On peut lire cet album sous plusieurs angles, et y trouver à satisfaire des intérêts assez différents. Et ma note paraitra peut-être trop généreuse à certains. Il n’empêche que j’ai vraiment apprécié ma lecture, et j’y ai trouvé de la fraicheur, mais aussi une présentation très éclairée et intéressante de l’évolution du « métier » d’auteur de BD, de libraire, et du paysage underground et du fanzinat. Ceux que ces sujets intéressent peuvent compléter cette lecture avec « Toutes les croûtes au coin des yeux », album intégrale publié par Tanxxx chez le même éditeur.
J’ai parlé de plusieurs angles de lecture. Tout d’abord il y a l’amitié entre deux hommes, Matthias Lehmann et Nicolas Moog, que l’on voit se développer, les deux auteurs partageant beaucoup (travail et déceptions, réflexions), jusqu’à devenir presque fusionnels : en témoigne cet album-ci, écrit à quatre mains – comme leur récent « La vengeance de Croc-en-jambe » paru chez Fluide Glacial.
Transparaissent aussi, au travers de leurs échanges, leur vie privée, l’évolution de leur caractère (et, légèrement, de leur « condition »).
Tout cet aspect est sympathique, mais je n’aurais sans doute mis que trois étoiles si l’album n’était constitué que de ces bribes biographiques.
Mais voilà, ce qui fait la richesse de cet album, c’est qu’au travers de la vie, de l’expérience de ces deux auteurs, nous découvrons le monde fourmillant de l’underground, du fanzinat et des petites maisons d’éditions, des années 1990 à nos jours. Bourré d’anecdotes – mais aussi de références à des œuvres et des auteurs plus « connus », aux à côtés d’Angoulême, etc., l’album prend toute sa force dans ce côté « historique ».
C’est aussi, au travers de la trajectoire de ces deux auteurs, une réflexion sur le rôle des « vrais » libraires. Je voudrais ici, à la suite de Mattias Lehmann, dire toute mon admiration pour le travail de Jacques Noël (décédé en 2016) dans sa librairie « Le regard Moderne », véritable grotte hyper bordélique (on aurait pu croire que Gaston Lagaffe s’était chargé du rangement !), mais remplie de merveilles, de tout ce qui échappait aux circuits classiques (en terme de poésie, de BD, d’érotisme, d’écrits politiques). J’ai fréquenté énormément cette librairie dans les années 1990 entre autres (et donc j’ai dû y croiser Lehmann, mais moi ce sont surtout des plaquettes et revues de poésie que j’y cherchais à l’époque).
Bref, je m’écarte du sujet – quoi que – et reviens vers cet album, autobiographique, sociologique, que les curieux, qui s’intéressent à l’arrière du décor, à la microédition, trouveront intéressant.
Le ton est à l’autodérision, à la mauvaise foi assumée, la lecture – malgré certains passages avec un texte très abondant – se révèle très fluide (l’humour aide aussi).
Au final, le titre prend tout son sens. Tous ses sens devrais-je plutôt dire, puisque les auteurs se moquent de recevoir des coups, et sont restés fidèles à leurs idées de jeunesse, quitte à galérer longtemps sans le sou.
Note réelle 3,5/5.
Tome 1
Ce récit fantastique, dont c'est ici le premier volet, s’ouvre sur la vie ordinaire d’un couple qui cherche à retrouver l’amour au moyen d’une thérapie de groupe sur une île déserte, alors que leur premier enfant doit bientôt venir au monde. Mais un tsunami vient balayer subitement le havre de paix où ils séjournent, et l’homme perd sa femme dans la catastrophe. De retour chez lui, il découvre dans son jardin qu’un fœtus s’apprête à sortir de terre, alors que les chaînes d’information annoncent des cas similaires dans tout le pays. D’abord révulsé par la créature, il va décider de l’adopter et l’élever. Mais comme tous les mixbodies, l’enfant grandit très vite et possède des caractéristiques physiques qui vont l’exposer au rejet de ses camarades humains dès son entrée à l’école.
Si la thématique abordée ici évoque incontestablement les X-Men (ces mutants aux pouvoirs extraordinaires qui doivent se cacher pour se protéger des hommes), celle-ci est traitée sur un mode beaucoup moins spectaculaire, davantage philosophique. La peur de la différence et le rejet de l’autre constituent un sujet on ne peut plus actuel. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme nous ramène à la crise actuelle des migrants qui fuient des pays ravagés par la guerre et la misère, menaçant l’équilibre de nos contrées « tranquilles et prospères » en faisant ressurgir des vieux démons qu’on croyait disparus. Mais ici, contrairement à la plupart des images diffusées par les grands médias, les parias ont un visage, ils ont des peurs, des doutes, savent aussi aimer et et ne demandent qu’à vivre en paix comme tout le monde… sauf si bien sûr ils se sentent menacés…
Pour ce qui est du dessin, Debeurme recourt à une ligne claire dépouillée, donnant corps à un univers qui rappelle immanquablement le Black Hole de Charles Burns, en plus lisse et dans des tons pastels un rien insipides. Mais la comparaison s’arrête là, car le scénario reste extrêmement fluide et accessible. L’auteur n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, avec plusieurs publications à son actif depuis quinze ans, principalement chez Cornélius et Futuropolis. Déjà récompensé pour Lucille à Angoulême, il nous propose ici une fable très intrigante, à la fois fantastique et humaniste, qui réussit à donner au lecteur l’envie de connaître la suite.
Tome 2
Le second volet de cette trilogie verra une montée en crescendo de l’intrigue. Après avoir laissé la vie sauve au père de Koji, le petit groupe d’Epiphanians, qui se sont choisis cette appellation en opposition au dévalorisant « mixbodies » des humains, vont partir en expédition dans les montagnes, là où ils pensent trouver des réponses à leur présence sur Terre, à l’endroit même où des météorites s’étaient écrasées quelques années plus tôt. Un événement qui curieusement avait coïncidé à leur « éclosion » soudaine par milliers à travers le monde. Et ce qui les y attend ne risque guère de les réconcilier avec le genre humain, mais va au contraire les entraîner dans un engrenage destructeur sous la houlette d’un mystérieux homme-chauve-souris vengeur dénommé Vespero, tandis que le chaos semble se répandre à travers le globe…
En s’inspirant des comics américains, Ludovic Debeurme a produit une œuvre tout à fait étonnante. Avec « Epiphania », il ne s’est pas contenté de singer la production d’outre-Atlantique même s’il en reprend une bonne partie des codes, mais au contraire s’est efforcé d’intégrer le genre à son univers très particulier, qui évoque par certains moments celui de Charles Burns et de l’école alternative US. A la fois très bien structurée dans la narration, l’histoire pourra plaire au plus grand nombre, mais la violence brute qui traverse les productions marveliennes est ici écrémée au profit d’un esprit européen plus décalé, plus poétique.
