Les derniers avis (9612 avis)

Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Favorite
La Favorite

D’emblée, ce one-shot s’impose par son graphisme noir et blanc très particulier, et à vrai dire plutôt plaisant. Un trait nerveux tout en stries, des visages expressifs, parfois grimaçants jusqu’à l’hystérie, avec toujours un souci de la précision. La mise en page est extrêmement libre, très souvent l’histoire passe du gaufrier au strip, sort des cases pour déboucher ensuite sur une seule scène en double page. Toutes ces ruptures donnent une narration extraordinairement variée, installent une tension, renforcée par des trouvailles graphiques révélant chez son auteur un imaginaire toujours en ébullition. A noter que celui-ci est également illustrateur, ce qui explique sans doute cette amplitude formelle. Venons-en au récit à proprement parler, sorte d’ « Alice au pays de Folcoche ». Assez perturbant, il nous entraîne progressivement vers un tourbillon de démence, parfaitement incarné par le dessin que je viens d’évoquer et dont on ne peut détourner le regard tant on est fasciné, subjugué, horrifié. Jusqu’à la fin, on se pince en se demandant si l’histoire de ce garçonnet travesti en fillette par cette soi-disant grand-mère est vraie, en tout cas on se dit qu’elle pourrait l’avoir été. Mais l’important est le thème principal développé ici : l’identité broyée (ou niée) de deux êtres sous le poids des conventions sociales d’un autre âge, et la perpétuation par ces derniers par le biais de « Constance ». Matthias Lehmann semble au final s’en amuser en posant sur ces grands-parents indignes qui se haïssent à mort un regard grinçant, compréhensif aussi, mais à la limite de la provocation notamment lorsqu’il parle de l’homosexualité du grand-père dans sa jeunesse. Même la « fillette-garçon », sur laquelle on devrait réellement s’apitoyer, a fini par s’adapter à la situation dont elle commence à comprendre l’absurdité. Avec l’espièglerie comme paravent, elle deviendra à son tour monstrueuse en endossant un hideux masque africain représentant, pense-t-elle, une mère imaginaire qu’elle croit morte (on reste dans le thème de l’identité). Et paradoxalement, c’est ce masque aux vertus visiblement magiques qui lui fera retrouver cette identité perdue… Du coup, il sera totalement vain de chercher de l’émotion dans ce récit, qui possédait pourtant tous les ingrédients du drame, mais bascule très vite vers le conte drolatique un peu piquant. Encore peu connu mais déjà publié par l'éditeur prestigieux qu'est Actes Sud en 2006 (L'étouffeur de la RN 115), Matthias Lehmann prouve avec ce one-shot qu’il passe définitivement dans la catégorie des auteurs indispensables.

15/09/2015 (modifier)
Par Jaydee
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château des étoiles
Le Château des étoiles

Dernière série en date du prolifique Alex Alice, j'ai pris une claque en terminant la lecture de ce Château des étoiles. Il est difficile de ne pas décrire cet univers sans citer ceux qui l'ont inspiré : Miyazaki, Jules Vernes et Les Mystérieuses Cités d'Or. Parlons tout d'abord de l'univers complètement barré qui s'appuie sur les "connaissances" les plus fantaisistes en matière de conquête spaciale au XIXème siècle, époque de l'histoire. Ainsi on pensait que l'univers était rempli d'éther -sorte d'énergie pure- , que plus une planète était proche du soleil, plus elle était récente -Vénus est ainsi vue comme une planète abritant une vie préhistorique-, et j'en passe. La grande force du scénario est de donner un dimension merveilleuse à ces théories tout en gardant un semblant de sérieux. Cet aspect est d'autant plus central que la page titre porte la mention "ils ne savaient pas que c'était impossible donc ils l'ont fait". Les personnages ne sont pas en reste et permettent de passer du rire aux larmes en un rien de temps. Enfin, les dessins sont vraiment réussis, Alice prouvant tout son talent en couleurs directes. Une mention spéciale pour les découpages audacieux qui rendent l'histoire encore plus palpitante. Le premier tome aurait mérité à lui seul 4 étoiles, l'intrigue et l'univers développés y sont passionnants bien que l'on puisse regretter que les choses n'avancent pas plus vite. Mais une fois le second tome terminé, on ne peut être que béat d'admiration, chapeau l'artiste, tu n'as pas volé tes 5 étoiles !

