Les derniers avis (9708 avis)

Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bikini Atoll
Bikini Atoll

Popopopopo ! Un triptyque avec Christophe Bec aux manettes ! Une histoire sur une île paradisiaque perdue au beau milieu du Pacifique… une histoire atomique ! Ce fut un vrai plaisir de découvrir ces 3 titres - sortis le même jour il faut le remarquer ! Une vraie bombe ! Bikini atoll ravira tous les adeptes des grands classiques du cinéma d’horreur. C’est sanglant avec une intrigue parfaitement maitrisée qui va crescendo au fil des albums pour une fin effroyable. 3 tomes jubilatoires à découvrir. Un « Bec plus ultra » radioactif !

02/04/2020 (modifier)
Couverture de la série Un océan d'amour
Un océan d'amour

Pour ma 300ème bande dessinée franco-belge avisée sur mon site internet préféré, je suis heureux que cela tombe sur « Un océan d'amour ». Heureux car cet album est différent de tous ceux que j'ai lus au fil des années. Différent car muet, mais pas seulement. Wilfrid Lupano réussit ici une prouesse scénaristique mêlant habilement poésie, humour, aventure et critique de notre gestion des océans. Le ton est d'ailleurs donné par une couverture aux allures de boîte de sardines, indiquant les ingrédients qui composent l'histoire, notamment 0,5 pour cent de Che Guevara (composition correcte !). En lisant ce pavé de plus de 220 pages, vous suivrez les pérégrinations d'un couple breton. Lui est marin, elle femme au foyer. Un jour ordinaire, il part pêcher sur son petit bateau et se retrouve pris dans les filets d'un gigantesque navire de pêche industrielle. S'en suit un enchaînement de situations plus où moins cocasses qui le verront affronter mouettes, pollution plastique, pirates, gardes frontières et autres dangers maritimes. Pendant ce temps, Madame affronte vents, marées, voyantes, malbouffe, fashion victimes et même un régime dictatorial pour retrouver son cher et tendre. Personnage attachant, elle est la bouffée d'oxygène de cette histoire et lui permet de rester drôle et légère. La relation de ce couple est à la fois distante, dans une forme de prude retenue, mais puissante et emprunte d'une vraie complicité. Je l'ai trouvée touchante. Le tout est servi par un dessin d'une grande qualité et qui permet de comprendre le scénario dans les moindre détails. La bande dessinée muette donne parfois l'impression que seul l'auteur saisit vraiment tous les événements. Ici tout est clair, compréhensible et illustré avec talent. Les tons sont plutôt tristes, surtout lorsque l'on suit les galères de Monsieur sur l'océan, mais étrangement, l'ensemble reste bienveillant et positif. « Un océan d'amour » est une belle découverte et conservera une place de choix dans ma bibliothèque. Note réelle : 4.25/5

02/04/2020 (modifier)
Par dadou
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Gardiens du Maser
Les Gardiens du Maser

Alors franchement, je dois admettre que je suis particulièrement content d'avoir acheté l'intégrale avec les explications supplémentaires en début de bd. En effet... Le début du récit, je dirais que ce sont principalement les 2 premiers tomes qui sont fort confus, mais après ça, le récit devient un pur plaisir :D et que dire du final... magnifique... Donc en effet, si j'avais lu ces BDs au rythme où elles sortaient je n'aurais probablement pas trop aimé.. Surtout sans les explications qui ont été ajoutées dans la version intégrale. En tout cas je dois donc dire que ce récit est tout bonnement excellentissime et les dessins... splendides.

01/04/2020 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Éveil (Delcourt)
L'Éveil (Delcourt)

Gros coup de coeur pour cet album à la couverture magnifique, au contenu des plus surréalistes ! Je ne connaissais pas les deux auteurs Vincent Zabus (scénario) et Thomas Campi (dessin) qui ont pourtant l'air d'avoir l'habitude de travailler ensemble. Et ça se sent ! Quelle belle osmose entre le dessin et ce scénario bien barré, mais très intelligent et finement mené ! J'avoue avoir eu un peu de mal au début de cette histoire à comprendre où les auteurs voulaient en venir. Mais porté par le dessin et la colorisation somptueux de Thomas Campi, je me suis laissé porter et cela en valait plus que la peine. Arthur, jeune adulte bruxellois hypocondriaque, peine à trouver un sens à sa vie et à s'intégrer dans la société qui l'entoure. Pour se forcer à créer du lien il s'est inscrit sur une liste de personnes qui rendent régulièrement visite à des malades en fin de vie. Pour le reste, c'est plutôt néant... C'est lors d'une "sortie" (juste aller prendre l'air dehors, effort surhumain pour notre Arthur !!!) qu'il fait la rencontre de Sandrine, une street artiste. C'est avec cette rencontre que sa vie va basculer et va enfin trouver un sens. Nos auteurs produisent ici un album subtil, tout en finesse, où jouer avec le fond et la forme que permet le média BD prend tout son sens. La maladie d'Arthur se fait mots réels dans l'album, personnages aussi et ce jeu incessant permet d'avancer tranquillement dans l'histoire en se laissant porter par les délires de nos protagonistes. Petit à petit le fil conducteur prend de l'épaisseur et nous conduit vers cette conclusion évidente et éclatante qu'on nous propose. Un petit bijou d'absurde raisonné servi par un dessin magnifique ! Une très belle découverte !

