S’il y a bien un point sur lequel le titre ne trompe pas, c’est ce « Il fallait » car, dès le début de ma lecture, j’ai senti ce besoin, cette nécessité pour l’autrice, Aude Mermilliod, de parler de son expérience, de son ressenti sur l’avortement. Avortement qu’elle a vécu dans sa chair, dans son âme.
Alors, et même si en ma qualité d’homme je crains de ne pas pouvoir totalement partager le ressenti de l’autrice, je ne peux qu’être admiratif sur sa démarche. Une démarche honnête et sincère, un témoignage qui pourra sans doute aider d’autres personnes confrontées au même choix (car cela reste un choix et devrait pouvoir toujours et en toutes circonstances rester un choix individuel). Aude Mermilliod nous relate donc le long processus qui l’a menée depuis la découverte du fait qu’elle était enceinte jusqu’après son avortement. Ce choix individuel et douloureux, cette expérience de vie que personne ne souhaite devoir faire un jour mais face à laquelle elle n’a pas fui.
La deuxième partie du récit nous permet de découvrir un médecin qui pratique l’avortement. Son parcours de vie, les motivations de ses choix, la manière dont il a évolué au fil de ses expériences : tout est à nouveau raconté avec beaucoup de naturel et de simplicité, mettant l’accent sur l’humain.
La narration est fluide, le dessin sans fioritures recentre l’attention sur le sujet et sur les mots. Les sentiments, les questionnements sont le cœur même du récit et ces témoignages d’une grande sincérité ne sont ni larmoyants, ni sinistres, ni trop techniques. L’humain est ici mis en avant et ce livre pourra, je l’espère, aider d’autres femmes confrontées à ce choix et d’autres médecins amenés à les soutenir et à les aider.
Un livre très certainement nécessaire pour son autrice, et utile pour oser sortir ce sujet des tabous qui l’entourent.
A lire !
L’album a été classé dans la catégorie « humour », mais ne vous attendez pas à éclater de rire en le lisant, ce n’est pas un pastiche déconne (je l’aurais plutôt mis en « inclassable », mais bon). Même si je dois dire que les petits clins d’œil humoristiques disséminés tout au long de l’histoire sont plutôt sympas, et bien vus.
C’est un album au petit format avec une importante pagination, et qui est très vite lu. D’abord parce qu’il n’y a que deux cases par page, mais aussi car c’est quasiment muet – seuls quelques mots (titres, interjection – jamais de dialogue, voire de phrase) s’invitent. Ensuite parce qu’il est intéressant.
Pour ajouter à l’univers médiéval construit par l’auteur, tous les termes sont en latin (il y en a peu, et tout est traduit dans un lexique en fin d’album).
C’est qu’on a là une histoire qui singe un peu l’univers médiéval, mais qui pour cela a bâti quelque chose de « crédible », avec une omniprésence de l’Eglise, de la religion, des peurs eschatologiques, de la crainte de l’enfer, de l’envie du paradis.
Et surtout, la présence de créatures mythiques, qui côtoient des hommes, comme certains documents médiévaux nous le montrent, donnent de la crédibilité, tout en ajoutant une touche poétique non négligeable.
En tout cas, les lecteurs curieux doivent jeter un coup d’œil à cet album, dont la lecture se révèle rafraichissante.
Note réelle 3,5/5.
Cet album nous présente plusieurs artistes hors normes. De ces gens qui ont créé une œuvre personnelle, unique, impossible à relier à d’autres courants. Sortis de nulle part, et surtout pas des traditionnelles académies d’art, ils ont connu le succès un peu par hasard, parfois parce qu’ils ont été perçus comme des phénomènes de foire ou grâce à l’aura fantastique qui entourait leurs œuvres.
Il s’agit donc de courtes biographies, animées par une voix off ou par une narration à la première personne puisque chaque artiste se présente par lui-même, encouragé par les autres à se dévoiler. Cette manière de faire permet d’apporter de la vie à ce récit, de le rendre plus simple, plus humain. les différents récits sont ainsi reliés les uns aux autres, de sorte que la structure se situe entre un assemblage de courts récits et un seul long récit composé de plusieurs chapitres.
Le dessin, assez brut, va dans le même sens que la narration, préférant accentuer l’émotion, l’humanité des personnages plutôt que de chercher à reproduire avec une exactitude photographique leurs traits ou leurs œuvres.
Hormis l’histoire du facteur Cheval, que je connaissais, les autres récits m’ont permis de découvrir des artistes dont j’ignorais tout. Des personnages toujours étonnants, dont on ne saurait dire s’ils étaient pleinement sincères ou s’il y avait derrière leurs dires une volonté d’embellir la vérité en l’emballant dans un nuage de mystère et d’ésotérisme. Qu’importe ! J’ai vraiment aimé cette lecture… sans être fasciné par les œuvres présentées (même si j’y trouve quelque chose de différent et par là même intéressant). Ces artistes, affranchis de toutes contraintes (de mode, de courant artistique, ou pour être plus vendeurs), dégagent une telle sincérité dans leurs démarches qu’ils deviennent immédiatement sympathiques à mes yeux. Des illuminés, des fous, des malades mentaux… sans doute, oui ! Mais ce qui les rendait différents des autres, ils l’ont mis au service de l’art. Un art unique que l’on peut trouver laid ou quelconque ou sans intérêt… mais de l’art quand même, venu de leur monde intérieur dans lequel ils pouvaient se réfugier, s’enfuir, vivre, s’exprimer, quand bien même certains d’entre eux étaient enfermés derrière des barreaux (d’où le titre de l’album).
A lire par tous ceux que l’art intéresse et qui ne sont pas rebutés par les biographies (surtout que dans le cas présent, ces biographies sont tout sauf lourdes et académiques). Et j’invite chaleureusement les autres à y jeter un œil tant ces personnages valent la peine qu’on leur consacre quelques minutes de sa vie, rien que pour le simple plaisir de les rencontrer.
Avant toutes choses, je dois dire que j’ai aimé cette aventure de « Blake et Mortimer » ou de plutôt celle de Mortimer tant le capitaine (non, le colonel, l’agent du l’intelligent service ayant pris du galon) Blake ne joue qu’un rôle assez minime ici.
