Bravo !
Bravo et chapeau.
Parce que ce n’est pas du tout évident de réussir un album pareil. De le réussir en faisant montre de sincérité, d’honnêteté, en développant des propos intelligents, en se débarrassant des freins subconscients nés d’années d’éducation religieuse. Se livrer aux yeux de tous sur un sujet aussi tabou que la sexualité demeure à notre époque un véritable exploit, une sorte de coming-out de la normalité. Parce que, merde ! Avoir des rapports sexuels est quelque chose de normal. Eprouver du plaisir pendant ces rapports l’est tout autant. Et à partir du moment où les partenaires sont des adultes consentant (désirant, comme il le dit peut-être encore plus justement), je ne vois pas ce qui devrait absolument être tu là-dedans sous peine de rejet par la société.
Ce livre est salvateur dans le sens où il remet le sexe à sa juste place. Car depuis que l’homme parvient à dissocier plaisir sexuel et procréation, des pressions sociales se sont faites jour (via principalement les religions monothéistes qui hurlent à tout va « croissez et multipliez » comme si la surpopulation mondiale pouvait rendre un quelconque être suprême heureux… Bon, à l’époque où l’être humain est apparu, je veux bien qu’en multipliant les enfants, on multipliait les chances de survie de l’espèce, mais là, maintenant, faudrait peut-être arrêter les conneries, non ?) pour nous dire que le sexe, c’est mal ou pire encore, c’est sale.
Alors que le sexe, c’est quoi ? C’est du plaisir, du fun, un instant de partage dans lequel les partenaires peuvent dévoiler des facettes de leur personnalité qu’ils préfèrent garder pour un cercle d’intimes. Bon, d’accord, pour le coup, Jean-Louis Tripp les dévoile à tout le monde. Mais il le fait avec tellement d’humour et de franchise que ce qui est exposé dans cet album n’a, à mes yeux, rien de choquant. Et pourtant, il aime expérimenter, le bougre !
Et puis, il y a son dessin. Ce style semi-réaliste qui se fait caricatural dès que le besoin se fait sentir convient parfaitement au propos. Il ne bêtifie pas les corps mais ne les glorifie pas non plus. Les plastiques sont simplement humaines dans les passages réalistes et se font sujet d’amusement lorsque l’auteur illustre un fantasme ou un complexe. Ces pages accueillent le noir et blanc avec bonheur tant l’étalage de chair aurait pu déboucher sur une orgie écœurante de teintes roses. Cette sobriété des couleurs fait donc office de contre-point à l’exubérance des propos et du trait.
J’ai vraiment beaucoup aimé. Je me suis retrouvé dans plusieurs passages, j’ai apprécié la franchise d’autres, j’ai ri par moments, ressenti une agréable excitation à d’autres instants, j’ai aimé l’intelligence de certains propos. Et comble de tout, je n’ai jamais trouvé que cet album faisait montre d’un exhibitionnisme malsain. Ce récit est situé à l’opposé de la pornographie banalisée actuelle car plutôt que de simplement montrer des corps, il parle avant tout de sentiments et de sensations, d'amour et de partage,... de respect surtout. Jean-Louis Tripp a beau y dessiner plus de sexes en érection dans un seul chapitre qu’il n’y en a dans l’ensemble des albums de Manara, c’est avant tout à notre cerveau qu’il s’adresse. Et ça, ça fait du bien.
Donc chapeau pour ces Extases (très beau titre, au passage) qui dédramatisent le désir et qui remet en avant cette évidence : entre adultes désirant, le sexe représente un vaste champ d’expérimentation.
Et les plus tordus d’entre nous ne manqueront pas de faire le lien entre Jean-Louis et la petite Marie du Magasin général : deux personnages qui vont s’affranchir des pressions sociales pour vivre leur sexualité comme ils l’entendent tout en respectant les autres (oui, je sais, c’est tordu mais plus j’y pense, plus je trouve que le personnage de Marie ressemble finalement beaucoup à son créateur, Jean-Louis Tripp).
Culte ? Oui, culte car dans ce registre, je pense que cet album va rapidement servir de référence et, qui sait (on peut toujours rêver), être le point de départ d’une nouvelle révolution sexuelle et sociétale. C’est la raison pour laquelle j’espère que beaucoup de jeunes lecteurs auront l’occasion de lire cette série tant il me semble évident que découvrir la sexualité via Extases est beaucoup plus sain, amusant et constructif qu’en surfant sur les sites pornos qui pullulent sur le web ou en allant servir d'enfant de cœur au curé du village.
Quel bonheur de pouvoir lire de Nouvelles Aventures de Lapinot ! Après 13 ans d'absence, le personnage phare de l'oeuvre de Trondheim revient dans une nouvelle maison d'éditions, et dans une nouvelle...dimension.
Les protagonistes de l'histoire ainsi que les réflexions humoristico-philosophiques qui ont fait le succès du personnage demeurent les mêmes. L'histoire se situe quelques mois après la fin du tome 8 des Formidables Aventures de Lapinot, à un détail près: Lapinot a rompu avec sa chère et tendre Nadia.
Cet album constitue une retrouvaille entre Lapinot laissé en plan et son lecteur, après ces 13 années où il s'est passé bien des événements. Trondheim a ainsi pris le parti d'expliquer comment son personnage vivrait dans notre société actuelle.
Un album excellent qui ne me laisse qu'un seul regret : il diminue la force du Tome 8 des Formidables Aventures de Lapinot.
Bon ! On va essayer de faire ça bien. Parce que ce n’est pas évident de parler de cette série sans différencier les différentes époques, sans tenir compte du contexte, sans avoir un chat sur les genoux, une tasse de thé et des scones à portée de main et Pink Floyd en fond sonore.
Alors oui, cet avis est totalement partial. Pour la bonne et simple raison que le colonel Harold Wilberforce Clifton a une grande part de responsabilité dans le fait qu’aujourd’hui la bande dessinée constitue une passion chez moi, au point de consumer une bonne part de mon temps libre et de mon portefeuille. Depuis Alias Lord X (tome 4 de la série telle que connue aujourd’hui mais qui avait bénéficié d’une édition préalable dans la collection des albums brochés estampillés « les meilleurs récits du journal de Tintin ») et cette évasion réussie à coup de « God save the Queen » et de chaussures à ventouses, cette série occupe une place de choix dans mon cœur. Nostalgie ? Bien évidemment et je ne peux que me réjouir du retour au classicisme opéré par Zidrou et Turk qui ont décidé de replonger le personnage au cœur des années ’60, période qui lui sied le mieux, à mon humble (mais ferme) avis.
Mais je m'égare… Reprenons les choses dans l’ordre, si vous le voulez bien.
1ère époque : Raymond Macherot
Or donc, tout commença par une froide journée de juillet ‘59 (souviens-toi, Barbara, il pleuvait sans cesse ce jour-là) lorsque Raymond Macherot, inspiré par la félicité et le brouillard environnant croqua en deux coups de crayon un grand dadais affublé d’une casquette, d’une veste en tweed et d’un parapluie, arborant fièrement une moustache à faire pâlir Thomas Magnum de jalousie et un flegme sans égal. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas en juillet mais qu’importe. Ce qui compte, c’est de savoir que le personnage a été créé par Raymond Macherot alors que les folles sixties s’annonçaient seulement. En d’autres termes, à sa naissance, Clifton était un personnage presque moderne. Presque, car Raymond Macherot l’avait doté d’un caractère passé et de gadgets d’avant-garde (et ma foi fort farfelus). Les aventures tenaient alors de l’espionnage ou de l’enquête policière classique avec une dimension fantastique plus ou moins marquée en fonction des circonstances (ce qui n’a finalement jamais changé), une sorte de Chapeau melon et bottes de cuir mais sans chapeau melon ni bottes de cuir. Les récits étaient courts (nous n’étions pas encore dans un format de 46 pages) et servaient de bouche-trou dans le journal de Tintin.
Honnêtement, ces récits sont loin d’être des indispensables. Tout au plus, le lecteur âgé se plaira à y retrouver le parfum enivrant des bandes dessinées d’antan. Le jeune lecteur, lui, trouvera surtout que ça sent la salle de bain de vieux. On oublie, sauf si on est atteint de collectionnite aigüe, auquel cas le tome 1 de l’intégrale parue au Lombard est à ma connaissance la plus sûre manière d’acquérir les récits de cette époque (il y a bien eu des parutions en album de çà de là mais ça ne doit pas être évident de les retrouver de nos jours).
