Comme beaucoup sans doute, c'est d'abord le graphisme et la mise en couleur qui m'ont séduit. Ouvrir cet album, y contempler le découpage semblant très fluide, rehaussé par les contrastes entre le blanc et le rouge, était déjà une expérience intéressante. De quoi tenter un gourmand qui parfois se prend pour un gourmet. A la lecture et comme le chantait notre petite-grande piaf : "non... je ne regrette rien". J'ai été happé par cette histoire qui met vraiment l'eau à la bouche. Inutile de dire que les gourmands et gourmets qui cohabitent en moi furent comblés.
Pour revenir à un peu plus de sérieux, j'ajouterai juste que ce qui m'a intéressé plus que toi, c'est la quête du héros. Cette quête d'autant plus difficile à assumer qu'elle est compliquée par une amnésie au départ totale, laisse entrevoir de belles perspectives. Pour le peu que les deux méchants soient à la hauteur et que l'auteur évite les poncifs du genre, on risque de ne pas s'ennuyer. J'attends donc la suite avec une réelle impatience.
Fred a fait appel aux célèbres imageries d'Epinal pour publier cette bande dessinée. L'imagerie Pellerin existe depuis 1735, on trouvera en fin d'album un bref historique de cet imagier très en vogue à l'époque, dans ce qui fut en quelque sorte précurseur de la bande dessinée moderne.
Toujours dans la rêverie qu'on peut rencontrer dans sa série fleuve Philémon, Fred dépeint ici les aventures d'un homme qui trouve une lanterne magique. En fait il s'agit plus précisément d'une magique lanterne qui, elle, peut parler et faire pleins d'autres trucs magiques. Léonléon, c'est ainsi que se nomme notre homme va traverser 20 planches, toutes des rectos de pages avec les pointillés pour la découper. Car Fred fait appel à la participation active du lecteur, l'interpelle souvent pour l'intégrer au récit. Chaque page a un titre, petit jeu de mots, et peut ainsi se lire quasiment indépendamment des autres même si un lien chronologique existe entre elles.
Côté négatif, je reconnais que le scénario est assez léger, au final Fred n'a que 20 pages (mais quelles pages !) pour développer son imagerie.
On pourra lire également en préface une présentation de l'auteur à travers entre autres une interview du personnage principal de l'histoire. J'y ai appris par exemple le vrai nom de l'auteur que j'ignorais auparavant.
Dans un format hors norme (environ 37x27 cm), c'est tout simplement génialissime et inventif comme sait le faire Fred, que ce soit dans la mise en page, dans l'originalité et l'exploitation du support bande dessinée comme jamais ou presque je n'ai vu. Et ça j'aime beaucoup.
Lu sur le blog de l'auteur depuis les quasi débuts de l'histoire, je suivais régulièrement les nouvelles planches qui sortaient. Cet instituteur ès patates a une très belle façon de raconter son quotidien dans une école difficile. Il nous montre le peu de moyens qui lui sont offerts et son manque d'expérience pour gérer des enfants en crise. Le dessin patatoïde est à la fois simple et très expressif, c'est devenu la marque de fabrique de l'auteur.
Ensuite se faire récupérer par un grand éditeur, c'est très bien pour l'auteur mais je ne peux m'empêcher de penser que le blog de bande dessinée devient un vrai "coup commercial" pour un éditeur..., le buzz se faisant, ou qui se fit au fil des mois sur internet, va potentiellement permettre de bonnes ventes.
La Nuit des Chats Bottés frappe fort. Adaptation par Boris Beuzelin du roman au même titre de Frédéric H. Fajardie, cette histoire brutale brosse le portrait de deux hommes à la volonté absolument implacables, deux hommes qui programment sur Paris, l'organisation d'une série d'attentats toujours plus spectaculaires et destructeurs.
Stephan et Paul ne sont pas des personnages que l'on peut qualifier de héros, ni même d'anarchistes, ce sont deux révolutionnaires, deux terroristes utilisant armes et bombes, non pas pour défendre une cause idéologique quelconque, mais tout simplement pour détruire ce qui à leurs yeux apparaît comme un symbole de dominance relative au pouvoir en place. Leur mobile est Jeanne, une femme qu'ils aiment mais ne partagent pas, si elle entretient une relation complice, presque tendre avec Paul, elle est la compagne de Stephan. Ce dernier décide de faire payer à la société toutes les formes de brimades qu'a subie par le passé le père de Jeanne... et Paul va suivre son ami.
