Les derniers avis (9708 avis)

Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Mur de Pan
Le Mur de Pan

J'avais une grande envie de lire cette BD qui est si bien notée sur BDthèque mais qui est presque inconnue en dehors (et même sur BDthèque, finalement ...). Et surtout, une BD qui n'a pas marqué plus que cela vu le temps passé depuis sa sortie (et après lecture je n'aurais pas cru qu'elle était si vieille, presque trente ans !). D'autant que l'auteur n'a rien fait et que j'aurais beaucoup aimé découvrir un nouvel opus de cet auteur atypique. Et au final ... Eh bien je suis vraiment émerveillé ! Enfin, plutôt surpris, la surprise étant le maître mot de cette série selon moi. Une surprise qui est venue de partout, à commencer par ce dessin très serré, presque trop d'ailleurs. Il faut souvent plisser des yeux pour arriver à bien lire les cases, et plusieurs d'entre elles sont chargées. Mais cela n'empêche pas le dessin de trouver une certaine grâce, une élégance (quoique j'ai cru remarquer que l'auteur aimait un peu trop les profils de ses personnages, heureusement ça s'améliore au fur et à mesure du temps) qui rajoute beaucoup à l'ensemble. Et je ne parle pas de l'ambiance qui est distillée par ce dessin dans des teintes plutôt sombres, avec des foisonnements d'idées dans les décors, les personnages et les visuels. Un mélange de SF et de fantasy, rehaussé de trouvailles architecturales. Mais un mélange qui arrive à ne pas sembler brouillon ni saugrenu. Et pourtant il y aurait eu moyen d'être rapidement blasé visuellement. C'est rempli de petits détails que j'ai pris plaisir à trouver, et je ne doute pas que j'en trouverai plein d'autres à la relecture. Niveau histoire, c'est bien plus corsé que je l'aurais pensé au premier tome. Bien que le triptyque offre une conclusion satisfaisante à l'histoire, elle aura beaucoup évolué depuis la trame annoncée au début, et j'en suis assez satisfait. C'est surprenant à ce niveau-là, parce que l'intrigue explorait des pistes déjà vues en terme de prophéties, d'histoire d'amour en construction ou de méchants qui reviennent de leurs retraites, et pourtant tout va évoluer selon une logique différente. L'auteur va prendre le temps de développer son histoire de manière très rapide, en un seul tome il se passe une quantité de choses incroyable qui rajoutent autant en densité du monde qu'en densité des personnage. Et même si je n'ai pas tout compris, notamment au niveau des doubles suboniriques, j'ai adoré les possibilités que l'auteur s’octroie, et le fait que l'ensemble s'articule parfaitement. Le mélange de dieux anciens (ou quelque chose dans le genre), conflit entre nations, déesse mythiques, élue, quête d'immortalité, conditions de populations inférieures, magie et technologie, il y a moyen de créer une soupe indigeste. Et pourtant je suis sous le charme de ce qui s'apparente à un conte étonnant. Le mélange des genres ne semble absolument pas indigeste, mais fait naviguer dans un mélange de fable ou de conte, et un ajout de quelque chose de moderne. C'est assez inexplicable, d'autant que l'humour est bien présent, qu'on a quelques personnages bien trouvés comme le pirate à grande gueule mais sympathique ou le bandit dramaturge. C'est surtout cette narration qui tient à différentes choses que je trouve réellement merveilleuses, dans le sens où elle fait sentir quelque chose de merveilleux, d'irréel, de l'ordre du conte. La narration m'a tenu en haleine suffisamment pour que je dévore les trois tomes en une nuit au lieu de dormir, et pourtant la lenteur de la lecture aurait pu me ralentir. Mais quelque chose, une de ces inexplicables forces, travers ce récit et m'a tenu jusqu'au bout. Et j'aime ce genre de choses. Je ne suis pas aveugle à quelques défauts de la BD, au niveau des dessins où l'on se demande parfois si l'auteur n'a pas du mal à faire autre chose que des profils, voir de l'histoire avec quelques pistes narratives un peu trop obscures, ou même une fin qui peut être insatisfaisante même si elle conclut toutes les trames. Mais c'est du pinaillage, parce que je me suis vraiment laissé entrainer dans une histoire qui sort des sentiers battus et qui a cette inspiration narrative qui me retient. J'ai adoré ma lecture, et je sens que c'est ce genre d'histoire que je vais devoir prendre le temps de relire, tranquillement et posément, afin d'en savourer tous les aspects. Ça faisait longtemps que je n'avais pas été plongé ainsi dans un autre monde, et chaque fois qu'une BD me le refait je redécouvre ce plaisir. Inutile de préciser que ce fut le cas ici !