Toutes ces caractéristiques se retrouvent dans son trait, plus réaliste que dans ses œuvres précédentes, mais qui en a conservé l’étrangeté et le minimalisme fragile. En narrant l’épopée des Epiphanians, Debeurme semble totalement pris d’empathie pour eux, révulsé lui aussi par la bêtise des humains, qui acceptent mal les « difformités » de ces êtres parias. Et pourtant, la monstruosité peut aller bien au-delà des simples apparences physiques et souvent, elle est indissociable de la nature humaine… Si on peut avoir du mal à souscrire au premier coup d’œil au style graphique atypique, force est de reconnaître que celui-ci exerce une certaine fascination. Est-ce la candeur du trait, associé à la brutalité de certaines images, qui produit cet effet ? Toujours est-il qu’il est difficile de rester indifférent à un tel récit, qu’au fond on a presque du mal à classer dans une catégorie précise, tant il a le potentiel pour toucher des types de public très variés.
Tome 3
Avec une tension qui avait atteint son point culminant à la fin du deuxième tome en nous laissant sur le qui-vive, c’est avec une certaine impatience qu’on l’attendait, le dernier épisode du triptyque hors-normes de Ludovic Debeurme. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat est pleinement à la hauteur des attentes.
D’abord sur le plan du dessin. C’est un véritable feu d’artifice graphique qui, dès le premier tiers de l’histoire, va se déployer sous nos yeux ébahis. Avec la chute d’une nouvelle météorite, la narration va évoluer de pair avec la structure visuelle. D’abord centrée sur les protagonistes et leurs altercations résultant de l’attentat manqué, sur un rythme échevelé, elle va prendre par intermittence la forme d’une suite de tableaux bibliques spectaculaires, destinées à situer le contexte général. Un contexte perturbé par ladite catastrophe, qui a son tour, telle une répétition de l’Histoire, va générer cette fois des géants, qui comme les Epiphanians, vont sortir de terre. Par un effet de réaction en chaîne, un terrible chaos digne de l’apocalypse entraînera guerres et destructions. Mais la suite réservera bien d’autres surprises au lecteur, qui ne se dévoileront qu’une fois le calme revenu. Impossible d’en dire plus à ce stade, mais certaines planches suscitent autant la sidération que l’émerveillement. Le jeu des couleurs, qui pouvaient apparaître ternes au début de la trilogie, s’est affiné. Sans souci de crédibilité, les tonalités artificielles créent une atmosphère irréelle qui contribue un peu plus à nous transporter dans une dimension onirique, loin de notre Terre à terre…
Sur le fond, l’histoire correspond pile-poil à l’esprit du temps, intégrant des préoccupations très actuelles, politiques (la montée de l’intolérance et du fascisme) et, de façon plus suggérée, écologiques. Ces êtres hybrides que sont les Epiphanians, conçus dans la terre nourricière, symbolisent parfaitement la supplique adressée par la nature à l’Homme l’invitant à se reconnecter au monde qui l’entoure. Mais celui-ci, en bon tocard aveuglé par son anthropocentrisme, préfère ne pas dresser l’oreille et poursuivre sur la voie confortable et intellectuellement paresseuse de son déni autodestructeur. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme, dont les personnages dans leur aspect feraient de lui une sorte de Charles Burns candide et optimiste, veut croire malgré tout à un sursaut salvateur de l’humanité, et nous offre une œuvre ambitieuse particulièrement rafraichissante. Ces teenagers Epiphanians, qui semblent sortir tout droit de Black Hole, nous tendent un miroir peu reluisant en nous rappelant à quel point nous nous sommes éloignés à la fois de notre humanité et de notre animalité (dans le bon sens du terme), gangrénés moralement par un individualisme forcené, à la faveur d’un système politico-économique inique et corrompu.
Du début à la fin, cette œuvre inspirante n’aura cessé de monter en puissance, telle une fusée larguant successivement, grâce à un timing parfaitement étudié, ses trois étages : un premier qui intrigue, un second qui captive, et enfin un troisième qui émerveille. Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette série, une des plus originales et les plus brillantes de la décennie, signée par l’auteur du multi-récompensé Lucille.
En voilà un bel album original, poétique, qui donne le sourire. Pourtant, ce dont parle Lupano ici n'a rien de réjouissant. La pollution, la surpêche, la violence sur les mers... Mais c'est fait avec tant de douceur qu'on ne peut pas ne pas sourire.
On suit les aventures d'un marin pêcheur breton, qui prend le large plein de boites de sardines à l'huile à bord (généreusement données par sa bien aimée), et à qui il va arriver tout un tas de péripéties. Il s'échouera, se trouvera perdu en pleine mer, arrêté, sauvé par des pirates sanguinaires, etc. Et tout ça sans texte, dans une bd totalement muette. On prend donc le temps de s'attarder sur les dessins, sur les personnages ultra expressifs de Grégory Panaccione, sur la différence entre le tout petit bateau du héros et les énormes rafiots pollueurs ou pécheurs intensifs. Et surtout, on prend le temps de s'attarder sur la mer, cette grande mer tantôt déchainée, tantôt reconnaissante, tantôt ingrate et tantôt souillée, dévastée par l'Homme. Car si il n'y a pas de texte, Lupano fait bel et bien passer son message. La mer est grande, la mer est belle, la mer est l'aventure, mais la mer est aussi en danger. La mer est aussi pleine de plastique, pleine de pétrole et pleine de carcasses de poissons. On sort donc de cette bd avec l'envie de préserver la mer, mais aussi de prendre le large, de partir à l'aventure. Car "Un Océan d'amour" est un grand récit d'aventure. L'aventure de notre petit pécheur breton, puis celle, encore plus rocambolesque, de sa femme, bretonne à la coiffe bigoudène, qui devient une star mondiale, après être partie à la recherche de son mari disparu, sur les conseils d'une voyante. J'ai un peu moins accroché avec cette partie du récit, même si c'est quand même assez rigolo. Et puis Panaccione se régale à dessiner cette grosse bretonne joufflue et pleine de vie et ce petit marin chétif et grognon, ça se voit.
C'est un coup de cœur pour moi, et la deuxième bd sans texte que j'apprécie grandement après Betty Boop. Pas la dernière, j'espère.
Un excellent documentaire sur le fléau qu'est la cigarette.
