Du sang, d'la chique et du molard ! Du sang, d'la chique et du molard !!! ... et des bisoussss ! Ba oui quoi !
C'est que derrière ses bonnes manières de barbare aguerri qui tronçonne tout ce qui se met en travers de sa route pour sauver des Princesses, notre cher Raowl ne rêve que d'un baiser de celle qu'il aura sauvé !
Voilà une série tout public qui en a sous le capot et qui décoiffe ! Chacun en fonction de son âge y trouvera son compte, que ce soit pour le rythme effréné de ces deux premiers albums, les péripéties drôlatiques ou les références aux contes d’antan. Ce melting pot détonnant et étonnant n'en est que plus jubilatoire et j'avoue qu'il y avait longtemps qu'une série jeunesse ne m'avait pas autant fait rire. Les dialogues sont punchy et mordants à souhait (mention spéciale aux Princesses qui ne se la laissent pas compter !), l'épique et l'Aventure sont toujours au rendez-vous, mâtiné d'un humour efficace et enfin le dessin dynamique et très expressif de Tébo est juste parfait pour cet exercice.
Bref, vous l'aurez compris, voici une excellente série qui vous promet un très bon moment de détente voire de rigolade.
A ne pas manquer !
Ce doit être la meilleure BD de vulgarisation de toutes celles que j'ai lues.
Le plus gros problème des BD de vulgarisation est de ne pas savoir bien doser le rythme du récit. Souvent même, il n'y a aucune intrigue. Ici c'est différent, non seulement on apprend l'essentiel avec une facilité déconcertante, mais en plus on peut s'amuser à suivre l'aventure du couple Tom et Suzanne.
Tout deux sont entrés dans les Enfers pour participer à un concours organisé non plus ni moins par... Hadès. Le participant parvenant à gagner les 5 épreuves et à atteindre la corne d'abondance sera déclaré nouveau dieu des enfers. Tout au long de ce jeu contre la mort (oui parce-que tu perds, tu meurs), on découvre plein de choses vraiment bien amenées grâce à une ligne de conduite claire et structurée. La BD est très bien développée pour rendre les conclusions scientifiques presque inattaquables: à partir des connaissances expliquées, l'auteur constate le problème et nous explique l'origine. Et malheureusement, l'être humain est souvent mentionné pour être celui qui fait capoter le cycle naturel du sol.
En plus de réussir à expliquer les problèmes, cette BD propose des solutions. L'idéal serait de faire lire ce bouquin aux propriétaires de champs dont les sols sont victimes de l'agriculture conventionnelle, donc intensive. Et je ne dis pas ça en diabolisant tous les exploitants : il y en a qui se sont fait berner et d'autres qui en profitent. La finalité est la même: ils se retrouvent quasiment piégés et dépendants, pendant que les fabricants d'engrais chimiques se régalent. Je m'égare
En tout cas, je pense que chacun peut tirer beaucoup de choses de cette histoire. Cela donnerait même l'envie de cultiver un bout de terre en se satisfaisant de respecter un écosystème. L'harmonie naturelle des choses telle qu'expliquée ici vient redorer le blason du sol : on le comprend et on lui accorde plus de considération.
J'applaudis l'explication faite sur les engrais chimiques et les conséquences désastreuses qu'ils entraînent avec eux. C'est clair comme de l'eau de roche ! Sauf quand y'a de l'engrais chimique dedans. 'Fin bref. On capte tout à travers cette BD, et notre compréhension va crescendo en suivant le périple de nos héros qui sont, encore une fois, très sympas à suivre.
BD éducative pour tous. Il n'y a pas d'âge pour revenir sur les fondamentaux. De nos jours, il est essentiel de faire comprendre tout ça, et cette BD est un excellent moyen mis à notre disposition, gratuit en bibliothèque. Faut y aller !
En lisant ce gros album, j’ai eu l’impression d’aller passer l’après-midi au cinéma ! De ce point de vue, c’est une grande réussite. L’histoire se déroule au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que le monde s’enfonce dans une nouvelle guerre, un conflit qui prend la forme un peu étrange d’une Guerre froide. Aux Etats-Unis, une chasse aux sorcières implacable s’engage contre tous ceux qui sont suspectés de communisme. Et Hollywood n’échappe pas au FBI qui dresse des listes noires d’acteurs, de scénaristes et de producteurs. L’intrigue policière se déroule sur fond de maccarthysme, de luttes de pouvoir, d’alcool, d’abus sexuels, de violence et de chantage. L’envers du cinéma hollywoodien comme on l’imagine. Les jeunes stars qui rêvent de gloire côtoient et les réalisateurs caractériels et les producteurs qui abusent de leur pouvoir. Le scénario, parfaitement écrit, prend le temps de dérouler la mécanique implacable d’Hollywood, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants. Ils ont un passé, une histoire, des espoirs et des déconvenues. Traumatisé par la guerre, le héros n’est plus que l’ombre du scénariste qu’il a été. Plongé dans une errance psychologique sans fin, il se réveille après une cuite mémorable face à un meurtre dont il refuse d’admettre le maquillage en suicide. Le découpage est très efficace, les dessins et les couleurs fonctionnement hyper bien – Andy Warhol n’est pas très loin - et les ambiances sont profondes. Surtout les ambiances nocturnes. Les premières pages de cet album nécessitent d’être assez concentré pour se repérer dans les nombreux personnages. Un trombinoscope très utile est inséré en début d’album et quand on a fait connaissance avec tous les acteurs de ce polar, il n’y a plus aucun problème. Une immersion dans le monde du cinéma vraiment réussie.
Oui c'est attachant et je me suis attaché à Abel.
C'est une belle histoire rurale, où l'on suit la vie d'Abel dans le centre de la France. Il vit dans un petit village et se trouve être le soi-disant malheureux héritier de la ferme. Paysan solitaire et renfrogné, il rêve aussi beaucoup et a pour but de partir en Ethiopie! J'ai très bien ressenti la personnalité douce de ce personnage bougon, ce qui dégage une atmosphère générale assez bucolique et au parfum de poésie. On retrouve les journées dans un village reculé, simple, beau, sans prétention. Et je trouve tout cela très bien retranscrit.
