu'il en ait été faite.
Ce qui fait la force de ce récit, selon moi, n'est ni le dessin, pourtant très correct, ni la trame de fond, relativement classique, mais bien tous les moments de la vie du Dark Knight que l'on a peu l'habitude de voir.
Les instants de complicité partagés avec Alfred, très taquin mais d'un soutien indispensable pour un Bruce Wayne meurtris...
Les scènes de vie comme Bruce Wayne, blessé et vulnérable, victime d'un malaise dans sa grande douche à l'italienne...
Bref, le réalisme de l'ensemble renforce énormément cette enquête qui va amener Batman à combattre un nouvel ennemi, pas si différent de lui-même.
Et, c'est assez peu courant pour être signalé, il s'agit ici d'une véritable enquête qui prend du temps à être résolue.
J'ai beaucoup apprécié, c'est très cohérent et même si ça ne figurera sans doute pas au panthéon des meilleures histoires de Batman (encore que...?), c'est une lecture très agréable que je recommande.
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait.
Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima.
Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend.
Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles.
Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple.
Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée.
C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi.
Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.
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Catherine de Médicis - La Reine maudite
Le trio Mogavino-Delalande-Gomez se retrouve après Aliénor, la légende noire pour une nouvelle réussite de cette collection des Reines de sang. Ouah, je sais même pas par où commencer tellement il y a dire sur ce genre de Bd qui ne peut que me réjouir, et je me réjouis largement parce que j'ai apprécié le très grand respect des faits historiques, et bien sûr le dessin superbe de Gomez qui a déjà l'expérience acquise sur Aliénor, la légende noire ; quel énorme travail de recherche pour illustrer une période remplie de décors et de costumes chatoyants, d'armes et de châteaux, ce sont des détails que je scrute toujours avec attention, et ici il a reproduit des décors monumentaux célèbres comme Saint-Germain ou Blois avec une grande fidélité. La colorisation est également à saluer. Le découpage en 3 albums, ce n'était pas de trop pour conter le destin de la Médicis, là où l'album Glénat Catherine de Médicis compilait les événements de façon trop resserrée en sacrifiant énormément de faits, même si cet album était de qualité. Mais là, je crois que les auteurs ont réussi à raconter tout ce qu'il y avait à savoir sur cette reine, et pourtant la période est d'une richesse et d'une densité inouïes sur le plan historique. On peut classer les 3 albums en 3 parties bien définies : le tome 1 raconte l'enfance et la jeunesse chaotique de la petite Catherine à Florence et à Rome, alors que les provinces italiennes sont en guerre contre les Impériaux. Le tome 2 la voit devenue reine de France et explore majoritairement le règne d'Henri II avec la rivalité qui oppose Catherine à Diane de Poitiers, favorite royale. Le tome 3 se consacre au massacre de la Saint-Barthélémy et aux guerres de Religion dans l'ensemble, de même que Catherine est au château de Blois au bord de son trépas début 1589, elle se souvient de ses actions en cherchant sa rédemption car elle sait qu'elle a du sang sur les mains. Les auteurs parviennent tout en racontant la grande Histoire de France, à dresser un portrait de Catherine qui a hérité de la laideur physique de son aïeul Laurent le Magnifique, mais aussi de son éducation florentine ; au passage, le dessin de Gomez l'enjolive et lui donne des traits de jeunesse avantageux. Mariée au dauphin Henri qui succède à son père François Ier en 1547, elle devient reine de France alors qu'elle n'était pas destinée à cette place. Longtemps stérile, elle finira par donner à Henri 10 enfants en 12 ans dont 3 seront rois. C'est à travers ses fils qu'elle accède au pouvoir et