Les derniers avis (39918 avis)

Par Présence
Note: 4/5
Couverture de la série Supergirl  - Being Super
Supergirl - Being Super

Merveilleusement ordinaire - Ce tome contient une histoire complète indépendante de toute autre qui ne nécessite pas de lecture ou de connaissance préalable pour être comprise. Il comprend les 4 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2017, écrits par Mariko Tamaki, dessinés par Joëlle Jones, encrés par Jones, à l'exception du premier épisode qui est encré par Sandu Florea, et mis en couleurs par Kelly Fitzpatrick. Dans un champ, non loin de Midvale, une fusée s'écrase à proximité d'une grange et une voiture s'arrête pour que le couple aille voir de quoi il en retourne. Au temps présent, c'est la photographie de classe pour le livre d'année, alors que c'est le début de l'année. Dolly Ganger est venue avec un teeshirt portant une inscription drôle. Elle enlève sa casquette de baseball avant la photographie, découvrant une belle mèche de cheveux bleus. Jennifer Bard s'attache les cheveux en arrière en conservant sous sweater. Kara Danvers se rend compte qu'elle a un bouton qui commence à pousser au niveau de la mâchoire, sans réussir à le percer. Elles se rendent ensuite toutes les trois au cours de sport, où la coach Stone leur remet une montre connectée pour pouvoir surveiller et enregistrer des paramètres physiologiques. Après le sport, elles se rendent au diner local, l'une pour consommer un bon hamburger, l'autre une salade pour respecter son régime de sportive. Après avoir travaillé ensemble sur leurs devoirs, le temps est venu pour chacune de rentrer chez elle. Kara rentre à la ferme et retrouve ses parents adoptifs Eliza et Jeremiah Danvers. Son père ne fête pas ses propres anniversaires et a toujours vécu à la ferme. Avant que Kara n'aille finir ses devoirs, il lui demande de venir l'aider dans la grange, pour déplacer un tracteur. Kara le soulève à main nue. Elle jette ensuite un coup d'œil au vaisseau dans lequel elle est arrivée sur Terre frappé d'un emblème qui ressemble à un S dans un pentagone. Elle pense au rêve étrange qu'elle fait chaque nuit, où elle se trouve dans un aéroport ou une gare ferroviaire, et elle regarde l'obscurité à travers une vitre. Elle décide d'aller voler un peu dans le ciel pour prendre l'air. Puis elle revient dans sa chambre et se plonge dans la lecture de L'insoutenable légèreté de l'être (1982) de Milan Kundera. le matin elle se lève et va percer son bouton dans la salle de bain, avec des résultats peu ragoutants, une façon peu agréable de commencer la journée de ses 16 ans. le train-train reprend le dessus, avec une journée de cours peu excitante, un peu de sport, et ses mains qui se mettent à luire de manière inopportune dans les vestiaires alors qu'elle s'y trouve seule. Supergirl avait-elle besoin d'une nouvelle itération de ses origines ? Quoi qu'il en soit, le lecteur a conscience que cette histoire est déconnectée de toute continuité et qu'elle propose une version à prendre pour elle-même, devant justifier son existence, sans rapport avec une série continue, ou des développements ultérieurs. le lecteur relève le nom des auteures. Mariko Tamaki s'est fait connaitre en tant que co-auteure de l'excellente chronique adolescente This one summer (avec Jilian Tamaki) et une saison très personnelle de She-Hulk. Joëlle Jones a réalisé deux saisons épatantes de Lady Killer et a participé au mariage Batman Vol. 7: The Wedding écrit par Tom King. Par la force des choses, le personnage de Supergirl étant assez connu, le début du récit passe par toutes les étapes attendues : son arrivée sur Terre (en 1 page), sa relation avec ses parents (un père un peu psychorigide et s'en tenant à des certitudes qu'il a érigées en autant de principes, une mère compréhensive et attentionnée), ses 2 meilleures copines, la vie au lycée, l'utilisation de ses pouvoirs en catimini de peur de la réaction des citoyens lambda, le drame personnel (la mort d'une personne qui lui est chère) qui va déclencher sa vocation de superhéroïne. Mais s'il a succombé à la tentation de ce tome, le lecteur est surtout venu rechercher les particularités des auteures. Joëlle Jones a donc illustré ces quatre épisodes de quarante-deux pages chacun. Elle a choisi de donner une silhouette d'adolescente longiligne à Kara Danvers, en cohérence totale avec la nature du récit. Elle ne porte aucun costume de superhéros du début jusqu'à la fin, et porte donc des vêtements ordinaires et très fonctionnels : jean, chemisier, pull, débardeur, pyjama très confortable, short et teeshirt pour le sport, basket, blouson. Il n'y a qu'à l'occasion de l'enterrement qu'elle porte une robe noire avec un boléro carmin. Les tenues de ses copines sont tout aussi basiques et normales, Jennifer étant un peu plus affinée que Kara du fait de son régime de sportive et d'une pratique du sport plus intensive. Dolly est un peu plus enrobée du