13/11/2019 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Jusqu'au dernier
Jusqu'au dernier

Ces deux auteurs nous avaient livré il y a quelques années L'Héritage du Diable, une série sympathique mêlant ésotérisme avec la grande Histoire, série que j'avais beaucoup appréciée. Cette fois-ci le tandem nous revient avec un western, et quel western! Derrière une magnifique couverture, que l'on ait opté pour le tirage de luxe ou le tirage normal, nous découvrons une histoire assez inattendue. Outre un scénario qui n'est pas avare en surprises, et qui défie tout ce que l'on attendait d'un western classique, il faut souligner la qualité exceptionnelle du dessin de Paul Gastine. Quels progrès depuis L'Héritage du Diable. Avec des plans très cinématographiques (jetez un coup d’œil à la troisième case de la page 49), Gastine nous offre des planches somptueuses. Il est très à l'aise dans les scènes nocturnes, assez nombreuses dans cette histoire. J'avoue avoir choisi l'édition grand format, en tirage de luxe pour admirer le dessin. J'attendais depuis plusieurs mois la sortie de cet album, après avoir découvert quelques planches sur certains sites, et mon attente a été à la hauteur de ce que j'espérais. Car ce one shot, il faut souligner qu'il s'agit d'un one-shot, est sublime. Jérôme Félix a l'habileté de nous offrir, derrière un début de scénario somme toute assez classique, souvent traité au cinéma (le déclin des cow-boys et l'émergence du chemin de fer) une histoire d'amitié, d'engagement qui va virer au cauchemar. J'ai déjà relu cet album deux fois tant cette histoire m'a enthousiasmé, et je vous invite à découvrir ce one-shot, qui, avec Les Indes fourbes sera à mon avis, un des meilleurs albums de cette année.

12/11/2019 (modifier)
Par Josq
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Mésaventures de Minouche
Les Mésaventures de Minouche

Personnage apparu dans les pages de "Récréation", supplément hebdomadaire du quotidien belge "La dernière heure", Minouche est un des tout premiers personnages créés par Greg, puisqu'il s'y anime de 1956 à 1958. Jamais publié en album, il faut attendre que les éditions Pan Pan s'en emparent pour créer cet album sorti en 2012. Reprenant l'édition originale de ces histoires, la qualité visuelle de l'album est parfois inégale, notamment à cause d'une colorisation pas toujours très performante. Il n'empêche que cela permet de goûter une petite rareté, témoin historique des premiers pas d'un futur génie de la bande dessinée. Bien évidemment, ici, rien d'absolument incontournable. Achille Talon, Olivier Rameau, Les As, Rock Derby ou Zig et Puce sont encore un peu loin, mais il n'empêche qu'on trouve déjà les germes de l'humour à la Greg. Certains gags sont ici certes bien trop sages, mais d'autres titillent déjà bien les zygomatiques. Dans un humour anticipant à la fois Boule et Bill, Modeste et Pompon ou César et Ernestine, Greg s'amuse à varier les gags dans un cadre urbain, jouant à la fois sur les relations familiales, amicales et de voisinage. Quelques idées originales montrent déjà le talent à venir du grand auteur dont on assiste ici à la naissance artistique. Au niveau du dessin, les fans de Greg n'y retrouveront pas leurs petits, tant on a du mal à cerner la patte pourtant si caractéristique qui se déploiera plus tard dans l'oeuvre de l'auteur-dessinateur. Il n'empêche que le dessin, très traditionnel, n'a rien de désagréable, et sa simplicité ne verse pas dans le simplisme, les jeux d'expression des personnages étant déjà bien présents. Bref, rien d'incontournable, sinon pour les fans de Greg qui veulent en découvrir plus sur un de leurs auteurs favoris. Malheureusement, le prix prohibitif de cet album issu d'un tirage limité (250 exemplaires) coupe un peu sa diffusion. Reste que l'amateur de raretés pour bédéphiles y trouvera son compte.