à la puissance, surtout sous les règnes du chétif François II et du faible Charles IX, conservant son influence même sous le règne de Henri III, son fils le plus capable, et ce jusqu'à sa mort le 5 janvier 1589. J'ai appris un truc important : toute sa jeunesse chaotique en italie qui fait l'objet du premier album, j'ignorais complètement ce qu'elle avait vécu parce qu'on présente toujours Catherine de Médicis en apprenant l'Histoire de France, que lorsqu'elle arrive à la cour de France et qu'elle devient reine. C'est donc une excellente initiative d'avoir fouillé ce passé obscur et tragique, et ça a dû être ardu à dégoter comme infos. Tout ce qui suit dans les 2 albums suivants, je connais ça sur le bout des doigts, et je peux dire qu'il n'y a pas une erreur, tout est très précis, seuls les physiques de certains personnages sont arrangés, c'est tout. Les auteurs arrivent à livrer une foule d'informations de façon claire sans noyer le lecteur, à condition de faire un effort d'attention et d'être intéressé par le sujet. On y voit en vrac le sac de Rome, le mariage avec Henri II, le début des guerres de Religion avec le massacre de Wassy qui déclenche tout, la conjuration d'Amboise en 1560, la mort tragique du roi son époux dans le funeste tournoi des Tournelles, le mariage de Henri de Navarre avec sa fille Marguerite de Valois, le colloque de Poissy, l'attentat contre Coligny, la Saint-Barthélémy le 25 aout 1572, la Ligue qui s'empare de Paris, l'assassinat du duc de Guise (en une seule image mais très parlante)... bref ça fait beaucoup, et encore je n'ai cité que le plus important. Je regrette seulement que le règne de Henri III soit le plus sacrifié. La narration chronologique est d'une haute tenue, elle change au tome 3 et adopte un mode flashback, c'est rempli de faits et de détails, avec beaucoup de personnages (Coligny, Michel de L'Hospital, les Guise, Diane de Poitiers, Nostradamus, l'astrologue Ruggieri etc...), tout ça ressemble au même mode de narration vu dans Le Trône d'argile, on peut comparer les 2 séries sur le plan de la progression, c'est d'une densité incroyable, avec une tonne d'informations qu'il faut digérer et qui peut saturer les néophytes qui n'ont pas une connaissance parfaite de ces périodes, mais alors pour les fanas d'Histoire comme moi, c'est un régal absolu, l'enchainement est remarquable, le traitement est d'un grand brio, même si cette narration est un peu alourdie par endroits par trop de texte, mais honnêtement ça ne m'a pas dérangé, et il est difficile de balancer autant de faits et d'informations sur une période extrêmement riche sans bien les expliquer. En tentant de réhabiliter cette reine qui n'a pas su accomplir la conciliation malgré son grand sens de l'Etat, et en s'attaquant à une page d'Histoire aussi complexe et aussi tortueuse, les auteurs ont réussi un pari insensé : le tour de force de captiver par un récit passionnant de bout en bout, sans aucune once d'ennui, un grand bravo !
F.Compo
Je suis bien content que Panini réédite ce manga que j'avais envie de lire depuis longtemps. Un manga mettant en vedette une famille de trans fait par l'auteur de 'City Hunter, ça promettait d'être hilarant. Bon, ce n’est pas aussi drôle et plus sérieux que je le pensais, mais certains passages sont très marrants. Et puis le coté plus sérieux ne me déplait pas. Hojo dépeint les transsexuels comme des gens normaux alors que plein d'auteurs les auraient surement montrés comme des folles afin de faire pleins de gags faciles et du fanservice purement gratuit. Ce coté sérieux permet aussi de rendre les personnages attachants et de comprendre les problèmes que peuvent causer leur mode de vie. Après avoir finalement lu toute la série je trouve que c'est globalement très bon, l'auteur ne tire pas trop sur la corde et les moments plus touchants fonctionnent bien. Dommage que la fin... Disons que je m'attendais à un truc comme ça vu que je suis habitué de lire des mangas qui ne concluent pas vraiment, mais cela reste frustrant !
