Les derniers avis (9708 avis)

Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Mask
The Mask

Enfin j'ai pu lire cet album, qui contient les deux premières mini-séries sur The Mask. Je l'attendais depuis que Delirium avait annoncé sa parution et je ne fus pas déçu. Tout le monde connait le film des années 90, mais beaucoup moins les comics qui sont plus violents et remplis d'humour noir. Car oui lorsqu'on connait uniquement la version du personnage joué par Jim Carrey, on risque d'être surpris. Par exemple, alors que dans le film le personnage agissait comme dans un dessin animée de Tex Avery, là on est plus dans du Itchy et Scratchy vu que le personnage passe son temps à tuer. D'ailleurs si le personnage de Stanley est un loser comme dans le film, sa personnalité change après qu'il passe une bonne partie de la journée à porter le masque magique et il passe son temps à régler son compte à ceux qui lui ont fait du mal et il subira rapidement les conséquences de ses actes. Le scénario est bien construit. L'auteur mélange bien l'humour noir cartoonesque et le drame policier. Les scènes d'humour avec le Mask fonctionne bien et j'ai éclaté de rire à plusieurs reprise. L'album contient deux mini-séries qui se complètent parfaitement, la deuxième étant la suite directe de la première. Une bonne idée du scénariste est que plusieurs personnes porteront le masque, ce qui permet de renouveler un peu les situations. Un point négatif est qu'il y a tellement de criminels dans ces deux récits que je me suis un peu perdu vu que la moitié d'entre-eux sont assez génériques et il n'y en a seulement que quelques-uns qui sortent du lot dont le magnifique Walter qui est une des grosses brutes les plus mémorables de la bande dessinée américaine. Le dessin est pas mal quoique ça se voit que le dessinateur était un débutant à l'époque parce qu'au début le dessin manque un peu de maîtrise par moment . Heureusement, ça s'améliore au fil des pages et les différences entre les premières et les dernières pages de l'album sont incroyables. Il reste les couleurs qui risquent de faire trop vieillot pour certains lecteurs, mais moi j'ai bien aimé. Le coté cartoon du Mask est bien maîtrisé par le dessinateur même si au début je trouve que ses scènes manquent un peu de dynamisme. En tout cas, les amateurs d'humour noir et de comics américains indépendants vont je crois apprécier cet album. J'espère que l'éditeur va sortir les autres mini-séries du Mask un jour.

26/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Purple Heart
Purple Heart

Purple Heart est une série qui rend hommage aux polars américains du début des années 50. Les images d’Epinal sont nombreuses (avec quelques très belles compositions d’un classicisme absolu), les personnages sont des stéréotypes du genre (à commencer par le privé qui anime la série) et l’intrigue est rondement menée et plutôt bien foutue. En fait, tout ça sent l’imper usé, le holster en bandoulière et la vieille chemise blanche aux aisselles marquées. Les pin-up sont également de sortie (rien d’étonnant quand on connait les productions du duo) et régulièrement dénudées. Et même les textes, qui alternent une narration très littéraire (jusque dans la calligraphie choisie) et des dialogues plus percutants dans lesquels pointe régulièrement un soupçon de cynisme, renforcent ce sentiment d’être dans un récit de genre. C’est autant classique que classe… Du déjà-vu me diront les esprits chagrins mais, franchement, si vous aimez ce type de polar, si vous aviez (comme moi) été séduit par Lou Cale, cette nouvelle série dispose de fameux arguments pour vous convaincre. Et, cerise sur le gâteau, il s’agit d’histoires en un tome, ce qui permet de ne pas se sentir frustré à la fin de sa lecture… tout en ayant envie de découvrir le tome suivant. Reste que le titre de la série et l’introduction me sont apparus artificiels. Ils font références au passé de soldat et de héros de guerre du personnage principal… mais ces éléments ne jouent pas de rôle majeur dans l’intrigue. Ils expliquent juste certaines relations que possède Josuah Harrison. La suite de la série nous apportera sans doute quelques éclaircissements sur ce choix. Et si ce n’était pas le cas, et bien ce n’est pas bien grave car il s’agit en fin de compte d’un détail. Retenez juste que Purple Heart, c’est du récit policier très genré, très classique, soigné et parfaitement maîtrisé. Et si vous êtes amateurs du genre, je ne vois pas de raison de vous priver de ce petit plaisir coupable.

