Un peu trop court mais très précis et juste et beau...
Le dessin noir et blanc un peu trash, sans demi-mesure de gris, ni traits fins, se confronte à un scénario très nuancé : par moment quotidien, par moment symbolique. La mort, la vieillesse, l'enfance y sont convoquées dans un univers villageois un peu suranné.
Comme dit Hervé c'est un album qui laisse des traces profondes, comme une sorte de non-dit qui restera à l'intérieur de nous quelles que soient les couches de vie qui recouvreront le moment de notre lecture...
Le titre n'est peut-être pas le bon, ce ne sont pas les funérailles DE Luce, mais celles qu'elle a vu. Et que les autres ne voient pas. Le grand-père, son voisin, le fils du voisin, et la voisine (personne n'a parlé de cette voisine, je pense que c'est une des choses qui est aussi marquante dans cet album : des vieux qui font l'amour, et la mort qui vient, juste après). Et puis le couple improbable qui représente la mort : étrange, mais pas malveillant, simplement muet.
Bonne lecture, ça vaut le coup !
Tout simplement drôle !
Le scénario est bien goupillé, l'époque du roi soleil bien traduite, dans sa démesure, son ridicule, son obséquiosité. Mais les deux principales qualités résident dans la langue utilisée et l'habileté du dessin.
Truculence des dialogues épicée par une langue du XVIIème siècle quelque peu imaginaire (comme la langue d'Agrippine imaginée par Claire Brétecher aujourd'hui, ou plus proche (aussi par le trait): celle du landais volant de Dumontheuil). Les noms des personnages rappellent l'humour d'Arleston dans ses trolls, c'est-à-dire pas bégueule, un peu gras mais ça glisse d'autant mieux !
Le contraste ménagé par le dessin entre les deux jeunes premiers (la belle et le grand costaud, pas très volubile) d'un coté et le reste de la cour de l'autre : ramassis de rondouillards emperruqués, et de damoiselles poudrées aux visages cadavériques, rappelle la caricature à la Uderzo, (dans le grand fossé par exemple) mais avec un souci plus juste des couleurs, et même des valeurs (ombres et lumières). Les excentricités de la cour sont mises en valeur dans un décors, certes simplifié, mais dans lequel on ressent très bien la richesse forcenée (cf les carrosses)
L'humour, la caricature mais aussi une certaine fidélité historique donnent à cet album un caractère franchement sympathique ; j'en conseille chaleureusement la lecture.
Un petit exemple de la langue du roi expliquant son souhait qu'on lui invente une chaise à porteur percée : "En cas de forte intempérie des entrailles, il doit être grisant de les soulager en pleine locomotion !"
Voilà un album relativement original quant à son sujet, que l’on devine avec cette couverture, réunissant un mineur et un Indien.
L’histoire se déroule essentiellement en 1905, dans le Nord de la France, près de la tranchée d’Arenberg (que personnellement je connais surtout à travers Paris-Roubaix…), autour de mineurs, et en particulier d’un gamin, Gervais, qui réussit bien à l’école, qui pourrait faire des études et devenir ingénieur, mais qui doit obéir à son père et descendre comme lui dans les boyaux de la mine.
L’univers de ces mineurs, la vie des corons, tout est bien rendu, on est proche de Les Mangeurs de Cailloux ou de Sang noir - La catastrophe de Courrières, deux belles séries de Loyer se déroulant dans le même cadre à la même époque.
Mais voilà, la richesse de cet album, c’est que Jean-Michel Dupont introduit dans ce cadre très noir, très « Germinal », et quelque peu rigide depuis un siècle, de multiples agents perturbateurs, qui propagent leurs secousses plus ou moins profondément dans l’intrigue et les personnages.
L’arrivée du cirque de Buffalo Bill à Valenciennes va bouleverser Gervais, qui va se lier d’amitié avec deux Indiens, et les aider à se disculper d’une accusation de meurtre. C’est l’aventure, le rêve, la maturité qui bousculent Gervais, gueules noires et gueules rouges ayant tous affaire à la police et aux préjugés de classe et de race de la bonne société.
C’est qu’en plus l’histoire est bien ancrée dans son époque : on est en pleine discussion à propos de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat qui renforcera la laïcité, et Eglise et bouffeurs de curés se déchirent, alors que certains ouvriers sont sensibles à la propagande anarchiste (certains ouvriers sont eux-aussi des « gueules rouges » !) : le monde de Gervais se fissure, mais au travers de ces fissures il entrevoit la lumière.