Stephan et Paul se sont connus dans l'armée, du fait de leur formation militaire, le lien qui les unit est particulier. Ils agissent avec une détermination déconcertante, épurée de toute forme de romantisme. Leur combat, semble ne pas avoir de but précis et nous gifle de sa froideur, apparaissant au passage de cette manière, comme une des formes les plus absolues du terrorisme.
Ce point de vue qui se révèle à la lecture est indéniablement un des points forts du récit, il n'y a pas ici d'héroïsme caché derrière les exactions des personnages, c'est juste effrayant de réalisme.
Le contexte des années 70 est très bien retranscrit, la construction en est parfaite, que ce soit au niveau vestimentaire, comportemental et même idéologique.
La vision des choses qu'ont les flics de ces actes, est à ce sujet éloquente, selon leur appartenance politique supposée, ils réagissent et raisonnent différemment face aux évènements.
Cette vague d'attentats, trop proche des élections législatives pour que le pouvoir en place ne la prenne pas au sérieux, vas créer du remous. Devant la fantaisie et l'audace des terroristes, l'impuissance de la police, l'immobilisme du ministère de l'intérieur et le déchaînement passionnel de la presse pour l'affaire, les barbouzes entrent en scène... ce qui aura pour conséquence dramatique de faire couler le sang au milieu de ce qui était jusqu'à ce moment du récit, "juste" une destruction massive de biens matériaux et immobiliers...
L'atmosphère prenante du récit, son intrigue intelligente, son histoire passionnante offre une ambiance digne des meilleurs livres noirs, sublimée par des dessins sombres mais très lisibles. L'auteur, Boris Beuzelin, signe ici un très bel ouvrage sans concessions.
Je ne connais pas le roman original, mais cette BD qui en est tirée est vraiment réussie. Assurément un album à lire.
JJJ
Les hommes patatoïdes d’Everland sévissent depuis quelques années déjà sur un site dévoué à la bd. Ils ont fait une courte incursion chez Danger public (collection miniblog) et voilà qu’ils sont publiés par Delcourt. J’ai lu l’album sur le blog de l’auteur (normal, il n’est pas encore sorti).
J’aime bien le style d’Everland qui allie simplicité et lisibilité. Cette histoire autobiographique retrace son parcours de jeune instit devant effectuer un remplacement dans un institut pour enfants difficiles. Au delà de son parcours personnel, cet album témoigne plus largement des difficultés que rencontrent les instits lorsqu’ils commencent leur carrière. La relation entretenue entre le prof et ses élèves est forte (dans tous les sens du terme). On sent beaucoup de passion de la part de l’auteur qui livre une histoire "vraie" riche en émotions (comme le souligne Ro). Bref, une lecture très intéressante qui lève un voile sur un métier connu de tous mais mal connu.
Dommage que cet album ne soit pas sorti pour les fêtes . . .
J’ai découvert François Duprat avec Colombine ou les Lunes de petite Vertu et son trait m’avait déjà séduit. "On dirait de l’Alfred" me suis-je dit alors et c’est encore cette impression qui domine avec cet album. Il y a aussi un peu de Nicolas Poupon dans les traits des visages. Enfin, tout ça pour dire que le style de l’auteur me plait beaucoup.
L’édition en N&B donne une certaine patine au récit situé dans la France profonde pendant la guerre d’Algérie. A travers les jeux parfois cruels d’enfants, c’est l’animosité des adultes qui transparaît. L’auteur joue sur ces deux tableaux (enfance et monde adulte) avec une intelligence rare. A ce sujet, le regard du petit Lucien sur le monde qui l’entoure est d’une justesse pas croyable. Ce n’est pas joyeux mais tellement vrai . . . Un album à découvrir si ce n’est déjà fait !
Qu'encore dire de "Sambre" après son exégèse de nombre de mes devanciers ?...