J'aime beaucoup la bichromie choisie également, cette couleur à la fois terne et légère renforce je trouve l'atmosphère bienveillante du récit. Et puis le dessin de Benoît Duhamel me plaît beaucoup. Si je n'ai pas aimé Le Retour, ça n'était pas pour les graphismes. A chaque fois je me régale, en plus je trouve que son trait permet de montrer facilement toute la bonhommie qu'il souhaite donner à ces personnages. Déjà visuellement je ressens de l'empathie pour Abel, tout comme Doug dans #Nouveaucontact.
Une histoire qui fait du bien au moral, je ne peux que conseiller.
Comment dire.... un plongeon dans le monde du sexe et de la prostitution au travers du regard de Klou, pute de 24 ans. Qui mieux que Klou pouvait retranscrire son histoire ?
Un documentaire qui vous fera voir différemment ce monde interdit.
Il n'est question ici que de prostituées qui font ce travail délibérément et non de réseaux qui exploitent le malheur humain. Un "métier" voulut et assumé. Klou nous dévoile une partie de sa vie, la bienveillance de ses parents, sa première "passe" qui ne lui occasionne aucune honte avec ses billets au fond de sa poche. La galère suite à un déménagement en Belgique va la faire choisir cette voie. Mais elle assume, elle aurait pu trouver des petits boulots.
J'y ai découvert l'envers du décor des Sugar Baby, le LCBTQIA+ (communauté lesbienne/gay/bi/trans/queer/intersexe/asexuelle/+ pour englober encore d'autres sexualités comme la pansexualité). Vive le petit lexique à la fin du livre.
Elle prend le pouvoir, c'est elle qui décide, elle dicte les règles. Elle charge le patriarcat qui pèse de tout son poids sur notre société, l'éducation et les lois qui pénalisent les clients.
Une narration faite de métaphores, de jeux de mots et d'humour en passant par la mythologie grecque et le conte. Elle emploie aussi le langage SMS pour mieux faire passer ses messages mais surtout un langage cru, celui de la rue. Quelques rares planches avec que du texte, en particulier ce long poème en pages 84 et 85, magnifique.
Elle remet en cause le système, elle le démonte à coup d'arguments et je ne peux souvent qu'acquiescer devant tant de logique. Elle parle avec tendresse de sa période féministe. Elle se met à nue.
Un noir et blanc où quelques touches de rouges subliment un trait fin, simple et tout en rondeur. Le texte prend parfois le dessus sur le dessin mais cela n'a pas gêné mon plaisir. Un découpage basique ou il n'y a souvent qu'une case par planche.
Il y a du Le Déploiement dans cette bd, textes et dessins ne font qu'un. Une jouissance visuelle.
Je reste sur le cul après ma lecture. Je ne suis pas toujours d'accord avec Klou mais elle a le mérite de vouloir faire bouger les choses. Une ode aux femmes libres de toutes enclaves et de pouvoir utiliser leur corps comme bon leur semble. Un récit qui aura éclairé ma lanterne. Je ne peux que vous le conseiller. Une œuvre marquante au vitriol.
Vous ne verrez plus une femme avec un parapluie rouge de la même façon.
Klou, bravo et merci.
Note réelle : 4,5.
Publiées dans diverses revues (voir la fiche de l’album), les histoires regroupées dans ce recueil sont assez éclectiques. Du point de vue du style graphique parfois, mais aussi en ce qui concerne les univers dans lesquels elles se développent, qui vont du post-apocalypse au moyen-âge, en passant par de la SF ou du fantastique.
Quelques constantes tout de même. D’abord un dessin très bon, utilisant un Noir et Blanc au trait fin (j’ai vraiment beaucoup aimé le coup de crayon de Cabanes).
Ensuite une bonne dose d’absurde, de loufoque (voir « La Pelle et la Bête », où une jeune fille tombe amoureuse d’un manche de pelle !) imprègne la plupart des histoires, ça part un peu dans tous les sens. De l’humour aussi, généralement de l’humour noir (voir la chute de la deuxième histoire, affreusement cynique).
Parfois, on a l’impression d’avoir lu des ébauches, des essais que l’auteur développera ailleurs et plus tard (ou pas). Mais c’est aussi le propre de ces publications en revue.
Toujours est-il que ce recueil, peu courant et peut-être un peu daté (mais pas trop), mérite le détour. Il y a là de l’originalité, et une grande diversité de thèmes. Une lecture plaisante en somme.
Note réelle 3,5.
Tiburce Oger, un maître du genre western est à l’origine de ce projet formidable. En bon chef de meute il scénarise chacune des petites histoires qui constitue Go West Young Man, le récit ayant principalement pour intérêt de retracer la conquête de l’ouest américain. Ma lecture fût plutôt agréable, bien que n’ayant pas appris grand-chose au sortir de ma lecture au moins ai-je trouvé cela divertissant. Les histoires sont très courtes et on saute d’une période à une autre avec à chaque fois de nouveaux personnages, avec pour seul lien commun cette montre à gousset qui passe d’un propriétaire à un autre tel un MacGuffin maudit. Du coup l’immersion dans le bouquin n’en est que plus difficile et je m’y suis repris à trois fois pour le terminer.
Mais qu’importe, car au-delà du scénario il y a cette belle brochette d’auteurs. Les Expendables de la bd de western ! Avec que des noms ayant fait leurs preuves dans le genre. Certains dont j’admirais déjà le trait ne m’ont pas déçu : Marini, Prugne, Rossi, Taduc, Toulhoat. Quelques-uns que j’apprécie beaucoup également m’ont laissé à quai : Meyer (pas du niveau d’Undertaker), Hérenguel (plus proche du style Nuit Safran que Lune d'argent sur Providence), Boucq. Mais aussi d’excellentes découvertes notables pour moi : Paul Gastine, Félix Meynet, Dominique Bertail. Et quelques rares m’ont laissé indifférent, sans plus, bien que la qualité soit là (possible que certaines histoires n’aident pas non plus à se plonger dedans) : Blanc-Dumont (en même temps avec 2 pages pour s’exprimer…), Blasco-Martinez, Cuzor, Labiano et Rouge.
Voilà donc, c’est un bien beau projet et si un second tome voyait le jour, j’en serai !
"Là où vont nos pères" est une très bonne bd muette, elle remplit toutes les cases qui font que j'aime particulièrement ce genre de bus quand elles sont bien faites : histoire simple mais touchante, développement fluide, et dessins magnifiques.