Je ne suis pas un spécialiste de Schuiten et de ses « Cités obscures » (j’ai seulement un très bon souvenir de "la fièvre d’Urbicande" ) mais j’ai vraiment apprécié son style de dessin hachuré appliqué aux héros imaginés par Jacobs. D’ailleurs, je n’ai de cesse d’admirer les cases dans le format à l’italienne (8000 exemplaires) qui rend parfaitement hommage à son travail, et j’attends donc avec impatience l’édition en noir et blanc prévue en fin d’année. Collectionneur dans l’âme, je n’ai pas résisté non plus à l’achat de l’édition canalbd, limitée à 2000 exemplaires.
Il faut souligner le travail remarquable de Laurent Durieux sur les couleurs qui sont plus que réussies sur cet album. C’est d’ailleurs ce qui frappe, outre de dessin, dans cet opus : la qualité des couleurs !
Si graphiquement l’ouvrage dépasse mes attentes, le scénario est plus proche de l’univers des «Cités obscures» que de celui de Jacobs, à mon avis, même si, parait-il que le créateur de Blake et Mortimer avait songé à une aventure se déroulant au palais de justice de Bruxelles. Schuiten se paye même le luxe de placer sa fameuse locomotive "12, la douce" dans cet album.
Avec ces rayonnements mystérieux menaçants la survie de l’univers, Schuiten, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig nous entraînent dans une aventure qui oscille sans cesse entre ésotérisme et fantastique, le tout en faisant le lien avec « Le Mystère de la Grande Pyramide ». Bref je pense qu’EP Jacobs n’aurait pas renié complétement ce scénario. Certes, on s’éloigne parfois des codes jacobiens comme l’épisode de Mortimer en parachute, Mortimer avec un chien et enfin l’éloignement de Blake et Mortimer, vivant à présent leur vie bien séparément et ayant parfois des dialogues à fleuret moucheté, mais dans l’ensemble, le récit tient en haleine le lecteur.
Depuis l’achat de cet album, je l’ai lu deux fois, dont l’une dans le format à l’italienne qui est un régal pour les yeux.
Grand admirateur de Blake et Mortimer canal historique, je suis séduit par ce one shot de Schuiten qui signe là le dernier album de sa longue carrière, et qui ne trahit en rien l’esprit de Jacobs, bref une réussite.
Monsieur Schuiten tire sa révérence avec un excellent album.
La plupart des auteurs de mangas réputés n’ont qu’un seul chef d’œuvre dans leur carrière, l’histoire qui est vue comme étant la meilleure de leur travail. Yumi Tamura peut de son côté se targuer d’en avoir deux. Après la fin de son autre succès Basara, l’autrice passe quelques années à produire des histoires courtes, dont Chicago, une histoire en 2 tomes. En 2002, 7 Seeds a commencé à être publiée dans le Betsucomi (de Shogakukan), avant de passer dans le magazine Flowers quelques mois plus tard ; la publication de la série s’est achevée en 2017 et est compilée en 35 tomes plus un tome bonus sorti en janvier 2018 au Japon.
Si vous n’avez pas aimé Basara, vous pouvez quand même tenter de lire cette série, car elles n'ont aucun rapport entre elles, certaines personnes n’ayant pas aimé Basara adorent 7 Seeds et inversement ; ici il s'agit un survival-horror dans un monde post-apocalyptique où la civilisation a disparu. Dans les premiers tomes nous sont présentés les différentes équipes (au nombre de cinq), qui se réveillent de leur cryogénisation pour faire face au nouveau monde habitable (ou presque habitable). Mais les équipes ne sont pas réveillées en même temps, certaines le sont trois ans ou même quinze ans avant les autres, et la cryogénisation ne se passe pas bien pour tout le monde ; certains personnages restent dans le coma alors que d’autres n’ont simplement pas survécu au processus. Par exemple on ne sait même pas si Arashi et Hana se sont réveillés à la même époque ; si ce n’est pas le cas cela pourrait donner des moments déchirants par la suite.
Un travail colossal est effectué sur la psychologie des différents personnages et leur manière d’appréhender ce nouveau monde, et le scénario en lui-même est très mystérieux et ambitieux. A la lecture du tome 1 on ne sait pas vraiment vers quoi l’histoire se dirige, et c’est appréciable, cela change des récits qui nous offre toute l’intrigue sur un plateau dès le début. Il y a également des moments surprenants, effrayants, des morts, des larmes. Trois flashbacks parsèment les 10 premiers tomes de la série et ils sont tous très tristes, préparez vous à verser des larmes. 7 Seeds est une aventure colossale qui vous prend aux tripes et vous écrase par sa grandeur. On peut presque sentir le monde meurtri grondant à travers les pages.
Concernant la publication en France, elle est chaotique : Pika a publié les 10 premiers tomes entre 2008 et fin 2010, sans faire la moindre publicité, puis a mis la publication en sommeil pendant des mois avant d’annoncer l’arrêt de publication de la série en mai 2012, rendant les lecteurs de la série très mécontents. Honteux de la part d’un éditeur qui possède des mastodontes du marché comme Fairy Tail et qui avait donc largement les moyens de poursuivre une série aux ventes pas assez élevées à leur goût. De plus même si la traduction est bonne, le reste de l’édition de la série est exécrable, avec un papier de mauvaise qualité très fin et qui jaunit à la vitesse de l’éclair. L’autre erreur de l’éditeur a été de travestir la série en seinen alors qu’il s’agit d’un shojo, soit-disant pour augmenter les ventes, mais cela n’a contribué qu’à rendre la série invisible en librairie (et perpétuer le cliché selon lequel les shojos parlent uniquement d’amour ou d’histoires de lycéens). De son côté au Japon la série a eu un grand succès et s’est terminée avec 35 tomes plus un tome bonus contenant des histoires annexes (mais si vous connaissez Yumi Tamura, vous savez que ses histoires annexes ne sont jamais du remplissage et sont d’aussi bonne qualité que l’histoire principale).
