Je viens de relire cette série dont je gardais un très bon souvenir et bien, j’ai à nouveau passé un très bon moment. Cette histoire de trahison, de spoliation, de vengeance et de manipulation est menée à un bon rythme. Le scénario est bien maîtrisé et la filiation avec Dumas, parfaitement assumée. Un travail de pro ! Dans la deuxième partie de l’histoire, les rebondissements du scénario s’enchaînent à un rythme de plus en plus rapide. On croit avoir atteint la fin de l’histoire et la résolution de l’énigme quand tout repart en arrière et on recommence. C’est très bien fait même si, de temps, l’auteur a recours à des raccourcis bizarres. Quelques pages de plus auraient peut-être permis de les éviter et de ralentir un peu le rythme dans la seconde partie du récit. Un peu trop de texte aussi dans certaines cases, c’est un peu bavard. Mais le must de cette série, c’est incontestablement le dessin ! Que c’est beau ! Certaines cases sont des tableaux. On les regarde un bon moment avant de continuer la lecture. Couleurs, lumières, contrastes, nuances… Un coup de cœur !
Que voilà une histoire étouffante, triste et noire, au travers de laquelle on peut lire une dénonciation des inégalités de classe, des malheurs des catégories populaires asservies (au XIXème siècle ou aujourd’hui), mais aussi de sociétés alternant liberté et totalitarisme, cherchant à contrôler ses membres et à éliminer les « déviants ».
On entre de plain-pied dans l’intrigue, qui est simple, épurée, comme l’est le dessin. Affaire d’ambiance essentiellement, avec ce crayonné grisâtre qui domine, à peine parsemé de quelques couleurs chatoyantes, lorsqu’il est question des beaux quartiers ou d’une fleur.
C’est que respirer coûte, chacun doit contrôler sa consommation d’air, porte un compteur sur son dos, marque de son asservissement, mais aussi « rappel à l’ordre » monétaire pour ceux qui consomment trop – par rapport à ce que leurs ressources permettent de consommer s’entend.
Cardon développe, avec une économie de moyen (que ce soit l’image ou le texte), un récit étrange et triste, dans lequel une poésie noire affleure, le long de ses décors aux formes rectilignes, traversées comme certains tableaux de de Chirico par des ombres ou des rêves.
Comme pour Cathédrale, j’ai été happé par ce récit dur, qui fait la part belle aux cauchemars, mais aussi à l’imagination.
Et le travail éditorial réalisé lors de la réédition par Les Cahiers Dessinés est remarquable (même si le prix s’en ressent forcément), dans un grand format à l’italienne, une couverture et un papier épais, des pages très aérées qui mettent en valeur le trait de Cardon.
Je m’étonne que cet auteur rare mais précieux n’ait pas plus de lecteurs (si j’en crois le peu d’avis postés ici à son propos).
Un très bon album qui revisite le film « Les Chasses du comte Zaroff », c’est bien écrit et on reste captivé jusqu’au bout par cette histoire menée à un rythme effréné avec un suspens qui ne faiblit pas. On est totalement immergé dans une nature sauvage qui réserve les pièges habituels de la jungle aux acteurs de cette double chasse à l’homme. Seul bémol pour moi, le manque d’approfondissement des personnages, manque de charisme, de leur histoire personnelle, de leurs liens passés. Le duel de ces deux chasseurs-chassés, psychopathes tueurs en série, aurait gagné en tension dramatique. On peut y ajouter quelques facilités scénaristiques malvenues et quelques raccourcis agaçants. Le dessin réaliste est très beau, précis et dynamique. François Miville-Deschênes réalise, là, une très belle performance graphique. Un très bon moment de lecture, à recommander…
Ce n’est pas la première biographie que je lis de ce duo d’auteurs mais c’est avec un plaisir renouvelé que j’effectue ces lectures.
José-Louis Bocquet et Catel Muller nous invitent ici à partager la destinée d’Alice Guy, personnage peu connu du grand public et pourtant une des actrices les plus déterminantes dans la naissance et la popularisation du cinéma. Et c’est toute une époque et toute une épopée que font revivre les deux auteurs au travers de la vie d’Alice !
