Un défi aux principes de la BD, vraiment sympathique : comment nous rendre des personnages attachants sans jamais qu'on puisse voir ni leur visage ni même leur silhouette !
C'est donc une histoire de meurtre(s) où l'on ne voit ni les morts ni les vivants. En revanche, on entend. Pas d'enquêtes, pas de policiers ni de sang, mais des indices, posés ça et là dans les conversations, qui amènent le lecteur à comprendre qui sont les personnages, leurs liens entre eux, leurs motivations , leur histoire. Oui mais que voit-on alors ? Tout simplement les maisons où ont lieu les dialogues, presque toujours vues de l'extérieur.
Bref, l'idée est intéressante et le résultat réussi :
1. de bons dialogues, drôles et qui font avancer l'histoire, avec une couleur de bulle pour chaque personnage (on n'est pas perdu).
2. le dessin des maisons où ont lieu ces conversations. Expressif et coloré, avec des effets de répétition, de déformation, il nous ouvre l'imaginaire sur l'histoire des personnages.
3. un scénario et un découpage efficace. La présence de la radio permet de faire entrer les éléments qui n'auraient pas de sens dans les dialogues et relie les maisonnées dans une même écoute.
Un petit plus : la préface de Fabcaro met en appétit, et le format, 17,5/24cm, est parfait pour lire au lit !
Voici une petite série très méconnue qui s'inscrit dans la plus pure tradition de la BD franco-belge classique. On peut la cataloguer comme une série jeunesse car elle en a toutes les composantes, et elle prouve encore si besoin était qu'à cette époque de création, les auteurs prenaient très au sérieux leur travail (quelque soit le lectorat visé), et offraient de bonnes Bd, soignées, d'un bon esprit et sachant distraire jeunes et moins jeunes. J'ai été véritablement enchanté de cette découverte récente, par le style semi-humoristique avec un zeste de réalisme, les multiples rebondissements, les personnages sympathiques, la chouette colorisation d'époque... tout ceci est très agréable à lire.
Les 2 personnages principaux sont des ados qui se baptisent détectives amateurs et qui sont visiblement inspirés de Tif et Tondu, c'est une série née en 1959 dans les pages du supplément jeunesse du journal belge Le Soir (Le Soir Illustré), et qui fut publiée ensuite dans le journal Spirou entre 1978 et 79. Le plus étonnant, c'est que de nombreux dessinateurs ont travaillé dessus, comme Peyo qui crée les personnages qu'il passe à Will, puis c'est Azara, Walthéry, Francis et Mittéï pour les décors ; les scénarios verront tour à tour la plume de Vicq, Derib, Gos et Roger Leloup. Curieusement, les seuls albums qui paraitront dans les années 80 chez Dupuis, seront les récits dessinés par Walthéry, ce sont ceux-là que j'ai lus, les autres ayant été injustement oubliés.
On reconnait le dessin de Walthéry qui n'avait pas encore crée Natacha, il produit un dessin très formaté journal Spirou, qui hésite entre ceux de Roba et Jidéhem, j'aime beaucoup ce type de graphisme, les décors et les fonds de case sont également très soignés. Bref, voila une série qui s'arrêtera en 1968 mais qui est très séduisante. A découvrir si vous aimez les bandes dans le même style, genre Tif et Tondu.
Je suis tombé dans la grande brocante bordelaise des Quinconces sur un lot (hélas incomplet) de fascicules de cette série pédagogique qui a été lancée dans le sillage de Histoire de France en Bandes Dessinées, entre 1978 et 1980. Je n'ai pu avoir que les tomes suivants :
T2 l'Aventure des Vikings
T6 Cortès au Mexique
T7 Pizarre chez les Incas
T15 les Révoltés du Bounty
C'est pas beaucoup mais ça tombe bien parce que ce sont des épisodes historiques qui m'intéressent ; le gars m'a dit que la prochaine fois, il est fort possible qu'il en ait d'autres, donc j'espère, et en plus il m'a fait un prix.
Bon, c'est du beau travail, identique à ce qu'a fait Larousse sur sa précédente série qui avait largement cartonné en 1976, l'éditeur du dictionnaire remet le couvert en suivant la même direction (2 récits par tomes) et en rameutant la même équipe de prestigieux dessinateurs qui avaient déjà oeuvré sur Histoire de France en Bandes Dessinées, même si la formule évite le ton trop scolaire, préférant une suite de tableaux, d'anecdotes et de scènes éparses, en s'attachant à chaque fois à un grand personnage. Ici, il n'est pas seulement question de l'Histoire de France, mais de raconter l'histoire de grands découvreurs et d'explorateurs (Stanley et Livingstone, James Cook, le corsaire Francis Drake, Marco Polo, Vasco de Gama, le tour du monde de Magellan, Jacques Cartier qui découvre le Canada, Christophe Colomb ou encore l'aventure du Pôle Nord). Le but n'est pas de faire apprendre le monde, mais d'en donner une couleur, une tonalité, un aperçu de ce que des hommes ont pu ramener de leurs voyages, parfois ça s'est mal passé (Cortès, Pizarre, Scott), et pour d'autres ce fut de grandes victoires. Et quand c'est illustré par des cadors du dessin comme Manara, Marcello, Buzzelli, Enric Sio, E.T. Coelho ou Bielsa, on ne peut que saluer cette réussite dans le domaine de la BD éducative.
Enfin j'ai pu lire cet album, qui contient les deux premières mini-séries sur The Mask. Je l'attendais depuis que Delirium avait annoncé sa parution et je ne fus pas déçu. Tout le monde connait le film des années 90, mais beaucoup moins les comics qui sont plus violents et remplis d'humour noir.