Après ce pittoresque préambule, passons aux choses sérieuses…
2ème époque : Turk & De Groot
De « Ce cher Wilkinson » à « Kidnapping », le duo composé de Turk et De Groot (par ailleurs créateurs de « Léonard ») va construire la légende de Clifton. « Ce cher Wilkinson » est encore fort influencé par Raymond Macherot (avec une dimension fantastique marquée) et l’on sent que les auteurs ne se sont pas encore pleinement emparés du personnage. « Le voleur qui rit » marque déjà une évolution mais la révolution s’opérera avec « 7 jours pour mourir », un récit drôle et rythmé aux références multiples (les Pig Floyds nous poussent la chansonnette avec un chat en guise de choriste, et les puristes comprendront directement l’allusion à Pink Floyd et à mademoiselle Nobs – pour les autres, un petit pèlerinage par You Tube ne vous sera pas inutile, bande de mécréants). Les aventures du colonel Clifton vont alors connaître un paroxysme qui durera le temps de 7 albums (avec, à titre personnel, une préférence pour les albums suivants : « 7 jours pour mourir », « Alias Lord X », « Sir Jason » et « Week-end à tuer ». Quatre albums auxquels j’accorderais un 5/5 dans mon classement subjectif des œuvres « jeunesse » qui ont marqué mon enfance). Toute cette période est pour moi une période culte. Les joutes verbales et les bons mots foisonnent, la dérision est partout tandis que les intrigues tiennent souvent la route. Les rôles secondaires sont essentiels à la réussite de la série et il n’est pas possible de parler de Clifton sans évoquer miss Partridge, John Haig ou le lieutenant Strawberry. Cette petite cours qui entoure le colonel Clifton favorise les dialogues vifs, les gags récurrents et les situations absurdes. Clifton sans miss Partridge, c’est comme du porridge sans œufs brouillés.
Cette belle période correspond à ma propre enfance et il est certain que c’est cette synchronisation qui a rendu la série si chère à mon cœur. En vieillissant, en entrant de plain-pied dans l’adolescence, j’ai commencé à chercher autre chose que ce que Clifton pouvait m’offrir. Il n’empêche, le changement d’auteurs va marquer la fin d’une époque.
3ème époque : Bédu & De Groot
Exit Turk, bienvenue à Bédu. Il me faudra un temps pour accepter ce changement de dessinateur. Pourtant, le style de Bédu n’est pas sans rappeler celui de Turk. Les personnages deviennent cependant plus trapus. Leurs mouvements sont moins fluides, leurs mimiques sonnent moins justes. Bédu est un très bon dessinateur mais après tant d’années passées avec le Clifton de Turk, je vais avoir du mal à accepter ce changement. D’autant plus de mal que si je considère « La Mémoire brisée » comme un bon album, les trois autres (« Passé composé », « Dernière séance » et « Matoutou Falaise ») sont clairement un cran en dessous, selon moi. Autre élément marquant de cette période, le fait que Clifton va progressivement sortir de la sienne (de période). Exit, les sixties et seventies, un album comme « Matoutou falaise » sonne clairement années ’80, une décennie bien moins intéressante (tant au niveau historique que culturel). Je perds mes repères et, progressivement, je lâche l’affaire.
4ème époque : Bédu
Pourtant « Le Clan Mc Grégor » n’est pas un mauvais album. Il souffre juste selon moi de ce modernisme, de ce jeunisme imposé au personnage. Le rôle central joué par la jeune sœur d’Iris est symptomatique de cette volonté de rajeunir le public de Clifton. Mais « Mortelle saison » et « Le Baiser du Cobra », eux, ne me séduiront absolument plus. En cause, principalement, cette cure de jouvence. Ce n’est plus le Clifton que j’aime, ce flegmatique et ronchon détective se voit affublé d’un statut d’athlétique agent secret qui ne lui sied pas. Je me rappelle alors avec nostalgie d’ « Alias Lord X » (on y revient) lorsqu’il suait sang et eau à faire des pompes sous la surveillance d’un ancien para. C’était celui-là, le Clifton que j’aimais. Pas un surhomme mais un détective inspiré, un homme juste… et doté d’un caractère bougon.
5ème époque : Rodrigue & De Groot
On oublie « Les Lutins diaboliques », recueil de courts récits issus de diverses époques dont l’intérêt est plus qu’aléatoire pour parler de ce qui, à mes yeux, constitue la plus mauvaise période de la série. Clifton n’y est plus que l’ombre de lui-même. La cure de jeunisme ne lui convient absolument pas. Les anciens lecteurs n’y trouvent pas leur compte tandis que les jeunes n’accrochent que moyennement à ce personnage d’un autre temps. C’est un peu comme si on avait voulu faire jouer au club des 5 un remake de Game of Thrones. Clifton n’est plus dans son époque, il n’est plus à sa place. A la limite, il devient presque un personnage secondaire de ses propres aventures. « Jade » et « Lune Noire » offrent des récits plus modernes mais tellement creux ! « Elémentaire, mon cher Clifton » est un peu plus original mais reste bien en deçà des débuts de la série. Michel Rodrigue (dont le trait est vraiment proche de celui de Turk) continuera l’aventure seul le temps d’un album sans grand intérêt à nouveau (« Balade irlandaise »). L’intrigue est extrêmement prévisible tandis que l’humour tombe le plus souvent à plat. Avec cet album j’ai réellement pensé que Clifton était mort et enterré. Trop démodé, trop « déjà-vu », ce genre de détective ne pouvait plus plaire qu’à de vieux cons nostalgiques… Et je me demande dans quelle mesure les éditions du Lombard n’ont pas suivi le même cheminement dans leurs cogitations.
6ème époque : Zidrou et Turk
Car depuis deux albums, la série connait un renouveau. Enfin, renouveau… Il serait plus juste de parler d’un retour aux sources. Tout d’abord, la série salue le retour de Turk aux crayons. Le trait est devenu un peu moins fin qu’à la grande époque mais l’artiste possède toujours cet art de la caricature expressive. C’est celui qui, pour moi, a le mieux fait parler le visage de Clifton. Le retrouver au dessin est donc un réel plaisir.
Mais que vient faire Zidrou dans cette aventure ? C’est vraiment la question que je me suis posé dans un premier temps. Le gars multiplie les scénarios et j’avais peur qu’il ne consacre à Clifton trop peu de temps que pour le faire renaître. Après deux tomes, je me mets à croire au miracle. Tout d’abord, les auteurs ont eu l’intelligence de replacer Clifton dans l’Angleterre des années ’60. En jouant sur la corde de la nostalgie, les auteurs ont ainsi la possibilité d’exploiter une période des plus intéressantes pour le personnage mais aussi de séduire le public des débuts, les gamins boutonneux des années ’70 devenus vieux cons des années 2010 (et je sais de quoi je parle ! J’en fais partie).
Par ailleurs, les scénarios font montre d’une originalité que l’on n’avait plus vue depuis longtemps dans les pérégrinations du détective. « Les Gauchers contrariés » pèche encore un peu au niveau des dialogues. Mais les réparties fusent comme au bon vieux temps dans le tout frais, tout beau, tout propre « Just married » Un album digne de la grande époque avec des personnages secondaires solides, des références à la caricature de culture anglaise telle que nous aimons la véhiculer de ce côté de la Manche, de l’action et de l’humour. Il y a encore des axes d’amélioration tangibles (à commencer par un adversaire un peu moins irritant) mais je pense que les deux auteurs sont sur la bonne voie.
En tous les cas, je suis vraiment reparti pour un tour (en MG). Long live, sir Harold Wilberforce Clifton, puisse ce héron mélomane m’accompagner dans mon lent retour à la sénilité. Comme quoi, c’est avec les vieilles casseroles que l’on réussit le mieux les vieilles recettes.
Voilà, voilà, voilà… Pour moi la série est culte mais l’inégalité des périodes et son échelonnement dans le temps font que certains albums figurent dans mon panthéon tandis que d’autres ne sortiront sans doute plus jamais de la bibliothèque (sinon pour caler un meuble). Objectivement, ma note devrait être de 3/5 pour l’ensemble de la série mais voilà, je suis tout sauf objectif quand on me parle de Clifton.
Na !
Ah tiens, pour ceux qui, comme moi, ne connaissent du personnage que les images d'Epinal, les "Je vous ai compris", l'appel du 18 juin et le quarteron de généraux, voici une biographie en images qui peut s'avérer intéressante.