Tout simplement que c'est une grande fresque, une très grande fresque même.
Et pourtant, elle part d'une histoire -un fait divers plutôt- simple dans son postulat : le début du 19ème siècle, un aristo déchu qui fait la rencontre d'une sauvageonne, des étreintes passionnées dans le caveau où on vient d'enterrer le père du jeune homme. Ce dernier a une soeur -malade- qui va vouer une haine profonde à "l'autre" et la faire accuser de meurtre.
Le début d'une grande saga romantique où vont alors se mêler la mort et le sang.
Une des grandes oeuvres de ces dernières années. "Grand Oeuvre" des auteurs ?... Je ne sais. J'ai l'impression que ces derniers n'ont pas fini de m'étonner et qu'ils possèdent encore quelques "grosses machines" en attente dans leur chapeau.
Mais en ce qui concerne le mien : "Chapeau bas, messieurs."
Sergent Rock ?... Un véritable coup de poing graphique lorsque je l'ai découvert dans divers "petits formats" en fin des années 70 (dont le mensuel "Brûlant").
Dire que cette série a déjà quasi 50 ans d'existence !...
C'est en Avril 1959 qu'elle débute dans le comic book "Our Army at War". Kanigher scénarise, Ross Andru et Mike Esposito sont au dessin. Après seulement deux épisodes, ces derniers cèdent la place à Joe Kubert qui va en devenir le principal dessinateur.
Sgt Rock ?... C'est la guerre. La sale. Où les "bons" sont parfois aussi brutaux et sadiques que leurs adversaires. Et pourtant, cette série dénonce les horreurs guerrières. Il faut tuer, c'est vrai, mais "c'est l'autre ou moi".
Sgt Rock ?... C'est une projection en BD de ce qu'on appelait le "patrol movie" dans les années 50 : un groupe de combattants qui diminue au fur et à mesure qu'on approche du dénouement final (voyez "Les douze salopards" et même, bien plus tard, "Predator").
Sauf qu'ici -et bien que parfois blessés- le petit groupe de "frères de guerre" constitué autour de Rock survivra.
Le dessin ?... Pfouh !... costaud ! Très réaliste, précis, qui, sous la patte de Kubert, fait la part belle à un noir et blanc où se démarquent surtout les ambiances créées.
A noter que "Our Army at War" ne deviendra "Sgt Rock" qu'à partir de 1977 ; fascicule qui continuera d'être édité jusqu'en Juillet 1988.
Les albums :
Outre de nombreux épisodes parus dans divers mensuels, Sgt a eu SON édition sous la forme de 15 "albums" édités par Aredit, un mensuel paru de Mars 1986 à Mai 1987.
Mais il existe un "vrai" album : une très belle pièce de 164 pages, éditée chez Soleil en Février 2004. Les pages "normales" qui le composent m'ont permis d'apprécier encore plus le minutieux travail graphique de Kubert. Du grand art.
Sgt Rock ?... si j'ai -un peu- compris ce que c'était que la "sale guerre", c'est grâce à Kubert. A posséder. Franchement.
Il est clair que Tardi et le Paris des années 40-50 sont indissociables. Une fois de plus, l'auteur nous plonge dans une atmosphère sombre et mystérieuse où les meurtres s'accumulent au fil des pages. Bien entendu, une météo exécrable accentue cette ambiance macabre.
Le scénario est très convaincant. L'histoire, bien qu'un peu glauque, est plutôt originale. Ce qui m'a frappé, c'est que tout au long du récit, la dérision est omniprésente.
C'est une manière subtile de nous rappeler que cette histoire n'est qu'une pure fiction (dieu merci). Les conclusions multiples, se trouvant à la fin de l'album, accentuent cette impression. Celles-ci sont parfois loufoques puis parfois plus plausibles, mais l'ensemble reste très décalé, pour notre plus grand plaisir.
Au niveau du dessin, rien de bien nouveau. Ceci-dit, je pense que changer de style graphique dans ce genre d'album serait une erreur car c'est un ingrédient indispensable à la crédibilité du récit.
