Je connaissais déjà le blog "Tu mourras moins bête", et j'ai toujours apprécié les aventures du professeur moustache !
Le passage en livre est dans la lignée du blog : Drôle, intéressant, instructif, un peu trash parfois, un peu geek, bref plein de qualités ! Quel plaisir de découvrir avec humour que ça va être compliqué dans la vraie vie de se servir d'un sabre laser, qu'une blessure par balle est souvent plus grave que dans les films... Je vais pas énumérer tous les chapitres, mais il y a vraiment peu de déchet !
Mais attention, je crois pas que ca soit accessible à tous ! D'une part car le dessin est un peu crade (moi j'aime bien ce style, c'est bien dans l'esprit de la BD), et d'autre part car c'est bourré de références, de second degré, et l'humour est quand même un peu trash aussi !
Bref moi j'adore !
Née en 1880 dans l’Alabama, la petite Helen Keller devient aveugle et sourde à l’âge de dix-neuf mois suite à une maladie. Elle se trouve alors dans l’incapacité de communiquer avec son entourage, si ce n’est avec quelques gestes maladroits. Sa vie va être bouleversée l’année de ses six ans, quand ses parents engagent Annie Sullivan comme préceptrice. Elle-même malvoyante, celle-ci a appris à enseigner la langue des signes à l’Institut Perkins pour les aveugles. Elle va prendre en charge l’éducation d’Helen Keller et, au fil des mois, réussir non seulement à établir un contact avec l’enfant, mais aussi lui apprendre la langue des signes, puis l’écriture. Les deux femmes resteront amies à vie…
Il faut savoir que si Helen Keller est quasiment inconnue hors des Etats-Unis, elle fait partie intégrante du panthéon US, célébrée tous les 27 juin lors du « Helen Keller’s Day », le cinéaste Arthur Penn lui ayant même consacré un film en 1962, « Miracle en Alabama ». La BD s’ouvre sur un sauvetage, celui d’une petite fille brillante en train de se noyer dans un océan d’obscurité et de silence, extirpée des profondeurs par une femme rageuse et sans concessions, Annie Sullivan.
Sans esbroufe, Joseph Lambert parvient à faire passer une belle émotion en s’effaçant derrière un minimalisme pudique et respectueux. L’approche graphique du non-visible (incluant l’apprentissage de la langue des signes) est très originale, permettant de nous faire ressentir, nous les voyants, ce que cela signifie que d’être aveugle et sourd à la fois, comme si l’un des deux ne suffisait pas… On pourra reprocher quelques toutes petites incohérences narratives et des couleurs un peu trop basiques, mais l’histoire de ces deux personnages est si prenante que cela passe au second plan.
L’amitié entre Helen Keller et Annie Sullivan, ces deux êtres dont la révolte chevillée au cœur et au corps face aux cruautés de la vie s’est transformée en force, est particulièrement poignante, et il faudrait être handicapé des sentiments pour ne pas verser sa petite larme au moins une fois à la lecture du livre. De plus, leurs souffrances ne s’arrêtent malheureusement pas à leur champ de vision, mais sont provoquées aussi par la vanité et la bêtise des soi-disant voyants : les professeurs de l’institut Perkins firent subir à la jeune Helen un interrogatoire de deux heures à cause d’une stupide histoire de plagiat. C’est ainsi que l’on se dit que les aveugles (ou les sourds) ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Une belle œuvre tirée d’une belle histoire, à découvrir. Un de mes coups de cœur de l’année.
Dans un monde futuriste et progressiste, humains et races extraterrestres vivent leur immortalité en relative bonne intelligence au sein d’une union galactique. Elijah (le personnage principal) est membre de la police philosophique et doit régler les conflits et problèmes entre les différentes espèces de l’union.
Et pourtant, on est très loin du space opera… Vehlman se sert des libertés que procure le genre pour développer une fable philosophique. Les sujets ne manquent pas (la mort, le temps, la mémoire, le rapport à l’autre, la différence…) et sont traités avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Le scénario, à la fois dense et passionnant, est une merveille du genre.
L’univers graphique, assez singulier, n’est pas en reste. L’esthétique épurée est séduisante et colle parfaitement au récit.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce très bel album.
Un grand bravo aux auteurs !
J'ai découvert par hasard cette bande dessinée dans la collection de "vieilleries" de mon beau père. Intrigué par le nom de ces deux "grands noms" de la bd franco belge réunis sur un même album, je m'y plonge.
Surprise. C'est vraiment bon. Maurice Tillieux nous livre au scénario un récit réaliste de marine. Le bagarreur est un navire de sauvetage pour bateau en détresse. Déjà j'ignorais l'existence de ces mercenaires indépendants du sauvetage qui risquent leur vie pour sauver celles des autres contre une prime non négligeable : un pourcentage de la valeur des marchandises sauvées.
Tillieux a toujours rêvé d'être un marin. Il nous livre un récit de la vie qu'il aurait voulu avoir.
On n'a pas ici de héros magnifique à la Gil Jourdan, Bernard Prince etc. Les personnages ressemblent plus à des anti héros. Héroïque mais uniquement pour l'argent. Ils sont même souvent antipathiques. Un récit intense. Concentré en 48 pages.
