Dans les 4 histoires de cet album Sergio Toppi montre la bêtise de la guerre, tout simplement.
La folie des hommes, les populations autrefois amies qui se tirent maintenant dessus, la misère des enfants, pris entre deux feux dans des conflits qu’ils ne comprennent pas. Le fait que les guerres ne soient pas nommées (mais facilement reconnaissables), ainsi qu’un soupçon de fantastique rempli de symbolisme (dans les 2 premières histoires) donnent un souffle universel et intemporel aux horreurs décrites. Je trouve aussi l’ordre des histoires judicieux, avec un crescendo émotionnel qui a fait que j’ai refermé cet album marqué et troublé.
Le noir et blanc de Toppi est magistral, je vous laisser admirer les planches dans la galerie.
Selon moi « Köllwitz 1742 » est un des meilleurs recueils d’histoires courtes de cet auteur publiés par Mosquito… A lire !
J’ai eu beaucoup de mal à m’acclimater à la mise en image de cet album : les textes sont abondants et surtout écrits très gros, et occupent souvent plus de la moitié des cases (je vous laisse voir ça dans la galerie). Je pense qu’il aurait été plus judicieux de les répartir sur plus de pages. C’est d’autant plus dommage que le dessin est sympa dans le genre comics indé - les double-pages de garde qui précèdent chaque chapitre sont d’ailleurs très belles.
Je ne suis pas non plus fan de procédé qui consiste à alterner majuscules détachées et minuscules attachées dans les textes. Ca complique inutilement le déchiffrage. Pourquoi jouer avec les codes bien établis de la typographie, surtout quand ça ne sert à rien ? (Ou alors je rate quelque chose.)
Tout cela est bien dommage, parce que le propos est intéressant. Certes, il ne s’agit que d’une énième œuvre autobiographique un peu nombriliste, mais j’ai trouvé le ton juste et décalé, et la jeunesse de l’auteur est finalement très intéressante, et valait le coup d’être racontée. Je trouve aussi original le concept qui donne son nom à l’album : « La structure du livre est construite autour d’un exercice de dessin asiatique qui consiste pour l’artiste à faire sortir de sa plume une centaine de démons intérieurs. » (Je cite le résumé de l’éditeur). Chaque chapitre raconte donc un souvenir bien précis, un moment traumatique, un ami qui se suicide, la famille, les soirées, les petits boulots etc.
Un album autobiographique intéressant, mais dont la mise en image m’a un peu fatigué (surtout sur 220 pages – à lire en plusieurs fois). A recommander aux amateurs de comics indés autobiographiques.
Je suis aficionados de Christian Lax et sa série le choucas. J’ai donc acheté les yeux fermés « un certain Cervantès ». Et je n’ai absolument pas été déçu bien au contraire. Encore un bel album à mettre à son actif.
Le parallèle entre Mike Cervantès, vétéran d’Afghanistan et Miguel de Cervantès peut dérouter a priori, mais in fine cela reste très convaincant. Les comparaisons entre l’Amérique d’aujourd’hui et l’Espagne de l’Inquisition peuvent dérouter, mais au fil du récit les séquences se mêlent avec dextérité.
Un road movie à la fois sensible, engagé, émouvant et amusant. On se régale les yeux tout au long des 200 pages de cet album sous les traits du talentueux Christian Lax. Je conseille ardemment sa lecture.
Quand j’ai regardé ce que Delcourt avais mis gratuitement en ligne, j’ai tout de suite repéré “Le Grand Méchant Renard”. Et pour cause, il n’y a pas beaucoup d’autres séries qui fassent autant consensus sur bdthèque. Et je ne déroge pas à la règle. J’ai beaucoup apprécié cette lecture certes gentillette, mais qui ne tombe jamais dans le gnangnan ou le trop facile.
Nous suivons donc un renard qui a toutes les peines du monde à être méchant. Avec la complicité du loup, il chaparde des poussins qu’il va élever pour les manger une fois qu’ils seront bien dodus. Mais le renard est un gentil, et il se prend d’affection pour les pioupiou. Cela donne lieu à plein de situations cocasses et vraiment marrantes. Ce sont les relations entre les personnages qui font le sel de la bd, ou plutôt du renard avec les autres personnages. Mais les échanges entre la poule et le chien de garde du poulailler sont eux aussi savoureux. On se prend d’affection pour toute cette galerie d’animaux plutôt bien touffue et avec des personnages tous bien développés. On se prend vite d’affection pour cet anti-héros et j’avais bien envie de savoir comment ça se terminait. C’est une histoire mignonne et drôle, qui plaira, je le pense, aux jeunes comme aux moins jeunes.
