En voilà une surprise ! J’étais persuadé d'avoir lu de bonnes critiques de cette bd sur le site … Il faut croire que je les ai lues chez la concurrence vu son absence de la base de données. Qu’importe, voici l’oubli réparé !
Cette bd est une petite pépite dont le sujet porte sur une période sombre de l’histoire pourtant abondamment traitée dans divers médias (y compris la bd). Il s’agit d’un témoignage sur le quotidien des juifs durant la guerre 40-45. Mais les auteurs se démarquent des productions du même genre en axant leur récit sous le regard de Dounia, une petite fille juive de 8-10 ans. Et ça change tout ! La candeur et la naïveté du début cèdent rapidement la place à la peur suite à l’arrestation de ses parents par les Allemands. En 80 pages, ce one shot aborde bon nombre d’éléments indissociables au quotidien des juifs : discrimination par le port de l’étoile, interdiction d’exercer un métier, rafles, camps de concentration, cache des enfants, résistance, … Le plus surprenant est que ces faits, pourtant ignobles, ne destinent pas cette bd à un public averti. Bien au contraire, ce témoignage est tout public car il est raconté par les mots simples d’une petite fille et, finalement, les horreurs de la guerre sont davantage suggérées que montrées. Le trait rond, fin et disproportionné appuie avec justesse les propos du récit.
Bref, voici une bd tout public sur un sujet qui ne l’est pas vraiment … Une belle leçon de pédagogie en somme !
Belle opération de séduction de la part d’un éditeur en pleine rédemption, Sherlock Holmes et les Vampires de Londres avait pourtant tout du projet bancal et casse-gueules mais réunit suffisamment de qualités pour faire passer son scénario hautement peu crédible pour les fans du détective de Baker Street ainsi que les amateurs de vampires dont les codes ont été scrupuleusement respectés.
La collection 1800 dont cette œuvre fait office de baptême du feu pour moi est une excellente méthode pour mixer habilement uchronies et surtout les boucler en deux tomes.
Il ne faut pas croire pour autant que l’histoire est bâclée puisque cette histoire maintient toutes ses promesses en terme d’inventivité et de respect des mondes dont elle s’inspire.
Première bonne idée, on a en effet affaire à un Sherlock Holmes qui relate dans un courrier intime à un Watson absent, mais plus que présent, ses déboires, suite à sa pseudo mort contre son ennemi juré Moriarty et les efforts qu’il consent pour masquer son identité.
Plusieurs attentats d’ordre surnaturels vont le ramener à Londres contre son gré afin de lutter contre une communauté de vampires protégée par la reine Victoria. Faisant fi de ses talents de déduction, c’est dans l’urgence et l’apprentissage de nouvelles règles qu’il va devoir se plier pour contrer une menace politique peut être encore plus importante que les exactions d’un vampire psychopathe…
Si rien ne parait clair à la lecture de ces quelques lignes, je rassure de suite l’amateur en l’incitant à s’immerger pleinement dans cette histoire haletante et relativement bien troussée. Un relent de Jack l’éventreur épaissi de quelques litres de sang à déguster plane sur ces deux tomes que j’ai dévorés pleinement.
Les dessins ne sont pas en reste malgré quelques erreurs parfois grotesques (voir la façon amateur dont la mer est dessinée en plein mouvement !!!), et une fin peut-être un peu trop rapide n’entache en rien un récit tourné vers l’action et le mystère.
Le dessin reste de bien belle facture et reconstitue avec minutie une ville de Londres aussi mystérieuse et ludique qu’un tel récit l’exige.
Bref j’ai adoré et recommande pleinement cette aventure inédite du plus célèbre des détectives, qu’on l’apprécie ou pas. Les amateurs de vampires vont être eux pleinement comblés. Hâte de lire l’incursion de Conan Doyle chez Lovecraft par les mêmes auteurs. !
Billy Wild est une série hors norme, originale, magnifique et j'en passe.
Ce n'est pas seulement le dessin de Guillaume Griffon qui me fait dire tout cela, il y a aussi le scénario qui faisait présager au départ un western classique et qui nous plonge rapidement dans le fantastique, le combat entre le bien et le mal, mais aussi dans une violence hallucinante.