René Follet n' a jamais eu le succès mérité. C'est incompréhensible quand on voit le talent de son coup de crayon. On a ici un style réaliste plus classique que ses derniers albums proches de la peinture ( Terreur, Stevenson etc). C'est très proche de son style sur steve severin ou Valhardi.
Un must 4.5/5
PS: réédité bientôt en grand format en noir et blanc et version complète aux éditions de l'élan pour un prix malheureusement bien trop cher.
À mes yeux, c’est le meilleur album de l'année ! (au moins…)
Reprenant la trame et le ton du roman éponyme de Jean Teulé, Richard Guérineau délaisse momentanément Le Chant des Stryges pour réaliser en solo ce formidable one shot historique.
Et c’est une merveilleuse surprise car il montre un véritable talent d’auteur complet.
Le découpage du scénario, en une vingtaine de chapitres, permet de décrire divers épisodes de la vie de Charles IX entre le 23 août 1572, veille du massacre de la Saint-Barthélemy et le 12 juillet 1574, date de ses funérailles (40 jours après sa mort), qui donne lieu à de nouveaux massacres.
L’originalité de l’ouvrage réside dans le fait que ces événements tragiques ne sont pas traités avec la gravité morbide habituelle (voir l'ambiance sinistre de « La reine Margot » de Patrice Chéreau). Sans rien nier de la violence tragique des faits, Guérineau montre un Charly 9 qui fait le choix de sa folie. Inspiré par l’image d’une autruche que lui montre son médecin Ambroise Paré, il se cache la tête non dans le sable, mais dans la chair, pour fuir la réalité de la politique. Dès lors, profitant de son statut de monarque à qui nul ne peut rien refuser, il multiplie les comportements absurdes, assourdissant son entourage à grands coups de cor de chasse, pourchassant le cerf nu sur son cheval à travers le palais du Louvre, crachant des noyaux de cerise à la face du légat du pape, ou massacrant des lapins à l’arbalète dans la chambre de sa maîtresse.
Et malgré l’horreur des événements, l’humour noir fait mouche et l’on rit souvent, des situations burlesques, des folies du roi, de la débilité des fanatiques religieux ou du cynisme des politiques. Certains passages ne sont pas sans écho contemporains, comme la lecture de cet édit qui exhorte les sujets à « serrer [leurs] ceintures déjà bien étroites afin que la France puisse retrouver sa grandeur d’antan ».
Le récit est servi par un dessin et une mise en couleurs particulièrement inspirés, qui permettent à Guérineau de se hisser un niveau des très grands. Dans un style complexe et changeant, qui oscille entre réalisme cru et caricature, il illustre son propos avec talent, multipliant les ambiances différentes (du burlesque au terrifiant, du grandiose au poétique) qui collent aux variations d’état d’âme du jeune souverain. Au détour des planches, il se paie même le luxe de quelques hommages à d’autres grandes plumes du neuvième art (Peyo, Morris, André Juillard…), sans entamer la fluidité du récit.
Jusqu’à « Charly 9 », nous n’avions pas eu la chance de découvrir les talents de scénariste de Richard Guérineau, et si son dessin a toujours été propre et très efficace, je ne lui trouvais pas de personnalité particulière.
« Charly 9 » m’a vraiment bluffé, et je donne sans hésiter un 5/5 à cet album.
C’est vraiment de la belle ouvrage, Monsieur Guérineau, et j’ai hâte de vous lire à nouveau dans vos travaux en solo !
Après avoir longtemps hésité à lire les horreurs que promettait cette série ultra controversée, la très jolie intégrale publiée fin 2013 par Milady m'a aidé à passer le cap et pour cause...
En effet, très grand fan du comics Preacher de Garth Ennis et amateur de zombies, à priori une énième série sur des morts vivants ne pouvait que me faire de l’œil oui mais voilà, je rechigne complètement sur les scènes de viol et l'ultra violence gratuite me dégoute plus qu'elle ne m'attire.
Néanmoins il était impossible de ne pas être au moins attiré, par curiosité maladive ou voyeurisme assumé. cette histoire de fin de monde terriblement pessimiste et où les personnes contaminées deviennent des monstres de perversité malsaine et quasi écœurante.
C'est bien simple, Ennis ne se limite à aucun tabou et accorde peu de crédits à l'origine du mal.
Les quelques survivants apprennent vite à leur dépens qu'il ne faut plus s'attacher au monde comme ils ont pu le connaître et devenir eux mêmes de vils prédateurs quitte à perdre beaucoup d'humanité.
Car il est plutôt question d'inhumanité ici, la maladie pousse n'importe quel être humain contaminé à devenir une bête malsaine et perverse, pouvant proférer les pires blasphèmes, torturer et déchiqueter tout organisme vivant de la plus abjecte des manières (ce récit est assez démonstratif, âmes sensibles s'abstenir) voire sodomiser n'importe quelle partie d'un corps...
Une petite précision s'invite ici : l'éditeur d'origine Avatar Press est bien connu pour ses oeuvres graveleuses mais a le mérite d'assumer complètement ses pitchs de pure exploitation complètement barrées et s'adjoindre de disciples de qualité. A l'instar du Neonomicon de Alan Moore, c'est le servile Jacen Burrows sur laquelle s'appuie la délicate tâche d'illustrer les propos de Crossed. Et le bougre s'en sort plutôt bien quand il faut illustrer sur des pages pleines certaines scènes bien dérangeantes mais fourmillant de détails comme les cases illustrées de Geof Darrow.
