Il est des jours où je suis ravi de découvrir qu'une bd sort enfin du lot d'une médiocrité ambiante motivée par l'aspect commercial. Roi Ours se présente comme un conte et je n'en n'attendais pas grand chose d'autant que l'auteur m'est totalement inconnu sous le pseudo de Mobidic.
Et puis, à la lecture, ce fut la révélation ! Tout y est, à commencer par le talent de cette nouvelle auteure dans le monde de la bande dessinée. Pour une première, c'est un sans faute aussi bien sur le plan scénaristique que graphiquement. Les planches sont tout bonnement superbes. Bravo pour ce résultat incroyable !
Cette histoire est d'ailleurs pleine de bonnes surprises. C'est un conte pour adultes qui nous transporte dans le monde des dieux animaux sur fond de mythologie indienne des totems. On se rendra compte qu'un amour improbable va naître entre la belle et la bête. Et puis, il y aura ce sentiment de vengeance quand un être aimé nous est soudainement enlevé par la folie meurtrière des hommes. Un cycle de violence sans fin et qui n'est pas digne des dieux.
A la fin, je n'ai eu qu'un regret à savoir une suite à ce récit qui pourrait aller plus loin sur la destinée de notre héroïne. Après le roi Lion, il faut lire le roi Ours.
Ce western commence bien, avec une scène choc et pose une énigme en forme de polar. Le ton me plait d'emblée, l'ambiance installée, la progression du récit et les personnages sont bien établis et bien étudiés, et s'appuient sur un des plus vieux thèmes du western : la vengeance, qui nourrit au moins 70% des westerns hollywoodiens.
L'influence perçue ici n'est pas celle des films de Sergio Leone, mais bien plutôt hollywoodienne ; elle a trop servi et les auteurs s'en démarquent avec une sorte de mélange de western à l'ancienne et de western de style années 70, avec une violence plus conséquente et où les héros ne sont pas tout à fait bons ni tout à fait mauvais ; c'est une frontière ténue car ce n'est pas la tendance crépusculaire comme Coups de feu dans la sierra, mais plutôt la tendance Pendez-les haut et court, ou Sierra Torride, des westerns hollywoodiens qui avaient subi justement l'influence du western italien. C'est perceptible dans le rôle des méchants qui eux sont bien ciblés et correspondent aux stéréotypes des années 70. L'amateur de western saura peut-être déceler un clin d'oeil discret qui rappelle 2 films où Robert Mitchum incarnait un faux prédicateur dans Cinq cartes à abattre, et la Colère de Dieu.
Le dessin est très agréable, lumineux, un semi-réalisme de bonne tenue et bien maîtrisé qui restitue à merveille la mythologie classique de l'Ouest.
Le seul petit truc qui m'énervait à la lecture, c'est le nombre de fois où Angus se fait avoir par surprise en prenant des coups dans la tronche ; on dirait un bleu alors qu'il a l'air d'avoir roulé sa bosse et il sait tirer, il ne devrait donc pas se laisser surprendre autant.. mais d'un autre côté, ça renforce la dramatisation.
La fin est ouverte, ça pourrait redémarrer et faire l'objet d'une bonne série avec quelques albums de plus. Sinon, en l'état, c'est un diptyque qui me satisfait pleinement, ce n'est certes pas le western du siècle, mais depuis quelques années, j'ai pris l'habitude de me contenter de plaisirs simples instantanés, et de ne pas me refuser les bonnes choses même si tout n'est pas parfait, je n'ai pas envie de jouer au difficile que ce soit en terme de BD ou de films ; dans le cas présent, je ne regrette rien et j'en redemande..
Décidément 2015 est l’année des (très bons) westerns en bande-dessinée.
Alors oui, il y a forcément des images qui nous viennent en tête automatiquement sans qu’on n’y puisse rien quand on lit "Sykes" dont le personnage éponyme fait penser à Virgil Cole (Ed Harris) dans le film Appaloosa. Que ce soit dans sa droiture morale, un certain sens de l’honneur et des règles tout en pouvant se montrer impitoyable et sans merci, mais aussi de par son adjoint suppléant O’Malley qui là pour le coup s’éloigne d’Everett Hitch (Viggo Mortensen) cependant que leur tandem fonctionne de la même façon avec beaucoup de respect mutuel et une certaine dévotion pour leur boulot ingrat.
Et oui, on pensera également inévitablement au True Grit des frères Cohen avec le jeune orphelin Jim qui réclame vengeance pour sa famille massacrée et qui accompagne Sykes malgré les réticences de ce dernier dans la traque des meurtriers. Puis de la même façon qu’entre la déterminée Mattie et le vieux soulot Marshal Cogburn (Jeff Bridges), il y a une relation d’amitié et de filiation touchante qui se met progressivement en place entre Sykes, O’Malley et Jim.
Et c'est bien ça qu'on aime !
Mais ce que j’ai trouvé étrange par un moment c’est que j’ai réalisé que la traque n’est pas le véritable propos de "Sykes" alors que tout de même elle occupe un bon trois quart de l’histoire. J’ai cru que ça allait se résumer à ce genre d’histoire assez classique et qu’il faudrait se contenter des belles planches, mais une fois ce chapitre clos le récit se focalise presque complètement sur Sykes et j’ai réalisé que certes, Pierre Dubois nous conte la vie d’un Marshal implacable au passé torturé, mais à travers lui et son ami O’Malley c’est aussi une histoire de l’Amérique que nous raconte l’auteur. Celle de la spoliation des terres des colons par les banques par l’intimidation, le chantage, la menace et si ça ne suffit pas, l’assassinat. Les truands du premier axe de l’intrigue sont de grosses raclures mais les pires sont les notables de la bourgade de fin : le banquier bien propre sur lui, le président de l’association des commerçants, le pasteur et le shérif corrompus. Eux ont de vrais gueules d’assassins.