fait de son appréciation pour la nourriture de fastfood. Les autres personnages ont des tenues vestimentaires adaptées à leur âge, salopette et chemise en jean pour le père, robe ample pour la mère, etc. L'artiste sait donner l'impression d'une Amérique rurale, vivant de manière simple, mais sans cette patine intemporelle propre à Ma & Pa Kent figés dans l'Amérique des années 1950. Elle s'investit fortement dans la représentation des différents environnements : gymnase du lycée, piste de course du stade, cuisine un peu encombrée des Danvers, grange avec du matériel agricole, salle de bain à l'aménagement un peu vieillot, salle de cours et vestiaires fonctionnels, cantine impersonnelle, paysages ruraux à base de grands espaces, chantier de construction désaffecté, chambre parentale confortable sans être luxueuse. Les décors sont présents avec une plus grande régularité que dans un comics de superhéros industriel, avec un niveau de détails satisfaisant. L'enjeu visuel de cette histoire est de montrer une vie quotidienne plausible, sans tomber dans l'image d'Épinal figée dans un passé idéalisé. Kara Danvers est présente sur toutes les pages car le récit se focalise sur elle. Jones sait lui donner des postures naturelles, gracieuses sans donner l'impression d'avoir été piochées dans un magazine de mode. le lecteur observe une jeune fille naturelle, se déplaçant normalement, avec des réactions émotionnelles à l'intensité cohérente avec son âge. Il voit Kara utiliser discrètement ses pouvoirs, là encore avec un grand naturel, une chose normale pour elle, qui n'est plus sujet à un émerveillement, mais sans qu'elle ne soit blasée pour autant. Joëlle Jones se montre très à l'aise dans les gestes de tous les jours, dans les petits détails du quotidien, dans les différents types de marque d'affection, qui ne sont pas les mêmes entre amies, ou entre une mère et sa fille. Elle met en scène avec le même naturel les scènes d'action : le tracteur soulevé d'une main, l'envol dans le ciel, les manifestations lumineuses corporelles involontaires de Kara, l'affrontement physique contre Tan-On dans le dernier épisode. le fait que chaque scène ait l'air naturel n'est pas synonyme d'insipidité, loin de là. le lecteur est régulièrement surpris soit par un dessin (Kara enveloppée dans une couverture de survie, ou en train de percer son bouton), ou par une séquence à la mise en scène très fluide ou au découpage en cases bien pensé. Le lecteur retrouve toute la sensibilité de Mariko Tamaki, et sa capacité à faire exister ses personnages, sans sensiblerie ni stéréotype émotionnel. Alors qu'elle respecte à la fois les points de passage obligés d'un récit mettant en scène une adolescente dans un milieu rural, et les étapes obligatoires du développement de ses pouvoirs, la scénariste raconte une histoire spécifique, unique du fait de la personnalité de Kara et de son histoire personnelle, inattendue du fait des rebondissements. En effet, soit le lecteur ne connaît pas le personnage et il a tout à découvrir. Soit il connaît déjà le personnage, mais il se rend compte que cette histoire des origines est autonome, sans avoir de compte à rendre à une continuité ou à une autre, ce qui l'autorise à la raconter comme elle l'entend. de fait, il ne s'agit pas du récit habituel, même si Kara vient bien de Krypton et qu'elle dispose des pouvoirs attendus. Sous le charme discret et naturel de Kara, le lecteur partage ses émotions, que ce soit l'amitié avec ses copines qui n'ont rien de pimbêches, d'écervelées ou de cyniques avant l'heure, avec ses parents (sa tendresse pour sa mère, son respect décillé pour son père malgré ses défauts), son deuil pour l'être cher trouvant la mort, sa colère face à la trahison, son espoir dans l'avenir en découvrant un individu disposant de pouvoirs identiques au sien, etc. Comme à son habitude, Mariko Tamaki sait faire exister Kara sous les yeux du lecteur, lui donne vie avec une personnalité propre sans être excentrique ou caricaturale, avec une aisance remarquable. Bien sûr que Supergirl n'a pas besoin d'une énième origine secrète pour la mettre à jour dans une continuité percluse d'incohérence. Cela n'enlève rien à la qualité de ce récit qui montre une adolescente passer le cap des 16 ans et commencer à prendre une indépendance, à la fois contrainte par les événements, et à la fois soutenue par ses proches, dans une mise en image très agréable, cohérente avec la vision de la scénariste. le lecteur prend plaisir à passer ces moments de lecture, avec une demoiselle sympathique sans être nunuche ou déjà adulte, réalisant progressivement que le monde des adultes est plus complexe que celui de l'enfance, promettant des aventures pour un futur qui n'est pas encore déterminé, rempli de potentiels, aussi bien celui de déterminer que faire de ses aptitudes, que rencontrer d'autres personnes partageant ses convictions, ses valeurs, ses centres d'intérêt.