Au-delà de l'image que l'on veut donner de lui, de son "héritage" politique dont se réclament les deux bords principaux, je m'étais fait l'image d'un homme hautain, farouchement attaché à sa patrie, au point d'en devenir ridicule. Ce premier tome n'entame pas vraiment cette conviction : l'homme tient au prestige de sa condition d'officier (lequel lui confère un certain confort, voire un confort certain dans les geôles allemandes), qui met sa patrie avant tout le reste. J'ai du mal avec ce genre de personne, mais ceci n'est pas une tribune pour parler de ma vie.
A côté de cela, il y a son opiniâtreté à vouloir s'échapper, le sérieux de son apprentissage (De Gaulle améliorera son allemand en prison, en vue justement de son évasion), mais aussi son intelligence tactique sur les théâtres d'opération (il est apparemment l'un des premiers à croire à la supériorité du mécanique sur l'humain en temps de guerre) et son imagination pour s'échapper. Mais il y a quand même un truc qui m'étonne, c'est que les Allemands regroupent les spécialistes de l'évasion, lesquels forment l'"escaping club", comme ils se surnomment eux-mêmes... Personne ne réfléchit dans leur administration pénitentiaire ?
Le tome 2 saute presque 20 ans, et nous amène à une France au bord de la guerre avec l'Allemagne. De Gaulle, qui campe sur ses positions stratégiques, est entre-temps devenu colonel et jouit d'une certaine aura, surtout auprès du Président du Conseil, Paul Reynaud, lequel se retrouve de plus en plus en butte aux envies d'armistice d'une partie de son Conseil. L'essentiel de l'album se concentre sur un mois, entre mai et juin 1940, un mois pendant lequel le sort du pays va être scellé, malgré les efforts et les arguments massue qu'utilise le -désormais- Général de Gaulle...
Le tome 3 fait un nouveau saut, et nous amène à l'été 1944, des jours précedant le Débarquement -dont de Gaulle fut mis au courant seulement deux jours avant, et encore, celui-ci fut reporté d'une journée, à la fin d ela libération de Paris. Là encore, on est loin des clichés, et on découvre un personnage pas aussi intègre qu'on le croie, ou du moins pas aussi vertureux, prêt à beaucoup de chaoses pour accéder au pouvoir, y compris à jouer au coq avec ses alliés...
Le récit est linéaire, facile à suivre (même si l'incident du drapeau m'a semblé nébuleux, même avec l'explication en bonus), en cela on sent que Jean-Yves Le Naour adopte une approche pédagogique alliée à un sens du romanesque certain. On entre dans l'histoire d'un grand homme par le biais de l'Histoire, et on en apprend des belles... Qui, parmi vous, sait que de Gaulle et Chuchill ont proposé au gouvernement français une union des deux empires, français et britanniques, quelques heures avant l'armistice de 1940 ?
Le travail graphique de Claude Plumail est de qualité, assez sobre, bien secondé aux couleurs par Albertine Ralenti.
Du boulot sérieux, qui casse un certain nombre d'idées reçues sur le Général. Attention, le récit est volontairement haché en terme de temporalité, et s'attache à la première vie du Général, jusqu'à son accession au pouvoir.
J'ai beaucoup apprécié cette BD : le dessin beau et touchant, l'intérêt du sujet (autisme) et son traitement avec beaucoup d'émotions mais tout en retenue. Je suis passée des larmes au rire, de la douceur et de la joie. Je recommande vivement la lecture de ce bel ouvrage!
Un manga centré sur le sport, comme il y en a des dizaines au Japon. Certes, mais là, on est plutôt ancré dans le réalisme, avec moult explications sur les diverses techniques de boxe (de base, mais aussi des grands champions).
C'est certes moins spectaculaire que Captain Tsubasa, moins drôle que Slam Dunk, Ippo - la rage de vaincre est tout de même très bien fichu, plutôt bien documenté, très dynamique, et l'ascension de notre héros va crescendo.
On y retrouve toujours la notion de dépassement de soi, propre aux shonen, mais le tout est vraiment plus que sympathique. On ne souhaite qu'une chose : lire la suite.
****************************
Avis après la fin de la première saison et lecture des 2 premiers tomes de la deuxième : Oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain !
Un tome 32 d'anthologie... sans Ippo ! Exceptionnel.
Rares sont les séries qui prennent aux tripes à ce point et dont on ne peut lâcher le tome en cours avant la fin. Et on en sort qui plus est épuisé nous aussi. Quel talent dans la narration, le rythme et le suspense.
Un série vraiment très forte dont je passe la note de 4/5 à 5/5 !
Mise à jour :
Et après 93 tomes j'attends toujours chaque nouveauté avec impatience. L'auteur maîtrise incroyablement bien son sujet, chaque combat est intéressant. J'apprécie qu'il s'attarde sur les personnages "secondaires", souvent un peu plus intéressants que le héros. C'est LE shonen de ces 10-15 dernières années, en ce qui me concerne : aucune baisse de régime, un dessin toujours au top, un peu d'humour et de scènes en dehors du milieu de la boxe ici et là afin de ne pas être toujours enfermé dans cet univers de la boxe (même si les amourettes des uns et des autres ne sont pas de plus passionnantes, ces brèves coupures font du bien)
Dire que j’ai aimé cette bd serait un doux euphémisme. J’ai littéralement adoré car j’ai été fasciné par ce récit inspiré d’une vie authentique de ce lui qui a inspiré des auteurs pour le célèbre Arsène Lupin, gentleman cambrioleur qui laissait des mots doux à ses victimes.
Il est vrai qu’en qualité de juriste, on ne pourrait normalement que s’horrifier de ce vol abject de la propriété d’autrui. Cependant, l’auteur arrive par je ne sais quel magie de faire en sorte qu’on comprenne la psychologie de ce personnage et que l’on soit finalement indulgent vis-à-vis de lui. Après tout, Alexandre Jacob ne volait que les parasites de la société : les magistrats, les curés, les rentiers...
Certes, il ne faut pas franchir le pas de l’anarchisme comme le dit si bien l’auteur Matz dans sa postface mais on peut essayer de comprendre certaines réflexions qui ne seraient pas fausses aujourd’hui encore. Cependant, rien ne justifie de poser des bombes et de tuer aveuglément. Fort heureusement, notre homme va éviter cet écueil. Il choisira une autre voix plus soft pour mener son combat à sa façon.
Cependant, on comprend que la société dans ses mécanismes ne lui laisse pas vraiment le choix. On peut se poser la question de pourquoi travailler pour si misérable salaire. Par la suite, on se rend compte que la société n’aide pas avec ses contrôles fiscaux pour essayer de coincer une personne qui s’est réadaptée.
Le dessin est totalement maitrisé et il faut partie de ce que j’aime bien grâce à cette élégance du trait. Le graphisme est agréable et c’est également un véritable plaisir pour les yeux de tourner les pages. Il y a un dynamisme que j’apprécie. Les couleurs sont assez bien choisies pour décrire les différentes ambiances que cela soit en mer, au tribunal ou au terrible bagne de Guyane.
Le cheminement de cet homme a été exceptionnel. On suit son parcours de ses 11 ans jusqu’à sa mort programmée dans les moindres détails. J’ai éprouvé beaucoup de respect vis-à-vis de cet homme fidèle à ses principes. Cela a été une grande lecture et un véritable coup de cœur. L’une des meilleurs bd depuis longtemps.
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Cavale vers les étoiles porte bien son nom. Ce manga de science-fiction (une uchronie, en fait… mais j’y reviendrai plus tard, et si vous continuez à m’interrompre faudra pas vous étonner si cet avis dure des plombes !) nous propose en effet une longue course poursuite avec moult combats à la clé, cascades, chutes, rencontres étranges mais rarement sympathiques, usage d’armes en tous genres, ingurgitation de nouilles et de métaux divers, dévissage de tête, revissage de tête et j’en passe et des meilleurs.
On n’a vraiment pas le temps de souffler lors de cette cavale, à un point tel que l’on arrive au terme de l’aventure sans savoir grand-chose de ses protagonistes. Heureusement (ou non car finalement l’intérêt du truc n’est pas là), on en apprendra un peu sur Riku (la jeune et attachante marchande de nouilles) lors du dernier chapitre.