Bon, si on connait un peu le sujet il y a peu de surprises dans cet album. Je pense que maintenant la plupart des gens savent que la cigarette est mauvaise pour la santé et que les compagnies ont passé des décennies à nier ce fait. Cela reste que l'album est prenant et que c'est un excellent outil de vulgarisation pour ceux qui veulent en apprendre plus sur le sujet. Les auteurs parlent de plusieurs sujets reliés à la cigarette et j'ai appris plusieurs choses comme le fait que les compagnies de tabacs se sont emparées d'idées progressistes pour vendre leur merde (du genre fumer aide la libération de la femme !). Ce n'est jamais raconté de manière chiante et la narration est fluide. J'aurais toutefois aimé que les auteurs parlent un peu plus du reste du monde vu qu'on est surtout concentré sur les États-Unis. Il y aurait pu y avoir des trucs intéressants à dire juste avec ce que les compagnies américaines de cigarettes ont fait pour détourner les lois canadiennes.
Enfin, je comprends que c'est un sujet vaste et qu'il fallait faire des choix pour qu'on ne se retrouve pas avec un album de 1000 pages. Le dessin est excellent et je l'ai vraiment adoré. C'est typiquement le genre de dessin comique un peu réaliste que j'aime. Bref, un documentaire à lire et offrir aux fumeurs de notre entourage.
Si on fait abstraction du récent Le Confesseur sauvage, Philippe Foerster relie rarement ses histoires macabres entre elles par un fil rouge. C'est pourtant ce qu'il faisait avec cet album et ce personnage antipathique au nom imprononçable : Théodule Gouâtremou.
En effet, ce brave quidam est un colporteur. Il représente une curieuse compagnie qui vend de tout comme son nom l'indique. Et il n'a pas son pareil pour dénicher des clients étranges et satisfaire (ou pas) leurs requêtes les plus folles.
Théodule est le fil rouge de ces petites histoires, il est souvent en galère et se préoccupe essentiellement de conserver son boulot et d'en tirer profit financièrement quitte à mettre en galère sa clientèle au sort principalement funeste. C'est le petit plus de cet album qui conserve l'humour caustique de l'auteur tout en dressant un portrait social et atypique. On ne sait pas ce qui se passe chez les gens une fois leur porte fermée et c'est ce qui fait tout le sel de cette histoire abracadabrantesque.
Encore un indispensable pour tout amateur de Foerster. Ces métaphores du malheur gardent quelque chose de hautement réjouissant par leur voyeurisme. Et toujours ce trait noir et blanc impeccable et reconnaissable entre mille.
Très beau témoignage, très touchant ! C'est rare que des BD parlant de maladies éveillent en moi quelques échos, ce qui n'est arrivé pour l'instant qu'avec Une chance sur un million, qui continue de m'émouvoir aux larmes à chaque lecture, mais celle-ci rentre dans le même genre de catégorie.
Cela tient à peu de choses, mais là où elle sait se faire très juste, c'est que son histoire dépasse le simple cadre du récit d'un combat contre la maladie : il touche plus largement à ce qui fait de nous ce que nous sommes et la fragilité de nos êtres. Et là, je m'y retrouve, moi qui n'ai jamais connu la convalescence, la maladie et l'hôpital.
Élodie Durand se découvre épileptique à cause d'un cancer, et ce rude combat de plusieurs années contre cette petite cellule mal placée fera le récit. Mais ce qui va surtout être son calvaire, c'est que cela affectera sa mémoire et ses souvenirs. Et donc, ce qu'elle est.
L'histoire d'Élodie m'a touché sur ce point, par la détresse qu'elle met dans ces pages où elle perd la mémoire de choses banales, ordinaires, jusqu'au souvenirs personnels et même son propre prénom, alors qu'elle est perdue seule en ville. C'est horrible de voir la façon dont tout se détériore jusqu'à ce point, et la façon dont une si petite chose peut détraquer un être humain à ce point. Perdre la mémoire et les souvenirs, c'est perdre une partie de sa vie. Et dans le cas ici, un gros morceau même. Et d'imaginer une telle chose m'arriver, ça me suffit à avoir une réelle compassion pour l'auteure.
Le récit est très bien servi par son dessin, entrecoupé de ceux qu'elle faisait lors de ces crises. Il représente d'une façon poignante son ressenti en même temps qu'il dévoile la douleur qu'elle ressent et la lente déliquescence de son esprit. Plusieurs mises en pages originales parsèment le récit, donnant des différences de rythme et de tons qui donnent une fluidité de lecture extraordinaire, bien que le sujet soit aussi grave et aussi fort.
Une lecture très marquante, avec une réelle question sur la mémoire qui est sous-jacente à tout cela. Le récit est d'une force narrative et m'a beaucoup impacté. Je le relirai avec plaisir, c'est certain. Quelle claque !
Bammmm !!! C'te baffe ! C'est sur les conseils insistants de notre bon Sloane que je me suis lancé dans la lecture de cet album (je vous renvoie à son avis dithyrambique) et connaissant nos goûts respectifs je partais plutôt confiant.
Et bien les aminches je fus servi et pas qu'un peu ! Quel régal ! Si certaines adaptations laissent parfois un goût amer ou insipide, rien de tout cela ici !
Il faut dire aussi que les prémices de la littérature fantastique produits par Edgar Poe ou Bram Stoker ont ravi mes nuits de jeune lecteur et ont forgé mon engouement pour le genre. Ajoutez à cette adaptation un noir et blanc somptueux (Ahhh le noir et blanc... j'adore !) et totalement maîtrisé, et là moi je dis chapeau bas monsieur Bess !
C'est avec Le Lama blanc et Juan Solo que j'avais déjà pu apprécier le talent de cet auteur ; mais là, on passe au niveau supérieur ! High level même ! Que ce soit au niveau de l'adaptation très fidèle au texte de Stoker tout en parvenant à conserver une fluidité de narration impressionnante ou le découpage talentueux qu'il nous propose, rien n'est à jeter ! Ces planches mes amis ! Bess s'amuse avec ses cases, quitte à en sortir, il marie un réalisme saisissant et des décors parfois très impressionnistes un peu à la façon d'un Sergio Toppi tout en gardant son style propre. On est littéralement happé par cet album, comme hypnotisé par ce bon vieux roublard de Dracula.
Alors pas d'hésitation, cet album est une pure merveille graphique et une adaptation des plus réussies, foncez chez votre libraire, vous ne regretterez pas votre achat.
Nantes, durant la longue période des guerres de Vendée (où Les Blancs et Les Bleus s’affrontaient), le lieutenant Varenne et son acolyte Uncas, sont engagés pour retrouver le colonel Schreb. Celui-ci, surnommé l’Ange de la terreur, s’est retiré dans des marécages bretons, en compagnie de toute une armée d’oubliés. Son exil est considéré comme une vendetta et si Varenne le trouve, il doit l’abattre.