La série est de nouveau dans l’actualité car une adaptation animée du manga va sortir sur Netflix le 28 Juin 2019. Espérons que cette adaptation donne envie à un éditeur français de reprendre la série, et d’enfin lui réserver le traitement qu’elle mérite. En tout cas, si vous tombez par hasard sur ces dix tomes, prenez-les et lisez-les, vous ne le regretterez pas. Ils forment en fait une introduction à la série en présentant les vies, les psychologies et les drames de ceux qui seront les différents acteurs de l’histoire. C’est une expérience qu’il faut vivre, même si elle est incomplète dans nos contrées.
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin)
Goulwen, 8 ans, vit en Bretagne avec sa maman, une jeune femme moderne, et sa grand-mère, une authentique bigoudène, un peu méchante il faut bien le dire.
Ils vivent en bord de mer. C'est d'ailleurs sur la plage que Goulwen, en s'y promenant en solitaire, découvre une jeune asiatique sensiblement du même âge que lui, vraisemblablement une japonaise, échouée avec son petit voilier dans un piteux état. Elle est inconsciente, à moitié noyée. Goulwen réussit à la ranimer, et c'est là que démarre l'aventure. Car c'est dans une véritable aventure que Stanis… Stan Silas nous emporte. La gamine s'exprime dans une langue que Goulwen ne comprend pas, évidemment. Le "médecin" du village arrive à déterminer que c'est une étrangère (woow, perspicace le gars), à quoi Goulwen rétorque "du Morbihan ou des Côtes d'Armor ?". Le ton est donné, vous l'aurez compris les dialogues sont bourrés d'humour, le scénario est plein de finesse, cette trilogie est un véritable régal, un bonbon que l'on suce plutôt que l'on croque pour faire durer le plaisir.
Mémé a deux amies également bigoudènes, et ces trois là ont une idée derrière la tête.
Stan Silas réussit ce tour de force de mêler le folklore breton à l'insertion de la petite asiatique dans son nouveau monde, alors que des bribes de mémoires sur sa vie de l'autre côté de l'océan lui reviennent au fil des jours. Tout cela avec un vrai scénario fort intriguant et un humour omniprésent. Nous avons même droit à un rebondissement, tendre et cocasse à la fois. L'auteur a une créativité débordante et qualitative. Il nous délivre un panel de personnages secondaires tous plus sympathiques les uns que les autres (même si certains ne le sont pas trop, sympathiques), on s'y attache, prend plaisir à les retrouver, un vrai bonheur. Il fallait oser ce mixage nippo-breton, Stan Silas l'a fait ; plus difficile, il fallait réussir cette alchimie, il a accompli la mission avec brio.
Malgré un dessin assez simple, du genre de celui qu'on voit dans des BD plutôt humoristiques, mâtiné d'un esprit manga, l'auteur réussit à bien nous transmettre les émotions des personnages (la mère de Goulwen est terrible :D ). Le trait est tonique, les scènes d'action bien rendues, les couleurs bien choisies, l'adéquation parfaite avec le propos.
Rares sont les auteurs qui réussissent la prouesse de manier aussi bien la plume et le pinceau, Bourgeon est un maître en la matière pour moi (que je n'ai pas encore eu l'occasion d'aviser, d'ailleurs), Stan Silas est de ceux-là.
Mon premier 5* pour ce petit bijou de série que je ne peux que vous encourager à découvrir, et que je prendrai plaisir à relire dans quelques années.
18 / 20
En voilà une très bonne surprise ! Cet album pétri de références et autres clins d'oeil réalisé de bout en bout par Colo (que je découvre avec cet opus) force le respect ! C'est un thriller prenant qu'on ne lâche pas avant de parvenir à la fin de ses 380 pages !
Alors oui, on peut y trouver un petit air de V pour Vendetta revisité, une petite touche d'apocalypse très en vogue en ce moment, des traits un peu forcés sur certains points du scénarios ou des partis pris un peu radicaux. Mais alors ? Si c'est très bien mené, pourquoi bouder son plaisir ? Car autre point fort, c'est l'originalité du dessin, très personnel et qui ajoute à la singularité de cet album. Surpris à la lecture des première page, j'ai vite été happé par ce trait un peu forcé mais très dynamique et sa colorisation particulière. C'est ensuite ce découpage très cinématographique et la narration menée tambour battants qui nous tient en haleine jusqu'à la fin !
Voilà un TRES bon album qui mérite plus qu'une lecture et davantage de reconnaissance ! A lire !
Après Florida, récit épique et ultra-documenté sur un épisode sanglant et tragique de la colonisation française dans le Nouveau monde, Jean Dytar s’est offert une respiration avec cet album jeunesse, qui pourra tout aussi bien plaire au plus grand nombre. En tant qu’enseignant en arts plastiques, il paraissait naturel que l’auteur lyonnais publie un tel ouvrage. Et c’est une vraie réussite !
Partie prenante du projet avec les Editions Delcourt, le Musée du Louvre ne s’y est pas trompé. Avec ces « Tableaux de l’ombre », Jean Dytar réussit à nous émerveiller en piochant dans ses souvenirs d’enfance. Marqué par une œuvre d’Anthonie Palamedes, « L’Allégorie des cinq sens », à un moment où il s’était perdu lors d’une visite du célèbre musée avec sa classe, il lui redonne une visibilité qui, selon lui, n’est pas moins justifiée que d’autres peintures. Lorsque l’auteur avait découvert les personnages des cinq petits tableaux composant l’œuvre, il se souvient qu’il s’était senti d’un seul coup moins seul, comme si une connivence s’était établie. Pour le petit Jean, ces minuscules êtres, « tout petits, tout moches », étaient littéralement vivants ! C’est donc, on l’aura compris, le point de départ de cette bande dessinée extrêmement attachante.
Très rapidement, la magie opère. Au départ figés sur leur canevas, harassés par des journées interminables suppurant l’ennui, les cinq compagnons (Le Goût, le Toucher, l’Ouïe, l’Odorat et la Vue) vont commencer, sous nos yeux ébahis, à s’animer et attendre la nuit pour sortir de leur cadre. Lassés de l’indifférence des visiteurs et du mépris de leurs congénères plus en vue, ces « exclus » vont être conduits à s’associer à d’autres, qui comme eux, n’en peuvent plus de leurs conditions de parias. La révolte gronde dans les couloirs du Louvre !
