Les derniers avis (9600 avis)

Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Humain
L'Humain

Lucas Varela m'a toujours épaté par la qualité de son trait. Une fine ligne claire singulière qui n'a de limite que dans son imagination. En ce sens le présent ouvrage pourra rappeler l'épatant Le Jour le plus long du futur tant son début également muet et le look des androïdes nous ramènent en terrain conquis. Pourtant cette fois "L'Humain" est écrit avec Diego Agrimbau au scénario avec lequel Varela avait déjà collaboré sur Diagnostics que je n'ai hélas toujours pas lu. Cette histoire emprunte effectivement sur le classique de H.G. Wells et sa machine à remonter le temps pour le contexte d'une planète Terre futuriste bien dévastée par son évolution. Si le titre porte bien sur les caractéristiques de l'Humain, c'est bien sous le regard sympathique de la droïde Alpha que toute l'histoire va se dérouler. On pourrait reprocher à l'ensemble d'être un brin classique et sans surprises. Pourtant la mise en scène est au diapason avec une nouvelle fois le bonheur de retrouver les dessins précis de son auteur mais également une magnifique colorisation mettant le rouge et le gris à l'honneur pour une parfaite compréhension. En dire plus serait bien dommage mais l'histoire grimpe rapidement en intensité, en violence et en intérêt pour une conclusion en apothéose sur le devenir de notre humanité.

09/10/2019 (modifier)
Par Laure B
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Sous les arbres
Sous les arbres

C’est d’abord un joli album à l’italienne, marque de fabrique des publications des éditions de la Gouttière à destination des plus petits. C’est ensuite une jolie évocation des couleurs de l’automne : du roux, du feu et du mordoré. C’est aussi les animaux de la forêt dessinés à la manière des artistes de Disney. C’est enfin une jolie histoire toute mignonne et toute simple sur ces gens ronchons, grognons, grincheux, bougons, qui peuvent aussi se révéler des personnes providentielles malgré tout !

09/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Un destin de trouveur
Un destin de trouveur