Rien à faire, je suis directement tombé sous le charme. Pourtant la structure du récit est des plus conventionnelles : nous suivons Alice depuis sa naissance jusqu’à sa mort dans un ordre chronologique rigoureux. Le récit se découpe en de multiples chapitres de longueur variable (d’une page à une bonne trentaine de pages) et à la fin de chacun d’eux, je n’ai pu m’empêcher de me dire « allez, encore un et puis je fais une pause ». Résultat : un gros pavé lu en quelques heures sans que pause, il n’y ait eu. Ce récit est tellement vivant, tellement léger et instructif à la fois, drôle à l’occasion, incitant à réflexion à d’autres moments que je ressors de ma lecture amusé, touché et instruit. Que demander de plus ?
Une bien belle évocation donc, d’une réalisatrice haute en couleurs (j’ai beaucoup aimé le discours féministe que, au travers de ses œuvres, elle faisait passer avec humour et sans avoir l’air d’y toucher) autant que des débuts du cinéma (j’ai été étonné par la multitude d’appareils lancés aux origines de l’image en mouvement).
C'est le genre de BD de prime abord où l’on n’attend pas grand-chose et en fin de lecture tous nos a priori se sont envolés, c'est le cas des Ombres de la Sierra Madre.
Tout d’abord je dois dire que le trait de Daniel Brecht n'est pas des plus expressifs mais l'histoire qui nous est contée fait vite oublier le coté simpliste du dessin, c'était déjà le cas avec L'Or de Morrison sauf qu'ici on parle du dernier soubresaut des apaches Chiricahuas en 1920.
C'est bien documenté d'autant qu'à la fin du tome 1 il y a un dossier de 8 pages avec les photos d’époque de certains protagonistes, ce qui donne encore plus de crédit à cette trilogie.
Je n'ai pas décroché du récit jusqu'à la conclusion finale, et cette fin je ne l'ai pas vu venir, elle m'a laissé bouche bée.
Je viens de passer un vrai bon moment à lire cette série.
3 albums de qualité, on ne s’ennuie pas.
Vraiment pas pour les plus jeunes, à ne pas à mettre dans les mains de moins de 10 ans.
L'univers y est sanglant, sans doute un des points qui m'a plu.
J'ai adoré cette "quête" qui finit de façon inattendue. Je vous laisse le lire...
Le moindre indice sur cette fin vous couperait le plaisir.
Il fallait oser!! Cette couverture , avec la tronche (pardon!) d'un anti-Clooney aux yeux jaunes, le costard miteux et cette chemise jaune de la brocante d'il y a cinq ans. Au début tout ne tient qu'à un fil... Un dessin particulier, des visages burinés, des beautés fatiguées par beaucoup trop d'années passées devant le miroir. En plus, ce scénario qui part dans le pathos avec le bon prolo viré par son méchant PDG et qui devient un privé sur le quart de la demi phrase volée au téléphone de son ex-patron. Et alors Gabin arrive, et Aristide et cet humour à chaque page, ces références littéraires à ce tordre. Même si je suis plutôt Exbrayat ou Simenon le vieux Parigot que je suis, a adoré cette ambiance des banlieues ouvrières d'antan ou du métro aérien la nuit. Il y a tellement d'humain dans cette série. Des quinquas bien avancés sans bolide mais en Peugeot de mon grand père, pas ou peu de flingues, un pseudo-naïf qui arrive à ses fins ( sans savoir conduire ni tirer!!!) , oui , il fallait oser et Lax l'a fait. J'en arrive au meilleur, mais il n'y a que du bon, les méchants!!! Les méchants ont du caractère et de l'humanité. Des chutes improbables où le scrabble rivalise avec les images pieuses. J'ai hurlé de rire quand Choucas s'est confronté aux Editions Dynamite qui ont bien changé depuis. Mon seul regret est qu'il n'y ait que six volumes. D'autant plus que le dernier volume au Québec ( sans voiture!!!) est une pure merveille. On entend presque l'accent de nos cousins canadiens. Bienvenue;
Enfin quand un Choucas vole jusqu'au Brésil pour affronter des Faisans d'Hérault, quel régal.
Pourquoi diable n’ai-je pas lu cette série avant. J’adore pourtant les œuvres de Jeff Lemire, et les thèmes de cette histoire avaient tout pour me plaire… et bingo !