12/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Four color fear
Four color fear

Ce recueil d'histoires horrifiques est le témoignage d'une époque révolue. Bien avant l'arrivée du Comics Code Authority qui allait freiner ce genre de publications, voici 40 histoires conçues de la même façon que celles d'EC Comics et toutes en couleur. Leur particularité ? Celle de n'avoir jamais été publiées en France d'une part et d'être bien moins célèbres. Tirées des périodiques américains des années 50, on passe du mauvais à l'excellence en passant par le très bon. On y retrouve même certains dessinateurs reconnus chez les grosses maisons d'éditions comme Wally Wood ou Joe Kubert. Il y a effectivement de quoi boire et manger mais le résultat éditorial est impressionnant. Il ne s'agit en aucun cas d'un livre qui sera lu rapidement tant son contenu parait exhaustif. Il est également important de souligner que les 4 points de couleurs donnent un cachet séduisant à tous ces récits en plus de l'inspiration du titre de cette grosse anthologie. On y retrouve même des couvertures originales au milieu de l'album sur papier glacé et un dossier des plus intéressants à lire sur la conception de ces histoires à dormir debout qui faisaient le bonheur des gamins de l'époque. S'il est certain que la majorité des récits ne fera pas de l'ombre aux célèbres Tales from the crypt, Four Color Fear est un livre absolument IN-DIS-PEN-SA-BLE pour tous les amateurs du genre mais il semble difficilement trouvable de nos jours. C'est d'autant plus dommage que ces histoires d'outre-tombe ne demandent qu'à être exhumées pour notre plus grand plaisir.

11/11/2019 (modifier)
Par Alix
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Rapport de Brodeck
Le Rapport de Brodeck

Adapter une œuvre d’un medium à un autre est souvent casse-gueule (combien de romans retranscrits en films ou séries télé déçoivent les fans ?). Les adaptations de romans en BD sont courantes (766 séries référencées sur le site au moment où j’écris ces lignes) mais l’exercice est difficile. Manu Larcenet réussit pour moi un sans-faute, et évite les pièges classiques (textes trop abondants et grosses coupures scénaristiques). Le dessin n’est pas « juste » magnifique, avec ce noir et blanc d’une précision remarquable, et ces scènes contemplatives d’une poésie rarement égalée. Non, ce qui est remarquable selon moi dans le dessin, c’est qu’il accomplit parfaitement son rôle dans l’adaptation : il capture le texte original, les descriptions, les émotions, et les retranscrit dans le medium de la BD : le dessin. Les regards et les silences en disent long, les paysages sont un personnage à part entière. Seuls les dialogues factuels ont été conservés, ce qui donne une narration légère et fluide. L’histoire de Philippe Claudel est sombre au possible, et parle de l’âme humaine, de la peur de l’autre, de la lâcheté face au danger… bref, vous voyez le tableau. Je suis ressorti de ma lecture bouleversé. « Le Rapport de Brodeck » est pour moi un diptyque parfait. Je me retrouve complètement incapable de justifier une note autre que 5/5… et je vois que je ne suis pas le seul.

11/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Notre Mère la Guerre
Notre Mère la Guerre