26/11/2019 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Angie Bongiolatti
Angie Bongiolatti

Si « Friends » s’intéressait à la politique… On retrouve dans « Angie Bongiolatti » les ingrédients qui ont fait le succès de la série télé ci-dessus, mais aussi des albums BD du genre (je pense notamment à De mal en pis) : les potes, les relations amoureuses entre personnages, le sexe (assez présent), les soucis au boulot… Sauf qu’ici, les protagonistes sont très politisés, militants de gauche voire extrême-gauche, avec au programme des manifs contre le capitalisme, des discussions sur le socialisme et le communisme, des meetings politiques etc. J’ai trouvé le tout digeste et intéressant (sauf les courts passages inter-chapitres, qui me sont complètement passé au-dessus de la tête) et globalement assez juste. Il en ressort un message assez proche des valeurs du « socialisme démocratique » qui fait chaud au cœur. La liste de lectures recommandées en fin d’album inclut Arthur Koestler, Langston Hughes et Christopher Hitchens (pour vous donner une idée). George Orwell est aussi souvent cité. Le contexte historique est aussi bien vu, l’histoire prend place après les attentats de 11/9, alors que la machine de guerre de George Bush Jr tourne à plein régime. Cet album m’a passionné et je l’ai englouti en une traite malgré les 240 pages.

25/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Cinéaste
Le Cinéaste

Cela faisait bien longtemps que je souhaitais enfin voir publié ce fameux Cinéaste. Pourquoi ? Même s'il est considéré à part entière comme un One-Shot et peut en effet se lire en tant que tel, le Cinéaste constitue le 3ème opus des aventures friponnes rétro des personnages imaginés par Labrémure dans Mahârâja et Nuits Indiennes dont il est la suite directe. Et peut-être également sa conclusion finale même si les auteurs n'excluent pas une autre aventure. Et quelle aventure mes aïeux ! Derrière la splendide illustration de couverture se cache un joli prétexte à moult cochonneries. Car si certaines pages ne sont pas à mettre devant les yeux des têtes blondes comme des coincés du bulbe, Labrémure construit un joli vaudeville que Georges Feydeau n'aurait pas renié si les mœurs de son époque (les mêmes que celle du présent ouvrage d'ailleurs) lui auraient laissé carte blanche. Grosso modo on retrouve la plantureuse cambrioleuse rousse des précédents opus dans une sombre histoire de chantages liés à des films sans paroles impliquant tout le gratin bourgeois de Marseille. Ou comment parler du problème des Sex-Tapes actuelles dans une époque révolue. C'est plutôt malin car Artoupan nous gratifie de quelques scènes bien olé-olé dans un splendide noir et blanc. Ici les masques tombent et chacun veut racheter d'une façon ou d'une autre son honneur perdu quitte à utiliser quelques stratagèmes pas très catholiques. Le tout baigne dans une ambiance bon enfant et prête même au sourire mais malgré toutes ses évidentes qualités, le Cinéaste se veut malheureusement également le plus faible opus de cette trilogie. Cet album est bien plus sage en cabrioles lubriques que Mahârâja et on y rit beaucoup moins que dans Nuits Indiennes. Rien de désagréable en somme mais lorsqu'on a goûté à l'excellence des deux premiers opus, on en ressort un peu moins rassasié pour ce qui aurait dû constituer le clou du spectacle. On passe malgré tout un excellent moment qui passe bien trop vite tant les 48 pages s'avalent comme du petit lait et qu'on prend plaisir à reluquer les dessins de toute beauté concoctés par Artoupan ou à rire des réactions grotesques des libertins impliqués à défendre leur honneur coûte que coûte. Il est également utile de préciser que lire Mahârâja et Nuits Indiennes constitue un avantage considérable pour y comprendre certaines subtilités mais que le Cinéaste peut se lire complètement comme une histoire indépendante. Dans tous les cas, il m'a clairement donné l'envie de relire les précédents travaux de ce duo atypique et qu'on espère vite retrouver pour d'autres carambolages érotiques ou (d)ébauches graphiques. :)

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Nengue - L'histoire oubliée des esclaves des Guyanes
Nengue - L'histoire oubliée des esclaves des Guyanes