Transposer le célèbre court roman ‘Au cœur des ténèbres’ de Joseph Conrad doit être un sacré défi. C’est un roman intense au caractère très sombre. Il compte le récit d’un périple au cœur de l’Afrique noire d’un jeune officier de la marine marchande britannique envoyé pour rétablir des liens commerciaux, concernant le business de l’ivoire, en pleine jungle, avec un certain Kurtz qui ne donne plus de nouvelles. Je pense qu’après tout le monde doit connaître ce roman de Conrad même si jamais lu via Apocalypse now, le film de Francis Ford Coppola, en transposant le récit durant la guerre du Vietman avec ce duo inoubliable qui est Martin Sheen et Marlon Brando.
Jean-Pierre Pécau replace donc les événements de la nouvelle de Conrad avec brio puisqu’il arrive à sublimer ce récit étrange et terrible. Tout en restant sur le thème du conflit, il met en place la sédition d’un homme face à l’horreur de la guerre et met en avant un épisode sanglant et sombre de l’histoire de France : les guerres de Vendée. Les thèmes abordés sont forts et nous dévoilent toute l'angoisse de cette période de l’après Terreur. De plus, Jean-Pierre Pécau arrive à garder le côté exotique, mot à prendre avec des pincettes, du récit de Conrad qui se déroule en Afrique noire, avec le personnage de Uncas, un peau-rouge de la tribu Mohawk, venu s’engager dans l’armée française. De même que le récit de Conrad se déroule sur un fleuve d’Afrique noire au milieu de la jungle, présentement le récit se déroule sur un canoë dans des marécages touffus.
Le côté graphique est absolument réussi et atypique. Le trait de Benjamin Bachelier s’harmonise avec la plume de Jean-Pierre Pécau et nous applaudissons le choix de ce duo qui est en total symbiose. Tout en gris, les traits marqués des personnages nous envahissent et nous crient leur horreur, souvent nous sommes à la limite de déchiffrer comme dans un brouillard. Ils ont des regards et des expressions happés par la folie. Des regards hagards, pétris de douleur et de souvenirs sanglants. Et tout d’un coup, des touches de couleurs, très vives, qui nous font monter en pression ! Boum ! Tout en se terminant comme dans une explosion de douleurs ! C’est beau, très beau, très émouvant et très délicat en fait. Je pense que cela peut rebuter au premier coup d’œil car le rendu est presque grossier mais c’est de l’art totalement maîtrisé.
Bravo aux auteurs et à l’éditeur qui a su porter à bien ce projet totalement réussi.
Rhaaaaaaaaaaaa.
J’avais déjà amplement dépassé mon budget lors d’une de mes razzias sur Paris lorsque je suis tombé sur cet album. Je l’ai ouvert… et j’ai donc décidé d’oublier mon budget (ceinture, et patates pour quelques temps !).
Car c’est typiquement le genre de trucs qui m’attirent. Graphiquement, j’ai immédiatement été accroché. C’est proche par certains aspects de l’univers et des tronches de Winshluss (d’ailleurs son complice Cizo a participé à la couverture), ou des univers déjantés de Dave Cooper – Stéphane Blanquet s’y trouverait à l’aise aussi. On est donc là, on le voit, en terrain miné pour le lecteur lambda. Mais pour les plus curieux, ceux qui sont friands d’univers originaux et décalés, c’est vraiment le genre de chose qui peut déclencher le coup de cœur – comme cela a été le cas pour moi.
Car, outre l’univers, très underground – mais pas tant que ça finalement, il faut aussi parler du rendu. En effet, Yann Taillefer use d’une très jolie bichromie – rouge et bleu, en dessinant au stylo bille : cela donne un aspect crayonné très chouette, un peu brouillon, mais que j’ai vraiment beaucoup aimé !
Voilà pour ce qui m’avait scotché lors du feuilletage. Pour ce qui est de l’intrigue, ou plutôt des histoires courtes (plus que des chapitres, car en fait il n’y a pas forcément d’intrigue à proprement parler), il est très difficile de faire un résumé – est-il souhaitable d’ailleurs ?
Dès le départ, on est happé par un univers à la fois loufoque et oppressant, une sorte de régime totalitaire, qui élimine les déviants, ceux qui sortent des clous, qui se construit sur les restes de ces rebuts. Société étrange, dont les personnages sont parfois des hybrides objets/humains, des bouts de corps difformes, des freaks tout droit sortis d’un imaginaire débridé et fantasmagorique.
C’est parfois un peu trash, parfois énigmatique (mais comme devant un tableau, il faut savoir rester avec une question sans réponse, aimer ne s’explique pas toujours !), parfois poétique (mais alors une poésie très noire, malgré le bleu et le rouge rosâtre qui règnent en maîtres – et qui atténuent quelque peu le côté trash évoqué plus haut).
A part quelques bruits et une ou deux onomatopées, c’est entièrement muet. Mais la lecture est très fluide – pour peu qu’on accroche à l’univers développé ici.
Je voudrais finir en remerciant les éditeurs – ici Les Requins Marteaux et Super Loto – qui prennent le risque de publier ce qu’ils aiment, de le faire en dépit de certaines contingences, et qui le font très bien. En cela il n’y a pas de petit ou de grand éditeur, ou plus précisément la grandeur ne se mesure pas au chiffre d’affaires. Cela va sans dire, certes, mais ça va encore mieux en le disant.
A découvrir !
Alors tout d'abord, remballez vos préjugés. Il ne s'agit ni d'un Shojo, ni d'un manga destiné à un jeune public (elle est éditée en France chez PIKA dans la collection "PIKA SEINEN") et on est très loin d'un Harry Pot-de-Beurre.
Alors certes, l'héroïne est jeune et inexpérimentée mais ses actions ont déclenché une tragédie (elle n'est donc pas victime mais en quelque sorte "coupable") et cela ne fait que renforcer sa détermination.
Voilà, maintenant qu'on a clarifié ce point, on peut parler des qualités qui font de ce manga un excellent achat qui vous fera passer un bon moment.
Le dessin est bon voire très bon parfois même si certaines cases sont un peu vides. Le character design est également agréable et aide à la lecture. Mais c'est avant tout le scénario, original, qui fait de ce manga une perle rare. En effet, là où un shonen se retrouvera à faire du "level-up", ici on a une intrigue complexe dont, après 4 tomes, on ne fait qu'effleurer le potentiel, le tout servi par un découpage donnant un très bon rythme à l'ensemble.
Bref, du tout bon et j'ai hâte de lire la suite...
Après relecture et lecture du tome 5, j'augmente ma note d'une étoile car ce manga est tout simplement magique...