01/07/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 4/5
Couverture de la série Idées Noires
Idées Noires

Loin de l'univers de Gaston, Franquin nous livre une pépite d'humour noir, Pour qui aime l'humour noir c'est clairement du pain béni et chaque "gag" arrachera un sourire. Il nous livre une vision très critique du monde qui l'entoure et des craintes que le chemin pris par la société pouvait charrier. Par ailleurs le dessin et l'utilisation du noir colle parfaitement à l'esprit de la BD. Alors oui depuis 40 ans la société a évolué et pourtant tous les sujets restent d'actualité. N'est ce pas ça finalement qui fait le plus peur ...

01/07/2024 (modifier)
Par Simili
Note: 5/5
Couverture de la série Lanfeust de Troy
Lanfeust de Troy

Il était compliqué pour moi de ne pas prendre cette série afin de poser mon premier avis tant elle aura marqué un passage pour moi entre la BD classique (Astérix, Tintin, Lucky Luke, ...) et de nouveaux horizons du 9ème art. Forcément mon avis ne peut être objectif (remarque que c'est le principe même d'un avis). J'ai découvert Lanfeust il y a un peu plus de vingt ans, âgé moi même d'une vingtaine d'années j'ai tout de suite été emballé par l'univers de Troy, l'humour (parfois lourd) d'Arleston et les dessins de Tarquin. Troy est un monde magnifique et dangereux avec un bestiaire très diversifié ; les personnages sont attachants avec une mention spéciale pour Hébus. La quête de Lanfeust est noble et va l'amener bien au delà de ce qu'il imaginait. J'ai rapidement lu les 8 tomes de la série avant d'embrayer sur les Lanfeust des Etoiles et Lanfeust Odyssey. J'ai lu les critiques sur la vision très sectaire de la femme (Cian/Cixi) mais cela n'est pour moi pas recevable car cela reviendrait 1/à sortir la BD de l'époque où elle a été écrite et 2/de complètement nier le pouvoir que la femme peut avoir sur l'homme. Alors oui toutes les femmes ne sont pas des Cian ou des Cixi mais comme tous les hommes ne sont pas des Lanfeust ou des Thanos. Alors oui la BD est destinée plutôt (surtout) à des jeunes hommes qui tout comme Lanfeust se préparent à faire la découverte de la vie du monde extérieur aimant l'humour potache et parfois lourd. Car finalement c'est bien de ça qu'il est question des choix d'un grand adolescent qui vont façonner l'homme. L'homme que je suis devenu sourit toujours à certaines blagues (ah les chanson paillardes pour faire avancer le pétaure) et regrette bien amèrement le temps béni où tout n'était pas aseptisé par une pseudo morale et où on pouvait encore rire de (presque) tout. NB : Lanfeust des Etoiles et Odyssey sont clairement en dessous de la série originelle. Preuve que le long n'est pas toujours bon. :-)