31/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Rébétiko
Rébétiko

J'ai vraiment accroché avec le dessin de Prudhomme avec cette BD précisément. Encore aujourd'hui, je l'ouvre régulièrement, et je suis sidéré à chaque fois par le talent de l'auteur pour capter des mouvements. Très proche du cinéma pour ce qui concerne le découpage et les angles de vue (ce qui est valable selon moi pour la bande-dessinée en général, mais particulièrement vrai pour Rébétiko), chaque case est un arrêt sur image qui parvient à capter un geste, un élan, une intention, un regard, une expression. Outre le fait que Rébétiko a fait parvenir à mes oreilles une musique dont j'ignorais jusqu'à l’existence même, j'ai vraiment aimé partager cette journée (la BD se déroule sur 24H) avec cette joyeuse bande d'anarchistes qui ne disent pas leur nom. Ils emmerdent le pouvoir à leur manière : en maintenant leur art vivant. En vivant, tout simplement, appliquant en cela les précieux conseils d'un certain Baudelaire qui écrivait : "Enivrez-vous. Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous. Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'oiseau, l'horloge vous répondront il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse, de vin, de poésie, de vertu, à votre guise." Alors c'est ce que s'appliquent à faire les "rébètes", et c'est un peu ce que l'on fait soi-même en déambulant avec eux jusqu'au petit matin. En guise de fin, Prudhomme nous offre une scène de toute beauté au cours de laquelle les protagonistes traversent un bras de mer (ou descendent un fleuve, on ne sait pas mais qu'importe), accompagnés par le jour qui point peu à peu. Cette scène me renvoie à mes jeunes années de beuverie où encore saouls, nous regardions le soleil passer l'horizon, l'atmosphère nous grisant davantage de sa douce quiétude et nous conférant le sentiment d'avoir vaincu la nuit. Le sentiment d'être immortels.

30/03/2020 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Serena
Serena

Après une adaptation cinématographique peu convaincante par la Danoise Susanne Bier en 2014, ce fut au tour, quatre ans plus tard, d’Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg (lui-même Danois également), de transposer en bande dessinée le roman de Ron Rash paru en 2008. Si la moulinette hollywoodienne en a fait un mélo hautement romanesque passablement édulcoré, le duo Pandolfo/Risbjerg semble non seulement avoir mieux respecté l’esprit originel du roman, mais il l’a magnifié. Pour les besoins de sa conversion en BD, Anne-Caroline Pandolfo a su parfaitement resserrer le scénario tout en y intégrant une tension omniprésente, faisant que d’emblée et jusqu’à la conclusion, le lecteur est littéralement happé. Et ce personnage de femme charismatique qu’est Serena n’y est pas pour rien. Lorsque celle-ci débarque avec son mari George Pemberton, dirigeant d’une exploitation forestière, dans la petite gare de Smoky Mountains en Caroline du Nord, dans le but de faire fructifier la compagnie, on comprend vite que c’est la jeune femme qui tire les ficelles. Dès la troisième page, l’image est frappante. En sortant du wagon, Serena suit son mari, qui du coup apparaît plus petit tandis qu’il a déjà posé le pied par terre. Avec son regard déterminé et son allure altière, elle s’impose comme la marionnettiste dominant son pantin de mari, ce que va confirmer la suite de l’histoire qui se lit comme un thriller palpitant où tous les coups seront permis. Loin du film lisse de sa compatriote, Terkel Risbjerg au dessin nous livre une version bien plus âpre du roman, avec son trait charbonneux qui va à l’essentiel, et c’est ce qu’on aime chez lui. Avec paradoxalement peu de détails, les expressions des visages sont très bien rendues, à commencer par le regard imperturbablement froid, sans émotion, de Serena. La mise en page est fluide et variée, et on apprécie la façon dont Risbjerg restitue les paysages de Caroline du Nord, un peu à la manière d’un peintre, prouvant sa maîtrise de la couleur comme du noir et blanc, ainsi qu’on avait pu le voir avec « Le Roi des scarabées ». Du grand art. Si la nature et le thème de l’écologie évoqués dans le livre de Rash sont bien repris ici— de l’écologie avant l’heure puisque l’histoire de déroule dans les années 30 —, les auteurs semblent s’être davantage centrés sur les personnages, mais en particulier, bien évidemment, sur celle qui donne son nom au titre de l’histoire. Serena domine tout le récit de son aura puissante et mystérieuse, reléguant toutes les autres figures au second plan. Serena est une calculatrice à sang froid et une prédatrice implacable — à l’image de l’aigle qu’elle va dresser pour décimer les serpents qui tuent les ouvriers de l’exploitation —, exterminant tout ce qui a le malheur d’être à sa portée, les âmes, les êtres, les arbres ou les animaux, animée par une haine profonde et dérangeante dont on ne connaîtra jamais l’origine. D’ailleurs, on ne saura jamais rien du passé de cette femme, aussi fascinante que détestable, et peu encline à laisser filtrer la moindre émotion. Du double dénouement – qui donne froid dans le dos et fait de Serena un être surnaturel et maléfique – on ne révélera évidemment rien… Une fois encore, les auteurs dressent le portrait d’un être hors normes. Férue d’adaptations, Anne-Caroline Pandolfo a ce talent certain pour détecter de bonnes histoires avec des personnages singuliers et marquants. Pourtant, il ne suffit pas de prendre un bon livre, encore faut-il savoir en faire une adaptation qui honore l’œuvre originale. Avec le concours de son brillant alter-ego Terkel Risbjerg, celle-ci a fait plus que l’honorer, elle l'a transcendé en se l’appropriant, lui donnant une nouvelle vie.