J’ai lu les quatre albums de la série – je m’aperçois juste en l’avisant que celle-ci a été complétée par un album « hors-série », que je n’ai donc pas lu. Mais les quatre albums forment une histoire complète (même si un petit doute peut persister à propos de certains points de l’intrigue). Et c’est avec grand plaisir que j’ai dévoré cette histoire. Qui n’est pas qu’une énième histoire de tranchées, sur la première guerre mondiale. En effet, si la boue, la fureur, la folie, la mort, la boucherie et l’horreur sont bien au rendez-vous, la guerre n’est ici parfois qu’un élément du décor. Ou devrais-je plutôt dire un personnage – central sans doute –, mais un personnage parmi d’autres. Car Kris développe au milieu de ce maelström une intrigue policière. Le personnage principal (et narrateur) étant un lieutenant de gendarmerie, enquêtant sur le meurtre de plusieurs femmes. Cela peut paraître incroyable (et d’un humour noir et cynique !) que l’on s’inquiète de la mort violente de 4 personnes, alors même qu’on en massacre des centaines de milliers au même moment et au même endroit, mais c’est hélas tout à fait crédible (voir "L’Obéissance", sur un sujet proche). Si Kris réussit parfaitement à retranscrire l’univers de cette guerre, il le fait tout aussi bien pour ce qui concerne l’enquête. Il sait en particulier très bien jouer de flash-back, pour peaufiner les diverses personnalités, mais aussi les liens qui unissent les divers protagonistes. La lecture est ainsi très fluide, et les rebondissements équilibrés, à la fois surprenants et « naturels ». Mais le succès de cette série est aussi dû au très beau dessin de Maël. Magnifique lorsqu’il s’agit de retranscrire le front et ses horreurs, mais aussi lorsqu’il s’agit de montrer les personnages, leurs émotions. Le seul bémol concerne les visages des femmes (un petit côté Hermann chez lui ?), pas vraiment jolis ! La conclusion est tout à fait raccord avec le fil rouge de ces albums, qui dénoncent l’horreur, mais aussi l’absurdité de cette guerre, en mettant en avant, si ce n’est des « gueules cassées », du moins des êtres brisés, broyés, pour des raisons oubliées, à oublier, des raisons que la raison aurait dû ignorer. A la fin, on peut même se demander si l’enquête véritable ne portait pas sur la guerre elle-même, si Kris ne nous entrainait pas dans la recherche du coupable non pas du meurtre de 4 femmes, mais de celui de 10 millions d’êtres humains ravalés au rang de compost par des Nivelle et autres fiers de comptoir ! Une série à redécouvrir !

11/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Creepshow
Creepshow

Quand on y repense, c'est assez amusant de voir un juste retour aux sources. Creepshow est un film d'horreur à sketchs écrit par Stephen King et dirigé par le regretté George A. Romero. Il ne s'agit ni plus ni moins qu'un bel hommage aux vieux comics Tales from the crypt ou Creepy. Le présent ouvrage sorti peu de temps après le film est la fidèle adaptation du film et, de surcroît, dessinée par le vieux briscard Bernie Wrightson qui a œuvré auparavant sur des séries similaires. La boucle est bouclée. On va être clair de suite : non ce n'est pas le meilleur travail de Bernie Wrightson et les histoires perdent pas mal de leur saveur lors du passage en salles vers le papier. On va être clair l'esprit reposé : Hey !!!!! Mais c'est pas si mal que cela en vérité ! La colorisation semble datée mais le tout dégage un charme kitsch nostalgique qui n'est pas pour me déplaire ! Il y a une grande faucheuse dégueu en guise de narratrice et même s'il faut bien reconnaître le côté prévisible final (qui existait déjà forcément dans le film) on passe un bon moment de lecture et de rigolade macabre !!! Effet décuplé si le lecteur n'a jamais vu la péloche (honte sur lui si tel est le cas : il sera condamné à corriger les avis de notre Gaston national ^^ ). Bref ce n'est pas un indispensable mais une belle porte d'entrée pour les anthologies horrifiques, le bouquin est de surcroit un bien bel objet alors clairement et finalement c'est un grand ooooooooouuuuuuuuiiiiiiii !

10/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Qu'importe la mitraille
Qu'importe la mitraille

