Coeur de Ténèbres (Delcourt)

Note: 4.5/5
(4.5/5 pour 2 avis)

En 1794, le lieutenant Varenne est chargé avec son ami, éclaireur Mohawk, de retrouver le colonel Sherb. Celui-ci a perdu la raison et se cache dans les marais de Bretagne où il tire aussi bien sur les Blancs que sur les Bleus.


1789 - 1799 : La Révolution Française Bretagne Les coups de coeur des internautes Mirages

Nous sommes en 1794 et les guerres de Vendée ne sont pas terminées. Les Bleus soldats de la Convention commettent des massacres parmi la population. Le lieutenant Varenne n'en peut plus de ces exactions et souhaite se faire muter dans l'armée du nord. Son général lui demande alors de s'enfoncer dans le marais breton où le colonel Sherb s'est réfugié avec une petite armée. Là il se livre avec ses hommes à toutes sortes de massacres autant sur la population locale que sur les hommes de la Convention, les Bleus que les Blancs favorables au roi. Le lieutenant Varenne s'enfonce dans le marais avec son ami et éclaireur indien Uncas. Leur mission ramener le colonel qui n'obéit plus aux ordres pour qu'il soit jugé ou bien le tué.

Scénariste
Auteur oeuvre originale
Dessinateur
Editeur / Collection
Genre / Public / Type
Date de parution 11 Septembre 2019
Statut histoire One shot 1 tome paru
Couverture de la série Coeur de Ténèbres (Delcourt)
Les notes (2)
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03/11/2019 | sloane
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Par LuluZifer
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
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Nantes, durant la longue période des guerres de Vendée (où Les Blancs et Les Bleus s’affrontaient), le lieutenant Varenne et son acolyte Uncas, sont engagés pour retrouver le colonel Schreb. Celui-ci, surnommé l’Ange de la terreur, s’est retiré dans des marécages bretons, en compagnie de toute une armée d’oubliés. Son exil est considéré comme une vendetta et si Varenne le trouve, il doit l’abattre. Transposer le célèbre court roman ‘Au cœur des ténèbres’ de Joseph Conrad doit être un sacré défi. C’est un roman intense au caractère très sombre. Il compte le récit d’un périple au cœur de l’Afrique noire d’un jeune officier de la marine marchande britannique envoyé pour rétablir des liens commerciaux, concernant le business de l’ivoire, en pleine jungle, avec un certain Kurtz qui ne donne plus de nouvelles. Je pense qu’après tout le monde doit connaître ce roman de Conrad même si jamais lu via Apocalypse now, le film de Francis Ford Coppola, en transposant le récit durant la guerre du Vietman avec ce duo inoubliable qui est Martin Sheen et Marlon Brando. Jean-Pierre Pécau replace donc les événements de la nouvelle de Conrad avec brio puisqu’il arrive à sublimer ce récit étrange et terrible. Tout en restant sur le thème du conflit, il met en place la sédition d’un homme face à l’horreur de la guerre et met en avant un épisode sanglant et sombre de l’histoire de France : les guerres de Vendée. Les thèmes abordés sont forts et nous dévoilent toute l'angoisse de cette période de l’après Terreur. De plus, Jean-Pierre Pécau arrive à garder le côté exotique, mot à prendre avec des pincettes, du récit de Conrad qui se déroule en Afrique noire, avec le personnage de Uncas, un peau-rouge de la tribu Mohawk, venu s’engager dans l’armée française. De même que le récit de Conrad se déroule sur un fleuve d’Afrique noire au milieu de la jungle, présentement le récit se déroule sur un canoë dans des marécages touffus. Le côté graphique est absolument réussi et atypique. Le trait de Benjamin Bachelier s’harmonise avec la plume de Jean-Pierre Pécau et nous applaudissons le choix de ce duo qui est en total symbiose. Tout en gris, les traits marqués des personnages nous envahissent et nous crient leur horreur, souvent nous sommes à la limite de déchiffrer comme dans un brouillard. Ils ont des regards et des expressions happés par la folie. Des regards hagards, pétris de douleur et de souvenirs sanglants. Et tout d’un coup, des touches de couleurs, très vives, qui nous font monter en pression ! Boum ! Tout en se terminant comme dans une explosion de douleurs ! C’est beau, très beau, très émouvant et très délicat en fait. Je pense que cela peut rebuter au premier coup d’œil car le rendu est presque grossier mais c’est de l’art totalement maîtrisé. Bravo aux auteurs et à l’éditeur qui a su porter à bien ce projet totalement réussi.

04/11/2019 (modifier)
Par sloane
Note: 4/5
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Au cœur des ténèbres. Cet ajout du "au" avant le titre de cette BD est fait en toute conscience car effectivement ce que nous proposent les deux auteurs est bien une adaptation de la célébrissime longue nouvelle de Joseph Conrad parue en 1899 "Au cœur des ténèbres". Cette nouvelle va faire au fil du temps l'objet de nombreuses adaptations cinématographiques, la plus célèbre étant sans conteste le fabuleux film de Francis F. Coppola "Apocalypse Now". On peut également citer le film de Werner Herzog "Aguirre, la colère de dieu" de 1972 où si la trame est très proche elle est par contre fondée sur des faits authentiques. Personnellement je suis un grand fan de ces deux films mais également de la nouvelle de Conrad, aussi voir une nouvelle adaptation qui de surcroit se passe dans la région où j'habite ne pouvait que me titiller. Hop là je suis breton pas vendéen... Nous suivons donc le lieutenant Varenne complétement traumatisé par les horreurs de la guerre qui se voit confier la mission de partir à la recherche du colonel Sherb surnommé "l'ange de la terreur". Ce dernier a perdu la raison et se terre dans les marais de Brière autour de la ville de Guérande. Là entouré de ses fidèles il fait tirer sans distinction aussi bien sur les blancs que sur les bleus en asservissant la population locale. En compagnie de son ami et éclaireur Mohawk, Uncas, le lieutenant Varenne s'enfonce au cœur du marais. Je connais ces marais de Brière et si l'on m'avait dit un jour qu'ils pourraient être le lieu de ce type d'histoire je ne l'aurais pas cru et c'est tout le talent du dessinateur Benjamin Bachelier de traduire sur le papier le côté fascinant, trouble, angoissant que peuvent avoir ces paysages faits de grandes étendues d'eau marquées de ci de là par des buttes de roseaux, si l'on y ajoute les bancs de brouillard, il suffit de peu d'imagination pour s'y croire. C'est donc un trait assez simple, les décors sont minimalistes, les visages cabossés mais bougrement efficaces que nous propose B.Bachelier avec des ambiances en adéquation parfaite avec le récit. Tout en noir et blanc, il se permet la couleur pour illustrer les délires maladifs du lieutenant et la mort du colonel Kurtz, oup's, colonel Sherb. En ce qui concerne le scénario je n'ai que peu de choses à dire sinon que le récit colle parfaitement à celui de Conrad et que l'idée au départ saugrenue de situer l'action dans les marais de Bretagne à l'époque de la Révolution française est au final un excellent choix. Ici le voyage se fait en canoë et n'a donc certes pas l'ampleur d'un voyage en patrouilleur, de charge en hélicoptères au son de la walkyrie ou d'odeur du napalm, pour autant cette BD plutôt silencieuse ne nous épargne pas la célébrissime réplique finale "L'horreur, l'horreur" qui hante les mémoires. C'est peu de dire que cette œuvre atypique est une réussite qu'il faut lire et faire partager.

03/11/2019 (modifier)