L’épilogue, dans la boucherie des tranchées, laisse ouverte la conclusion qu’on peut tirer de cette histoire : la fin d’un monde, ou pas ?
Les seuls petits bémols concernant cet album n’occultent en rien sa qualité.
Le dessin d’Eddy Vaccaro, dans une sorte d’aquarelle, est parfois trop brouillon, même si la colorisation, sombre, rouille, colle elle très bien au sujet, au titre et aux idées développées.
La narration est parfois un peu ralentie par certaines explications (de termes ou dates), mais je le répète, ce n’est pas trop gênant.
Les personnages s’expriment dans le langage chti populaire, et j’ai eu aussi parfois du mal à m’y faire, mais il faut passer outre, car au final, j’ai plutôt bien aimé ce parti pris.
En tout cas, c’est une belle découverte que cet album, pas exempt de menus défauts, mais qui est très riche, et qui mérite à l’évidence qu’on s’y intéresse.
Cette série est formidable.
Bien sûr, ce n'est pas la première à parler du handicap, il vous suffit d'aller voir le thème consacré au sujet sur bdtheque pour vous en convaincre, ni même la première à l'aborder sous l'angle de l'humour. Mais c'est dans la manière de tourner cet humour qu'elle sort du lot.
D'abord dans la forme, puisque le premier tome, peut-être voué au départ à être unique, se présente comme une suite de gags où les bons mots et les situations typiques sont légion. Beaucoup d'aspects liés au handicap sont abordés : accessibilité des lieux, incommunicabilité, invisibilité médiatique, préjugés, moqueries (pour ne pas dire méchanceté pure et simple). Georges Grard, alias Geg, se joue des clichés avec une langue savoureuse, de nombreux jeux de mots et une connaissance énorme du secteur du handicap.
Probablement galvanisé par le succès de ce premier tome, il en enquille plusieurs autres, qui se présentent plutôt comme des histoires complètes à chaque fois, avec des situations gaguesques en fin de page (mais pas à tous les coups). Le tome 2 est ainsi l'occasion à la Bande à Ed de partir en vacances, tous frais payés par la mairie, et d'inaugurer un centre destiné aux personnes handicapées à la mer. Là encore, de nombreuses situations où nos amis handicapés rencontrent des obstacles, mais où leur bonne humeur, leur volontarisme et leur inventivité leur permet de s'en sortir haut la main. Au tome 3 notre groupe d'exclus décide de faire bouger sa cité, et d'organiser un évènement culturel.
Et le tome 4 est l'occasion pour notre petit groupe de chercher des stages en entreprise. Là encore les différents obstacles sont bien décrits, et comme dans les tomes précédents, la bienveillance des voisins et des soutiens inattendus vont leur permettre de réaliser leurs projets.
Le dessin de Jak est typique du "gros nez" franco-belge, mais il y a du boulot sur les décors, et l'ensemble est ma foi très agréable à l'oeil.
Positive attitude.
Aujourd'hui cela va faire 10 ans que je poste des avis (donc 10 ans que les pauvres modérateurs du sites corrigent mes 10 fautes d'orthographe par avis). Je vais fêter cela en postant un avis d'une des dernières séries qu'il me restait à lire d'un des mes scénaristes préférés: Yann.
On retrouve tout ce que j'aime chez cet auteur : une galerie de personnages mémorables, de l'humour très noir et politiquement incorrect et de l'imagination. Le premier tome est le meilleur avec un scénario assez original et j'aime bien le coté conte de l'histoire. Le dessin naïf de Frank Le Gall va très bien avec l'atmosphère du récit. C'est selon moi un des meilleurs albums de Yann.
Le deuxième tome est un peu moins bon. Le dessin et l'atmosphère sont un peu plus réalistes que le premier tome et j'ai moins apprécié quoique cela reste un bon album avec des bonnes scènes (j'aime particulièrement la fin que je trouve poétique). C'est juste que le niveau du premier tome est tellement élevé pour moi que 'juste' un bon album comme suite est une déception !
À lire si on aime les deux auteurs.
C'est de l'aventure historique contemporaine qui comme le signale l'avertissement en préambule, est une fiction se servant d'événements réels, et d'emblée je suis séduit par cette nouvelle Bd du tandem Vallée/Nury ; d'ailleurs ça démarre fort avec ce prologue sur Msiri, un peu long mais nécessaire et passionnant pour bien faire comprendre au lecteur la situation et le mettre dans l'ambiance, sans être trop didactique. Le procédé est remarquable sur ces 9 pages parfaitement illustrées par Vallée en cases étirées style format panoramique, sur un texte off.