01/07/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Porte de l'univers
La Porte de l'univers

C'est de l'humour de vieux, place aux jeunes. - Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre, ne nécessitant pas de connaissance préalable de l’œuvre de l'auteur. Il a été réalisé par Daniel Goossens, pour le scénario, les dessins et les couleurs. Cette bande dessinée bénéficie d'une introduction d'une page rédigée par Édouard Baer, et d'une courte phrase sur le bandeau en quatrième de couverture de Benoît Poelvoorde (La porte de l'univers… Voilà qui met en appétit). Il se termine avec une postface de six pages, écrite par l'auteur, essayant d'expliquer son humour. Chapitre 1 : Robert Cognard. Ce monsieur est assis à sa table de travail : c'est un comique professionnel et il cherche de nouvelles idées de gags. Il est complètement à sec. Il n'a plus un gag en stock, lessivé. Que des redites. C'est la fin des haricots péteurs. Il se rend à la réunion de travail chez son employeur, mais il pousse la porte de la salle de réunion alors que celle-ci se termine, que tout le monde s'est déjà levé, et prend congé. Il s'adresse à Jean-Pierre, à Chantal, mais ils préfèrent l'éviter. Il se dirige vers le patron et il engage la conversation. Celui-ci lui propose de l'accompagner dans son bureau. Robert explique qu'il cherche du neuf, que ce n'est pas le tout de faire rire, qu'il faut également dénoncer la bêtise. Arrivé dans le bureau du patron, celui-ci explique que les gens sont exigeants, qu'ils veulent du nouveau, toujours du nouveau. Robert continue de soliloquer sur ses mollets poilus, mais le patron lui tend un chèque. Il lui conseille de prendre du bon temps, de s'amuser avec des filles. Il ne le vire pas, il lui offre la liberté, en conseillant à Robert de saisir sa chance. le comique s'en va, les larmes aux yeux, citant Pierre Desproges : on peut rire de tout, mais pas de n'importe qui. Robert Cognard est rentré chez lui. Il a relevé son courrier : les factures, les papiers d'huissiers, les convocations au tribunal, et il n'a plus le moindre gag en stock. Sa compagne Sheila a revêtu une robe pimpante assez courte. Une dispute s'en suit, et elle fait calmement sa valise, alors Robert s'emporte de plus en plus. Il se rend au bar et aborde une femme, lui racontant la blague de pourquoi Popeye avait des avant-bras musclés. Il finit par la raccompagner chez elle, tout râlant sur le fait que ça ne suffit plus de les faire rigoler, après, il faut allonger la friche. En entrant dans son appartement, il remarque une affiche de Corto Maltese. Il se lance dans un soliloque en s'adressant à la prostituée. Elle rêve d'être emmenée par un beau marin ? Elle aussi, elle est attirée par la lumière ? Il n'existe pas d'âme vraiment simple et pure ? Corto Maltese, c'est juste le prestige de l'uniforme. le p'tit foulard, les p'tits galons, la casquette de marin… Les vrais marins, ça se pomponne pas. Ça a pas l'temps pour la galipette. Y a-t-il donc que lui de lucide ? Si Corto Maltese avait eu le même succès avec une casquette Pernod, il aurait dit Chapeau l'artiste ! C'est facile quand on est marin et beau. Lui, croit-elle qu'on lui ferait une gâterie à l’œil avec la casquette de Corto Maltese ? On ferait la fine mouche, oui ! Un nouvel album de Daniel Goossens : plus de quarante-cinq ans de métier avec des histoires publiées dès 1976 dans le magazine Pilote, et des albums dès 1979. Ici, il propose une histoire continue, plutôt qu'une série de scénettes, composée de douze chapitres : Robert Cognard ; Les Grands