J’ai également beaucoup apprécié le dessin qui rajoute un vrai plus. Les personnages ont des apparences vraiment marrantes, et leurs expressions sont drôles et très réussies, et cela pour tous les animaux. Même les petits poussins ont des expressions bien à eux et reconnaissables. J’aime beaucoup en particulier le design du cochon de la ferme, que je trouve très comique dans son apparence.
En bref, une jolie histoire, joliment dessinée et drôle. Si vous avez l’occasion, foncez !
J’adore les polars de François Deflandre, ils ont un petit côté retro qui me plait beaucoup.
L’histoire baigne dans le mystère, et les faits sordides nous sont habilement révélés au compte-goutte, via les délires schizophréniques de Kate et les investigations de l’héroïne. Comme souvent avec cet auteur, le lieu de l’histoire est un personnage à part entière, avec cette bâtisse isolée en campagne anglaise et surtout ce collège en ruine où les faits se sont déroulés il y a 17 ans. Le dénouement est logique et satisfaisant, et de manière générale l’histoire est facile à suivre, la narration étant linéaire et parfaitement maitrisée.
On reconnaitrait le dessin de Deflandre entre mille, ce trait bien particulier, ces visages anguleux et ces couleurs un peu délavées qui semblent avoir été réalisées au fusain. Moi, j’adore.
Un excellent album, bien dans le ton des autres productions de cet auteur.
Voilà une œuvre à lire, vraiment. Mais voilà aussi une œuvre difficile d’accès. Une œuvre qui postule au statut de culte, mais qui n’aura pas aujourd’hui de facilité à toucher le grand public.
Gébé est de toute façon un auteur à part, dont les œuvres, sans concession, sortent des sentiers battus – et le faisaient déjà à l’époque de leur parution.
On a envie de croire à l’utopie développée par Gébé. Utopie très marquée par ce début des années 1970, post-soixante-huitarde. Et qui résonne étrangement à l’heure où j’écris ces lignes, confiné, avec une économie et un pays à l’arrêt, le capitalisme comme engourdi, endormi.
Reste que, comme je l’ai dit, l’album est parfois difficile d’accès. D’abord par la mise en page éclatée, faisant feu de tout bois sur des planches où parfois le texte est très imposant.
Et les idées développées par Gébé elles-mêmes peuvent, près de cinquante ans après, et alors que les utopies libertaires ou anarchistes semblent hors du temps, la conscience politique s’estompant, ces idées politiques peuvent donc lasser, paraître absurdes ou « étranges » au lecteur lambda.
Œuvre inclassable, mais à connaitre ! Le témoignage d’une époque, certes, mais pas que. Il y a dans cet album des idées qui ne sont pas si dépassées que ça.
C’est le nom de Yann Taillefer qui m’avait d’abord attiré, et poussé à acquérir cet album. J’aime en effet beaucoup son dessin, et c’est encore le point fort de cette histoire. Ses bonhommes un peu difformes, sortes de gnomes légèrement hydrocéphales, la colorisation (que j’ai trouvée très belle et réussie), avec des tons roses violacés, étant elle aussi à mon goût.
Nous suivons donc, au milieu d’un XVème siècle très noir et glauque, un pauvre pendu, Martin, mort et « ressuscité », qui erre dans des paysages dépeuplés, cherchant à en savoir plus sur sa vie, sa mort. Chemin faisant, il rencontre un certain nombre de personnages, illustrant tous à des degrés divers les déviations, les cauchemars des gens de ce temps : c’est presque une traversée de l’enfer à laquelle nous avons droit.
Du purgatoire à l’enfer, en passant par une réalité troublée, le trajet de Martin illustre une époque d’horreur (la « chasse aux sorcières » en fin d’album rappelle que face aux questions angoissantes, les boucs émissaires étaient nombreux à l’époque).