D'ailleurs, au départ je n'aurais peut-être pas mis le nez dans cette Bd, mais quand j'ai su que c'était dessiné par Vallée, j'ai voulu voir ça, j'avais grandement apprécié son travail sur Il était une fois en France, série au sujet un peu sombre que j'ai pu supporter en grande partie grâce à la partie graphique. Ici, son dessin au trait sûr et maitrisé fait merveille, il est à la fois souple et ferme, et sa mise en page hyper musclée donne une réelle dynamique à l'ensemble ; il a su aussi trouver des trognes bien cernées reflétant les caractères des personnages comme si c'était affiché sur leurs figures, notamment des mercenaires qui ont vraiment la gueule de l'emploi, au physique buriné de baroudeurs qui font penser un peu à des acteurs français des années 60 comme Lino Ventura, Robert Dalban, Michel Constantin ou J.P. Belmondo...
De son côté, Nury brosse un scénario bien troussé qui vole de rebondissements en scènes d'action violentes où aucun personnage ne se détache vraiment, c'est un ballet de politiciens africains véreux et vénaux, de barbouzes de l'Afrique coloniale et de mercenaires endurcis qui ne vivent que pour l'action. Tout ceci m'a grandement rappelé un film assez méconnu de 1968 réalisé par Jack Cardiff, le Dernier train du Katanga (titré en VO bien justement The Mercenaries) et qui voyait un groupe de mercenaires n'ayant pas froid aux yeux recevoir la mission de sauver des Européens isolés dans un dispensaire, et par la même occasion un trésor en diamants. L'action se passait exactement à la même période, pendant la sécession katangaise, et s'y bousculaient des politiciens cyniques, des civils idéalistes, des mercenaires racistes ou avides et des rebelles dépeints comme des sauvages, mais ce qui avait surpris à l'époque, c'était le réalisme très cru et l'extrême violence de certaines scènes. Ce que l'on voit dans la Bd n'est donc pas exagéré, et je ne serais pas surpris d'apprendre que Nury s'est inspiré de ce film.
En tout cas, la machine est lancée, c'est un thriller politique et d'action sur fond historique tout à fait captivant qui mérite une suite attendue.
Ce manga est étrange...
Sa base est historique, puisqu'il raconte l'histoire (à un moment donné) d'un col reliant ce qui deviendra le sud de la Suisse à la région du Tessin, en Italie. Une route dangereuse, ponctuée par une forteresse tenue par une garnison qui a pour ordre de ne pas laisser passer les personnes suspectes, c'est à dire susceptibles d'appartenir à la résistance locale, qui s'oppose à l'hégémonie des Habsbourg.
Pour obtenir des renseignement, l'Amman qui commande la garnison n'hésite pas à user de tous les moyens, même les plus abjects, comme dans le tome 2... Une scène dérangeante, qui place le manga dans la catégorie "à ne pas mettre entre toutes les mains", mais aussi dans le "se méfier". Car jusque-là on se contentait de nous narrer différentes tentatives de personnages souvent liés à la résistance de passer le col.
Le tome 3 continue dans cette direction, nous présentant une seule intrigue, avec un peu de flashes-backs. A présent que la cruauté de l'Amman est bien installée dans l'esprit du lecteur, on nous montre une révolte majeure ayant eu lieu en 1315 pour renverser la garnison qui tient le Saint-Gothard. Evolution bienvenue. Le mélange d'action et d'Histoire est vraiment prenant, j'ai hâte de lire la suite.
Dans le tome 4 et 5 l'assaut (final ?) est donné sur la barrière de l'octroi. On comprend bien ce qu'il se passe, et cet épisode est l'occasion de nous montrer des innovations techniques, en termes d'art de la guerre (si je puis m'exprimer ainsi, bien sûr, car je suis un pacifiste forcené), ce n'est pas inintéressant. Les scènes d'action, nombreuses, sont vraiment bien foutues, c'est fluide. Cela dure un peu longtemps, mais visiblement les assaillants ont dû faire face à de nombreuses difficultés. Par contre je doute de la véracité de la présence d'éléments féminins parmi les belligérants... Idem avec le personnage de Walter qui devient une sorte de Superman capable de prouesses insensées...
Avec les tomes 6 et 7 on passe à une autre phase du récit, qui aurait pu s'arrêter là. Mais l'Histoire a d'autres ressorts, et l'auteur continue à nous la raoncter, sans avoir véritablement de personnage principal, hormis Walter, qui est en retrait sur une partie du tome, puis Heinz. Ce tome 7 est essentiellement composé de scènes de combat, et du coup se lit plutôt vite, avant le tome 8 qui devrait être conclusif...