Car oui lorsqu'on connait uniquement la version du personnage joué par Jim Carrey, on risque d'être surpris. Par exemple, alors que dans le film le personnage agissait comme dans un dessin animée de Tex Avery, là on est plus dans du Itchy et Scratchy vu que le personnage passe son temps à tuer. D'ailleurs si le personnage de Stanley est un loser comme dans le film, sa personnalité change après qu'il passe une bonne partie de la journée à porter le masque magique et il passe son temps à régler son compte à ceux qui lui ont fait du mal et il subira rapidement les conséquences de ses actes.
Le scénario est bien construit. L'auteur mélange bien l'humour noir cartoonesque et le drame policier. Les scènes d'humour avec le Mask fonctionne bien et j'ai éclaté de rire à plusieurs reprise. L'album contient deux mini-séries qui se complètent parfaitement, la deuxième étant la suite directe de la première. Une bonne idée du scénariste est que plusieurs personnes porteront le masque, ce qui permet de renouveler un peu les situations. Un point négatif est qu'il y a tellement de criminels dans ces deux récits que je me suis un peu perdu vu que la moitié d'entre-eux sont assez génériques et il n'y en a seulement que quelques-uns qui sortent du lot dont le magnifique Walter qui est une des grosses brutes les plus mémorables de la bande dessinée américaine.
Le dessin est pas mal quoique ça se voit que le dessinateur était un débutant à l'époque parce qu'au début le dessin manque un peu de maîtrise par moment . Heureusement, ça s'améliore au fil des pages et les différences entre les premières et les dernières pages de l'album sont incroyables. Il reste les couleurs qui risquent de faire trop vieillot pour certains lecteurs, mais moi j'ai bien aimé. Le coté cartoon du Mask est bien maîtrisé par le dessinateur même si au début je trouve que ses scènes manquent un peu de dynamisme.
En tout cas, les amateurs d'humour noir et de comics américains indépendants vont je crois apprécier cet album. J'espère que l'éditeur va sortir les autres mini-séries du Mask un jour.
Purple Heart est une série qui rend hommage aux polars américains du début des années 50. Les images d’Epinal sont nombreuses (avec quelques très belles compositions d’un classicisme absolu), les personnages sont des stéréotypes du genre (à commencer par le privé qui anime la série) et l’intrigue est rondement menée et plutôt bien foutue. En fait, tout ça sent l’imper usé, le holster en bandoulière et la vieille chemise blanche aux aisselles marquées. Les pin-up sont également de sortie (rien d’étonnant quand on connait les productions du duo) et régulièrement dénudées. Et même les textes, qui alternent une narration très littéraire (jusque dans la calligraphie choisie) et des dialogues plus percutants dans lesquels pointe régulièrement un soupçon de cynisme, renforcent ce sentiment d’être dans un récit de genre.
C’est autant classique que classe… Du déjà-vu me diront les esprits chagrins mais, franchement, si vous aimez ce type de polar, si vous aviez (comme moi) été séduit par Lou Cale, cette nouvelle série dispose de fameux arguments pour vous convaincre. Et, cerise sur le gâteau, il s’agit d’histoires en un tome, ce qui permet de ne pas se sentir frustré à la fin de sa lecture… tout en ayant envie de découvrir le tome suivant.
Reste que le titre de la série et l’introduction me sont apparus artificiels. Ils font références au passé de soldat et de héros de guerre du personnage principal… mais ces éléments ne jouent pas de rôle majeur dans l’intrigue. Ils expliquent juste certaines relations que possède Josuah Harrison. La suite de la série nous apportera sans doute quelques éclaircissements sur ce choix. Et si ce n’était pas le cas, et bien ce n’est pas bien grave car il s’agit en fin de compte d’un détail.
Retenez juste que Purple Heart, c’est du récit policier très genré, très classique, soigné et parfaitement maîtrisé. Et si vous êtes amateurs du genre, je ne vois pas de raison de vous priver de ce petit plaisir coupable.
Si « Friends » s’intéressait à la politique…
On retrouve dans « Angie Bongiolatti » les ingrédients qui ont fait le succès de la série télé ci-dessus, mais aussi des albums BD du genre (je pense notamment à De mal en pis) : les potes, les relations amoureuses entre personnages, le sexe (assez présent), les soucis au boulot…
Sauf qu’ici, les protagonistes sont très politisés, militants de gauche voire extrême-gauche, avec au programme des manifs contre le capitalisme, des discussions sur le socialisme et le communisme, des meetings politiques etc. J’ai trouvé le tout digeste et intéressant (sauf les courts passages inter-chapitres, qui me sont complètement passé au-dessus de la tête) et globalement assez juste. Il en ressort un message assez proche des valeurs du « socialisme démocratique » qui fait chaud au cœur. La liste de lectures recommandées en fin d’album inclut Arthur Koestler, Langston Hughes et Christopher Hitchens (pour vous donner une idée). George Orwell est aussi souvent cité. Le contexte historique est aussi bien vu, l’histoire prend place après les attentats de 11/9, alors que la machine de guerre de George Bush Jr tourne à plein régime.
Cet album m’a passionné et je l’ai englouti en une traite malgré les 240 pages.
Cela faisait bien longtemps que je souhaitais enfin voir publié ce fameux Cinéaste. Pourquoi ? Même s'il est considéré à part entière comme un One-Shot et peut en effet se lire en tant que tel, le Cinéaste constitue le 3ème opus des aventures friponnes rétro des personnages imaginés par Labrémure dans Mahârâja et Nuits Indiennes dont il est la suite directe. Et peut-être également sa conclusion finale même si les auteurs n'excluent pas une autre aventure.