du rire ; le Salon du rire ; La Taverne des artistes ; le Procès ; Dans le pétrin ; La plus belle femme du monde ; Les Marines de l'Alabama ; Épilogue ; La Porte de l'univers ; le Jugement dernier ; Dernier épilogue avant l'éternité. Toutes les caractéristiques qui font le charme de ce bédéiste sont bien présentes. le lecteur identifie immédiatement sa manière de dessiner : des décors tracés d'un trait sûr, allant à l'essentiel, parfois avec plus de détails le temps d'une case ou deux. le lecteur sait immédiatement où il se trouve : le bureau de Robert Cognard avec ses armoires métalliques à tiroir et son escabeau, la salle de réunion avec ses tables et ses fauteuils, le bureau du patron avec un mobilier plus couteux, le bel appartement du comique avec sa cheminée, un simple bar, un grand hall du bâtiment pour la convention, une salle de procès avec la barre des accusés, une cellule avec deux bat-flancs, une grande prairie avec des cowboys et des vaches, une navette spatiale. Les accessoires sont tout aussi parlants et bien choisis : la sacoche en cuir de Cognard, les tenues vestimentaires différenciées et faisant apparaître une facette de la personnalité du l'individu représenté, la coiffeuse de Sheila, le flacon de M. Propre, la reproduction des cieux d'un tableau de Vincent van Gogh, les différents modèles de fauteuil de bureau, le tutu rose, la selle de cheval, etc. L'artiste a atteint un niveau remarquable dans la représentation des personnages, leur posture, leur langage corporel, la palette d'expression de leur visage, au point de transmettre l'émotion avec un naturel évident, même si la représentation peut être exagérée, ou caricaturale. le lecteur ressent immédiatement une connexion avec Robert Cognard : un homme marqué par l'âge, sûrement la soixantaine, de petite taille, endurant, encore plein d'énergie, mais peut-être dépassé par l'époque, ne parvenant plus à lutter avec les nouvelles générations car il est vrai que l'humour se démode. Un homme qui essuie les échecs et qui les supporte sans se plaindre, un homme encore capable d'enthousiasme, un homme qui y croit encore. Quelqu'un qui essaye de se maintenir dans le coup, qui bosse pour proposer de nouvelles blagues, mais aussi quelqu'un avec les valeurs et la culture de sa génération. Il est impossible de rester de marbre devant cet individu avec des valeurs, avec une vraie envie de continuer, avec un tel cœur à l'ouvrage. le lecteur souffre avec lui quand il se heurte au refus poli mais implacable du patron, à la froideur de sa compagne qui ne le soutient pas, à la médiocrité des blagues de ses pairs se contentant d'un humour bourgeois, alors que lui reste un ouvrier dans l'âme. Il sourit devant le général qui se vante de ses cinq étoiles alors que son interlocuteur n'en a que trois, ou encore devant ce dieu à la longue barbe blanche, au halo impeccable et à la longue robe blanche immaculée. Et puis bien sûr, l'incongru et l'absurde sont fidèles au rendez-vous. Par exemple visuellement : Corto Maltese avec une casquette Pernod au lieu de sa casquette de marin, Robert jeune le pantalon et le slip baissés sur les chevilles en plein milieu d'un trottoir passant, Robert en tutu avec des mollets très poilus, le même Robert montant dans une fusée, etc. Sans oublier les caricatures de Corto Maltese à Capitaine Tintin & le jeune reporter Haddock, en passant par François Mitterrand avec sa belle écharpe rouge, Full Metal Jacket (1987) de Stanley Kubrick (1928-1999), ou une célèbre série policière télé. Ça dérape également dans l'absurde et