Et ce tome 8 raconte la bataille de Morgarten, hallucinante et tellement symbolique de ce conflit qui a permis la première confédération helvétique de repousser les Habsbourg...
Sur le plan graphique, c'est un mélange surprenant, avec du seinen assez nerveux (témoin les scènes de combat), puis, lorsque des femmes se retrouvent dénudées, l'auteur semble s'inspirer de Tezuka, un style qui a tout de même un peu vieilli...
Un manga pas inintéressant, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Intéressante cette histoire d'un homme relativement ordinaire, presque effacé, qui travaille pour la rubrique culturelle d'un journal lisboète en période de dictature, et dont la conscience politique va se réveiller au contact d'un jeune homme exalté qu'il embauche pour d'autres raisons.
On comprend vite que Pereira est attiré, presque subjugué par ce jeune homme et sa compagne. A un moment donné on se demande même si cet intérêt n'est pas celui de la chair... Mais on comprend qu'il n'en est rien, et que Pereira va tout simplement se mettre à réfléchir. Une réflexion matérialisée par ses conversations avec le portrait de sa femme défunte ou des petits avatars colorés représentant ses différentes facettes. Un procédé somme toute classique, mais toujours aussi efficace. Cela peut amener le lecteur à se poser la question sur soi.
Graphiquement Pierre-Henry Gomont commence à muer, et pour mieux s'immerger dans l'ambiance lisboète, est parti sur place pendant plusieurs mois, prenant des centaines de croquis qui ont nourri les décors de son albums. Le résultat est assez bluffant, on se croirait vraiment dans la capitale portugaise, que je vous incite grandement à découvrir.
Ma note n'est pas très enthousiaste, car au-delà du plaisir de lecture dû à ses qualités déjà énumérées, j'ai trouvé que le récit avançait un peu par à-coups, par bonds, j'aurais aimé qu'elle soit un peu plus progressive...
Starlight n’est pas un récit très long et il aurait bien mérité d’être écrit en deux tomes afin de mieux développer tout l’univers ainsi que les personnages présentés mais il faudra se contenter de ce qu’il nous offre. Duke le personnage principal est on ne peut plus attachant mais hélas pour lui tous les humains gravitant autour de lui mènent leur petite vie sans vraiment s’inquiéter de la sienne, ce grand gaillard à la retraite qui s’ennui de son passé et de sa femme mérite bien une nouvelle aventure comme à ses 25 ans. L’histoire est menée tambour battant, les évènements s’enchainent parfois aidés de gros raccourcis et de facilités scénaristiques, comme par exemple le fait qu'il survivre à tous les dangers mais c’est mignon, ce côté suranné qui peut être agaçant dans d’autres productions est ici on ne peut plus séduisant.
Le graphisme aussi est joli et surtout la colorisation est parfaite, toutes les couleurs sont belles. Le trait est fin, les décors ne débordent pas de détails mais ne donnent pas non plus un aspect vide.
Je préfère accorder à ce comics un coup de cœur plutôt qu’une quatrième étoile car ce il a l’arrière goût des histoires désuètes au charme attendrissant.
J'ai lu la réédition paru chez Futuropolis et je dois dire que je préfère la nouvelle couverture à l'ancienne qui est un peu moche.
Le sujet est donc le racisme à l'époque où le KKK était à son apogée et ce qui est génial c'est que le personnage principal est lui-même un membre du KKK et qu'on suit donc la vie de cette organisation, notamment les luttes internes entre des membres plus pragmatiques et d'autres encore plus fanatiques ! Il n'y a point de manichéisme et si le 'héros' est moins cruel que d'autres, il reste tout de même une belle ordure à sa façon. Il y a beaucoup de violence (sans que cela tombe dans le ridicule) et les auteurs ne font pas dans la dentelle. Ils montrent la bêtise et la violence du racisme.
J'ai tellement été enthousiaste dans ma lecture que j'ai relus cet album le jour même où je l'ai lu pour la première fois, chose rare de ma part et je passe ma note au maximum. C'est vraiment du grand art. J'adore surtout le personnage de Thomas sont la psychologie est bien maîtrisée. Tout est tellement bien maîtrisé dans ce scénario que j'ai l'impression que tout ce qui se passe dans cet album aurait pu se passer dans la réalité
Une oeuvre marquante.