29/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Fleurs rouges
Les Fleurs rouges

La réédition de l'intégralité des œuvres de Tsuge par Cornélius est une bénédiction. De cet auteur obscur, longtemps opposé à toute tentative de traduction des ses œuvres, on connaissait uniquement l'édition de L'homme sans talent parue chez Ego Comme X en 2004. La lecture de ce manga m'avait alors enchanté, moi qui ne suis pas très versé dans la bande dessinée japonaise au sujet de laquelle je suis longtemps resté cantonné dans mes a priori. C'est donc non sans une certaine curiosité que j'ai entamé ce premier tome rassemblant les nouvelles graphiques de Tsuge parue entre 1967 et 1968. Il faut signaler que l'édition de ses œuvres n'est pas appelée à suivre nécessairement un ordre chronologique, mais qu'elle réunit plutôt les nouvelles par "période", chacun des 7 volumes (4 restant à paraitre) prenant le titre d'une nouvelle en particulier, soit parce qu'elle est caractéristique de la dite période (c'est le cas ici), soit parce celle-ci marque un tournant dans l’œuvre de l'auteur (c'est le cas par exemple du volume 2 intitulé La vis). Cela étant dit, il convient de saluer la qualité exceptionnelle de cette édition. Couverture rigide, épaisse, belle jaquette repliée sur elle-même (ce qui renforce l'impression de solidité du papier), présence d'un signet en tissu incorporé au tranchefil, reliure cousue, papier de qualité... L'objet est très beau et agréable à lire. S'ajoute à cela un appareil critique de qualité, de nombreuses traductions émaillant les pages (même les onomatopées sont traduites) ainsi qu'un petit corpus de notes en fin d'ouvrage fournissant d'utiles précisions culturelles ou sociales sur certains aspects évoqués dans le livre. Merci donc à Cornélius pour ce magnifique travail ! Intéressons-nous à l’œuvre en elle-même maintenant. Exception faite de la deuxième nouvelle de ce volume (Plein soleil) qui m'apparait inexplicablement sans grand intérêt tant graphique que narratif, les histoires qu'il contient sont renversantes... Tout d'abord, le dessin de Tsuge, bien que réalisé il y a plus de 50 ans, apparait encore aujourd'hui d'une modernité impressionnante. Le travail sur les ombres est remarquable par sa simplicité, et le soin apporté aux paysages est tout bonnement estomaquant. La narration quant à elle est ici élevée au rang de science tant elle peut compter sur un découpage dynamique. On est très loin du traditionnel gaufrier, encore très en vogue à l'époque. Et puis ce dessin, simplissime, efficace, immédiatement déchiffrable, ne dévoile que le strict nécessaire, abandonnant volontairement le reste à la pudeur de par la grâce de son trait. Tsuge donne au fil des pages une leçon de dessin magistrale. Le dessin est frais, les visages sont très expressifs, et la composition des cases confine à l'art de l'estampe. La force de ces histoires de trois-fois-rien réside dans la puissance de suggestion de l'auteur. Il faut lire la très métaphorique nouvelle éponyme pour s'en convaincre : arrivé à la dernière case, je n'ai pu m'empêcher de lâcher un "wow !" de sidération. Tour à tour poétiques, drôles, voire burlesques, parfois dramatiques, ces nouvelles nous plongent dans un Japon qui, bien qu'encore fortement empreint de tradition, et sur lequel Tsuge jette un regard d'une infinie tendresse, connait alors une vague de libération des mœurs. La nouvelle intitulée Paysage de bord de mer, traitée un peu à la manière de la Nouvelle Vague, est particulièrement significative de cette tendance. Je suis loin d'être un spécialiste du Japon, un pays dont j'ignore à peu près tout, mais je sais que ce manga m'a ému, entre autre raison parce qu'on éprouve cette sensation de basculement d'un monde à l'autre. Je l'ai dit au début, le manga n'est pas mon truc. A part L'Homme sans talent, je n'avais lu que Quartier lointain de Jiro Taniguchi, ou peu s'en faut. Désormais, il serait plus juste d'écrire que le manga N'ETAIT PAS mon truc. Là réside le moindre des mérites des Fleurs rouges, une œuvre monumentale, dense et rêveuse. Aussi, pour cette année vingt vingt déjà bien entamée, je me suis concocté un petit programme de rattrapage comprenant la lecture des œuvres d'Asano, Urasawa, Mizuki ou bien encore Mochizuki. On m'aurait dit ça il y a encore six mois, je vous jure que je m'en serais froissé une côte de rire. Comment c'est déjà le truc qu'on dit avec les avis des imbéciles ?...