J’ai bien aimé cette balade dans un moyen-âge de pacotille, dont Yohan Radomski n’aurait gardé que la noirceur, le grotesque. Mais le moyen-âge qu’il nous donne à voir n’est finalement pas si éloigné que cela de l’imaginaire de l’époque, très marqué par la peur de l’enfer, et violemment questionné par les malheurs du temps, de la Peste noire à la guerre de Cent ans, en passant par les jacqueries et les Grandes compagnies.
C’est un album fait pour les amateurs d’histoires décalées, avec une mise en images elle aussi originale.
Beatrice fait partie de ces banlieusards qui tous les jours se rendent sur leur lieu de travail en prenant les transports en commun. Elle travaille au rayon femme dans une grande surface qui pourrait très bien être « les galeries Lafayette ». Elle semble contente de son travail. Un jour elle remarque toutefois sur le quai de la gare un sac rouge auquel personne ne semble prêter attention. Le lendemain ce sac est encore là au même endroit. A son retour du travail elle décide soudain de s’en emparer en toute discrétion. A l’intérieur se trouve un livre avec des photos d’un couple au temps de la belle époque. Un couple qui m’a fasciné et la fera bascule dans un autre monde. Je n’en dirai pas plus.
« Beatrice » est la première incursion d’un auteur belge dans la bande dessinée, Joris Mertens, qui semble être plutôt photographe de son état. Ses dessins sont d’ailleurs souvent de grandes et magnifiques photographies, tantôt du temps présent, tantôt du temps passé. Les couleurs sont magnifiques, et les dessins parlent d’eux même, car il n’y a pas un seul phylactère dans cet album de plus de 90 pages.
Pour une première dans cet univers nouveau je serai tenté de dire qu’il s’agit d’un coup de maitre. Car à la différence de l’album « Hubert » qui vient de faire l’objet de critiques récentes, il se passe bien quelque chose dans cette histoire. Mais ce je vous laisse le soin de le découvrir....
Allez y... vous serez embarqués dans le monde des ados rebelles ingrats, des expats d'Afrique noire néo-coloniaux, des adultes portant péniblement leurs failles, leurs maladresses, des familles disloquées dysfonctionnelles. Ce récit juste ne s'égare pas. Il navigue avec intelligence en mélangeant tous ces mondes dans une belle harmonie, une lecture fluide et crédible.
Le dessin très personnel rend parfaitement les ambiances des lieux, les émotions des protagonistes.
Belle réussite.
Je mets mon avis à jour suite à la lecture de l’intégrale de la série, je laisse ma note à 4/5 et je réactive mon coup de cœur !
Les 2 premiers albums m’avaient vraiment enchanté, mais j’avais un peu peur que la série s’essouffle sur la longueur. Je ressors cependant satisfait de ma lecture des 6 tomes, malgré quelques petits reproches. Je note déjà un petit souci de rythme, assez courant avec le format périodique américain : un début « en fanfare », un ralentissement au milieu, puis une fin très dense. Je m’étonne aussi de petit raccourcis scénaristiques un peu bizarres (par exemple dans le tome 4 quand Driller and Mizerd titubent pendant des heures dans des galeries obscures, pour ressortir comme par hasard dans le centre de la ville où ils se rendaient). Mais ces petits soucis ne m’ont pas gâché la lecture pour autant.
Le thème central de cette aventure est la robotique, et plus particulièrement la coexistence entre des robots de plus en plus perfectionnés et les autres races de l’univers. Les sujets abordés sont classiques pour ce genre d’histoire, mais intéressants et remarquablement bien intégrés. Les personnages sont bien développés, et il faut avouer que l’auteur parvient à boucler son histoire, et à fournir des réponses à toutes les questions posées en cours de route, ce qui n’était franchement pas gagné. Les explications fournies dans le tome 6 sont logiques et satisfaisantes, et j’ai trouvé la toute fin de l’histoire très belle. Elle se suffit, mais sert aussi de tremplin vers le 2eme cycle : Ascender.
La mise en image est notable pour ses magnifiques couleurs aquarelles, un choix qui peut surprendre mais qui fonctionne remarquablement (une fois une période d’acclimatation passée), et apporte une certaine poésie à l’univers décrit. Les planches sont magnifiques, et surtout très lisibles.