Cet artiste n'a pas son pareil pour rendre l'ambiance aussi détaillée que glauque et créér une atmosphère pessimiste et anxyogène des plus convaincantes.
Car même si Ennis cachetonne comme Moore sur un projet mineur mais de consistance, il n'abandonne pas une certaine forme d'humour et quelques critiques plutôt bien senties de notre civilisation.
Ennis arrive également à instaurer une forme de poésie et de réflexion sur notre propre humanité par deux scènes aussi élégamment mises en scène qu'intemporelles, des loups dans une nature enneigée et la lecture du journal de bord d'un militaire.
Le récit s'adjoint également de flashbacks bien souvent nerveux et horribles dans un montage purement cinématographique enrichissant souvent le passé du petit groupe tentant de rejoindre l'Alaska promis comme un Eden immaculé de la violence de leurs contemporains.
Ce qui distingue ce récit d'un Walking Dead ou d'autres récits de zombies et de survie, c'est le danger permanent inculqué en pleine face d'un lecteur complètement perdu face à autant de situations hors normes.
C'est bien simple, on ne sait réellement jamais ou la prochaine page va nous emmener et quel nouveau tabou sera brisé. Quelques surprises et comportements risquent d'en retourner plus d'un, c'est bien simple : on est pris à la gorge comme si on subissait le danger ou la peur de se faire soi-même attrapé et rien que pour cette situation à nulle autre pareille, Crossed mérite amplement d'être lu.
Je n'aurais jamais lu quelque chose d'aussi douloureux et oppressant et en redemanderai presque... Suis je taré ou malade pour autant ? Je ne pense pas mais une seule phrase raisonne au terme de cette lecture : "Ceci n'existe pas, ceci n'existe pas.."
Une expérience peu commune dont il vaut mieux être averti dès le départ, les auteurs ont voulu aller très loin et il semblerait que le pari soit réussi tout en étant moins idiot qu'il n'y pourrait paraitre...
Un regret ? Oui l'idée définitivement perdue que Ennis ne surpassera jamais son Preacher ! :) Malgré tout, Crossed n'a pas usurpé sa réputation de comics le plus dérangeant pour rien..
Le propos de cet album est double : nous montrer les suites (extrêmement dramatiques) au tsunami de 2004, mais aussi, et surtout, la quête de sa soeur par un jeune homme un peu paumé.
Jean-Denis Pendanx, après avoir entre autres croqué les îles du Pacifique, le Maghreb et la Russie profonde, s'essaie à un nouveau décor, l'Indonésie. Curieusement les premières pages semblent hésitantes, maladroites, comme si l'auteur se cherchait encore, même si les illustrations pleine page du désastre ou les vues en hauteur de villages qui se reconstruisent sont vraiment très belles. Par la suite cette hésitation disparaît, Pendanx prend bien ses marques et nous livre de belles ambiances, couplées à une mise en page éprouvée, comme le prouve l'extrait choisi pour illustrer la quatrième de couverture.
L'histoire de Piatzszek est très bien construite, on sent bien le parallèle entre la quête de la soeur et l'initiation du frère à de nouvelles sensations, son accès éventuel à l'âge d'adulte. La conclusion est attendue, pas forcément originale, mais la façon dont il mêle cela aux traditions locales est assez touchante. Une note finale bienvenue, donc.
Enfin une BD sans concession qui ose dire les choses telles qu’elles sont en réalité! J'ai aimé ce ton résolument décalé d'une noirceur inégalé. Les auteurs donnent une version bien pessimiste de la société et de l'âme humaine. C'est presque malsain.
On suit le parcours d’un tueur implacable comme s’il s’agissait d’une profession ordinaire dans un genre d'autobiographie pas comme les autres! Cela peut faire froid dans le dos mais cela répond à une certaine logique. Je me suis surpris par exemple à avoir presque de la sympathie pour un homme froid et solitaire, méthodique et consciencieux dans son travail mais dont les états d'âmes sont intéressants à plus d'un titre.
J’ai tout de suite accroché par une lecture très prenante qui fait la part belle à l’aspect psychologique du personnage et de son regard sur la société. Il est vrai qu'avec ces longs monologues, on entre plus facilement dans l'intimité, voir dans la tête de ce tueur. C'est une performance scénaristique étonnante avec une ambiance pesante et captivante.
Mais attention: il ne faut surtout pas tomber dans le piège de légitimer le rôle des tueurs dans notre société. Gardez bien à l'esprit la notion de bien et de mal. Cet assassin tue des êtres humains pour de l'argent et il ne recule devant rien! Par ailleurs, il ne se remet jamais en cause avec son air détaché et un peu méprisant vis à vis du genre humain. Son cynisme nous désarme assez souvent. Le monde appartient-il réellement aux riches ? Faut-il profiter du système plutôt que d'être un bon citoyen et vivre une vie difficile ? C'est une philosophie qui en vaut d'autres et qui nous amène à nous poser des questions.