Même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, je le trouve intéressant et bien pensé dans sa conception. Plutôt que de simplement nous narrer l’histoire du clan de Marrons qui se trouve au cœur même du récit, les auteurs vont se servir d’une rencontre, historiquement véridique, entre un explorateur et cartographe français et un descendant des premiers Bonis pour nous faire découvrir ce pan de l’histoire. Pour ceux qui l’ignoreraient, le qualificatif de Marrons désignait les esclaves évadés qui s’étaient réfugié dans des zones difficiles d’accès pour y recréer une vie en société. Le bayou aux USA, les cirques quasi inaccessibles de l’Ile de la Réunion ou, dans le cas présent, les denses forêts de la Guyane et du Suriname étaient alors des refuges pour des bandes qui versaient la plupart du temps, et faute d’autre échappatoire, dans la criminalité organisée (meurtres, vols, massacres de familles d’esclavagistes, etc…). Le destin des Bonis est éloquent et très bien raconté au travers de cet album. C’est le premier atout du livre, cette retranscription réaliste de la naissance, de l’évolution puis enfin de la reconnaissance légitime de ce clan est historiquement très intéressante. La scène d’ouverture est totalement révoltante et témoigne d’une époque et d’un état d’esprit que l’on rêverait de ne plus jamais revivre. C’est une excellente entrée en matière qui nous fait comprendre et partager toute la haine que ces esclaves devaient ressentir face à leurs ‘maitres’. Mais l’évolution de ce clan, avec des choix politiques à faire, des dissensions, des trahisons internes ou externes, et l’adaptation à un milieu qui n’était pas le leur, tout cela est également très instructif. Comme je l’ai dit plus avant, ce récit nous est conté via deux personnages ayant réellement existé : Jules Crevaux (un médecin et explorateur français) et Apatou, piroguier de l’expédition et descendant de Bonis. Leur relation, qui va évoluer au fil de cette expédition pour se transformer en une véritable amitié, est un bel exemple de fraternité. Et cette relation nous permet de partager le quotidien de cette expédition d’un autre siècle et par là même de découvrir l’environnement dans lequel ces Bonis vivent. C’est le deuxième attrait du livre, certes moins prenant que toute la partie traitant directement des Bonis, mais il nous permet véritablement de nous plonger dans la forêt amazonienne et d’en comprendre la dangerosité comme la complexité des liens unissant ou divisant les différentes ethnies qui s’y abritent. Tout au long du récit, le trait de Samuel Figuière reste agréable à lire. Ce style qui va à l'essentiel, sans surcharger les planches mais sans simplifier pour autant les décors, est vraiment celui que j'affectionne pour ce type de documentaire historique. Enfin, le dossier proposé en fin d’album nous permet d’encore un peu approfondir le sujet. C’est vraiment un bon album. Pas un essentiel, pas un indispensable mais le genre de livre qui, couplé à d’autres documents (et je pense directement à « Un Marron », de Denis Vierge), permet d’appréhender un pan de notre histoire (avis aux professeurs). Une bande dessinée que je conseille à tous les lecteurs curieux que ce type de thématique historique et humaniste intéresse.

20/11/2019 (modifier)
Couverture de la série Les Esclaves oubliés de Tromelin
Les Esclaves oubliés de Tromelin