A la base, Le Secret de L'Etrangleur est un projet qui, au niveau du marketing, était un peu plus ambitieux (5 journaux pré-publiés, des conclusions multiples, une édition spéciale + DVD), mais le résultat est au rendez-vous, c'est le principal.
Donc, c'est une bd à lire et à conseiller !
Note approximative : 3.5/5
La collection Shampooing de Delcourt continue de publier sous la forme d'albums des blogs à succès. Le Journal d'un remplaçant est issu du blog d'Everland, blog assez célèbre dans la blogosphère BD.
Il raconte l'expérience de Martin Vidberg lui-même quand, jeune instituteur à peine débutant, il se voit proposer quelques remplacements très temporaires avant d'être nommé (volontaire désigné) comme titulaire dans un institut de redressement pour élèves ultra-violents. C'est donc pour lui une vraie découverte et un vrai chemin de croix car il se retrouve quasiment seul face à un classe de 6 élèves, seulement oui mais quels élèves. A peine plus de 10 ans, ils sont rebelles, violents, à peine capables de se contrôler pour certains. Autant dire que c'est une gageure insurmontable pour un jeune instit' sans expérience. Mais bien sûr, ils ont aussi leurs côtés attachants, leurs moments de douceur et de gentillesse.
Peines, colères, déceptions, consolations, joies, désabusements, ahurissements, résignation, amusement, attachement, nostalgie, les émotions vont se succéder pour ce jeune titulaire.
Et l'histoire nous est racontée en se résumant aux faits, à l'émotion simple, sans jugement. C'est bien raconté, intéressant, touchant.
Le dessin a quelque chose d'enfantin au premier abord. Celui qui le voit pour la première fois le trouvera sans doute trop simple, avec ses petits bonshommes patatoïdes. Mais il est très clair, très fluide, mis en page de manière agréable et esthétique. En outre, son style s'accorde parfaitement avec son sujet scolaire.
Bref, un témoignage de qualité, plein de sentiments et de simplicité tout en abordant un sujet difficile.
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La Légende des nuées écarlates
Comme beaucoup sans doute, c'est d'abord le graphisme et la mise en couleur qui m'ont séduit. Ouvrir cet album, y contempler le découpage semblant très fluide, rehaussé par les contrastes entre le blanc et le rouge, était déjà une expérience intéressante. De quoi tenter un gourmand qui parfois se prend pour un gourmet. A la lecture et comme le chantait notre petite-grande piaf : "non... je ne regrette rien". J'ai été happé par cette histoire qui met vraiment l'eau à la bouche. Inutile de dire que les gourmands et gourmets qui cohabitent en moi furent comblés. Pour revenir à un peu plus de sérieux, j'ajouterai juste que ce qui m'a intéressé plus que toi, c'est la quête du héros. Cette quête d'autant plus difficile à assumer qu'elle est compliquée par une amnésie au départ totale, laisse entrevoir de belles perspectives. Pour le peu que les deux méchants soient à la hauteur et que l'auteur évite les poncifs du genre, on risque de ne pas s'ennuyer. J'attends donc la suite avec une réelle impatience.
La Magique Lanterne Magique
Fred a fait appel aux célèbres imageries d'Epinal pour publier cette bande dessinée. L'imagerie Pellerin existe depuis 1735, on trouvera en fin d'album un bref historique de cet imagier très en vogue à l'époque, dans ce qui fut en quelque sorte précurseur de la bande dessinée moderne. Toujours dans la rêverie qu'on peut rencontrer dans sa série fleuve Philémon, Fred dépeint ici les aventures d'un homme qui trouve une lanterne magique. En fait il s'agit plus précisément d'une magique lanterne qui, elle, peut parler et faire pleins d'autres trucs magiques. Léonléon, c'est ainsi que se nomme notre homme va traverser 20 planches, toutes des rectos de pages avec les pointillés pour la découper. Car Fred fait appel à la participation active du lecteur, l'interpelle souvent pour l'intégrer au récit. Chaque page a un titre, petit jeu de mots, et peut ainsi se lire quasiment indépendamment des autres même si un lien chronologique existe entre elles. Côté négatif, je reconnais que le scénario est assez léger, au final Fred n'a que 20 pages (mais quelles pages !) pour développer son imagerie. On pourra lire également en préface une présentation de l'auteur à travers entre autres une interview du personnage principal de l'histoire. J'y ai appris par exemple le vrai nom de l'auteur que j'ignorais auparavant. Dans un format hors norme (environ 37x27 cm), c'est tout simplement génialissime et inventif comme sait le faire Fred, que ce soit dans la mise en page, dans l'originalité et l'exploitation du support bande dessinée comme jamais ou presque je n'ai vu. Et ça j'aime beaucoup.