Difficile de tarir d’éloges devant cette production, tant elle se distingue par son originalité, sur la forme mais aussi sur le fond. Le trait rond et engageant de Jean Dytar, cet aspect graphique agréablement patiné, y sont pour beaucoup. La bonne idée, c’est d’avoir respecté l’échelle des personnages des tableaux, ce qui résonne avec l’univers mythologique où il est de coutume que les géants côtoient les nains… Quel bonheur également de découvrir la Joconde en femme-tronc se déplaçant en chaise roulante, telle une vieille actrice fatiguée dissimulant sa lassitude derrière ses lunettes noires ! Jean Dytar se permet même un joli clin d’œil à son confrère Marc-Antoine Mathieu dans une mise en abyme extrêmement bien trouvée dont on ne révélera rien ici…
Pour ce qui est du fond, le mérite de l’auteur de La Vision de Bacchus est de poser de façon très pertinente la question relative au succès d’une œuvre d’art, à travers notamment notre fameuse Joconde pluricentenaire. Depuis l’ « invention » des selfies, nul doute que celle-ci a vu sa cote de popularité grimper. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de ses buzz incessants, on peut légitimement se demander si les gens viennent l’admirer juste parce qu’elle est célèbre ou en raison de ses qualités artistiques… La réponse se trouve hélas en grande partie dans la question… De façon à la fois ingénieuse et espiègle, Jean Dytar va remettre tout cela en perspective, masquant derrière l’humour ce constat quelque peu navrant…
Néanmoins, si l’on veut voir le bon côté des choses, c’est que ce petit album très ludique, qui regorge de trouvailles et de références, pourrait bien amener le jeune public à s’intéresser à l’art en franchissant les portes du Louvre. De plus, Monsieur Dytar ne prend pas ses lecteurs pour des crétins. Il a su au contraire allier pédagogie et légèreté, se gardant bien de donner des leçons de bon goût. On pourrait même se dire qu’ils en ont de la chance, ses élèves ! Une fois de plus, cet auteur a su convaincre de son talent avec ces « Tableaux de l’ombre », son quatrième opus, dans une biblio qui ne compte aucun faux pas. Un coup de cœur à découvrir de toute urgence !
Après le magnifique La Malédiction de Gustave Babel qui ouvrait le bal des récit des contes de la Pieuvre, Gess récidive avec un deuxième album évoluant dans ce même univers du Paris de la fin du XIXe.
Période de transition par excellence où l'Histoire et les histoires s’entremêlent, Gess joue de ce dense tissu historique français pour nous concocter un univers singulier d'une grande richesse. Ce sont d'abord tout ces personnages d'une grande richesse et profondeur dont certains possèdent des talents incroyables. Cette petite touche de fantastique donne à l'ensemble toute sa cohésion et son originalité en jouant sur les légendes urbaines en nous embarquant dans une histoire forte et sanglante où les familles des principaux protagonistes vont y laisser plus que quelques plumes...
Le rythme est soutenu, la narration prenante, on est vite embarqué dans cette histoire d'enlèvement où Emile Farges notre héros va devoir sortir de sa zone de confort pour sauver sa famille. Les digressions sur les passés des personnages qui ponctuent l'album viennent donner de l'épaisseur à l'ensemble sans parasiter pour autant l'ensemble. Du point de vue graphique Gess affirme son style dans un écrin bien pensé et soigné qui donne à sa BD toute la tenue nécessaire pour notre plus grand plaisir.
Un très bon moment de lecture que je ne peu qu'encourager à lire !
Traiter de la genèse des Super-héros n'est pas une entrée inédite en la matière notamment depuis les années 80 et l'école Moore-Miller et leurs œuvres fondatrices respectives.
Pourtant la scénariste Loo Hui Phang propose un point de vue audacieux en s’immisçant dans le quotidien d'un loser qui a tout loupé, de sa vie familiale sur le point d'imploser et d'un quotidien professionnel écrasant et pessimiste.
Le trait charbonneux de Hugues Micol rappelant par moments celui de Blutch appuie tout à fait un scénario anxiogène : les couleurs sont ternes afin de plomber encore plus un destin qui échappe à tout contrôle.
Un grand pouvoir engage de grandes responsabilités. C'est ici tout à fait le contraire : Paul Forvolino travaille dans une entreprise pharmaceutique à une cadence infernale. Les employés sont socialement désignés par la couleur de la blouse qu'ils portent.
Sa vie de couple n'est pas des plus sereines. Il ne voit sa gamine qu'au coucher et réchauffe régulièrement ses plats pendant que son épouse Rebecca trompe cet ennui conjugal par des pratiques libertines Sado Maso.
C'est à la suite d'une fausse manipulation à base de lichen que Paul va muer en une espèce d'être bleu rappelant Docteur Manhattan. Il lui sera par ensuite impossible de vivre normalement avec ce nouveau corps. Adieu boulot et libido, Paul va se terrer comme une bête incomprise jusqu'au déclic final qui fera de lui un héros ou un éternel solitaire ?
Malgré quelques facilités, il faut prendre Le Prestige de l'Uniforme pour ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être : un conte social d'une extrême noirceur.
Plus proche de l'adaptation de La Mouche par Cronenberg que de Spider-Man (dont Paul emprunte le masque pour cacher sa nouvelle apparence), ce récit est à la fois d'une poésie extrême avec de savoureux dialogues qu'un constat amer sur l'isolement.
Le couple Paul-Rebecca est parfaitement mis en lumière et sans concessions. Hugues Micol se révèle une fois de plus l'artiste idéal pour illustrer cette histoire. Certains de ses cadrages (notamment lors de la transformation/rêverie) sont tout simplement époustouflants. On peut regretter certains choix mais pas la direction artistique qui fait du Prestige de l'Uniforme une pépite comme on peut rarement en lire.
