Les derniers avis (9594 avis)

Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Maudit sois-tu
Maudit sois-tu

Vous ne connaissez pas Nicholas Zaroff ? Un oligarque russe - pas très sympathique - qui n’a qu’une idée en tête … se venger de ceux qui sont responsables de l’internement dans l’asile de Bedlam à Londres jusqu’à la fin de ses jours de son aïeul. Le temps a passé. Le comte Zaroff va donc s’en prendre aux descendants des coupables d’antan qui ont engendré le malheur sur sa famille pendant un siècle et demi. La vengeance est un plat qui se mange froid ! Le comte Zaroff est un chasseur particulièrement sanguinaire. Son plaisir est immense au contact du sang de ses proies. La poursuite, la filature, et l’affût sont sa came ! Et le lecteur que je suis a pris un plaisir incommensurable dans cette traque sanguinolente dans les égouts de Londres avec un peu de docteur Moreau et un peu de Frankenstein. Je suis juste baba par la qualité du scénario mais surtout par le graphisme magnifique de Carlos Puerto. On touche au sublime et à l’admirable. La colorisation sombre rend l’atmosphère particulièrement glauque. J’en ai des frissons dans le dos. C’est du fantastique particulièrement réussi. Du super méchant psychopathe bien croustillant. Une découverte durant les 48h de la BD. Je vous encourage à vous plonger dans cette chasse dans laquelle le gibier est un humain. Vous aurez le goût du sang dans la bouche. C’est savoureux.

16/04/2022 (modifier)
Couverture de la série La Malédiction de Vanilsa
La Malédiction de Vanilsa

Décidément, les éditions Desiba ont publié pas mal d’auteurs italiens au talent notable, mais qui n’ont pas forcément fait long feu dans le milieu de la BD. Et c’est bien dommage si l’on découvre comme moi le travail de Nenzioni sur cet album. En effet, son dessin est vraiment superbe – il justifie à lui-seul mon coup de cœur. Très classique, avec un trait réaliste très fin, utilisant très bien le Noir et Blanc (même si parfois l’encrage est un peu faiblard – c’est dommage), il allie simplicité et sophistication, donnant parfois à certaines planches des allures de gravure, ou de photos insolées et retravaillées. Un dessin minutieux en tout cas, qui enlumine, et illumine bien l’histoire. L’histoire donc. Sans doute moins captivante que le dessin. Mais pas inintéressante, se déroulant dans un univers arthurien revisité. Peu de textes (souvent en voix off), une narration lente, un peu poétique. C’est plus une affaire d’ambiance, qui prime clairement sur l’action proprement dite. Mais cette ambiance colle bien au dessin (ou inversement). Un album qui mérite le coup d’œil en tous les cas. Et que je suis étonné d’être le premier à l’aviser plus de quarante ans après sa sortie. Note réelle 3,5/5.