C’est le récit d’un homme fatigué, en lutte contre ses propres démons comme le capitaine Achab de Moby Dick dont il est un lecteur attentif, qui a passé sa vie à protéger les faibles et qui savait reconnaître les âmes bonnes des monstres mais qui à la fin, blasé par toute cette violence finit par ne plus s’apercevoir que le monde autour de lui à changer. L’ère de l’industrialisation à changer le paysage et les bandits qui ne braquent plus avec un masque et un revolver, mais armé d’un papier et d’un crayon.
Mais attention, on n’est pas du tout dans le genre du western spaghetti ici, c’est résolument tourné vers un réalisme violent, fataliste puis tragique.
Il est cependant dommage que la deuxième partie soit un peu précipité dans sa conclusion alors que jusque là les auteurs avaient pris leur temps pour mettre en place la première intrigue. Sûrement parce que le paysage mérite davantage que l’on s’attarde sur la première moitié que sur la fin.
Un petit mot sur le dessin de Dimitri Armand que j’ai trouvé tout à fait remarquable de réalisme. C’est beau, qu’est-ce que je peux dire de plus. Le personnage du barman au début, je n'arrive pas à me souvenir de qui il tient les traits, mais je suis sûr que c'est un acteur. Robert Davi ? Rhââ je n'arrive plus à me souvenir mais je l'ai déjà vu quelque part. Et ces couleurs incroyablement variées, c’est d’une grande richesse et impeccablement soigné.
Je trouve ça formidable qu’il y ait de plus en plus de grand récit one shot comme celui-là en bande-dessinée alors qu’on est bien souvent habitué à des séries longues qui font mal au portefeuille et qui ne savent pas toujours où elles vont. Là c’est dense, condensé en 81 planches brillamment exécutées, intelligent et rondement mené bien que l'on n'évite pas certaines scènes clichés comme la bagarre de saloon.
Que demander de plus ?
Comme dit dans un autre avis sur les Bd concernant le cyclisme, j'ai été dans mon enfance assez passionné par le Tour de France (l'époque Merckx surtout entre 1969 et 1976) et par les coureurs que j'aimais comme Poulidor, Ocana, Van Impe, Zoetemelk, Gimondi, Thévenet... jusqu'au premier Tour de Greg Lemond. Cette passion m'avait été transmise par mon grand père qui était dans le vélo et qui avait connu personnellement Bartali et Bobet. Après Lemond et l'époque Hinault, j'ai décroché car ce sport a commencé à être moins propre, et surtout beaucoup trop médiatisé.
Lax rend un hommage à la petite reine dans ce bel album, c'est les débuts du cyclisme, une époque héroïque avec les premiers Tours de France, tout un monde bien éloigné de nous et presque oublié de nos jours, avec de vrais pionniers comme Petit-Breton, Lapize, Trousselier, Garrigou, Thys ou Faber, des gars qui souffraient sur des vélos rudimentaires et sur des routes pyrénéennes dont l'état en ce temps-là était déplorable. A cette époque, ces gars en chiaient vraiment, les crevaisons étaient fréquentes, ils devaient changer leurs boyaux eux-mêmes, les vélos étaient lourds et inconfortables, l'équipement très artisanal, les blessures très douloureuses... bref rien à voir avec le cyclisme moderne que l'on connait avec de belles routes de montagnes regoudronnées chaque année et où les coureurs sont devenus de véritables assistés au coeur d'un dispositif technologique de pointe et d'une ultra médiatisation.
Le vélo et la montagne sont très liés depuis les débuts du cyclisme comme on le voit dans cette aventure qui restitue à merveille cette époque grisante, et dotée d'un personnage très attachant et farouchement déterminé à accomplir son rêve. J'admire des gars comme ça qui ont une telle volonté, une telle abnégation malgré les obstacles.
Le scénario progresse de façon remarquable avec un bon dosage d'émotion, et Lax dont je n'aime pas habituellement le dessin, notamment sur Le Choucas, fait preuve d'un trait plus appliqué (la pleine page du Pic du Midi en construction est vraiment superbe).
D'autre part, la Bd est instructive, j'ignorais ces portages vers le Pic, mais en même temps, il fallait bien grimper là-haut tout ce qui a servi à construire l'observatoire, et ensuite ravitailler les scientifiques qui y travaillaient. Pour y être allé moi-même une fois (en voiture par la piste en fin d'été), je trouve remarquable le courage des gars qui grimpaient chaque jour à pied, même l'hiver.
L'aspect humaniste est enfin bien développé tout au long de ces pages, j'ai bien aimé la relation chaleureuse entre Amédée et Camille, et la ferveur populaire envers Amédée ; je reproche seulement une fin trop hâtive et trop abrupte. Sinon, c'est une belle histoire sportive et une formidable aventure humaine, un défi au destin qui je crois peut plaire même à des lecteurs n'aimant pas particulièrement le cyclisme, mais beaucoup plus aux amateurs de vélo..
