Cet album a vraiment su me parler car il mélange des thèmes que j'apprécie grandement avec un style graphique empreint d'influences qui me plaisent presque toutes.
Le thème principal est la mythologie grecque. Elle en mêle les éléments, dont certains plutôt rares, et les replace dans un contexte moderne avec brio et un grand respect de l'esprit des divinités de l'époque.
L'intrigue elle-même est une quête classique, celle d'un héros qui veut retrouver sa liberté en accomplissant la mission qu'une déesse lui confie et qui pour cela doit traverser bien des péripéties, faire de nombreuses rencontres et voyager de lieux en lieux. Ce héros étant une divinité déchue, la magie est présente à chaque détour et offre une ambiance parfois proche du rêve ou du symbolisme tout en gardant une vraie bonne tenue et une rigueur logique appréciable.
Si l'histoire est déjà bonne, le graphisme la sublime de très belle manière. Il est imprégné de l'influence de l'oeuvre de grands artistes tels que Van Gogh en priorité, mais aussi Klimt, Monet ou encore Hokusai parmi d'autres. Que des références que j'aime profondément. C'est beau, varié et certaines cases et planches méritent d'y laisser courir les yeux plus longuement et d'y revenir.
Je suis complètement tombé sous le charme de cet album et de son récit dense et prenant dont tous les éléments, tant de l'intrigue que du dessin, me parlent et me touchent. Très bel album !
Petit à petit je suis en train de lire toute l’œuvre de Ben Templesmith. Le moins que l'on puisse dire c'est que cet auteur ne peut laisser le lecteur indifférent. Son dessin est difficile à expliquer, c'est explosif avec un trait fin comme une lame de rasoir avec des couleurs pétantes mais pas dans le genre du comics. En fait ce trait rageur donne envie de voir comment le gars dessine, je l'imagine assez bien à sa table de travail donnant de grands coups rageurs. Templesmith ce n'est pas qu'un dessin c'est avant tout une ambiance, des ambiances bien crades, bien glauques. Il est vrai que les sujets abordés sont bien éloignés du monde des Bisounours.
J'invite le plus grand nombre à aller jeter un coup d’œil à ces histoires, de faire l'effort pour se laisser happer par ces histoires qui nous montrent des lieux décrépits en pleine déliquescence et surtout peuplés de personnages déglingués à la limite de la rupture.
Dans cette BD, il va vous falloir oublier Sin City et les bas fonds de Gotham, il y aurait des méchants dans ces villes des turpitudes et autres magouilles, laissez moi rire, Shotgun City, voila vraiment un endroit où il ne fait pas bon vivre. Violence et corruption sont omniprésentes, la drogue est partout et quelle drogue ! Alliée à des expériences génétiques hasardeuses cela donne un climat où âpreté, fureur, violence et sauvagerie sont le lot quotidien.
Il n'y avait à mon sens que le trait de Ben Templesmith pour illustrer cette histoire imaginée par Ben McCool.
Histoire prenante, des personnages très forts avec des répliques qui font mouche, je ne peu d'ailleurs pas m'empêcher de vous en livrer deux.
L'inspectrice Flynn "coup dans les couilles" Walker: " Le plus court chemin pour toucher le cœur d'un mec ? Mon poing dans sa gueule!" et le collègue du héros Seaton "vermisseau" Price: " Un jour j'ai presque fait l'amour. Ça a été les plus belles quatorze secondes de ma vie"
A lire forcément.
Moi j'étais curieux de voir ce que la rencontre de deux princes de la BD de divertissement allait donner. Sur une série-concept, sur un genre déjà arpenté par Toulhoat, à savoir l'uchronie rattachée à la seconde guerre mondiale. Des chemins déjà balisés donc.
Mais les deux compères s'en donnent à coeur joie. Le dessinateur me semble progresser à chaque album, et ici il me semble proche de la maturité, tout en gardant un trait caractéristique, fait de nervosité et de dynamisme. Son travail sur les couleurs est aussi très intéressant, nettement plus nuancé que dans Block 109. Dommage qu'il ne travaille pas sur les autres albums de la trilogie, mais il en assurera les couvertures, procurant une unité à l'ensemble.
Jean-Luc Sala, lui, continue dans cette veine légère qui a fait son succès et son identité. Certes, ce premier tome n'est pas d'une complexité hallucinante, mais il permet de poser les bases d'un univers au minimum excitant. Et puis il y a aussi la volonté de s'ancrer dans la réalité, avec le personnage d'Eisenstein, par exemple.
Le second tome me semble plus dense que le premier, curieusement, peut-être parce que Sala n'a pas besoin d'installer son univers cette fois-ci, et qu'on entre de plain-pied dans l'action. Une histoire relativement classique, mais plutôt bien menée, j'avoue avoir été un peu chagriné que l'heure du sommeil vienne scinder en deux ma lecture. Et j'avoue que la dernière planche m'a beaucoup plu, avec cette ellipse narrative de premier ordre. Le travail d'Afif Khaled est de grande qualité, seuls les visages des personnages japonais (si on peut parler de personnages...) m'ont semblé moins léché. La mise en scène, le dessin, le traitement des couleurs, les designs des mekas, tout est bon.
Le tome 3 vient donc boucler l'histoire, avec le retour de Tania dans un affrontement entre mékas en Pologne. Et l'effacement ou presque du tome 2, qui a l'air de pouvoir se lire totalement indépendamment du reste. Bref, cette fois-ci c'est l'italien Martino qui est au dessin, et je suis beaucoup moins convaincu par son dessin que par celui des deux autres. C'est très statique, trop immature à mon goût pour que le plaisir de lecture soit optimal. Et c'est dommage, car le renversement de situation final vaut son pesant de cacahuètes pour son côté politiquement incorrect.