Pour qui ne connaîtrait pas encore "les Contes de la Pieuvre", une œuvre qui s’annonce d’ores et déjà colossale et dont le premier tome, La Malédiction de Gustave Babel, avait déjà fait pas mal de bruit, il s’agit d’une fresque, aux dimensions quasi-hugoliennes, consacrée à une organisation criminelle contrôlant le Paris de la fin du XIXème siècle… mais située dans un univers uchronique où coexisteraient (difficilement) humains ordinaires et mutants de type X-Men « à la française ». Débutant par un court mais poignant retour sur la Commune de Paris et sur le sacrifice de celles et ceux qui ont cru aux valeurs démocratiques et modernes qu'elle défendait, "Un Destin de Trouveur" se pose d'emblée en livre politique, ce que chaque ouverture de chapitre - citant un extrait-clé du "Contrat Social" de JJ Rousseau - va bel et bien confirmer. Derrière une fiction extraordinaire, fonctionnant à nombre de niveaux différents, Gess, seul responsable à bord puisqu'il joue tous les rôles (scénariste, dessinateur, coloriste, lettreur...), passe ici un puissant message, dont la pertinence reste totale plus d'un siècle après les évènements qu'il imagine : l'arrogance des puissants - qu'ils soient membres de l'Etat ou de la pègre - envers le peuple sans lequel ils ne sont pourtant rien, la position de victime de la femme, systématiquement exploitée, violentée, littéralement dévorée par le système, la nécessité de la révolte, même si les limites de la violence sont évidentes… autant de thèmes, de prises de positions engagées qui ennoblissent "Un Destin de Trouveur". Mais ce qui fait de ce livre un triomphe absolu, et une lecture aussi captivante que régulièrement bouleversante, c'est bien la force de son histoire, ainsi que la puissance de personnages dont aucun n'est anodin. On est saisi par un romantisme puissant, qui évoque pleinement la « grande littérature française » du XIXe siècle, quelque part entre Hugo et Dumas, avec quelques touches d'Eugene Sue que cette peinture un peu feuilletonesque bas-fonds de Paris rappelle inévitablement : nous nous rendons bien compte en écrivant ça que ces comparaisons, alors que l'on parle d'une « simple BD » (?) peuvent sembler excessives… Pourtant ce sont des références qui viennent immédiatement à l’esprit du lecteur quand il s'enfonce dans l'univers richissime, les situations moralement complexes et l'atmosphère d'inévitable tragédie de "Un Destin de Trouveur". Cette dimension très « culture française » lui permet en outre de se démarquer totalement de ses éventuelles références aux univers stéréotypés des superhéros US, tout en s'inscrivant parfaitement dans des sujets contemporains (serial killer, univers parallèles, etc.) qui vont immanquablement plaire au public de notre époque. De plus, l'absolue crédibilité « historique » de ce qui est - quand même - un univers imaginaire, est assurée par le travail remarquable que Gess a visiblement pour fait retrouver la topographie de Paris et de ses alentours, ainsi que l’apparence de lieux que l’on peinera forcément à reconnaître tant ces paysages champêtres de la Région Parisienne sont désormais éloignés de ce que nous connaissons en 2019. Tout Parisien ne pourra ainsi que se régaler devant la description précise d’un trajet de deux jours à cheval de la banlieue Nord de Paris jusqu’à la forêt de Fontainebleau ! Au sein d’une réussite aussi flagrante, les choix de Gess dessinateur sont ceux qui peuvent le plus prêter flanc à la critique : alors que le trait est magnifique, évoquant parfois celui d’un Moebius de l’époque Metal Hurlant, et que Gess est visiblement un maître absolu de la dynamique au sein de ses cases, conférant une énergie sidérante à certaines scènes, la fluidité de lecture de "Un Destin de Trouveur" souffre légèrement d’une concentration exagérée du récit en un minimum de cases. Ce choix, certes logique, permet au livre de ne pas trop dépasser le format déjà imposant des 200 pages, mais il faut bien avouer qu’il y aurait facilement ici assez de matière pour dessiner 500 pages sans épuiser pour autant la richesse des situations décrites (Hugolien, on vous dit !). Plus aéré, avec un peu plus de temps morts et de respiration dans le déroulement du récit, "Un Destin de Trouveur" aurait sans doute mis son lecteur plus à l’aise, en lui évitant d’avoir à littéralement déchiffrer certaines cases remplies « jusqu’à la gueule » d’informations. Il s’agit là, nous en sommes bien conscients, d’un reproche presque injuste tant, répétons-le, la puissance romanesque sublime du livre nous emporte de toute manière de la première à la dernière page… Soulignons enfin la beauté de la toute dernière partie du livre, de ce chapitre « bonus » rajouté alors que la tragédie est déjà définitivement bouclée : Gess y offre généreusement une vie propre - bien méritée - à un personnage intriguant qui n’a été que secondaire jusque-là… et ouvre possiblement la voie au troisième tome des "Contes de la Pieuvre", qu’on est avide de lire le plus vite possible.

08/10/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Dédales (Burns)
Dédales (Burns)

Depuis sa dernière trilogie Toxic, Charles Burns a pris le goût de la couleur. Cette nouvelle oeuvre conserve le format et la colorisation des albums précédents. Que nous réserve ce premier tome en guise d'introduction ? Charles Burns semble plus sage et plus posé qu'auparavant, la touche fantastique qui émaillait de Black Hole ou de Fleur de peau semble ici être légèrement mise de côté si ce n'est par quelques rêves dérangeants (serait-ce des hallucinations ?) ou quelques croquis inspirés du bestiaire de Lovecraft. Sous couvert d'une banale historiette d'amours adolescentes, Burns revisite tout un pan du cinéma fantastique d'antan et ose même le citer ouvertement. En effet le prodigieux film "L'Invasion des profanateurs de sépultures" ou "Invasion of the Body Snatchers" de Don Siegel sous son nom d'origine est reproduit scrupuleusement lors d'une séance cinéma rappelant à son tour une scène du film "Donnie Darko". Brian le geek cinéphile et la jolie Laurie sont tour à tour narrateurs, se cherchent, hésitent... L'histoire est finalement pleine de simplicité. C'est surtout l'ambiance qui est particulière car on devine que tout va bientôt s'écrouler comme un château de cartes. Les 64 pages se lisent facilement et avec avidité. Si Charles Burns semble assagi en signant ici son oeuvre la plus accessible au grand public (pour le moment), il n'a rien perdu de sa superbe au crayon en nous gratifiant comme à son habitude de dessins fabuleux et inspirés, un régal de chaque instant pour les yeux et en lisibilité. C'est donc bien trop peu pour l'instant mais le tout est intriguant... Vivement la suite.