Et quelle aventure mes aïeux ! Derrière la splendide illustration de couverture se cache un joli prétexte à moult cochonneries. Car si certaines pages ne sont pas à mettre devant les yeux des têtes blondes comme des coincés du bulbe, Labrémure construit un joli vaudeville que Georges Feydeau n'aurait pas renié si les mœurs de son époque (les mêmes que celle du présent ouvrage d'ailleurs) lui auraient laissé carte blanche.
Grosso modo on retrouve la plantureuse cambrioleuse rousse des précédents opus dans une sombre histoire de chantages liés à des films sans paroles impliquant tout le gratin bourgeois de Marseille. Ou comment parler du problème des Sex-Tapes actuelles dans une époque révolue. C'est plutôt malin car Artoupan nous gratifie de quelques scènes bien olé-olé dans un splendide noir et blanc. Ici les masques tombent et chacun veut racheter d'une façon ou d'une autre son honneur perdu quitte à utiliser quelques stratagèmes pas très catholiques.
Le tout baigne dans une ambiance bon enfant et prête même au sourire mais malgré toutes ses évidentes qualités, le Cinéaste se veut malheureusement également le plus faible opus de cette trilogie. Cet album est bien plus sage en cabrioles lubriques que Mahârâja et on y rit beaucoup moins que dans Nuits Indiennes.
Rien de désagréable en somme mais lorsqu'on a goûté à l'excellence des deux premiers opus, on en ressort un peu moins rassasié pour ce qui aurait dû constituer le clou du spectacle.
On passe malgré tout un excellent moment qui passe bien trop vite tant les 48 pages s'avalent comme du petit lait et qu'on prend plaisir à reluquer les dessins de toute beauté concoctés par Artoupan ou à rire des réactions grotesques des libertins impliqués à défendre leur honneur coûte que coûte. Il est également utile de préciser que lire Mahârâja et Nuits Indiennes constitue un avantage considérable pour y comprendre certaines subtilités mais que le Cinéaste peut se lire complètement comme une histoire indépendante.
Dans tous les cas, il m'a clairement donné l'envie de relire les précédents travaux de ce duo atypique et qu'on espère vite retrouver pour d'autres carambolages érotiques ou (d)ébauches graphiques. :)
Même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, je le trouve intéressant et bien pensé dans sa conception. Plutôt que de simplement nous narrer l’histoire du clan de Marrons qui se trouve au cœur même du récit, les auteurs vont se servir d’une rencontre, historiquement véridique, entre un explorateur et cartographe français et un descendant des premiers Bonis pour nous faire découvrir ce pan de l’histoire.
Pour ceux qui l’ignoreraient, le qualificatif de Marrons désignait les esclaves évadés qui s’étaient réfugié dans des zones difficiles d’accès pour y recréer une vie en société. Le bayou aux USA, les cirques quasi inaccessibles de l’Ile de la Réunion ou, dans le cas présent, les denses forêts de la Guyane et du Suriname étaient alors des refuges pour des bandes qui versaient la plupart du temps, et faute d’autre échappatoire, dans la criminalité organisée (meurtres, vols, massacres de familles d’esclavagistes, etc…).
Le destin des Bonis est éloquent et très bien raconté au travers de cet album. C’est le premier atout du livre, cette retranscription réaliste de la naissance, de l’évolution puis enfin de la reconnaissance légitime de ce clan est historiquement très intéressante.
La scène d’ouverture est totalement révoltante et témoigne d’une époque et d’un état d’esprit que l’on rêverait de ne plus jamais revivre. C’est une excellente entrée en matière qui nous fait comprendre et partager toute la haine que ces esclaves devaient ressentir face à leurs ‘maitres’. Mais l’évolution de ce clan, avec des choix politiques à faire, des dissensions, des trahisons internes ou externes, et l’adaptation à un milieu qui n’était pas le leur, tout cela est également très instructif.
Comme je l’ai dit plus avant, ce récit nous est conté via deux personnages ayant réellement existé : Jules Crevaux (un médecin et explorateur français) et Apatou, piroguier de l’expédition et descendant de Bonis. Leur relation, qui va évoluer au fil de cette expédition pour se transformer en une véritable amitié, est un bel exemple de fraternité. Et cette relation nous permet de partager le quotidien de cette expédition d’un autre siècle et par là même de découvrir l’environnement dans lequel ces Bonis vivent. C’est le deuxième attrait du livre, certes moins prenant que toute la partie traitant directement des Bonis, mais il nous permet véritablement de nous plonger dans la forêt amazonienne et d’en comprendre la dangerosité comme la complexité des liens unissant ou divisant les différentes ethnies qui s’y abritent.
Tout au long du récit, le trait de Samuel Figuière reste agréable à lire. Ce style qui va à l'essentiel, sans surcharger les planches mais sans simplifier pour autant les décors, est vraiment celui que j'affectionne pour ce type de documentaire historique. Enfin, le dossier proposé en fin d’album nous permet d’encore un peu approfondir le sujet.
C’est vraiment un bon album. Pas un essentiel, pas un indispensable mais le genre de livre qui, couplé à d’autres documents (et je pense directement à « Un Marron », de Denis Vierge), permet d’appréhender un pan de notre histoire (avis aux professeurs). Une bande dessinée que je conseille à tous les lecteurs curieux que ce type de thématique historique et humaniste intéresse.
J’ai beaucoup apprécié ce récit, et particulièrement le fait qu’il s’articule sur deux époques.