« Royal City » raconte la vie d’une famille qui s’est disloquée le jour de la mort de Tommy, le plus jeune fils. Le ton est donc très « roman graphique », l’intrigue se présente comme une fable familiale assez noire, remplie de secrets enfouis et inavouables. Mais tout va remonter à la surface avec un drame plus récent qui va réunir la famille (la crise cardiaque du papa, qui est d’ailleurs un AVC dans la VO, quel changement bizarre). Une touche de fantastique vient se greffer sur le récit, même si on peut rester cartésien et tout simplement imaginer que Tommy n’existe que dans la tête des protagonistes. Il les « hante » au sens figuré.
La réalisation de l’album est selon moi parfaite. La narration passe d’une époque à une autre sans jamais perdre le lecteur, et le rythme, assez lent en première moitié d’album, accélère graduellement et m’a scotché sur la fin – impossible de refermer l’album avant d’en avoir lu le dénouement. Le ton est juste, les révélations familiales sont surprenantes et bien amenées. Les évènements m’ont beaucoup touché et ont même fini par me faire pleurer dans les dernières pages (m’enfin, je m’attendris avec l’âge).
J’accepte tout à fait que le style esquissé de Lemire ne plaira pas à tout le monde, mais moi j’adore. C’est élégant, expressif, lisible, et les couleurs pastelles sont magnifiques.
Un récit terriblement humain. Je m’emporte sous le coup de l’émotion, et j’attribue la note maximale. Peut-être mon album préféré de cet auteur (et il y a de la concurrence !)
L'Histoire a longtemps été la possession de ceux qui l'ont écrite. Toujours les vainqueurs, les plus forts. Point de tradition orale, qui pourrait donner d'autres pistes, dans notre civilisation. Celui qui domine l'écrit domine le passé et souvent le présent. Bruno Duhamel nous propose une très belle œuvre sur la vérité fondatrice de notre roman national. Frank n'a jamais remis en doute la légitimité du personnage mythique qu'il incarne, le Marshal Johnson qui, avec son compère Doc, sont la modernité et la justice de l'Amérique du Far-West. Le célébrissime duel dans un corral contre des éleveurs passéistes est une image du glaive de la Justice. Frank s'est donné dans ce travail, non ! Dans cette mission évocatrice de la vertu de nos héros fondateurs. Mais il rencontre l'ingratitude, le vide et la solitude.
Comme on se jette dans un puits on va à la rencontre des espaces grandioses qui ne mentent pas. Ils sont beaux.
Mais surprise, dans le car Frank n'est pas seul et rencontre l'Amérique moderne dans toute sa diversité, couple mixte, homos, trans, hippies plus une autre solitude, Mike. Franck et Mike sont des experts en Affaires Indiennes façon encyclopédie. Le discours du Chef Seattle de 1854 lors de la négociation avec les envoyés du Président Pierce est-il le fondement d'une nouvelle pensée ou un faux ? Pas d'enregistrement d'un Indien qui ne parle pas anglais avec des témoins qui ne comprennent pas sa langue. Alors après 32 ans le récit d'un témoin présent à cette rencontre historique est-il fiable ? La réponse est personnelle mais engage dans sa vision du monde. Franck partait seul à notre rencontre sur la belle couverture, sans point de repère. Il réglera ses comptes avec le passé et trouvera son avenir. Pas celui auquel il pensait. Celui du sang neuf qui vivifie l'Amérique d'aujourd'hui et de demain.
Cette très belle histoire est soutenue par les beaux dessins de Bruno Duhamel. Les personnages, un peu clichés, se révèlent être plus complexes au fil des pages.
Un quatre plus
Je découvre le duo Brubaker Philips avec cet album, les premières impressions qui me viennent à la fin de ma lecture sont quelle efficacité et quel plaisir à la lecture.
Le secret de la réussite est peut être lié à l’enchaînement des actions à des époques différentes avec une telle maîtrise qu'elle rend l'histoire très dynamique.
Un album court sans aucun temps mort, nous suivons Max sur plusieurs périodes de sa vie et le scénario est juste superbe.Tous les flash-backs permettent de mieux comprendre son présent et nous sentons que notre héros est comme aspiré par un destin tragique.
Le dessin est très classique pour un comics, ce n'est pas le point fort de cet album. Les couleurs utilisées pour symboliser les années 40 sont réussies et nous envoient à cette époque.
Une histoire prenante et pleine d'émotions.