Le Journal d'un remplaçant
Lu sur le blog de l'auteur depuis les quasi débuts de l'histoire, je suivais régulièrement les nouvelles planches qui sortaient. Cet instituteur ès patates a une très belle façon de raconter son quotidien dans une école difficile. Il nous montre le peu de moyens qui lui sont offerts et son manque d'expérience pour gérer des enfants en crise. Le dessin patatoïde est à la fois simple et très expressif, c'est devenu la marque de fabrique de l'auteur. Ensuite se faire récupérer par un grand éditeur, c'est très bien pour l'auteur mais je ne peux m'empêcher de penser que le blog de bande dessinée devient un vrai "coup commercial" pour un éditeur..., le buzz se faisant, ou qui se fit au fil des mois sur internet, va potentiellement permettre de bonnes ventes.
La Nuit des Chats bottés
La Nuit des Chats Bottés frappe fort. Adaptation par Boris Beuzelin du roman au même titre de Frédéric H. Fajardie, cette histoire brutale brosse le portrait de deux hommes à la volonté absolument implacables, deux hommes qui programment sur Paris, l'organisation d'une série d'attentats toujours plus spectaculaires et destructeurs. Stephan et Paul ne sont pas des personnages que l'on peut qualifier de héros, ni même d'anarchistes, ce sont deux révolutionnaires, deux terroristes utilisant armes et bombes, non pas pour défendre une cause idéologique quelconque, mais tout simplement pour détruire ce qui à leurs yeux apparaît comme un symbole de dominance relative au pouvoir en place. Leur mobile est Jeanne, une femme qu'ils aiment mais ne partagent pas, si elle entretient une relation complice, presque tendre avec Paul, elle est la compagne de Stephan. Ce dernier décide de faire payer à la société toutes les formes de brimades qu'a subie par le passé le père de Jeanne... et Paul va suivre son ami. Stephan et Paul se sont connus dans l'armée, du fait de leur formation militaire, le lien qui les unit est particulier. Ils agissent avec une détermination déconcertante, épurée de toute forme de romantisme. Leur combat, semble ne pas avoir de but précis et nous gifle de sa froideur, apparaissant au passage de cette manière, comme une des formes les plus absolues du terrorisme. Ce point de vue qui se révèle à la lecture est indéniablement un des points forts du récit, il n'y a pas ici d'héroïsme caché derrière les exactions des personnages, c'est juste effrayant de réalisme. Le contexte des années 70 est très bien retranscrit, la construction en est parfaite, que ce soit au niveau vestimentaire, comportemental et même idéologique. La vision des choses qu'ont les flics de ces actes, est à ce sujet éloquente, selon leur appartenance politique supposée, ils réagissent et raisonnent différemment face aux évènements. Cette vague d'attentats, trop proche des élections législatives pour que le pouvoir en place ne la prenne pas au sérieux, vas créer du remous. Devant la fantaisie et l'audace des terroristes, l'impuissance de la police, l'immobilisme du ministère de l'intérieur et le déchaînement passionnel de la presse pour l'affaire, les barbouzes entrent en scène... ce qui aura pour conséquence dramatique de faire couler le sang au milieu de ce qui était jusqu'à ce moment du récit, "juste" une destruction massive de biens matériaux et immobiliers... L'atmosphère prenante du récit, son intrigue intelligente, son histoire passionnante offre une ambiance digne des meilleurs livres noirs, sublimée par des dessins sombres mais très lisibles. L'auteur, Boris Beuzelin, signe ici un très bel ouvrage sans concessions. Je ne connais pas le roman original, mais cette BD qui en est tirée est vraiment réussie. Assurément un album à lire. JJJ
Le Journal d'un remplaçant
Les hommes patatoïdes d’Everland sévissent depuis quelques années déjà sur un site dévoué à la bd. Ils ont fait une courte incursion chez Danger public (collection miniblog) et voilà qu’ils sont publiés par Delcourt. J’ai lu l’album sur le blog de l’auteur (normal, il n’est pas encore sorti). J’aime bien le style d’Everland qui allie simplicité et lisibilité. Cette histoire autobiographique retrace son parcours de jeune instit devant effectuer un remplacement dans un institut pour enfants difficiles. Au delà de son parcours personnel, cet album témoigne plus largement des difficultés que rencontrent les instits lorsqu’ils commencent leur carrière. La relation entretenue entre le prof et ses élèves est forte (dans tous les sens du terme). On sent beaucoup de passion de la part de l’auteur qui livre une histoire "vraie" riche en émotions (comme le souligne Ro). Bref, une lecture très intéressante qui lève un voile sur un métier connu de tous mais mal connu. Dommage que cet album ne soit pas sorti pour les fêtes . . .