La première époque est une époque historique. Dans ce récit, l’auteur nous raconte le triste destin d’esclaves malgaches. D’abord vendus, les plus chanceux d’entre eux auront ensuite le malheur de s’échouer sur un caillou isolé au milieu de l’océan en compagnie des autres membres de l’équipage (les autres mourront enfermés dans les cales). Et comble de malheur, leurs compagnons d’infortune les abandonneront une fois un nouvel esquif construit. S’ensuivront 15 ans de survie avec les moyens du bord, marquée par les drames, le désespoir et cette indécrottable volonté de survivre envers et contre tout. Ironiquement, cette aventure on ne peut plus dramatique aura permis à ces esclaves de (sur)vivre en hommes libres le temps de leur naufrage.
Outre la retranscription du quotidien de ces naufragés, il y a une dimension psychologique qui m’a beaucoup intéressé. Faut-il risquer de mourir en mer en tentant de s’évader de cette île-prison ou rester sur ce caillou où seule la survie à court terme peut être envisagée ? Cette question reviendra fréquemment et le destin et les interrogations des personnages m’ont touché.
La deuxième époque prend la forme d’un documentaire. En préparation à l’écriture de cet album, l’auteur a en effet participé à une expédition scientifique sur l’île de Tromelin. Au travers de ce compte rendu de l’expédition, nous, lecteurs, découvrons l’avancée des découvertes, la réalité ‘physique’ de cette île qui, même avec nos moyens actuels, reste isolée du monde et violemment soumise aux aléas climatiques. Ce documentaire est intéressant par de multiples aspects. Tout d’abord, il nous permet de comprendre comment il est possible grâce à des recherches archéologiques de reconstruire le quotidien de personnes mortes depuis des siècles alors que celles-ci n’ont laissé aucune trace écrite. Par ailleurs, il propose une belle mise en abyme puisque les participants de l’expédition vont se retrouver eux aussi isolés sur l’île. Malgré des moyens techniques bien plus importants, ils vont ainsi faire l’expérience de l’isolement. Et voir que l’un d’entre eux, sans doute plus fragile psychologiquement, va rapidement sombrer sinon dans la folie du moins dans un état de confusion qui justifiera son rapatriement démontre toute la force de caractère dont ont dû faire preuve les esclaves de Tromelin pour survivre durant 15 ans à cet isolement. Nous aurons aussi droit à quelques considérations écologiques (et j’ai été marqué par cette vision de déchets plastiques s’accumulant sur une île isolée de tout !) et naturalistes.
Tout au long de l’album nous allons sauter d’une époque à l’autre. Le récit historique prend la forme d’une bande dessinée traditionnelle. Les planches sont très académiques avec des cases bien définies. Les dialogues priment sur le narratif et ces chapitres se lisent rapidement. Le documentaire prend lui une forme plus libre, plus proche du journal intime. Les planches sont plus éclatées avec des cases ‘ouvertes’, sans contour fixe. Le narratif est la règle, rarement interrompu par un dialogue. Ces passages sont donc plus lents à lire… mais captivants pour qui s’intéresse un peu à ce genre d’aventure scientifique.
Au final, cet album est vraiment excellent. Il présente tellement de thématiques intéressantes qu’il ne peut que plaire à un large public. Chacun y trouvera de quoi satisfaire sa curiosité, sa soif d’émotion ou son envie d’apprendre.
Inutile de tergiverser longtemps sur ce fait : oui, si le titre du Château des Animaux vous en rappelle un autre écrit par George Orwell et devenu rapidement un classique, ce n'est nullement un hasard.
Xavier Dorison le scénariste balaye toute ambiguïté à ce sujet dès sa préface s'il en subsistait encore une. Le Château des Animaux sera donc une relecture, une réinterprétation des écrits de l'auteur de "1984" car "si George Orwell avait vu juste, il n'avait pas tout vu." Et c'est exactement ce que ce premier tome propose d'une façon bien plus intelligente qu'opportuniste.
Exit les origines de la République des Animaux, les deux premières pages nous envoient dans le vif du sujet. Là où Orwell racontait la mise en place d'une dictature animale, l'histoire narrée ici prend directement place après les ultimes pages du roman. Mais l'histoire est différente, les cochons staliniens sont remplacés par des chiens au service de Silvio, un immense taureau proclamé également président.
Pour que ce château également déserté par les hommes puisse devenir autonome, toute la basse-cour est mise à contribution pour des tâches ingrates de maintenance et de production. Gare à la protestation car le malheureux animal sera dévoré par les molosses canins en guise de répression. Face à cette violence ordinaire, le quotidien subsiste et une lueur d'espoir va naître d'une idée toute bête : pourquoi ne pas tourner les bourreaux en dérision ?
Dorison assume pleinement sa position "Flower Power" manigancée par une chatte ouvrière, un rat adepte de Gandhi ainsi qu'un lapin serial reproducteur. Les dessins de Félix Delep dont c'est ici le premier album proposent une ligne claire intéressante et aux détails précis. Grandement inspiré du style de Don Bluth, ses illustrations prêtent à l'admiration, au sourire et même à l'indignation dans certains passages plus durs, le tout avec une élégance de style et de cadrage. On pourra juste déplorer certaines perspectives (Bengalore la chatte est parfois plus imposante que César le lapin puis de taille presque identique) ainsi que la taille riquiqui de certains phylactères pas adaptée pour les vieux yeux du lecteur mais les pages fourmillent de tant de vie et d'enthousiasme que l'on est porté de la première à la dernière page.
Voici une bien belle découverte qui prolonge l'idée initiale d'Orwell tout en se détournant du plagiat de façon plutôt subtile en espérant que la suite soit du même acabit tant ce démarrage tonitruant semble avoir délivré beaucoup de ses atouts... Une excellente surprise.