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La Vengeance du Comte Skarbek
Je viens de relire cette série dont je gardais un très bon souvenir et bien, j’ai à nouveau passé un très bon moment. Cette histoire de trahison, de spoliation, de vengeance et de manipulation est menée à un bon rythme. Le scénario est bien maîtrisé et la filiation avec Dumas, parfaitement assumée. Un travail de pro ! Dans la deuxième partie de l’histoire, les rebondissements du scénario s’enchaînent à un rythme de plus en plus rapide. On croit avoir atteint la fin de l’histoire et la résolution de l’énigme quand tout repart en arrière et on recommence. C’est très bien fait même si, de temps, l’auteur a recours à des raccourcis bizarres. Quelques pages de plus auraient peut-être permis de les éviter et de ralentir un peu le rythme dans la seconde partie du récit. Un peu trop de texte aussi dans certaines cases, c’est un peu bavard. Mais le must de cette série, c’est incontestablement le dessin ! Que c’est beau ! Certaines cases sont des tableaux. On les regarde un bon moment avant de continuer la lecture. Couleurs, lumières, contrastes, nuances… Un coup de cœur !
La Véridique Histoire des Compteurs à Air
Que voilà une histoire étouffante, triste et noire, au travers de laquelle on peut lire une dénonciation des inégalités de classe, des malheurs des catégories populaires asservies (au XIXème siècle ou aujourd’hui), mais aussi de sociétés alternant liberté et totalitarisme, cherchant à contrôler ses membres et à éliminer les « déviants ». On entre de plain-pied dans l’intrigue, qui est simple, épurée, comme l’est le dessin. Affaire d’ambiance essentiellement, avec ce crayonné grisâtre qui domine, à peine parsemé de quelques couleurs chatoyantes, lorsqu’il est question des beaux quartiers ou d’une fleur. C’est que respirer coûte, chacun doit contrôler sa consommation d’air, porte un compteur sur son dos, marque de son asservissement, mais aussi « rappel à l’ordre » monétaire pour ceux qui consomment trop – par rapport à ce que leurs ressources permettent de consommer s’entend. Cardon développe, avec une économie de moyen (que ce soit l’image ou le texte), un récit étrange et triste, dans lequel une poésie noire affleure, le long de ses décors aux formes rectilignes, traversées comme certains tableaux de de Chirico par des ombres ou des rêves. Comme pour Cathédrale, j’ai été happé par ce récit dur, qui fait la part belle aux cauchemars, mais aussi à l’imagination. Et le travail éditorial réalisé lors de la réédition par Les Cahiers Dessinés est remarquable (même si le prix s’en ressent forcément), dans un grand format à l’italienne, une couverture et un papier épais, des pages très aérées qui mettent en valeur le trait de Cardon. Je m’étonne que cet auteur rare mais précieux n’ait pas plus de lecteurs (si j’en crois le peu d’avis postés ici à son propos).
Zaroff
Un très bon album qui revisite le film « Les Chasses du comte Zaroff », c’est bien écrit et on reste captivé jusqu’au bout par cette histoire menée à un rythme effréné avec un suspens qui ne faiblit pas. On est totalement immergé dans une nature sauvage qui réserve les pièges habituels de la jungle aux acteurs de cette double chasse à l’homme. Seul bémol pour moi, le manque d’approfondissement des personnages, manque de charisme, de leur histoire personnelle, de leurs liens passés. Le duel de ces deux chasseurs-chassés, psychopathes tueurs en série, aurait gagné en tension dramatique. On peut y ajouter quelques facilités scénaristiques malvenues et quelques raccourcis agaçants. Le dessin réaliste est très beau, précis et dynamique. François Miville-Deschênes réalise, là, une très belle performance graphique. Un très bon moment de lecture, à recommander…
Alice Guy
Ce n’est pas la première biographie que je lis de ce duo d’auteurs mais c’est avec un plaisir renouvelé que j’effectue ces lectures. José-Louis Bocquet et Catel Muller nous invitent ici à partager la destinée d’Alice Guy, personnage peu connu du grand public et pourtant une des actrices les plus déterminantes dans la naissance et la popularisation du cinéma. Et c’est toute une époque et toute une épopée que font revivre les deux auteurs au travers de la vie d’Alice ! Rien à faire, je suis directement tombé sous le charme. Pourtant la structure du récit est des plus conventionnelles : nous suivons Alice depuis sa naissance jusqu’à sa mort dans un ordre chronologique rigoureux. Le récit se découpe en de multiples chapitres de longueur variable (d’une page à une bonne trentaine de pages) et à la fin de chacun d’eux, je n’ai pu m’empêcher de me dire « allez, encore un et puis je fais une pause ». Résultat : un gros pavé lu en quelques heures sans que pause, il n’y ait eu. Ce récit est tellement vivant, tellement léger et instructif à la fois, drôle à l’occasion, incitant à réflexion à d’autres moments que je ressors de ma lecture amusé, touché et instruit. Que demander de plus ? Une bien belle évocation donc, d’une réalisatrice haute en couleurs (j’ai beaucoup aimé le discours féministe que, au travers de ses œuvres, elle faisait passer avec humour et sans avoir l’air d’y toucher) autant que des débuts du cinéma (j’ai été étonné par la multitude d’appareils lancés aux origines de l’image en mouvement).