Du pur divertissement. Du fun, qui faiblit sur le dernier tronçon de l'histoire.
Lors d'une séance de dédicace sur Isabelle la Louve de France, Calderon m'avait parlé d'un nouveau projet de Bd historique, mais sans rien dévoiler d'important, ni l'époque, ni le sujet. Autant dire que je retrouve avec un immense plaisir cet auteur dont j'admire le dessin depuis Les Voies du Seigneur, quand on tient un dessinateur de ce calibre, faut pas le lâcher ! Et ici, son dessin est toujours aussi somptueux, son talent graphique s'applique à illustrer une période importante de l'Histoire de France, qui survient en 1494, soit 40 ans après la fin de la guerre de Cent Ans.
Le Moyen Age a pris fin depuis la mort de Louis XI en 1483, son fils Charles VIII trop jeune fut placé sous la régence de sa soeur ainée, la très avisée Anne de Beaujeu, épouse de Pierre de Beaujeu appartenant à l'une des plus grandes familles princières d'Europe, les Bourbons. C'est donc la Renaissance qui s'installe doucement, même dans les constructions, on le voit sur le château d'Amboise en début d'album, le style n'est pas encore généralisé, il y a d'abord la première Renaissance française, il faut attendre les conquêtes de Naples et du Milanais pour que l'influence italienne pénètre en France. Calderon a cependant dessiné un château nu, alors que Charles VIII, né à Amboise et qui voulait sa propre résidence, avait dès 1489 fait rénover cette vieille forteresse, c'était un véritable chantier, et normalement on devrait y voir la chapelle, c'est donc un oubli peu grave.
Je redécouvre avec une grande joie une période charnière de l'Histoire qui me plait presque autant que celle de la guerre de Cent Ans. Le tome 1 est un album d'exposition, il est bien structuré même si on a l'impression qu'il n'avance pas vite, il sert à introduire tous les personnages qui sont nombreux, le va et vient entre les différents groupes est bien géré. Le tome 2 assoie l'intrigue qui prend son ampleur en s'articulant sur un fond historique très riche : les vues du roi de France sur son héritage italien, les relations entre le royaume de France et l'Italie des Borgia qui eux-mêmes sont soumis à des intrigues de palais (César Borgia est venu 2 ou 3 fois à la cour de France).
On a aussi autour de ces personnages, des politiques parfois retors comme le cousin Louis d'Orléans (futur Louis XII qui succédera à Charles), la soeur Anne de Beaujeu, "la moins folle femme de France" avait dit d'elle son père Louis XI parce qu'elle était très intelligente, Anne de Bretagne (qui sera tenue de se remarier avec Louis XII après la mort de Charles), Pierre de Beaujeu ou le cardinal Briçonnet... Tous ces personnages réels constituent des sortes de guest-stars de luxe destinés à embellir le récit et à lui donner du corps, en servant de lien avec les véritables héros fictifs que sont le Français Henri de Tersac et l'Espagnol Blasco de Villalonga qui vivent une grande aventure. Mais sans les autres sus-cités, ils n'auraient guère d'intérêt.
Et quand tout ceci est dessiné par Calderon, avec sa précision et son soin méticuleux, je ne peux que me réjouir, car il magnifie ses personnages (dans la réalité, Charles VIII était petit et plutôt mal bâti, Anne de Bretagne était menue et peu jolie, Anne de Beaujeu avait hérité du physique disgracieux de son père, et le pape Borgia était un vieillard laid), et il veille à des tas de détails sur les armes, costumes et constructions. Une superbe série qui se profile !
"Jason et la Toison d'or" est le 4ème volume de cette collection la Sagesse des Mythes, dirigée par l'ancien ministre de l'Education, Luc Ferry, et le premier d'un triptyque qui s'attaque à l'un des plus grands héros de la Mythologie grecque : Jason.
J'ai très tôt été fasciné par cette légende, surtout après avoir vu le fabuleux film britannique "Jason et les Argonautes" qui illustrait de façon féerique ces aventures merveilleuses, autant dire qu'en lisant cette Bd, je me régalais d'avance, et mon attente n'est pas déçue, je suis vraiment conquis rien que par ce premier tome.
Comme pour les autres albums de la collection, aucune liberté n'est prise avec la légende, les auteurs remontent loin dans l'histoire mythologique avec l'épisode d'Athamas et d'Ino, que j'avais complètement oublié et que j'ai révisé en lisant mon dictionnaire de la Mythologie, l'intrigue suit donc les récits connus, la narration est linéaire de façon à être bien comprise par les lecteurs peu connaisseurs de la Mythologie grecque. Ce prologue est un peu long, mais nécessaire pour bien comprendre cette histoire de Jason qui est assez fournie de par les nombreux périls que les Argonautes rencontreront durant cette expédition, il était difficile de la condenser, aussi la scénariste Clotilde Bruneau va à l'essentiel tout en offrant un ensemble cohérent en 3 albums.
Ce premier tome conte la genèse de Jason, son enfance, son éducation avec Chiron puis sa confrontation avec Pélias lorsqu'il revient à Iolcos avec une seule sandale (l'oracle avait averti Pélias qu'il devrait se méfier d'un étranger à sa cour avec une seule sandale). Puis c'est le rassemblement des grands héros grecs, les futurs Argonautes, et la construction du bateau l'Argo.
Comme la partie textuelle, la partie graphique ne verse pas dans l'intrigue fantaisiste, le dessin est une belle réussite et correspond bien à ce style de Bd, j'aime ce genre de graphisme pour illustrer de tels sujets, les décors sont fidèlement reconstitués, les visages des héros grecs sont parfaitement typés de façon à ce que le lecteur puisse les identifier facilement.