Dommage que la couverture de la réédition en fera fuir plus d'un, les autres lecteurs qui passeront ce cap vont se retrouver avec un condensé de dépression sous haute tension. La fin est de surcroît juste parfaite.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Il fallait que je vous le dise
S’il y a bien un point sur lequel le titre ne trompe pas, c’est ce « Il fallait » car, dès le début de ma lecture, j’ai senti ce besoin, cette nécessité pour l’autrice, Aude Mermilliod, de parler de son expérience, de son ressenti sur l’avortement. Avortement qu’elle a vécu dans sa chair, dans son âme. Alors, et même si en ma qualité d’homme je crains de ne pas pouvoir totalement partager le ressenti de l’autrice, je ne peux qu’être admiratif sur sa démarche. Une démarche honnête et sincère, un témoignage qui pourra sans doute aider d’autres personnes confrontées au même choix (car cela reste un choix et devrait pouvoir toujours et en toutes circonstances rester un choix individuel). Aude Mermilliod nous relate donc le long processus qui l’a menée depuis la découverte du fait qu’elle était enceinte jusqu’après son avortement. Ce choix individuel et douloureux, cette expérience de vie que personne ne souhaite devoir faire un jour mais face à laquelle elle n’a pas fui. La deuxième partie du récit nous permet de découvrir un médecin qui pratique l’avortement. Son parcours de vie, les motivations de ses choix, la manière dont il a évolué au fil de ses expériences : tout est à nouveau raconté avec beaucoup de naturel et de simplicité, mettant l’accent sur l’humain. La narration est fluide, le dessin sans fioritures recentre l’attention sur le sujet et sur les mots. Les sentiments, les questionnements sont le cœur même du récit et ces témoignages d’une grande sincérité ne sont ni larmoyants, ni sinistres, ni trop techniques. L’humain est ici mis en avant et ce livre pourra, je l’espère, aider d’autres femmes confrontées à ce choix et d’autres médecins amenés à les soutenir et à les aider. Un livre très certainement nécessaire pour son autrice, et utile pour oser sortir ce sujet des tabous qui l’entourent. A lire !
Sine qua non
L’album a été classé dans la catégorie « humour », mais ne vous attendez pas à éclater de rire en le lisant, ce n’est pas un pastiche déconne (je l’aurais plutôt mis en « inclassable », mais bon). Même si je dois dire que les petits clins d’œil humoristiques disséminés tout au long de l’histoire sont plutôt sympas, et bien vus. C’est un album au petit format avec une importante pagination, et qui est très vite lu. D’abord parce qu’il n’y a que deux cases par page, mais aussi car c’est quasiment muet – seuls quelques mots (titres, interjection – jamais de dialogue, voire de phrase) s’invitent. Ensuite parce qu’il est intéressant. Pour ajouter à l’univers médiéval construit par l’auteur, tous les termes sont en latin (il y en a peu, et tout est traduit dans un lexique en fin d’album). C’est qu’on a là une histoire qui singe un peu l’univers médiéval, mais qui pour cela a bâti quelque chose de « crédible », avec une omniprésence de l’Eglise, de la religion, des peurs eschatologiques, de la crainte de l’enfer, de l’envie du paradis. Et surtout, la présence de créatures mythiques, qui côtoient des hommes, comme certains documents médiévaux nous le montrent, donnent de la crédibilité, tout en ajoutant une touche poétique non négligeable. En tout cas, les lecteurs curieux doivent jeter un coup d’œil à cet album, dont la lecture se révèle rafraichissante. Note réelle 3,5/5.
Enferme-moi si tu peux
Cet album nous présente plusieurs artistes hors normes. De ces gens qui ont créé une œuvre personnelle, unique, impossible à relier à d’autres courants. Sortis de nulle part, et surtout pas des traditionnelles académies d’art, ils ont connu le succès un peu par hasard, parfois parce qu’ils ont été perçus comme des phénomènes de foire ou grâce à l’aura fantastique qui entourait leurs œuvres. Il s’agit donc de courtes biographies, animées par une voix off ou par une narration à la première personne puisque chaque artiste se présente par lui-même, encouragé par les autres à se dévoiler. Cette manière de faire permet d’apporter de la vie à ce récit, de le rendre plus simple, plus humain. les différents récits sont ainsi reliés les uns aux autres, de sorte que la structure se situe entre un assemblage de courts récits et un seul long récit composé de plusieurs chapitres. Le dessin, assez brut, va dans le même sens que la narration, préférant accentuer l’émotion, l’humanité des personnages plutôt que de chercher à reproduire avec une exactitude photographique leurs traits ou leurs œuvres. Hormis l’histoire du facteur Cheval, que je connaissais, les autres récits m’ont permis de découvrir des artistes dont j’ignorais tout. Des personnages toujours étonnants, dont on ne saurait dire s’ils étaient pleinement sincères ou s’il y avait derrière leurs dires une volonté d’embellir la vérité en l’emballant dans un nuage de mystère et d’ésotérisme. Qu’importe ! J’ai vraiment aimé cette lecture… sans être fasciné par les œuvres présentées (même si j’y trouve quelque chose de différent et par là même intéressant). Ces artistes, affranchis de toutes contraintes (de mode, de courant artistique, ou pour être plus vendeurs), dégagent une telle sincérité dans leurs démarches qu’ils deviennent immédiatement sympathiques à mes yeux. Des illuminés, des fous, des malades mentaux… sans doute, oui ! Mais ce qui les rendait différents des autres, ils l’ont mis au service de l’art. Un art unique que l’on peut trouver laid ou quelconque ou sans intérêt… mais de l’art quand même, venu de leur monde intérieur dans lequel ils pouvaient se réfugier, s’enfuir, vivre, s’exprimer, quand bien même certains d’entre eux étaient enfermés derrière des barreaux (d’où le titre de l’album). A lire par tous ceux que l’art intéresse et qui ne sont pas rebutés par les biographies (surtout que dans le cas présent, ces biographies sont tout sauf lourdes et académiques). Et j’invite chaleureusement les autres à y jeter un œil tant ces personnages valent la peine qu’on leur consacre quelques minutes de sa vie, rien que pour le simple plaisir de les rencontrer.