Cette bd-ci est donc sur le thème de l'immigration. Un homme quitte sa famille pour trouver une meilleure vie loin, très loin. Il arrive par ferry pour quitter son pays natal ou un fléau le persécute, lui et sa famille. Il découvre donc d'autres coutumes, d'autres manières de vivre, une langue inconnue, des aliments qui lui semblent totalement farfelus.
C'est là que réside l'originalité de la bd. La façon de vivre de tous ces gens nous est inconnue à nous, lecteurs : transport en cabine-ballon, animaux de compagnies inconnus, alphabet totalement différent de ce que l'on peut connaitre, etc. Shaun Tan, en utilisant ce procédé, en donnant à ces habitants des habitudes que nous lecteurs ne connaissons pas, qu'il a inventé, réussit à nous mettre à la place de ces migrants qui arrivent et débarquent dans un nouveau monde où tout leur parait surnaturel, tout comme nous parait surnaturel l'univers que nous avons sous les yeux. En effet, habituellement, on retrouve ce genre d'univers et de graphisme dans des séries de SF ou de Fantasy, alors qu'ici on est vraiment dans du roman graphique et que le propos de la bande dessinée est véritablement la façon dont le héros s'acclimate, les gens qu'il rencontre et les histoires respectives de ces gens-là. L'univers n'est là que pour rendre l'impression de débarquer dans un nouveau monde, comme le personnage principal.
Cette trouvaille de Tan est particulièrement efficace et réussie. On est embarqué avec cet homme et on découvre et on s'acclimate petit à petit à ces coutumes et ces façons de vivre, notamment les aliments dans les boites, etc. On reste dans cet univers un peu fantastique avec les histoires des différents protagonistes, qui ont tous vécus des situations atroces, mais toujours dépeintes de façon originale. Au final, même si ce n'est pas vraiment dit, on arrive à retranscrire à peu près ces histoires à des situations réelles. Personnellement, j'ai instinctivement pensé aux Etats-Unis, avec l'arrivée en bateau, et à une période qui se situerait entre les deux guerres mondiales, voire juste après la deuxième. Peut-être l'auteur a-t-il pensé à autre chose en faisant ces planches, ou pas, mais ce n'est au final pas bien important. En tout cas, j'ai vraiment été transporté.
Je disais que cette bd comportait les ingrédients indispensables selon moi pour une bonne bd muette, mais je serais presque tenté d'en ajouter un, plus complexe à définir. Pour qu'une bd muette marche sur moi, il fait qu'elle ait un truc en plus, qu'il y ait de l'exagération par exemple, ou une originalité particulière. Dans toutes les bas muettes que j'ai appréciées, j'ai trouvé ce petit truc qui faisait, outre le dessin, que la lecture était remarquable.
En ce qui concerne le dessin, il a un style propre et très réaliste qui n'est pas forcément celui que je préfère, mais il faut reconnaitre qu'il est très très bien maitrisé et certaines planches sont très belles. Le choix de colorisation est très bon, et contribue à la beauté un peu froide du dessin.
S'il fallait trouver un petit défaut, c'est peut-être l'aspect un peu optimiste de la bd, comme d'autres ont pu le noter. Il n'est pas total, car les difficultés du héros à trouver un emploi constituent une grande partie du récit, et il se retrouve à faire un métier rébarbatif et épuisant en usine, et les histoires des gens qu'il rencontre sont très dures. Mais effectivement, il ne rencontre aucune personne qui lui est vraiment hostile, il se fait des amis et semble réussir à ne pas être si isolé, sort que peuvent connaitre beaucoup de personnes dans ce cas. Mais Tan semble avoir voulu se concentrer sur les moments positifs (les scènes où l'on refuse de lui donner du travail sont au final assez peu développées) et, vu la poésie du produit fini, on ne peut pas lui en vouloir.
Tout le monde connaît de près ou de loin les films Kingsman, de Matthew Vaughn, mais étonnamment, beaucoup moins de gens ont lu les comics, malgré les grosses pointures qui sont derrière... Pour ma part, je suis un fan absolument inconditionnel des 3 films (à ce jour) de Vaughn, et c'est donc avec une certaine appréhension que je me suis tourné vers le comics original, craignant que l'histoire fonctionne moins bien sur le papier qu'à l'écran, et que le récit perde une partie de sa magie...
La première chose qui m'a frappé, c'est le dessin de Dave Gibbons. Certes, il est très bon, mais quand a s'est pris la baffe monumentale de Watchmen dans la gueule, on ne peut que remarquer que quelque chose a changé. C'est un style très réaliste et très clair, mais aussi très statique, et surtout, le trait est ici très épais, ce qui enlève aux graphismes une bonne partie de leur finesse, d'autant que les décors sont souvent assez vides. Encore une fois, c'est un peu un caprice d'enfant gâté, car le dessin est vraiment réussi, je souligne juste la comparaison avec Watchmen, l'écart de 28 ans qui sépare les deux oeuvres ne jouant pas en faveur de Kingsman.
Peut-être aussi est-ce la couleur qui atténue un peu la force du dessin de Gibbons, je ne sais pas. Néanmoins, le dessin reste très efficace, rien à redire là-dessus.
En tous cas, on oublie vite cette petite réserve quand on commence à s'immerger dans l'histoire. La comparaison avec le film joue plutôt en défaveur du comics au début, car le film a nécessairement plus d'occasions de développer ses personnages, d'ajouter des petits détails qui leur donnent du caractère, de la complexité, accentuent la force de l'intrigue, etc. Surtout, le film profite du génial Matthew Vaugh, qui transforme tout ce qu'il touche en or. Là, ça fonctionne, mais il manque un petit quelque chose au début.
Et puis, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte qu'en fait, Mark Millar a quand même eu le temps de construire quelque chose. Les liens entre les personnages sont suffisamment développés, on s'attache volontiers à chacun d'entre eux, en tous cas les trois principaux (Gary, son oncle et sa mère), et Millar parvient tout-à-fait à insuffler un joli discours au travers de son récit, qui trouve son apothéose dans la lettre posthume de l'oncle Jack à la fin, subtile et à la hauteur du personnage.