Je ne vais pas anticiper les tomes suivants, mais d'après ce que je sais, l'expédition des Argonautes comprend plusieurs listes de participants ayant répondu à l'appel de Jason, elles reflètent le désir des cités grecques de rehausser les mérites de leurs propres héros. On y trouve donc selon ces variantes, le musicien Orphée, Zélès et Calaïs (les fils ailés de Borée) qui poursuivront les Harpyes, Pélée le père d'Achille, Télamon, Méléagre, Atalante (la seule femme de l'expédition) célèbre pour ses dons de chasseresse et de guerrière, les jumeaux Castor et Pollux, Lyncée (qui avait une vue supranormale), Augias, Thésée et Héraklès... sans oublier Argos qui a construit le navire Argo.
Il faut savoir que le récit le plus complet de cette légende a été rapporté par Apollonius de Rhodes.
Les tomes 2 et 3 continuent sur la même lancée en conservant une belle osmose entre narration et partie graphique, tous les obstacles rencontrés lors du voyage des Argonautes vers la Colchide sont montrés, sauf que je suis un peu déçu sur certains détails : autant le début dans le tome 1 était traité en prenant son temps, autant certains épisodes du voyage sont un peu expédiés, je pense notamment aux Roches Cyanées, ces redoutables et gigantesques murailles rocheuses qui se resserrent en écrasant les bateaux puis qui s'écartent, je trouve que ce n'est pas assez bien valorisé ; c'était un formidable épisode qui aurait pu être mieux montré. Autre déception : le dragon gardien de la Toison d'or n'est autre que l'Hydre de Lerne, Jason dut livrer un combat farouche en lui coupant ses têtes qui repoussaient sans cesse, et là, ce n'est qu'un simple dragon dont Jason coupe l'unique tête alors qu'il est endormi, j'ai trouvé ça très mesquin alors que ça pouvait donner de belles images. De même que le combat de Jason contre les soldats sortis de terre issus des dents de l'Hydre est moyennement exploité (dans le film, c'était des squelettes armés qui surgissaient de terre).
Malgré ces relatives déceptions, l'ensemble reste très plaisant et ma note inchangée, c'est une belle histoire qui a été abordée de façon complète et assez fidèle aux récits de la Mythologie grecque, c'est donc encore une réussite dans cette collection Sagesse des Mythes (avec dossiers historiques à la fin de chaque album).
Sans aucun doute l'une des uchronies les plus passionnantes que j'ai lues jusqu'à présent. Il faut dire que dans ce premier tome, la science-fiction est un peu au second plan et le genre qui domine est surtout le polar, ce qui a tout pour me plaire vu que c'est un genre que je préfère à la science-fiction.
J'ai trouvé que le scénario était prenant. Il est complexe et on suit plusieurs personnages, mais à aucun moment je n'ai été perdu. J'adore l'ambiance mafieuse qui se dégage de l'album vu qu'on suit principalement un gangster qui est sans doute le personnage le plus intéressant du récit pour le moment vu qu'il a une personnalité complexe qui est bien exploitée par les auteurs. Le dessin est très bon.
Ce premier tome se termine avec un cliffhanger qui me donne envie de lire absolument la suite. Pour l'instant, une des meilleures nouveauté de 2019 en ce qui me concerne.
Tout d’abord, il y eut Soutine et son « Bœuf écorché », que le petit Jean-Marc passait de longs moments à contempler lors de ses visites au Musée de Grenoble. Puis, le coup de foudre pour l’escalade au cours d’une promenade avec sa mère. Ces deux événements en rapport avec deux disciplines en apparence très éloignées scelleront le destin de Jean-Marc Rochette, dont le parcours semble avoir toujours oscillé entre son amour pour la montagne et celui pour le dessin.
Rebelle né, l’auteur grenoblois a toujours mené sa vie comme il l’entendait, malgré les remontrances de sa mère avec qui il entretenait des rapports parfois houleux, et celles de ses professeurs qui moquaient les « gribouillis » de cet élève peu docile avec l’autorité. Les multiples tentatives de découragement du système socio-éducatif n’auront fait que renforcer sa détermination à suivre ses envies, en s’échappant mentalement via le dessin, physiquement par l’escalade. On ne domestique pas les loups.
« Ailefroide » est la parfaite synthèse de ses deux passions, permettant d’une certaine manière à Rochette de boucler la boucle. Le senior à la barbe et aux cheveux blancs peut aujourd’hui parler de l’ado fougueux qu’il était alors, avec tendresse et sans reniement malgré les années écoulées. Dans une narration très fluide, il évoque avec une sincérité qui fait toute la force de cette autobiographie, son gravissement sysiphéen vers un sommet qu’il n’atteindra jamais, celui qui a donné son nom au titre. Comme une métaphore de sa propre vie, avec cette impression que rien ne pourra vous arrêter dans cette compétition vers les hauteurs (à moins que cela ne soit qu’une fuite…), jusqu’au jour où survient l’accident, celui qui en principe « n’arrive qu’aux autres » et remet les choses en perspective de façon radicale. Un événement grave mais qui sauvera peut-être la vie de notre casse-cou en précipitant son choix définitif vers la bande dessinée, et débouchera sur la création de son personnage fétiche, le cynique et teigneux Edmond le Cochon… On l’aura compris, Rochette n’est pas du genre à s’avouer vaincu !
Graphiquement, le trait ne fait que confirmer le talent de cet auteur pour qui la montagne apparaît désormais comme un genre à part entière et a révélé une nouvelle facette de son art, après notamment l’humour punko-trash des années Actuel/L’Echo des savanes et son cultissime "Transperceneige", œuvre de SF adaptée dans une superproduction hollywoodienne au cinéma. Disposant d’une palette stylistique très étendue, Rochette recourt ici à son trait le plus âpre, où les stries rocailleuses des montagnes se retrouvent jusque dans les visages burinés par le soleil, toujours très expressifs, où l’on ressent quasi-physiquement la minéralité de la pierre et le coupant de la glace, à peine adoucis par le bleu pur des cieux.