15/09/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cesare
Cesare

Ceux qui sont attentifs à l'évolution de l'édition manga en France ne laisseront sans doute pas passer ce qui est en cours chez Ki-oon ; au sein d'une production shôjô/shônen assez passe-partout au début, seules les productions de Tsutsui permettaient à cette petite maison d'édition de s'adresser à un lectorat plus mature. Puis vinrent Tonogai et Sanbe, avec des récits qui lorgnaient franchement vers l'horrifique. Puis vint l'OVNI Bride Stories, il y a déjà quelques années, qui ouvrit une nouvelle brèche, des mangas plus "cérébraux", plus tournés vers le souci de véracité historique. Cesare est l'une des dernières traductions dans cette mouvance. Tout d'abord on remarque la maquette, très soignée, marquant ce souci de qualité vers lequel l'éditeur, peu à peu, tend. Ici le sujet est la vie d'un jeune représentant de cette famille de dignitaires italiens d'origine espagnole qui s'appelèrent les Borgia. En plein coeur de la Renaissance transalpine, cette dynastie oeuvra pour accéder aux plus hautes marches du pouvoir local, c'est à dire le pontificat. Mais plutôt que de nous parler de celui qui lorgne le Saint-Siège, l'auteure a choisi de nous en parler par le biais de son fils, brillant étudiant de l'université de Pise. Ou plutôt -et c'est là une excellente idée, même si un peu éculée- au travers des yeux et de l'expérience d'un novice dans cette université, un jeune homme peu au fait des usages et des situations politiques, Angelo. Procédé malin, disais-je, car ainsi on découvre tous les rouages de ces intrigues de boudoirs, les conspirations diverses entre et contre les familles rivales. C'est habilement mené, malgré le côté Dallas un peu trop présent, on ne s'ennuie quasiment pas, et on apprend beaucoup de choses. Il est intéressant de noter, par exemple, qu'en un peu plus de 500 ans, la Curie romaine n'a pas vraiment changé : corrompue, cupide, concupiscente et n'hésitant pas à se servir des services de spadassins, elle semble trouver d'étranges échos dans l'Eglise des années 2000... Point positif, la période choisie est au coeur de pas mal de révolutions sur le plan artistique ou celui des voyages ; l'occasion pour nos protagonistes de rencontrer... Mais chut, ne déflorons pas cette partie... Fuyumi Soryo introduit petit à petit différents personnages historiques, et la jeune Lucrezia fait ainsi son apparition dans le tome 4 ; on aurait pu penser que la relation avec son père va être au coeur de turpitudes ultérieures, mais après lecture du tome 6 Lucrezia reste encore pas mal en retrait. Mais l'auteure ne déflore pas son histoire, elle prend son temps. C'est aussi ça qui est intéressant : la psychologie des personnages évolue, et les masques tombent ou s'installent au fil de l'histoire. Sur le plan technique, Fuyumi Soryo semble combiner deux visages : celui, classieux, d'une admiratrice du decorum de la renaissance italienne : ses décors, les costumes sont somptueux, c'est un vrai plaisir de regarder certains plans larges ou des personnages en tenues ecclésiastiques. Dans les bonus du tome 6 elle décortique sa façon de travailler sur les décors, en particulier un palais Renaissance. Par contre, sur le plan anatomique, c'est plus laborieux : certains visages manquent de rigueur, semblent un peu déformés. Certes, esthétiquement parlant, ils ressemblent aux canons de l'époque ; mais un peu plus de réalisme n'eût pas nui. Mais ce souci s'estompe par la suite. Elle a aussi des soucis avec les chevaux. Ils sont également vraiment difformes, et