Hans Güt est un jeune garçon qui rêve de devenir un cow-boy, il fait la rencontre d'un personnage peu commun appelé Linus qui lui donne un curieux élixir qui va le rendre invulnérable. Ainsi naîtra Billy Wild le plus grand chasseur de primes de tous les temps.
Pour en revenir au dessin il est très particulier. Je pense qu'il ne peut pas plaire à tout le monde. Mais il est vrai que le graphisme est d'une originalité assez rare.
Les personnages ont des têtes et des corps difformes, ils sont pour beaucoup à la limite du "monstrueux". Mais il faut avouer ces personnages finissent par nous paraître normaux tant on est absorbé par l'histoire et la beauté du graphisme.
Les doubles pages sont magnifiques, vu le nombre de détails que l'on peut y trouver, comme par exemple la tête de Guillaume Griffon accrochée au mur avec de nombreux autres trophées.
Le noir et blanc s'adapte parfaitement au récit, la couleur aurait été de trop à mon avis.
Mais pour moi qui adore le noir et blanc, quelle claque visuelle.
Il y a un petit bémol quand même à la fin, c'est à dire la taille de Linus qui a sans doute rendu jaloux Godzilla, mais bon comme c'est un récit fantastique on n'y pensera plus.
Je conseille donc vivement cette série ahurissante aux fans de westerns fantastiques et à ceux fans de dessins peu communs.
Quelle bonne idée a eue Glénat de publier ces inédits ! J'adore Reiser et son dessin qui semble si banal à première vue, mais qui devient magnifique si on regarde un peu mieux. Ses personnages sont très expressifs et il maîtrise le mouvement à la perfection.
L'album est donc un regroupement des histoires qui sont parues dans Pilote et Pilote Pocket et qui ne sont jamais parues en album (quoique il me semble que deux ou trois histoires sont parues dans L'écologie). La plupart porte sur des sujets d'actualité (le concorde, le vote aux élections de 1969, l'armée, etc) , la plupart du temps un fait divers, que Reiser s'amuse à ridiculiser. L'humour est un peu moins corrosif que dans les autres œuvres de Reiser, mais il reste excellent. J'aime sa manière de déconner sur les sujets qu'il traite.
Bien sûr, dans cet album il y a des trucs un peu moins marrants qui ne m'ont pas fait rire, mais globalement j'ai passé un excellent moment de détente. Je conseille cet album à tous les fans de Reiser quoique le prix est un peu élevé.
"Western tortilla à l'eau de rose", annonce avec humour la couverture de l'album. J'aime bien cette dénomination. Western, parce que ça se passe dans un de ces déserts américain, dans une ambiance proche du film Bagdad Café. Tortilla, c'est pour la touche mexicaine en plus même si l'héroïne principale est aussi à moitié chinoise. Et l'eau de rose enfin, parce que cela parle beaucoup de sentiments, et puis aussi parce que ça finit bien.
J'ai immédiatement été charmé par l'atmosphère de cette histoire, une atmosphère qu'elle partage certes avec de nombreux récits ou road-movies dans les décors ensoleillés et loin de la civilisation urbaine de ces déserts façon route 66, le côté paumé du désert de Mojave et autres. On est dès les premières pages imprégné dans une communauté de femmes vivant recluses dans un camping sauvage adossé à une station-service qui est leur dernier lien avec le reste du monde. Elles ont choisi de vivre ici pour se réfugier de la vie, pour éviter les troubles de leurs passés ou simplement pour se ressourcer.
Le long premier chapitre de cet ouvrage est contemplatif. Aux côtés d'une jeune femme enceinte et rebelle qui vient d'échouer là, on découvre doucement les membres de cette communauté, les liens qu'ils partagent et les nombreux petits mystères qu'ils recèlent. Il fait chaud, le désert est poussiéreux, les routiers passent en klaxonnant et la nuit seules résonnent les discussions de femmes que la vie a amochées. Peu à peu se met en place un canevas de sentiments, amours et ressentiments, de secrets enfouis qu'il aurait mieux valu déterrer plus tôt pour leur éviter d'envenimer des situations malheureuses. Quand le fin mot de l'histoire se met en place, il apparait à la fois simple et complexe, très humain, touchant.