Si Jean-Marc Rochette n’a pas vaincu le sommet tant rêvé, il est en passe, avec cette aventure humaine puissante, de se hisser au panthéon du neuvième art. « Ailefroide » fait partie de ces œuvres à forte persistance cérébrale, incontestablement un must de l’année 2018, un pavé qu’on se prend en pleine tronche. Et fort heureusement, à l’inverse de ce qui se passe dans la BD, ce n’est ici qu’une image (seuls ceux qui l’ont lu pourront comprendre).
J’ai beaucoup aimé ce conte onirique qui mélange la réalité et les légendes.
Le début est certes très abstrait, mais les réponses arrivent rapidement, le mystère se dissipe (on reste quand même dans le fantastique un peu mystique), et j’ai beaucoup aimé le dénouement. Le ton est très poétique et empreint d’une certaine nostalgie.
Le dessin de Robert Hunter est épuré et élégant, et les couleurs vives apportent vraiment du cachet aux planches et contribuent grandement à l’ambiance générale de cet album. L’objet même est classieux, comme souvent chez ce petit éditeur britannique.
Une chouette découverte en ce qui me concerne.
Un de mes coups de cœur de l'année !
Sherlock Holmes est l'un des personnages de fiction les plus célèbres et depuis plus d'un siècle, il a été illustré, célébré, plagié, détourné de toutes les manières possibles, avec plus ou moins de bonheur, mais souvent avec inventivité. Difficile dans ce contexte d'être original. Et c'est pourtant ce que parviennent à faire les auteurs en nous emmenant au sens littéral dans la tête de l'horripilant détective.
Benoît Dahan a déjà tapé juste et fort dans Psycho-Investigateur (Simon Radius), mêlant une approche psychologique à des enquêtes policières, avec une inventivité graphique qui fait de ses trop rares albums des chef-d'œuvres d'inventivité visuelle. Ici, il n'atteint pas le niveau de délire qu'il a développé dans L'Héritage de l'homme-siècle, mais son approche de l'intrigue policière confine au grand art.
Alors qu'Holmes entraîne Watson sur la piste d'un de ces mystères qui excitent sa sagacité et le poussent à délaisser les drogues dont il abreuve son esprit. Nous suivons, au sens littéral, le fil rouge de sa réflexion tortueuse, mais implacable, en accédant sa “bibliothèque intérieure”, où les indices sont soigneusement stockés, rangés, croisés jusqu'à ce qu'ils s'assemblent et trouvent une explication logique.
C'est une idée scénaristique et graphique remarquable ! Car habituellement, le détective garde pour lui tous ces éléments, plus quelques autres qui ne sont jamais révélés au lecteur, au grand dam dudit lecteur et de ce pauvre docteur Watson qui n'y comprennent rien. Et c'est seulement dans le dernier chapitre qu'il daigne remettre les pièces du puzzle en place en écrasant son auditoire avec sa grosse intelligence… Le procédé, indissociable du genre, rend imbuvable le personnage de l'enquêteur et j'ai souvent eu envie d'étrangler Holmes, Poirot ou Rouletabille…
Ici le mystère à résoudre n'a que peu d'importance, c'est la démarche intellectuelle de Sherlock Holmes que les deux auteurs mettent à nu ; c'est original et passionnant. D'autant plus que le scénario est mis en valeur par quelques belles trouvailles graphiques (le fil rouge, la tête bibliothèque, le jeu de la transparence, la découpe de la couverture) qui justifieraient presque l'achat de l'album à elles seules.
Vivement la conclusion de ce diptyque !
Abuli est un auteur assez prolifique, dont j’aime bien le style, le ton, souvent noir, et ici je trouve que c’est une de ses plus belles réussites.
Accompagné de Thot au départ (2 histoires je crois), il est ensuite en duo avec Bernet. Et ça tombe bien, car je préfère le dessin de ce dernier, parfaitement raccord avec les histoires concoctées par Abuli : son utilisation d’un Noir et Blanc tranché, relativement gras, ajoute de la noirceur à des récits qui n’en manquent pas.
Les histoires justement, tournent autour d’un tueur, Torpedo, totalement dénué de scrupules, voire de sentiments, qui exécute froidement ses contrats – en même temps que ceux qui sont désignés par ceux qui le payent. Il n’hésite ainsi pas à flinguer un vieil ami si c’est nécessaire à son business.
Parfois accompagné de son acolyte Rascal (qui est son premier défouloir en fait), souvent en solitaire, il accumule donc les meurtres, et les conquêtes féminines. Il faut dire qu’il fait tomber autant les femmes (qu’il traite souvent avec machisme, voire mépris) que les cadavres. Et, cerise sur le gâteau, les dialogues d’Abuli sont remplis de cynisme, de dérision, d’un humour noir (surtout dans les chutes des histoires, souvent amusantes), ce qui rend assez jouissives les saillies du bonhomme (c’est souvent Torpedo lui-même qui nous narre ses aventures, sur un ton faussement dépassionné, très « professionnel » et froid, lui qui manque totalement d’empathie, de morale).