Mon cousin dans la mort
J’ai découvert François Duprat avec Colombine ou les Lunes de petite Vertu et son trait m’avait déjà séduit. "On dirait de l’Alfred" me suis-je dit alors et c’est encore cette impression qui domine avec cet album. Il y a aussi un peu de Nicolas Poupon dans les traits des visages. Enfin, tout ça pour dire que le style de l’auteur me plait beaucoup. L’édition en N&B donne une certaine patine au récit situé dans la France profonde pendant la guerre d’Algérie. A travers les jeux parfois cruels d’enfants, c’est l’animosité des adultes qui transparaît. L’auteur joue sur ces deux tableaux (enfance et monde adulte) avec une intelligence rare. A ce sujet, le regard du petit Lucien sur le monde qui l’entoure est d’une justesse pas croyable. Ce n’est pas joyeux mais tellement vrai . . . Un album à découvrir si ce n’est déjà fait !
Sambre
Qu'encore dire de "Sambre" après son exégèse de nombre de mes devanciers ?... Tout simplement que c'est une grande fresque, une très grande fresque même. Et pourtant, elle part d'une histoire -un fait divers plutôt- simple dans son postulat : le début du 19ème siècle, un aristo déchu qui fait la rencontre d'une sauvageonne, des étreintes passionnées dans le caveau où on vient d'enterrer le père du jeune homme. Ce dernier a une soeur -malade- qui va vouer une haine profonde à "l'autre" et la faire accuser de meurtre. Le début d'une grande saga romantique où vont alors se mêler la mort et le sang. Une des grandes oeuvres de ces dernières années. "Grand Oeuvre" des auteurs ?... Je ne sais. J'ai l'impression que ces derniers n'ont pas fini de m'étonner et qu'ils possèdent encore quelques "grosses machines" en attente dans leur chapeau. Mais en ce qui concerne le mien : "Chapeau bas, messieurs."
Sgt. Rock
Sergent Rock ?... Un véritable coup de poing graphique lorsque je l'ai découvert dans divers "petits formats" en fin des années 70 (dont le mensuel "Brûlant"). Dire que cette série a déjà quasi 50 ans d'existence !... C'est en Avril 1959 qu'elle débute dans le comic book "Our Army at War". Kanigher scénarise, Ross Andru et Mike Esposito sont au dessin. Après seulement deux épisodes, ces derniers cèdent la place à Joe Kubert qui va en devenir le principal dessinateur. Sgt Rock ?... C'est la guerre. La sale. Où les "bons" sont parfois aussi brutaux et sadiques que leurs adversaires. Et pourtant, cette série dénonce les horreurs guerrières. Il faut tuer, c'est vrai, mais "c'est l'autre ou moi". Sgt Rock ?... C'est une projection en BD de ce qu'on appelait le "patrol movie" dans les années 50 : un groupe de combattants qui diminue au fur et à mesure qu'on approche du dénouement final (voyez "Les douze salopards" et même, bien plus tard, "Predator"). Sauf qu'ici -et bien que parfois blessés- le petit groupe de "frères de guerre" constitué autour de Rock survivra. Le dessin ?... Pfouh !... costaud ! Très réaliste, précis, qui, sous la patte de Kubert, fait la part belle à un noir et blanc où se démarquent surtout les ambiances créées. A noter que "Our Army at War" ne deviendra "Sgt Rock" qu'à partir de 1977 ; fascicule qui continuera d'être édité jusqu'en Juillet 1988. Les albums : Outre de nombreux épisodes parus dans divers mensuels, Sgt a eu SON édition sous la forme de 15 "albums" édités par Aredit, un mensuel paru de Mars 1986 à Mai 1987. Mais il existe un "vrai" album : une très belle pièce de 164 pages, éditée chez Soleil en Février 2004. Les pages "normales" qui le composent m'ont permis d'apprécier encore plus le minutieux travail graphique de Kubert. Du grand art. Sgt Rock ?... si j'ai -un peu- compris ce que c'était que la "sale guerre", c'est grâce à Kubert. A posséder. Franchement.