c'est bien dommage quand l'une des scènes tourne autour d'eux. Ce souci me semble gommé par la suite, car dans le tome 5 une longue scène montre des chevaux, cette fois-ci nettement mieux réalisés. Parlons-en un peu de ce tome 5, dont la scène centrale est une fête de l'école matérialisée par la reconstitution (moyennement fidèle) d'une célèbre bataille des croisades. C'est l'occasion pour les étudiants d'y montrer leur valeur en tant que guerriers -alors qu'ils n'auraient probablement jamais l'occasion de le faire en vrai- mais aussi, pour certains, d'évacuer leur stress, leur énergie, ou même... les frustrations accumulées face à leurs condisciples. Un évènement aux sous-tensions troublantes donc. Dans le tome 6 on passe à un autre temps fort, le dévoilement d'une partie du mystère de l'incendie. Le tome 7 est sur un autre tempo, on laisse reposer l'intrigue principale pour un cours d'Histoire concernant le dualisme entre l'Empereur et le Pape, ainsi que quelques éléments sur la ville de Pise, qui joua un rôle très important à une époque. De nouveaux angles de vue qui enrichissent la connaissance du sujet, fort complexe. Et encore une fois, quelques personnages emblématiques passent faire un coucou... La révolte des Pazzi, évènement sanglant de l'histoire de Florence, est évoquée dans le tome 8, car une quinzaine d'années après, les résonances sont encore là ; on apprend beaucoup de choses sur l'Histoire et la politique de l'époque, c'est vraiment très intéressant. Dans le tome 9 le tempo est plus calme, Cesare et Angelo disparaissent même un peu de la scène pendant la moitié du tome, tandis que nous est exposée la délicate, fragile et complexe situation géopolitique de l'Italie, alors éclatée en plusieurs Etats. Je n'ai pas tout compris, mais encore une fois cela me semble bien présenté, et surtout complété par des annexes documentaires fort intéressantes, un autre plus qui maintient cette série sur une qualité élevée. Dans le tome 10, conclusif du premier cycle, nous avons droit à un évènement majeur dans l'histoire d'Angelo, Giovanni et Cesare ; c'est peut-être le plus calme de la série, mais il fallait cela pour conclure en beauté, sur un rythme qui fleure bon la Toscane et sa douceur de vivre. De plus les personnages tombent un peu le masque, et l'entité un peu froide que représentait jusque-là Cesare apparaît plus humaine. Le second cycle s'ouvre sur un évènement qui remet en question l'alliance tripartite qui liait Naples, Milan et Florence. Et se conclue sur un autre évènement, ou son imminence, qui va bouleverser la Curie romaine. Cela promet encore de beaux moments de diplomatie et d'intrigues de palais. L'auteure (ou l'éditeur) a pensé à nous proposer une sorte de tableau synoptique des relations entre les personnages, car je dois avouer qu'entre les Medicis, les Borgia et les Della Rovere, il y a de quoi s'y perdre, même si chaque famille n'est représentée que par deux ou trois personnages. Dans le tome 3 de nombreuses notes permettent de replacer l'ensemble de l'histoire dans un contexte socio-politique précis. Dans le cinquième un entretien avec un spécialiste japonais de l'époque nous permet de mieux comprendre le fonctionnement des universités de la renaissance. C'est très intéressant, et permet de comprendre pas mal de subtilités présentes dans le manga... Le lectorat du manga traditionnel risque de ne pas adhérer, mais tant pis, j'encourage Ki-oon à persévérer dans cette voie, car c'est vraiment très intéressant, et franchement bien fait. Ma note globale est de 4/5. C'est excellent de bout en bout.