Blake et Mortimer - Le Dernier Pharaon
Avant toutes choses, je dois dire que j’ai aimé cette aventure de « Blake et Mortimer » ou de plutôt celle de Mortimer tant le capitaine (non, le colonel, l’agent du l’intelligent service ayant pris du galon) Blake ne joue qu’un rôle assez minime ici. Je ne suis pas un spécialiste de Schuiten et de ses « Cités obscures » (j’ai seulement un très bon souvenir de "la fièvre d’Urbicande" ) mais j’ai vraiment apprécié son style de dessin hachuré appliqué aux héros imaginés par Jacobs. D’ailleurs, je n’ai de cesse d’admirer les cases dans le format à l’italienne (8000 exemplaires) qui rend parfaitement hommage à son travail, et j’attends donc avec impatience l’édition en noir et blanc prévue en fin d’année. Collectionneur dans l’âme, je n’ai pas résisté non plus à l’achat de l’édition canalbd, limitée à 2000 exemplaires. Il faut souligner le travail remarquable de Laurent Durieux sur les couleurs qui sont plus que réussies sur cet album. C’est d’ailleurs ce qui frappe, outre de dessin, dans cet opus : la qualité des couleurs ! Si graphiquement l’ouvrage dépasse mes attentes, le scénario est plus proche de l’univers des «Cités obscures» que de celui de Jacobs, à mon avis, même si, parait-il que le créateur de Blake et Mortimer avait songé à une aventure se déroulant au palais de justice de Bruxelles. Schuiten se paye même le luxe de placer sa fameuse locomotive "12, la douce" dans cet album. Avec ces rayonnements mystérieux menaçants la survie de l’univers, Schuiten, Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig nous entraînent dans une aventure qui oscille sans cesse entre ésotérisme et fantastique, le tout en faisant le lien avec « Le Mystère de la Grande Pyramide ». Bref je pense qu’EP Jacobs n’aurait pas renié complétement ce scénario. Certes, on s’éloigne parfois des codes jacobiens comme l’épisode de Mortimer en parachute, Mortimer avec un chien et enfin l’éloignement de Blake et Mortimer, vivant à présent leur vie bien séparément et ayant parfois des dialogues à fleuret moucheté, mais dans l’ensemble, le récit tient en haleine le lecteur. Depuis l’achat de cet album, je l’ai lu deux fois, dont l’une dans le format à l’italienne qui est un régal pour les yeux. Grand admirateur de Blake et Mortimer canal historique, je suis séduit par ce one shot de Schuiten qui signe là le dernier album de sa longue carrière, et qui ne trahit en rien l’esprit de Jacobs, bref une réussite. Monsieur Schuiten tire sa révérence avec un excellent album.
7 Seeds
La plupart des auteurs de mangas réputés n’ont qu’un seul chef d’œuvre dans leur carrière, l’histoire qui est vue comme étant la meilleure de leur travail. Yumi Tamura peut de son côté se targuer d’en avoir deux. Après la fin de son autre succès Basara, l’autrice passe quelques années à produire des histoires courtes, dont Chicago, une histoire en 2 tomes. En 2002, 7 Seeds a commencé à être publiée dans le Betsucomi (de Shogakukan), avant de passer dans le magazine Flowers quelques mois plus tard ; la publication de la série s’est achevée en 2017 et est compilée en 35 tomes plus un tome bonus sorti en janvier 2018 au Japon. Si vous n’avez pas aimé Basara, vous pouvez quand même tenter de lire cette série, car elles n'ont aucun rapport entre elles, certaines personnes n’ayant pas aimé Basara adorent 7 Seeds et inversement ; ici il s'agit un survival-horror dans un monde post-apocalyptique où la civilisation a disparu. Dans les premiers tomes nous sont présentés les différentes équipes (au nombre de cinq), qui se réveillent de leur cryogénisation pour faire face au nouveau monde habitable (ou presque habitable). Mais les équipes ne sont pas réveillées en même temps, certaines le sont trois ans ou même quinze ans avant les autres, et la cryogénisation ne se passe pas bien pour tout le monde ; certains personnages restent dans le coma alors que d’autres n’ont simplement pas survécu au processus. Par exemple on ne sait même pas si Arashi et Hana se sont réveillés à la même époque ; si ce n’est pas le cas cela pourrait donner des moments déchirants par la suite. Un travail colossal est effectué sur la psychologie des différents personnages et leur manière d’appréhender ce nouveau monde, et le scénario en lui-même est très mystérieux et ambitieux. A la lecture du tome 1 on ne sait pas vraiment vers quoi l’histoire se dirige, et c’est appréciable, cela change des récits qui nous offre toute l’intrigue sur un plateau dès le début. Il y a également des moments surprenants, effrayants, des morts, des larmes. Trois flashbacks parsèment les 10 premiers tomes de la série et ils sont tous très tristes, préparez vous à verser des larmes. 7 Seeds est une aventure colossale qui vous prend aux tripes et vous écrase par sa grandeur. On peut presque sentir le monde meurtri grondant à travers les pages. Concernant la publication en France, elle est chaotique : Pika a publié les 10 premiers tomes entre 2008 et fin 2010, sans faire la moindre publicité, puis a mis la publication en sommeil pendant des mois avant d’annoncer l’arrêt de publication de la série en mai 2012, rendant les lecteurs de la série très mécontents. Honteux de la part d’un éditeur qui possède des mastodontes du marché comme Fairy Tail et qui avait donc largement les moyens de poursuivre une série aux ventes pas assez élevées à leur goût. De plus même si la traduction est bonne, le reste de l’édition de la série est exécrable, avec un papier de mauvaise qualité très fin et qui jaunit à la vitesse de l’éclair. L’autre erreur de l’éditeur a été de travestir la série en seinen alors qu’il s’agit d’un shojo, soit-disant pour augmenter les ventes, mais cela n’a contribué qu’à rendre la série invisible en librairie (et perpétuer le cliché selon lequel les shojos parlent uniquement d’amour ou d’histoires de lycéens). De son côté au Japon la série a eu un grand succès et s’est terminée avec 35 tomes plus un tome bonus contenant des histoires annexes (mais si vous connaissez Yumi Tamura, vous savez que ses histoires annexes ne sont jamais du remplissage et sont d’aussi bonne qualité que l’histoire principale). La série est de nouveau dans l’actualité car une adaptation animée du manga va sortir sur Netflix le 28 Juin 2019. Espérons que cette adaptation donne envie à un éditeur français de reprendre la série, et d’enfin lui réserver le traitement qu’elle mérite. En tout cas, si vous tombez par hasard sur ces dix tomes, prenez-les et lisez-les, vous ne le regretterez pas. Ils forment en fait une introduction à la série en présentant les vies, les psychologies et les drames de ceux qui seront les différents acteurs de l’histoire. C’est une expérience qu’il faut vivre, même si elle est incomplète dans nos contrées.