Mais bien sûr, quand on pense à Kingsman, on pense à sa représentation de la violence, tout-à-fait inédite au cinéma. Evidemment, c'est beaucoup plus conventionnel dans les pages du comics, mais on retrouve tout de même cette tonalité très "sale gosse", qui unit visiblement la créativité de Millar et celle de Vaughn. Ce mélange entre l'aspect britannique, classe, pince-sans-rire, un peu guindé, et une violence débridée à l'américaine, est tout-à-fait jouissive, et renforce largement le plaisir de lecture. Si le discours quasi-politique du film sur la société de consommation et la banalisation de la violence ne se retrouve pas trop dans le comics, l'utilisation du gore, quoique plus rare, se fait tout de même avec une certaine générosité.
Enfin, on appréciera tous les changements qui ont été faits entre le comics et le film, permettant de donner aux habitués du film une vision légèrement décentrée et relativement inédite de l'histoire, le grand méchant ayant été totalement remanié dans sa version cinéma (et tant mieux, parce que Samuel L. Jackson y trouvait un de ses meilleurs rôles), et plusieurs détails significatifs se voyant transformés. Néanmoins, l'humour très britannique est bien présent, et trouve toujours sa justification dans les pages de ce récit geek, haletant, mené avec brio.
Evidemment, ça ne remplace pas la vision des incroyables films de Matthew Vaughn, mais ça leur donne une belle base pour s'amuser à faire ce qui reste sans nul doute à ce jour et à mes yeux le meilleur pastiche de James Bond.
Grosse surprise que cet album ! Et dans le très bon sens ! Connaissant Boulet uniquement de réputation (oui, shame on me diront certains...) et pas du tout le travail d'Aseyn, c'est un peu à l'aveugle que je me suis lancé dans cette lecture qui à première vue ne m'inspirait pas plus que ça de par son graphisme. Pourtant cette jaquette souple et translucide originale avait quelque chose d'interpellant... Et j'avoue qu'une fois entamé je n'ai pas lâché l'album avant sa fin !
Le Bolchoï est un réseau mondial de réalité virtuelle qui a supplanté internet et quasiment le monde réel. Cette réplique à l'identique du monde réel où chacun peut y évoluer sous la forme de l'avatar qu'il s'est choisi ne s'arrête pas à notre petit caillou terrestre, mais à l'ensemble de l'univers connu. C'est du coup un simulateur parfait pour toutes les nouvelles technologies et qui a permis de relancer la conquête spatiale. Notre jeune héroïne Marje, étudiante en astrophysique qui était jusque là restée hors connexion, finit par sauter le pas pour pouvoir "aller voir sur place" ce qu'elle étudie. Mais cette jeune newbie va dès sa première connexion faire le buzz en se faisant remarquer des meilleurs joueurs et des grosses firmes qui recrutent des joueurs professionnels...
Si la thématique n'est pas des plus nouvelles et rappelle par exemple l'un des derniers films de Spielberg "Ready player one", j'ai trouvé le traitement des plus réussis. Tout d'abord la narration est juste parfaite et on est très rapidement accroché à l'histoire et à cette découverte de ce nouveau monde par Marje ; tout comme elle, on tombe vite accro ! Et si le dessin d'Aseyn assez minimaliste dans un style proche de certains mangas n'avait pas mon adhésion complète au départ, je m'en suis rapidement accommodé et j'ai même grandement apprécié. La colorisation un peu terne dans des tons pastels (qui m'a un peu fait penser à certains Moebius) impose également une ambiance particulière qui se révèle finalement des plus efficaces.
Vous l'aurez compris, voilà un premier tome d'une série des plus prometteuses, mêlant aventure, action, humour et mystère dans un univers d'une grande richesse tout en poussant tranquillement la réflexion sur notre dépendance au monde virtuel. Un très bon premier album, vivement la suite !
*** Tome 2 ***
BAM ! Ce 2e tome enfonce le clou d'un début de série canon et propulse "Bolchoi arena" dans mon p'tit top des séries du moment !
C'est avec un réel plaisir que j'ai replongé dans les virées virtuelles de Marje dans le Bolchoi. Surtout que là tout va se compliquer. Les premières "heures" de découverte et l'infini des possibilités de ce nouveau monde vont vite être rattrapés par la dure réalité, même dans le virtuel. Finis les bisounours, mais surtout, Marje va se retrouver dans une situation des plus compliquées (pas de panique je ne vais pas spoiler !) et ses amis vont devoir gérer tout ça tant bien que mal pendant que les forces en puissance vont forcément profiter de la situation.
Après un tome introductif bien campé et qui avait posé les bases solides de son récit, Boulet lance le turbo et nous déroule un récit qui maintient ce rythme intensif en nous distillant des rebondissements bien pensés. Aseyn conserve cette ligne très marquée manga de par son dynamisme et la fausse simplicité de son trait, tout en ayant cette petite touche personnelle qui fait la différence. Mention spéciale aux scènes d'action qui sont d'un rendu assez exceptionnel !
Alors, voilà, il n'y a plus qu'à prendre notre mal en patience pour attendre le prochain opus de cette série qui dépote !
*** Tome 3 ***
Et c'est reparti sur les chapeaux de roue !
Depuis la chute de BOGI (l'un de ces grand consortium) la crise économique mondiale prend de l'ampleur et les conflits sociaux fleurissent dans le monde entier. de son côté Marje est toujours bloquée dans son monde virtuel et réfléchit au moyen de sauver tant bien que mal sa terrible découverte...
Quel plaisir que de retrouver cet univers assez unique et ses personnages attachants, ou qu'on a juste envie de baffer, c'est selon ^^ ! Boulet et Aseyn poussent encore leur histoire plus loin pour nous proposer un récit à l'équilibre intelligent. Entre l'épique (qui satisfera tous les joueurs) et la réflexion (pour les amateurs d'anticipation) sur le devenir de nos sociétés face à l'emprise du numérique et des grands groupes qui nous inondent, on est plutôt bien servis ! Ce tome met également en avant la psychologie de nos protagonistes au travers de leurs amitiés et de leurs relations diverses. C'est souvent complexe, douloureux, mais les bonnes surprises sont aussi de la partie.
Voilà donc un troisième tome, qui s'il rompt avec le rythme tonitruant des précédents approfondie les questionnements latents qui constituent la trame de cette série depuis son début ainsi que les relations des personnages. Pour autant, pas le temps de s'ennuyer et l'action a toujours la part belle ; l'imprévisibilité de notre chère Marje aidant ! Vivement la suite !