dans l'incongru avec les réparties, à commencer par la citation erronée de Pierre Desproges (1939-1988) : on peut rire de tout, mais pas de n'importe qui. Ou encore ce détournement d'un aphorisme de Georges Brassens : Sans le talent, le travail n'est qu'une sale manie. En fonction de sa sensibilité, certaines blagues fonctionnent immédiatement sur le lecteur le faisant rire à haute voix, alors que d'autres le laissent interdit, entre platitude littérale et idiotie. Pourtant… Pourtant arrive un moment où l'émotion l'emporte sur tout. En pleine plaidoirie pour se défendre d'un gag éculé qui a mal tourné, Robert Cognard explique que le vrai courage est de laisser tomber son pantalon dans la rue d'un seul coup, sans prévenir. Et il a eu ce courage à dix-sept ans, et il n'est pas sorti intact d'une telle expérience. le lecteur éprouve un élan irrépressible de sympathie et de pitié l'emporter devant ce jeune homme humilié par l'indifférence des passants qui s'écartent, alors qu'il s'est littéralement mis à nu pour son art. Dans le chapitre huit, l'auteur réussit un autre exploit avec une élégance légère, celle de faire croire à l'élan d'amour pur entre son personnage principal et une vache faisant la figurante parmi un troupeau en arrière-plan dans un western. C'est ridicule, absurde et même idiot, et en même temps un drame d'une rare authenticité. Un peu plus loin, Robert Cognard parle de la société qui exige que les clowns se maquillent pour sortir, et le lecteur y voit l'écho de l'exigence que les femmes se maquillent, un écho pénétrant d'une exigence sociale implicite et lourde de sens. le lecteur se prend d'une réelle affection pour Robert Cognard dont il ne doute pas un seul instant que tout le monde prononce son nom comme s'il ne comprenait pas la lettre G. À certains moments, il se dit que cet artiste comique qui n'y arrive plus vraiment, qui semble atteint par la limite d'âge, incarne ce qui pend au nez de l'auteur lui-même, ou peut-être ce qui lui a déjà été mis dans les dents, que sa carrière est derrière lui, et que son grand prix de la ville d'Angoulême date de 1997. Avec cette idée en tête, il relève quelques phrases. C'est de l'humour de vieux, place aux jeunes. Un comique, c'est pas un génie, nom d'une pastèque en slip ! C'est un écorché vif, prêt à se déculotter pour le public ! Je suis un comique, moi ! J'ai besoin de prendre des risques ! Je ne peux pas me contenter de vos petites vies tranquilles. Puis le lecteur passe à la dernière partie : la postface écrite par l'auteur. Elle est constituée de six chapitres : Les aventures de Cognard - Les connivences - La connivence humaniste - Effets de manche et contenu intellectuel - Autres points de vue sur les mêmes phénomènes - de quoi je me moque et pourquoi ce n'est pas forcément partagé. L'auteur décortique ce qui le motive à s'exprimer, ce qui constitue son sens de l'humour. le lecteur découvre ou retrouve les intentions de l'auteur qu'il a pu percevoir, ou qu'il n'a pas saisies au cours de cette bande dessinée. C'est une véritable profession de foi, sans fausse modestie, sans acrimonie non plus. C'est honnête et intelligent, sans prétention, sans donner de leçon, sans fard. Un album de plus d'un bédéiste avec plus de quarante ans de métier ? Oui, bien sûr, c'est du Goossens. Pas seulement, car c'est un format long sous forme de douze scénettes, c'est une toujours aussi absurde et incongru, drôle et parfois impénétrable. C'est aussi une mise en abîme et une profession de foi directe. C'est abordable et enlevé. C'est un très grand cru.