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Waldo
Un défi aux principes de la BD, vraiment sympathique : comment nous rendre des personnages attachants sans jamais qu'on puisse voir ni leur visage ni même leur silhouette ! C'est donc une histoire de meurtre(s) où l'on ne voit ni les morts ni les vivants. En revanche, on entend. Pas d'enquêtes, pas de policiers ni de sang, mais des indices, posés ça et là dans les conversations, qui amènent le lecteur à comprendre qui sont les personnages, leurs liens entre eux, leurs motivations , leur histoire. Oui mais que voit-on alors ? Tout simplement les maisons où ont lieu les dialogues, presque toujours vues de l'extérieur. Bref, l'idée est intéressante et le résultat réussi : 1. de bons dialogues, drôles et qui font avancer l'histoire, avec une couleur de bulle pour chaque personnage (on n'est pas perdu). 2. le dessin des maisons où ont lieu ces conversations. Expressif et coloré, avec des effets de répétition, de déformation, il nous ouvre l'imaginaire sur l'histoire des personnages. 3. un scénario et un découpage efficace. La présence de la radio permet de faire entrer les éléments qui n'auraient pas de sens dans les dialogues et relie les maisonnées dans une même écoute. Un petit plus : la préface de Fabcaro met en appétit, et le format, 17,5/24cm, est parfait pour lire au lit !
Jacky et Célestin
Voici une petite série très méconnue qui s'inscrit dans la plus pure tradition de la BD franco-belge classique. On peut la cataloguer comme une série jeunesse car elle en a toutes les composantes, et elle prouve encore si besoin était qu'à cette époque de création, les auteurs prenaient très au sérieux leur travail (quelque soit le lectorat visé), et offraient de bonnes Bd, soignées, d'un bon esprit et sachant distraire jeunes et moins jeunes. J'ai été véritablement enchanté de cette découverte récente, par le style semi-humoristique avec un zeste de réalisme, les multiples rebondissements, les personnages sympathiques, la chouette colorisation d'époque... tout ceci est très agréable à lire. Les 2 personnages principaux sont des ados qui se baptisent détectives amateurs et qui sont visiblement inspirés de Tif et Tondu, c'est une série née en 1959 dans les pages du supplément jeunesse du journal belge Le Soir (Le Soir Illustré), et qui fut publiée ensuite dans le journal Spirou entre 1978 et 79. Le plus étonnant, c'est que de nombreux dessinateurs ont travaillé dessus, comme Peyo qui crée les personnages qu'il passe à Will, puis c'est Azara, Walthéry, Francis et Mittéï pour les décors ; les scénarios verront tour à tour la plume de Vicq, Derib, Gos et Roger Leloup. Curieusement, les seuls albums qui paraitront dans les années 80 chez Dupuis, seront les récits dessinés par Walthéry, ce sont ceux-là que j'ai lus, les autres ayant été injustement oubliés. On reconnait le dessin de Walthéry qui n'avait pas encore crée Natacha, il produit un dessin très formaté journal Spirou, qui hésite entre ceux de Roba et Jidéhem, j'aime beaucoup ce type de graphisme, les décors et les fonds de case sont également très soignés. Bref, voila une série qui s'arrêtera en 1968 mais qui est très séduisante. A découvrir si vous aimez les bandes dans le même style, genre Tif et Tondu.
La Découverte du Monde en bandes dessinées
Je suis tombé dans la grande brocante bordelaise des Quinconces sur un lot (hélas incomplet) de fascicules de cette série pédagogique qui a été lancée dans le sillage de Histoire de France en Bandes Dessinées, entre 1978 et 1980. Je n'ai pu avoir que les tomes suivants : T2 l'Aventure des Vikings T6 Cortès au Mexique T7 Pizarre chez les Incas T15 les Révoltés du Bounty C'est pas beaucoup mais ça tombe bien parce que ce sont des épisodes historiques qui m'intéressent ; le gars m'a dit que la prochaine fois, il est fort possible qu'il en ait d'autres, donc j'espère, et en plus il m'a fait un prix. Bon, c'est du beau travail, identique à ce qu'a fait Larousse sur sa précédente série qui avait largement cartonné en 1976, l'éditeur du dictionnaire remet le couvert en suivant la même direction (2 récits par tomes) et en rameutant la même équipe de prestigieux dessinateurs qui avaient déjà oeuvré sur Histoire de France en Bandes Dessinées, même si la formule évite le ton trop scolaire, préférant une suite de tableaux, d'anecdotes et de scènes éparses, en s'attachant à chaque fois à un grand personnage. Ici, il n'est pas seulement question de l'Histoire de France, mais de raconter l'histoire de grands découvreurs et d'explorateurs (Stanley et Livingstone, James Cook, le corsaire Francis Drake, Marco Polo, Vasco de Gama, le tour du monde de Magellan, Jacques Cartier qui découvre le Canada, Christophe Colomb ou encore l'aventure du Pôle Nord). Le but n'est pas de faire apprendre le monde, mais d'en donner une couleur, une tonalité, un aperçu de ce que des hommes ont pu ramener de leurs voyages, parfois ça s'est mal passé (Cortès, Pizarre, Scott), et pour d'autres ce fut de grandes victoires. Et quand c'est illustré par des cadors du dessin comme Manara, Marcello, Buzzelli, Enric Sio, E.T. Coelho ou Bielsa, on ne peut que saluer cette réussite dans le domaine de la BD éducative.