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Du sang, d'la chique et du molard ! Du sang, d'la chique et du molard !!! ... et des bisoussss ! Ba oui quoi ! C'est que derrière ses bonnes manières de barbare aguerri qui tronçonne tout ce qui se met en travers de sa route pour sauver des Princesses, notre cher Raowl ne rêve que d'un baiser de celle qu'il aura sauvé ! Voilà une série tout public qui en a sous le capot et qui décoiffe ! Chacun en fonction de son âge y trouvera son compte, que ce soit pour le rythme effréné de ces deux premiers albums, les péripéties drôlatiques ou les références aux contes d’antan. Ce melting pot détonnant et étonnant n'en est que plus jubilatoire et j'avoue qu'il y avait longtemps qu'une série jeunesse ne m'avait pas autant fait rire. Les dialogues sont punchy et mordants à souhait (mention spéciale aux Princesses qui ne se la laissent pas compter !), l'épique et l'Aventure sont toujours au rendez-vous, mâtiné d'un humour efficace et enfin le dessin dynamique et très expressif de Tébo est juste parfait pour cet exercice. Bref, vous l'aurez compris, voici une excellente série qui vous promet un très bon moment de détente voire de rigolade. A ne pas manquer !
Sous Terre
Ce doit être la meilleure BD de vulgarisation de toutes celles que j'ai lues. Le plus gros problème des BD de vulgarisation est de ne pas savoir bien doser le rythme du récit. Souvent même, il n'y a aucune intrigue. Ici c'est différent, non seulement on apprend l'essentiel avec une facilité déconcertante, mais en plus on peut s'amuser à suivre l'aventure du couple Tom et Suzanne. Tout deux sont entrés dans les Enfers pour participer à un concours organisé non plus ni moins par... Hadès. Le participant parvenant à gagner les 5 épreuves et à atteindre la corne d'abondance sera déclaré nouveau dieu des enfers. Tout au long de ce jeu contre la mort (oui parce-que tu perds, tu meurs), on découvre plein de choses vraiment bien amenées grâce à une ligne de conduite claire et structurée. La BD est très bien développée pour rendre les conclusions scientifiques presque inattaquables: à partir des connaissances expliquées, l'auteur constate le problème et nous explique l'origine. Et malheureusement, l'être humain est souvent mentionné pour être celui qui fait capoter le cycle naturel du sol. En plus de réussir à expliquer les problèmes, cette BD propose des solutions. L'idéal serait de faire lire ce bouquin aux propriétaires de champs dont les sols sont victimes de l'agriculture conventionnelle, donc intensive. Et je ne dis pas ça en diabolisant tous les exploitants : il y en a qui se sont fait berner et d'autres qui en profitent. La finalité est la même: ils se retrouvent quasiment piégés et dépendants, pendant que les fabricants d'engrais chimiques se régalent. Je m'égare En tout cas, je pense que chacun peut tirer beaucoup de choses de cette histoire. Cela donnerait même l'envie de cultiver un bout de terre en se satisfaisant de respecter un écosystème. L'harmonie naturelle des choses telle qu'expliquée ici vient redorer le blason du sol : on le comprend et on lui accorde plus de considération. J'applaudis l'explication faite sur les engrais chimiques et les conséquences désastreuses qu'ils entraînent avec eux. C'est clair comme de l'eau de roche ! Sauf quand y'a de l'engrais chimique dedans. 'Fin bref. On capte tout à travers cette BD, et notre compréhension va crescendo en suivant le périple de nos héros qui sont, encore une fois, très sympas à suivre. BD éducative pour tous. Il n'y a pas d'âge pour revenir sur les fondamentaux. De nos jours, il est essentiel de faire comprendre tout ça, et cette BD est un excellent moyen mis à notre disposition, gratuit en bibliothèque. Faut y aller !
Fondu au noir
En lisant ce gros album, j’ai eu l’impression d’aller passer l’après-midi au cinéma ! De ce point de vue, c’est une grande réussite. L’histoire se déroule au lendemain de la Seconde guerre mondiale, alors que le monde s’enfonce dans une nouvelle guerre, un conflit qui prend la forme un peu étrange d’une Guerre froide. Aux Etats-Unis, une chasse aux sorcières implacable s’engage contre tous ceux qui sont suspectés de communisme. Et Hollywood n’échappe pas au FBI qui dresse des listes noires d’acteurs, de scénaristes et de producteurs. L’intrigue policière se déroule sur fond de maccarthysme, de luttes de pouvoir, d’alcool, d’abus sexuels, de violence et de chantage. L’envers du cinéma hollywoodien comme on l’imagine. Les jeunes stars qui rêvent de gloire côtoient et les réalisateurs caractériels et les producteurs qui abusent de leur pouvoir. Le scénario, parfaitement écrit, prend le temps de dérouler la mécanique implacable d’Hollywood, les personnages sont nombreux et plutôt intéressants. Ils ont un passé, une histoire, des espoirs et des déconvenues. Traumatisé par la guerre, le héros n’est plus que l’ombre du scénariste qu’il a été. Plongé dans une errance psychologique sans fin, il se réveille après une cuite mémorable face à un meurtre dont il refuse d’admettre le maquillage en suicide. Le découpage est très efficace, les dessins et les couleurs fonctionnement hyper bien – Andy Warhol n’est pas très loin - et les ambiances sont profondes. Surtout les ambiances nocturnes. Les premières pages de cet album nécessitent d’être assez concentré pour se repérer dans les nombreux personnages. Un trombinoscope très utile est inséré en début d’album et quand on a fait connaissance avec tous les acteurs de ce polar, il n’y a plus aucun problème. Une immersion dans le monde du cinéma vraiment réussie.
Le Voyage d'Abel
Oui c'est attachant et je me suis attaché à Abel. C'est une belle histoire rurale, où l'on suit la vie d'Abel dans le centre de la France. Il vit dans un petit village et se trouve être le soi-disant malheureux héritier de la ferme. Paysan solitaire et renfrogné, il rêve aussi beaucoup et a pour but de partir en Ethiopie! J'ai très bien ressenti la personnalité douce de ce personnage bougon, ce qui dégage une atmosphère générale assez bucolique et au parfum de poésie. On retrouve les journées dans un village reculé, simple, beau, sans prétention. Et je trouve tout cela très bien retranscrit. J'aime beaucoup la bichromie choisie également, cette couleur à la fois terne et légère renforce je trouve l'atmosphère bienveillante du récit. Et puis le dessin de Benoît Duhamel me plaît beaucoup. Si je n'ai pas aimé Le Retour, ça n'était pas pour les graphismes. A chaque fois je me régale, en plus je trouve que son trait permet de montrer facilement toute la bonhommie qu'il souhaite donner à ces personnages. Déjà visuellement je ressens de l'empathie pour Abel, tout comme Doug dans #Nouveaucontact. Une histoire qui fait du bien au moral, je ne peux que conseiller.