On peut lire cet album sous plusieurs angles, et y trouver à satisfaire des intérêts assez différents. Et ma note paraitra peut-être trop généreuse à certains. Il n’empêche que j’ai vraiment apprécié ma lecture, et j’y ai trouvé de la fraicheur, mais aussi une présentation très éclairée et intéressante de l’évolution du « métier » d’auteur de BD, de libraire, et du paysage underground et du fanzinat. Ceux que ces sujets intéressent peuvent compléter cette lecture avec « Toutes les croûtes au coin des yeux », album intégrale publié par Tanxxx chez le même éditeur. J’ai parlé de plusieurs angles de lecture. Tout d’abord il y a l’amitié entre deux hommes, Matthias Lehmann et Nicolas Moog, que l’on voit se développer, les deux auteurs partageant beaucoup (travail et déceptions, réflexions), jusqu’à devenir presque fusionnels : en témoigne cet album-ci, écrit à quatre mains – comme leur récent « La vengeance de Croc-en-jambe » paru chez Fluide Glacial. Transparaissent aussi, au travers de leurs échanges, leur vie privée, l’évolution de leur caractère (et, légèrement, de leur « condition »). Tout cet aspect est sympathique, mais je n’aurais sans doute mis que trois étoiles si l’album n’était constitué que de ces bribes biographiques. Mais voilà, ce qui fait la richesse de cet album, c’est qu’au travers de la vie, de l’expérience de ces deux auteurs, nous découvrons le monde fourmillant de l’underground, du fanzinat et des petites maisons d’éditions, des années 1990 à nos jours. Bourré d’anecdotes – mais aussi de références à des œuvres et des auteurs plus « connus », aux à côtés d’Angoulême, etc., l’album prend toute sa force dans ce côté « historique ». C’est aussi, au travers de la trajectoire de ces deux auteurs, une réflexion sur le rôle des « vrais » libraires. Je voudrais ici, à la suite de Mattias Lehmann, dire toute mon admiration pour le travail de Jacques Noël (décédé en 2016) dans sa librairie « Le regard Moderne », véritable grotte hyper bordélique (on aurait pu croire que Gaston Lagaffe s’était chargé du rangement !), mais remplie de merveilles, de tout ce qui échappait aux circuits classiques (en terme de poésie, de BD, d’érotisme, d’écrits politiques). J’ai fréquenté énormément cette librairie dans les années 1990 entre autres (et donc j’ai dû y croiser Lehmann, mais moi ce sont surtout des plaquettes et revues de poésie que j’y cherchais à l’époque). Bref, je m’écarte du sujet – quoi que – et reviens vers cet album, autobiographique, sociologique, que les curieux, qui s’intéressent à l’arrière du décor, à la microédition, trouveront intéressant. Le ton est à l’autodérision, à la mauvaise foi assumée, la lecture – malgré certains passages avec un texte très abondant – se révèle très fluide (l’humour aide aussi). Au final, le titre prend tout son sens. Tous ses sens devrais-je plutôt dire, puisque les auteurs se moquent de recevoir des coups, et sont restés fidèles à leurs idées de jeunesse, quitte à galérer longtemps sans le sou. Note réelle 3,5/5.

10/11/2019 (modifier)
Par Blue Boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Epiphania
Epiphania