Ce polar, se déroulant au milieu des malfrats des années 1930, est une des meilleures séries du genre (lecture fortement recommandée aux amateurs), et une nouvelle très bonne collaboration entre Abuli et Bernet, aussi auteurs du bon Snake et du très bon Sur Liste Noire entre autres.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Le Dieu vagabond
Cet album a vraiment su me parler car il mélange des thèmes que j'apprécie grandement avec un style graphique empreint d'influences qui me plaisent presque toutes. Le thème principal est la mythologie grecque. Elle en mêle les éléments, dont certains plutôt rares, et les replace dans un contexte moderne avec brio et un grand respect de l'esprit des divinités de l'époque. L'intrigue elle-même est une quête classique, celle d'un héros qui veut retrouver sa liberté en accomplissant la mission qu'une déesse lui confie et qui pour cela doit traverser bien des péripéties, faire de nombreuses rencontres et voyager de lieux en lieux. Ce héros étant une divinité déchue, la magie est présente à chaque détour et offre une ambiance parfois proche du rêve ou du symbolisme tout en gardant une vraie bonne tenue et une rigueur logique appréciable. Si l'histoire est déjà bonne, le graphisme la sublime de très belle manière. Il est imprégné de l'influence de l'oeuvre de grands artistes tels que Van Gogh en priorité, mais aussi Klimt, Monet ou encore Hokusai parmi d'autres. Que des références que j'aime profondément. C'est beau, varié et certaines cases et planches méritent d'y laisser courir les yeux plus longuement et d'y revenir. Je suis complètement tombé sous le charme de cet album et de son récit dense et prenant dont tous les éléments, tant de l'intrigue que du dessin, me parlent et me touchent. Très bel album !
Choker
Petit à petit je suis en train de lire toute l’œuvre de Ben Templesmith. Le moins que l'on puisse dire c'est que cet auteur ne peut laisser le lecteur indifférent. Son dessin est difficile à expliquer, c'est explosif avec un trait fin comme une lame de rasoir avec des couleurs pétantes mais pas dans le genre du comics. En fait ce trait rageur donne envie de voir comment le gars dessine, je l'imagine assez bien à sa table de travail donnant de grands coups rageurs. Templesmith ce n'est pas qu'un dessin c'est avant tout une ambiance, des ambiances bien crades, bien glauques. Il est vrai que les sujets abordés sont bien éloignés du monde des Bisounours. J'invite le plus grand nombre à aller jeter un coup d’œil à ces histoires, de faire l'effort pour se laisser happer par ces histoires qui nous montrent des lieux décrépits en pleine déliquescence et surtout peuplés de personnages déglingués à la limite de la rupture. Dans cette BD, il va vous falloir oublier Sin City et les bas fonds de Gotham, il y aurait des méchants dans ces villes des turpitudes et autres magouilles, laissez moi rire, Shotgun City, voila vraiment un endroit où il ne fait pas bon vivre. Violence et corruption sont omniprésentes, la drogue est partout et quelle drogue ! Alliée à des expériences génétiques hasardeuses cela donne un climat où âpreté, fureur, violence et sauvagerie sont le lot quotidien. Il n'y avait à mon sens que le trait de Ben Templesmith pour illustrer cette histoire imaginée par Ben McCool. Histoire prenante, des personnages très forts avec des répliques qui font mouche, je ne peu d'ailleurs pas m'empêcher de vous en livrer deux. L'inspectrice Flynn "coup dans les couilles" Walker: " Le plus court chemin pour toucher le cœur d'un mec ? Mon poing dans sa gueule!" et le collègue du héros Seaton "vermisseau" Price: " Un jour j'ai presque fait l'amour. Ça a été les plus belles quatorze secondes de ma vie" A lire forcément.
Les Divisions de Fer
Moi j'étais curieux de voir ce que la rencontre de deux princes de la BD de divertissement allait donner. Sur une série-concept, sur un genre déjà arpenté par Toulhoat, à savoir l'uchronie rattachée à la seconde guerre mondiale. Des chemins déjà balisés donc. Mais les deux compères s'en donnent à coeur joie. Le dessinateur me semble progresser à chaque album, et ici il me semble proche de la maturité, tout en gardant un trait caractéristique, fait de nervosité et de dynamisme. Son travail sur les couleurs est aussi très intéressant, nettement plus nuancé que dans Block 109. Dommage qu'il ne travaille pas sur les autres albums de la trilogie, mais il en assurera les couvertures, procurant une unité à l'ensemble. Jean-Luc Sala, lui, continue dans cette veine légère qui a fait son succès et son identité. Certes, ce premier tome n'est pas d'une complexité hallucinante, mais il permet de poser les bases d'un univers au minimum excitant. Et puis il y a aussi la volonté de s'ancrer dans la réalité, avec le personnage d'Eisenstein, par exemple. Le second tome me semble plus dense que le premier, curieusement, peut-être parce que Sala n'a pas besoin d'installer son univers cette fois-ci, et qu'on entre de plain-pied dans l'action. Une histoire relativement classique, mais plutôt bien menée, j'avoue avoir été un peu chagriné que l'heure du sommeil vienne scinder en deux ma lecture. Et j'avoue que la dernière planche m'a beaucoup plu, avec cette ellipse narrative de premier ordre. Le travail d'Afif Khaled est de grande qualité, seuls les visages des personnages japonais (si on peut parler de personnages...) m'ont semblé moins léché. La mise en scène, le dessin, le traitement des couleurs, les designs des mekas, tout est bon. Le tome 3 vient donc boucler l'histoire, avec le retour de Tania dans un affrontement entre mékas en Pologne. Et l'effacement ou presque du tome 2, qui a l'air de pouvoir se lire totalement indépendamment du reste. Bref, cette fois-ci c'est l'italien Martino qui est au dessin, et je suis beaucoup moins convaincu par son dessin que par celui des deux autres. C'est très statique, trop immature à mon goût pour que le plaisir de lecture soit optimal. Et c'est dommage, car le renversement de situation final vaut son pesant de cacahuètes pour son côté politiquement incorrect. Du pur divertissement. Du fun, qui faiblit sur le dernier tronçon de l'histoire.