28/03/2020 (modifier)
Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Lucarne
Lucarne

Fraichement lesté du Prix Révélation lors du dernier festival d’Angoulême, le britannique Joe Kessler propose avec Lucarne une expérience graphique radicale qui, à défaut sans doute de faire l’unanimité, vous fera envisager votre organe rétinien sous un jour nouveau. Difficile de raconter Lucarne. Certains y verront une succession de plusieurs nouvelles graphiques, d’autres une aventure abracadabrante, énigmatique, riche en rebondissements… On pourrait tenter de résumer cette œuvre, bien entendu, mais ce serait vain, futile, totalement inutile, parce qu’au delà de la narration, c’est une galaxie inconnue qui s’offre à nos yeux ébahis. Ces histoires semblent en effet n’avoir ni début, ni fin, pas plus que de titre… On passe de l’une à l’autre à l’autre un peu à la manière d’un cadavre-exquis. On s’imprègne de différentes ambiances, charge au lecteur de tisser son propre chemin. Ici, la narration passe essentiellement par des sensations. Qu’importe finalement si l’on saute d’un cauchemar de destruction à un jardin inondé de soleil, si l’on suit une espèce de magicien louche et vaguement inquiétant pour finir sur le pont d’un navire en compagnie de deux amants improbables… L’important ici est de vous égarer dans le dédale de ces histoires à tiroir, d’en inventer chaque interstice. Lucarne est une œuvre profondément polysémique qu’il est périlleux d’aborder comme une BD classique. Joe Kessler ne fait pas dans la facilité, sollicitant abondamment l’intelligence et l’imagination de ses lecteurs. Les mauvaises langues affirmeront sans perdre une dent qu’il n’y a rien à comprendre dans Lucarne. Qu’importe finalement : je répondrai qu’il y a tout à imaginer. Ce « travail » d’imagination est servi par un mélange de techniques admirables, qu’il s’agisse des crayonnés, des « feutrés », de l’usage discret de l’ordinateur… Chaque page semble judicieusement adaptée à son propos, et chaque case est une histoire à elle seule. Les ambiances variées évoquées précédemment sont parfaitement rendues avec une fluidité, une aisance et une simplicité remarquables : les scènes nocturnes, le travail des ombres, Les jeux de lumière, les images déformées par l’eau, les impressions visuelles, les attitudes, les poses des personnages… On ne sait plus où donner des yeux, si bien que l’on finit par ne plus distinguer ce qui relève du dessin ou de la pure sensation. Tout se mélange dans un tourbillon frais et coloré. Ca vibre, ça s’agite, ça bondit et rebondit sans cesse. Le pied ! C’est bien entendu l’utilisation des couleurs qui saute immédiatement aux yeux. De toute évidence, Joe Kessler flirte avec le Psychédélisme, tout autant avec l’Impressionnisme. Ses dessins faussement mal dessinés, avec leurs traits souvent épais et tracés au feutre, vous éclatent littéralement au visage, renvoyant à l’enfance, au plaisir éprouvé à barbouiller de couleurs de larges feuilles blanches. On sent une énergie dévorante et communicative parcourir chaque page. Cette silhouette verte presque phosphorescente est-ce une peau qui frissonne dans la fraîcheur du soir ? Et ces contours flous et grossiers sont-ils les échos d’un rêve obsédant qui s’attarde au réveil ?… Le traitement des cases prend tout son sens au fil de la lecture, ce que ne permet pas un feuilletage rapide. Il n’y a pas de place pour la demi-mesure : ou le lecteur accepte la découverte, ou il repose l’objet avec dédain dans un jugement hâtif et forcément erroné. D’ailleurs, en forçant le trait (ha ha), on peut se hasarder à penser que toute tentative de caractérisation de ce livre serait de fait bancale. Comment résumer une telle expérience ? Car c’est bien d’une expérience dont il s’agit ici, tant graphique que physique. En ce sens, Lucarne m’évoque, toutes proportions gardées, le cinéma russe qui selon moi est peut-être le meilleur cinéma au monde : L’Île de Lounguine, Le Soleil de Sokourov ou bien encore Requiem pour un massacre de Klimov… Tout comme ces quelques films cités à titre d’exemples, Lucarne est une œuvre dense où le fond et la forme sont inextricables. Par le biais même de son trait, on touche à l’intime de son auteur, et pour un peu on pénétrerait son âme. Alors pour terminer cette vague tentative de synthèse, je me contenterai de paraphraser Dante, en te suggérant, ô aventurier qui entrera dans ces pages, d’abandonner ici tout jugement et de commencer à rêver.