Du grand art et de la maîtrise dans le dessin surtout au niveau de l’agencement des cases. Le découpage fluide permet une immersion totale dans la vie du personnage. Le graphisme froid et glacial est à l'image du tueur. Bref, une réussite totale!
C'est une série grandiose parmi mes préférés qui ne bénéficie que des éloges d’un avis général des bédéphiles. Extraordinaire et époustouflant car les auteurs donnent pour une fois la parole à un anti-héros. Qu'on adhère ou pas, c'est une autre question...
Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.5/5
Blacksad est sans doute une de mes bd préférées parmi toutes celles qui existent et qui inondent le marché depuis tant d'années. Un dessin absolument extraordinaire dans les traits presque hors normes (parmi les plus beaux dessins que je connais). Un découpage de planches et des prises de vue magnifiques! On a une impression générale de vertige et de mystère. Bref, une qualité graphique tout à fait exceptionnelle!
Le parti pris de « bestialiser » les hommes offre une vue intéressante. On peut dire que le choix de l'animal correspondant à chaque personnage représente admirablement la personnalité des protagonistes de tout bon polar de ce type (ex: le berger allemand inspecteur de police, le gorille boxeur, le malfrat à tête de crapaud, le tueur reptile et le rat espion et cafteur...). De belles trouvailles en perspective!
Le scénario de chaque tome est passionnant et renvoi à des thèmes résolument adultes. La critique distillée du racisme, du nucléaire, de la chasse aux sorcières communistes est parfaite.
Tome 1 : Quelque part entre les ombres
Ce premier tome est une histoire certes classique avec tous les codes propres au genre polar mais emmené avec un tel brio que la barre est d'emblée placée très haute. On découvre un univers fort intéressant avec ce détective fort charismatique. Les dés sont jetés pour une série qui va s'avérer tout à fait exceptionnelle.
Tome 2: Artic Nation
Le deuxième tome est une critique de l'Amérique ségrégationniste et intolérante. Cette dimension politique élève d'un cran le niveau de la série qui devient de plus en plus intéressante entre fausses pistes et rebondissements.
Tome 3: Ame rouge
Le troisième opus nous plonge totalement dans une histoire d'espionnage sur fond de communisme et de menace nucléaire. Le scénario se corse un peu pour nous livrer un final détonnant. Par ailleurs, les personnages et notamment notre héros prend une véritable dimension plus psychologique entre trahison et déception.
Tome 4: L'enfer, le silence
Ce 4ème tome s'est fait attendre ! En effet, il a fallu patienter près de 5 ans. Pour quel résultat? Je ne suis absolument pas déçu car c'est tout bonnement magnifique ! J'en avais presque les larmes aux yeux devant tant de grâce et de beauté. Le scénario se déroule dans une ville aux airs jazzy de la Nouvelle-Orléans. L'intrigue nous mène en bateau de manière magistrale.
Tome 5: Amarillo
Après un dernier tome jugé peu convaincant par la critique, c'était l'album le plus attendu de l'année. Pour moi, il n'y a pas photo: c'est une réussite totale ! Que du plaisir pour les yeux avec ces dessins tout simplement somptueux avec une finesse du trait inégalé. Le scénario n'est pas en reste avec des personnages à la psychologie plus vraie que nature. L'ambiance dégagée procure que du bonheur. Bref, c'est une maîtrise éblouissante !
C’est une série géniale sous bien des aspects. Ce côté polar américain des années 50 m’a littéralement transporté dans cette autre époque. Je ne suis pourtant pas à la base un fana du genre « polar » mais on ne peut pas passer à côté. Un vrai régal pour tous les amoureux de la bande dessinée. J'accorde la note maximale pour le dessin.
Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Originale et intelligente BD que celle-ci. J’ai été captivé lors de la lecture et n’ai pu refermer l’ouvrage avant d’en connaître la fin, bien que mes yeux se fermaient de fatigue.
Déjà, l’objet est beau (une intégrale luxueuse à un prix plus qu’abordable) au format mastock avec un papier de qualité et une couverture de toute beauté.
L’intrigue est prenante. Sacré défi que de représenter l’inconscient ou les souvenirs et Benoît Dahan s’en sort plus que bien grâce à des trouvailles audacieuses graphiques ou de mises en pages. Les perspectives des décors sont souvent exagérées et cela confère beaucoup de dynamisme à l’aventure. J’ai bien aimé également le soin apporté aux intérieurs des logements des différents protagonistes, semblant vraiment habités par quelqu’un de « vivant » grâce à plein de petits détails qui révèlent sa personnalité. Les personnages sont expressifs et beaucoup sont assez attachants. Les couleurs sont agréables à l’œil tout autant que le dessin.
Simon Radius va être confronté lors de ses enquêtes psys à la paranoïa, les personnalités multiples, le transfert, le traumatisme, la manipulation psychologique ainsi que la haine viscérale que lui porte le lieutenant de police, Padovani.
Le récit est fluide et se lit sans peine, ce qui est appréciable pour une enquête de « psycho-investigation ».
Excellent album dont je recommande au moins la lecture, mais il serait dommage de passer à coté pour la somme modique qu’il coûte.