Bagarre érotique - Récits d'une travailleuse du sexe
Comment dire.... un plongeon dans le monde du sexe et de la prostitution au travers du regard de Klou, pute de 24 ans. Qui mieux que Klou pouvait retranscrire son histoire ? Un documentaire qui vous fera voir différemment ce monde interdit. Il n'est question ici que de prostituées qui font ce travail délibérément et non de réseaux qui exploitent le malheur humain. Un "métier" voulut et assumé. Klou nous dévoile une partie de sa vie, la bienveillance de ses parents, sa première "passe" qui ne lui occasionne aucune honte avec ses billets au fond de sa poche. La galère suite à un déménagement en Belgique va la faire choisir cette voie. Mais elle assume, elle aurait pu trouver des petits boulots. J'y ai découvert l'envers du décor des Sugar Baby, le LCBTQIA+ (communauté lesbienne/gay/bi/trans/queer/intersexe/asexuelle/+ pour englober encore d'autres sexualités comme la pansexualité). Vive le petit lexique à la fin du livre. Elle prend le pouvoir, c'est elle qui décide, elle dicte les règles. Elle charge le patriarcat qui pèse de tout son poids sur notre société, l'éducation et les lois qui pénalisent les clients. Une narration faite de métaphores, de jeux de mots et d'humour en passant par la mythologie grecque et le conte. Elle emploie aussi le langage SMS pour mieux faire passer ses messages mais surtout un langage cru, celui de la rue. Quelques rares planches avec que du texte, en particulier ce long poème en pages 84 et 85, magnifique. Elle remet en cause le système, elle le démonte à coup d'arguments et je ne peux souvent qu'acquiescer devant tant de logique. Elle parle avec tendresse de sa période féministe. Elle se met à nue. Un noir et blanc où quelques touches de rouges subliment un trait fin, simple et tout en rondeur. Le texte prend parfois le dessus sur le dessin mais cela n'a pas gêné mon plaisir. Un découpage basique ou il n'y a souvent qu'une case par planche. Il y a du Le Déploiement dans cette bd, textes et dessins ne font qu'un. Une jouissance visuelle. Je reste sur le cul après ma lecture. Je ne suis pas toujours d'accord avec Klou mais elle a le mérite de vouloir faire bouger les choses. Une ode aux femmes libres de toutes enclaves et de pouvoir utiliser leur corps comme bon leur semble. Un récit qui aura éclairé ma lanterne. Je ne peux que vous le conseiller. Une œuvre marquante au vitriol. Vous ne verrez plus une femme avec un parapluie rouge de la même façon. Klou, bravo et merci. Note réelle : 4,5.
Bain d'encre
Publiées dans diverses revues (voir la fiche de l’album), les histoires regroupées dans ce recueil sont assez éclectiques. Du point de vue du style graphique parfois, mais aussi en ce qui concerne les univers dans lesquels elles se développent, qui vont du post-apocalypse au moyen-âge, en passant par de la SF ou du fantastique. Quelques constantes tout de même. D’abord un dessin très bon, utilisant un Noir et Blanc au trait fin (j’ai vraiment beaucoup aimé le coup de crayon de Cabanes). Ensuite une bonne dose d’absurde, de loufoque (voir « La Pelle et la Bête », où une jeune fille tombe amoureuse d’un manche de pelle !) imprègne la plupart des histoires, ça part un peu dans tous les sens. De l’humour aussi, généralement de l’humour noir (voir la chute de la deuxième histoire, affreusement cynique). Parfois, on a l’impression d’avoir lu des ébauches, des essais que l’auteur développera ailleurs et plus tard (ou pas). Mais c’est aussi le propre de ces publications en revue. Toujours est-il que ce recueil, peu courant et peut-être un peu daté (mais pas trop), mérite le détour. Il y a là de l’originalité, et une grande diversité de thèmes. Une lecture plaisante en somme. Note réelle 3,5.
Go West young man
Tiburce Oger, un maître du genre western est à l’origine de ce projet formidable. En bon chef de meute il scénarise chacune des petites histoires qui constitue Go West Young Man, le récit ayant principalement pour intérêt de retracer la conquête de l’ouest américain. Ma lecture fût plutôt agréable, bien que n’ayant pas appris grand-chose au sortir de ma lecture au moins ai-je trouvé cela divertissant. Les histoires sont très courtes et on saute d’une période à une autre avec à chaque fois de nouveaux personnages, avec pour seul lien commun cette montre à gousset qui passe d’un propriétaire à un autre tel un MacGuffin maudit. Du coup l’immersion dans le bouquin n’en est que plus difficile et je m’y suis repris à trois fois pour le terminer. Mais qu’importe, car au-delà du scénario il y a cette belle brochette d’auteurs. Les Expendables de la bd de western ! Avec que des noms ayant fait leurs preuves dans le genre. Certains dont j’admirais déjà le trait ne m’ont pas déçu : Marini, Prugne, Rossi, Taduc, Toulhoat. Quelques-uns que j’apprécie beaucoup également m’ont laissé à quai : Meyer (pas du niveau d’Undertaker), Hérenguel (plus proche du style Nuit Safran que Lune d'argent sur Providence), Boucq. Mais aussi d’excellentes découvertes notables pour moi : Paul Gastine, Félix Meynet, Dominique Bertail. Et quelques rares m’ont laissé indifférent, sans plus, bien que la qualité soit là (possible que certaines histoires n’aident pas non plus à se plonger dedans) : Blanc-Dumont (en même temps avec 2 pages pour s’exprimer…), Blasco-Martinez, Cuzor, Labiano et Rouge. Voilà donc, c’est un bien beau projet et si un second tome voyait le jour, j’en serai !