27/03/2020 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Château de mon père - Versailles ressuscité
Le Château de mon père - Versailles ressuscité

J’étais passé à côté de cet album lors de sa sortie fin 2019, la faute à un sujet et un graphisme que j’avais bêtement jugé trop austère… comme j’avais tort ! J’adore quand une BD mélange l’Histoire avec un grand « H » (ici la renaissance du Château de Versailles, mais aussi la politique de l’époque, la 1ere guerre mondiale) et les drames plus humains, à savoir la vie de Pierre de Nolhac, attaché au Château de Versailles. On y retrouve des thèmes universels, avec cet homme qui a du mal à concilier son travail très prenant et sa vie de famille parfois difficile (certains passages m’ont beaucoup touché). Le travail de documentation est impressionnant (voir mini dossier et bibliographie en fin de volume), mais sans que cela n’alourdisse l’histoire, qui reste fluide et facile à lire. La mise en image d’Alexis Vitrebert est superbe, avec notamment des lavis du plus bel effet. Quel plaisir de visiter le Versailles mais aussi le Paris de l’époque. Un album que j’ai englouti d’une traite, malgré mes préjugés. A recommander à tout amateur de BD historique.

27/03/2020 (modifier)
Par AlainM
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pestiférés
Les Pestiférés

J’ai découvert cette BD il y a peu et le moins qu’on puisse dire est qu’elle prend une dimension particulière dans le contexte actuel de pandémie et de confinement. Cette œuvre inachevée de Pagnol a pu être terminée grâce au fait que celui-ci avait raconté la fin à sa femme et c’est grâce à Nicolas Pagnol, petit-fils de Marcel, que la BD a pu être réalisée. La trame de l’histoire se base sur un fait réel : l’épidémie de peste qui sévit à Marseille en 1720 et qui eut des conséquences dramatiques. On y suit les habitants d’un quartier isolé qui tentent de survivre au fléau contre lequel il n’existait aucun remède à l’époque. On y retrouve bien sûr le style de Pagnol avec sa truculence, son anticléricalisme et ses personnages hauts en couleur mais le propos est assez différent de ses autres œuvres car il s’agit ici d’un drame basé sur des événements qui se sont réellement passés et où l’on côtoie sans cesse la mort, ce qui n’empêche pas des touches d’humour à certains moments. L’intrigue est extrêmement bien construite, les motivations de chacun sont très plausibles et les rebondissements nombreux jusqu’à un final inattendu. Vous l’aurez compris : cette BD est un chef d’œuvre qui montre ce qu’était une épidémie au début du XVIIIème siècle. Lecture à conseiller à tous - sauf aux âmes sensibles et stressées par la pandémie actuelle, qui, même si elle est sévère et dramatique pour beaucoup, n’est en rien comparable avec ce qui pouvait se passer à une époque où la médecine était encore embryonnaire.

26/03/2020 (modifier)