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Les Funérailles de Luce
Un peu trop court mais très précis et juste et beau... Le dessin noir et blanc un peu trash, sans demi-mesure de gris, ni traits fins, se confronte à un scénario très nuancé : par moment quotidien, par moment symbolique. La mort, la vieillesse, l'enfance y sont convoquées dans un univers villageois un peu suranné. Comme dit Hervé c'est un album qui laisse des traces profondes, comme une sorte de non-dit qui restera à l'intérieur de nous quelles que soient les couches de vie qui recouvreront le moment de notre lecture... Le titre n'est peut-être pas le bon, ce ne sont pas les funérailles DE Luce, mais celles qu'elle a vu. Et que les autres ne voient pas. Le grand-père, son voisin, le fils du voisin, et la voisine (personne n'a parlé de cette voisine, je pense que c'est une des choses qui est aussi marquante dans cet album : des vieux qui font l'amour, et la mort qui vient, juste après). Et puis le couple improbable qui représente la mort : étrange, mais pas malveillant, simplement muet. Bonne lecture, ça vaut le coup !
Cour royale
Tout simplement drôle ! Le scénario est bien goupillé, l'époque du roi soleil bien traduite, dans sa démesure, son ridicule, son obséquiosité. Mais les deux principales qualités résident dans la langue utilisée et l'habileté du dessin. Truculence des dialogues épicée par une langue du XVIIème siècle quelque peu imaginaire (comme la langue d'Agrippine imaginée par Claire Brétecher aujourd'hui, ou plus proche (aussi par le trait): celle du landais volant de Dumontheuil). Les noms des personnages rappellent l'humour d'Arleston dans ses trolls, c'est-à-dire pas bégueule, un peu gras mais ça glisse d'autant mieux ! Le contraste ménagé par le dessin entre les deux jeunes premiers (la belle et le grand costaud, pas très volubile) d'un coté et le reste de la cour de l'autre : ramassis de rondouillards emperruqués, et de damoiselles poudrées aux visages cadavériques, rappelle la caricature à la Uderzo, (dans le grand fossé par exemple) mais avec un souci plus juste des couleurs, et même des valeurs (ombres et lumières). Les excentricités de la cour sont mises en valeur dans un décors, certes simplifié, mais dans lequel on ressent très bien la richesse forcenée (cf les carrosses) L'humour, la caricature mais aussi une certaine fidélité historique donnent à cet album un caractère franchement sympathique ; j'en conseille chaleureusement la lecture. Un petit exemple de la langue du roi expliquant son souhait qu'on lui invente une chaise à porteur percée : "En cas de forte intempérie des entrailles, il doit être grisant de les soulager en pleine locomotion !"
Les Gueules rouges
Voilà un album relativement original quant à son sujet, que l’on devine avec cette couverture, réunissant un mineur et un Indien. L’histoire se déroule essentiellement en 1905, dans le Nord de la France, près de la tranchée d’Arenberg (que personnellement je connais surtout à travers Paris-Roubaix…), autour de mineurs, et en particulier d’un gamin, Gervais, qui réussit bien à l’école, qui pourrait faire des études et devenir ingénieur, mais qui doit obéir à son père et descendre comme lui dans les boyaux de la mine. L’univers de ces mineurs, la vie des corons, tout est bien rendu, on est proche de Les Mangeurs de Cailloux ou de Sang noir - La catastrophe de Courrières, deux belles séries de Loyer se déroulant dans le même cadre à la même époque. Mais voilà, la richesse de cet album, c’est que Jean-Michel Dupont introduit dans ce cadre très noir, très « Germinal », et quelque peu rigide depuis un siècle, de multiples agents perturbateurs, qui propagent leurs secousses plus ou moins profondément dans l’intrigue et les personnages. L’arrivée du cirque de Buffalo Bill à Valenciennes va bouleverser Gervais, qui va se lier d’amitié avec deux Indiens, et les aider à se disculper d’une accusation de meurtre. C’est l’aventure, le rêve, la maturité qui bousculent Gervais, gueules noires et gueules rouges ayant tous affaire à la police et aux préjugés de classe et de race de la bonne société. C’est qu’en plus l’histoire est bien ancrée dans son époque : on est en pleine discussion à propos de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat qui renforcera la laïcité, et Eglise et bouffeurs de curés se déchirent, alors que certains ouvriers sont sensibles à la propagande anarchiste (certains ouvriers sont eux-aussi des « gueules rouges » !) : le monde de Gervais se fissure, mais au travers de ces fissures il entrevoit la lumière. L’épilogue, dans la boucherie des tranchées, laisse ouverte la conclusion qu’on peut tirer de cette histoire : la fin d’un monde, ou pas ? Les seuls petits bémols concernant cet album n’occultent en rien sa qualité. Le dessin d’Eddy Vaccaro, dans une sorte d’aquarelle, est parfois trop brouillon, même si la colorisation, sombre, rouille, colle elle très bien au sujet, au titre et aux idées développées. La narration est parfois un peu ralentie par certaines explications (de termes ou dates), mais je le répète, ce n’est pas trop gênant. Les personnages s’expriment dans le langage chti populaire, et j’ai eu aussi parfois du mal à m’y faire, mais il faut passer outre, car au final, j’ai plutôt bien aimé ce parti pris. En tout cas, c’est une belle découverte que cet album, pas exempt de menus défauts, mais qui est très riche, et qui mérite à l’évidence qu’on s’y intéresse.