Une superbe histoire de science-fiction, bouclées en 6 tomes. A conseiller aux amateurs du genre.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Köllwitz 1742
Dans les 4 histoires de cet album Sergio Toppi montre la bêtise de la guerre, tout simplement. La folie des hommes, les populations autrefois amies qui se tirent maintenant dessus, la misère des enfants, pris entre deux feux dans des conflits qu’ils ne comprennent pas. Le fait que les guerres ne soient pas nommées (mais facilement reconnaissables), ainsi qu’un soupçon de fantastique rempli de symbolisme (dans les 2 premières histoires) donnent un souffle universel et intemporel aux horreurs décrites. Je trouve aussi l’ordre des histoires judicieux, avec un crescendo émotionnel qui a fait que j’ai refermé cet album marqué et troublé. Le noir et blanc de Toppi est magistral, je vous laisser admirer les planches dans la galerie. Selon moi « Köllwitz 1742 » est un des meilleurs recueils d’histoires courtes de cet auteur publiés par Mosquito… A lire !
Mes Cent démons !
J’ai eu beaucoup de mal à m’acclimater à la mise en image de cet album : les textes sont abondants et surtout écrits très gros, et occupent souvent plus de la moitié des cases (je vous laisse voir ça dans la galerie). Je pense qu’il aurait été plus judicieux de les répartir sur plus de pages. C’est d’autant plus dommage que le dessin est sympa dans le genre comics indé - les double-pages de garde qui précèdent chaque chapitre sont d’ailleurs très belles. Je ne suis pas non plus fan de procédé qui consiste à alterner majuscules détachées et minuscules attachées dans les textes. Ca complique inutilement le déchiffrage. Pourquoi jouer avec les codes bien établis de la typographie, surtout quand ça ne sert à rien ? (Ou alors je rate quelque chose.) Tout cela est bien dommage, parce que le propos est intéressant. Certes, il ne s’agit que d’une énième œuvre autobiographique un peu nombriliste, mais j’ai trouvé le ton juste et décalé, et la jeunesse de l’auteur est finalement très intéressante, et valait le coup d’être racontée. Je trouve aussi original le concept qui donne son nom à l’album : « La structure du livre est construite autour d’un exercice de dessin asiatique qui consiste pour l’artiste à faire sortir de sa plume une centaine de démons intérieurs. » (Je cite le résumé de l’éditeur). Chaque chapitre raconte donc un souvenir bien précis, un moment traumatique, un ami qui se suicide, la famille, les soirées, les petits boulots etc. Un album autobiographique intéressant, mais dont la mise en image m’a un peu fatigué (surtout sur 220 pages – à lire en plusieurs fois). A recommander aux amateurs de comics indés autobiographiques.
Un certain Cervantès
Je suis aficionados de Christian Lax et sa série le choucas. J’ai donc acheté les yeux fermés « un certain Cervantès ». Et je n’ai absolument pas été déçu bien au contraire. Encore un bel album à mettre à son actif. Le parallèle entre Mike Cervantès, vétéran d’Afghanistan et Miguel de Cervantès peut dérouter a priori, mais in fine cela reste très convaincant. Les comparaisons entre l’Amérique d’aujourd’hui et l’Espagne de l’Inquisition peuvent dérouter, mais au fil du récit les séquences se mêlent avec dextérité. Un road movie à la fois sensible, engagé, émouvant et amusant. On se régale les yeux tout au long des 200 pages de cet album sous les traits du talentueux Christian Lax. Je conseille ardemment sa lecture.
Le Grand Méchant Renard
Quand j’ai regardé ce que Delcourt avais mis gratuitement en ligne, j’ai tout de suite repéré “Le Grand Méchant Renard”. Et pour cause, il n’y a pas beaucoup d’autres séries qui fassent autant consensus sur bdthèque. Et je ne déroge pas à la règle. J’ai beaucoup apprécié cette lecture certes gentillette, mais qui ne tombe jamais dans le gnangnan ou le trop facile. Nous suivons donc un renard qui a toutes les peines du monde à être méchant. Avec la complicité du loup, il chaparde des poussins qu’il va élever pour les manger une fois qu’ils seront bien dodus. Mais le renard est un gentil, et il se prend d’affection pour les pioupiou. Cela donne lieu à plein de situations cocasses et vraiment marrantes. Ce sont les relations entre les personnages qui font le sel de la bd, ou plutôt du renard avec les autres personnages. Mais les échanges entre la poule et le chien de garde du poulailler sont eux aussi savoureux. On se prend d’affection pour toute cette galerie d’animaux plutôt bien touffue et avec des personnages tous bien développés. On se prend vite d’affection pour cet anti-héros et j’avais bien envie de savoir comment ça se terminait. C’est une histoire mignonne et drôle, qui plaira, je le pense, aux jeunes comme aux moins jeunes. J’ai également beaucoup apprécié le dessin qui rajoute un vrai plus. Les personnages ont des apparences vraiment marrantes, et leurs expressions sont drôles et très réussies, et cela pour tous les animaux. Même les petits poussins ont des expressions bien à eux et reconnaissables. J’aime beaucoup en particulier le design du cochon de la ferme, que je trouve très comique dans son apparence. En bref, une jolie histoire, joliment dessinée et drôle. Si vous avez l’occasion, foncez !