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Qu'importe la mitraille
On peut lire cet album sous plusieurs angles, et y trouver à satisfaire des intérêts assez différents. Et ma note paraitra peut-être trop généreuse à certains. Il n’empêche que j’ai vraiment apprécié ma lecture, et j’y ai trouvé de la fraicheur, mais aussi une présentation très éclairée et intéressante de l’évolution du « métier » d’auteur de BD, de libraire, et du paysage underground et du fanzinat. Ceux que ces sujets intéressent peuvent compléter cette lecture avec « Toutes les croûtes au coin des yeux », album intégrale publié par Tanxxx chez le même éditeur. J’ai parlé de plusieurs angles de lecture. Tout d’abord il y a l’amitié entre deux hommes, Matthias Lehmann et Nicolas Moog, que l’on voit se développer, les deux auteurs partageant beaucoup (travail et déceptions, réflexions), jusqu’à devenir presque fusionnels : en témoigne cet album-ci, écrit à quatre mains – comme leur récent « La vengeance de Croc-en-jambe » paru chez Fluide Glacial. Transparaissent aussi, au travers de leurs échanges, leur vie privée, l’évolution de leur caractère (et, légèrement, de leur « condition »). Tout cet aspect est sympathique, mais je n’aurais sans doute mis que trois étoiles si l’album n’était constitué que de ces bribes biographiques. Mais voilà, ce qui fait la richesse de cet album, c’est qu’au travers de la vie, de l’expérience de ces deux auteurs, nous découvrons le monde fourmillant de l’underground, du fanzinat et des petites maisons d’éditions, des années 1990 à nos jours. Bourré d’anecdotes – mais aussi de références à des œuvres et des auteurs plus « connus », aux à côtés d’Angoulême, etc., l’album prend toute sa force dans ce côté « historique ». C’est aussi, au travers de la trajectoire de ces deux auteurs, une réflexion sur le rôle des « vrais » libraires. Je voudrais ici, à la suite de Mattias Lehmann, dire toute mon admiration pour le travail de Jacques Noël (décédé en 2016) dans sa librairie « Le regard Moderne », véritable grotte hyper bordélique (on aurait pu croire que Gaston Lagaffe s’était chargé du rangement !), mais remplie de merveilles, de tout ce qui échappait aux circuits classiques (en terme de poésie, de BD, d’érotisme, d’écrits politiques). J’ai fréquenté énormément cette librairie dans les années 1990 entre autres (et donc j’ai dû y croiser Lehmann, mais moi ce sont surtout des plaquettes et revues de poésie que j’y cherchais à l’époque). Bref, je m’écarte du sujet – quoi que – et reviens vers cet album, autobiographique, sociologique, que les curieux, qui s’intéressent à l’arrière du décor, à la microédition, trouveront intéressant. Le ton est à l’autodérision, à la mauvaise foi assumée, la lecture – malgré certains passages avec un texte très abondant – se révèle très fluide (l’humour aide aussi). Au final, le titre prend tout son sens. Tous ses sens devrais-je plutôt dire, puisque les auteurs se moquent de recevoir des coups, et sont restés fidèles à leurs idées de jeunesse, quitte à galérer longtemps sans le sou. Note réelle 3,5/5.
Epiphania
Tome 1 Ce récit fantastique, dont c'est ici le premier volet, s’ouvre sur la vie ordinaire d’un couple qui cherche à retrouver l’amour au moyen d’une thérapie de groupe sur une île déserte, alors que leur premier enfant doit bientôt venir au monde. Mais un tsunami vient balayer subitement le havre de paix où ils séjournent, et l’homme perd sa femme dans la catastrophe. De retour chez lui, il découvre dans son jardin qu’un fœtus s’apprête à sortir de terre, alors que les chaînes d’information annoncent des cas similaires dans tout le pays. D’abord révulsé par la créature, il va décider de l’adopter et l’élever. Mais comme tous les mixbodies, l’enfant grandit très vite et possède des caractéristiques physiques qui vont l’exposer au rejet de ses camarades humains dès son entrée à l’école. Si la thématique abordée ici évoque incontestablement les X-Men (ces mutants aux pouvoirs extraordinaires qui doivent se cacher pour se protéger des hommes), celle-ci est traitée sur un mode beaucoup moins spectaculaire, davantage philosophique. La peur de la différence et le rejet de l’autre constituent un sujet on ne peut plus actuel. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme nous ramène à la crise actuelle des migrants qui fuient des pays ravagés par la guerre et la misère, menaçant l’équilibre de nos contrées « tranquilles et prospères » en faisant ressurgir des vieux démons qu’on croyait disparus. Mais ici, contrairement à la plupart des images diffusées par les grands médias, les parias ont un visage, ils ont des peurs, des doutes, savent aussi aimer et et ne demandent qu’à vivre en paix comme tout le monde… sauf si bien sûr ils se sentent menacés… Pour ce qui est du dessin, Debeurme recourt à une ligne claire dépouillée, donnant corps à un univers qui rappelle immanquablement le Black Hole de Charles Burns, en plus lisse et dans des tons pastels un rien insipides. Mais la comparaison s’arrête là, car le scénario reste extrêmement fluide et accessible. L’auteur n’est pas vraiment un nouveau venu dans la bande dessinée, avec plusieurs publications à son actif depuis quinze ans, principalement chez Cornélius et Futuropolis. Déjà récompensé pour Lucille à Angoulême, il nous propose ici une fable très intrigante, à la fois fantastique et humaniste, qui réussit à donner au lecteur l’envie de connaître la suite. Tome 2 Le second volet de cette trilogie verra une montée en crescendo de l’intrigue. Après avoir laissé la vie sauve au père de Koji, le petit groupe d’Epiphanians, qui se sont choisis cette appellation en opposition au dévalorisant « mixbodies » des humains, vont partir en expédition dans les montagnes, là où ils pensent trouver des réponses à leur présence sur Terre, à l’endroit même où des météorites s’étaient écrasées quelques années plus tôt. Un événement qui curieusement avait coïncidé à leur « éclosion » soudaine par milliers à travers le monde. Et ce qui les y attend ne risque guère de les réconcilier avec le genre humain, mais va au contraire les entraîner dans un engrenage destructeur sous la houlette d’un mystérieux homme-chauve-souris vengeur dénommé Vespero, tandis que le chaos semble se répandre à travers le globe… En s’inspirant des comics américains, Ludovic Debeurme a produit une œuvre tout à fait étonnante. Avec « Epiphania », il ne s’est pas contenté de singer la production d’outre-Atlantique même s’il en reprend une bonne partie des codes, mais au contraire s’est efforcé d’intégrer le genre à son univers très particulier, qui évoque par certains moments