Un homme de goût
Ce genre de BD est relativement impossible à décrire sans dévoiler (ou divulgâcher) une bonne partie de l'intrigue et du ressort scénaristique. Je suis donc bien en peine de vous dire pourquoi elle est formidable, mais je dois le dire : elle l'est ! Cette histoire partant sur une exploitation de figure de conte est diablement bien ficelée. Déjà parce qu'elle ne prend pas un parti, que je retrouve souvent et qui a tendance à m'embêter sévèrement (disons-le), celui de "moderniser" le conte/personnage en l'ancrant simplement dans le temps présent. C'est souvent maladroit et ne rend pas compte de la richesse et l'universalité d'un message délivré par un conte. Ici, le travail est bien plus en adéquation avec cette modernisation, puisqu'il va s'agir d'expliquer rationnellement (ou au maximum) comment une créature de conte pourrait exister. Et, il faut le dire, c'est réellement bien fichu. J'ai adoré la façon dont les histoires sont racontées, chacune apportant son lot de trouvailles visuelles que Cha ancre parfaitement dans son style. Les petites histoires racontées dans la grande s'entremêlent, entre relecture de conte populaire, guerre des gangs, révolutions, journal d'une jeune femme et j'en passe. C'est un ensemble fouillis mais toujours cohérent. Et au centre de ceci, le personnage principal : une véritable figure de conte, mais rendu presque tangible. C'est diablement bien pensé, je me répète, mais j'ai trouvé extrèmement malin la façon dont l'auteur à joué des ficelles scénaristiques pour le rendre crédible. On y croirait, et la façon dont tout est présenté ajoute encore à l'ensemble. Les couleurs, la pagination, les visuels, tout est mis en œuvre pour nous plonger dans ces récits, jusqu'à un final complètement surprenant et qui m'a réellement plu. C'est le genre de final qu'on aime pour le twist, mais aussi pour la douce ironie qu'il représente. Un des meilleurs diptyques que j'ai lu depuis longtemps, avec une histoire parfaitement bien pensée d'un bout à l'autre, sans temps mort et sans fioriture. Le genre d'histoire qui fait sourire et mettre mal à l'aise, mais qui a aussi le culot de nous proposer une modernisation parfaitement réussi de personnage de conte. Une réussite de A à Z, vivement conseillée !
Indeh - Une histoire des guerres Apaches
Longtemps, le génocide dont ont été victimes les tribus amérindiennes a été nié, enseveli sous la propagande hollywoodienne au XXème siècle, après l’avoir été par la presse et les politiciens et autres militaires en mal d’exploits faciles au siècle précédent. Cet album a le mérite de rappeler les faits, qui sont aussi têtus qu’horribles, et surtout de le faire du point de vue apache, ce qui n’est pas courant. Alors, autour des figures connues des différents groupes (Cochise, Geronimo, Mangas Coloradas), nous suivons la rapide extermination de ce peuple, avec généralement un fil conducteur : la rapacité des « Blancs », et leur mauvaise foi. Le racisme, la soif de l’or ou de gloire, etc, et plus généralement la confrontation entre deux façons trop différentes de penser la terre, la propriété, de penser tout court, et l’écart immense des capacités militaires de chacun amènent l’inéluctable fin de ces groupes qui ne sont pourtant pas des enfants de cœur (rien de manichéen ici). C’est un récit triste (je connais bien le sujet, mais je ne peux m’empêcher de le « redécouvrir » avec douleur). C’est un récit triste, mais aussi traité avec beaucoup d’égard, d’une réelle beauté. En effet, le dessin, jouant sur des tons de cendres parfaitement adaptés à ce brasier qui s’éteint, est superbe (très bon techniquement en plus). On a l’impression de traverser un rêve/cauchemar, et de ne jamais sortir du brouillard. A noter que le livre s’arrête au moment de la reddition, de l’arrêt des « combats », et que l’ethnocide va se poursuivre, les réserves mouroirs s’accompagnant de la « rééducation » des enfants apaches dans des « écoles ». En tout cas, ceux que le sujet (relations entre Apaches et Blancs, histoire des guerres les opposant) intéresse et qui maitrisent la langue anglaise trouveront en fin de volume une imposante bibliographie.