Biguden
(Avertissement : j'accorde toujours plus d'importance au scénario qu'au dessin) Goulwen, 8 ans, vit en Bretagne avec sa maman, une jeune femme moderne, et sa grand-mère, une authentique bigoudène, un peu méchante il faut bien le dire. Ils vivent en bord de mer. C'est d'ailleurs sur la plage que Goulwen, en s'y promenant en solitaire, découvre une jeune asiatique sensiblement du même âge que lui, vraisemblablement une japonaise, échouée avec son petit voilier dans un piteux état. Elle est inconsciente, à moitié noyée. Goulwen réussit à la ranimer, et c'est là que démarre l'aventure. Car c'est dans une véritable aventure que Stanis… Stan Silas nous emporte. La gamine s'exprime dans une langue que Goulwen ne comprend pas, évidemment. Le "médecin" du village arrive à déterminer que c'est une étrangère (woow, perspicace le gars), à quoi Goulwen rétorque "du Morbihan ou des Côtes d'Armor ?". Le ton est donné, vous l'aurez compris les dialogues sont bourrés d'humour, le scénario est plein de finesse, cette trilogie est un véritable régal, un bonbon que l'on suce plutôt que l'on croque pour faire durer le plaisir. Mémé a deux amies également bigoudènes, et ces trois là ont une idée derrière la tête. Stan Silas réussit ce tour de force de mêler le folklore breton à l'insertion de la petite asiatique dans son nouveau monde, alors que des bribes de mémoires sur sa vie de l'autre côté de l'océan lui reviennent au fil des jours. Tout cela avec un vrai scénario fort intriguant et un humour omniprésent. Nous avons même droit à un rebondissement, tendre et cocasse à la fois. L'auteur a une créativité débordante et qualitative. Il nous délivre un panel de personnages secondaires tous plus sympathiques les uns que les autres (même si certains ne le sont pas trop, sympathiques), on s'y attache, prend plaisir à les retrouver, un vrai bonheur. Il fallait oser ce mixage nippo-breton, Stan Silas l'a fait ; plus difficile, il fallait réussir cette alchimie, il a accompli la mission avec brio. Malgré un dessin assez simple, du genre de celui qu'on voit dans des BD plutôt humoristiques, mâtiné d'un esprit manga, l'auteur réussit à bien nous transmettre les émotions des personnages (la mère de Goulwen est terrible :D ). Le trait est tonique, les scènes d'action bien rendues, les couleurs bien choisies, l'adéquation parfaite avec le propos. Rares sont les auteurs qui réussissent la prouesse de manier aussi bien la plume et le pinceau, Bourgeon est un maître en la matière pour moi (que je n'ai pas encore eu l'occasion d'aviser, d'ailleurs), Stan Silas est de ceux-là. Mon premier 5* pour ce petit bijou de série que je ne peux que vous encourager à découvrir, et que je prendrai plaisir à relire dans quelques années. 18 / 20
Aujourd'hui est un beau jour pour mourir
En voilà une très bonne surprise ! Cet album pétri de références et autres clins d'oeil réalisé de bout en bout par Colo (que je découvre avec cet opus) force le respect ! C'est un thriller prenant qu'on ne lâche pas avant de parvenir à la fin de ses 380 pages ! Alors oui, on peut y trouver un petit air de V pour Vendetta revisité, une petite touche d'apocalypse très en vogue en ce moment, des traits un peu forcés sur certains points du scénarios ou des partis pris un peu radicaux. Mais alors ? Si c'est très bien mené, pourquoi bouder son plaisir ? Car autre point fort, c'est l'originalité du dessin, très personnel et qui ajoute à la singularité de cet album. Surpris à la lecture des première page, j'ai vite été happé par ce trait un peu forcé mais très dynamique et sa colorisation particulière. C'est ensuite ce découpage très cinématographique et la narration menée tambour battants qui nous tient en haleine jusqu'à la fin ! Voilà un TRES bon album qui mérite plus qu'une lecture et davantage de reconnaissance ! A lire !
Les Tableaux de l'ombre
Après Florida, récit épique et ultra-documenté sur un épisode sanglant et tragique de la colonisation française dans le Nouveau monde, Jean Dytar s’est offert une respiration avec cet album jeunesse, qui pourra tout aussi bien plaire au plus grand nombre. En tant qu’enseignant en arts plastiques, il paraissait naturel que l’auteur lyonnais publie un tel ouvrage. Et c’est une vraie réussite ! Partie prenante du projet avec les Editions Delcourt, le Musée du Louvre ne s’y est pas trompé. Avec ces « Tableaux de l’ombre », Jean Dytar réussit à nous émerveiller en piochant dans ses souvenirs d’enfance. Marqué par une œuvre d’Anthonie Palamedes, « L’Allégorie des cinq sens », à un moment où il s’était perdu lors d’une visite du célèbre musée avec sa classe, il lui redonne une visibilité qui, selon lui, n’est pas moins justifiée que d’autres peintures. Lorsque l’auteur avait découvert les personnages des cinq petits tableaux composant l’œuvre, il se souvient qu’il s’était senti d’un seul coup moins seul, comme si une connivence s’était établie. Pour le petit Jean, ces minuscules êtres, « tout petits, tout moches », étaient littéralement vivants ! C’est donc, on l’aura compris, le point de départ de cette bande dessinée extrêmement attachante. Très rapidement, la magie opère. Au départ figés sur leur canevas, harassés par des journées interminables suppurant l’ennui, les cinq compagnons (Le Goût, le Toucher, l’Ouïe, l’Odorat et la Vue) vont commencer, sous nos yeux ébahis, à s’animer et attendre la nuit pour sortir de leur cadre. Lassés de l’indifférence des visiteurs et du mépris de leurs congénères plus en vue, ces « exclus » vont être conduits à s’associer à d’autres, qui comme eux, n’en peuvent plus de leurs conditions de parias. La révolte gronde dans les couloirs du Louvre ! Difficile de tarir d’éloges devant cette production, tant elle se distingue par son originalité, sur la forme mais aussi sur le fond. Le trait rond et engageant de Jean Dytar, cet aspect graphique