celui de Charles Burns et de l’école alternative US. A la fois très bien structurée dans la narration, l’histoire pourra plaire au plus grand nombre, mais la violence brute qui traverse les productions marveliennes est ici écrémée au profit d’un esprit européen plus décalé, plus poétique. Toutes ces caractéristiques se retrouvent dans son trait, plus réaliste que dans ses œuvres précédentes, mais qui en a conservé l’étrangeté et le minimalisme fragile. En narrant l’épopée des Epiphanians, Debeurme semble totalement pris d’empathie pour eux, révulsé lui aussi par la bêtise des humains, qui acceptent mal les « difformités » de ces êtres parias. Et pourtant, la monstruosité peut aller bien au-delà des simples apparences physiques et souvent, elle est indissociable de la nature humaine… Si on peut avoir du mal à souscrire au premier coup d’œil au style graphique atypique, force est de reconnaître que celui-ci exerce une certaine fascination. Est-ce la candeur du trait, associé à la brutalité de certaines images, qui produit cet effet ? Toujours est-il qu’il est difficile de rester indifférent à un tel récit, qu’au fond on a presque du mal à classer dans une catégorie précise, tant il a le potentiel pour toucher des types de public très variés. Tome 3 Avec une tension qui avait atteint son point culminant à la fin du deuxième tome en nous laissant sur le qui-vive, c’est avec une certaine impatience qu’on l’attendait, le dernier épisode du triptyque hors-normes de Ludovic Debeurme. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le résultat est pleinement à la hauteur des attentes. D’abord sur le plan du dessin. C’est un véritable feu d’artifice graphique qui, dès le premier tiers de l’histoire, va se déployer sous nos yeux ébahis. Avec la chute d’une nouvelle météorite, la narration va évoluer de pair avec la structure visuelle. D’abord centrée sur les protagonistes et leurs altercations résultant de l’attentat manqué, sur un rythme échevelé, elle va prendre par intermittence la forme d’une suite de tableaux bibliques spectaculaires, destinées à situer le contexte général. Un contexte perturbé par ladite catastrophe, qui a son tour, telle une répétition de l’Histoire, va générer cette fois des géants, qui comme les Epiphanians, vont sortir de terre. Par un effet de réaction en chaîne, un terrible chaos digne de l’apocalypse entraînera guerres et destructions. Mais la suite réservera bien d’autres surprises au lecteur, qui ne se dévoileront qu’une fois le calme revenu. Impossible d’en dire plus à ce stade, mais certaines planches suscitent autant la sidération que l’émerveillement. Le jeu des couleurs, qui pouvaient apparaître ternes au début de la trilogie, s’est affiné. Sans souci de crédibilité, les tonalités artificielles créent une atmosphère irréelle qui contribue un peu plus à nous transporter dans une dimension onirique, loin de notre Terre à terre… Sur le fond, l’histoire correspond pile-poil à l’esprit du temps, intégrant des préoccupations très actuelles, politiques (la montée de l’intolérance et du fascisme) et, de façon plus suggérée, écologiques. Ces êtres hybrides que sont les Epiphanians, conçus dans la terre nourricière, symbolisent parfaitement la supplique adressée par la nature à l’Homme l’invitant à se reconnecter au monde qui l’entoure. Mais celui-ci, en bon tocard aveuglé par son anthropocentrisme, préfère ne pas dresser l’oreille et poursuivre sur la voie confortable et intellectuellement paresseuse de son déni autodestructeur. Avec « Epiphania », Ludovic Debeurme, dont les personnages dans leur aspect feraient de lui une sorte de Charles Burns candide et optimiste, veut croire malgré tout à un sursaut salvateur de l’humanité, et nous offre une œuvre ambitieuse particulièrement rafraichissante. Ces teenagers Epiphanians, qui semblent sortir tout droit de Black Hole, nous tendent un miroir peu reluisant en nous rappelant à quel point nous nous sommes éloignés à la fois de notre humanité et de notre animalité (dans le bon sens du terme), gangrénés moralement par un individualisme forcené, à la faveur d’un système politico-économique inique et corrompu. Du début à la fin, cette œuvre inspirante n’aura cessé de monter en puissance, telle une fusée larguant successivement, grâce à un timing parfaitement étudié, ses trois étages : un premier qui intrigue, un second qui captive, et enfin un troisième qui émerveille. Il serait vraiment dommage de passer à côté de cette série, une des plus originales et les plus brillantes de la décennie, signée par l’auteur du multi-récompensé Lucille.
Un océan d'amour
En voilà un bel album original, poétique, qui donne le sourire. Pourtant, ce dont parle Lupano ici n'a rien de réjouissant. La pollution, la surpêche, la violence sur les mers... Mais c'est fait avec tant de douceur qu'on ne peut pas ne pas sourire. On suit les aventures d'un marin pêcheur breton, qui prend le large plein de boites de sardines à l'huile à bord (généreusement données par sa bien aimée), et à qui il va arriver tout un tas de péripéties. Il s'échouera, se trouvera perdu en pleine mer, arrêté, sauvé par des pirates sanguinaires, etc. Et tout ça sans texte, dans une bd totalement muette. On prend donc le temps de s'attarder sur les dessins, sur les personnages ultra expressifs de Grégory Panaccione, sur la différence entre le tout petit bateau du héros et les énormes rafiots pollueurs ou pécheurs intensifs. Et surtout, on prend le temps de s'attarder sur la mer, cette grande mer tantôt déchainée, tantôt reconnaissante, tantôt ingrate et tantôt souillée, dévastée par l'Homme. Car si il n'y a pas de texte, Lupano fait bel et bien passer son message. La mer est grande, la mer est belle, la mer est l'aventure, mais la mer est aussi en danger. La mer est aussi pleine de plastique, pleine de pétrole et pleine de carcasses de poissons. On sort donc de cette bd avec l'envie de préserver la mer, mais aussi de prendre le large, de partir à l'aventure. Car "Un Océan d'amour" est un grand récit d'aventure. L'aventure de notre petit pécheur breton, puis celle, encore plus rocambolesque, de sa femme, bretonne à la coiffe bigoudène, qui devient une star mondiale, après être partie à la recherche de son mari disparu, sur les conseils d'une voyante. J'ai un peu moins accroché avec cette partie du récit, même si c'est quand même assez rigolo. Et puis Panaccione se régale à dessiner cette grosse bretonne joufflue et pleine de vie et ce petit marin chétif et grognon, ça se voit. C'est un coup de cœur pour moi, et la deuxième bd sans texte que j'apprécie grandement après Betty Boop. Pas la dernière, j'espère.