Le Secret de l'Étrangleur
Il est clair que Tardi et le Paris des années 40-50 sont indissociables. Une fois de plus, l'auteur nous plonge dans une atmosphère sombre et mystérieuse où les meurtres s'accumulent au fil des pages. Bien entendu, une météo exécrable accentue cette ambiance macabre. Le scénario est très convaincant. L'histoire, bien qu'un peu glauque, est plutôt originale. Ce qui m'a frappé, c'est que tout au long du récit, la dérision est omniprésente. C'est une manière subtile de nous rappeler que cette histoire n'est qu'une pure fiction (dieu merci). Les conclusions multiples, se trouvant à la fin de l'album, accentuent cette impression. Celles-ci sont parfois loufoques puis parfois plus plausibles, mais l'ensemble reste très décalé, pour notre plus grand plaisir. Au niveau du dessin, rien de bien nouveau. Ceci-dit, je pense que changer de style graphique dans ce genre d'album serait une erreur car c'est un ingrédient indispensable à la crédibilité du récit. A la base, Le Secret de L'Etrangleur est un projet qui, au niveau du marketing, était un peu plus ambitieux (5 journaux pré-publiés, des conclusions multiples, une édition spéciale + DVD), mais le résultat est au rendez-vous, c'est le principal. Donc, c'est une bd à lire et à conseiller !
Le Journal d'un remplaçant
Note approximative : 3.5/5 La collection Shampooing de Delcourt continue de publier sous la forme d'albums des blogs à succès. Le Journal d'un remplaçant est issu du blog d'Everland, blog assez célèbre dans la blogosphère BD. Il raconte l'expérience de Martin Vidberg lui-même quand, jeune instituteur à peine débutant, il se voit proposer quelques remplacements très temporaires avant d'être nommé (volontaire désigné) comme titulaire dans un institut de redressement pour élèves ultra-violents. C'est donc pour lui une vraie découverte et un vrai chemin de croix car il se retrouve quasiment seul face à un classe de 6 élèves, seulement oui mais quels élèves. A peine plus de 10 ans, ils sont rebelles, violents, à peine capables de se contrôler pour certains. Autant dire que c'est une gageure insurmontable pour un jeune instit' sans expérience. Mais bien sûr, ils ont aussi leurs côtés attachants, leurs moments de douceur et de gentillesse. Peines, colères, déceptions, consolations, joies, désabusements, ahurissements, résignation, amusement, attachement, nostalgie, les émotions vont se succéder pour ce jeune titulaire. Et l'histoire nous est racontée en se résumant aux faits, à l'émotion simple, sans jugement. C'est bien raconté, intéressant, touchant. Le dessin a quelque chose d'enfantin au premier abord. Celui qui le voit pour la première fois le trouvera sans doute trop simple, avec ses petits bonshommes patatoïdes. Mais il est très clair, très fluide, mis en page de manière agréable et esthétique. En outre, son style s'accorde parfaitement avec son sujet scolaire. Bref, un témoignage de qualité, plein de sentiments et de simplicité tout en abordant un sujet difficile.