Vous l’aurez compris : l’action est au rendez-vous. Et qui dit scènes d’action dit dessins pas toujours très clairs dans le petit monde du manga. Je ne vous mentirai pas, c’est parfois le cas présentement également. Ceci dit, je trouve que Ryoma Nomura s’en tire avec les honneurs de ce point de vue. La plupart du temps, j’ai trouvé les enchainements logiques (double salto arrière avec demi-vrille enchainé avec un « je-t’enlace-le-cou-avec-mes-petites-jambes-musclées-tandis-que-de-mes-mains-je-saisis-ce-qui-te-sert-de-testicules » et on termine en ramenant les jambes à hauteur de la tête (la sienne mais sans lâcher l’autre) en continuant à tenir fermement les bijoux de l’opposant, provoquant ainsi un sympathique éclatement total de la colonne vertébrale de ce dernier, le tout en trois dessins, faut l’avouer, c’est bien maîtrisé) mais le dessin parfois imprécis m’a aussi, à l’occasion, demandé un effort de décodage.
Après l’action, parlons un peu du décor. Comme je vous l’avais dit, il s’agit d’une uchronie. Ryoma Nomura a imaginé un monde qui aurait basculé dans les années 30. La Grande-Bretagne y est devenue toute puissante et la terraformation de Mars a quelque peu foiré. Les habitants de Mars ont évolué et ont gagné leur indépendance. Mais on s’en fout un peu vu qu’ils sont sur Mars et n’interviennent pas dans cette histoire. Sauf que… nous sommes maintenant en 2001 dans cette réalité alternative et, suite à une expérience militaire et un peu d’ADN dont on ne sait la provenance, le gouvernement britannique a réussi à recréer une martienne, gamine à la force herculéenne, aux capacités d’auto-guérison quasi absolues et au comportement quelque peu violent (en gros, elle tire sur tout ce qui bouge). La gamine s’échappe avec une seule idée en tête, rejoindre Mars, et la cavale commence. Honnêtement, le fait qu’il s’agit d’une uchronie n’apporte strictement rien au récit. Ceci dit, l’univers qui nous est proposé est bien pensé pour y placer l’action de ce manga. On traverse plusieurs régions (milieu urbain à la Blade Runner, zone désertique, conduits souterrains, …) qui permettent de varier les plaisirs en même temps que le terrain de jeu. Je n’irai pas jusqu’à dire que les décors sont fouillés (ça reste du manga) mais l’auteur parvient à nous plonger dans son univers, ce qui est finalement le but recherché.
Enfin, un mot sur les personnages. Le duo central, composé donc de cette petite martienne et d’une jeune marchande de nouilles, est vite attachant. L’auteur installe un décalage, un second degré entre leurs conversations et ce qui leur arrive. Le ton n’est pas humoristique mais grâce à ce procédé, ça reste léger. A leurs côtés ou en face d’eux, on retrouve une flopée de seconds rôles plutôt bien typés. A aucun moment ils ne volent la vedette au duo mais leur présence permet de relancer régulièrement l’action.
Ce manga est donc une belle découverte. De plus, il s’agit d’une histoire complète en un (copieux) tome, donc ce n’est pas la peine d’attendre la suite. Bon ! A titre personnel, j’aurais évité la scène finale à laquelle j’avoue ne pas avoir compris grand-chose (mais rassurez-vous, ce n’est pas non plus essentiel pour capter ce qui se déroule dans les 320 pages qui précèdent) mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Pour une fois qu’un manga d’action pure et de combats violents garde mon attention sans me saouler au bout de 20 pages, je vais pas vous dire de passer votre chemin !
A lire, donc. Et même à acheter si vous êtes amateurs du genre (pas du genre uchronique, hein ! Du genre action-combats-monstres et compagnie).
Des deux auteurs pourtant connus je ne connaissais aucune des œuvres réalisées auparavant. Si le nom de Jean-Luc Istin ne m’est pas étranger, j’avoue ne pas être un trop grand spécialiste des œuvres d’héroic fantasy et encore moins de ses scénarios. Quant à Elia Bonetti, je ne connais rien. :(
Par contre, en grand fan de la sous culture zombie et ce depuis près de 30 ans et bien avant le renouveau actuel, ce bon classique de George Romero, La nuit des morts-vivants, qui a défini les bases de ce sous genre (huis-clos, paranoïa, message politique et horreur pure et dure), il était bien probable que ce bouquin finisse par tomber entre mes mains, attiré par la curiosité d’une relecture contemporaine de ce classique et la promesse d’un récit en 3 tomes.
Et là je dois confesser être agréablement surpris et à plus d’un titre.
Gommons de suite les aspects négatifs, alors oui le format à l’école franco-belge est surprenant. Oui s’attaquer à un récit aussi connu et qui a connu nombre de remakes audacieux (celui de Tom Savini en 1990 est somptueux alors que tous les autres sont incroyablement ratés) est assez culotté et je ne suis pas un fan absolu du trait rigide et appliqué de Bonetti.
En contrepoint, Jean-Luc Istin a su éviter les pièges du remake prétentieux et inutile en y apportant toute son expérience et ses souvenirs et en ne gardant que les grandes lignes du récit d’origine de façon assez subtile.
Rappelons que le film narre l’escapade d’un frère et de sa sœur partis rendre visite sur la tombe de leurs parents comme d’accoutumée une fois par an avant d’être attaqués par un mort vivant.
Seule survivante de cette confrontation, la jeune fille se réfugie dans une maison perdue au milieu de la campagne avec d’autres fugitifs inconnus afin d’y survivre contre les assaillants devenus au fur et à mesure de la nuit bien plus nombreux.
Jean-Luc Istin garde la trame du frère et de la sœur dans le cimetière, remplace la bicoque par un gigantesque hôtel rappelant l’Overlook Hotel de Shining et multiplie clins d’oeils (dont un évident à 28 jours plus tard dès l’introduction) et scènes d’exposition musclées. Il en profite pour modifier les prénoms, changer la destinée des personnages, complexifier leur background et appaire un tout nouvel habillage pour en sortir une œuvre complètement inédite.
Cet improbable gloubi-boulga aurait pu être indigeste mais relève l’intérêt du lecteur blasé que je suis par des scènes d’action assez vives et un très joli sens du découpage par vignettes donnant un cachet cinématographique des plus nerveux tout en rendant l’ensemble extrêmement aisé à suivre.
On peut rapprocher cette adaptation du travail de Péru et Cholet sur leur « Zombies » davantage d’un Walking Dead sans que le présent récit empiète à la fois sur cette œuvre voisine ni sur le film dont on s’inspire.
L’exploration de l’hôtel dans le derniers tiers de ce premier tome a su recréer le stress des premières parties de Resident Evil dans son manoir délabré. Pour sûr, Istin a bien compris la mécanique et rend une œuvre joliment nostalgique et innovante de ses passions pour le genre.
Belle synthèse divertissante, cette nuit des morts vivants devrait plaire et rencontrer son public sans abuser de scènes trop dérangeantes, les auteurs sachant ménager leur suspens par quelques touches subtiles ménageant notre curiosité et appeler à un tome 2 très attendu, qui je l’espère, transformera les espoirs de cette jolie introduction.
A noter une très jolie couverture de Ronan Toulhoat pour emballer le tout !
EDIT APRES LECTURE DES 3 TOMES :
Partant sur d'autres bases que le film culte de Romero et en offrant une variation, Istin nous offre une énième pantalonnade zombiesque qui se lit avec grand plaisir comme un divertissement du samedi soir en rappelant à notre mémoire des personnages de Resident Evil (Albert Wesker), une furie pyromane et malsaine (Crossed) et aussi Herbert West de Lovecraft.
Ce gloubi boulga fort éloigné d'une adaptation contemporaine de Romero comme aimerait nous le vendre le 4ème de couverture pourrait être tout simplement indigeste mais s'avère aussi palpitant qu'un tome de Zombies Néchrologies allongé sur plusieurs tomes et au demeurant fort fun.
Les dessins d'Elia Bonetti ajoutent un découpage comics très agréable et la partie de cache cache dans un grand hôtel est assez bien exploitée pour susciter la lecture. Dommage que certains détails soient occultés mais les planches restent vraiment très agréables pour la rétine.
En résulte une trilogie complète peu ambitieuse mais efficace sur un thème rebattu sans prise de risques (comprenez qu'il n'y a rien de nouveau dans l'univers battu et rabâché des zombies) mais qu'on tient une histoire complète haletante à défaut d'être subtile.
Et vu le nombre de bds zombies ringardes, c'est déjà beaucoup.