Cigarettes - Le Dossier sans filtre
Un excellent documentaire sur le fléau qu'est la cigarette. Bon, si on connait un peu le sujet il y a peu de surprises dans cet album. Je pense que maintenant la plupart des gens savent que la cigarette est mauvaise pour la santé et que les compagnies ont passé des décennies à nier ce fait. Cela reste que l'album est prenant et que c'est un excellent outil de vulgarisation pour ceux qui veulent en apprendre plus sur le sujet. Les auteurs parlent de plusieurs sujets reliés à la cigarette et j'ai appris plusieurs choses comme le fait que les compagnies de tabacs se sont emparées d'idées progressistes pour vendre leur merde (du genre fumer aide la libération de la femme !). Ce n'est jamais raconté de manière chiante et la narration est fluide. J'aurais toutefois aimé que les auteurs parlent un peu plus du reste du monde vu qu'on est surtout concentré sur les États-Unis. Il y aurait pu y avoir des trucs intéressants à dire juste avec ce que les compagnies américaines de cigarettes ont fait pour détourner les lois canadiennes. Enfin, je comprends que c'est un sujet vaste et qu'il fallait faire des choix pour qu'on ne se retrouve pas avec un album de 1000 pages. Le dessin est excellent et je l'ai vraiment adoré. C'est typiquement le genre de dessin comique un peu réaliste que j'aime. Bref, un documentaire à lire et offrir aux fumeurs de notre entourage.
Porte-à-porte-malheur
Si on fait abstraction du récent Le Confesseur sauvage, Philippe Foerster relie rarement ses histoires macabres entre elles par un fil rouge. C'est pourtant ce qu'il faisait avec cet album et ce personnage antipathique au nom imprononçable : Théodule Gouâtremou. En effet, ce brave quidam est un colporteur. Il représente une curieuse compagnie qui vend de tout comme son nom l'indique. Et il n'a pas son pareil pour dénicher des clients étranges et satisfaire (ou pas) leurs requêtes les plus folles. Théodule est le fil rouge de ces petites histoires, il est souvent en galère et se préoccupe essentiellement de conserver son boulot et d'en tirer profit financièrement quitte à mettre en galère sa clientèle au sort principalement funeste. C'est le petit plus de cet album qui conserve l'humour caustique de l'auteur tout en dressant un portrait social et atypique. On ne sait pas ce qui se passe chez les gens une fois leur porte fermée et c'est ce qui fait tout le sel de cette histoire abracadabrantesque. Encore un indispensable pour tout amateur de Foerster. Ces métaphores du malheur gardent quelque chose de hautement réjouissant par leur voyeurisme. Et toujours ce trait noir et blanc impeccable et reconnaissable entre mille.
La Parenthèse
Très beau témoignage, très touchant ! C'est rare que des BD parlant de maladies éveillent en moi quelques échos, ce qui n'est arrivé pour l'instant qu'avec Une chance sur un million, qui continue de m'émouvoir aux larmes à chaque lecture, mais celle-ci rentre dans le même genre de catégorie. Cela tient à peu de choses, mais là où elle sait se faire très juste, c'est que son histoire dépasse le simple cadre du récit d'un combat contre la maladie : il touche plus largement à ce qui fait de nous ce que nous sommes et la fragilité de nos êtres. Et là, je m'y retrouve, moi qui n'ai jamais connu la convalescence, la maladie et l'hôpital. Élodie Durand se découvre épileptique à cause d'un cancer, et ce rude combat de plusieurs années contre cette petite cellule mal placée fera le récit. Mais ce qui va surtout être son calvaire, c'est que cela affectera sa mémoire et ses souvenirs. Et donc, ce qu'elle est. L'histoire d'Élodie m'a touché sur ce point, par la détresse qu'elle met dans ces pages où elle perd la mémoire de choses banales, ordinaires, jusqu'au souvenirs personnels et même son propre prénom, alors qu'elle est perdue seule en ville. C'est horrible de voir la façon dont tout se détériore jusqu'à ce point, et la façon dont une si petite chose peut détraquer un être humain à ce point. Perdre la mémoire et les souvenirs, c'est perdre une partie de sa vie. Et dans le cas ici, un gros morceau même. Et d'imaginer une telle chose m'arriver, ça me suffit à avoir une réelle compassion pour l'auteure. Le récit est très bien servi par son dessin, entrecoupé de ceux qu'elle faisait lors de ces crises. Il représente d'une façon poignante son ressenti en même temps qu'il dévoile la douleur qu'elle ressent et la lente déliquescence de son esprit. Plusieurs mises en pages originales parsèment le récit, donnant des différences de rythme et de tons qui donnent une fluidité de lecture extraordinaire, bien que le sujet soit aussi grave et aussi fort. Une lecture très marquante, avec une réelle question sur la mémoire qui est sous-jacente à tout cela. Le récit est d'une force narrative et m'a beaucoup impacté. Je le relirai avec plaisir, c'est certain. Quelle claque !
Dracula (Bess)
Bammmm !!! C'te baffe ! C'est sur les conseils insistants de notre bon Sloane que je me suis lancé dans la lecture de cet album (je vous renvoie à son avis dithyrambique) et connaissant nos goûts respectifs je partais plutôt confiant. Et bien les aminches je fus servi et pas qu'un peu ! Quel régal ! Si certaines adaptations laissent parfois un goût amer ou insipide, rien de tout cela ici ! Il faut dire aussi que les prémices de la littérature fantastique produits par Edgar Poe ou Bram Stoker ont ravi mes nuits de jeune lecteur et ont forgé mon engouement pour le genre. Ajoutez à cette adaptation un noir et blanc somptueux (Ahhh le noir et blanc... j'adore !) et totalement maîtrisé, et là moi je dis chapeau bas monsieur Bess ! C'est avec Le Lama blanc et Juan Solo que j'avais déjà pu apprécier le talent de cet auteur ; mais là, on passe au niveau supérieur ! High level même ! Que ce soit au niveau de l'adaptation très fidèle au texte de Stoker tout en parvenant à conserver une fluidité de narration impressionnante ou le découpage talentueux qu'il nous propose, rien n'est à jeter ! Ces planches mes amis ! Bess s'amuse avec ses cases, quitte à en sortir, il marie un réalisme saisissant et des décors parfois très impressionnistes un peu à la façon d'un Sergio Toppi tout en gardant son style propre. On est littéralement happé par cet album, comme hypnotisé par ce bon vieux roublard de Dracula. Alors pas d'hésitation, cet album est une pure merveille graphique et une adaptation des plus réussies, foncez chez votre libraire, vous ne regretterez pas votre achat.