Valois
Lors d'une séance de dédicace sur Isabelle la Louve de France, Calderon m'avait parlé d'un nouveau projet de Bd historique, mais sans rien dévoiler d'important, ni l'époque, ni le sujet. Autant dire que je retrouve avec un immense plaisir cet auteur dont j'admire le dessin depuis Les Voies du Seigneur, quand on tient un dessinateur de ce calibre, faut pas le lâcher ! Et ici, son dessin est toujours aussi somptueux, son talent graphique s'applique à illustrer une période importante de l'Histoire de France, qui survient en 1494, soit 40 ans après la fin de la guerre de Cent Ans. Le Moyen Age a pris fin depuis la mort de Louis XI en 1483, son fils Charles VIII trop jeune fut placé sous la régence de sa soeur ainée, la très avisée Anne de Beaujeu, épouse de Pierre de Beaujeu appartenant à l'une des plus grandes familles princières d'Europe, les Bourbons. C'est donc la Renaissance qui s'installe doucement, même dans les constructions, on le voit sur le château d'Amboise en début d'album, le style n'est pas encore généralisé, il y a d'abord la première Renaissance française, il faut attendre les conquêtes de Naples et du Milanais pour que l'influence italienne pénètre en France. Calderon a cependant dessiné un château nu, alors que Charles VIII, né à Amboise et qui voulait sa propre résidence, avait dès 1489 fait rénover cette vieille forteresse, c'était un véritable chantier, et normalement on devrait y voir la chapelle, c'est donc un oubli peu grave. Je redécouvre avec une grande joie une période charnière de l'Histoire qui me plait presque autant que celle de la guerre de Cent Ans. Le tome 1 est un album d'exposition, il est bien structuré même si on a l'impression qu'il n'avance pas vite, il sert à introduire tous les personnages qui sont nombreux, le va et vient entre les différents groupes est bien géré. Le tome 2 assoie l'intrigue qui prend son ampleur en s'articulant sur un fond historique très riche : les vues du roi de France sur son héritage italien, les relations entre le royaume de France et l'Italie des Borgia qui eux-mêmes sont soumis à des intrigues de palais (César Borgia est venu 2 ou 3 fois à la cour de France). On a aussi autour de ces personnages, des politiques parfois retors comme le cousin Louis d'Orléans (futur Louis XII qui succédera à Charles), la soeur Anne de Beaujeu, "la moins folle femme de France" avait dit d'elle son père Louis XI parce qu'elle était très intelligente, Anne de Bretagne (qui sera tenue de se remarier avec Louis XII après la mort de Charles), Pierre de Beaujeu ou le cardinal Briçonnet... Tous ces personnages réels constituent des sortes de guest-stars de luxe destinés à embellir le récit et à lui donner du corps, en servant de lien avec les véritables héros fictifs que sont le Français Henri de Tersac et l'Espagnol Blasco de Villalonga qui vivent une grande aventure. Mais sans les autres sus-cités, ils n'auraient guère d'intérêt. Et quand tout ceci est dessiné par Calderon, avec sa précision et son soin méticuleux, je ne peux que me réjouir, car il magnifie ses personnages (dans la réalité, Charles VIII était petit et plutôt mal bâti, Anne de Bretagne était menue et peu jolie, Anne de Beaujeu avait hérité du physique disgracieux de son père, et le pape Borgia était un vieillard laid), et il veille à des tas de détails sur les armes, costumes et constructions. Une superbe série qui se profile !
Jason et la Toison d'or
"Jason et la Toison d'or" est le 4ème volume de cette collection la Sagesse des Mythes, dirigée par l'ancien ministre de l'Education, Luc Ferry, et le premier d'un triptyque qui s'attaque à l'un des plus grands héros de la Mythologie grecque : Jason. J'ai très tôt été fasciné par cette légende, surtout après avoir vu le fabuleux film britannique "Jason et les Argonautes" qui illustrait de façon féerique ces aventures merveilleuses, autant dire qu'en lisant cette Bd, je me régalais d'avance, et mon attente n'est pas déçue, je suis vraiment conquis rien que par ce premier tome. Comme pour les autres albums de la collection, aucune liberté n'est prise avec la légende, les auteurs remontent loin dans l'histoire mythologique avec l'épisode d'Athamas et d'Ino, que j'avais complètement oublié et que j'ai révisé en lisant mon dictionnaire de la Mythologie, l'intrigue suit donc les récits connus, la narration est linéaire de façon à être bien comprise par les lecteurs peu connaisseurs de la Mythologie grecque. Ce prologue est un peu long, mais nécessaire pour bien comprendre cette histoire de Jason qui est assez fournie de par les nombreux périls que les Argonautes rencontreront durant cette expédition, il était difficile de la condenser, aussi la scénariste Clotilde Bruneau va à l'essentiel tout en offrant un ensemble cohérent en 3 albums. Ce premier tome conte la genèse de Jason, son enfance, son éducation avec Chiron puis sa confrontation avec Pélias lorsqu'il revient à Iolcos avec une seule sandale (l'oracle avait averti Pélias qu'il devrait se méfier d'un étranger à sa cour avec une seule sandale). Puis c'est le rassemblement des grands héros grecs, les futurs Argonautes, et la construction du bateau l'Argo. Comme la partie textuelle, la partie graphique ne verse pas dans l'intrigue fantaisiste, le dessin est une belle réussite et correspond bien à ce style de Bd, j'aime ce genre de graphisme pour illustrer de tels sujets, les décors sont fidèlement reconstitués, les visages des héros grecs sont parfaitement typés de façon à ce que le lecteur puisse les identifier facilement. Je ne vais pas anticiper les tomes suivants, mais d'après ce que je sais, l'expédition des Argonautes comprend plusieurs listes de participants ayant répondu à l'appel de Jason, elles reflètent le désir des cités grecques de rehausser les mérites de leurs propres héros. On y trouve donc selon ces variantes, le musicien Orphée, Zélès et Calaïs (les fils ailés de Borée) qui poursuivront les Harpyes, Pélée le père d'Achille, Télamon, Méléagre, Atalante (la seule femme de