Je suis tombé sous le charme. Les personnages sont tous excellents, avec des personnalités fortes et originales. Ils sont attachants malgré leur côté brûlé à vif. Le graphisme est dôté d'une âme qui s'accorde joliment avec l'intrigue. En quelques courbes, sans trop de détails, il suffit à mettre tout ce petit monde et ces décors en scène, laissant l'imaginaire combler ce que le trait économe évite parfois de représenter. Le rythme de la lecture est lent mais prenant, malgré une petite baisse de régime passée la moitié de l'ouvrage quand celui qu'on attendait finit par se montrer enfin. La fin est l'aboutissement agréable d'une intrigue bien menée depuis le début, tenant la route tout en étant assez émouvante à mon goût.
C'est comme un bon film sentimental à ambiance, presque sans action mais avec de très bons personnages et un chouette décor.
Encore une fois, c'est du très grand Hugault au dessin.
Ayant montré dans ses précédents albums qu'il dominait parfaitement son sujet avec les warbirds de 39-45, cette fois c'est dans la première guerre mondiale qu'il nous plonge.
Un aspect graphique majestueusement maîtrisé, des angles de vue nous plongeant au coeur de l'action, tout cela allié à un scénario simple mais efficace.
Au final, on obtient un premier album magnifique et indispensable à tous les amateurs du genre, ainsi qu'à ceux qui apprécient simplement les belles BD.
«Peut-on rire de tout ? Oui, à condition de faire du fric avec !»
Cette petite phrase sur le quatrième plat donne le ton et sonne le glas d’une petite mise en garde claire et univoque.
Ce petit recueil, essentiellement composé de strips de 3 cases (hormis une petite histoire de quelques planches), m’a bien fait marrer. On est dans le registre du graveleux et du trash et ça, c’est bon ! Surtout quand c’est bien fait…
Le dessin est assez simple mais expressif et dynamique. Il colle (ben tiens:8 ) parfaitement à cet humour.
Alors certes, cela se lit assez vite, c’est pas très profond (quoique:8 ), l’humour est sans limite mais si vous adhérez à ce genre de trip bien barré, alors foncez ! Faites aussi un tour du côté de Monkey Bizness...
Pour les autres, vous êtes prévenus, on rigole de tout dans cet album... Je me demande cependant pourquoi on parle de censure pour cet album? On rigole de pas mal de choses un peu tabou, mais cela n'est pas non plus complètement immoral ! Juste obscène ; moi, j’adore et j’en redemande !
Un thriller étouffant et violent à la narration explosée et qui donne les clés de ses mystères dans son épilogue ? C'est vrai que c'est alléchant.
La quatrième de couverture parle aussi du livre/film "Orange Mecanique"... Bon de l'aveu de l'auteur (que j'ai eu la chance de rencontrer) et qui n'a pas vu le film, c'est juste une technique de commerce et de pub utilisée par l'éditeur, et c'est vrai que la ressemblance entre les deux œuvres est faible, mais le plaisir qu'on prend à les parcourir et quasiment égal (sachez que ce film est mon préféré).
A savoir, pour tous les amateurs de thriller, malsain, glauque et violent (physiquement et moralement), cette BD est faite pour vous.
Ça commence comme une banale enquête policière sur un tueur en série. Mais finalement, ce n'est pas l'enquête qui nous intéresse, mais le comportement du tueur.
Et puis, on enchaine sur un "deuxième" instinct ; l'instinct enfoui. La force du scénario est également que l'on peut lire les trois premiers chapitres dans l'ordre que l'on veut, puisqu'on comprendra leur lien seulement dans l'épilogue, jusqu'à avant, ils nous paraissent indépendant.
Ce deuxième chapitre nous narre l'histoire d'un adolescent qui pour gagner un peu d'argent, se vend à de vieux pervers... Encore plus étouffant, malsain et glauque, ce chapitre m'a retourné... Encore plus violent que le premier, mais jamais trop gratuitement.
Le troisième chapitre est différent, tout muet et plus onirique, avec une baisse de tension qui est le bienvenu. On ne le comprends pas tout de suite d'ailleurs, mais la fin nous éclairera encore une fois sur son contenu.
Et la conclusion est assez forte, et remuante aussi. Et elle nous montre que le scénario est très intelligemment écrit, une vraie réussite. Ma seule frustration, c'était de ne pas en savoir plus sur ce que sont devenu certains personnages après leur chapitre respectif (même si, comme la chronologie est chamboulée, on a quelques indices) mais l'album est déjà excellent dans sa forme.