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Je connaissais déjà le blog "Tu mourras moins bête", et j'ai toujours apprécié les aventures du professeur moustache ! Le passage en livre est dans la lignée du blog : Drôle, intéressant, instructif, un peu trash parfois, un peu geek, bref plein de qualités ! Quel plaisir de découvrir avec humour que ça va être compliqué dans la vraie vie de se servir d'un sabre laser, qu'une blessure par balle est souvent plus grave que dans les films... Je vais pas énumérer tous les chapitres, mais il y a vraiment peu de déchet ! Mais attention, je crois pas que ca soit accessible à tous ! D'une part car le dessin est un peu crade (moi j'aime bien ce style, c'est bien dans l'esprit de la BD), et d'autre part car c'est bourré de références, de second degré, et l'humour est quand même un peu trash aussi ! Bref moi j'adore !
Annie Sullivan & Helen Keller
Née en 1880 dans l’Alabama, la petite Helen Keller devient aveugle et sourde à l’âge de dix-neuf mois suite à une maladie. Elle se trouve alors dans l’incapacité de communiquer avec son entourage, si ce n’est avec quelques gestes maladroits. Sa vie va être bouleversée l’année de ses six ans, quand ses parents engagent Annie Sullivan comme préceptrice. Elle-même malvoyante, celle-ci a appris à enseigner la langue des signes à l’Institut Perkins pour les aveugles. Elle va prendre en charge l’éducation d’Helen Keller et, au fil des mois, réussir non seulement à établir un contact avec l’enfant, mais aussi lui apprendre la langue des signes, puis l’écriture. Les deux femmes resteront amies à vie… Il faut savoir que si Helen Keller est quasiment inconnue hors des Etats-Unis, elle fait partie intégrante du panthéon US, célébrée tous les 27 juin lors du « Helen Keller’s Day », le cinéaste Arthur Penn lui ayant même consacré un film en 1962, « Miracle en Alabama ». La BD s’ouvre sur un sauvetage, celui d’une petite fille brillante en train de se noyer dans un océan d’obscurité et de silence, extirpée des profondeurs par une femme rageuse et sans concessions, Annie Sullivan. Sans esbroufe, Joseph Lambert parvient à faire passer une belle émotion en s’effaçant derrière un minimalisme pudique et respectueux. L’approche graphique du non-visible (incluant l’apprentissage de la langue des signes) est très originale, permettant de nous faire ressentir, nous les voyants, ce que cela signifie que d’être aveugle et sourd à la fois, comme si l’un des deux ne suffisait pas… On pourra reprocher quelques toutes petites incohérences narratives et des couleurs un peu trop basiques, mais l’histoire de ces deux personnages est si prenante que cela passe au second plan. L’amitié entre Helen Keller et Annie Sullivan, ces deux êtres dont la révolte chevillée au cœur et au corps face aux cruautés de la vie s’est transformée en force, est particulièrement poignante, et il faudrait être handicapé des sentiments pour ne pas verser sa petite larme au moins une fois à la lecture du livre. De plus, leurs souffrances ne s’arrêtent malheureusement pas à leur champ de vision, mais sont provoquées aussi par la vanité et la bêtise des soi-disant voyants : les professeurs de l’institut Perkins firent subir à la jeune Helen un interrogatoire de deux heures à cause d’une stupide histoire de plagiat. C’est ainsi que l’on se dit que les aveugles (ou les sourds) ne sont pas forcément ceux que l’on croit. Une belle œuvre tirée d’une belle histoire, à découvrir. Un de mes coups de cœur de l’année.
Les Derniers jours d'un immortel
Dans un monde futuriste et progressiste, humains et races extraterrestres vivent leur immortalité en relative bonne intelligence au sein d’une union galactique. Elijah (le personnage principal) est membre de la police philosophique et doit régler les conflits et problèmes entre les différentes espèces de l’union. Et pourtant, on est très loin du space opera… Vehlman se sert des libertés que procure le genre pour développer une fable philosophique. Les sujets ne manquent pas (la mort, le temps, la mémoire, le rapport à l’autre, la différence…) et sont traités avec beaucoup de finesse et d’intelligence. Le scénario, à la fois dense et passionnant, est une merveille du genre. L’univers graphique, assez singulier, n’est pas en reste. L’esthétique épurée est séduisante et colle parfaitement au récit. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce très bel album. Un grand bravo aux auteurs !
Alain Brisant - S.O.S. Bagarreur
J'ai découvert par hasard cette bande dessinée dans la collection de "vieilleries" de mon beau père. Intrigué par le nom de ces deux "grands noms" de la bd franco belge réunis sur un même album, je m'y plonge. Surprise. C'est vraiment bon. Maurice Tillieux nous livre au scénario un récit réaliste de marine. Le bagarreur est un navire de sauvetage pour bateau en détresse. Déjà j'ignorais l'existence de ces mercenaires indépendants du sauvetage qui risquent leur vie pour sauver celles des autres contre une prime non négligeable : un pourcentage de la valeur des marchandises sauvées. Tillieux a toujours rêvé d'être un marin. Il nous livre un récit de la vie qu'il aurait voulu avoir. On n'a pas ici de héros magnifique à la Gil Jourdan, Bernard Prince etc. Les personnages ressemblent plus à des anti héros. Héroïque mais uniquement pour l'argent. Ils sont même souvent antipathiques. Un récit intense. Concentré en 48 pages. René Follet n' a jamais eu le succès mérité. C'est incompréhensible quand on voit le talent de son coup de crayon. On a ici un style réaliste plus classique que ses derniers albums proches de la peinture ( Terreur, Stevenson etc). C'est très proche de son style sur steve severin ou Valhardi. Un must 4.5/5 PS: réédité bientôt en grand format en noir et blanc et version complète aux éditions de l'élan pour un prix malheureusement bien trop cher.