08/10/2019 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Love Nest / Nid d'Amour
Love Nest / Nid d'Amour

Acheté dès sa parution, ce petit bouquin au format carré intrigue déjà par sa couverture représentant une météorite argentée perdue dans le néant. Est-ce donc cela le "Love Nest" ou plutôt nid d'amour sous le regard de Charles Burns ? Pour moi il ne s'agissait ni d'une bande dessinée, pas vraiment non plus un artbook et son contenu ne le rend pas aisé à chroniquer... Pour tout curieux le feuilletant, il ne s'agira que d'illustrations en noir et blanc (dont 3 en couleurs pour la préface) représentant des scènes grotesques de vamps, de monstres ou de scientifiques tous droits sortis d'un quelconque récit E.C Comics. Parfois érotiques, souvent prises sur le vif, ces vignettes (1 par page) semblent raconter une histoire dont il faudra relier les cases par sa seule imagination. Cette construction en miroir pourra échapper à certains, mais la maîtrise des dessins et l'émotion ou angoisse distillées sont parfaitement saisissantes. Charles Burns est-il un escroc ? Un auteur surestimé dont les dessins hypnotiques lissent les défauts d'une narration éclatée ? Probablement ... et probablement pas. "Love Nest" se déguste à la fois donc comme une bande dessinée ET un artbook dont chaque relecture délivre une histoire différente mais captivante. Fascinant.

07/10/2019 (modifier)
Par Spooky
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Je suis rivière
Je suis rivière

Voilà un album assez difficile à mettre dans une case, et c'est tant mieux. En effet en apparence nous suivons les aventures de Louise, une jeune paysanne de 1850, qui décide de tout plaquer pour retrouver un jeune homme qui l'a secourue d'une agression. Ses recherches l'amènent à suivre les cours de la Bièvre, un affluent de la Seine à Paris, et dont la vie va curieusement suivre l'histoire du cours d'eau. Elle va ainsi être utilisée comme force de travail, se retrouver détournée de son cours, mise sous terre... Il s'agit donc autant d'un roman graphique que d'une sorte de fable naturaliste. Mais alors que le cours de la rivière a été entièrement recanalisé puis mis sous terre au fil des décennies, jusqu'à se jeter directement dans les égouts de la capitale ; la tendance de ces 30 à 40 dernières années est de lui faire retrouver l'air libre, et de l'assainir. J'avais découvert le travail graphique de Nina Luec dans Yan' Dargent, et beaucoup aimé. Ici encore elle fait preuve d'une grande sensibilité, s'emparant d'un sujet fort de société (le patrimoine naturel) trop souvent étouffé en Ile de France, au propre comme au figuré. Charmant. A noter que l'album propose de nombreux bonus : illustrations, photos des différents lieux traversés par la Bièvre, carte du parcours de Louise...