Pour le dessin, Julien Parra possède un joli trait, à peine influencé par le manga (plus par le dynamisme de la mise en page et du découpage). L'encrage, assez gras et des fois, proche de l'esquisse, lui donne une forte personnalité, tout comme le choix des couleurs (une dominante pour chaque chapitres). Certaines cases, trahissent, du moins à l'époque, un petit manque de maturité (notamment au niveau de l'anatomie), mais dans l'ensemble, c'est très agréable à l'œil.
Un excellent album qui a réussi à totalement m'estomaquer juste après sa lecture... J'en redemande et vous le recommande.
Note : 4.5/5
Une vraie mine d’or pour sociologues cette « vie des jeunes » !… D’ailleurs à mon avis, ce ne sont pas tant les jeunes que l’auteur a voulu représenter ici, car le titre est plutôt ironique, mais bien plutôt une certaine immaturité ou un certain crétinisme affectant sans distinction toutes les couches sociales… et puis de secret jamais il n’est question puisque la plupart du temps, dans les scènes décrites, les personnages parlent fort et semblent en représentation comme des acteurs face à leur public, jamais limités par un quelconque début de pudeur…
L’ouvrage est basé sur les observations de l’auteur dans la rue, le métro, etc. Les yeux et oreilles « indiscrètes » de Sattouf se sont alliés à ses mains pour produire quelque chose de décalé, inattendu, parfois incongru, souvent drôle, même si on ne sait pas toujours s’il faut rire ou pleurer… Rien n’est inventé, et ça se sent, on se dit qu’on aurait pu nous-mêmes assister à de telles scènes, les « dialogues » sonnent vrais et c’est par son seul trait minimaliste que l’auteur exprime ce qu’il ressent… et il le fait très bien… j’adore sa façon de traduire les expressions, chaque visage tout en étant stylisé semble vraiment unique, souvent grotesque ou hilarant. Certaines scènes paraissent proprement incroyables et pourtant…ça colle parfaitement à l’époque, une époque qui tend à encourager la bêtise et à disqualifier la réflexion (pour ses dialogues, Sattouf n’hésite d’ailleurs pas à recourir au langage SMS, ce cancer moderne de la pensée).
Je ne dis pas qu’on rit forcément aux éclats, car souvent c’est plutôt un rire jaune, acide ou horrifié, mais cela sera inévitablement un rire (ou un sourire) de complicité avec l’auteur. Donc un ovni, qui échappera complètement à certains sans aucun doute. Cette BD trouve son équivalent filmique avec le documentaire « Striptease », diffusé avec plus ou moins de régularité sur une chaîne du service public. Et quiconque a été fan appréciera forcément ces vies secrètes…
Je relis cet album, et je le trouve finalement très réussi...
Le dessin est sublime... Nicolas Juncker a un trait souple, net et précis. Le noir et blanc permet un effet bien contrasté que j'apprécie beaucoup. Les personnages sont bien dessinés dans un style original.
J'aimerais dire que le dessin est exempt de défaut... Cependant, les planches, bien qu'étant très esthétiques, sont souvent difficilement lisibles. Je ne sais pas si c'est le fait qu'il n'y a pas de texte, où que c'est du à certains effets de narration (les "zooms" ou autres), mais souvent, on perd un peu le fil de l'histoire, et on doit revenir quelques cases en arrière (ça m'a fait le même effet, récemment, pour une BD proche -du moins au niveau de la forme- qu'y est "3 secondes")
Le récit est une succession de petites saynètes, emplies d'images très fortes. Bien que l'ensemble soit moins touchant que le travail d'autres auteurs sur le sujet (je pense à Tardi notamment), on ressent pas mal d'émotion à la lecture de l'album.
Comme je l'ai dit la narration n'est pas géniale (c'est pour ça qu'on est pas super ému, car ça diminue la lisibilité de l'histoire et notre compréhension) mais il faut dire que Nicolas Junker se rajoute des contraintes avec ses exercices de styles...
Malgré le fait que l'histoire soit dure et un peu pénible à suivre, j'apprécie beaucoup cette BD, qui m'a touché, pour son magnifique dessin semi-réaliste, ses images fortes et l'exercice de style qu'il nous propose.