The Mask
Enfin j'ai pu lire cet album, qui contient les deux premières mini-séries sur The Mask. Je l'attendais depuis que Delirium avait annoncé sa parution et je ne fus pas déçu. Tout le monde connait le film des années 90, mais beaucoup moins les comics qui sont plus violents et remplis d'humour noir. Car oui lorsqu'on connait uniquement la version du personnage joué par Jim Carrey, on risque d'être surpris. Par exemple, alors que dans le film le personnage agissait comme dans un dessin animée de Tex Avery, là on est plus dans du Itchy et Scratchy vu que le personnage passe son temps à tuer. D'ailleurs si le personnage de Stanley est un loser comme dans le film, sa personnalité change après qu'il passe une bonne partie de la journée à porter le masque magique et il passe son temps à régler son compte à ceux qui lui ont fait du mal et il subira rapidement les conséquences de ses actes. Le scénario est bien construit. L'auteur mélange bien l'humour noir cartoonesque et le drame policier. Les scènes d'humour avec le Mask fonctionne bien et j'ai éclaté de rire à plusieurs reprise. L'album contient deux mini-séries qui se complètent parfaitement, la deuxième étant la suite directe de la première. Une bonne idée du scénariste est que plusieurs personnes porteront le masque, ce qui permet de renouveler un peu les situations. Un point négatif est qu'il y a tellement de criminels dans ces deux récits que je me suis un peu perdu vu que la moitié d'entre-eux sont assez génériques et il n'y en a seulement que quelques-uns qui sortent du lot dont le magnifique Walter qui est une des grosses brutes les plus mémorables de la bande dessinée américaine. Le dessin est pas mal quoique ça se voit que le dessinateur était un débutant à l'époque parce qu'au début le dessin manque un peu de maîtrise par moment . Heureusement, ça s'améliore au fil des pages et les différences entre les premières et les dernières pages de l'album sont incroyables. Il reste les couleurs qui risquent de faire trop vieillot pour certains lecteurs, mais moi j'ai bien aimé. Le coté cartoon du Mask est bien maîtrisé par le dessinateur même si au début je trouve que ses scènes manquent un peu de dynamisme. En tout cas, les amateurs d'humour noir et de comics américains indépendants vont je crois apprécier cet album. J'espère que l'éditeur va sortir les autres mini-séries du Mask un jour.
Purple Heart
Purple Heart est une série qui rend hommage aux polars américains du début des années 50. Les images d’Epinal sont nombreuses (avec quelques très belles compositions d’un classicisme absolu), les personnages sont des stéréotypes du genre (à commencer par le privé qui anime la série) et l’intrigue est rondement menée et plutôt bien foutue. En fait, tout ça sent l’imper usé, le holster en bandoulière et la vieille chemise blanche aux aisselles marquées. Les pin-up sont également de sortie (rien d’étonnant quand on connait les productions du duo) et régulièrement dénudées. Et même les textes, qui alternent une narration très littéraire (jusque dans la calligraphie choisie) et des dialogues plus percutants dans lesquels pointe régulièrement un soupçon de cynisme, renforcent ce sentiment d’être dans un récit de genre. C’est autant classique que classe… Du déjà-vu me diront les esprits chagrins mais, franchement, si vous aimez ce type de polar, si vous aviez (comme moi) été séduit par Lou Cale, cette nouvelle série dispose de fameux arguments pour vous convaincre. Et, cerise sur le gâteau, il s’agit d’histoires en un tome, ce qui permet de ne pas se sentir frustré à la fin de sa lecture… tout en ayant envie de découvrir le tome suivant. Reste que le titre de la série et l’introduction me sont apparus artificiels. Ils font références au passé de soldat et de héros de guerre du personnage principal… mais ces éléments ne jouent pas de rôle majeur dans l’intrigue. Ils expliquent juste certaines relations que possède Josuah Harrison. La suite de la série nous apportera sans doute quelques éclaircissements sur ce choix. Et si ce n’était pas le cas, et bien ce n’est pas bien grave car il s’agit en fin de compte d’un détail. Retenez juste que Purple Heart, c’est du récit policier très genré, très classique, soigné et parfaitement maîtrisé. Et si vous êtes amateurs du genre, je ne vois pas de raison de vous priver de ce petit plaisir coupable.
Angie Bongiolatti
Si « Friends » s’intéressait à la politique… On retrouve dans « Angie Bongiolatti » les ingrédients qui ont fait le succès de la série télé ci-dessus, mais aussi des albums BD du genre (je pense notamment à De mal en pis) : les potes, les relations amoureuses entre personnages, le sexe (assez présent), les soucis au boulot… Sauf qu’ici, les protagonistes sont très politisés, militants de gauche voire extrême-gauche, avec au programme des manifs contre le capitalisme, des discussions sur le socialisme et le communisme, des meetings politiques etc. J’ai trouvé le tout digeste et intéressant (sauf les courts passages inter-chapitres, qui me sont complètement passé au-dessus de la tête) et globalement assez juste. Il en ressort un message assez proche des valeurs du « socialisme démocratique » qui fait chaud au cœur. La liste de lectures recommandées en fin d’album inclut Arthur Koestler, Langston Hughes et Christopher Hitchens (pour vous donner une idée). George Orwell est aussi souvent cité. Le contexte historique est aussi bien vu, l’histoire prend place après les attentats de 11/9, alors que la machine de guerre de George Bush Jr tourne à plein régime. Cet album m’a passionné et je l’ai englouti en une traite malgré les 240 pages.