Tome 1 Ce récit fantastique, dont c'est ici le premier volet, s’ouvre sur la vie ordinaire d’un couple qui cherche à retrouver l’amour au moyen d’une thérapie de groupe sur une île déserte, alors que leur premier enfant doit bientôt venir au monde. Mais un tsunami vient balayer subitement le havre de paix où ils séjournent, et l’homme perd sa femme dans la catastrophe. De retour chez lui, il découvre dans son jardin qu’un fœtus s’apprête à sortir de terre, alors que les chaînes d’information annoncent des cas similaires dans tout le pays. D’abord révulsé par la créature, il va décider de l’adopter et l’élever. Mais comme tous les mixbodies, l’enfant grandit très vite et possède des caractéristiques physiques qui vont l’exposer au rejet de ses camarades humains dès son entrée à l’école. Si la thématique abordée ici évoque incontestablement les X-Men (ces mutants aux pouvoirs extraordinaires qui doivent se cacher pour se protéger des hommes), celle-ci est traitée sur un mode beaucoup moins spectaculaire, davantage philosophique. La peur de la différence et le rejet de l’autre constituent un sujet on ne peut plus actuel. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme nous ramène à la crise actuelle des migrants qui fuient des pays ravagés par la guerre et la misère, menaçant l’équilibre de nos contrées « tranquilles et prospères » en faisant ressurgir des vieux démons qu’on croyait disparus. Mais ici, contrairement à la plupart des images diffusées par les grands médias, les parias ont un visage, ils ont des peurs, des doutes, savent aussi aimer et et ne demandent qu’à vivre en paix comme tout le monde… sauf si bien sûr ils se sentent menacés… Pour ce qui est du dessin, Debeurme recourt à une ligne claire dépouillée, donnant corps à un univers qui rappelle immanquablement le Black Hole de Charles Burns, en plus lisse et dans des tons pastels un rien insipides. Mais la comparaison s’arrête là, car le scénario reste extrêmement fluide et accessible. L’auteur n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, avec plusieurs publications à son actif depuis quinze ans, principalement chez Cornélius et Futuropolis. Déjà récompensé pour Lucille à Angoulême, il nous propose ici une fable très intrigante, à la fois fantastique et humaniste, qui réussit à donner au lecteur l’envie de connaître la suite. Tome 2 Le second volet de cette trilogie verra une montée en crescendo de l’intrigue. Après avoir laissé la vie sauve au père de Koji, le petit groupe d’Epiphanians, qui se sont choisis cette appellation en opposition au dévalorisant « mixbodies » des humains, vont partir en expédition dans les montagnes, là où ils pensent trouver des réponses à leur présence sur Terre, à l’endroit même où des météorites s’étaient écrasées quelques années plus tôt. Un événement qui curieusement avait coïncidé à leur « éclosion » soudaine par milliers à travers le monde. Et ce qui les y attend ne risque guère de les réconcilier avec le genre humain, mais va au contraire les entraîner dans un engrenage destructeur sous la houlette d’un mystérieux homme-chauve-souris vengeur dénommé Vespero, tandis que le chaos semble se répandre à travers le globe… En s’inspirant des comics américains, Ludovic Debeurme a produit une œuvre tout à fait étonnante. Avec « Epiphania », il ne s’est pas contenté de singer la production d’outre-Atlantique même s’il en reprend une bonne partie des codes, mais au contraire s’est efforcé d’intégrer le genre à son univers très particulier, qui évoque par certains moments celui de Charles Burns et de l’école alternative US. A la fois très bien structurée dans la narration, l’histoire pourra plaire au plus grand nombre, mais la violence brute qui traverse les productions marveliennes est ici écrémée au profit d’un esprit européen plus décalé, plus poétique. Toutes ces caractéristiques se retrouvent dans son trait, plus réaliste que dans ses œuvres précédentes, mais qui en a conservé l’étrangeté et le minimalisme fragile. En narrant l’épopée des Epiphanians, Debeurme semble totalement pris d’empathie pour eux, révulsé lui aussi par la bêtise des humains, qui acceptent mal les « difformités » de ces êtres parias. Et pourtant, la monstruosité peut aller bien au-delà des simples apparences physiques et souvent, elle est indissociable de la nature humaine… Si on peut avoir du mal à souscrire au premier coup d’œil au style graphique atypique, force est de reconnaître que celui-ci exerce une certaine fascination. Est-ce la candeur du trait, associé à la brutalité de certaines images, qui produit cet effet ? Toujours est-il qu’il est difficile de rester indifférent à un tel récit, qu’au fond on a presque du mal à classer dans une catégorie précise, tant il a le potentiel pour toucher des types de public très variés. Tome 3 Avec une tension qui avait atteint son point culminant à la fin du deuxième tome en nous laissant sur le qui-vive, c’est avec une certaine impatience qu’on l’attendait, le dernier épisode du triptyque hors-normes de Ludovic Debeurme. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat est pleinement à la hauteur des attentes. D’abord sur le plan du dessin. C’est un véritable feu d’artifice graphique qui, dès le premier tiers de l’histoire, va se déployer sous nos yeux ébahis. Avec la chute d’une nouvelle météorite, la narration va évoluer de pair avec la structure visuelle. D’abord centrée sur les protagonistes et leurs altercations résultant de l’attentat manqué, sur un rythme échevelé, elle va prendre par intermittence la forme d’une suite de tableaux bibliques spectaculaires, destinées à situer le contexte général. Un contexte perturbé par ladite catastrophe, qui a son tour, telle une répétition de l’Histoire, va générer cette fois des géants, qui comme les Epiphanians, vont sortir de terre. Par un effet de réaction en chaîne, un terrible chaos digne de l’apocalypse entraînera guerres et destructions. Mais la suite réservera bien d’autres surprises au lecteur, qui ne se dévoileront qu’une fois le calme revenu. Impossible d’en dire plus à ce stade, mais certaines planches suscitent autant la sidération que l’émerveillement. Le jeu des couleurs, qui pouvaient apparaître ternes au début de la trilogie, s’est affiné. Sans souci de crédibilité, les tonalités artificielles créent une atmosphère irréelle qui contribue un peu plus à nous transporter dans une dimension onirique, loin de notre Terre à terre… Sur le fond, l’histoire correspond pile-poil à l’esprit du temps, intégrant des préoccupations très actuelles, politiques (la montée de l’intolérance et du fascisme) et, de façon plus suggérée, écologiques. Ces êtres hybrides que sont les Epiphanians, conçus dans la terre nourricière, symbolisent parfaitement la supplique adressée par la nature à l’Homme l’invitant à se reconnecter au monde qui l’entoure. Mais celui-ci, en bon tocard aveuglé par son anthropocentrisme, préfère ne pas dresser l’oreille et poursuivre sur la voie confortable et intellectuellement paresseuse de son déni autodestructeur. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme, dont les personnages dans leur aspect feraient de lui une sorte de Charles Burns candide et optimiste, veut croire malgré tout à un sursaut salvateur de l’humanité, et nous offre une œuvre ambitieuse particulièrement rafraichissante. Ces teenagers Epiphanians, qui semblent sortir tout droit de Black Hole, nous tendent un miroir peu reluisant en nous rappelant à quel point nous nous sommes éloignés à la fois de notre humanité et de notre animalité (dans le bon sens du terme), gangrénés moralement par un individualisme forcené, à la faveur d’un système politico-économique inique et corrompu. Du début à la fin, cette œuvre inspirante n’aura cessé de monter en puissance, telle une fusée larguant successivement, grâce à un timing parfaitement étudié, ses trois étages : un premier qui intrigue, un second qui captive, et enfin un troisième qui émerveille. Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette série, une des plus originales et les plus brillantes de la décennie, signée par l’auteur du multi-récompensé Lucille.