Coeur de Ténèbres (Delcourt)
Nantes, durant la longue période des guerres de Vendée (où Les Blancs et Les Bleus s’affrontaient), le lieutenant Varenne et son acolyte Uncas, sont engagés pour retrouver le colonel Schreb. Celui-ci, surnommé l’Ange de la terreur, s’est retiré dans des marécages bretons, en compagnie de toute une armée d’oubliés. Son exil est considéré comme une vendetta et si Varenne le trouve, il doit l’abattre. Transposer le célèbre court roman ‘Au cœur des ténèbres’ de Joseph Conrad doit être un sacré défi. C’est un roman intense au caractère très sombre. Il compte le récit d’un périple au cœur de l’Afrique noire d’un jeune officier de la marine marchande britannique envoyé pour rétablir des liens commerciaux, concernant le business de l’ivoire, en pleine jungle, avec un certain Kurtz qui ne donne plus de nouvelles. Je pense qu’après tout le monde doit connaître ce roman de Conrad même si jamais lu via Apocalypse now, le film de Francis Ford Coppola, en transposant le récit durant la guerre du Vietman avec ce duo inoubliable qui est Martin Sheen et Marlon Brando. Jean-Pierre Pécau replace donc les événements de la nouvelle de Conrad avec brio puisqu’il arrive à sublimer ce récit étrange et terrible. Tout en restant sur le thème du conflit, il met en place la sédition d’un homme face à l’horreur de la guerre et met en avant un épisode sanglant et sombre de l’histoire de France : les guerres de Vendée. Les thèmes abordés sont forts et nous dévoilent toute l'angoisse de cette période de l’après Terreur. De plus, Jean-Pierre Pécau arrive à garder le côté exotique, mot à prendre avec des pincettes, du récit de Conrad qui se déroule en Afrique noire, avec le personnage de Uncas, un peau-rouge de la tribu Mohawk, venu s’engager dans l’armée française. De même que le récit de Conrad se déroule sur un fleuve d’Afrique noire au milieu de la jungle, présentement le récit se déroule sur un canoë dans des marécages touffus. Le côté graphique est absolument réussi et atypique. Le trait de Benjamin Bachelier s’harmonise avec la plume de Jean-Pierre Pécau et nous applaudissons le choix de ce duo qui est en total symbiose. Tout en gris, les traits marqués des personnages nous envahissent et nous crient leur horreur, souvent nous sommes à la limite de déchiffrer comme dans un brouillard. Ils ont des regards et des expressions happés par la folie. Des regards hagards, pétris de douleur et de souvenirs sanglants. Et tout d’un coup, des touches de couleurs, très vives, qui nous font monter en pression ! Boum ! Tout en se terminant comme dans une explosion de douleurs ! C’est beau, très beau, très émouvant et très délicat en fait. Je pense que cela peut rebuter au premier coup d’œil car le rendu est presque grossier mais c’est de l’art totalement maîtrisé. Bravo aux auteurs et à l’éditeur qui a su porter à bien ce projet totalement réussi.
Stum
Rhaaaaaaaaaaaa. J’avais déjà amplement dépassé mon budget lors d’une de mes razzias sur Paris lorsque je suis tombé sur cet album. Je l’ai ouvert… et j’ai donc décidé d’oublier mon budget (ceinture, et patates pour quelques temps !). Car c’est typiquement le genre de trucs qui m’attirent. Graphiquement, j’ai immédiatement été accroché. C’est proche par certains aspects de l’univers et des tronches de Winshluss (d’ailleurs son complice Cizo a participé à la couverture), ou des univers déjantés de Dave Cooper – Stéphane Blanquet s’y trouverait à l’aise aussi. On est donc là, on le voit, en terrain miné pour le lecteur lambda. Mais pour les plus curieux, ceux qui sont friands d’univers originaux et décalés, c’est vraiment le genre de chose qui peut déclencher le coup de cœur – comme cela a été le cas pour moi. Car, outre l’univers, très underground – mais pas tant que ça finalement, il faut aussi parler du rendu. En effet, Yann Taillefer use d’une très jolie bichromie – rouge et bleu, en dessinant au stylo bille : cela donne un aspect crayonné très chouette, un peu brouillon, mais que j’ai vraiment beaucoup aimé ! Voilà pour ce qui m’avait scotché lors du feuilletage. Pour ce qui est de l’intrigue, ou plutôt des histoires courtes (plus que des chapitres, car en fait il n’y a pas forcément d’intrigue à proprement parler), il est très difficile de faire un résumé – est-il souhaitable d’ailleurs ? Dès le départ, on est happé par un univers à la fois loufoque et oppressant, une sorte de régime totalitaire, qui élimine les déviants, ceux qui sortent des clous, qui se construit sur les restes de ces rebuts. Société étrange, dont les personnages sont parfois des hybrides objets/humains, des bouts de corps difformes, des freaks tout droit sortis d’un imaginaire débridé et fantasmagorique. C’est parfois un peu trash, parfois énigmatique (mais comme devant un tableau, il faut savoir rester avec une question sans réponse, aimer ne s’explique pas toujours !), parfois poétique (mais alors une poésie très noire, malgré le bleu et le rouge rosâtre qui règnent en maîtres – et qui atténuent quelque peu le côté trash évoqué plus haut). A part quelques bruits et une ou deux onomatopées, c’est entièrement muet. Mais la lecture est très fluide – pour peu qu’on accroche à l’univers développé ici. Je voudrais finir en remerciant les éditeurs – ici Les Requins Marteaux et Super Loto – qui prennent le risque de publier ce qu’ils aiment, de le faire en dépit de certaines contingences, et qui le font très bien. En cela il n’y a pas de petit ou de grand éditeur, ou plus précisément la grandeur ne se mesure pas au chiffre d’affaires. Cela va sans dire, certes, mais ça va encore mieux en le disant. A découvrir !
L'Atelier des Sorciers
Alors tout d'abord, remballez vos préjugés. Il ne s'agit ni d'un Shojo, ni d'un manga destiné à un jeune public (elle est éditée en France chez PIKA dans la collection "PIKA SEINEN") et on est très loin d'un Harry Pot-de-Beurre. Alors certes, l'héroïne est jeune et inexpérimentée mais ses actions ont déclenché une tragédie (elle n'est donc pas victime mais en quelque sorte "coupable") et cela ne fait que renforcer sa détermination. Voilà, maintenant qu'on a clarifié ce point, on peut parler des qualités qui font de ce manga un excellent achat qui vous fera passer un bon moment. Le dessin est bon voire très bon parfois même si certaines cases sont un peu vides. Le character design est également agréable et aide à la lecture. Mais c'est avant tout le scénario, original, qui fait de ce manga une perle rare. En effet, là où un shonen se retrouvera à faire du "level-up", ici on a une intrigue complexe dont, après 4 tomes, on ne fait qu'effleurer le potentiel, le tout servi par un découpage donnant un très bon rythme à l'ensemble. Bref, du tout bon et j'ai hâte de lire la suite... Après relecture et lecture du tome 5, j'augmente ma note d'une étoile car ce manga est tout simplement magique...