21/03/2013 (MAJ le 13/09/2015) (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Misérables (Kurokawa)
Les Misérables (Kurokawa)

Les Misérables est sans aucun doute un des romans les plus connus à travers le monde ; il a donc eu droit à plusieurs adaptations. J'en ai vu ou lu plusieurs et pour l'instant ce manga fait partie du haut du panier. Il faut dire que l'un des défauts de plusieurs adaptations c'est d'être trop courtes alors que le roman est très long. Ici, il n'y a pas ce problème car le format d'un manga va parfaitement à ce genre d'histoire, vu qu'un mangaka peut produire une série de plusieurs dizaines de tomes de 200 pages chacun. L'histoire avance donc sans aller trop vite et les deux tomes m'ont semblé fidèles au livre avec des passages qu'on ne voit pas souvent en-dehors du roman. J'ai lu les deux premiers tomes d'une traite. Même si je connaissais déjà l'histoire, le mangaka réussit à la rendre intéressante et les personnages sont aussi passionnants que dans le roman. Le dessin est sympa quoique parfois les expressions des personnages soient un peu exagérées, mais à force de lire du manga je me suis habitué.

12/09/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Temple du passé
Le Temple du passé

Nouvelle adaptation, cette fois-ci par Hubert et le Roux. Il s'agit cette fois d'une sorte de planet fantasy, avec un huis-clos à la clé. Le récit oscille entre présent, un survival sous haute tension, et passé, lorsque Massir doit lutter contre des carcans sociétaux très particuliers... Massir, responsable des survivants de ce crash surprenant, doit donc trouver des solutions pour que lui et ses deux compagnons s'en sortent... Ça ne va pas être facile, et d'ailleurs c'est très peu crédible, mais après tout, c'est de la SF un peu à l'ancienne, donc pourquoi pas... Le second tome, conclusif, confirme ces belles promesses, avec un rythme comparable. Comme le signale Pasukare, la fin est plutôt bien foutue, j'adhère, c'est typique du cynisme de Wul. Etienne Le Roux semble un peu hésitant au début de son album ; il semble plus à l'aise dans le monde futuro-héllénique que dans les designs tourmentés de l'épave du vaisseau, puis les parties organiques lui permettent de se chauffer un peu et se trouver sur un style de croisière aux deux tiers du premier tome. C'est efficace, très beau même par moments, bref, visuellement ça fonctionne bien. Sympathique, même si moins puissant que Niourk.

29/05/2014 (MAJ le 12/09/2015) (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Junk
Junk

Il y a encore peu de temps, j'éprouvais quelques réticences concernant le dessin de Brüno, puis peu à peu j'ai trouvé que finalement ce dessin sans fioritures, d'aspect simpliste était rudement efficace. Alors certes le dessin est particulier, il possède un style franchement original mais il produit son effet et passé les premières pages il ne pose aucun souci. Il est d'ailleurs assez remarquable à mon sens pour coller si justement à l'histoire alors que les autres westerns que nous connaissons et que je ne citerais pas, sont eux dessinés de manière plus "chargée". L’intérêt de ce diptyque est bien évidement aussi son scénario qui en reprenant des codes assez connus nous propose une histoire haletante dont une fois commencée la lecture, il est bien difficile de s'extraire. La psychologie de chaque personnage est extrêmement fouillée, sans lourdeur et sans abuser de multiples flash-backs comme on a pu en voir ailleurs. Outre cette chasse au trésor c'est également, au travers des ces cowboys et de cette cowgirl, à la fin d'un monde, d'une époque à laquelle nous assistons. En bref je dirais, intelligent, des dialogues percutants et non dénués d'humour, mon seul bémol concerne ce personnage de la toute fin sur lequel j'aurais souhaité un brin d’éclaircissement supplémentaire. Sinon lecture évidement conseillée.

11/09/2015 (modifier)
Par Spooky
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Antarès
Antarès

Leo est revenu à ce qui a fait la qualité et le succès d'Aldébaran : le départ vers une destination inconnue, un climat d'angoisse savamment dosé, des personnages redevenus plus épais... Antarès est donc une nouvelle planète susceptible d'être colonisée. Mais elle recèle bien des secrets, et surtout des dangers. Et c'est Kim, devenue une sorte de phénomène médiatique après ses exploits sur Bételgeuse, qui redevient le centre de l'attraction. Kim, qui n'a rien perdu de son caractère très fort, malgré une certaine lassitude par rapport à toute cette vie aventureuse. Kim, qui a eu un enfant de sa relation avec un extra-terrestre (faits relatés dans Bételgeuse), qui va être le second moteur de l'histoire après celui de cette nouvelle expédition. Léo récupère bien des éléments ayant composé ses 10 albums précédents pour permettre à l'action de se développer lentement, mais sûrement. Il y a bien sûr la question de l'écologie, avec la colonisation agressive de la planète tournant autour d'Antarès. Mais aussi le fondamentalisme religieux, qui préside malheureusement à l'expédition et qui va amener nombre d'ennuis... Ce cycle est plus long que les précédents, ce qui n'empêche pas l'auteur de le rendre très dense, surtout sur le tome 4, où il se passe beaucoup de choses. A noter d'ailleurs que si Kim reste le fil conducteur, d'autres personnages prennent de l'ampleur, comme Alexa. Et ce cycle s'achève avec un certain nombre de réponses, mais de nouveaux questionnements, qui seront traités dans un futur cycle. Leo peut tenir longtemps comme ça. Le dessin de Leo est toujours aussi bon, avec une mention spéciale -comme toujours- aux créatures d'Antarès. Un troisième cycle qui se lit bien, qui est dense est plaisant.