l'expédition) célèbre pour ses dons de chasseresse et de guerrière, les jumeaux Castor et Pollux, Lyncée (qui avait une vue supranormale), Augias, Thésée et Héraklès... sans oublier Argos qui a construit le navire Argo. Il faut savoir que le récit le plus complet de cette légende a été rapporté par Apollonius de Rhodes. Les tomes 2 et 3 continuent sur la même lancée en conservant une belle osmose entre narration et partie graphique, tous les obstacles rencontrés lors du voyage des Argonautes vers la Colchide sont montrés, sauf que je suis un peu déçu sur certains détails : autant le début dans le tome 1 était traité en prenant son temps, autant certains épisodes du voyage sont un peu expédiés, je pense notamment aux Roches Cyanées, ces redoutables et gigantesques murailles rocheuses qui se resserrent en écrasant les bateaux puis qui s'écartent, je trouve que ce n'est pas assez bien valorisé ; c'était un formidable épisode qui aurait pu être mieux montré. Autre déception : le dragon gardien de la Toison d'or n'est autre que l'Hydre de Lerne, Jason dut livrer un combat farouche en lui coupant ses têtes qui repoussaient sans cesse, et là, ce n'est qu'un simple dragon dont Jason coupe l'unique tête alors qu'il est endormi, j'ai trouvé ça très mesquin alors que ça pouvait donner de belles images. De même que le combat de Jason contre les soldats sortis de terre issus des dents de l'Hydre est moyennement exploité (dans le film, c'était des squelettes armés qui surgissaient de terre). Malgré ces relatives déceptions, l'ensemble reste très plaisant et ma note inchangée, c'est une belle histoire qui a été abordée de façon complète et assez fidèle aux récits de la Mythologie grecque, c'est donc encore une réussite dans cette collection Sagesse des Mythes (avec dossiers historiques à la fin de chaque album).
Le Dernier Atlas
Sans aucun doute l'une des uchronies les plus passionnantes que j'ai lues jusqu'à présent. Il faut dire que dans ce premier tome, la science-fiction est un peu au second plan et le genre qui domine est surtout le polar, ce qui a tout pour me plaire vu que c'est un genre que je préfère à la science-fiction. J'ai trouvé que le scénario était prenant. Il est complexe et on suit plusieurs personnages, mais à aucun moment je n'ai été perdu. J'adore l'ambiance mafieuse qui se dégage de l'album vu qu'on suit principalement un gangster qui est sans doute le personnage le plus intéressant du récit pour le moment vu qu'il a une personnalité complexe qui est bien exploitée par les auteurs. Le dessin est très bon. Ce premier tome se termine avec un cliffhanger qui me donne envie de lire absolument la suite. Pour l'instant, une des meilleures nouveauté de 2019 en ce qui me concerne.
Ailefroide - Altitude 3954
Tout d’abord, il y eut Soutine et son « Bœuf écorché », que le petit Jean-Marc passait de longs moments à contempler lors de ses visites au Musée de Grenoble. Puis, le coup de foudre pour l’escalade au cours d’une promenade avec sa mère. Ces deux événements en rapport avec deux disciplines en apparence très éloignées scelleront le destin de Jean-Marc Rochette, dont le parcours semble avoir toujours oscillé entre son amour pour la montagne et celui pour le dessin. Rebelle né, l’auteur grenoblois a toujours mené sa vie comme il l’entendait, malgré les remontrances de sa mère avec qui il entretenait des rapports parfois houleux, et celles de ses professeurs qui moquaient les « gribouillis » de cet élève peu docile avec l’autorité. Les multiples tentatives de découragement du système socio-éducatif n’auront fait que renforcer sa détermination à suivre ses envies, en s’échappant mentalement via le dessin, physiquement par l’escalade. On ne domestique pas les loups. « Ailefroide » est la parfaite synthèse de ses deux passions, permettant d’une certaine manière à Rochette de boucler la boucle. Le senior à la barbe et aux cheveux blancs peut aujourd’hui parler de l’ado fougueux qu’il était alors, avec tendresse et sans reniement malgré les années écoulées. Dans une narration très fluide, il évoque avec une sincérité qui fait toute la force de cette autobiographie, son gravissement sysiphéen vers un sommet qu’il n’atteindra jamais, celui qui a donné son nom au titre. Comme une métaphore de sa propre vie, avec cette impression que rien ne pourra vous arrêter dans cette compétition vers les hauteurs (à moins que cela ne soit qu’une fuite…), jusqu’au jour où survient l’accident, celui qui en principe « n’arrive qu’aux autres » et remet les choses en perspective de façon radicale. Un événement grave mais qui sauvera peut-être la vie de notre casse-cou en précipitant son choix définitif vers la bande dessinée, et débouchera sur la création de son personnage fétiche, le cynique et teigneux Edmond le Cochon… On l’aura compris, Rochette n’est pas du genre à s’avouer vaincu ! Graphiquement, le trait ne fait que confirmer le talent de cet auteur pour qui la montagne apparaît désormais comme un genre à part entière et a révélé une nouvelle facette de son art, après notamment l’humour punko-trash des années Actuel/L’Echo des savanes et son cultissime "Transperceneige", œuvre de SF adaptée dans une superproduction hollywoodienne au cinéma. Disposant d’une palette stylistique très étendue, Rochette recourt ici à son trait le plus âpre, où les stries rocailleuses des montagnes se retrouvent jusque dans les visages burinés par le soleil, toujours très expressifs, où l’on ressent quasi-physiquement la minéralité de la pierre et le coupant de la glace, à peine adoucis par le bleu pur des cieux. Si Jean-Marc Rochette n’a pas vaincu le sommet tant rêvé, il est en passe, avec cette aventure humaine puissante, de se hisser au panthéon du neuvième art. « Ailefroide » fait partie de ces œuvres à forte persistance cérébrale, incontestablement un must de l’année 2018, un pavé qu’on se prend en pleine tronche. Et fort heureusement, à l’inverse de ce qui se passe dans la BD, ce n’est ici qu’une image (seuls ceux qui l’ont lu pourront comprendre).