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette BD. Un univers en noir et blanc aux dessins sobres mais justes. Le fil de l'histoire se déroule tout en retenue et nous plonge dans le Japon des années 1920. On prend beaucoup de plaisir à suivre l'évolution de cette petite fille qui découvre le monde des geishas.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Extases
Bravo ! Bravo et chapeau. Parce que ce n’est pas du tout évident de réussir un album pareil. De le réussir en faisant montre de sincérité, d’honnêteté, en développant des propos intelligents, en se débarrassant des freins subconscients nés d’années d’éducation religieuse. Se livrer aux yeux de tous sur un sujet aussi tabou que la sexualité demeure à notre époque un véritable exploit, une sorte de coming-out de la normalité. Parce que, merde ! Avoir des rapports sexuels est quelque chose de normal. Eprouver du plaisir pendant ces rapports l’est tout autant. Et à partir du moment où les partenaires sont des adultes consentant (désirant, comme il le dit peut-être encore plus justement), je ne vois pas ce qui devrait absolument être tu là-dedans sous peine de rejet par la société. Ce livre est salvateur dans le sens où il remet le sexe à sa juste place. Car depuis que l’homme parvient à dissocier plaisir sexuel et procréation, des pressions sociales se sont faites jour (via principalement les religions monothéistes qui hurlent à tout va « croissez et multipliez » comme si la surpopulation mondiale pouvait rendre un quelconque être suprême heureux… Bon, à l’époque où l’être humain est apparu, je veux bien qu’en multipliant les enfants, on multipliait les chances de survie de l’espèce, mais là, maintenant, faudrait peut-être arrêter les conneries, non ?) pour nous dire que le sexe, c’est mal ou pire encore, c’est sale. Alors que le sexe, c’est quoi ? C’est du plaisir, du fun, un instant de partage dans lequel les partenaires peuvent dévoiler des facettes de leur personnalité qu’ils préfèrent garder pour un cercle d’intimes. Bon, d’accord, pour le coup, Jean-Louis Tripp les dévoile à tout le monde. Mais il le fait avec tellement d’humour et de franchise que ce qui est exposé dans cet album n’a, à mes yeux, rien de choquant. Et pourtant, il aime expérimenter, le bougre ! Et puis, il y a son dessin. Ce style semi-réaliste qui se fait caricatural dès que le besoin se fait sentir convient parfaitement au propos. Il ne bêtifie pas les corps mais ne les glorifie pas non plus. Les plastiques sont simplement humaines dans les passages réalistes et se font sujet d’amusement lorsque l’auteur illustre un fantasme ou un complexe. Ces pages accueillent le noir et blanc avec bonheur tant l’étalage de chair aurait pu déboucher sur une orgie écœurante de teintes roses. Cette sobriété des couleurs fait donc office de contre-point à l’exubérance des propos et du trait. J’ai vraiment beaucoup aimé. Je me suis retrouvé dans plusieurs passages, j’ai apprécié la franchise d’autres, j’ai ri par moments, ressenti une agréable excitation à d’autres instants, j’ai aimé l’intelligence de certains propos. Et comble de tout, je n’ai jamais trouvé que cet album faisait montre d’un exhibitionnisme malsain. Ce récit est situé à l’opposé de la pornographie banalisée actuelle car plutôt que de simplement montrer des corps, il parle avant tout de sentiments et de sensations, d'amour et de partage,... de respect surtout. Jean-Louis Tripp a beau y dessiner plus de sexes en érection dans un seul chapitre qu’il n’y en a dans l’ensemble des albums de Manara, c’est avant tout à notre cerveau qu’il s’adresse. Et ça, ça fait du bien. Donc chapeau pour ces Extases (très beau titre, au passage) qui dédramatisent le désir et qui remet en avant cette évidence : entre adultes désirant, le sexe représente un vaste champ d’expérimentation. Et les plus tordus d’entre nous ne manqueront pas de faire le lien entre Jean-Louis et la petite Marie du Magasin général : deux personnages qui vont s’affranchir des pressions sociales pour vivre leur sexualité comme ils l’entendent tout en respectant les autres (oui, je sais, c’est tordu mais plus j’y pense, plus je trouve que le personnage de Marie ressemble finalement beaucoup à son créateur, Jean-Louis Tripp). Culte ? Oui, culte car dans ce registre, je pense que cet album va rapidement servir de référence et, qui sait (on peut toujours rêver), être le point de départ d’une nouvelle révolution sexuelle et sociétale. C’est la raison pour laquelle j’espère que beaucoup de jeunes lecteurs auront l’occasion de lire cette série tant il me semble évident que découvrir la sexualité via Extases est beaucoup plus sain, amusant et constructif qu’en surfant sur les sites pornos qui pullulent sur le web ou en allant servir d'enfant de cœur au curé du village.
Les Nouvelles Aventures de Lapinot
Quel bonheur de pouvoir lire de Nouvelles Aventures de Lapinot ! Après 13 ans d'absence, le personnage phare de l'oeuvre de Trondheim revient dans une nouvelle maison d'éditions, et dans une nouvelle...dimension. Les protagonistes de l'histoire ainsi que les réflexions humoristico-philosophiques qui ont fait le succès du personnage demeurent les mêmes. L'histoire se situe quelques mois après la fin du tome 8 des Formidables Aventures de Lapinot, à un détail près: Lapinot a rompu avec sa chère et tendre Nadia. Cet album constitue une retrouvaille entre Lapinot laissé en plan et son lecteur, après ces 13 années où il s'est passé bien des événements. Trondheim a ainsi pris le parti d'expliquer comment son personnage vivrait dans notre société actuelle. Un album excellent qui ne me laisse qu'un seul regret : il diminue la force du Tome 8 des Formidables Aventures de Lapinot.
Clifton
Bon ! On va essayer de faire ça bien. Parce que ce n’est pas évident de parler de cette série sans différencier les différentes époques, sans tenir compte du contexte, sans avoir un chat sur les genoux, une tasse de thé et des scones à portée de main et Pink Floyd en fond sonore. Alors oui, cet avis est totalement partial. Pour la bonne et simple raison que le colonel Harold Wilberforce Clifton a une grande part de responsabilité dans le fait qu’aujourd’hui la bande dessinée constitue une passion chez moi, au point de consumer une bonne part de mon temps libre et de mon portefeuille. Depuis Alias Lord X (tome 4 de la série telle que connue aujourd’hui mais qui avait bénéficié d’une édition préalable dans la collection des albums brochés estampillés « les meilleurs récits du journal de Tintin ») et cette évasion réussie à coup de « God save the Queen » et de chaussures à ventouses, cette série occupe une place de choix dans mon cœur. Nostalgie ? Bien évidemment et je ne peux que me réjouir du retour au classicisme opéré par Zidrou et Turk qui ont décidé de replonger le personnage au cœur des années ’60, période qui lui sied le mieux, à mon humble (mais ferme) avis. Mais je m'égare… Reprenons les choses dans l’ordre, si vous le voulez bien. 1ère époque : Raymond Macherot Or donc, tout commença par une froide journée de juillet ‘59 (souviens-toi, Barbara, il pleuvait sans cesse ce jour-là) lorsque Raymond Macherot, inspiré par la félicité et le brouillard environnant croqua en deux coups de crayon un grand dadais affublé d’une casquette, d’une veste en tweed et d’un parapluie, arborant fièrement une moustache à faire pâlir Thomas Magnum de jalousie et un flegme sans égal. Bon, d’accord, ce n’était peut-être pas en juillet mais qu’importe. Ce qui compte, c’est de savoir que le personnage a été créé par Raymond Macherot alors que les folles sixties s’annonçaient seulement. En d’autres termes, à sa naissance, Clifton était un personnage presque moderne. Presque, car Raymond Macherot l’avait doté d’un caractère passé et de gadgets d’avant-garde (et ma foi fort farfelus). Les aventures tenaient alors de l’espionnage ou de l’enquête policière classique avec une dimension fantastique plus ou moins marquée en fonction des circonstances (ce qui n’a finalement jamais changé), une sorte de Chapeau melon et bottes de cuir mais sans chapeau melon ni bottes de cuir. Les récits étaient courts (nous n’étions pas encore dans un format de 46 pages) et servaient de bouche-trou dans le journal de Tintin. Honnêtement, ces récits sont loin d’être des indispensables. Tout au plus, le lecteur âgé se plaira à y retrouver le parfum enivrant des bandes dessinées d’antan. Le jeune