Charly 9
À mes yeux, c’est le meilleur album de l'année ! (au moins…) Reprenant la trame et le ton du roman éponyme de Jean Teulé, Richard Guérineau délaisse momentanément Le Chant des Stryges pour réaliser en solo ce formidable one shot historique. Et c’est une merveilleuse surprise car il montre un véritable talent d’auteur complet. Le découpage du scénario, en une vingtaine de chapitres, permet de décrire divers épisodes de la vie de Charles IX entre le 23 août 1572, veille du massacre de la Saint-Barthélemy et le 12 juillet 1574, date de ses funérailles (40 jours après sa mort), qui donne lieu à de nouveaux massacres. L’originalité de l’ouvrage réside dans le fait que ces événements tragiques ne sont pas traités avec la gravité morbide habituelle (voir l'ambiance sinistre de « La reine Margot » de Patrice Chéreau). Sans rien nier de la violence tragique des faits, Guérineau montre un Charly 9 qui fait le choix de sa folie. Inspiré par l’image d’une autruche que lui montre son médecin Ambroise Paré, il se cache la tête non dans le sable, mais dans la chair, pour fuir la réalité de la politique. Dès lors, profitant de son statut de monarque à qui nul ne peut rien refuser, il multiplie les comportements absurdes, assourdissant son entourage à grands coups de cor de chasse, pourchassant le cerf nu sur son cheval à travers le palais du Louvre, crachant des noyaux de cerise à la face du légat du pape, ou massacrant des lapins à l’arbalète dans la chambre de sa maîtresse. Et malgré l’horreur des événements, l’humour noir fait mouche et l’on rit souvent, des situations burlesques, des folies du roi, de la débilité des fanatiques religieux ou du cynisme des politiques. Certains passages ne sont pas sans écho contemporains, comme la lecture de cet édit qui exhorte les sujets à « serrer [leurs] ceintures déjà bien étroites afin que la France puisse retrouver sa grandeur d’antan ». Le récit est servi par un dessin et une mise en couleurs particulièrement inspirés, qui permettent à Guérineau de se hisser un niveau des très grands. Dans un style complexe et changeant, qui oscille entre réalisme cru et caricature, il illustre son propos avec talent, multipliant les ambiances différentes (du burlesque au terrifiant, du grandiose au poétique) qui collent aux variations d’état d’âme du jeune souverain. Au détour des planches, il se paie même le luxe de quelques hommages à d’autres grandes plumes du neuvième art (Peyo, Morris, André Juillard…), sans entamer la fluidité du récit. Jusqu’à « Charly 9 », nous n’avions pas eu la chance de découvrir les talents de scénariste de Richard Guérineau, et si son dessin a toujours été propre et très efficace, je ne lui trouvais pas de personnalité particulière. « Charly 9 » m’a vraiment bluffé, et je donne sans hésiter un 5/5 à cet album. C’est vraiment de la belle ouvrage, Monsieur Guérineau, et j’ai hâte de vous lire à nouveau dans vos travaux en solo !
Crossed
Après avoir longtemps hésité à lire les horreurs que promettait cette série ultra controversée, la très jolie intégrale publiée fin 2013 par Milady m'a aidé à passer le cap et pour cause... En effet, très grand fan du comics Preacher de Garth Ennis et amateur de zombies, à priori une énième série sur des morts vivants ne pouvait que me faire de l’œil oui mais voilà, je rechigne complètement sur les scènes de viol et l'ultra violence gratuite me dégoute plus qu'elle ne m'attire. Néanmoins il était impossible de ne pas être au moins attiré, par curiosité maladive ou voyeurisme assumé. cette histoire de fin de monde terriblement pessimiste et où les personnes contaminées deviennent des monstres de perversité malsaine et quasi écœurante. C'est bien simple, Ennis ne se limite à aucun tabou et accorde peu de crédits à l'origine du mal. Les quelques survivants apprennent vite à leur dépens qu'il ne faut plus s'attacher au monde comme ils ont pu le connaître et devenir eux mêmes de vils prédateurs quitte à perdre beaucoup d'humanité. Car il est plutôt question d'inhumanité ici, la maladie pousse n'importe quel être humain contaminé à devenir une bête malsaine et perverse, pouvant proférer les pires blasphèmes, torturer et déchiqueter tout organisme vivant de la plus abjecte des manières (ce récit est assez démonstratif, âmes sensibles s'abstenir) voire sodomiser n'importe quelle partie d'un corps... Une petite précision s'invite ici : l'éditeur d'origine Avatar Press est bien connu pour ses oeuvres graveleuses mais a le mérite d'assumer complètement ses pitchs de pure exploitation complètement barrées et s'adjoindre de disciples de qualité. A l'instar du Neonomicon de Alan Moore, c'est le servile Jacen Burrows sur laquelle s'appuie la délicate tâche d'illustrer les propos de Crossed. Et le bougre s'en sort plutôt bien quand il faut illustrer sur des pages pleines certaines scènes bien dérangeantes mais fourmillant de détails comme les cases illustrées de Geof Darrow. Cet artiste n'a pas son pareil pour rendre l'ambiance aussi détaillée que glauque et créér une atmosphère pessimiste et anxyogène