15/04/2022 (modifier)
Couverture de la série La ville d'Ys
La ville d'Ys

Encore une Bd sur la mythologie celtique qui brasse le réservoir des légendes de cette vieille Bretagne d'avant la chrétienté ou disons pendant la période de transition entre paganisme et chrétienté ; je suis toujours preneur de ce genre de sujet, étant fasciné par tout cet imaginaire. Malheureusement, même si je la met en coup de coeur, je suis en colère de savoir que la série est abandonnée et par conséquent, ce qui prenait un relief, une envolée extraordinaire, une tournure vraiment consistante est perdu à jamais parce qu'il n'y aura pas de conclusion à cette épopée. Mon coup de coeur est donc exclusivement attaché au caractère fascinant que dégage cette Bd qui aurait sans aucun doute pu être une très grande Bd. Le récit propose à l'instar de bandes comme Les Druides ou Ys, la légende, une version un peu différente de la fameuse légende sur Ys la fabuleuse cité engloutie par les eaux ; l'histoire est bien contée telle que je la connaissais, mais elle s'accompagne d'une dimension un peu métaphysique ou disons plus spirituelle et psychologique que celle que j'ai pu voir dans d'autres Bd. Rodolphe manie le mystère autour de Gradlon, Dahut et Morgwen en incorporant magie et fantastique breton tel que je pouvais m'y attendre. Le tout est parfaitement illustré par un dessin explicite en mode peinture ; parfois je n'apprécie pas toujours ce style très pictural, ça dépend des sujets, mais dans le cas présent, ça donne une interprétation flamboyante de la légende, le fabliau est transcendé par des images d'un baroque irrésistible qui dégagent une atmosphère unique et envoûtante. Son seul défaut est d'être un peu sombre dans le tome 1, il devient plus lumineux dans le tome 2, mais d'un autre côté, je comprend très bien que ce dessin est adapté à cette narration et à cette ambiance celtique qui comme Complainte des landes perdues, emprunte aux légendes d'un passé médiéval obscur et très ancien. Une totale réussite graphique et narrative, hélas sans fin réelle...

15/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Complot
Le Complot

La lutte contre l'antisémitisme est sans fin et Will Eisner y a consacré une grande partie de son oeuvre. Voilà une oeuvre unique dans le monde de la BD/Comics. On pourrait presque la considérer comme un travail universitaire mis à la disposition du grand public. C'est sûrement ce que c'est d'ailleurs. Mais ce travail n'est pas orienté contre n'importe quoi, mais contre l'arme probablement la plus néfaste et la plus diabolique conçue par un homme, Mathieu Golovinski. Incontestablement, les effets induits par la diffusion et de la lecture "des protocoles des Sages de Sion" ont fait probablement plus de victimes que l'arme atomique. Il serait dangereux de sous-estimer ou de moquer le "travail" de Golovinski. Celui-ci a été si efficace que les protocoles réapparaissent encore de nos jours. Eisner démontre la genèse du texte et prouve (il ne fut pas le premier) que ce texte n'a jamais eu pour origine une communauté israélite soi-disant malveillante mais qu'elle était un faux fabriqué par des antisémites. Ce faux document a permis de focaliser les haines sur les pauvres communautés juives en Russie puis à travers le monde. La démonstration est éclatante, avec des preuves irréfutables et un travail scientifique d'historien sans faille. Les protocoles ont été dénoncés par tous les gouvernements du monde. On pourrait croire l'histoire pliée et le sinistre livre relégué aux poubelles de l'histoire après une première dénonciation du "Times" puis du Sénat Américain et pourtant... Si Eisner a senti le besoin d'ajouter son clou au cercueil c'est que la bête est toujours prête à resurgir. Pourquoi ? Eisner le montre très bien en deux endroits : l'épisode des nazis interviewés par le journaliste et lorsque Eisner interroge des étudiants antisémites sur un campus. Hélas, Eisner conclut sur la vigilance car sa forte démonstration prend en compte le paramètre humain de l'irrationnel qui a besoin d'un cadre déculpabilisant que lui procure les protocoles. Je trouve la démonstration d'Eisner à la fois géniale et terrifiante. Evidemment pour une fois son sublime trait passe au second plan mais Eisner est un maître pour rendre fluide et accessible les histoires les plus complexes. Son immense talent aide à la progression d'une lecture parfois pas si facile. J'ai un seul regret dans cet ouvrage. Eisner pour démontrer le plagiat a été contraint de publier une partie des protocoles en face du texte de Maurice Joly. C'était presque obligé mais c'est rendre accessible à tous ce texte infâme des protocoles qui est empoisonné. C'est donc une lecture difficile qui doit obligatoirement être encadrée par des gens compétents, notamment pour les jeunes.