Là où vont nos pères
"Là où vont nos pères" est une très bonne bd muette, elle remplit toutes les cases qui font que j'aime particulièrement ce genre de bus quand elles sont bien faites : histoire simple mais touchante, développement fluide, et dessins magnifiques. Cette bd-ci est donc sur le thème de l'immigration. Un homme quitte sa famille pour trouver une meilleure vie loin, très loin. Il arrive par ferry pour quitter son pays natal ou un fléau le persécute, lui et sa famille. Il découvre donc d'autres coutumes, d'autres manières de vivre, une langue inconnue, des aliments qui lui semblent totalement farfelus. C'est là que réside l'originalité de la bd. La façon de vivre de tous ces gens nous est inconnue à nous, lecteurs : transport en cabine-ballon, animaux de compagnies inconnus, alphabet totalement différent de ce que l'on peut connaitre, etc. Shaun Tan, en utilisant ce procédé, en donnant à ces habitants des habitudes que nous lecteurs ne connaissons pas, qu'il a inventé, réussit à nous mettre à la place de ces migrants qui arrivent et débarquent dans un nouveau monde où tout leur parait surnaturel, tout comme nous parait surnaturel l'univers que nous avons sous les yeux. En effet, habituellement, on retrouve ce genre d'univers et de graphisme dans des séries de SF ou de Fantasy, alors qu'ici on est vraiment dans du roman graphique et que le propos de la bande dessinée est véritablement la façon dont le héros s'acclimate, les gens qu'il rencontre et les histoires respectives de ces gens-là. L'univers n'est là que pour rendre l'impression de débarquer dans un nouveau monde, comme le personnage principal. Cette trouvaille de Tan est particulièrement efficace et réussie. On est embarqué avec cet homme et on découvre et on s'acclimate petit à petit à ces coutumes et ces façons de vivre, notamment les aliments dans les boites, etc. On reste dans cet univers un peu fantastique avec les histoires des différents protagonistes, qui ont tous vécus des situations atroces, mais toujours dépeintes de façon originale. Au final, même si ce n'est pas vraiment dit, on arrive à retranscrire à peu près ces histoires à des situations réelles. Personnellement, j'ai instinctivement pensé aux Etats-Unis, avec l'arrivée en bateau, et à une période qui se situerait entre les deux guerres mondiales, voire juste après la deuxième. Peut-être l'auteur a-t-il pensé à autre chose en faisant ces planches, ou pas, mais ce n'est au final pas bien important. En tout cas, j'ai vraiment été transporté. Je disais que cette bd comportait les ingrédients indispensables selon moi pour une bonne bd muette, mais je serais presque tenté d'en ajouter un, plus complexe à définir. Pour qu'une bd muette marche sur moi, il fait qu'elle ait un truc en plus, qu'il y ait de l'exagération par exemple, ou une originalité particulière. Dans toutes les bas muettes que j'ai appréciées, j'ai trouvé ce petit truc qui faisait, outre le dessin, que la lecture était remarquable. En ce qui concerne le dessin, il a un style propre et très réaliste qui n'est pas forcément celui que je préfère, mais il faut reconnaitre qu'il est très très bien maitrisé et certaines planches sont très belles. Le choix de colorisation est très bon, et contribue à la beauté un peu froide du dessin. S'il fallait trouver un petit défaut, c'est peut-être l'aspect un peu optimiste de la bd, comme d'autres ont pu le noter. Il n'est pas total, car les difficultés du héros à trouver un emploi constituent une grande partie du récit, et il se retrouve à faire un métier rébarbatif et épuisant en usine, et les histoires des gens qu'il rencontre sont très dures. Mais effectivement, il ne rencontre aucune personne qui lui est vraiment hostile, il se fait des amis et semble réussir à ne pas être si isolé, sort que peuvent connaitre beaucoup de personnes dans ce cas. Mais Tan semble avoir voulu se concentrer sur les moments positifs (les scènes où l'on refuse de lui donner du travail sont au final assez peu développées) et, vu la poésie du produit fini, on ne peut pas lui en vouloir.
Kingsman - Services secrets
Tout le monde connaît de près ou de loin les films Kingsman, de Matthew Vaughn, mais étonnamment, beaucoup moins de gens ont lu les comics, malgré les grosses pointures qui sont derrière... Pour ma part, je suis un fan absolument inconditionnel des 3 films (à ce jour) de Vaughn, et c'est donc avec une certaine appréhension que je me suis tourné vers le comics original, craignant que l'histoire fonctionne moins bien sur le papier qu'à l'écran, et que le récit perde une partie de sa magie... La première chose qui m'a frappé, c'est le dessin de Dave Gibbons. Certes, il est très bon, mais quand a s'est pris la baffe monumentale de Watchmen dans la gueule, on ne peut que remarquer que quelque chose a changé. C'est un style très réaliste et très clair, mais aussi très statique, et surtout, le trait est ici très épais, ce qui enlève aux graphismes une bonne partie de leur finesse, d'autant que les décors sont souvent assez vides. Encore une fois, c'est un peu un caprice d'enfant gâté, car le dessin est vraiment réussi, je souligne juste la comparaison avec Watchmen, l'écart de 28 ans qui sépare les deux oeuvres ne jouant pas en faveur de Kingsman. Peut-être aussi est-ce la couleur qui atténue un peu la force du dessin de Gibbons, je ne sais pas. Néanmoins, le dessin reste très efficace, rien à redire là-dessus. En tous cas, on oublie vite cette petite réserve quand on commence à s'immerger dans l'histoire. La comparaison avec le film joue plutôt en défaveur du comics au début, car le film a nécessairement plus d'occasions de développer ses personnages, d'ajouter des petits détails qui leur donnent du caractère, de la complexité, accentuent la force de l'intrigue, etc. Surtout, le film profite du génial Matthew Vaugh, qui transforme tout ce qu'il touche en or. Là, ça fonctionne, mais il manque un petit quelque chose au début. Et puis, plus on avance dans la lecture, plus on se rend compte qu'en fait, Mark Millar a quand même eu le temps de construire quelque chose. Les liens entre les personnages sont suffisamment développés, on s'attache volontiers à chacun d'entre eux, en tous cas les trois principaux (Gary, son oncle et sa mère), et Millar parvient tout-à-fait à insuffler un joli discours au travers de son récit, qui trouve son apothéose dans la lettre posthume de l'oncle Jack à la fin, subtile et à la hauteur du personnage. Mais bien sûr, quand on pense à Kingsman, on pense à sa représentation de la violence, tout-à-fait inédite au cinéma. Evidemment, c'est beaucoup plus conventionnel dans les pages du comics, mais on retrouve tout de même cette tonalité très "sale gosse", qui unit visiblement la créativité de Millar et celle de Vaughn. Ce mélange entre l'aspect britannique, classe, pince-sans-rire, un peu guindé, et une violence débridée à l'américaine, est tout-à-fait jouissive, et renforce largement le plaisir de lecture. Si le discours quasi-politique du film sur la société de consommation et la banalisation de la violence ne se retrouve pas trop dans le comics, l'utilisation du gore, quoique plus rare, se fait tout de même avec une certaine générosité. Enfin, on appréciera tous les changements qui ont été faits entre le comics et le film, permettant de donner aux habitués du film une vision légèrement décentrée et relativement inédite de l'histoire, le grand méchant ayant été totalement remanié dans sa version cinéma (et tant mieux, parce que Samuel L. Jackson y trouvait un de ses meilleurs rôles), et plusieurs détails significatifs se voyant transformés. Néanmoins, l'humour très britannique est bien présent, et trouve toujours sa justification dans les pages de ce récit geek, haletant, mené avec brio. Evidemment, ça ne remplace pas la vision des incroyables films de Matthew Vaughn, mais ça leur donne une belle base pour s'amuser à faire ce qui reste sans nul doute à ce jour et à mes yeux le meilleur pastiche de James Bond.