J'avais gardé un très bon souvenir de Wayne Redlake des mêmes auteurs, et voila que je tombe sur cet album lors d'un échange de Bd, quelle joie ! C'est exactement ce que j'aime, de la détente pure, alliée à mon genre préféré.
C'est encore du western très influencé par l'univers de Sergio Leone qui a décidément beaucoup inspiré les auteurs de BD. Mais cet univers sait inventer ses propres particularités, tel ce décor de rochers au bord de la mer, décor assez rare en western ; si ma mémoire est bonne, je n'ai vu la mer dans un tel contexte que dans la Vengeance aux 2 visages, de Marlon Brando, et dans L'homme des hautes plaines, de Clint Eastwood.
Les auteurs installent une ambiance des plus jouissives, des codes bien établis, une outrance réjouissante et des séquences typiques de ce type de western un peu cradoque et ambigu, où la frontière entre bons et méchants est floue, le tout tempéré par un joyeux érotisme dont ils n'abusent pas, alors qu'il aurait été si facile de dénuder encore plus les 2 belles pépées de ce récit. Tous ces éléments seront repris de plus belle en 1995 dans Wayne Redlake, même le dessin sera plus nerveux et vigoureux.
Ici, Lamy fait preuve d'un trait joli et léché, on sent qu'il s'est bien appliqué à soigner des détails, mais son dessin n'a pas la même vigueur que dans Wayne Redlake, il est moins musclé, tout en adoptant un style cinématographique qu'il amplifiera, à savoir des gros plans de flingues et de visages, des contre-plongées, et surtout des cases au format panoramique rappelant le cinémascope des films de Leone. A ce titre, le duel final dantesque dans la rue entre les 2 héroïnes est superbe avec ses cases en continuité en double page.
Je crois que cet album régalera plus un public de mecs que de filles (pourtant c'est les femmes qui mènent le bal), mais tout amateur de western doit le lire, même si le final est très cliché..
Certes, je suis un habitué des bandes dessinées dites "pour adultes" ou "pour public averti", comme il est noté sur le sticker de cet album signé Vince (que je ne connaissais pas) et Zep (que l'on ne présente plus), mais là je dois dire que Esmera est une véritable surprise, dans le bon sens du terme.
J'avais découvert Zep avec son Happy Sex, recueil d'histoires assez osées pour l'auteur de Titeuf, et je le retrouve ici au scénario d'une aventure pornographique, assez drôle tout de même, illustrée par Vince.
Le dessin, tout en lavis, est assez réaliste, tout en en gardant un côté comique. En effet, le fil rouge de cette aventure (Esmera découvre, par hasard, qu'elle change de sexe à chaque fois qu'elle a un orgasme) nous amène à suivre des situations assez surréalistes et souvent très drôles. Les auteurs nous gratifient en effet de tout un catalogue de situations : de la masturbation à la fellation, en passant par des scènes de lesbiennes ou de triolisme, l'ensemble des canons de la pornographie y passe... avis aux amateurs.
Ce côté parfaitement assumé d'une comédie pornographique fait de ce one shot un album qui repose sur un vrai scénario tout long des 78 pages, un véritable exploit pour ce genre de bande dessinée.
Une lecture, évidemment à réserver à un public très averti, il va de soi.
Voilà une BD jeunesse très prometteuse !
Les éditions de la Gouttière m'avaient déjà fait de l'oeil avec Enola et les animaux extraordinaires, c'est encore une très belle publication qu'ils nous proposent avec en duo Dawid au dessin et Frédéric Maupomé au scénario. On est tout de suite plongé dans ce trio étrange d'enfants dont les parents semblent avoir disparus sans qu'on sache pourquoi au début. Le puzzle se recompose petit à petit pour nous faire découvrir l'origine de ces trois drôles, qui semblent bien en peine pour se faire discrets et se fondre dans le quotidien de leur école.
C'est frais, prenant, coloré et l'histoire est intelligente : on est vite conquis ! Les personnages sont attachants et les aventures qu'ils vont rencontrer nous font dévorer cet album chatoyant (magnifiques couleurs !).
Une des meilleures BD jeunesse de cette année pour moi, j'attends la suite avec impatience.
Je ne m'attendais pas à aimer autant ce manga !
L'auteure a travaillé sur une ferme durant quelques années et cela se voit car le monde agricole présenté dans ce manga me semble réaliste. Les gens qui ne connaissent pas grand-chose vont sûrement en apprendre beaucoup.
Mais personnellement j'ai un peu l'impression que tout le côté "apprenant des trucs en lisant un manga" est secondaire comparé au côté plus humain de l'histoire. Ce que j'ai surtout aimé dans ce manga ce sont les personnages que je trouve attachants et terriblement humains. Leurs relations entre eux sont aussi très intéressantes (je pense notamment à la relation tendue entre le héros et ses parents). L'humour m'a bien fait rire aussi (mention spéciale pour le gars un peu con qui se cause toujours des ennuis et la fille qui essayait de jouer les gosses de riches et qui est nulle en équitation).
C'est vraiment un manga rafraîchissant et en plus je le trouve imprévisible. Je ne savais ce qui allait se passer ensuite et j'attends la suite avec impatience.
Avant cette série, on aurait pu oublier que les BDs historiques pouvaient à la fois être totalement réalistes, superbement dessinées et en même temps passionner le lecteur par un récit plein d'aventure, de politique et d'action. Le Trône d'Argile possède toutes ces qualités.