01/07/2024 (modifier)
Par Zld
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Petite Mort(e)
La Petite Mort(e)

Davy mourier est un artiste de talent. Je l'ai d'abord connu avec Bad News que j'adore, un monument d'humour. Et que dire de la petite mort, un chef d'oeuvre d'originalité et dont l'adaptation web est tout aussi fantastique. Il retourne dans cet univers pour nous proposer la petite morte, je lis la bd et regarde en même temps la série web. C'est toujours aussi cool. Bravo Davy, continue comme ça, ça fait plaisir de voir des artistes aussi talentueux en France ??

30/06/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Le Scrameustache
Le Scrameustache

J'ai adoré plonger dans l'univers fantastique du Scrameustache. Les aventures de ce petit extraterrestre m'ont transporté loin de la réalité. Khéna, le Scrameustache et les Galaxiens sont des héros pleins de charme. Leurs péripéties m'ont fait sourire et rêver. Le style de Gos, avec ses couleurs vives et son trait dynamique, m'a rappelé les BD de mon enfance. Même adulte, j'ai apprécié cette série pour sa fraîcheur et son humour. Une valeur sûre pour les jeunes lecteurs ! "Le Scrameustache" est donc une BD qui mérite largement sa place dans votre bibliothèque.

30/06/2024 (modifier)
Par Présence
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série God save the Queen
God save the Queen

Souveraine légitime et petite cuiller - Au royaume des fées, la Reine Titania règne sur le peuple des fées depuis son palais. Pour s'asseoir sur ce trône, elle avait destitué des siècles plutôt la reine Mab. La tradition indique qu'il ne faut pas mettre la sortante à mort au risque de tomber sous sa malédiction. Problème : si la précédente n'est pas morte, elle peut revenir. Et c'est ce qui se produit ici. Titania se retrouve bien vite reléguée dans les oubliettes du château et les êtres du peuple qui n'ont pas voulu changer d'allégeance sont pourchassés et exterminés sans plus de cérémonie. Seuls ceux qui avaient été exilés sur terre ou qui y avaient fui pour ne pas recevoir un châtiment ou une condamnation réchappent à cette vengeance, ainsi que Cluracan. Pendant ce temps là, sur notre bonne vieille terre, dans les quartiers nord de Londres, Linda est lassée de sa vie avec sa mère alcoolique que son père a quittée. Elle poursuit ses études sans aucune conviction et elle entraîne Jeffrey, son ami d'enfance, dans ses frasques, en l'occurrence une virée en boîte. Pendant cette soirée, elle tombe sur un individu peu respectable dénommé Verian qui l'initie au plaisir du shoot à l'héroïne coupée avec le sang de Linda. Il s'agit de la troisième bande dessinée illustrée par John Bolton dans les années 2000, après Harlequin Valentine (une adaptation d'une nouvelle de Neil Gaiman) et The Furies (se déroulant dans l'univers du Sandman de Neil Gaiman). "The Furies" mariait les visions cauchemardesques de John Bolton avec des scènes plus quotidiennes de banlieue américaine. Pour ces dernières, Bolton avait recours à des photos travaillées par infographie pour donner l'impression de peinture, mais le résultat présentait quelques approximations trahissant un manque de maîtrise de l'outil. Graphiquement, John Bolton reprend le même dispositif pour cette histoire : des références photographiques transformées par l'informatique et des scènes dantesques et hallucinées dans le monde des fées. Cette fois ci, l'outil informatique est parfaitement maîtrisé et il n'y a plus de solution de continuité entre les décors et les personnages. Bolton a trouvé la bonne option pour repasser les photographies avec un outil qui donne une impression de coup de pinceau avec une peinture bien épaisse, et pour faire disparaître les éléments superfétatoires de la photographie. Ce dispositif lui permet de nourrir ses décors et de les ancrer dans une réalité très prosaïque, tout en en donnant une apparence interprétée par la vision de l'artiste. Il est également évident que certains personnages ont été conçus à partir de modèles vivants. Et là encore, Bolton ne se contente pas de décalquer, il impose une vision artistique en travaillant sur les couleurs et les textures. Enfin quand les protagonistes passent du coté du monde féerique, Bolton laisse libre cours à son imagination pour des visuels qui décoiffent, qui dérangent, qui horrifient, qui nous transportent ailleurs. John Bolton maîtrise comme peu la composition de couleurs pour une harmonie à toute épreuve en utilisant des teintes inattendues et provocantes. Il sait donner une texture spécifique à chaque élément et une épaisseur telle que le lecteur perçoit la sensation du toucher. Mike Carey a choisi de faire reposer son intrigue sur des éléments de la série Sandman (Titania, Cluracan, Puck), mais cette fois-ci le récit peut se lire sans avoir jamais ouvert un comics de Morpheus. Les 2 groupes de personnages sont plongés au milieu de situations qui sont tour à tour terre à terre, puis sortant de l'ordinaire. Les scènes les plus dérangeantes ne sont pas forcément celles que l'on attend. En particulier, le comportement à risques de Linda sur terre (piquouse et défonce) est beaucoup plus dérangeant que la parade des monstres. En seulement une centaine de pages, Mike Carey crée des individus avec des personnalités complexes et attachantes pour lesquels le lecteur ressent immédiatement une forte empathie. Et comble du plaisir de lecture, il ne se contente pas d'une fin de conte de fées, il oppose intelligemment le rétablissement d'un ordre au pays fictif des fées avec l'obligation de changement pour l'héroïne dans le monde réel. J'ai été transporté dans une autre dimension par les illustrations sophistiquées, riches et évocatrices de John Bolton qui a bénéficié d'un scénario adulte pour servir d'écrin à ses visions fulgurantes. Si vous aimez John Bolton, vous pouvez également tenter The Green Woman (scénario de Peter Straub), Army of Darkness (avec du sang et de la chair, scénario de Sam Raimi) ou The Black Dragon sur un scénario de Chris Claremont ou Batman : Manbat sur un scénario de Jamie Delano.