Le Cinéaste
Cela faisait bien longtemps que je souhaitais enfin voir publié ce fameux Cinéaste. Pourquoi ? Même s'il est considéré à part entière comme un One-Shot et peut en effet se lire en tant que tel, le Cinéaste constitue le 3ème opus des aventures friponnes rétro des personnages imaginés par Labrémure dans Mahârâja et Nuits Indiennes dont il est la suite directe. Et peut-être également sa conclusion finale même si les auteurs n'excluent pas une autre aventure. Et quelle aventure mes aïeux ! Derrière la splendide illustration de couverture se cache un joli prétexte à moult cochonneries. Car si certaines pages ne sont pas à mettre devant les yeux des têtes blondes comme des coincés du bulbe, Labrémure construit un joli vaudeville que Georges Feydeau n'aurait pas renié si les mœurs de son époque (les mêmes que celle du présent ouvrage d'ailleurs) lui auraient laissé carte blanche. Grosso modo on retrouve la plantureuse cambrioleuse rousse des précédents opus dans une sombre histoire de chantages liés à des films sans paroles impliquant tout le gratin bourgeois de Marseille. Ou comment parler du problème des Sex-Tapes actuelles dans une époque révolue. C'est plutôt malin car Artoupan nous gratifie de quelques scènes bien olé-olé dans un splendide noir et blanc. Ici les masques tombent et chacun veut racheter d'une façon ou d'une autre son honneur perdu quitte à utiliser quelques stratagèmes pas très catholiques. Le tout baigne dans une ambiance bon enfant et prête même au sourire mais malgré toutes ses évidentes qualités, le Cinéaste se veut malheureusement également le plus faible opus de cette trilogie. Cet album est bien plus sage en cabrioles lubriques que Mahârâja et on y rit beaucoup moins que dans Nuits Indiennes. Rien de désagréable en somme mais lorsqu'on a goûté à l'excellence des deux premiers opus, on en ressort un peu moins rassasié pour ce qui aurait dû constituer le clou du spectacle. On passe malgré tout un excellent moment qui passe bien trop vite tant les 48 pages s'avalent comme du petit lait et qu'on prend plaisir à reluquer les dessins de toute beauté concoctés par Artoupan ou à rire des réactions grotesques des libertins impliqués à défendre leur honneur coûte que coûte. Il est également utile de préciser que lire Mahârâja et Nuits Indiennes constitue un avantage considérable pour y comprendre certaines subtilités mais que le Cinéaste peut se lire complètement comme une histoire indépendante. Dans tous les cas, il m'a clairement donné l'envie de relire les précédents travaux de ce duo atypique et qu'on espère vite retrouver pour d'autres carambolages érotiques ou (d)ébauches graphiques. :)
Nengue - L'histoire oubliée des esclaves des Guyanes
Même si je ne considère pas cet album comme un indispensable, je le trouve intéressant et bien pensé dans sa conception. Plutôt que de simplement nous narrer l’histoire du clan de Marrons qui se trouve au cœur même du récit, les auteurs vont se servir d’une rencontre, historiquement véridique, entre un explorateur et cartographe français et un descendant des premiers Bonis pour nous faire découvrir ce pan de l’histoire. Pour ceux qui l’ignoreraient, le qualificatif de Marrons désignait les esclaves évadés qui s’étaient réfugié dans des zones difficiles d’accès pour y recréer une vie en société. Le bayou aux USA, les cirques quasi inaccessibles de l’Ile de la Réunion ou, dans le cas présent, les denses forêts de la Guyane et du Suriname étaient alors des refuges pour des bandes qui versaient la plupart du temps, et faute d’autre échappatoire, dans la criminalité organisée (meurtres, vols, massacres de familles d’esclavagistes, etc…). Le destin des Bonis est éloquent et très bien raconté au travers de cet album. C’est le premier atout du livre, cette retranscription réaliste de la naissance, de l’évolution puis enfin de la reconnaissance légitime de ce clan est historiquement très intéressante. La scène d’ouverture est totalement révoltante et témoigne d’une époque et d’un état d’esprit que l’on rêverait de ne plus jamais revivre. C’est une excellente entrée en matière qui nous fait comprendre et partager toute la haine que ces esclaves devaient ressentir face à leurs ‘maitres’. Mais l’évolution de ce clan, avec des choix politiques à faire, des dissensions, des trahisons internes ou externes, et l’adaptation à un milieu qui n’était pas le leur, tout cela est également très instructif. Comme je l’ai dit plus avant, ce récit nous est conté via deux personnages ayant réellement existé : Jules Crevaux (un médecin et explorateur français) et Apatou, piroguier de l’expédition et descendant de Bonis. Leur relation, qui va évoluer au fil de cette expédition pour se transformer en une véritable amitié, est un bel exemple de fraternité. Et cette relation nous permet de partager le quotidien de cette expédition d’un autre siècle et par là même de découvrir l’environnement dans lequel ces Bonis vivent. C’est le deuxième attrait du livre, certes moins prenant que toute la partie traitant directement des Bonis, mais il nous permet véritablement de nous plonger dans la forêt amazonienne et d’en comprendre la dangerosité comme la complexité des liens unissant ou divisant les différentes ethnies qui s’y abritent. Tout au long du récit, le trait de Samuel Figuière reste agréable à lire. Ce style qui va à l'essentiel, sans surcharger les planches mais sans simplifier pour autant les décors, est vraiment celui que j'affectionne pour ce type de documentaire historique. Enfin, le dossier proposé en fin d’album nous permet d’encore un peu approfondir le sujet. C’est vraiment un bon album. Pas un essentiel, pas un indispensable mais le genre de livre qui, couplé à d’autres documents (et je pense directement à « Un Marron », de Denis Vierge), permet d’appréhender un pan de notre histoire (avis aux professeurs). Une bande dessinée que je conseille à tous les lecteurs curieux que ce type de thématique historique et humaniste intéresse.