des plus convaincantes. Car même si Ennis cachetonne comme Moore sur un projet mineur mais de consistance, il n'abandonne pas une certaine forme d'humour et quelques critiques plutôt bien senties de notre civilisation. Ennis arrive également à instaurer une forme de poésie et de réflexion sur notre propre humanité par deux scènes aussi élégamment mises en scène qu'intemporelles, des loups dans une nature enneigée et la lecture du journal de bord d'un militaire. Le récit s'adjoint également de flashbacks bien souvent nerveux et horribles dans un montage purement cinématographique enrichissant souvent le passé du petit groupe tentant de rejoindre l'Alaska promis comme un Eden immaculé de la violence de leurs contemporains. Ce qui distingue ce récit d'un Walking Dead ou d'autres récits de zombies et de survie, c'est le danger permanent inculqué en pleine face d'un lecteur complètement perdu face à autant de situations hors normes. C'est bien simple, on ne sait réellement jamais ou la prochaine page va nous emmener et quel nouveau tabou sera brisé. Quelques surprises et comportements risquent d'en retourner plus d'un, c'est bien simple : on est pris à la gorge comme si on subissait le danger ou la peur de se faire soi-même attrapé et rien que pour cette situation à nulle autre pareille, Crossed mérite amplement d'être lu. Je n'aurais jamais lu quelque chose d'aussi douloureux et oppressant et en redemanderai presque... Suis je taré ou malade pour autant ? Je ne pense pas mais une seule phrase raisonne au terme de cette lecture : "Ceci n'existe pas, ceci n'existe pas.." Une expérience peu commune dont il vaut mieux être averti dès le départ, les auteurs ont voulu aller très loin et il semblerait que le pari soit réussi tout en étant moins idiot qu'il n'y pourrait paraitre... Un regret ? Oui l'idée définitivement perdue que Ennis ne surpassera jamais son Preacher ! :) Malgré tout, Crossed n'a pas usurpé sa réputation de comics le plus dérangeant pour rien..
Tsunami
Le propos de cet album est double : nous montrer les suites (extrêmement dramatiques) au tsunami de 2004, mais aussi, et surtout, la quête de sa soeur par un jeune homme un peu paumé. Jean-Denis Pendanx, après avoir entre autres croqué les îles du Pacifique, le Maghreb et la Russie profonde, s'essaie à un nouveau décor, l'Indonésie. Curieusement les premières pages semblent hésitantes, maladroites, comme si l'auteur se cherchait encore, même si les illustrations pleine page du désastre ou les vues en hauteur de villages qui se reconstruisent sont vraiment très belles. Par la suite cette hésitation disparaît, Pendanx prend bien ses marques et nous livre de belles ambiances, couplées à une mise en page éprouvée, comme le prouve l'extrait choisi pour illustrer la quatrième de couverture. L'histoire de Piatzszek est très bien construite, on sent bien le parallèle entre la quête de la soeur et l'initiation du frère à de nouvelles sensations, son accès éventuel à l'âge d'adulte. La conclusion est attendue, pas forcément originale, mais la façon dont il mêle cela aux traditions locales est assez touchante. Une note finale bienvenue, donc.
Le Tueur
Enfin une BD sans concession qui ose dire les choses telles qu’elles sont en réalité! J'ai aimé ce ton résolument décalé d'une noirceur inégalé. Les auteurs donnent une version bien pessimiste de la société et de l'âme humaine. C'est presque malsain. On suit le parcours d’un tueur implacable comme s’il s’agissait d’une profession ordinaire dans un genre d'autobiographie pas comme les autres! Cela peut faire froid dans le dos mais cela répond à une certaine logique. Je me suis surpris par exemple à avoir presque de la sympathie pour un homme froid et solitaire, méthodique et consciencieux dans son travail mais dont les états d'âmes sont intéressants à plus d'un titre. J’ai tout de suite accroché par une lecture très prenante qui fait la part belle à l’aspect psychologique du personnage et de son regard sur la société. Il est vrai qu'avec ces longs monologues, on entre plus facilement dans l'intimité, voir dans la tête de ce tueur. C'est une performance scénaristique étonnante avec une ambiance pesante et captivante. Mais attention: il ne faut surtout pas tomber dans le piège de légitimer le rôle des tueurs dans notre société. Gardez bien à l'esprit la notion de bien et de mal. Cet assassin tue des êtres humains pour de l'argent et il ne recule devant rien! Par ailleurs, il ne se remet jamais en cause avec son air détaché et un peu méprisant vis à vis du genre humain. Son cynisme nous désarme assez souvent. Le monde appartient-il réellement aux riches ? Faut-il profiter du système plutôt que d'être un bon citoyen et vivre une vie difficile ? C'est une philosophie qui en vaut d'autres et qui nous amène à nous poser des questions. Du grand art et de la maîtrise dans le dessin surtout au niveau de l’agencement des cases. Le découpage fluide permet une immersion totale dans la vie du personnage. Le graphisme froid et glacial est à l'image du tueur. Bref, une réussite totale! C'est une série grandiose parmi mes préférés qui ne bénéficie que des éloges d’un avis général des bédéphiles. Extraordinaire et époustouflant car les auteurs donnent pour une fois la parole à un anti-héros. Qu'on adhère ou pas, c'est une autre question... Note Dessin : 4/5 – Note Scénario : 5/5 – Note Globale : 4.5/5