21/04/2007 (MAJ le 08/09/2015) (modifier)
Par sloane
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Traquemage
Traquemage

Alors là on touche au génie, n'ayons pas peur des mots, vous allez penser que je m’enflamme mais lorsque vous aurez lu ce premier tome vous comprendrez mon enthousiasme. Lupano est donc au scénario, objectif : dynamiter, faire exploser en vol les codes de la Fantasy en faisant de la rural fantasy. De quoi s'agit-il ici ? Pistolin est un brave berger qui élève son troupeau et le lait qu'il en tire sert à la fabrication des fameux Pécadous, fromage aux senteurs viriles mais non dénué de goût. Mais voilà, rien n'est jamais parfait, dans le monde de Pistolin vivent aussi des mages qui se mettent joyeusement sur la tronche, n'épargnant pas au passage les populations. Triste vie, le troupeau est décimé et le paisible village réduit en cendres. Pistolin entre dans une fureur noire et face aux éléments, juché sur la montagne il lance un cri : Vengeance !! Il ira partout sur la terre pour tuer les mages responsables à ses yeux de tous ses malheurs. Éradiquer la magie est une chose, aussi avant de s'attaquer aux mages il décide de se faire la main en trucidant une fée qui vit non loin de là. Las, celle-ci est alcoolique et plus très bonne à grand chose. On se demande d'ailleurs en la voyant comment elle parvient à voler entre son léger embonpoint et ses mémorables cuites. Entre elle et Pistolin des rapports d’entraide vont se mettre en place et une longue quête semée d'embûches va débuter. Dans cette histoire il y a donc des mages très puissants, des fées, des trolls, un monde régi par la magie, des mercenaires, mais attention oubliez Tolkien ! Comme je l'ai dit plus haut la fée est alcoolique, la Clochette de Loisel est bien loin, le compagnon de notre héros n'est autre qu'une pauvre bique froussarde et répondant au doux nom de Myrtille. Il y a aussi un preux chevalier qui ne pense qu'à faire admirer ses biceps en ressassant ses exploits, d'ailleurs Smaug est aussi présent mais perclus de rhumatismes. Vous l'aurez compris, tout cela est franchement jubilatoire, Lupano a parfaitement intégré les codes de la grande fantasy et le détournement qu'il en fait avec des traits d'humour jamais lourdingues, à chaque page, est un véritable régal. En plus de ce scénario il fallait un dessin qui colle aux situations et c'est cela que nous propose Relom dans un style qui n'est pas sans rappeler le grand Dubout. Le trait semi réaliste parfois proche de la caricature mais non forcé est très bon. Ajoutez à cela des couleurs sans chichis qui s'adaptent au propos. Coup de maître donc pour ce premier opus d'une série qui s'annonce comme un futur incontournable du genre. Genre nouveau d'ailleurs puisque je le rappelle nous sommes ici dans la Rural Fantasy.

06/09/2015 (modifier)
Par pol
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château des étoiles
Le Château des étoiles

J'avais fait l'impasse sur les journaux pour mieux profiter de la version album et je n'ai pas été déçu. Soyons direct : cette série est réussie à tous les points. Un : Graphiquement c'est beau, Alex Alice fait une nouvelle fois preuve de beaucoup de talent que ce soit dans son dessin ou dans sa mise en page. Il y a des motifs pour se régaler les pupilles à toutes les pages : des châteaux splendides, des cadrages et des perspectives superbes, des engins volants originaux, des vues du ciel qui sont une invitation au voyage... et la liste est encore plus longue. Deux : Des personnages attachants. On se prend de sympathie tout de suite pour ces enfants. Séraphin fait un très bon héros. Personnellement, j'ai un petit faible pour Hans et sa bonne bouille. Leur rôle est bien trouvé et il y a un juste équilibre avec les adultes. J'aime les voir bricoler leurs ethernefs, j'aime voir leurs yeux briller quand ils côtoient l'aventure. J'aime leur imagination quand ils se sentent investis d'une mission et qu'ils décident de former les chevaliers de l'Ether. Trois : une histoire originale et prenante. Au niveau de la thématique, même si le parallèle avec Jules Verne n'est pas faux du tout, on ne lit pas une histoire déjà lue 10 fois par ailleurs, et ça fait du bien. En quelques pages à peine on rentre dans cette aventure pleine de mystères ! On voyage, on s’inquiète du sort de nos jeunes héros, on craint les espions prussiens. Chaque péripétie a de l’intérêt. Un vrai régal pour le moment. Ce premier tome est une vraie réussite. Le second est dans la continuité, il reprend là où l'histoire nous avait laissé et nous emmène en altitude pour un voyage direction la lune. Entre la tentation d'explorer cet astre inconnu, et l'envie de rentrer sur terre les points de vue divergent. Les découvertes que feront nos héros rythment ce second opus. Et là encore Alex Alice fait preuve d'une belle imagination pour nous proposer une aventure originale. Le graphisme est toujours aussi agréable, il nous fait voyager. Les héros, eux, sont toujours aussi attachants. Ce serait presque parfait, mais il m'a manqué un peu de tension, celle qui était palpable dans le tome 1 lorsque les chevaliers de l'Ether se sentaient traqués par les prussiens, qu'ils cherchaient un mystérieux espion. Ce second chapitre me parait moins tendu. Un bémol bien mince qui n'atténue en rien le ressenti global qui est excellent. Vivement la suite.