Les Ombres de la Sierra Madre
C'est le genre de BD de prime abord où l’on n’attend pas grand-chose et en fin de lecture tous nos a priori se sont envolés, c'est le cas des Ombres de la Sierra Madre. Tout d’abord je dois dire que le trait de Daniel Brecht n'est pas des plus expressifs mais l'histoire qui nous est contée fait vite oublier le coté simpliste du dessin, c'était déjà le cas avec L'Or de Morrison sauf qu'ici on parle du dernier soubresaut des apaches Chiricahuas en 1920. C'est bien documenté d'autant qu'à la fin du tome 1 il y a un dossier de 8 pages avec les photos d’époque de certains protagonistes, ce qui donne encore plus de crédit à cette trilogie. Je n'ai pas décroché du récit jusqu'à la conclusion finale, et cette fin je ne l'ai pas vu venir, elle m'a laissé bouche bée.
Obscurcia
Je viens de passer un vrai bon moment à lire cette série. 3 albums de qualité, on ne s’ennuie pas. Vraiment pas pour les plus jeunes, à ne pas à mettre dans les mains de moins de 10 ans. L'univers y est sanglant, sans doute un des points qui m'a plu. J'ai adoré cette "quête" qui finit de façon inattendue. Je vous laisse le lire... Le moindre indice sur cette fin vous couperait le plaisir.
Le Choucas
Il fallait oser!! Cette couverture , avec la tronche (pardon!) d'un anti-Clooney aux yeux jaunes, le costard miteux et cette chemise jaune de la brocante d'il y a cinq ans. Au début tout ne tient qu'à un fil... Un dessin particulier, des visages burinés, des beautés fatiguées par beaucoup trop d'années passées devant le miroir. En plus, ce scénario qui part dans le pathos avec le bon prolo viré par son méchant PDG et qui devient un privé sur le quart de la demi phrase volée au téléphone de son ex-patron. Et alors Gabin arrive, et Aristide et cet humour à chaque page, ces références littéraires à ce tordre. Même si je suis plutôt Exbrayat ou Simenon le vieux Parigot que je suis, a adoré cette ambiance des banlieues ouvrières d'antan ou du métro aérien la nuit. Il y a tellement d'humain dans cette série. Des quinquas bien avancés sans bolide mais en Peugeot de mon grand père, pas ou peu de flingues, un pseudo-naïf qui arrive à ses fins ( sans savoir conduire ni tirer!!!) , oui , il fallait oser et Lax l'a fait. J'en arrive au meilleur, mais il n'y a que du bon, les méchants!!! Les méchants ont du caractère et de l'humanité. Des chutes improbables où le scrabble rivalise avec les images pieuses. J'ai hurlé de rire quand Choucas s'est confronté aux Editions Dynamite qui ont bien changé depuis. Mon seul regret est qu'il n'y ait que six volumes. D'autant plus que le dernier volume au Québec ( sans voiture!!!) est une pure merveille. On entend presque l'accent de nos cousins canadiens. Bienvenue; Enfin quand un Choucas vole jusqu'au Brésil pour affronter des Faisans d'Hérault, quel régal.