Blacksad
Blacksad est sans doute une de mes bd préférées parmi toutes celles qui existent et qui inondent le marché depuis tant d'années. Un dessin absolument extraordinaire dans les traits presque hors normes (parmi les plus beaux dessins que je connais). Un découpage de planches et des prises de vue magnifiques! On a une impression générale de vertige et de mystère. Bref, une qualité graphique tout à fait exceptionnelle! Le parti pris de « bestialiser » les hommes offre une vue intéressante. On peut dire que le choix de l'animal correspondant à chaque personnage représente admirablement la personnalité des protagonistes de tout bon polar de ce type (ex: le berger allemand inspecteur de police, le gorille boxeur, le malfrat à tête de crapaud, le tueur reptile et le rat espion et cafteur...). De belles trouvailles en perspective! Le scénario de chaque tome est passionnant et renvoi à des thèmes résolument adultes. La critique distillée du racisme, du nucléaire, de la chasse aux sorcières communistes est parfaite. Tome 1 : Quelque part entre les ombres Ce premier tome est une histoire certes classique avec tous les codes propres au genre polar mais emmené avec un tel brio que la barre est d'emblée placée très haute. On découvre un univers fort intéressant avec ce détective fort charismatique. Les dés sont jetés pour une série qui va s'avérer tout à fait exceptionnelle. Tome 2: Artic Nation Le deuxième tome est une critique de l'Amérique ségrégationniste et intolérante. Cette dimension politique élève d'un cran le niveau de la série qui devient de plus en plus intéressante entre fausses pistes et rebondissements. Tome 3: Ame rouge Le troisième opus nous plonge totalement dans une histoire d'espionnage sur fond de communisme et de menace nucléaire. Le scénario se corse un peu pour nous livrer un final détonnant. Par ailleurs, les personnages et notamment notre héros prend une véritable dimension plus psychologique entre trahison et déception. Tome 4: L'enfer, le silence Ce 4ème tome s'est fait attendre ! En effet, il a fallu patienter près de 5 ans. Pour quel résultat? Je ne suis absolument pas déçu car c'est tout bonnement magnifique ! J'en avais presque les larmes aux yeux devant tant de grâce et de beauté. Le scénario se déroule dans une ville aux airs jazzy de la Nouvelle-Orléans. L'intrigue nous mène en bateau de manière magistrale. Tome 5: Amarillo Après un dernier tome jugé peu convaincant par la critique, c'était l'album le plus attendu de l'année. Pour moi, il n'y a pas photo: c'est une réussite totale ! Que du plaisir pour les yeux avec ces dessins tout simplement somptueux avec une finesse du trait inégalé. Le scénario n'est pas en reste avec des personnages à la psychologie plus vraie que nature. L'ambiance dégagée procure que du bonheur. Bref, c'est une maîtrise éblouissante ! C’est une série géniale sous bien des aspects. Ce côté polar américain des années 50 m’a littéralement transporté dans cette autre époque. Je ne suis pourtant pas à la base un fana du genre « polar » mais on ne peut pas passer à côté. Un vrai régal pour tous les amoureux de la bande dessinée. J'accorde la note maximale pour le dessin. Note Dessin : 5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.75/5
Psycho-Investigateur (Simon Radius)
Originale et intelligente BD que celle-ci. J’ai été captivé lors de la lecture et n’ai pu refermer l’ouvrage avant d’en connaître la fin, bien que mes yeux se fermaient de fatigue. Déjà, l’objet est beau (une intégrale luxueuse à un prix plus qu’abordable) au format mastock avec un papier de qualité et une couverture de toute beauté. L’intrigue est prenante. Sacré défi que de représenter l’inconscient ou les souvenirs et Benoît Dahan s’en sort plus que bien grâce à des trouvailles audacieuses graphiques ou de mises en pages. Les perspectives des décors sont souvent exagérées et cela confère beaucoup de dynamisme à l’aventure. J’ai bien aimé également le soin apporté aux intérieurs des logements des différents protagonistes, semblant vraiment habités par quelqu’un de « vivant » grâce à plein de petits détails qui révèlent sa personnalité. Les personnages sont expressifs et beaucoup sont assez attachants. Les couleurs sont agréables à l’œil tout autant que le dessin. Simon Radius va être confronté lors de ses enquêtes psys à la paranoïa, les personnalités multiples, le transfert, le traumatisme, la manipulation psychologique ainsi que la haine viscérale que lui porte le lieutenant de police, Padovani. Le récit est fluide et se lit sans peine, ce qui est appréciable pour une enquête de « psycho-investigation ». Excellent album dont je recommande au moins la lecture, mais il serait dommage de passer à coté pour la somme modique qu’il coûte.