26/10/2014 (MAJ le 03/09/2015) (modifier)
Couverture de la série Le Troisième Testament
Le Troisième Testament

Le Nom de la Rose a son rejeton en bande dessinée, il s'appelle "le Troisième Testament" ! Et il est proprement fabuleux. Il appartient à cette caste de séries BD de très haut niveau mais qui restent malheureusement assez peu connues en dehors d'un petit cercle d'initiés et de fans. C'est bien simple sans BDTheque je ne l'aurais probablement jamais remarqué sur les rayons de la Fnac... Voici Xavier Dorison (que j'ai connu par le bais d'Undertaker) et Alex Alice ( que j'ai connu grâce au Château des étoiles) conjuguant leurs forces pour nous offrir ce récit empreint d'ésotérisme, lugubre et gothique, s'étalant sur quatre tomes et narrant le grand vagabondage de trois aventuriers dans l'Europe médiévale du début du XIVème siècle, sur fond d'enquête criminelle et de quête mystique. En effet, le dénommé Conrad de Marbourg, ex-inquisiteur accusé naguère de trahison et de satanisme par l'autorité ecclésiastique (et qui se paye la bobine de Sean Connery lorsque ce dernier jouait dans le Nom de la Rose, le film de J-J Annaud), est sollicité par son ancien ami Charles d'Elsenor au sujet du massacre sordide de plusieurs moines officiant au couvent de Veynes. Non seulement ça, les tueurs ont également dérobé de très vieux manuscrits, qui avaient ceci de singulier qu'ils n'étaient référencés nulle part y compris dans l'index officiel. D'abord réticent, de Marbourg va finir par accepter la mission qui lui est confié et va partir à la recherche des tueurs et de ces fameux manuscrits, s'alliant en cours de route le concours de la fille adoptive d'Elsenor et d'un mercenaire irlandais rempli de panache. Une fois cette intrigante mise en place effectuée, le récit nous embarque dans une pure odyssée transeuropéenne, ou l'on se familiarise à des lieux tels que Stornwall, St Luc, Paris, Tolède, Dantzig, Prague, et j'en passe. Une aventure au rythme échevelé, avec peu de temps morts; on est absorbé par la succession d'évènements qui se déploient au fil des pages. On en apprend aussi beaucoup sur l'histoire de la chrétienté et sur certains grands personnages qui la constituent ( par exemple - ô quelle surprise fut la mienne - le comte de Sayn et Conrad de Marbourg ont réellement existé !). Les séquences fulgurantes et splendides se succèdent et le combat final, apothéose apocalyptique critiqué par certains, représente à mes yeux un absolu chef-d'oeuvre de dénouement à nul autre pareil dans la bande dessinée franco-belge. Monumental, voilà le seul terme qui convient. Il faut saluer la maestria des deux magiciens Dorison et Alice, qui chacun dans son domaine a donné le meilleur de son talent. Et puis Alice, quel coup de crayon ! c'est fin, c'est précis, c'est élégant, je n'y trouve rien à critiquer, et les villains qu'il a conceptualisé sont franchement sinistres et effrayants, une vraie réussite, chacune de leur apparition fait froid dans le dos. Un point bonus aussi pour les couvertures qui sont des œuvres d'art à elles toutes seules, la première et la dernière en particulier. Pour moi cette quadrilogie mérite un dix sur dix, et va maintenant figurer en bonne place dans mon top 10 BD. Je suis venu, j'ai vu, et j'ai été conquis. Une lecture indispensable et un must have pour toute bibliothèque personnelle qui se respecte. Maintenant il ne me reste plus qu'à aller dévorer la préquelle produite par les mêmes auteurs : Le Troisième Testament : Julius. De nouveaux frissons en perspective !

02/09/2015 (modifier)