La Bande à Ed
Cette série est formidable. Bien sûr, ce n'est pas la première à parler du handicap, il vous suffit d'aller voir le thème consacré au sujet sur bdtheque pour vous en convaincre, ni même la première à l'aborder sous l'angle de l'humour. Mais c'est dans la manière de tourner cet humour qu'elle sort du lot. D'abord dans la forme, puisque le premier tome, peut-être voué au départ à être unique, se présente comme une suite de gags où les bons mots et les situations typiques sont légion. Beaucoup d'aspects liés au handicap sont abordés : accessibilité des lieux, incommunicabilité, invisibilité médiatique, préjugés, moqueries (pour ne pas dire méchanceté pure et simple). Georges Grard, alias Geg, se joue des clichés avec une langue savoureuse, de nombreux jeux de mots et une connaissance énorme du secteur du handicap. Probablement galvanisé par le succès de ce premier tome, il en enquille plusieurs autres, qui se présentent plutôt comme des histoires complètes à chaque fois, avec des situations gaguesques en fin de page (mais pas à tous les coups). Le tome 2 est ainsi l'occasion à la Bande à Ed de partir en vacances, tous frais payés par la mairie, et d'inaugurer un centre destiné aux personnes handicapées à la mer. Là encore, de nombreuses situations où nos amis handicapés rencontrent des obstacles, mais où leur bonne humeur, leur volontarisme et leur inventivité leur permet de s'en sortir haut la main. Au tome 3 notre groupe d'exclus décide de faire bouger sa cité, et d'organiser un évènement culturel. Et le tome 4 est l'occasion pour notre petit groupe de chercher des stages en entreprise. Là encore les différents obstacles sont bien décrits, et comme dans les tomes précédents, la bienveillance des voisins et des soutiens inattendus vont leur permettre de réaliser leurs projets. Le dessin de Jak est typique du "gros nez" franco-belge, mais il y a du boulot sur les décors, et l'ensemble est ma foi très agréable à l'oeil. Positive attitude.
Les Exploits de Yoyo
Aujourd'hui cela va faire 10 ans que je poste des avis (donc 10 ans que les pauvres modérateurs du sites corrigent mes 10 fautes d'orthographe par avis). Je vais fêter cela en postant un avis d'une des dernières séries qu'il me restait à lire d'un des mes scénaristes préférés: Yann. On retrouve tout ce que j'aime chez cet auteur : une galerie de personnages mémorables, de l'humour très noir et politiquement incorrect et de l'imagination. Le premier tome est le meilleur avec un scénario assez original et j'aime bien le coté conte de l'histoire. Le dessin naïf de Frank Le Gall va très bien avec l'atmosphère du récit. C'est selon moi un des meilleurs albums de Yann. Le deuxième tome est un peu moins bon. Le dessin et l'atmosphère sont un peu plus réalistes que le premier tome et j'ai moins apprécié quoique cela reste un bon album avec des bonnes scènes (j'aime particulièrement la fin que je trouve poétique). C'est juste que le niveau du premier tome est tellement élevé pour moi que 'juste' un bon album comme suite est une déception ! À lire si on aime les deux auteurs.