12/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Père Goriot d'Honoré de Balzac
Le Père Goriot d'Honoré de Balzac

Je trouve cette adaptation du Père Goriot de Balzac vraiment très réussie. J'ai lu le roman dans mes années lycée à une époque où cela aurait été presqu'un crime de lèse-majesté que de toucher ainsi une si grande oeuvre. Les temps ont changé heureusement. Le défi pour les auteurs, c'est d'être au niveau. Ils ont brillamment réussi. Que ce soit Lamy et Thirault pour le scénario ou Duhamel pour le dessin, c'est du A+++. Le scénario est bien sûr cadré par l'oeuvre originale mais il reprend à merveille l'esprit de la Comédie Humaine. Le découpage, la mise en scène, la montée de la dramaturgie, le mystère de Vautrin, tout concourt à la capture du lecteur. Un gros bravo au choix des dialogues à la fois accessibles mais délicieusement colorés de la langue du XIXème siècle. Je finis par le super qui est le dessin de Duhamel. Je suis public conquis tellement je suis fan. Ici encore c'est un régal. La pension Vauquer, les extérieurs, les salons et surtout les costumes, bijoux ou porcelaines. Quelle documentation et quel travail. Un travail colossal comme savait en produire le grand écrivain. Quelle superbe lecture.

12/04/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Murena
Murena

Construite comme une grande saga se déroulant à l’époque de l’empereur Néron, Murena est un exemple du genre. Le nombre de tomes de la série permettent à ses auteurs de développer la prise du pouvoir puis le règne de l’empereur en évitant les raccourcis et les simplifications habituelles. Le mélange fiction/histoire est réussi, on s’y retrouve très bien et les notes en fin d’album apportent des précisions intéressantes. Les dialogues sont bons et les citations enrichissent le texte. Je me méfie toujours un peu de Dufaux et de son lyrisme un peu lourd en général mais là, j’avoue, qu’il fait dans la sobriété. Bref, c’est une très bonne série historique et dramatique, classique mais réussie. Du côté du dessin, c’est très bon aussi. Le graphisme évolue au fil des albums, il s’affine et nous régale des détails des lieux de pouvoir comme des lieux du quotidien Romains : la cloaca maxima, les latrines publiques, les quartiers et leurs échoppes, etc… qui font toute la richesse de ces albums. Les couleurs douces sont vraiment agréables à l’œil qui glisse tranquillement d’une page à l’autre tant l’ensemble est fluide. Le héros, Lucius Murena continue de développer son personnage dans le second cycle en contrepoint de Néron qui sombre dans la paranoïa et la folie alors que, dans le premier, les auteurs lui avaient laissé une part d’humanité… enfin, une humanité replacée dans le contexte de l’époque.

11/04/2022 (modifier)
Couverture de la série L'Enfer pour Aube
L'Enfer pour Aube

Bd géniale. Histoire mêlant historique et fiction avec brio et suspens. On en apprend en plus sur la commune et la ville de Paris. Graphiquement c'est très agréable, sans être extraordinaire. Les détails des paysages et de Paris sont superbes, les visages un peu moins fouillés, mais cela reste très beau dans son ensemble. Rien à dire où plutôt si, vivement le tome 2. Si le tome 2 est à la hauteur du tome 1, ce sera un coup de cœur. Merci aux auteurs. Une bd qui a du sens, cela fait vraiment du bien.

09/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Et à la fin, ils meurent
Et à la fin, ils meurent

C’est frais, marrant et bien vu. Je conseille vivement. J’ai suivi le coup de cœur de mon libraire, et je ne suis pas déçu. Après la fille dans l’écran, Lou Lubie continue de m’épater. Elle s’attaque aux contes que tout le monde connait, en dépoussiérant l’image d’Épinal que Disney nous a formatée. La comparaison entre les différentes versions (Grimm, Perrault, Basile ...) est assez jubilatoire, et elle va bien plus loin en posant certaines questions (la psychanalyse, la religion, les origines, le sexisme, la parité ...). Il y a un sacré boulot d’analyse dans un ton moderne et très drôle, un peu à la manière de Marion Montaigne mais avec une partie graphique plus « carré » à mon goût. C’est hyper fluide, on avale les plus de 200 pages facilement et chaque chapitre est intéressant. L’objet en lui même est très réussi et soigné : dorure, stylet tissu ... en forme de clin d’œil aux livres d’autrefois. Vraiment du tout bon, du chouette boulot. Bravo. A noter également que l’album propose de la réalité augmentée (via l’application Delcourt Soleil +), pour ceux qui souhaitent prolonger le plaisir et compléter leur lecture (infos supplémentaires sur les auteurs, contes etc ...)