07/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Attends
Attends

Nous parlons ici non pas d'un nouveau Jason, auteur norvégien idolâtré par certains (dont nous faisons partie...) de ce que l'on pourrait qualifier - de manière musicale - de "BD indie", mais de la réédition chez Atrabile de son premier et remarquable ouvrage, "Attends...", datant de vingt ans déjà... Vingt ans : un gouffre, rempli par le ressassement d'une vie "ratée", mais aussi le temps de juste prononcer un simple mot avant que votre univers s'effondre. Peut-être parce que le temps - qui passe, trop vite, trop lentement, et qui nous tue... - est fondamentalement le sujet du livre, "Attends" n'a pas pris une ride : au contraire, ces cases soigneusement rangées, souvent sans dialogues, parfois systématiquement répétées, habitées par des personnages aux yeux vides qui nous ressemblent inexplicablement, sont depuis devenues pour nous un univers absurdement familier, qui nous rassure et nous terrorise à la fois... puisque les cauchemars "mous" de Jason sont les nôtres. Oui, il est étonnant de réaliser combien le "style" de l'auteur n'a pas évolué depuis ce premier livre - qui avait fait son petit effet dans le monde de la BD en 2000 -, ou, pour l'exprimer plus justement, combien toute la grandeur, toute la force de son Art étaient déjà présentes, et d'une redoutable efficacité dans "Attends...". Bien sûr, il y a d'abord dans "Attends..." ce coup de force narratif qui ne nous laisse toujours pas un indemnes en 2019, et que nous ne pouvons en aucune manière spoiler : d'une évidence et d'une audace telles que très peu d'auteurs (de livres "conventionnels", de scénarios de films...) osent l'utiliser, cette rupture terrifiante d'une narration entamée sous le signe d'une chronique d'enfance douce et un peu surréaliste nous projette, hagards, dans la réalité d'une vie "foutue" qui ressemble quand même beaucoup à la nôtre, qui que nous soyons. Répétition interminable de rituels de (sur)vie, tristesse insondable nourrie de regrets de ce qui aurait pu être et de remords quant à ce que nous n'aurions pas dû faire, tout est déjà exprimé dans le titre anodin et pourtant terrible du livre : car on n'attend jamais assez, même si l'on passe sa vie à attendre quelque chose qui ne viendra (plus) jamais, qui ne peut plus advenir. Et à la fin, parce qu'on a grandi trop vite (un jeu de deux cases saisissantes), puis vieilli trop vite, il n'y a que la nostalgie mortifère d'une enfance saccagée. Et puis la Mort. Qui n'attend pas.

05/10/2019 (modifier)
Couverture de la série Mon ami Dahmer
Mon ami Dahmer

Ne connaissant pas encore l'oeuvre à l'excellente réputation de Derf Backderf - l'aborder sous l'angle de son plus célèbre ouvrage, "Mon Ami Dahmer" (qui m'a été offert par un ami qui a très bon goût...), avait tout d'une évidence, pour moi, qui suis fan d'une certaine école "classique" du comics façon Crumb. Le graphisme de Backderf désoriente tout d'abord, avec cette "rectangularité" des visages et des corps, dont on craint qu'elle ne prive le livre de ces émotions qu'on associe plutôt à une certaine liberté des formes... Et puis on s'habitue, et on est surpris au contraire devant la subtilité des sentiments qui naissent, au détour de scènes remarquables par leur construction (... très cinématographiques, il est vrai, mais c'est désormais presque incontournable dans la BD, tant le cinéma est devenu la manière "normale" de raconter des histoires. On pourrait d'ailleurs réfléchir à la façon dont les "livres en images" originels sont devenus des "films dessinés" !). La simplicité apparente des cases et de leur enchaînement crée ainsi, plus on avance dans le livre, une impression de trouble, puis de vertige existentiel, qui contribuent beaucoup à la force de l'histoire racontée. Et cette histoire, ce n'est évidemment pas rien, puisqu'il s'agit de narrer ici l'enfance d'un serial killer célèbre et monstrueux, vue par ceux qui l'ont côtoyé durant ses années de collèges. Logiquement, le récit est extrêmement précis et bien documenté, puisque Backderf n'a pas seulement fait confiance à sa propre mémoire, mais il a conduit une enquête approfondie avant de nous livrer ce qui a tout de "l'oeuvre d'une vie". "Mon ami Dahmer" se présente comme l'analyse des éléments qui ont pu amener à un tel Dérapage d'un adolescent - dont les circonstances étaient certes difficiles (parents en crise, puis plongés dans un divorce haineux, désirs homosexuels inexprimables dans la société de l'époque...), mais pas forcément si différentes de millions d'autres. Néanmoins, l'aspect le plus intéressant du livre réside dans la cécité manifeste de tous par rapport aux comportements de plus en plus alarmants d'une personne qu'ils côtoyaient quotidiennement. Ce "Comment est-il possible qu'ILS n'aient rien vus ?" devient, inévitablement sans doute, un fascinant "Comment est-il possible que JE n'ai rien vu ?", voire un "... que je n'ai rien FAIT ?", forcément angoissant. Bien sûr, Dahmer n'a jamais été vraiment un "AMI" de Backderf, juste un sujet de plaisanterie, abandonné sans un seul regard dès qu'il est devenu trop encombrant, trop dérangeant, trop incompréhensible. Et il est clair en lisant le livre que ce qui en constitue le "point aveugle" et en même temps la "pierre de touche", c'est la question de la responsabilité, voire la culpabilité à la fois générale (de l'école, des enseignants, des voisins, etc. ) et individuelle. La coupable indifférence de Backderf lui-même, vis à vis d'un être en perdition, qu'il "ose" qualifier en titre de son livre de son "ami Dahmer"... C'est bien pour se libérer de tout cela que Backderf a dû écrire ce livre, qui lui a pris une bonne partie de sa vie adulte. Pas sûr pourtant qu'il ait réussi à chasser ses démons. Ni qu'il ait réussi à s'avouer à lui-même la nature de son trouble.