Katanga
C'est de l'aventure historique contemporaine qui comme le signale l'avertissement en préambule, est une fiction se servant d'événements réels, et d'emblée je suis séduit par cette nouvelle Bd du tandem Vallée/Nury ; d'ailleurs ça démarre fort avec ce prologue sur Msiri, un peu long mais nécessaire et passionnant pour bien faire comprendre au lecteur la situation et le mettre dans l'ambiance, sans être trop didactique. Le procédé est remarquable sur ces 9 pages parfaitement illustrées par Vallée en cases étirées style format panoramique, sur un texte off. D'ailleurs, au départ je n'aurais peut-être pas mis le nez dans cette Bd, mais quand j'ai su que c'était dessiné par Vallée, j'ai voulu voir ça, j'avais grandement apprécié son travail sur Il était une fois en France, série au sujet un peu sombre que j'ai pu supporter en grande partie grâce à la partie graphique. Ici, son dessin au trait sûr et maitrisé fait merveille, il est à la fois souple et ferme, et sa mise en page hyper musclée donne une réelle dynamique à l'ensemble ; il a su aussi trouver des trognes bien cernées reflétant les caractères des personnages comme si c'était affiché sur leurs figures, notamment des mercenaires qui ont vraiment la gueule de l'emploi, au physique buriné de baroudeurs qui font penser un peu à des acteurs français des années 60 comme Lino Ventura, Robert Dalban, Michel Constantin ou J.P. Belmondo... De son côté, Nury brosse un scénario bien troussé qui vole de rebondissements en scènes d'action violentes où aucun personnage ne se détache vraiment, c'est un ballet de politiciens africains véreux et vénaux, de barbouzes de l'Afrique coloniale et de mercenaires endurcis qui ne vivent que pour l'action. Tout ceci m'a grandement rappelé un film assez méconnu de 1968 réalisé par Jack Cardiff, le Dernier train du Katanga (titré en VO bien justement The Mercenaries) et qui voyait un groupe de mercenaires n'ayant pas froid aux yeux recevoir la mission de sauver des Européens isolés dans un dispensaire, et par la même occasion un trésor en diamants. L'action se passait exactement à la même période, pendant la sécession katangaise, et s'y bousculaient des politiciens cyniques, des civils idéalistes, des mercenaires racistes ou avides et des rebelles dépeints comme des sauvages, mais ce qui avait surpris à l'époque, c'était le réalisme très cru et l'extrême violence de certaines scènes. Ce que l'on voit dans la Bd n'est donc pas exagéré, et je ne serais pas surpris d'apprendre que Nury s'est inspiré de ce film. En tout cas, la machine est lancée, c'est un thriller politique et d'action sur fond historique tout à fait captivant qui mérite une suite attendue.
Wolfsmund
Ce manga est étrange... Sa base est historique, puisqu'il raconte l'histoire (à un moment donné) d'un col reliant ce qui deviendra le sud de la Suisse à la région du Tessin, en Italie. Une route dangereuse, ponctuée par une forteresse tenue par une garnison qui a pour ordre de ne pas laisser passer les personnes suspectes, c'est à dire susceptibles d'appartenir à la résistance locale, qui s'oppose à l'hégémonie des Habsbourg. Pour obtenir des renseignement, l'Amman qui commande la garnison n'hésite pas à user de tous les moyens, même les plus abjects, comme dans le tome 2... Une scène dérangeante, qui place le manga dans la catégorie "à ne pas mettre entre toutes les mains", mais aussi dans le "se méfier". Car jusque-là on se contentait de nous narrer différentes tentatives de personnages souvent liés à la résistance de passer le col. Le tome 3 continue dans cette direction, nous présentant une seule intrigue, avec un peu de flashes-backs. A présent que la cruauté de l'Amman est bien installée dans l'esprit du lecteur, on nous montre une révolte majeure ayant eu lieu en 1315 pour renverser la garnison qui tient le Saint-Gothard. Evolution bienvenue. Le mélange d'action et d'Histoire est vraiment prenant, j'ai hâte de lire la suite. Dans le tome 4 et 5 l'assaut (final ?) est donné sur la barrière de l'octroi. On comprend bien ce qu'il se passe, et cet épisode est l'occasion de nous montrer des innovations techniques, en termes d'art de la guerre (si je puis m'exprimer ainsi, bien sûr, car je suis un pacifiste forcené), ce n'est pas inintéressant. Les scènes d'action, nombreuses, sont vraiment bien foutues, c'est fluide. Cela dure un peu longtemps, mais visiblement les assaillants ont dû faire face à de nombreuses difficultés. Par contre je doute de la véracité de la présence d'éléments féminins parmi les belligérants... Idem avec le personnage de Walter qui devient une sorte de Superman capable de prouesses insensées... Avec les tomes 6 et 7 on passe à une autre phase du