Ma note initiale était de 2/5, je la passe vers 3.5/5
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L'Enfant cachée
En voilà une surprise ! J’étais persuadé d'avoir lu de bonnes critiques de cette bd sur le site … Il faut croire que je les ai lues chez la concurrence vu son absence de la base de données. Qu’importe, voici l’oubli réparé ! Cette bd est une petite pépite dont le sujet porte sur une période sombre de l’histoire pourtant abondamment traitée dans divers médias (y compris la bd). Il s’agit d’un témoignage sur le quotidien des juifs durant la guerre 40-45. Mais les auteurs se démarquent des productions du même genre en axant leur récit sous le regard de Dounia, une petite fille juive de 8-10 ans. Et ça change tout ! La candeur et la naïveté du début cèdent rapidement la place à la peur suite à l’arrestation de ses parents par les Allemands. En 80 pages, ce one shot aborde bon nombre d’éléments indissociables au quotidien des juifs : discrimination par le port de l’étoile, interdiction d’exercer un métier, rafles, camps de concentration, cache des enfants, résistance, … Le plus surprenant est que ces faits, pourtant ignobles, ne destinent pas cette bd à un public averti. Bien au contraire, ce témoignage est tout public car il est raconté par les mots simples d’une petite fille et, finalement, les horreurs de la guerre sont davantage suggérées que montrées. Le trait rond, fin et disproportionné appuie avec justesse les propos du récit. Bref, voici une bd tout public sur un sujet qui ne l’est pas vraiment … Une belle leçon de pédagogie en somme !
Sherlock Holmes & les Vampires de Londres
Belle opération de séduction de la part d’un éditeur en pleine rédemption, Sherlock Holmes et les Vampires de Londres avait pourtant tout du projet bancal et casse-gueules mais réunit suffisamment de qualités pour faire passer son scénario hautement peu crédible pour les fans du détective de Baker Street ainsi que les amateurs de vampires dont les codes ont été scrupuleusement respectés. La collection 1800 dont cette œuvre fait office de baptême du feu pour moi est une excellente méthode pour mixer habilement uchronies et surtout les boucler en deux tomes. Il ne faut pas croire pour autant que l’histoire est bâclée puisque cette histoire maintient toutes ses promesses en terme d’inventivité et de respect des mondes dont elle s’inspire. Première bonne idée, on a en effet affaire à un Sherlock Holmes qui relate dans un courrier intime à un Watson absent, mais plus que présent, ses déboires, suite à sa pseudo mort contre son ennemi juré Moriarty et les efforts qu’il consent pour masquer son identité. Plusieurs attentats d’ordre surnaturels vont le ramener à Londres contre son gré afin de lutter contre une communauté de vampires protégée par la reine Victoria. Faisant fi de ses talents de déduction, c’est dans l’urgence et l’apprentissage de nouvelles règles qu’il va devoir se plier pour contrer une menace politique peut être encore plus importante que les exactions d’un vampire psychopathe… Si rien ne parait clair à la lecture de ces quelques lignes, je rassure de suite l’amateur en l’incitant à s’immerger pleinement dans cette histoire haletante et relativement bien troussée. Un relent de Jack l’éventreur épaissi de quelques litres de sang à déguster plane sur ces deux tomes que j’ai dévorés pleinement. Les dessins ne sont pas en reste malgré quelques erreurs parfois grotesques (voir la façon amateur dont la mer est dessinée en plein mouvement !!!), et une fin peut-être un peu trop rapide n’entache en rien un récit tourné vers l’action et le mystère. Le dessin reste de bien belle facture et reconstitue avec minutie une ville de Londres aussi mystérieuse et ludique qu’un tel récit l’exige. Bref j’ai adoré et recommande pleinement cette aventure inédite du plus célèbre des détectives, qu’on l’apprécie ou pas. Les amateurs de vampires vont être eux pleinement comblés. Hâte de lire l’incursion de Conan Doyle chez Lovecraft par les mêmes auteurs. !