La Carte des jours
J’ai beaucoup aimé ce conte onirique qui mélange la réalité et les légendes. Le début est certes très abstrait, mais les réponses arrivent rapidement, le mystère se dissipe (on reste quand même dans le fantastique un peu mystique), et j’ai beaucoup aimé le dénouement. Le ton est très poétique et empreint d’une certaine nostalgie. Le dessin de Robert Hunter est épuré et élégant, et les couleurs vives apportent vraiment du cachet aux planches et contribuent grandement à l’ambiance générale de cet album. L’objet même est classieux, comme souvent chez ce petit éditeur britannique. Une chouette découverte en ce qui me concerne.
Dans la tête de Sherlock Holmes
Un de mes coups de cœur de l'année ! Sherlock Holmes est l'un des personnages de fiction les plus célèbres et depuis plus d'un siècle, il a été illustré, célébré, plagié, détourné de toutes les manières possibles, avec plus ou moins de bonheur, mais souvent avec inventivité. Difficile dans ce contexte d'être original. Et c'est pourtant ce que parviennent à faire les auteurs en nous emmenant au sens littéral dans la tête de l'horripilant détective. Benoît Dahan a déjà tapé juste et fort dans Psycho-Investigateur (Simon Radius), mêlant une approche psychologique à des enquêtes policières, avec une inventivité graphique qui fait de ses trop rares albums des chef-d'œuvres d'inventivité visuelle. Ici, il n'atteint pas le niveau de délire qu'il a développé dans L'Héritage de l'homme-siècle, mais son approche de l'intrigue policière confine au grand art. Alors qu'Holmes entraîne Watson sur la piste d'un de ces mystères qui excitent sa sagacité et le poussent à délaisser les drogues dont il abreuve son esprit. Nous suivons, au sens littéral, le fil rouge de sa réflexion tortueuse, mais implacable, en accédant sa “bibliothèque intérieure”, où les indices sont soigneusement stockés, rangés, croisés jusqu'à ce qu'ils s'assemblent et trouvent une explication logique. C'est une idée scénaristique et graphique remarquable ! Car habituellement, le détective garde pour lui tous ces éléments, plus quelques autres qui ne sont jamais révélés au lecteur, au grand dam dudit lecteur et de ce pauvre docteur Watson qui n'y comprennent rien. Et c'est seulement dans le dernier chapitre qu'il daigne remettre les pièces du puzzle en place en écrasant son auditoire avec sa grosse intelligence… Le procédé, indissociable du genre, rend imbuvable le personnage de l'enquêteur et j'ai souvent eu envie d'étrangler Holmes, Poirot ou Rouletabille… Ici le mystère à résoudre n'a que peu d'importance, c'est la démarche intellectuelle de Sherlock Holmes que les deux auteurs mettent à nu ; c'est original et passionnant. D'autant plus que le scénario est mis en valeur par quelques belles trouvailles graphiques (le fil rouge, la tête bibliothèque, le jeu de la transparence, la découpe de la couverture) qui justifieraient presque l'achat de l'album à elles seules. Vivement la conclusion de ce diptyque !
Torpedo
Abuli est un auteur assez prolifique, dont j’aime bien le style, le ton, souvent noir, et ici je trouve que c’est une de ses plus belles réussites. Accompagné de Thot au départ (2 histoires je crois), il est ensuite en duo avec Bernet. Et ça tombe bien, car je préfère le dessin de ce dernier, parfaitement raccord avec les histoires concoctées par Abuli : son utilisation d’un Noir et Blanc tranché, relativement gras, ajoute de la noirceur à des récits qui n’en manquent pas. Les histoires justement, tournent autour d’un tueur, Torpedo, totalement dénué de scrupules, voire de sentiments, qui exécute froidement ses contrats – en même temps que ceux qui sont désignés par ceux qui le payent. Il n’hésite ainsi pas à flinguer un vieil ami si c’est nécessaire à son business. Parfois accompagné de son acolyte Rascal (qui est son premier défouloir en fait), souvent en solitaire, il accumule donc les meurtres, et les conquêtes féminines. Il faut dire qu’il fait tomber autant les femmes (qu’il traite souvent avec machisme, voire mépris) que les cadavres. Et, cerise sur le gâteau, les dialogues d’Abuli sont remplis de cynisme, de dérision, d’un humour noir (surtout dans les chutes des histoires, souvent amusantes), ce qui rend assez jouissives les saillies du bonhomme (c’est souvent Torpedo lui-même qui nous narre ses aventures, sur un ton faussement dépassionné, très « professionnel » et froid, lui qui manque totalement d’empathie, de morale). Ce polar, se déroulant au milieu des malfrats des années 1930, est une des meilleures séries du genre (lecture fortement recommandée aux amateurs), et une nouvelle très bonne collaboration entre Abuli et Bernet, aussi auteurs du bon Snake et du très bon Sur Liste Noire entre autres.