05/10/2019 (modifier)
Par Raoul
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Là où nos pas nous mènent
Là où nos pas nous mènent

Dans un monde où des hommes à tête d'oiseaux ou de chats vivent comme aux temps préhistoriques, un clan va partir sur les routes. Ce qu'ils trouvent en chemin ce sont d'autres clans avec lesquels les personnage discutent et partagent leurs connaissances. À travers cette marche et ces différents clans, ce sont des pas en avant technologiques qu'ils découvrent, avec leurs avantages mais aussi leurs inconvénients jusqu'à tomber sur un clan qui a inventé la notion de frontières... Cette BD est intéressante et se lit vite, le style de dessin est assez simple (noir et blanc) mais il est efficace et sied bien à l'ingénuité des personnages.

03/10/2019 (modifier)
Couverture de la série La Fleur dans l'atelier de Mondrian
La Fleur dans l'atelier de Mondrian

Que voilà un bel objet. Oui, je l’avoue et même si ce n’est pas dans mes habitudes, j’ai acheté cet album avant toutes choses pour son traitement graphique. Je suis hypnotisé par le trait d’Antonio Lapone. J’aime ses personnages, j’aime son découpage, j’aime sa colorisation, j’aime son style atome. ‘tain, je passerais des heures à contempler béatement certaines cases, quitte à m’en exploser la rétine. Et je ne dois pas être le seul car si cet album est édité en un très grand format, ce n’est pas sans raison. Quant au sujet du livre, à savoir une évocation de Piet Mondrian, il m’intéressait beaucoup plus moyennement. Peintre néoplastique dont le tableau le plus connu (« Composition en rouge, jaune, bleu et noir ») passerait chez l’inculte pour une nouvelle gamme de déco pour meubles de cuisine Ikea, ce personnage est cependant digne d’attention. Et, soyons honnête, je suis assez sensible à ses peintures même si je n’y comprends pas grand-chose. Mais les auteurs ont l’intelligence de se centrer sur le personnage plutôt que sur son oeuvre. Et le talent de l’évoquer comme on peindrait un tableau : par petites touches qui s’accolent, s’imbriquent, se superposent pour nous offrir en définitive un portrait d’ensemble. Le découpage divise ce récit en de très courts chapitres unis par un fil narratif fugace, une liaison amoureuse à sens unique entre Mondrian et une jeune femme dont finalement on ne saura pas grand-chose. Et au travers de cette évocation, on découvre un personnage austère, semblant dépourvu d’émotions mais amoureux fou de la danse et de Paris, allergique au vert (d’une allergie absolue et maladive), passionné, habité même par une vision de la peinture qu’il était incapable de transmettre : un être fascinant en somme, mais totalement insaisissable. Le tableau est léger, aéré et l’album se lit d’ailleurs très vite. Je suis arrivé à la fin sans vraiment le réaliser (il n’y a pas de véritable conclusion à ce récit) mais je garde une agréable impression d’ensemble. J’en sais un peu plus sur ce personnage et, surtout, j’ai effectué un beau voyage graphique (qui se prolonge longuement dans les bonus de fin d’album car le récit tient dans un format classique de 48 pages quand le livre, lui, en contient 88). Si vous n’êtes sensibles ni à Mondrian et à son œuvre ni à Antonio Lapone et à son style, franchement je ne vois pas pourquoi vous liriez cet album… mais dans le cas contraire, voici un objet qui vaut bien plus qu’un simple regard distant.

02/10/2019 (modifier)