Le dessin est vraiment excellent. Moderne, dynamique, détaillé, il donne vie et beauté aux décors français du 15e siècle. Personnages et décors sont soignés, détaillés, beaux et parfaitement documentés sur le plan historique. La narration est impeccable, réalisée aux petits oignons. Et les couvertures rivalisent d'excellence.
Le récit nous place dans une époque peu usitée dans le domaine de la BD historique.
Je me suis en effet rendu compte à sa lecture que je ne connaissais quasiment rien de l'époque de la Guerre de Cent Ans, ou du moins que j'avais oublié ce que j'en avais appris en lisant la série Jhen. Ma surprise en découvrant la vision du Louvre tel qu'il était à l'époque en début du tome 1 est assez symptomatique de ma méconnaissance par exemple. J'avais oublié la folie du Roi Charles VI ou du moins je ne l'imaginais pas à ce point là. Et je ne savais (plus) rien de ce conflit entre Bourguignons et Armagnacs qui offrait ainsi le Royaume de France à la merci des Anglais.
Gros avantage de cette BD, le réalisme historique cède parfaitement le pas à l'aventure et on suit l'Histoire avec un grand H comme on suivrait un récit de cape et d'épée, avec des chevaliers sans peur et sans reproche, un dauphin de France attachant et des intrigues politiques et stratégiques tout à fait prenantes.
Le récit de la guerre de 100 ans se révèle incroyablement dense en événements variés et complexes. C'est très instructif, souvent épique et en même temps parfois édifiant. J'ai appris une somme incroyable de choses grâce à cette lecture qui donne vie aux événements de l'époque.
J'ai ressenti un petite baisse de rythme aux alentours du 4e tome, ou plutôt une légère confusion, mais c'est essentiellement parce que la chronologie avance un peu plus vite alors que les faits eux-mêmes restent toujours aussi denses.
Quand, à cela, s'ajoute un dessin superbe et très vivant, une narration dynamique et des personnages aussi charismatiques que réalistes, c'est vraiment là un chef d'oeuvre de la BD historique.
Vraiment à conseiller !
Avec Sykes, Pierre Dubois nous offre un grand western.
C'est un western avec un vrai marshall en guise de héros viril (ça change des croque-morts très en vogue par les temps qui courent…). Bon, d'accord, le coup du vieux shérif qui poursuit envers et contre tout sa croisade contre le crime n'est pas neuf ; cette histoire-là, Hollywood nous l'a déjà servie à de nombreuses reprises.
Sykes est un dinosaure, un de l'ancienne école, celle du temps d'avant que la loi et les juges n'investissent l'Ouest sauvage, quand les marshalls combattaient le crime par des méthodes aussi expéditives et peu reluisantes que celles des criminels qu'ils étaient chargés de neutraliser, ceux qui n'hésitaient pas à tirer dans le dos ou ou à dynamiter sans discernement. Il me fait irrésistiblement penser au personnage de Virgil Cole dans Apaloosa et plus encore au marshall borgne dans True Grit ; d'ailleurs Dimitri Armand lui donne des allures de Rooster Cogburn (en plus élégant), et Dubois ne manque pas l'occasion de railler la nouvelle génération de cow-boys, celle du western spaghetti, quand l'adjoint de Sykes explique l'évolution du métier : « à côté de la relève, on a encore de beaux restes. Faut dire que la tendance est maintenant au bizarre. Entre ceux qui trimbalent une mitrailleuse dans un cercueil, ou te flinguent à coup d'harmonica… ».
Sykes se retrouve avec un môme dans les pattes. Sa mère a été tuée par une bande de hors-la-loi sanguinaires. Le gamin identifie le marshall à ces héros sans peur dont les aventures fantaisistes parsèment les magazines illustrés. Alors, il colle aux basques de Sykes et découvre qu'il y a un fossé entre la littérature et la réalité. Le vieux baroudeur et le jeune naïf… encore une histoire que d'autres westerns ont mis en musique (voir par exemple le beau Chiens de prairie de Foerster et Berthet). Mais Dubois est un conteur, alors il sait nous accrocher jusqu'au bout des 75 planches.
Et il y a le dessin de Dimitri Armand, très juste, qui varie les ambiances classiques et ose quelques innovations bienvenues (la mort du dénommé Rocky, page 20). À quelques jours d'intervalle, il publie ce bel album dans la prestigieuse collection “Signé” et le premier volume de Bob Morane Renaissance, bel exploit. Je découvre deux facettes impressionnantes de l'œuvre de ce jeune dessinateur, dont j'espère qu'il continuera à mettre son crayon au service d'aussi bons scénaristes.
En somme, Sykes est un western crépusculaire, un de ceux qui marque la fin des grands westerns hollywoodiens, pleins de certitudes et de bons sentiments, en décrivant un Far-West boueux, peuplé d'individus bestiaux, vicieux et violents qui prennent un malin plaisir à abuser des faibles et ne peuvent être guéris que par le plomb chaud. Au niveau de l'ambiance, on est plus proche d'Impitoyable que de Rio Bravo. Pour parler de bandes dessinées, disons qu'on est du côté du Bouncer, de L'Etoile du Désert ou de Sans Pardon plutôt que chez Comanche ou Jerry Spring.
En résumé, voici un bel album, qui plaira autant aux inconditionnels du western classique qu'à un public plus exigent qui attend des histoires plus matures.