récit, qui aurait pu s'arrêter là. Mais l'Histoire a d'autres ressorts, et l'auteur continue à nous la raoncter, sans avoir véritablement de personnage principal, hormis Walter, qui est en retrait sur une partie du tome, puis Heinz. Ce tome 7 est essentiellement composé de scènes de combat, et du coup se lit plutôt vite, avant le tome 8 qui devrait être conclusif... Et ce tome 8 raconte la bataille de Morgarten, hallucinante et tellement symbolique de ce conflit qui a permis la première confédération helvétique de repousser les Habsbourg... Sur le plan graphique, c'est un mélange surprenant, avec du seinen assez nerveux (témoin les scènes de combat), puis, lorsque des femmes se retrouvent dénudées, l'auteur semble s'inspirer de Tezuka, un style qui a tout de même un peu vieilli... Un manga pas inintéressant, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Pereira prétend
Intéressante cette histoire d'un homme relativement ordinaire, presque effacé, qui travaille pour la rubrique culturelle d'un journal lisboète en période de dictature, et dont la conscience politique va se réveiller au contact d'un jeune homme exalté qu'il embauche pour d'autres raisons. On comprend vite que Pereira est attiré, presque subjugué par ce jeune homme et sa compagne. A un moment donné on se demande même si cet intérêt n'est pas celui de la chair... Mais on comprend qu'il n'en est rien, et que Pereira va tout simplement se mettre à réfléchir. Une réflexion matérialisée par ses conversations avec le portrait de sa femme défunte ou des petits avatars colorés représentant ses différentes facettes. Un procédé somme toute classique, mais toujours aussi efficace. Cela peut amener le lecteur à se poser la question sur soi. Graphiquement Pierre-Henry Gomont commence à muer, et pour mieux s'immerger dans l'ambiance lisboète, est parti sur place pendant plusieurs mois, prenant des centaines de croquis qui ont nourri les décors de son albums. Le résultat est assez bluffant, on se croirait vraiment dans la capitale portugaise, que je vous incite grandement à découvrir. Ma note n'est pas très enthousiaste, car au-delà du plaisir de lecture dû à ses qualités déjà énumérées, j'ai trouvé que le récit avançait un peu par à-coups, par bonds, j'aurais aimé qu'elle soit un peu plus progressive...
Starlight (Millar)
Starlight n’est pas un récit très long et il aurait bien mérité d’être écrit en deux tomes afin de mieux développer tout l’univers ainsi que les personnages présentés mais il faudra se contenter de ce qu’il nous offre. Duke le personnage principal est on ne peut plus attachant mais hélas pour lui tous les humains gravitant autour de lui mènent leur petite vie sans vraiment s’inquiéter de la sienne, ce grand gaillard à la retraite qui s’ennui de son passé et de sa femme mérite bien une nouvelle aventure comme à ses 25 ans. L’histoire est menée tambour battant, les évènements s’enchainent parfois aidés de gros raccourcis et de facilités scénaristiques, comme par exemple le fait qu'il survivre à tous les dangers mais c’est mignon, ce côté suranné qui peut être agaçant dans d’autres productions est ici on ne peut plus séduisant. Le graphisme aussi est joli et surtout la colorisation est parfaite, toutes les couleurs sont belles. Le trait est fin, les décors ne débordent pas de détails mais ne donnent pas non plus un aspect vide. Je préfère accorder à ce comics un coup de cœur plutôt qu’une quatrième étoile car ce il a l’arrière goût des histoires désuètes au charme attendrissant.
Kuklos
J'ai lu la réédition paru chez Futuropolis et je dois dire que je préfère la nouvelle couverture à l'ancienne qui est un peu moche. Le sujet est donc le racisme à l'époque où le KKK était à son apogée et ce qui est génial c'est que le personnage principal est lui-même un membre du KKK et qu'on suit donc la vie de cette organisation, notamment les luttes internes entre des membres plus pragmatiques et d'autres encore plus fanatiques ! Il n'y a point de manichéisme et si le 'héros' est moins cruel que d'autres, il reste tout de même une belle ordure à sa façon. Il y a beaucoup de violence (sans que cela tombe dans le ridicule) et les auteurs ne font pas dans la dentelle. Ils montrent la bêtise et la violence du racisme. J'ai tellement été enthousiaste dans ma lecture que j'ai relus cet album le jour même où je l'ai lu pour la première fois, chose rare de ma part et je passe ma note au maximum. C'est vraiment du grand art. J'adore surtout le personnage de Thomas sont la psychologie est bien maîtrisée. Tout est tellement bien maîtrisé dans ce scénario que j'ai l'impression que tout ce qui se passe dans cet album aurait pu se passer dans la réalité Une oeuvre marquante.