La Vision de Bacchus
Dans mes lectures récentes, cette BD est une de mes favorites ! J'avais déjà fait connaissance avec l'auteur à travers sa BD Le Sourire des Marionnettes, mais celle-ci est encore plus réussie à mes yeux. Le thème de l'art et de la Renaissance italienne, enrobé dans une histoire sentant fortement la réalité (les peintres ayant existé, plusieurs tableaux exposés sont réels ...) et le tout servi par un dessin sans fioriture, efficace et osant des fulgurances créatives dans la mise en page, moi je dis oui ! Trois fois oui ! Au cours de mes années d'études, j'avais eu quelques cours d'Histoire de l'art, ce qui m'a permis de mieux appréhender le sujet qui est exposé, mais je pense que c'est une BD qui convient à tout le monde, tant elle se suffit à elle-même. Mais un petit bagage permet d'apprécier les différentes mentions qui sont faites parfois et rajoutent un panorama historique derrière, telle la mention des peintres flamands -comme les néerlandais avec Jérôme Bosch. La BD est donc proto-historique, ne se vantant pas d'être un récit parfaitement historique mais puisant largement dedans pour en faire sa toile de fond et développer son propos sur l'art et l'humain. Si l'histoire est prenante, c'est qu'elle va nous présenter plusieurs personnages intéressants. De l'homme obsédé par la beauté d'une femme et voulant la fixer à tout prix à l'épouse qui subit l'admiration de son époux, en passant par le peintre voulant rendre la vie sur toile, les personnages ont leurs visions du monde, leur faiblesses et leurs envies, qui guideront leurs vies et leurs actes. C'est d'autant plus important que la vie est rude, en ces temps, et la peste, la maladie et la fatalité frappent durement. Mais cela donne plus de poids à leur ambitions de vie. La BD est servie par son dessin, qui allie une sobriété bienvenue (notamment au niveau des couleurs, peu vives mais parfaitement accordées au ton) avec des petites touches de créativités glissés de ci de là. J'ai notamment adoré les personnages qui traversent une case découpée mais dont le fond est toujours raccordé, ou ces pages présentant la vieillesse qui marque le visage de la femme, autour de laquelle les cases racontent le temps qui passe. C'est marquant visuellement et également bien représentatif d'une idée développée en amont du récit : la vieillesse qui marque un corps, alors que la peinture gardera la jeunesse éternelle. Bref, une adéquation bien trouvée entre le fond et la forme. C'est ce genre de trouvailles qui me font réellement apprécier les BD, et celle-ci m'a beaucoup plu ! Je ne peux que vous recommander la lecture de cette œuvre, pleine de qualités et d'inventivité, parlant d'un sujet universel et d'une belle façon, contenant sa part de tragédie (peut-être même plus qu'il n'en faut) et de moments marquants, finissant même sur une image rude et brusque, mais sincère. C'est une très belle BD, que j'ai été ravi de découvrir !
Grimoire Noir
Avec "Grimoire noir", Vera Greentea nous propose un scénario riche et complet, magnifiquement mis en image par Yana Bogatch. Les amateurs de sorcellerie vont se régaler ! L’histoire se déroule dans un futur très proche dans la petite ville américaine de Blackwell, la seule ville du pays qui autorise l’utilisation de la magie. C’est ici que grandit tant bien que mal Bucky, jeune ado fils du shérif de la ville. Plutôt mal même ces derniers temps… La magie d’une part n’est dévolue qu’aux filles, et sa sœur a disparu dans d’étranges circonstances. L’enquête de son père piétine, Bucky va donc mener la sienne de son côté avec son amie Chamomile en s’exposant à de terribles dangers. Ce qui marque d’emblée c’est le graphisme soigné de Yana Bogatch quand on attaque la lecture de ce petit pavé de plus de 280 pages. On est tout de suite pris sous le charme qui se dégage des planches. La colorisation très douce oscillant entre une dominante de sépia et un camaïeu de gris où pointent quelques discrètes réhausse de couleurs composent des ambiances remarquables. Son coup de crayon très proche de l’animé finissent de captiver le lecteur et de l’envouter pour le mener jusqu’au terme de cette enquête originale. Voilà donc un très bon thriller pour ado qui ravira même les plus grands et qui revisite de façon originale la chasse aux sorcières.