Royal City
Pourquoi diable n’ai-je pas lu cette série avant. J’adore pourtant les œuvres de Jeff Lemire, et les thèmes de cette histoire avaient tout pour me plaire… et bingo ! « Royal City » raconte la vie d’une famille qui s’est disloquée le jour de la mort de Tommy, le plus jeune fils. Le ton est donc très « roman graphique », l’intrigue se présente comme une fable familiale assez noire, remplie de secrets enfouis et inavouables. Mais tout va remonter à la surface avec un drame plus récent qui va réunir la famille (la crise cardiaque du papa, qui est d’ailleurs un AVC dans la VO, quel changement bizarre). Une touche de fantastique vient se greffer sur le récit, même si on peut rester cartésien et tout simplement imaginer que Tommy n’existe que dans la tête des protagonistes. Il les « hante » au sens figuré. La réalisation de l’album est selon moi parfaite. La narration passe d’une époque à une autre sans jamais perdre le lecteur, et le rythme, assez lent en première moitié d’album, accélère graduellement et m’a scotché sur la fin – impossible de refermer l’album avant d’en avoir lu le dénouement. Le ton est juste, les révélations familiales sont surprenantes et bien amenées. Les évènements m’ont beaucoup touché et ont même fini par me faire pleurer dans les dernières pages (m’enfin, je m’attendris avec l’âge). J’accepte tout à fait que le style esquissé de Lemire ne plaira pas à tout le monde, mais moi j’adore. C’est élégant, expressif, lisible, et les couleurs pastelles sont magnifiques. Un récit terriblement humain. Je m’emporte sous le coup de l’émotion, et j’attribue la note maximale. Peut-être mon album préféré de cet auteur (et il y a de la concurrence !)
Fausses pistes
L'Histoire a longtemps été la possession de ceux qui l'ont écrite. Toujours les vainqueurs, les plus forts. Point de tradition orale, qui pourrait donner d'autres pistes, dans notre civilisation. Celui qui domine l'écrit domine le passé et souvent le présent. Bruno Duhamel nous propose une très belle œuvre sur la vérité fondatrice de notre roman national. Frank n'a jamais remis en doute la légitimité du personnage mythique qu'il incarne, le Marshal Johnson qui, avec son compère Doc, sont la modernité et la justice de l'Amérique du Far-West. Le célébrissime duel dans un corral contre des éleveurs passéistes est une image du glaive de la Justice. Frank s'est donné dans ce travail, non ! Dans cette mission évocatrice de la vertu de nos héros fondateurs. Mais il rencontre l'ingratitude, le vide et la solitude. Comme on se jette dans un puits on va à la rencontre des espaces grandioses qui ne mentent pas. Ils sont beaux. Mais surprise, dans le car Frank n'est pas seul et rencontre l'Amérique moderne dans toute sa diversité, couple mixte, homos, trans, hippies plus une autre solitude, Mike. Franck et Mike sont des experts en Affaires Indiennes façon encyclopédie. Le discours du Chef Seattle de 1854 lors de la négociation avec les envoyés du Président Pierce est-il le fondement d'une nouvelle pensée ou un faux ? Pas d'enregistrement d'un Indien qui ne parle pas anglais avec des témoins qui ne comprennent pas sa langue. Alors après 32 ans le récit d'un témoin présent à cette rencontre historique est-il fiable ? La réponse est personnelle mais engage dans sa vision du monde. Franck partait seul à notre rencontre sur la belle couverture, sans point de repère. Il réglera ses comptes avec le passé et trouvera son avenir. Pas celui auquel il pensait. Celui du sang neuf qui vivifie l'Amérique d'aujourd'hui et de demain. Cette très belle histoire est soutenue par les beaux dessins de Bruno Duhamel. Les personnages, un peu clichés, se révèlent être plus complexes au fil des pages. Un quatre plus
Pulp
Je découvre le duo Brubaker Philips avec cet album, les premières impressions qui me viennent à la fin de ma lecture sont quelle efficacité et quel plaisir à la lecture. Le secret de la réussite est peut être lié à l’enchaînement des actions à des époques différentes avec une telle maîtrise qu'elle rend l'histoire très dynamique. Un album court sans aucun temps mort, nous suivons Max sur plusieurs périodes de sa vie et le scénario est juste superbe.Tous les flash-backs permettent de mieux comprendre son présent et nous sentons que notre héros est comme aspiré par un destin tragique. Le dessin est très classique pour un comics, ce n'est pas le point fort de cet album. Les couleurs utilisées pour symboliser les années 40 sont réussies et nous envoient à cette époque. Une histoire prenante et pleine d'émotions.