lecteur, lui, trouvera surtout que ça sent la salle de bain de vieux. On oublie, sauf si on est atteint de collectionnite aigüe, auquel cas le tome 1 de l’intégrale parue au Lombard est à ma connaissance la plus sûre manière d’acquérir les récits de cette époque (il y a bien eu des parutions en album de çà de là mais ça ne doit pas être évident de les retrouver de nos jours). Après ce pittoresque préambule, passons aux choses sérieuses… 2ème époque : Turk & De Groot De « Ce cher Wilkinson » à « Kidnapping », le duo composé de Turk et De Groot (par ailleurs créateurs de « Léonard ») va construire la légende de Clifton. « Ce cher Wilkinson » est encore fort influencé par Raymond Macherot (avec une dimension fantastique marquée) et l’on sent que les auteurs ne se sont pas encore pleinement emparés du personnage. « Le voleur qui rit » marque déjà une évolution mais la révolution s’opérera avec « 7 jours pour mourir », un récit drôle et rythmé aux références multiples (les Pig Floyds nous poussent la chansonnette avec un chat en guise de choriste, et les puristes comprendront directement l’allusion à Pink Floyd et à mademoiselle Nobs – pour les autres, un petit pèlerinage par You Tube ne vous sera pas inutile, bande de mécréants). Les aventures du colonel Clifton vont alors connaître un paroxysme qui durera le temps de 7 albums (avec, à titre personnel, une préférence pour les albums suivants : « 7 jours pour mourir », « Alias Lord X », « Sir Jason » et « Week-end à tuer ». Quatre albums auxquels j’accorderais un 5/5 dans mon classement subjectif des œuvres « jeunesse » qui ont marqué mon enfance). Toute cette période est pour moi une période culte. Les joutes verbales et les bons mots foisonnent, la dérision est partout tandis que les intrigues tiennent souvent la route. Les rôles secondaires sont essentiels à la réussite de la série et il n’est pas possible de parler de Clifton sans évoquer miss Partridge, John Haig ou le lieutenant Strawberry. Cette petite cours qui entoure le colonel Clifton favorise les dialogues vifs, les gags récurrents et les situations absurdes. Clifton sans miss Partridge, c’est comme du porridge sans œufs brouillés. Cette belle période correspond à ma propre enfance et il est certain que c’est cette synchronisation qui a rendu la série si chère à mon cœur. En vieillissant, en entrant de plain-pied dans l’adolescence, j’ai commencé à chercher autre chose que ce que Clifton pouvait m’offrir. Il n’empêche, le changement d’auteurs va marquer la fin d’une époque. 3ème époque : Bédu & De Groot Exit Turk, bienvenue à Bédu. Il me faudra un temps pour accepter ce changement de dessinateur. Pourtant, le style de Bédu n’est pas sans rappeler celui de Turk. Les personnages deviennent cependant plus trapus. Leurs mouvements sont moins fluides, leurs mimiques sonnent moins justes. Bédu est un très bon dessinateur mais après tant d’années passées avec le Clifton de Turk, je vais avoir du mal à accepter ce changement. D’autant plus de mal que si je considère « La Mémoire brisée » comme un bon album, les trois autres (« Passé composé », « Dernière séance » et « Matoutou Falaise ») sont clairement un cran en dessous, selon moi. Autre élément marquant de cette période, le fait que Clifton va progressivement sortir de la sienne (de période). Exit, les sixties et seventies, un album comme « Matoutou falaise » sonne clairement années ’80, une décennie bien moins intéressante (tant au niveau historique que culturel). Je perds mes repères et, progressivement, je lâche l’affaire. 4ème époque : Bédu Pourtant « Le Clan Mc Grégor » n’est pas un mauvais album. Il souffre juste selon moi de ce modernisme, de ce jeunisme imposé au personnage. Le rôle central joué par la jeune sœur d’Iris est symptomatique de cette volonté de rajeunir le public de Clifton. Mais « Mortelle saison » et « Le Baiser du Cobra », eux, ne me séduiront absolument plus. En cause, principalement, cette cure de jouvence. Ce n’est plus le Clifton que j’aime, ce flegmatique et ronchon détective se voit affublé d’un statut d’athlétique agent secret qui ne lui sied pas. Je me rappelle alors avec nostalgie d’ « Alias Lord X » (on y revient) lorsqu’il suait sang et eau à faire des pompes sous la surveillance d’un ancien para. C’était celui-là, le Clifton que j’aimais. Pas un surhomme mais un détective inspiré, un homme juste… et doté d’un caractère bougon. 5ème époque : Rodrigue & De Groot On oublie « Les Lutins diaboliques », recueil de courts récits issus de diverses époques dont l’intérêt est plus qu’aléatoire pour parler de ce qui, à mes yeux, constitue la plus mauvaise période de la série. Clifton n’y est plus que l’ombre de lui-même. La cure de jeunisme ne lui convient absolument pas. Les anciens lecteurs n’y trouvent pas leur compte tandis que les jeunes n’accrochent que moyennement à ce personnage d’un autre temps. C’est un peu comme si on avait voulu faire jouer au club des 5 un remake de Game of Thrones. Clifton n’est plus dans son époque, il n’est plus à sa place. A la limite, il devient presque un personnage secondaire de ses propres aventures. « Jade » et « Lune Noire » offrent des récits plus modernes mais tellement creux ! « Elémentaire, mon cher Clifton » est un peu plus original mais reste bien en deçà des débuts de la série. Michel Rodrigue (dont le trait est vraiment proche de celui de Turk) continuera l’aventure seul le temps d’un album sans grand intérêt à nouveau (« Balade irlandaise »). L’intrigue est extrêmement prévisible tandis que l’humour tombe le plus souvent à plat. Avec cet album j’ai réellement pensé que Clifton était mort et enterré. Trop démodé, trop « déjà-vu », ce genre de détective ne pouvait plus plaire qu’à de vieux cons nostalgiques… Et je me demande dans quelle mesure les éditions du Lombard n’ont pas suivi le même cheminement dans leurs cogitations. 6ème époque : Zidrou et Turk Car depuis deux albums, la série connait un renouveau. Enfin, renouveau… Il serait plus juste de parler d’un retour aux sources. Tout d’abord, la série salue le retour de Turk aux crayons. Le trait est devenu un peu moins fin qu’à la grande époque mais l’artiste possède toujours cet art de la caricature expressive. C’est celui qui, pour moi, a le mieux fait parler le visage de Clifton. Le retrouver au dessin est donc un réel plaisir. Mais que vient faire Zidrou dans cette aventure ? C’est vraiment la question que je me suis posé dans un premier temps. Le gars multiplie les scénarios et j’avais peur qu’il ne consacre à Clifton trop peu de temps que pour le faire renaître. Après deux tomes, je me mets à croire au miracle. Tout d’abord, les auteurs ont eu l’intelligence de replacer Clifton dans l’Angleterre des années ’60. En jouant sur la corde de la nostalgie, les auteurs ont ainsi la possibilité d’exploiter une période des plus intéressantes pour le personnage mais aussi de séduire le public des débuts, les gamins boutonneux des années ’70 devenus vieux cons des années 2010 (et je sais de quoi je parle ! J’en fais partie). Par ailleurs, les scénarios font montre d’une originalité que l’on n’avait plus vue depuis longtemps dans les pérégrinations du détective. « Les Gauchers contrariés » pèche encore un peu au niveau des dialogues. Mais les réparties fusent comme au bon vieux temps dans le tout frais, tout beau, tout propre « Just married » Un album digne de la grande époque avec des personnages secondaires solides, des références à la caricature de culture anglaise telle que nous aimons la véhiculer de ce côté de la Manche, de l’action et de l’humour. Il y a encore des axes d’amélioration tangibles (à commencer par un adversaire un peu moins irritant) mais je pense que les deux auteurs sont sur la bonne voie. En tous les cas, je suis vraiment reparti pour un tour (en MG). Long live, sir Harold Wilberforce Clifton, puisse ce héron mélomane m’accompagner dans mon lent retour à la sénilité. Comme quoi, c’est avec les vieilles casseroles que l’on réussit le mieux les vieilles recettes. Voilà, voilà, voilà… Pour moi la série est culte mais l’inégalité des périodes et son échelonnement dans le temps font que certains albums figurent dans mon panthéon tandis que d’autres ne sortiront sans doute plus jamais de la bibliothèque (sinon pour caler un meuble). Objectivement, ma note devrait être de 3/5 pour l’ensemble de la série mais voilà, je suis tout sauf objectif quand on me parle de Clifton. Na !