Le Clan de la rivière sauvage
Régis Hautière et Renaud Dillies font à nouveau équipe (après Mister Plumb, Abélard et Alvin), et proposent une chouette série jeunesse chez les Editions de la Gouttière. « Le Clan de la rivière sauvage et L’Œil du serpent » est une BD d’aventure pure souche, construite sur une idée certes déjà vue, mais qui va permettre aux auteurs de nous faire voyager : un vieux grimoire magique permet à nos jeunes protagonistes Zaki, Choco et Mélie d’être transportés dans les contes qui y sont répertoriés, pour y vivre des aventures mouvementées. Ce premier tome nous fait visiter une histoire de pirates, et on retrouve tous les ingrédients traditionnels : trésor, coups fourrés, combats au sabre, ainsi qu’une bonne dose d’humour et de camaraderie. L’intrigue est prenante, et les personnages sont attachants au possible. La mise en image de Renaud Dillies est superbe, son style étant parfaitement adapté à une histoire jeunesse. Un chouette premier tome… je lirai certainement la suite, en espérant que les auteurs nous fassent visiter tous les classiques de la littérature d’aventure !
Lulu Femme Nue
C'est avec beaucoup de simplicité et de bienveillance que Davodeau nous présente cette histoire. Si elle paraît improbable à nos esprits enchaînés par leur quotidien et leur vie bien réglée, Lulu lui prête vie avec un grand naturel, et c'est avec un plaisir quasi cathartique qu'on la suit. Mettant sa vie de tous les jours, celle qui s'est sclérosée autour de tout son vécu, avec toutes ses erreurs, en suspens, sortant le nez du guidon et prenant du temps pour elle, rien que pour elle, Lulu se retrouve et peut enfin simplement ressentir, vivre, être. On est là à l'encontre de la normalité et des comportements habituels. Laisser tomber sa famille, ses enfants, sa vie courante pour prendre du recul sur soi, se laisser aller à des comportements habituellement jugés immoraux, en montrant cela ce livre renverse notre perspective de tous les jours et nous laisse entrevoir des possibilités très différentes. Il faut cependant reconnaître que dans la vraie vie, une telle histoire mènerait sans doute dans la majorité des cas à un rude retour à la réalité. Mais justement, nous sommes là dans une histoire, et c'est une grande force de Davodeau que de la raconter ainsi, avec tous ces personnages attablés qui nous livrent les informations dans le désordre, avec un naturel orienté vers la bienveillance, en faisant toucher du doigt les émotions et motivations de Lulu, alors même que le résumé factuel de cette histoire serait sans doute un peu glauque et que si cela nous arrivait à nous, nous aurions sans doute beaucoup de mal à ne pas juger. Du coup j'ai volontiers accepté ce qui sinon pourrait paraître un peu gros ou trop gentil, et même cette fin qui pourtant ménage un peu la chèvre et le chou. Ceci étant, même si cette fin peut sembler un peu trop belle et idéaliste, la Lulu revenue n'est pas celle qui est partie, elle ne retournera pas à sa vie d'avant, et c'était bien là le propos de ce voyage. Et les gens autour d'elle aussi ont été changés par cette aventure. Alors ami lecteur, le temps de cette histoire, accepte toi aussi de suspendre la réalité, et suis Lulu dans sa liberté nouvellement trouvée.