Les Esclaves oubliés de Tromelin
J’ai beaucoup apprécié ce récit, et particulièrement le fait qu’il s’articule sur deux époques. La première époque est une époque historique. Dans ce récit, l’auteur nous raconte le triste destin d’esclaves malgaches. D’abord vendus, les plus chanceux d’entre eux auront ensuite le malheur de s’échouer sur un caillou isolé au milieu de l’océan en compagnie des autres membres de l’équipage (les autres mourront enfermés dans les cales). Et comble de malheur, leurs compagnons d’infortune les abandonneront une fois un nouvel esquif construit. S’ensuivront 15 ans de survie avec les moyens du bord, marquée par les drames, le désespoir et cette indécrottable volonté de survivre envers et contre tout. Ironiquement, cette aventure on ne peut plus dramatique aura permis à ces esclaves de (sur)vivre en hommes libres le temps de leur naufrage. Outre la retranscription du quotidien de ces naufragés, il y a une dimension psychologique qui m’a beaucoup intéressé. Faut-il risquer de mourir en mer en tentant de s’évader de cette île-prison ou rester sur ce caillou où seule la survie à court terme peut être envisagée ? Cette question reviendra fréquemment et le destin et les interrogations des personnages m’ont touché. La deuxième époque prend la forme d’un documentaire. En préparation à l’écriture de cet album, l’auteur a en effet participé à une expédition scientifique sur l’île de Tromelin. Au travers de ce compte rendu de l’expédition, nous, lecteurs, découvrons l’avancée des découvertes, la réalité ‘physique’ de cette île qui, même avec nos moyens actuels, reste isolée du monde et violemment soumise aux aléas climatiques. Ce documentaire est intéressant par de multiples aspects. Tout d’abord, il nous permet de comprendre comment il est possible grâce à des recherches archéologiques de reconstruire le quotidien de personnes mortes depuis des siècles alors que celles-ci n’ont laissé aucune trace écrite. Par ailleurs, il propose une belle mise en abyme puisque les participants de l’expédition vont se retrouver eux aussi isolés sur l’île. Malgré des moyens techniques bien plus importants, ils vont ainsi faire l’expérience de l’isolement. Et voir que l’un d’entre eux, sans doute plus fragile psychologiquement, va rapidement sombrer sinon dans la folie du moins dans un état de confusion qui justifiera son rapatriement démontre toute la force de caractère dont ont dû faire preuve les esclaves de Tromelin pour survivre durant 15 ans à cet isolement. Nous aurons aussi droit à quelques considérations écologiques (et j’ai été marqué par cette vision de déchets plastiques s’accumulant sur une île isolée de tout !) et naturalistes. Tout au long de l’album nous allons sauter d’une époque à l’autre. Le récit historique prend la forme d’une bande dessinée traditionnelle. Les planches sont très académiques avec des cases bien définies. Les dialogues priment sur le narratif et ces chapitres se lisent rapidement. Le documentaire prend lui une forme plus libre, plus proche du journal intime. Les planches sont plus éclatées avec des cases ‘ouvertes’, sans contour fixe. Le narratif est la règle, rarement interrompu par un dialogue. Ces passages sont donc plus lents à lire… mais captivants pour qui s’intéresse un peu à ce genre d’aventure scientifique. Au final, cet album est vraiment excellent. Il présente tellement de thématiques intéressantes qu’il ne peut que plaire à un large public. Chacun y trouvera de quoi satisfaire sa curiosité, sa soif d’émotion ou son envie d’apprendre.
Le Château des Animaux
Inutile de tergiverser longtemps sur ce fait : oui, si le titre du Château des Animaux vous en rappelle un autre écrit par George Orwell et devenu rapidement un classique, ce n'est nullement un hasard. Xavier Dorison le scénariste balaye toute ambiguïté à ce sujet dès sa préface s'il en subsistait encore une. Le Château des Animaux sera donc une relecture, une réinterprétation des écrits de l'auteur de "1984" car "si George Orwell avait vu juste, il n'avait pas tout vu." Et c'est exactement ce que ce premier tome propose d'une façon bien plus intelligente qu'opportuniste. Exit les origines de la République des Animaux, les deux premières pages nous envoient dans le vif du sujet. Là où Orwell racontait la mise en place d'une dictature animale, l'histoire narrée ici prend directement place après les ultimes pages du roman. Mais l'histoire est différente, les cochons staliniens sont remplacés par des chiens au service de Silvio, un immense taureau proclamé également président. Pour que ce château également déserté par les hommes puisse devenir autonome, toute la basse-cour est mise à contribution pour des tâches ingrates de maintenance et de production. Gare à la protestation car le malheureux animal sera dévoré par les molosses canins en guise de répression. Face à cette violence ordinaire, le quotidien subsiste et une lueur d'espoir va naître d'une idée toute bête : pourquoi ne pas tourner les bourreaux en dérision ? Dorison assume pleinement sa position "Flower Power" manigancée par une chatte ouvrière, un rat adepte de Gandhi ainsi qu'un lapin serial reproducteur. Les dessins de Félix Delep dont c'est ici le premier album proposent une ligne claire intéressante et aux détails précis. Grandement inspiré du style de Don Bluth, ses illustrations prêtent à l'admiration, au sourire et même à l'indignation dans certains passages plus durs, le tout avec une élégance de style et de cadrage. On pourra juste déplorer certaines perspectives (Bengalore la chatte est parfois plus imposante que César le lapin puis de taille presque identique) ainsi que la taille riquiqui de certains phylactères pas adaptée pour les vieux yeux du lecteur mais les pages fourmillent de tant de vie et d'enthousiasme que l'on est porté de la première à la dernière page. Voici une bien belle découverte qui prolonge l'idée initiale d'Orwell tout en se détournant du plagiat de façon plutôt subtile en espérant que la suite soit du même acabit tant ce démarrage tonitruant semble avoir délivré beaucoup de ses atouts... Une excellente surprise.