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Il est des jours où je suis ravi de découvrir qu'une bd sort enfin du lot d'une médiocrité ambiante motivée par l'aspect commercial. Roi Ours se présente comme un conte et je n'en n'attendais pas grand chose d'autant que l'auteur m'est totalement inconnu sous le pseudo de Mobidic. Et puis, à la lecture, ce fut la révélation ! Tout y est, à commencer par le talent de cette nouvelle auteure dans le monde de la bande dessinée. Pour une première, c'est un sans faute aussi bien sur le plan scénaristique que graphiquement. Les planches sont tout bonnement superbes. Bravo pour ce résultat incroyable ! Cette histoire est d'ailleurs pleine de bonnes surprises. C'est un conte pour adultes qui nous transporte dans le monde des dieux animaux sur fond de mythologie indienne des totems. On se rendra compte qu'un amour improbable va naître entre la belle et la bête. Et puis, il y aura ce sentiment de vengeance quand un être aimé nous est soudainement enlevé par la folie meurtrière des hommes. Un cycle de violence sans fin et qui n'est pas digne des dieux. A la fin, je n'ai eu qu'un regret à savoir une suite à ce récit qui pourrait aller plus loin sur la destinée de notre héroïne. Après le roi Lion, il faut lire le roi Ours.
Le Révérend
Ce western commence bien, avec une scène choc et pose une énigme en forme de polar. Le ton me plait d'emblée, l'ambiance installée, la progression du récit et les personnages sont bien établis et bien étudiés, et s'appuient sur un des plus vieux thèmes du western : la vengeance, qui nourrit au moins 70% des westerns hollywoodiens. L'influence perçue ici n'est pas celle des films de Sergio Leone, mais bien plutôt hollywoodienne ; elle a trop servi et les auteurs s'en démarquent avec une sorte de mélange de western à l'ancienne et de western de style années 70, avec une violence plus conséquente et où les héros ne sont pas tout à fait bons ni tout à fait mauvais ; c'est une frontière ténue car ce n'est pas la tendance crépusculaire comme Coups de feu dans la sierra, mais plutôt la tendance Pendez-les haut et court, ou Sierra Torride, des westerns hollywoodiens qui avaient subi justement l'influence du western italien. C'est perceptible dans le rôle des méchants qui eux sont bien ciblés et correspondent aux stéréotypes des années 70. L'amateur de western saura peut-être déceler un clin d'oeil discret qui rappelle 2 films où Robert Mitchum incarnait un faux prédicateur dans Cinq cartes à abattre, et la Colère de Dieu. Le dessin est très agréable, lumineux, un semi-réalisme de bonne tenue et bien maîtrisé qui restitue à merveille la mythologie classique de l'Ouest. Le seul petit truc qui m'énervait à la lecture, c'est le nombre de fois où Angus se fait avoir par surprise en prenant des coups dans la tronche ; on dirait un bleu alors qu'il a l'air d'avoir roulé sa bosse et il sait tirer, il ne devrait donc pas se laisser surprendre autant.. mais d'un autre côté, ça renforce la dramatisation. La fin est ouverte, ça pourrait redémarrer et faire l'objet d'une bonne série avec quelques albums de plus. Sinon, en l'état, c'est un diptyque qui me satisfait pleinement, ce n'est certes pas le western du siècle, mais depuis quelques années, j'ai pris l'habitude de me contenter de plaisirs simples instantanés, et de ne pas me refuser les bonnes choses même si tout n'est pas parfait, je n'ai pas envie de jouer au difficile que ce soit en terme de BD ou de films ; dans le cas présent, je ne regrette rien et j'en redemande..
Sykes
Décidément 2015 est l’année des (très bons) westerns en bande-dessinée. Alors oui, il y a forcément des images qui nous viennent en tête automatiquement sans qu’on n’y puisse rien quand on lit "Sykes" dont le personnage éponyme fait penser à Virgil Cole (Ed Harris) dans le film Appaloosa. Que ce soit dans sa droiture morale, un certain sens de l’honneur et des règles tout en pouvant se montrer impitoyable et sans merci, mais aussi de par son adjoint suppléant O’Malley qui là pour le coup s’éloigne d’Everett Hitch (Viggo Mortensen) cependant que leur tandem fonctionne de la même façon avec beaucoup de respect mutuel et une certaine dévotion pour leur boulot ingrat. Et oui, on pensera également inévitablement au True Grit des frères Cohen avec le jeune orphelin Jim qui réclame vengeance pour sa famille massacrée et qui accompagne Sykes malgré les réticences de ce dernier dans la traque des meurtriers. Puis de la même façon qu’entre la déterminée Mattie et le vieux soulot Marshal Cogburn (Jeff Bridges), il y a une relation d’amitié et de filiation touchante qui se met progressivement en place entre Sykes, O’Malley et Jim. Et c'est bien ça qu'on aime ! Mais ce que j’ai trouvé étrange par un moment c’est que j’ai réalisé que la traque n’est pas le véritable propos de "Sykes" alors que tout de même elle occupe un bon trois quart de l’histoire. J’ai cru que ça allait se résumer à ce genre d’histoire assez classique et qu’il faudrait se contenter des belles planches, mais une fois ce chapitre clos le récit se focalise presque complètement sur Sykes et j’ai réalisé que certes, Pierre Dubois nous conte la vie d’un Marshal implacable au passé torturé, mais à travers lui et son ami O’Malley c’est aussi une histoire