agréablement patiné, y sont pour beaucoup. La bonne idée, c’est d’avoir respecté l’échelle des personnages des tableaux, ce qui résonne avec l’univers mythologique où il est de coutume que les géants côtoient les nains… Quel bonheur également de découvrir la Joconde en femme-tronc se déplaçant en chaise roulante, telle une vieille actrice fatiguée dissimulant sa lassitude derrière ses lunettes noires ! Jean Dytar se permet même un joli clin d’œil à son confrère Marc-Antoine Mathieu dans une mise en abyme extrêmement bien trouvée dont on ne révélera rien ici… Pour ce qui est du fond, le mérite de l’auteur de La Vision de Bacchus est de poser de façon très pertinente la question relative au succès d’une œuvre d’art, à travers notamment notre fameuse Joconde pluricentenaire. Depuis l’ « invention » des selfies, nul doute que celle-ci a vu sa cote de popularité grimper. Mais à l’heure des réseaux sociaux et de ses buzz incessants, on peut légitimement se demander si les gens viennent l’admirer juste parce qu’elle est célèbre ou en raison de ses qualités artistiques… La réponse se trouve hélas en grande partie dans la question… De façon à la fois ingénieuse et espiègle, Jean Dytar va remettre tout cela en perspective, masquant derrière l’humour ce constat quelque peu navrant… Néanmoins, si l’on veut voir le bon côté des choses, c’est que ce petit album très ludique, qui regorge de trouvailles et de références, pourrait bien amener le jeune public à s’intéresser à l’art en franchissant les portes du Louvre. De plus, Monsieur Dytar ne prend pas ses lecteurs pour des crétins. Il a su au contraire allier pédagogie et légèreté, se gardant bien de donner des leçons de bon goût. On pourrait même se dire qu’ils en ont de la chance, ses élèves ! Une fois de plus, cet auteur a su convaincre de son talent avec ces « Tableaux de l’ombre », son quatrième opus, dans une biblio qui ne compte aucun faux pas. Un coup de cœur à découvrir de toute urgence !
Un destin de trouveur
Après le magnifique La Malédiction de Gustave Babel qui ouvrait le bal des récit des contes de la Pieuvre, Gess récidive avec un deuxième album évoluant dans ce même univers du Paris de la fin du XIXe. Période de transition par excellence où l'Histoire et les histoires s’entremêlent, Gess joue de ce dense tissu historique français pour nous concocter un univers singulier d'une grande richesse. Ce sont d'abord tout ces personnages d'une grande richesse et profondeur dont certains possèdent des talents incroyables. Cette petite touche de fantastique donne à l'ensemble toute sa cohésion et son originalité en jouant sur les légendes urbaines en nous embarquant dans une histoire forte et sanglante où les familles des principaux protagonistes vont y laisser plus que quelques plumes... Le rythme est soutenu, la narration prenante, on est vite embarqué dans cette histoire d'enlèvement où Emile Farges notre héros va devoir sortir de sa zone de confort pour sauver sa famille. Les digressions sur les passés des personnages qui ponctuent l'album viennent donner de l'épaisseur à l'ensemble sans parasiter pour autant l'ensemble. Du point de vue graphique Gess affirme son style dans un écrin bien pensé et soigné qui donne à sa BD toute la tenue nécessaire pour notre plus grand plaisir. Un très bon moment de lecture que je ne peu qu'encourager à lire !
Prestige de l'uniforme
Traiter de la genèse des Super-héros n'est pas une entrée inédite en la matière notamment depuis les années 80 et l'école Moore-Miller et leurs œuvres fondatrices respectives. Pourtant la scénariste Loo Hui Phang propose un point de vue audacieux en s’immisçant dans le quotidien d'un loser qui a tout loupé, de sa vie familiale sur le point d'imploser et d'un quotidien professionnel écrasant et pessimiste. Le trait charbonneux de Hugues Micol rappelant par moments celui de Blutch appuie tout à fait un scénario anxiogène : les couleurs sont ternes afin de plomber encore plus un destin qui échappe à tout contrôle. Un grand pouvoir engage de grandes responsabilités. C'est ici tout à fait le contraire : Paul Forvolino travaille dans une entreprise pharmaceutique à une cadence infernale. Les employés sont socialement désignés par la couleur de la blouse qu'ils portent. Sa vie de couple n'est pas des plus sereines. Il ne voit sa gamine qu'au coucher et réchauffe régulièrement ses plats pendant que son épouse Rebecca trompe cet ennui conjugal par des pratiques libertines Sado Maso. C'est à la suite d'une fausse manipulation à base de lichen que Paul va muer en une espèce d'être bleu rappelant Docteur Manhattan. Il lui sera par ensuite impossible de vivre normalement avec ce nouveau corps. Adieu boulot et libido, Paul va se terrer comme une bête incomprise jusqu'au déclic final qui fera de lui un héros ou un éternel solitaire ? Malgré quelques facilités, il faut prendre Le Prestige de l'Uniforme pour ce qu'il est et n'a jamais cessé d'être : un conte social d'une extrême noirceur. Plus proche de l'adaptation de La Mouche par Cronenberg que de Spider-Man (dont Paul emprunte le masque pour cacher sa nouvelle apparence), ce récit est à la fois d'une poésie extrême avec de savoureux dialogues qu'un constat amer sur l'isolement. Le couple Paul-Rebecca est parfaitement mis en lumière et sans concessions. Hugues Micol se révèle une fois de plus l'artiste idéal pour illustrer cette histoire. Certains de ses cadrages (notamment lors de la transformation/rêverie) sont tout simplement époustouflants. On peut regretter certains choix mais pas la direction artistique qui fait du Prestige de l'Uniforme une pépite comme on peut rarement en lire. Dommage que la couverture de la réédition en fera fuir plus d'un, les autres lecteurs qui passeront ce cap vont se retrouver avec un condensé de dépression sous haute tension. La fin est de surcroît juste parfaite.