30/06/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Nävis
Nävis

J'ai été séduit par l'univers coloré et dynamique de Nävis. Les aventures de la jeune héroïne, ses interactions avec les animaux de la jungle et sa personnalité énergique m'ont captivé. Les illustrations de Munuera sont simples, mais elles transmettent parfaitement les émotions des personnages. J'ai particulièrement aimé le côté cartoon qui donne du mouvement à l'ensemble. Chaque tome propose des récits complets, avec des messages positifs sur l'amitié, la tolérance et l'entraide. C'est une lecture idéale pour les jeunes lecteurs. Nävis n'est peut-être pas une œuvre profonde, mais elle offre un moment de détente et d'évasion. J'ai apprécié cette sucrerie Delcourt qui m'a fait sourire. En résumé, si vous cherchez une BD légère et divertissante, je vous recommande vivement Nävis !

30/06/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 5/5
Couverture de la série Musnet
Musnet

La bande dessinée "Musnet" m'a vraiment marqué. Dès la première case, j'ai été transporté dans un monde bucolique, avec des paysages magnifiques et une petite souris intrépide. J'ai aimé suivre les aventures de Musnet, son apprentissage de la peinture auprès de Rémi l'écureuil, et sa détermination à réaliser ses rêves malgré les obstacles. Les personnages sont attachants, et l'émotion est palpable. En somme, "Musnet" est une lecture captivante qui m'a régalé.

30/06/2024 (modifier)
Par Charly
Note: 4/5
Couverture de la série Léonard
Léonard

J'ai lu la bande dessinée "Léonard" et je lui donne une note de 4/5. Pourquoi ? Eh bien, c'est simple : j'ai beaucoup ri ! Les gags sont ingénieux, les personnages attachants, et l'humour est bien dosé. J'ai particulièrement apprécié les inventions farfelues de Léonard et les réactions du disciple. Si vous cherchez une BD légère et divertissante, je vous la recommande chaudement.

30/06/2024 (modifier)