Bolchoi arena
Grosse surprise que cet album ! Et dans le très bon sens ! Connaissant Boulet uniquement de réputation (oui, shame on me diront certains...) et pas du tout le travail d'Aseyn, c'est un peu à l'aveugle que je me suis lancé dans cette lecture qui à première vue ne m'inspirait pas plus que ça de par son graphisme. Pourtant cette jaquette souple et translucide originale avait quelque chose d'interpellant... Et j'avoue qu'une fois entamé je n'ai pas lâché l'album avant sa fin ! Le Bolchoï est un réseau mondial de réalité virtuelle qui a supplanté internet et quasiment le monde réel. Cette réplique à l'identique du monde réel où chacun peut y évoluer sous la forme de l'avatar qu'il s'est choisi ne s'arrête pas à notre petit caillou terrestre, mais à l'ensemble de l'univers connu. C'est du coup un simulateur parfait pour toutes les nouvelles technologies et qui a permis de relancer la conquête spatiale. Notre jeune héroïne Marje, étudiante en astrophysique qui était jusque là restée hors connexion, finit par sauter le pas pour pouvoir "aller voir sur place" ce qu'elle étudie. Mais cette jeune newbie va dès sa première connexion faire le buzz en se faisant remarquer des meilleurs joueurs et des grosses firmes qui recrutent des joueurs professionnels... Si la thématique n'est pas des plus nouvelles et rappelle par exemple l'un des derniers films de Spielberg "Ready player one", j'ai trouvé le traitement des plus réussis. Tout d'abord la narration est juste parfaite et on est très rapidement accroché à l'histoire et à cette découverte de ce nouveau monde par Marje ; tout comme elle, on tombe vite accro ! Et si le dessin d'Aseyn assez minimaliste dans un style proche de certains mangas n'avait pas mon adhésion complète au départ, je m'en suis rapidement accommodé et j'ai même grandement apprécié. La colorisation un peu terne dans des tons pastels (qui m'a un peu fait penser à certains Moebius) impose également une ambiance particulière qui se révèle finalement des plus efficaces. Vous l'aurez compris, voilà un premier tome d'une série des plus prometteuses, mêlant aventure, action, humour et mystère dans un univers d'une grande richesse tout en poussant tranquillement la réflexion sur notre dépendance au monde virtuel. Un très bon premier album, vivement la suite ! *** Tome 2 *** BAM ! Ce 2e tome enfonce le clou d'un début de série canon et propulse "Bolchoi arena" dans mon p'tit top des séries du moment ! C'est avec un réel plaisir que j'ai replongé dans les virées virtuelles de Marje dans le Bolchoi. Surtout que là tout va se compliquer. Les premières "heures" de découverte et l'infini des possibilités de ce nouveau monde vont vite être rattrapés par la dure réalité, même dans le virtuel. Finis les bisounours, mais surtout, Marje va se retrouver dans une situation des plus compliquées (pas de panique je ne vais pas spoiler !) et ses amis vont devoir gérer tout ça tant bien que mal pendant que les forces en puissance vont forcément profiter de la situation. Après un tome introductif bien campé et qui avait posé les bases solides de son récit, Boulet lance le turbo et nous déroule un récit qui maintient ce rythme intensif en nous distillant des rebondissements bien pensés. Aseyn conserve cette ligne très marquée manga de par son dynamisme et la fausse simplicité de son trait, tout en ayant cette petite touche personnelle qui fait la différence. Mention spéciale aux scènes d'action qui sont d'un rendu assez exceptionnel ! Alors, voilà, il n'y a plus qu'à prendre notre mal en patience pour attendre le prochain opus de cette série qui dépote ! *** Tome 3 *** Et c'est reparti sur les chapeaux de roue ! Depuis la chute de BOGI (l'un de ces grand consortium) la crise économique mondiale prend de l'ampleur et les conflits sociaux fleurissent dans le monde entier. de son côté Marje est toujours bloquée dans son monde virtuel et réfléchit au moyen de sauver tant bien que mal sa terrible découverte... Quel plaisir que de retrouver cet univers assez unique et ses personnages attachants, ou qu'on a juste envie de baffer, c'est selon ^^ ! Boulet et Aseyn poussent encore leur histoire plus loin pour nous proposer un récit à l'équilibre intelligent. Entre l'épique (qui satisfera tous les joueurs) et la réflexion (pour les amateurs d'anticipation) sur le devenir de nos sociétés face à l'emprise du numérique et des grands groupes qui nous inondent, on est plutôt bien servis ! Ce tome met également en avant la psychologie de nos protagonistes au travers de leurs amitiés et de leurs relations diverses. C'est souvent complexe, douloureux, mais les bonnes surprises sont aussi de la partie. Voilà donc un troisième tome, qui s'il rompt avec le rythme tonitruant des précédents approfondie les questionnements latents qui constituent la trame de cette série depuis son début ainsi que les relations des personnages. Pour autant, pas le temps de s'ennuyer et l'action a toujours la part belle ; l'imprévisibilité de notre chère Marje aidant ! Vivement la suite !