de l’Amérique que nous raconte l’auteur. Celle de la spoliation des terres des colons par les banques par l’intimidation, le chantage, la menace et si ça ne suffit pas, l’assassinat. Les truands du premier axe de l’intrigue sont de grosses raclures mais les pires sont les notables de la bourgade de fin : le banquier bien propre sur lui, le président de l’association des commerçants, le pasteur et le shérif corrompus. Eux ont de vrais gueules d’assassins. C’est le récit d’un homme fatigué, en lutte contre ses propres démons comme le capitaine Achab de Moby Dick dont il est un lecteur attentif, qui a passé sa vie à protéger les faibles et qui savait reconnaître les âmes bonnes des monstres mais qui à la fin, blasé par toute cette violence finit par ne plus s’apercevoir que le monde autour de lui à changer. L’ère de l’industrialisation à changer le paysage et les bandits qui ne braquent plus avec un masque et un revolver, mais armé d’un papier et d’un crayon. Mais attention, on n’est pas du tout dans le genre du western spaghetti ici, c’est résolument tourné vers un réalisme violent, fataliste puis tragique. Il est cependant dommage que la deuxième partie soit un peu précipité dans sa conclusion alors que jusque là les auteurs avaient pris leur temps pour mettre en place la première intrigue. Sûrement parce que le paysage mérite davantage que l’on s’attarde sur la première moitié que sur la fin. Un petit mot sur le dessin de Dimitri Armand que j’ai trouvé tout à fait remarquable de réalisme. C’est beau, qu’est-ce que je peux dire de plus. Le personnage du barman au début, je n'arrive pas à me souvenir de qui il tient les traits, mais je suis sûr que c'est un acteur. Robert Davi ? Rhââ je n'arrive plus à me souvenir mais je l'ai déjà vu quelque part. Et ces couleurs incroyablement variées, c’est d’une grande richesse et impeccablement soigné. Je trouve ça formidable qu’il y ait de plus en plus de grand récit one shot comme celui-là en bande-dessinée alors qu’on est bien souvent habitué à des séries longues qui font mal au portefeuille et qui ne savent pas toujours où elles vont. Là c’est dense, condensé en 81 planches brillamment exécutées, intelligent et rondement mené bien que l'on n'évite pas certaines scènes clichés comme la bagarre de saloon. Que demander de plus ?
L'Aigle sans orteils
Comme dit dans un autre avis sur les Bd concernant le cyclisme, j'ai été dans mon enfance assez passionné par le Tour de France (l'époque Merckx surtout entre 1969 et 1976) et par les coureurs que j'aimais comme Poulidor, Ocana, Van Impe, Zoetemelk, Gimondi, Thévenet... jusqu'au premier Tour de Greg Lemond. Cette passion m'avait été transmise par mon grand père qui était dans le vélo et qui avait connu personnellement Bartali et Bobet. Après Lemond et l'époque Hinault, j'ai décroché car ce sport a commencé à être moins propre, et surtout beaucoup trop médiatisé. Lax rend un hommage à la petite reine dans ce bel album, c'est les débuts du cyclisme, une époque héroïque avec les premiers Tours de France, tout un monde bien éloigné de nous et presque oublié de nos jours, avec de vrais pionniers comme Petit-Breton, Lapize, Trousselier, Garrigou, Thys ou Faber, des gars qui souffraient sur des vélos rudimentaires et sur des routes pyrénéennes dont l'état en ce temps-là était déplorable. A cette époque, ces gars en chiaient vraiment, les crevaisons étaient fréquentes, ils devaient changer leurs boyaux eux-mêmes, les vélos étaient lourds et inconfortables, l'équipement très artisanal, les blessures très douloureuses... bref rien à voir avec le cyclisme moderne que l'on connait avec de belles routes de montagnes regoudronnées chaque année et où les coureurs sont devenus de véritables assistés au coeur d'un dispositif technologique de pointe et d'une ultra médiatisation. Le vélo et la montagne sont très liés depuis les débuts du cyclisme comme on le voit dans cette aventure qui restitue à merveille cette époque grisante, et dotée d'un personnage très attachant et farouchement déterminé à accomplir son rêve. J'admire des gars comme ça qui ont une telle volonté, une telle abnégation malgré les obstacles. Le scénario progresse de façon remarquable avec un bon dosage d'émotion, et Lax dont je n'aime pas habituellement le dessin, notamment sur Le Choucas, fait preuve d'un trait plus appliqué (la pleine page du Pic du Midi en construction est vraiment superbe). D'autre part, la Bd est instructive, j'ignorais ces portages vers le Pic, mais en même temps, il fallait bien grimper là-haut tout ce qui a servi à construire l'observatoire, et ensuite ravitailler les scientifiques qui y travaillaient. Pour y être allé moi-même une fois (en voiture par la piste en fin d'été), je trouve remarquable le courage des gars qui grimpaient chaque jour à pied, même l'hiver. L'aspect humaniste est enfin bien développé tout au long de ces pages, j'ai bien aimé la relation chaleureuse entre Amédée et Camille, et la ferveur populaire envers Amédée ; je reproche seulement une fin trop hâtive et trop abrupte. Sinon, c'est une belle histoire sportive et une formidable aventure humaine, un défi au destin qui je crois peut plaire même à des lecteurs n'aimant pas particulièrement le cyclisme, mais beaucoup plus aux amateurs de vélo..