Le Cercle des spectres
J’adore les polars de François Deflandre, ils ont un petit côté retro qui me plait beaucoup. L’histoire baigne dans le mystère, et les faits sordides nous sont habilement révélés au compte-goutte, via les délires schizophréniques de Kate et les investigations de l’héroïne. Comme souvent avec cet auteur, le lieu de l’histoire est un personnage à part entière, avec cette bâtisse isolée en campagne anglaise et surtout ce collège en ruine où les faits se sont déroulés il y a 17 ans. Le dénouement est logique et satisfaisant, et de manière générale l’histoire est facile à suivre, la narration étant linéaire et parfaitement maitrisée. On reconnaitrait le dessin de Deflandre entre mille, ce trait bien particulier, ces visages anguleux et ces couleurs un peu délavées qui semblent avoir été réalisées au fusain. Moi, j’adore. Un excellent album, bien dans le ton des autres productions de cet auteur.
L'An 01
Voilà une œuvre à lire, vraiment. Mais voilà aussi une œuvre difficile d’accès. Une œuvre qui postule au statut de culte, mais qui n’aura pas aujourd’hui de facilité à toucher le grand public. Gébé est de toute façon un auteur à part, dont les œuvres, sans concession, sortent des sentiers battus – et le faisaient déjà à l’époque de leur parution. On a envie de croire à l’utopie développée par Gébé. Utopie très marquée par ce début des années 1970, post-soixante-huitarde. Et qui résonne étrangement à l’heure où j’écris ces lignes, confiné, avec une économie et un pays à l’arrêt, le capitalisme comme engourdi, endormi. Reste que, comme je l’ai dit, l’album est parfois difficile d’accès. D’abord par la mise en page éclatée, faisant feu de tout bois sur des planches où parfois le texte est très imposant. Et les idées développées par Gébé elles-mêmes peuvent, près de cinquante ans après, et alors que les utopies libertaires ou anarchistes semblent hors du temps, la conscience politique s’estompant, ces idées politiques peuvent donc lasser, paraître absurdes ou « étranges » au lecteur lambda. Œuvre inclassable, mais à connaitre ! Le témoignage d’une époque, certes, mais pas que. Il y a dans cet album des idées qui ne sont pas si dépassées que ça.
La Danse Macabre
C’est le nom de Yann Taillefer qui m’avait d’abord attiré, et poussé à acquérir cet album. J’aime en effet beaucoup son dessin, et c’est encore le point fort de cette histoire. Ses bonhommes un peu difformes, sortes de gnomes légèrement hydrocéphales, la colorisation (que j’ai trouvée très belle et réussie), avec des tons roses violacés, étant elle aussi à mon goût. Nous suivons donc, au milieu d’un XVème siècle très noir et glauque, un pauvre pendu, Martin, mort et « ressuscité », qui erre dans des paysages dépeuplés, cherchant à en savoir plus sur sa vie, sa mort. Chemin faisant, il rencontre un certain nombre de personnages, illustrant tous à des degrés divers les déviations, les cauchemars des gens de ce temps : c’est presque une traversée de l’enfer à laquelle nous avons droit. Du purgatoire à l’enfer, en passant par une réalité troublée, le trajet de Martin illustre une époque d’horreur (la « chasse aux sorcières » en fin d’album rappelle que face aux questions angoissantes, les boucs émissaires étaient nombreux à l’époque). J’ai bien aimé cette balade dans un moyen-âge de pacotille, dont Yohan Radomski n’aurait gardé que la noirceur, le grotesque. Mais le moyen-âge qu’il nous donne à voir n’est finalement pas si éloigné que cela de l’imaginaire de l’époque, très marqué par la peur de l’enfer, et violemment questionné par les malheurs du temps, de la Peste noire à la guerre de Cent ans, en passant par les jacqueries et les Grandes compagnies. C’est un album fait pour les amateurs d’histoires décalées, avec une mise en images elle aussi originale.