J’ai beaucoup apprécié ce récit, et particulièrement le fait qu’il s’articule sur deux époques. La première époque est une époque historique. Dans ce récit, l’auteur nous raconte le triste destin d’esclaves malgaches. D’abord vendus, les plus chanceux d’entre eux auront ensuite le malheur de s’échouer sur un caillou isolé au milieu de l’océan en compagnie des autres membres de l’équipage (les autres mourront enfermés dans les cales). Et comble de malheur, leurs compagnons d’infortune les abandonneront une fois un nouvel esquif construit. S’ensuivront 15 ans de survie avec les moyens du bord, marquée par les drames, le désespoir et cette indécrottable volonté de survivre envers et contre tout. Ironiquement, cette aventure on ne peut plus dramatique aura permis à ces esclaves de (sur)vivre en hommes libres le temps de leur naufrage. Outre la retranscription du quotidien de ces naufragés, il y a une dimension psychologique qui m’a beaucoup intéressé. Faut-il risquer de mourir en mer en tentant de s’évader de cette île-prison ou rester sur ce caillou où seule la survie à court terme peut être envisagée ? Cette question reviendra fréquemment et le destin et les interrogations des personnages m’ont touché. La deuxième époque prend la forme d’un documentaire. En préparation à l’écriture de cet album, l’auteur a en effet participé à une expédition scientifique sur l’île de Tromelin. Au travers de ce compte rendu de l’expédition, nous, lecteurs, découvrons l’avancée des découvertes, la réalité ‘physique’ de cette île qui, même avec nos moyens actuels, reste isolée du monde et violemment soumise aux aléas climatiques. Ce documentaire est intéressant par de multiples aspects. Tout d’abord, il nous permet de comprendre comment il est possible grâce à des recherches archéologiques de reconstruire le quotidien de personnes mortes depuis des siècles alors que celles-ci n’ont laissé aucune trace écrite. Par ailleurs, il propose une belle mise en abyme puisque les participants de l’expédition vont se retrouver eux aussi isolés sur l’île. Malgré des moyens techniques bien plus importants, ils vont ainsi faire l’expérience de l’isolement. Et voir que l’un d’entre eux, sans doute plus fragile psychologiquement, va rapidement sombrer sinon dans la folie du moins dans un état de confusion qui justifiera son rapatriement démontre toute la force de caractère dont ont dû faire preuve les esclaves de Tromelin pour survivre durant 15 ans à cet isolement. Nous aurons aussi droit à quelques considérations écologiques (et j’ai été marqué par cette vision de déchets plastiques s’accumulant sur une île isolée de tout !) et naturalistes. Tout au long de l’album nous allons sauter d’une époque à l’autre. Le récit historique prend la forme d’une bande dessinée traditionnelle. Les planches sont très académiques avec des cases bien définies. Les dialogues priment sur le narratif et ces chapitres se lisent rapidement. Le documentaire prend lui une forme plus libre, plus proche du journal intime. Les planches sont plus éclatées avec des cases ‘ouvertes’, sans contour fixe. Le narratif est la règle, rarement interrompu par un dialogue. Ces passages sont donc plus lents à lire… mais captivants pour qui s’intéresse un peu à ce genre d’aventure scientifique. Au final, cet album est vraiment excellent. Il présente tellement de thématiques intéressantes qu’il ne peut que plaire à un large public. Chacun y trouvera de quoi satisfaire sa curiosité, sa soif d’émotion ou son envie d’apprendre.

19/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château des Animaux
Le Château des Animaux

Inutile de tergiverser longtemps sur ce fait : oui, si le titre du Château des Animaux vous en rappelle un autre écrit par George Orwell et devenu rapidement un classique, ce n'est nullement un hasard. Xavier Dorison le scénariste balaye toute ambiguïté à ce sujet dès sa préface s'il en subsistait encore une. Le Château des Animaux sera donc une relecture, une réinterprétation des écrits de l'auteur de "1984" car "si George Orwell avait vu juste, il n'avait pas tout vu." Et c'est exactement ce que ce premier tome propose d'une façon bien plus intelligente qu'opportuniste. Exit les origines de la République des Animaux, les deux premières pages nous envoient dans le vif du sujet. Là où Orwell racontait la mise en place d'une dictature animale, l'histoire narrée ici prend directement place après les ultimes pages du roman. Mais l'histoire est différente, les cochons staliniens sont remplacés par des chiens au service de Silvio, un immense taureau proclamé également président. Pour que ce château également déserté par les hommes puisse devenir autonome, toute la basse-cour est mise à contribution pour des tâches ingrates de maintenance et de production. Gare à la protestation car le malheureux animal sera dévoré par les molosses canins en guise de répression. Face à cette violence ordinaire, le quotidien subsiste et une lueur d'espoir va naître d'une idée toute bête : pourquoi ne pas tourner les bourreaux en dérision ? Dorison assume pleinement sa position "Flower Power" manigancée par une chatte ouvrière, un rat adepte de Gandhi ainsi qu'un lapin serial reproducteur. Les dessins de Félix Delep dont c'est ici le premier album proposent une ligne claire intéressante et aux détails précis. Grandement inspiré du style de Don Bluth, ses illustrations prêtent à l'admiration, au sourire et même à l'indignation dans certains passages plus durs, le tout avec une élégance de style et de cadrage. On pourra juste déplorer certaines perspectives (Bengalore la chatte est parfois plus imposante que César le lapin puis de taille presque identique) ainsi que la taille riquiqui de certains phylactères pas adaptée pour les vieux yeux du lecteur mais les pages fourmillent de tant de vie et d'enthousiasme que l'on est porté de la première à la dernière page. Voici une bien belle découverte qui prolonge l'idée initiale d'Orwell tout en se détournant du plagiat de façon plutôt subtile en espérant que la suite soit du même acabit tant ce démarrage tonitruant semble avoir délivré beaucoup de ses atouts... Une excellente surprise.