Trio Grande - Adios Palomita
J'avais gardé un très bon souvenir de Wayne Redlake des mêmes auteurs, et voila que je tombe sur cet album lors d'un échange de Bd, quelle joie ! C'est exactement ce que j'aime, de la détente pure, alliée à mon genre préféré. C'est encore du western très influencé par l'univers de Sergio Leone qui a décidément beaucoup inspiré les auteurs de BD. Mais cet univers sait inventer ses propres particularités, tel ce décor de rochers au bord de la mer, décor assez rare en western ; si ma mémoire est bonne, je n'ai vu la mer dans un tel contexte que dans la Vengeance aux 2 visages, de Marlon Brando, et dans L'homme des hautes plaines, de Clint Eastwood. Les auteurs installent une ambiance des plus jouissives, des codes bien établis, une outrance réjouissante et des séquences typiques de ce type de western un peu cradoque et ambigu, où la frontière entre bons et méchants est floue, le tout tempéré par un joyeux érotisme dont ils n'abusent pas, alors qu'il aurait été si facile de dénuder encore plus les 2 belles pépées de ce récit. Tous ces éléments seront repris de plus belle en 1995 dans Wayne Redlake, même le dessin sera plus nerveux et vigoureux. Ici, Lamy fait preuve d'un trait joli et léché, on sent qu'il s'est bien appliqué à soigner des détails, mais son dessin n'a pas la même vigueur que dans Wayne Redlake, il est moins musclé, tout en adoptant un style cinématographique qu'il amplifiera, à savoir des gros plans de flingues et de visages, des contre-plongées, et surtout des cases au format panoramique rappelant le cinémascope des films de Leone. A ce titre, le duel final dantesque dans la rue entre les 2 héroïnes est superbe avec ses cases en continuité en double page. Je crois que cet album régalera plus un public de mecs que de filles (pourtant c'est les femmes qui mènent le bal), mais tout amateur de western doit le lire, même si le final est très cliché..
Esmera
Certes, je suis un habitué des bandes dessinées dites "pour adultes" ou "pour public averti", comme il est noté sur le sticker de cet album signé Vince (que je ne connaissais pas) et Zep (que l'on ne présente plus), mais là je dois dire que Esmera est une véritable surprise, dans le bon sens du terme. J'avais découvert Zep avec son Happy Sex, recueil d'histoires assez osées pour l'auteur de Titeuf, et je le retrouve ici au scénario d'une aventure pornographique, assez drôle tout de même, illustrée par Vince. Le dessin, tout en lavis, est assez réaliste, tout en en gardant un côté comique. En effet, le fil rouge de cette aventure (Esmera découvre, par hasard, qu'elle change de sexe à chaque fois qu'elle a un orgasme) nous amène à suivre des situations assez surréalistes et souvent très drôles. Les auteurs nous gratifient en effet de tout un catalogue de situations : de la masturbation à la fellation, en passant par des scènes de lesbiennes ou de triolisme, l'ensemble des canons de la pornographie y passe... avis aux amateurs. Ce côté parfaitement assumé d'une comédie pornographique fait de ce one shot un album qui repose sur un vrai scénario tout long des 78 pages, un véritable exploit pour ce genre de bande dessinée. Une lecture, évidemment à réserver à un public très averti, il va de soi.
Supers
Voilà une BD jeunesse très prometteuse ! Les éditions de la Gouttière m'avaient déjà fait de l'oeil avec Enola et les animaux extraordinaires, c'est encore une très belle publication qu'ils nous proposent avec en duo Dawid au dessin et Frédéric Maupomé au scénario. On est tout de suite plongé dans ce trio étrange d'enfants dont les parents semblent avoir disparus sans qu'on sache pourquoi au début. Le puzzle se recompose petit à petit pour nous faire découvrir l'origine de ces trois drôles, qui semblent bien en peine pour se faire discrets et se fondre dans le quotidien de leur école. C'est frais, prenant, coloré et l'histoire est intelligente : on est vite conquis ! Les personnages sont attachants et les aventures qu'ils vont rencontrer nous font dévorer cet album chatoyant (magnifiques couleurs !). Une des meilleures BD jeunesse de cette année pour moi, j'attends la suite avec impatience.
Silver Spoon
Je ne m'attendais pas à aimer autant ce manga ! L'auteure a travaillé sur une ferme durant quelques années et cela se voit car le monde agricole présenté dans ce manga me semble réaliste. Les gens qui ne connaissent pas grand-chose vont sûrement en apprendre beaucoup. Mais personnellement j'ai un peu l'impression que tout le côté "apprenant des trucs en lisant un manga" est secondaire comparé au côté plus humain de l'histoire. Ce que j'ai surtout aimé dans ce manga ce sont les personnages que je trouve attachants et terriblement humains. Leurs relations entre eux sont aussi très intéressantes (je pense notamment à la relation tendue entre le héros et ses parents). L'humour m'a bien fait rire aussi (mention spéciale pour le gars un peu con qui se cause toujours des ennuis et la fille qui essayait de jouer les gosses de riches et qui est nulle en équitation). C'est vraiment un manga rafraîchissant et en plus je le trouve imprévisible. Je ne savais ce qui allait se passer ensuite et j'attends la suite avec impatience.