Béatrice (Mertens)
Beatrice fait partie de ces banlieusards qui tous les jours se rendent sur leur lieu de travail en prenant les transports en commun. Elle travaille au rayon femme dans une grande surface qui pourrait très bien être « les galeries Lafayette ». Elle semble contente de son travail. Un jour elle remarque toutefois sur le quai de la gare un sac rouge auquel personne ne semble prêter attention. Le lendemain ce sac est encore là au même endroit. A son retour du travail elle décide soudain de s’en emparer en toute discrétion. A l’intérieur se trouve un livre avec des photos d’un couple au temps de la belle époque. Un couple qui m’a fasciné et la fera bascule dans un autre monde. Je n’en dirai pas plus. « Beatrice » est la première incursion d’un auteur belge dans la bande dessinée, Joris Mertens, qui semble être plutôt photographe de son état. Ses dessins sont d’ailleurs souvent de grandes et magnifiques photographies, tantôt du temps présent, tantôt du temps passé. Les couleurs sont magnifiques, et les dessins parlent d’eux même, car il n’y a pas un seul phylactère dans cet album de plus de 90 pages. Pour une première dans cet univers nouveau je serai tenté de dire qu’il s’agit d’un coup de maitre. Car à la différence de l’album « Hubert » qui vient de faire l’objet de critiques récentes, il se passe bien quelque chose dans cette histoire. Mais ce je vous laisse le soin de le découvrir....
Malaterre
Allez y... vous serez embarqués dans le monde des ados rebelles ingrats, des expats d'Afrique noire néo-coloniaux, des adultes portant péniblement leurs failles, leurs maladresses, des familles disloquées dysfonctionnelles. Ce récit juste ne s'égare pas. Il navigue avec intelligence en mélangeant tous ces mondes dans une belle harmonie, une lecture fluide et crédible. Le dessin très personnel rend parfaitement les ambiances des lieux, les émotions des protagonistes. Belle réussite.
Descender
Je mets mon avis à jour suite à la lecture de l’intégrale de la série, je laisse ma note à 4/5 et je réactive mon coup de cœur ! Les 2 premiers albums m’avaient vraiment enchanté, mais j’avais un peu peur que la série s’essouffle sur la longueur. Je ressors cependant satisfait de ma lecture des 6 tomes, malgré quelques petits reproches. Je note déjà un petit souci de rythme, assez courant avec le format périodique américain : un début « en fanfare », un ralentissement au milieu, puis une fin très dense. Je m’étonne aussi de petit raccourcis scénaristiques un peu bizarres (par exemple dans le tome 4 quand Driller and Mizerd titubent pendant des heures dans des galeries obscures, pour ressortir comme par hasard dans le centre de la ville où ils se rendaient). Mais ces petits soucis ne m’ont pas gâché la lecture pour autant. Le thème central de cette aventure est la robotique, et plus particulièrement la coexistence entre des robots de plus en plus perfectionnés et les autres races de l’univers. Les sujets abordés sont classiques pour ce genre d’histoire, mais intéressants et remarquablement bien intégrés. Les personnages sont bien développés, et il faut avouer que l’auteur parvient à boucler son histoire, et à fournir des réponses à toutes les questions posées en cours de route, ce qui n’était franchement pas gagné. Les explications fournies dans le tome 6 sont logiques et satisfaisantes, et j’ai trouvé la toute fin de l’histoire très belle. Elle se suffit, mais sert aussi de tremplin vers le 2eme cycle : Ascender. La mise en image est notable pour ses magnifiques couleurs aquarelles, un choix qui peut surprendre mais qui fonctionne remarquablement (une fois une période d’acclimatation passée), et apporte une certaine poésie à l’univers décrit. Les planches sont magnifiques, et surtout très lisibles. Une superbe histoire de science-fiction, bouclées en 6 tomes. A conseiller aux amateurs du genre.