09/04/2022 (modifier)
Par Benjie
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Criminal
Criminal

Un polar noir, classique et efficace. La série propose une histoire différente par tome avec à chaque fois un enquêteur différent. Quelques rappels ponctuels des tomes précédents (bar, personnages, noms déjà entendus…) réapparaissent à l’occasion et j’aime bien ces points de repères discrets qui relient le tout. Le personnage principal toujours border line se fond dans cet univers noir et poisseux très bien mis en valeur par un dessin à la Warhol. Les autres personnages tous plus glauques les uns que les autres évoluent dans des pages au découpage dynamique et au rythme rapide. On n’a à peine le temps de s’attacher à certains que le récit les emporte. J’aime beaucoup la voix off en fil rouge avec son ton décalé. Bref ! J’aime beaucoup. Grosse ambiance et très bonne série !

09/04/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Celle qui parle
Celle qui parle

La série Quetzalcoatl de Jean-Yves Mitton m'avait fait découvrir la complexité et la violence de l'Empire Aztèque à l'époque de l'arrivée des Conquistadors ainsi que le parcours romancé mais sinistre de celle qui sera plus tard nommée la Malinche. Ce n'est qu'en arrivant à la fin de Celle qui parle que j'ai réalisé que cet album avait pour héroïne le même personnage historique. Le ton y est en effet très différent, bien plus moderne et lumineux tout en n'épargnant pas la même cruelle réalité. La jeune Malinalli y est présentée comme une intelligente jeune fille tourmentée par la vie mais désireuse de s'en sortir. Ballotée par les évènements, trahie par un beau-père jaloux et vendue en esclavage, elle va trouver une porte de sortie dans l'arrivée des Espagnols et dans sa maîtrise des langues qui va lui permettre de s'imposer comme traductrice et conseillère auprès de Cortès. Cette BD est excellente pour plusieurs raisons. La première est la représentation du Mexique en ce début du 16e siècle qui est détaillée clairement et mise en scène d'une manière pleine de vie. Qu'il s'agisse des abjects Mexicas/Aztèques, de leurs voisins Mayas, des autres peuples de la région mais aussi des Conquistadors espagnols eux-mêmes, ils suintent de réalisme et d'humanité dans ce qu'elle a de bon et de mauvais. On est plongé dans cet univers historique comme si on y était. En même temps, le récit est présenté comme une série d'aventure, avec une vraie héroïne à laquelle on s'attache et qu'on a envie de voir progresser. On comprend bien son cheminement moral et on est à ses côtés et compréhensif quand elle sera finalement amenée à agir d'une manière qui la fera considérer comme une traitresse par certains alors qu'elle n'a finalement jamais dévié de sa route vertueuse et de son honneur. Elle ne fera bien souvent que réagir aux circonstances et à l'adversité, adversité qui s'acharnait visiblement contre les femmes de son époque. En cela, l'album est aussi un cri féministe, celui d'une femme qui osera finalement affirmer sa présence et son identité face au tout puissant Empereur qui domine le monde dans lequel elle a vécu et a souffert. Et cette femme, on la comprend et on la soutient dans ses choix. Ajouté à cela un graphisme très sympathique, une mise en scène fluide, aérée et dynamique, et vous obtiendrez une excellente BD d'Histoire et d'aventure.

08/04/2022 (modifier)