Billy Wild
Billy Wild est une série hors norme, originale, magnifique et j'en passe. Ce n'est pas seulement le dessin de Guillaume Griffon qui me fait dire tout cela, il y a aussi le scénario qui faisait présager au départ un western classique et qui nous plonge rapidement dans le fantastique, le combat entre le bien et le mal, mais aussi dans une violence hallucinante. Hans Güt est un jeune garçon qui rêve de devenir un cow-boy, il fait la rencontre d'un personnage peu commun appelé Linus qui lui donne un curieux élixir qui va le rendre invulnérable. Ainsi naîtra Billy Wild le plus grand chasseur de primes de tous les temps. Pour en revenir au dessin il est très particulier. Je pense qu'il ne peut pas plaire à tout le monde. Mais il est vrai que le graphisme est d'une originalité assez rare. Les personnages ont des têtes et des corps difformes, ils sont pour beaucoup à la limite du "monstrueux". Mais il faut avouer ces personnages finissent par nous paraître normaux tant on est absorbé par l'histoire et la beauté du graphisme. Les doubles pages sont magnifiques, vu le nombre de détails que l'on peut y trouver, comme par exemple la tête de Guillaume Griffon accrochée au mur avec de nombreux autres trophées. Le noir et blanc s'adapte parfaitement au récit, la couleur aurait été de trop à mon avis. Mais pour moi qui adore le noir et blanc, quelle claque visuelle. Il y a un petit bémol quand même à la fin, c'est à dire la taille de Linus qui a sans doute rendu jaloux Godzilla, mais bon comme c'est un récit fantastique on n'y pensera plus. Je conseille donc vivement cette série ahurissante aux fans de westerns fantastiques et à ceux fans de dessins peu communs.
Les Années Pilote
Quelle bonne idée a eue Glénat de publier ces inédits ! J'adore Reiser et son dessin qui semble si banal à première vue, mais qui devient magnifique si on regarde un peu mieux. Ses personnages sont très expressifs et il maîtrise le mouvement à la perfection. L'album est donc un regroupement des histoires qui sont parues dans Pilote et Pilote Pocket et qui ne sont jamais parues en album (quoique il me semble que deux ou trois histoires sont parues dans L'écologie). La plupart porte sur des sujets d'actualité (le concorde, le vote aux élections de 1969, l'armée, etc) , la plupart du temps un fait divers, que Reiser s'amuse à ridiculiser. L'humour est un peu moins corrosif que dans les autres œuvres de Reiser, mais il reste excellent. J'aime sa manière de déconner sur les sujets qu'il traite. Bien sûr, dans cet album il y a des trucs un peu moins marrants qui ne m'ont pas fait rire, mais globalement j'ai passé un excellent moment de détente. Je conseille cet album à tous les fans de Reiser quoique le prix est un peu élevé.
Las Rosas
"Western tortilla à l'eau de rose", annonce avec humour la couverture de l'album. J'aime bien cette dénomination. Western, parce que ça se passe dans un de ces déserts américain, dans une ambiance proche du film Bagdad Café. Tortilla, c'est pour la touche mexicaine en plus même si l'héroïne principale est aussi à moitié chinoise. Et l'eau de rose enfin, parce que cela parle beaucoup de sentiments, et puis aussi parce que ça finit bien. J'ai immédiatement été charmé par l'atmosphère de cette histoire, une atmosphère qu'elle partage certes avec de nombreux récits ou road-movies dans les décors ensoleillés et loin de la civilisation urbaine de ces déserts façon route 66, le côté paumé du désert de Mojave et autres. On est dès les premières pages imprégné dans une communauté de femmes vivant recluses dans un camping sauvage adossé à une station-service qui est leur dernier lien avec le reste du monde. Elles ont choisi de vivre ici pour se réfugier de la vie, pour éviter les troubles de leurs passés ou simplement pour se ressourcer. Le long premier chapitre de cet ouvrage est contemplatif. Aux côtés d'une jeune femme enceinte et rebelle qui vient d'échouer là, on découvre doucement les membres de cette communauté, les liens qu'ils partagent et les nombreux petits mystères qu'ils recèlent. Il fait chaud, le désert est poussiéreux, les routiers passent en klaxonnant et la nuit seules résonnent les discussions de femmes que la vie a amochées. Peu à peu se met en place un canevas de sentiments, amours et ressentiments, de secrets enfouis qu'il aurait mieux valu déterrer plus tôt pour leur éviter d'envenimer des situations malheureuses. Quand le fin mot de l'histoire se met en place, il apparait à la fois simple et complexe, très humain, touchant. Je suis tombé sous le charme. Les personnages sont tous excellents, avec des personnalités fortes et originales. Ils sont attachants malgré leur côté brûlé à vif. Le graphisme est dôté d'une âme qui s'accorde joliment avec l'intrigue. En quelques courbes, sans trop de détails, il suffit à mettre tout ce petit monde et ces décors en scène, laissant l'imaginaire combler ce que le trait économe évite parfois de représenter. Le rythme de la lecture est lent mais prenant, malgré une petite baisse de régime passée la moitié de l'ouvrage quand celui qu'on attendait finit par se montrer enfin. La fin est l'aboutissement agréable d'une intrigue bien menée depuis le début, tenant la route tout en étant assez émouvante à mon goût. C'est comme un bon film sentimental à ambiance, presque sans action mais avec de très bons personnages et un chouette décor.