Charles de Gaulle
Ah tiens, pour ceux qui, comme moi, ne connaissent du personnage que les images d'Epinal, les "Je vous ai compris", l'appel du 18 juin et le quarteron de généraux, voici une biographie en images qui peut s'avérer intéressante. Au-delà de l'image que l'on veut donner de lui, de son "héritage" politique dont se réclament les deux bords principaux, je m'étais fait l'image d'un homme hautain, farouchement attaché à sa patrie, au point d'en devenir ridicule. Ce premier tome n'entame pas vraiment cette conviction : l'homme tient au prestige de sa condition d'officier (lequel lui confère un certain confort, voire un confort certain dans les geôles allemandes), qui met sa patrie avant tout le reste. J'ai du mal avec ce genre de personne, mais ceci n'est pas une tribune pour parler de ma vie. A côté de cela, il y a son opiniâtreté à vouloir s'échapper, le sérieux de son apprentissage (De Gaulle améliorera son allemand en prison, en vue justement de son évasion), mais aussi son intelligence tactique sur les théâtres d'opération (il est apparemment l'un des premiers à croire à la supériorité du mécanique sur l'humain en temps de guerre) et son imagination pour s'échapper. Mais il y a quand même un truc qui m'étonne, c'est que les Allemands regroupent les spécialistes de l'évasion, lesquels forment l'"escaping club", comme ils se surnomment eux-mêmes... Personne ne réfléchit dans leur administration pénitentiaire ? Le tome 2 saute presque 20 ans, et nous amène à une France au bord de la guerre avec l'Allemagne. De Gaulle, qui campe sur ses positions stratégiques, est entre-temps devenu colonel et jouit d'une certaine aura, surtout auprès du Président du Conseil, Paul Reynaud, lequel se retrouve de plus en plus en butte aux envies d'armistice d'une partie de son Conseil. L'essentiel de l'album se concentre sur un mois, entre mai et juin 1940, un mois pendant lequel le sort du pays va être scellé, malgré les efforts et les arguments massue qu'utilise le -désormais- Général de Gaulle... Le tome 3 fait un nouveau saut, et nous amène à l'été 1944, des jours précedant le Débarquement -dont de Gaulle fut mis au courant seulement deux jours avant, et encore, celui-ci fut reporté d'une journée, à la fin d ela libération de Paris. Là encore, on est loin des clichés, et on découvre un personnage pas aussi intègre qu'on le croie, ou du moins pas aussi vertureux, prêt à beaucoup de chaoses pour accéder au pouvoir, y compris à jouer au coq avec ses alliés... Le récit est linéaire, facile à suivre (même si l'incident du drapeau m'a semblé nébuleux, même avec l'explication en bonus), en cela on sent que Jean-Yves Le Naour adopte une approche pédagogique alliée à un sens du romanesque certain. On entre dans l'histoire d'un grand homme par le biais de l'Histoire, et on en apprend des belles... Qui, parmi vous, sait que de Gaulle et Chuchill ont proposé au gouvernement français une union des deux empires, français et britanniques, quelques heures avant l'armistice de 1940 ? Le travail graphique de Claude Plumail est de qualité, assez sobre, bien secondé aux couleurs par Albertine Ralenti. Du boulot sérieux, qui casse un certain nombre d'idées reçues sur le Général. Attention, le récit est volontairement haché en terme de temporalité, et s'attache à la première vie du Général, jusqu'à son accession au pouvoir.
Les Petites Victoires
J'ai beaucoup apprécié cette BD : le dessin beau et touchant, l'intérêt du sujet (autisme) et son traitement avec beaucoup d'émotions mais tout en retenue. Je suis passée des larmes au rire, de la douceur et de la joie. Je recommande vivement la lecture de ce bel ouvrage!
Ippo
Un manga centré sur le sport, comme il y en a des dizaines au Japon. Certes, mais là, on est plutôt ancré dans le réalisme, avec moult explications sur les diverses techniques de boxe (de base, mais aussi des grands champions). C'est certes moins spectaculaire que Captain Tsubasa, moins drôle que Slam Dunk, Ippo - la rage de vaincre est tout de même très bien fichu, plutôt bien documenté, très dynamique, et l'ascension de notre héros va crescendo. On y retrouve toujours la notion de dépassement de soi, propre aux shonen, mais le tout est vraiment plus que sympathique. On ne souhaite qu'une chose : lire la suite. **************************** Avis après la fin de la première saison et lecture des 2 premiers tomes de la deuxième : Oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain, oh putain ! Un tome 32 d'anthologie... sans Ippo ! Exceptionnel. Rares sont les séries qui prennent aux tripes à ce point et dont on ne peut lâcher le tome en cours avant la fin. Et on en sort qui plus est épuisé nous aussi. Quel talent dans la narration, le rythme et le suspense. Un série vraiment très forte dont je passe la note de 4/5 à 5/5 ! Mise à jour : Et après 93 tomes j'attends toujours chaque nouveauté avec impatience. L'auteur maîtrise incroyablement bien son sujet, chaque combat est intéressant. J'apprécie qu'il s'attarde sur les personnages "secondaires", souvent un peu plus intéressants que le héros. C'est LE shonen de ces 10-15 dernières années, en ce qui me concerne : aucune baisse de régime, un dessin toujours au top, un peu d'humour et de scènes en dehors du milieu de la boxe ici et là afin de ne pas être toujours enfermé dans cet univers de la boxe (même si les amourettes des uns et des autres ne sont pas de plus passionnantes, ces brèves coupures font du bien)
Le Travailleur de la nuit
Dire que j’ai aimé cette bd serait un doux euphémisme. J’ai littéralement adoré car j’ai été fasciné par ce récit inspiré d’une vie authentique de ce lui qui a inspiré des auteurs pour le célèbre Arsène Lupin, gentleman cambrioleur qui laissait des mots doux à ses victimes. Il est vrai qu’en qualité de juriste, on ne pourrait normalement que s’horrifier de ce vol abject de la propriété d’autrui. Cependant, l’auteur arrive par je ne sais quel magie de faire en sorte qu’on comprenne la psychologie de ce personnage et que l’on soit finalement indulgent vis-à-vis de lui. Après tout, Alexandre Jacob ne volait que les parasites de la société : les magistrats, les curés, les rentiers... Certes, il ne faut pas franchir le pas de l’anarchisme comme le dit si bien l’auteur Matz dans sa postface mais on peut essayer de comprendre certaines réflexions qui ne seraient pas fausses aujourd’hui encore. Cependant, rien ne justifie de poser des bombes et de tuer aveuglément. Fort heureusement, notre homme va éviter cet écueil. Il choisira une autre voix plus soft pour mener son combat à sa façon. Cependant, on comprend que la société dans ses mécanismes ne lui laisse pas vraiment le choix. On peut se poser la question de pourquoi travailler pour si misérable salaire. Par la suite, on se rend compte que la société n’aide pas avec ses contrôles fiscaux pour essayer de coincer une personne qui s’est réadaptée. Le dessin est totalement maitrisé et il faut partie de ce que j’aime bien grâce à cette élégance du trait. Le graphisme est agréable et c’est également un véritable plaisir pour les yeux de tourner les pages. Il y a un dynamisme que j’apprécie. Les couleurs sont assez bien choisies pour décrire les différentes ambiances que cela soit en mer, au tribunal ou au terrible bagne de Guyane. Le cheminement de cet homme a été exceptionnel. On suit son parcours de ses 11 ans jusqu’à sa mort programmée dans les moindres détails. J’ai éprouvé beaucoup de respect vis-à-vis de cet homme fidèle à ses principes. Cela a été une grande lecture et un véritable coup de cœur. L’une des meilleurs bd depuis longtemps. Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Cavale vers les étoiles