The Batman's Grave
Quand j'ai vu cette bd en librairie, j'ai immédiatement pensé l'acheter. Une couverture et un titre intriguant, Warren Ellis aux manettes et un pitch prometteur, il y avait en effet peu de doute dans mon esprit. Contrairement au Batman de cette histoire, sans doute une des représentations les plus humaines qu'il en ait été faite. Ce qui fait la force de ce récit, selon moi, n'est ni le dessin, pourtant très correct, ni la trame de fond, relativement classique, mais bien tous les moments de la vie du Dark Knight que l'on a peu l'habitude de voir. Les instants de complicité partagés avec Alfred, très taquin mais d'un soutien indispensable pour un Bruce Wayne meurtris... Les scènes de vie comme Bruce Wayne, blessé et vulnérable, victime d'un malaise dans sa grande douche à l'italienne... Bref, le réalisme de l'ensemble renforce énormément cette enquête qui va amener Batman à combattre un nouvel ennemi, pas si différent de lui-même. Et, c'est assez peu courant pour être signalé, il s'agit ici d'une véritable enquête qui prend du temps à être résolue. J'ai beaucoup apprécié, c'est très cohérent et même si ça ne figurera sans doute pas au panthéon des meilleures histoires de Batman (encore que...?), c'est une lecture très agréable que je recommande.
Urgence climatique
Que voilà un excellent documentaire sur le sujet. Tout d'abord très agréable à lire, pas lourdingue pour deux sous malgré le sujet, avec une mise en page aérée et colorée. Ceux qui connaissent Lécroart savent ses talents de raconteur et d'illustrateur, tout cela est bel et bien fait. Maintenant sur les tenants et aboutissants de ce dérèglement climatique qui nous concerne tous, il s'est adjoint un mathématicien spécialiste du chaos et de l'économique (qui, soit dit en passant, a inspiré le personnage du Dr Malcolm de Jurassik park). Les auteurs ont entamé l'ouvrage en 2020, ce qui permet d'avoir des données récentes par rapport aux autres bds traitant du sujet, je pense forcément au non moins excellent Saison brune qui n'a que l'inconvénient de dater d'avant Fukushima. Un choix que j'ai grandement apprécié dans ce documentaire, c'est de ne finalement s'attarder que peu sur la « technique » du dérèglement climatique, ainsi que sur ses conséquences physiques. Ces sujets sont maintenant suffisamment évoqués par divers médias, des reportages télé (bon, ça dépend sur quelles chaînes) pour que tout un chacun puisse connaître à peu près ce qui se passe déjà et ce qui nous attend. Là, on a une approche bien historique de l'économie mondialisée. Bien sûr, ce commerce mondial ne date pas d'hier mais l'ouvrage montre bien l'évolution parallèle du commerce, de l'industrie, de la finance et de ce qu'il faut bien appeler le capitalisme effréné. On voit bien ce mouvement qui a conduit à la situation actuelle, mais ce n'est pas manichéen. Les auteurs évoquent bien sûr le progrès que cette progression du commerce a engendré, sur le plan sanitaire (sauf Covid évidemment), sur le confort obtenu dans les pays riches …. au prix bien sûr d'une dépendance de plus en plus forte aux énergies fossiles. Je ne suis nullement une férue de finance et parfois je peine dans les émissions sur l'économie politique à vraiment comprendre le fond des choses. J'ai eu droit ici à un cours que j'ai trouvé extrêmement bien fait. Je n'avais nullement imaginé l'impact des guerres mondiales sur l'essor, post conflit, des industries au XXe siècle par exemple. Les auteurs montrent bien également les freins à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre, que ce soit de par notre mode de vie, nos politiques toujours soumises aux impératifs économiques, la publicité, et l'agriculture conventionnelle qui n'est pas épargnée. C'était passionnant, je le relirai. J'ai déjà promis à mon bibliothécaire municipal que je lui prêterai pour qu'il en commande un et le diffuse au maximum. Le seul petit regret que je pourrai avoir : les chiffres et statistiques donnés ne sont pas sourcés directement sur la page concernée, toutes les sources scientifiques sont regroupées en fin d'album, certes ça a le mérite d'aérer la mise en page mais on retrouve moins facilement d'où vient quoi. Je n'ai pas l'habitude de mettre 5 étoiles, « culte » c'est énorme. Mais là, je ne peux pas faire autrement. Donc culte.