Le Pilote à l'Edelweiss
Encore une fois, c'est du très grand Hugault au dessin. Ayant montré dans ses précédents albums qu'il dominait parfaitement son sujet avec les warbirds de 39-45, cette fois c'est dans la première guerre mondiale qu'il nous plonge. Un aspect graphique majestueusement maîtrisé, des angles de vue nous plongeant au coeur de l'action, tout cela allié à un scénario simple mais efficace. Au final, on obtient un premier album magnifique et indispensable à tous les amateurs du genre, ainsi qu'à ceux qui apprécient simplement les belles BD.
Paf & Hencule
«Peut-on rire de tout ? Oui, à condition de faire du fric avec !» Cette petite phrase sur le quatrième plat donne le ton et sonne le glas d’une petite mise en garde claire et univoque. Ce petit recueil, essentiellement composé de strips de 3 cases (hormis une petite histoire de quelques planches), m’a bien fait marrer. On est dans le registre du graveleux et du trash et ça, c’est bon ! Surtout quand c’est bien fait… Le dessin est assez simple mais expressif et dynamique. Il colle (ben tiens:8 ) parfaitement à cet humour. Alors certes, cela se lit assez vite, c’est pas très profond (quoique:8 ), l’humour est sans limite mais si vous adhérez à ce genre de trip bien barré, alors foncez ! Faites aussi un tour du côté de Monkey Bizness... Pour les autres, vous êtes prévenus, on rigole de tout dans cet album... Je me demande cependant pourquoi on parle de censure pour cet album? On rigole de pas mal de choses un peu tabou, mais cela n'est pas non plus complètement immoral ! Juste obscène ; moi, j’adore et j’en redemande !
3 Instincts
Un thriller étouffant et violent à la narration explosée et qui donne les clés de ses mystères dans son épilogue ? C'est vrai que c'est alléchant. La quatrième de couverture parle aussi du livre/film "Orange Mecanique"... Bon de l'aveu de l'auteur (que j'ai eu la chance de rencontrer) et qui n'a pas vu le film, c'est juste une technique de commerce et de pub utilisée par l'éditeur, et c'est vrai que la ressemblance entre les deux œuvres est faible, mais le plaisir qu'on prend à les parcourir et quasiment égal (sachez que ce film est mon préféré). A savoir, pour tous les amateurs de thriller, malsain, glauque et violent (physiquement et moralement), cette BD est faite pour vous. Ça commence comme une banale enquête policière sur un tueur en série. Mais finalement, ce n'est pas l'enquête qui nous intéresse, mais le comportement du tueur. Et puis, on enchaine sur un "deuxième" instinct ; l'instinct enfoui. La force du scénario est également que l'on peut lire les trois premiers chapitres dans l'ordre que l'on veut, puisqu'on comprendra leur lien seulement dans l'épilogue, jusqu'à avant, ils nous paraissent indépendant. Ce deuxième chapitre nous narre l'histoire d'un adolescent qui pour gagner un peu d'argent, se vend à de vieux pervers... Encore plus étouffant, malsain et glauque, ce chapitre m'a retourné... Encore plus violent que le premier, mais jamais trop gratuitement. Le troisième chapitre est différent, tout muet et plus onirique, avec une baisse de tension qui est le bienvenu. On ne le comprends pas tout de suite d'ailleurs, mais la fin nous éclairera encore une fois sur son contenu. Et la conclusion est assez forte, et remuante aussi. Et elle nous montre que le scénario est très intelligemment écrit, une vraie réussite. Ma seule frustration, c'était de ne pas en savoir plus sur ce que sont devenu certains personnages après leur chapitre respectif (même si, comme la chronologie est chamboulée, on a quelques indices) mais l'album est déjà excellent dans sa forme. Pour le dessin, Julien Parra possède un joli trait, à peine influencé par le manga (plus par le dynamisme de la mise en page et du découpage). L'encrage, assez gras et des fois, proche de l'esquisse, lui donne une forte personnalité, tout comme le choix des couleurs (une dominante pour chaque chapitres). Certaines cases, trahissent, du moins à l'époque, un petit manque de maturité (notamment au niveau de l'anatomie), mais dans l'ensemble, c'est très agréable à l'œil. Un excellent album qui a réussi à totalement m'estomaquer juste après sa lecture... J'en redemande et vous le recommande. Note : 4.5/5