Cavale vers les étoiles porte bien son nom. Ce manga de science-fiction (une uchronie, en fait… mais j’y reviendrai plus tard, et si vous continuez à m’interrompre faudra pas vous étonner si cet avis dure des plombes !) nous propose en effet une longue course poursuite avec moult combats à la clé, cascades, chutes, rencontres étranges mais rarement sympathiques, usage d’armes en tous genres, ingurgitation de nouilles et de métaux divers, dévissage de tête, revissage de tête et j’en passe et des meilleurs. On n’a vraiment pas le temps de souffler lors de cette cavale, à un point tel que l’on arrive au terme de l’aventure sans savoir grand-chose de ses protagonistes. Heureusement (ou non car finalement l’intérêt du truc n’est pas là), on en apprendra un peu sur Riku (la jeune et attachante marchande de nouilles) lors du dernier chapitre. Vous l’aurez compris : l’action est au rendez-vous. Et qui dit scènes d’action dit dessins pas toujours très clairs dans le petit monde du manga. Je ne vous mentirai pas, c’est parfois le cas présentement également. Ceci dit, je trouve que Ryoma Nomura s’en tire avec les honneurs de ce point de vue. La plupart du temps, j’ai trouvé les enchainements logiques (double salto arrière avec demi-vrille enchainé avec un « je-t’enlace-le-cou-avec-mes-petites-jambes-musclées-tandis-que-de-mes-mains-je-saisis-ce-qui-te-sert-de-testicules » et on termine en ramenant les jambes à hauteur de la tête (la sienne mais sans lâcher l’autre) en continuant à tenir fermement les bijoux de l’opposant, provoquant ainsi un sympathique éclatement total de la colonne vertébrale de ce dernier, le tout en trois dessins, faut l’avouer, c’est bien maîtrisé) mais le dessin parfois imprécis m’a aussi, à l’occasion, demandé un effort de décodage. Après l’action, parlons un peu du décor. Comme je vous l’avais dit, il s’agit d’une uchronie. Ryoma Nomura a imaginé un monde qui aurait basculé dans les années 30. La Grande-Bretagne y est devenue toute puissante et la terraformation de Mars a quelque peu foiré. Les habitants de Mars ont évolué et ont gagné leur indépendance. Mais on s’en fout un peu vu qu’ils sont sur Mars et n’interviennent pas dans cette histoire. Sauf que… nous sommes maintenant en 2001 dans cette réalité alternative et, suite à une expérience militaire et un peu d’ADN dont on ne sait la provenance, le gouvernement britannique a réussi à recréer une martienne, gamine à la force herculéenne, aux capacités d’auto-guérison quasi absolues et au comportement quelque peu violent (en gros, elle tire sur tout ce qui bouge). La gamine s’échappe avec une seule idée en tête, rejoindre Mars, et la cavale commence. Honnêtement, le fait qu’il s’agit d’une uchronie n’apporte strictement rien au récit. Ceci dit, l’univers qui nous est proposé est bien pensé pour y placer l’action de ce manga. On traverse plusieurs régions (milieu urbain à la Blade Runner, zone désertique, conduits souterrains, …) qui permettent de varier les plaisirs en même temps que le terrain de jeu. Je n’irai pas jusqu’à dire que les décors sont fouillés (ça reste du manga) mais l’auteur parvient à nous plonger dans son univers, ce qui est finalement le but recherché. Enfin, un mot sur les personnages. Le duo central, composé donc de cette petite martienne et d’une jeune marchande de nouilles, est vite attachant. L’auteur installe un décalage, un second degré entre leurs conversations et ce qui leur arrive. Le ton n’est pas humoristique mais grâce à ce procédé, ça reste léger. A leurs côtés ou en face d’eux, on retrouve une flopée de seconds rôles plutôt bien typés. A aucun moment ils ne volent la vedette au duo mais leur présence permet de relancer régulièrement l’action. Ce manga est donc une belle découverte. De plus, il s’agit d’une histoire complète en un (copieux) tome, donc ce n’est pas la peine d’attendre la suite. Bon ! A titre personnel, j’aurais évité la scène finale à laquelle j’avoue ne pas avoir compris grand-chose (mais rassurez-vous, ce n’est pas non plus essentiel pour capter ce qui se déroule dans les 320 pages qui précèdent) mais je ne vais pas bouder mon plaisir. Pour une fois qu’un manga d’action pure et de combats violents garde mon attention sans me saouler au bout de 20 pages, je vais pas vous dire de passer votre chemin ! A lire, donc. Et même à acheter si vous êtes amateurs du genre (pas du genre uchronique, hein ! Du genre action-combats-monstres et compagnie).
La Nuit des morts-vivants
Des deux auteurs pourtant connus je ne connaissais aucune des œuvres réalisées auparavant. Si le nom de Jean-Luc Istin ne m’est pas étranger, j’avoue ne pas être un trop grand spécialiste des œuvres d’héroic fantasy et encore moins de ses scénarios. Quant à Elia Bonetti, je ne connais rien. :( Par contre, en grand fan de la sous culture zombie et ce depuis près de 30 ans et bien avant le renouveau actuel, ce bon classique de George Romero, La nuit des morts-vivants, qui a défini les bases de ce sous genre (huis-clos, paranoïa, message politique et horreur pure et dure), il était bien probable que ce bouquin finisse par tomber entre mes mains, attiré par la curiosité d’une relecture contemporaine de ce classique et la promesse d’un récit en 3 tomes. Et là je dois confesser être agréablement surpris et à plus d’un titre. Gommons de suite les aspects négatifs, alors oui le format à l’école franco-belge est surprenant. Oui s’attaquer à un récit aussi connu et qui a connu nombre de remakes audacieux (celui de Tom Savini en 1990 est somptueux alors que tous les autres sont incroyablement ratés) est assez culotté et je ne suis pas un fan absolu du trait rigide et appliqué de Bonetti. En contrepoint, Jean-Luc Istin a su éviter les pièges du remake prétentieux et inutile en y apportant toute son expérience et ses souvenirs et en ne gardant que les grandes lignes du récit d’origine de façon assez subtile. Rappelons que le film narre l’escapade d’un frère et de sa sœur partis rendre visite sur la tombe de leurs parents comme d’accoutumée une fois par an avant d’être attaqués par un mort vivant. Seule survivante de cette confrontation, la jeune fille se réfugie dans une maison perdue au milieu de la campagne avec d’autres fugitifs inconnus afin d’y survivre contre les assaillants devenus au fur et à mesure de la nuit bien plus nombreux. Jean-Luc Istin garde la trame du frère et de la sœur dans le cimetière, remplace la bicoque par un gigantesque hôtel rappelant l’Overlook Hotel de Shining et multiplie clins d’oeils (dont un évident à 28 jours plus tard dès l’introduction) et scènes d’exposition musclées. Il en profite pour modifier les prénoms, changer la destinée des personnages, complexifier leur background et appaire un tout nouvel habillage pour en sortir une œuvre complètement inédite. Cet improbable gloubi-boulga aurait pu être indigeste mais relève l’intérêt du lecteur blasé que je suis par des scènes d’action assez vives et un très joli sens du découpage par vignettes donnant un cachet cinématographique des plus nerveux tout en rendant l’ensemble extrêmement aisé à suivre. On peut rapprocher cette adaptation du travail de Péru et Cholet sur leur « Zombies » davantage d’un Walking Dead sans que le présent récit empiète à la fois sur cette œuvre voisine ni sur le film dont on s’inspire. L’exploration de l’hôtel dans le derniers tiers de ce premier tome a su recréer le stress des premières parties de Resident Evil dans son manoir délabré. Pour sûr, Istin a bien compris la mécanique et rend une œuvre joliment nostalgique et innovante de ses passions pour le genre. Belle synthèse divertissante, cette nuit des morts vivants devrait plaire et rencontrer son public sans abuser de scènes trop dérangeantes, les auteurs sachant ménager leur suspens par quelques touches subtiles ménageant notre curiosité et appeler à un tome 2 très attendu, qui je l’espère, transformera les espoirs de cette jolie introduction. A noter une très jolie couverture de Ronan Toulhoat pour emballer le tout ! EDIT APRES LECTURE DES 3 TOMES : Partant sur d'autres bases que le film culte de Romero et en offrant une variation, Istin nous offre une énième pantalonnade zombiesque qui se lit avec grand plaisir comme un divertissement du samedi soir en rappelant à notre mémoire des personnages de Resident Evil (Albert Wesker), une furie pyromane et malsaine (Crossed) et aussi Herbert West de Lovecraft. Ce gloubi boulga fort éloigné d'une adaptation contemporaine de Romero comme aimerait nous le vendre le 4ème de couverture pourrait être tout simplement indigeste mais s'avère aussi palpitant qu'un tome de Zombies Néchrologies allongé sur plusieurs tomes et au demeurant fort fun. Les dessins d'Elia Bonetti ajoutent un découpage comics très agréable et la partie de cache cache dans un grand hôtel est assez bien exploitée pour susciter la lecture. Dommage que certains détails soient occultés mais les planches restent vraiment très agréables pour la rétine. En résulte une trilogie complète peu ambitieuse mais efficace sur un thème rebattu sans prise de risques (comprenez qu'il n'y a rien de nouveau dans l'univers battu et rabâché des zombies) mais qu'on tient une histoire complète haletante à défaut d'être subtile. Et vu le nombre de bds zombies ringardes, c'est déjà beaucoup.
Geisha ou Le jeu du shamisen
J'ai beaucoup apprécié la lecture de cette BD. Un univers en noir et blanc aux dessins sobres mais justes. Le fil de l'histoire se déroule tout en retenue et nous plonge dans le Japon des années 1920. On prend beaucoup de plaisir à suivre l'évolution de cette petite fille qui découvre le monde des geishas.