Le Trône d'argile
Avant cette série, on aurait pu oublier que les BDs historiques pouvaient à la fois être totalement réalistes, superbement dessinées et en même temps passionner le lecteur par un récit plein d'aventure, de politique et d'action. Le Trône d'Argile possède toutes ces qualités. Le dessin est vraiment excellent. Moderne, dynamique, détaillé, il donne vie et beauté aux décors français du 15e siècle. Personnages et décors sont soignés, détaillés, beaux et parfaitement documentés sur le plan historique. La narration est impeccable, réalisée aux petits oignons. Et les couvertures rivalisent d'excellence. Le récit nous place dans une époque peu usitée dans le domaine de la BD historique. Je me suis en effet rendu compte à sa lecture que je ne connaissais quasiment rien de l'époque de la Guerre de Cent Ans, ou du moins que j'avais oublié ce que j'en avais appris en lisant la série Jhen. Ma surprise en découvrant la vision du Louvre tel qu'il était à l'époque en début du tome 1 est assez symptomatique de ma méconnaissance par exemple. J'avais oublié la folie du Roi Charles VI ou du moins je ne l'imaginais pas à ce point là. Et je ne savais (plus) rien de ce conflit entre Bourguignons et Armagnacs qui offrait ainsi le Royaume de France à la merci des Anglais. Gros avantage de cette BD, le réalisme historique cède parfaitement le pas à l'aventure et on suit l'Histoire avec un grand H comme on suivrait un récit de cape et d'épée, avec des chevaliers sans peur et sans reproche, un dauphin de France attachant et des intrigues politiques et stratégiques tout à fait prenantes. Le récit de la guerre de 100 ans se révèle incroyablement dense en événements variés et complexes. C'est très instructif, souvent épique et en même temps parfois édifiant. J'ai appris une somme incroyable de choses grâce à cette lecture qui donne vie aux événements de l'époque. J'ai ressenti un petite baisse de rythme aux alentours du 4e tome, ou plutôt une légère confusion, mais c'est essentiellement parce que la chronologie avance un peu plus vite alors que les faits eux-mêmes restent toujours aussi denses. Quand, à cela, s'ajoute un dessin superbe et très vivant, une narration dynamique et des personnages aussi charismatiques que réalistes, c'est vraiment là un chef d'oeuvre de la BD historique. Vraiment à conseiller !
Sykes
Avec Sykes, Pierre Dubois nous offre un grand western. C'est un western avec un vrai marshall en guise de héros viril (ça change des croque-morts très en vogue par les temps qui courent…). Bon, d'accord, le coup du vieux shérif qui poursuit envers et contre tout sa croisade contre le crime n'est pas neuf ; cette histoire-là, Hollywood nous l'a déjà servie à de nombreuses reprises. Sykes est un dinosaure, un de l'ancienne école, celle du temps d'avant que la loi et les juges n'investissent l'Ouest sauvage, quand les marshalls combattaient le crime par des méthodes aussi expéditives et peu reluisantes que celles des criminels qu'ils étaient chargés de neutraliser, ceux qui n'hésitaient pas à tirer dans le dos ou ou à dynamiter sans discernement. Il me fait irrésistiblement penser au personnage de Virgil Cole dans Apaloosa et plus encore au marshall borgne dans True Grit ; d'ailleurs Dimitri Armand lui donne des allures de Rooster Cogburn (en plus élégant), et Dubois ne manque pas l'occasion de railler la nouvelle génération de cow-boys, celle du western spaghetti, quand l'adjoint de Sykes explique l'évolution du métier : « à côté de la relève, on a encore de beaux restes. Faut dire que la tendance est maintenant au bizarre. Entre ceux qui trimbalent une mitrailleuse dans un cercueil, ou te flinguent à coup d'harmonica… ». Sykes se retrouve avec un môme dans les pattes. Sa mère a été tuée par une bande de hors-la-loi sanguinaires. Le gamin identifie le marshall à ces héros sans peur dont les aventures fantaisistes parsèment les magazines illustrés. Alors, il colle aux basques de Sykes et découvre qu'il y a un fossé entre la littérature et la réalité. Le vieux baroudeur et le jeune naïf… encore une histoire que d'autres westerns ont mis en musique (voir par exemple le beau Chiens de prairie de Foerster et Berthet). Mais Dubois est un conteur, alors il sait nous accrocher jusqu'au bout des 75 planches. Et il y a le dessin de Dimitri Armand, très juste, qui varie les ambiances classiques et ose quelques innovations bienvenues (la mort du dénommé Rocky, page 20). À quelques jours d'intervalle, il publie ce bel album dans la prestigieuse collection “Signé” et le premier volume de Bob Morane Renaissance, bel exploit. Je découvre deux facettes impressionnantes de l'œuvre de ce jeune dessinateur, dont j'espère qu'il continuera à mettre son crayon au service d'aussi bons scénaristes. En somme, Sykes est un western crépusculaire, un de ceux qui marque la fin des grands westerns hollywoodiens, pleins de certitudes et de bons sentiments, en décrivant un Far-West boueux, peuplé d'individus bestiaux, vicieux et violents qui prennent un malin plaisir à abuser des faibles et ne peuvent être guéris que par le plomb chaud. Au niveau de l'ambiance, on est plus proche d'Impitoyable que de Rio Bravo. Pour parler de bandes dessinées, disons qu'on est du côté du Bouncer, de L'Etoile du Désert ou de Sans Pardon plutôt que chez Comanche ou Jerry Spring. En résumé, voici un bel album, qui plaira autant aux inconditionnels du western classique qu'à un public plus exigent qui attend des histoires plus matures.