18/11/2019 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Paul à la maison
Paul à la maison

Cela faisait des années que j'attendais un nouveau Paul avec impatience et après cet album je vais devoir attendre encore très longtemps car l'auteur a expliqué qu'il n'avait plus grand chose à raconter. On retrouve un Paul qui a vieilli, divorcé de sa femme et qui a une mère malade. Le pauvre Paul semble n'avoir que des problèmes et l'auteur donne une version glauque de la vieillesse qui ne donne pas du tout envie de vieillir. Alors que je suis habitué à un Paul plus jeune, plus enthousiaste et énergique, ici il broie du noir. Rabagliati mélange la fiction et l'auto-biographie et c'est encore plus mis en avant ici vu que Paul est devenu un auteur de BD qui sort des livres sur lui-même avec les mêmes titres et le même éditeur que dans la réalité et pour avoir lu les dernières interviews de Rabagliati, il est clair qu'il agit maintenant comme le pauvre Paul qui est maintenant seul, ne semble avoir que des problèmes et n'aime pas trop ce monde moderne où tout le monde a un ipad. Je pense que ce qui m'a surtout frappé est à quel point il est seul. Avant, il était la plupart du temps avec sa femme, sa fille, sa famille ou des copains. Ici, la majorité de l'album le montre dans des scènes où il est seul ou encore isolé du monde extérieur. J'ai pris du plaisir à lire cet album. L'auteur a vraiment le chic pour rendre captivants les moments quotidiens les plus anodins et les plus ennuyeux. Il y a tout de même quelques trucs qui m'ont gêné. La dernière fois que l'auteur avait été aussi loin dans la vie de Paul, cela se terminait en 1999 et ici on est en 2011. J'aurais aimé quelques flashbacks qui montrent un peu ce qui s'est passé durant les années 2000, surtout en ce qui concerne le divorce de Paul. Ici, on a juste droit aux explications minimales. Il y a aussi le fait que sa fille va partir en Angleterre et que le récit se termine lorsqu'elle part et j'aurais bien aimé savoir comment a été son séjour. Donc pour moi, ce n'est pas le meilleur Paul, mais cela reste une bonne lecture dynamique et remplie d'émotions. Peut-être que je vais encore mieux adorer durant une relecture. Je pense qu'il faut que je m'habitue au ton qui est différent des autres Paul. À lire si on n'est pas allergique aux romans graphiques qui parlent de la vie de tous les jours.

16/11/2019 (modifier)
Par Samsa
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Soon
Soon

Soon ou un récit d'anticipation et de science-fiction prenant ! Qu'il est rare dans le flux de sorties de recevoir une telle pépite. BD d'ambiance, amateurs d'action et de rebondissements en tous genres, passez votre chemin. Vous avez là une oeuvre qui prend le temps de se mettre en place, qui crée un univers complexe et très riche, un avenir possible parmi des centaines de scénarios. Lecture parfois ardue, le sens des phylactères cheminant parfois tel un fleuve et ne respectant guère les codes du genre, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une lecture qui vous laissera une impression marquante bien après avoir refermé l'objet. Quête initiatique, liens familiaux, aspirations personnelles et conventions sociales, découverte de soi-même et des autres. C'est un vrai coup de coeur mais la lenteur du traitement pourrait repousser certains lecteurs. Le dessin est fouillé mais lisible et contribue à l'ambiance particulière de cette bande-dessinée. Honnêtement, je recommande à tous ceux qui veulent lire un ouvrage d'anticipation imaginatif et original. L'auteur prend le temps de mettre en place plusieurs civilisations ayant fait des choix variés pour leur avenir et celui de la planète. La survie de l'espèce justifie-t-elle tout ? Le concept de vie et de survie est intelligemment abordé. Au final une très bonne lecture qui fait réfléchir et qui divertit.

13/11/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Gyakushu !
Gyakushu !