La Vie secrète des jeunes
Une vraie mine d’or pour sociologues cette « vie des jeunes » !… D’ailleurs à mon avis, ce ne sont pas tant les jeunes que l’auteur a voulu représenter ici, car le titre est plutôt ironique, mais bien plutôt une certaine immaturité ou un certain crétinisme affectant sans distinction toutes les couches sociales… et puis de secret jamais il n’est question puisque la plupart du temps, dans les scènes décrites, les personnages parlent fort et semblent en représentation comme des acteurs face à leur public, jamais limités par un quelconque début de pudeur… L’ouvrage est basé sur les observations de l’auteur dans la rue, le métro, etc. Les yeux et oreilles « indiscrètes » de Sattouf se sont alliés à ses mains pour produire quelque chose de décalé, inattendu, parfois incongru, souvent drôle, même si on ne sait pas toujours s’il faut rire ou pleurer… Rien n’est inventé, et ça se sent, on se dit qu’on aurait pu nous-mêmes assister à de telles scènes, les « dialogues » sonnent vrais et c’est par son seul trait minimaliste que l’auteur exprime ce qu’il ressent… et il le fait très bien… j’adore sa façon de traduire les expressions, chaque visage tout en étant stylisé semble vraiment unique, souvent grotesque ou hilarant. Certaines scènes paraissent proprement incroyables et pourtant…ça colle parfaitement à l’époque, une époque qui tend à encourager la bêtise et à disqualifier la réflexion (pour ses dialogues, Sattouf n’hésite d’ailleurs pas à recourir au langage SMS, ce cancer moderne de la pensée). Je ne dis pas qu’on rit forcément aux éclats, car souvent c’est plutôt un rire jaune, acide ou horrifié, mais cela sera inévitablement un rire (ou un sourire) de complicité avec l’auteur. Donc un ovni, qui échappera complètement à certains sans aucun doute. Cette BD trouve son équivalent filmique avec le documentaire « Striptease », diffusé avec plus ou moins de régularité sur une chaîne du service public. Et quiconque a été fan appréciera forcément ces vies secrètes…
Le front
Je relis cet album, et je le trouve finalement très réussi... Le dessin est sublime... Nicolas Juncker a un trait souple, net et précis. Le noir et blanc permet un effet bien contrasté que j'apprécie beaucoup. Les personnages sont bien dessinés dans un style original. J'aimerais dire que le dessin est exempt de défaut... Cependant, les planches, bien qu'étant très esthétiques, sont souvent difficilement lisibles. Je ne sais pas si c'est le fait qu'il n'y a pas de texte, où que c'est du à certains effets de narration (les "zooms" ou autres), mais souvent, on perd un peu le fil de l'histoire, et on doit revenir quelques cases en arrière (ça m'a fait le même effet, récemment, pour une BD proche -du moins au niveau de la forme- qu'y est "3 secondes") Le récit est une succession de petites saynètes, emplies d'images très fortes. Bien que l'ensemble soit moins touchant que le travail d'autres auteurs sur le sujet (je pense à Tardi notamment), on ressent pas mal d'émotion à la lecture de l'album. Comme je l'ai dit la narration n'est pas géniale (c'est pour ça qu'on est pas super ému, car ça diminue la lisibilité de l'histoire et notre compréhension) mais il faut dire que Nicolas Junker se rajoute des contraintes avec ses exercices de styles... Malgré le fait que l'histoire soit dure et un peu pénible à suivre, j'apprécie beaucoup cette BD, qui m'a touché, pour son magnifique dessin semi-réaliste, ses images fortes et l'exercice de style qu'il nous propose. Ma note initiale était de 2/5, je la passe vers 3.5/5