30/09/2017 (MAJ le 09/11/2019) (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Un océan d'amour
Un océan d'amour

En voilà un bel album original, poétique, qui donne le sourire. Pourtant, ce dont parle Lupano ici n'a rien de réjouissant. La pollution, la surpêche, la violence sur les mers... Mais c'est fait avec tant de douceur qu'on ne peut pas ne pas sourire. On suit les aventures d'un marin pêcheur breton, qui prend le large plein de boites de sardines à l'huile à bord (généreusement données par sa bien aimée), et à qui il va arriver tout un tas de péripéties. Il s'échouera, se trouvera perdu en pleine mer, arrêté, sauvé par des pirates sanguinaires, etc. Et tout ça sans texte, dans une bd totalement muette. On prend donc le temps de s'attarder sur les dessins, sur les personnages ultra expressifs de Grégory Panaccione, sur la différence entre le tout petit bateau du héros et les énormes rafiots pollueurs ou pécheurs intensifs. Et surtout, on prend le temps de s'attarder sur la mer, cette grande mer tantôt déchainée, tantôt reconnaissante, tantôt ingrate et tantôt souillée, dévastée par l'Homme. Car si il n'y a pas de texte, Lupano fait bel et bien passer son message. La mer est grande, la mer est belle, la mer est l'aventure, mais la mer est aussi en danger. La mer est aussi pleine de plastique, pleine de pétrole et pleine de carcasses de poissons. On sort donc de cette bd avec l'envie de préserver la mer, mais aussi de prendre le large, de partir à l'aventure. Car "Un Océan d'amour" est un grand récit d'aventure. L'aventure de notre petit pécheur breton, puis celle, encore plus rocambolesque, de sa femme, bretonne à la coiffe bigoudène, qui devient une star mondiale, après être partie à la recherche de son mari disparu, sur les conseils d'une voyante. J'ai un peu moins accroché avec cette partie du récit, même si c'est quand même assez rigolo. Et puis Panaccione se régale à dessiner cette grosse bretonne joufflue et pleine de vie et ce petit marin chétif et grognon, ça se voit. C'est un coup de cœur pour moi, et la deuxième bd sans texte que j'apprécie grandement après Betty Boop. Pas la dernière, j'espère.

07/11/2019 (modifier)