On va de surprise en surprise avec les éditions Ankama qui non seulement nous dégotent de jolis talents bien de chez nous pour leur label 619 mais également quelques figures de proues de la scène indépendante comme cet OVNI tout droit sorti de l'imagination débridée de son auteur Dan Hipp. Gyakushu ! (Vengeance !) ne donne pourtant pas très envie a priori. Les pages représentées ici même ne donnent guère envie avec un dessin très (trop ?) épuré a priori. L'histoire de vengeance inspirée d'un Kill Bill ou de Lady SnowBlood dans un monde Dark Fantasy n'a en soi rien de fichtrement original. Les références de duel à la Sergio Leone sont également légion ainsi l'identité du voleur, principal protagoniste, est soigneusement éludée de la même façon que l'homme sans nom incarné par Clint Eastwood dans la trilogie du dollar. Ce voleur, sorte de Robin des Bois un rien désinvolte, brave les autorités par jeu afin de dérober moult trésors. Souhaitant élever son fils à l'abri avec sa compagne dans une contrée lointaine, il va être retrouvé par un sinistre Empereur et laissé pour mort après le massacre de sa propre famille. Ressuscité sous la forme d'une créature recouverte de bandelettes, il est grand temps de régler les comptes à ses agresseurs 15 ans plus tard dans un pays dévasté par la tyrannie de son principal ennemi.... Avec un tel pitch il y a plusieurs façons d'opérer... Soit on s'y prend très au sérieux sous peine de se vautrer dans le ridicule des plus convenus soit on profite de la minceur du scénario et de sa banalité pour en faire un gros délire propre aux expériences graphiques et narratives des plus variées.... Et Dan Hipp a heureusement choisi la deuxième option en multipliant cadrages nerveux et un usage du noir et blanc à la Scott Pilgrim pour alterner scènes de flashbacks et de nombreux charcutages bien rythmés. L'utilisation d'un mystérieux narrateur rythmant le récit à sa guise en nous envoyant dans le passé ou le présent du Voleur est plutôt ingénieuse car on évite la linéarité d'un récit convenu tout en ayant droit à quelques pincées d'humour plus que bienvenues. Il n'y a rien de révolutionnaire dans tout cela et les 200 pages du premier tome s'avèrent être une simple mise en bouche divertissante et pourtant son cliffhanger interpelle quant à l'issue de cette histoire. Comme le dit si bien le narrateur de cette histoire : Tout va mal finir ! Le second volume éclate davantage l'ordre narratif en virevoltant dans le présent et le passé sans que l'on soit pour autant perdu grâce à l'aide de ce mystérieux narrateur. Une fois de plus, pas de quartier avec trois frères psychopathes complètement allumés du cigare et un commanditaire masqué qui semble bien connaître notre héros... Quelques amputations plus tard et des révélations qui relancent la mécanique et notre intérêt un rien perturbé par ce mélange pop et indépendant et on arrive déjà à la fin de ce chapitre avec pas mal de réponses mais avec de nouvelles questions en suspens. Le troisième et ultime volet offre son lot de surprises et résout toutes les intrigues en cours. C'est la lecture de ce dernier acte qui justifie l’intérêt de toute la série au complet. S'y révèle même un soupçon imaginé de tension et d’émotions qu'on n'a pas vu du tout venir. Du grand art. Dan Hipp manipule parfaitement la narration et en joue diaboliquement avec le lecteur pour offrir une digne fin à la hauteur d’une grande saga. Utilisant les mécanismes d’une narration éclatée et tout autant de révélations qui redonnent une toute autre lecture à Gyakushu, une fois la dernière page tournée toute la richesse d'un scénario parfaitement écrit. La patte graphique est loin d'être simpliste, Dan Hipp est avant tout un illustrateur de renom Outre-Atlantique qui a su adapter des règles purement cinématographiques pour dynamiser sa mise en scène. Gyakushu est un incroyable melting-pot d’influences et de saveurs uniques. D’un intérêt initial plus qu’incertain, l'auteur a su rendre captivante une histoire de vengeance et l'étoffer pour rendre le récit haletant jusqu'à la dernière case. Les personnages ont beau être peu développés, on comprend leurs motivations et ambitions en quelques cases. Du coup l’ensemble est plus que hautement recommandable et Dan Hipp offre un lot de passages épiques voire bouleversants sans abandonner aucun de ses protagonistes. C’est bien la caractéristique des grandes œuvres cultes, celles qui n’auront jamais un impact commercial monstrueux mais qui auront touché ou diverti les quelques bonnes âmes courageuses pour les découvrir. À noter un travail d’édition remarquable de la part d’Ankama. Belle découverte pour ma part. :)

27/11/2011 (MAJ le 13/11/2019) (modifier)