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Couverture de la série John and Mary
John and Mary

C'est le dernier album de Mosquito regroupant les récits courts western de Serpieri qu'il me restait à lire, ces récits sont parus dans des revues italiennes au cours des années 80, mais n'avaient pas été prépubliés dans une revue en France ; je désespérais de le lire depuis sa parution, mais c'est chose faite. Et c'est pas plus mal de le lire en dernier, car de tous les albums en mode western que j'ai lus de Serpieri, celui-ci est le plus sombre. Des 3 récits, je suis bien ennuyé pour les départager, pour moi ils sont d'égale qualité, je ne peux avoir qu'une préférence, et cette préférence va au récit qui donne son titre à l'album : John and Mary, qui est le plus long. Il s'agit d'une touchante réunion de 2 êtres solitaires malmenés par la vie, j'ai trouvé ce récit très poétique et triste, plein d'amertume. Mais les 2 autres m'ont aussi laissé une forte impression, le premier m'a rappelé un peu le superbe western de Howard Hawks, la Captive aux yeux clairs. Ces 3 récits témoignent des aléas d'une époque rude et impitoyable dans ce vieux Far West et ont en commun la confrontation des personnages avec leur passé souvent douloureux, c'est aussi une réflexion sur les actes injustes ou odieux commis envers les Indiens ou d'autres subis par des pionniers. Ces thèmes qui dégagent une certaine humanité sont rarement traités en western. La psychologie de ces histoires alliée au ton historique sont rehaussés par le crayonné unique et ultra reconnaissable de Serpieri dans son réalisme époustouflant qui restitue la dureté du Far West ; ce noir & blanc somptueux qui souligne la beauté grave des visages en gros plan est exceptionnel, je suis toujours en admiration devant le talent du maître italien qui a su illustrer le western à sa façon très personnelle. Un album magistral !

24/06/2022 (modifier)
Par PAco
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Espion de César
L'Espion de César

Voilà bien longtemps qu'une BD historique ne m'avait pas fait si bonne impression ! Le dessin de Fafner n'y est pas pour rien et c'est un réel plaisir de découvrir le talent de cet auteur qui rend merveilleusement grâce au scénario que lui a concocté Jean-Pierre Pécau. Les découpages et les cadrages sont biens pensés, sont trait est aussi affirmé que son personnage principal et la mise en couleur un peu froide est de toute beauté tout en sachant composer avec des contrastes bien pensés. Ça part plutôt très très bien de ce côté là, on pourra juste noter que tous ses personnages principaux ont quand même de sacrés corps d'athlètes pour les hommes et de déesses pour les femmes. Lorsque Coax, notre personnage principal, mercenaire et pirate de profession, très investi dans son travail, enlève un noble romain pour demander une forte rançon, il est loin de se douter qu'ils se retrouveront rapidement, comme il lui en a pourtant fait la promesse à sa libération. Ce jeune romain ambitieux n'est autre que César, et César tient toujours ses promesses... César joue finement pour éviter la mort de Coax aux arènes et ainsi pouvoir racheter ce nouvel esclave prometteur ; les rôles ont changé ! Et c'est en s'achetant la vengeance de Coax que César s'entoure d'un atout de poids pour mener à bien ses stratégies de conquêtes... Duels et batailles rangées vont alors s'enchaîner pour satisfaire d'un côté une soif de vengeance et de l'autre celle de conquête en nous proposant des planches assez folles de toute beauté ! C'est beau, ça gicle, l'histoire est prenante : voilà donc un très bon début de série qui je l'espère saura garder cet équilibre trouvé entre histoire et aventure, servies par un dessin des plus efficace. Je recommande chaudement ! *** Tome 2 *** Après un premier tome tonitruant et impressionnant, j'étais pressé de retrouver Coax, notre montagne gauloise au service de César. Après avoir permis à Coax d'assouvir sa vengeance, César a de nouveau besoin de ses services pour démêler les intrigues qui l'entourent et affament Rome. Tout est forcément question de pouvoir et de trahisons, mais si de nouveaux protagonistes important s'imposent en filigrane, d'autres figures connues du premier album tissent aussi leur toile à des fins personnelles... Croax est toujours aussi prompt à se mettre dans des situations périlleuses qu'à les régler à coup de masse d'arme ou de glaive, et le bougre excelle plutôt dans ce domaine. Ce second opus fait donc office de transition et plante le décor d'une intrigue de grande envergure entre Rome et l'Egypte. Le graphisme de Fafner est toujours aussi grandiose et sa colorisation particulière jouant beaucoup sur les contrastes donne à ses planches une singularité remarquable. J'ai juste trouvé certaines de ses cases en dessous de l'ensemble sans trop comprendre pourquoi. Certains visages donnent l'impression d'avoir été surligné au noir, ou je ne sais quoi... J'ai également beaucoup apprécié le rôle des personnages secondaires et le soin qui leur est porté ; mention spéciale au légionnaire Titus qui joue les intermédiaires entre Coax et César ; j'adore leur relation compliquée. J'attends donc maintenant la suite avec impatience, car là, on reste sur notre fin, comme coupé en plein élan... *** Tome 3 *** Voilà donc le tome conclusif de cette courte série historique. Toujours aussi impressionnante graphiquement, (Fafner est décidément très bon tant dans la réalisation que dans la composition de ses planches), la fin de cette trilogie s'appuie sur une trame historique plus prégnante. Jean-Pierre Pécau place malicieusement notre gaulois de Coax à une période charnière de la république romaine. Cette dernière vacille en effet sous les coups de boutoir de ses principaux dirigeants prêts à tout pour assouvir leur soif de pouvoir ; la chienne d'Hadès qui intrigue subtilement dans l'ombre n'y est pas étrangère non plus... Car derrière ces luttes de pouvoir c'est bien la vengeance qui fait office de fil conducteur de cette série, chaque protagoniste ayant à cœur de mener à bien sa vendetta personnelle. C'est donc une série rondement menée, efficace et qui s'appuie sur un graphisme remarquable qui fera le bonheur tant des amateurs de BD historique que d'aventure : un récit homérique de toute splendeur !

25/09/2020 (MAJ le 24/06/2022) (modifier)
Par Titanick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Imbattable
Imbattable

Le seul vrai super héros de bande dessinée. Eh bien oui, aucun effet spécial ne permettra de le voir arriver sur nos petits ou grands écrans, celui-là ! Et c’est ça qui est bon. Non seulement l’exercice de style très oubapien est excellent, notre ami se joue des cases de la planche, en arrive à se dédoubler et à provoquer des paradoxes temporels, mais cette contrainte ne paraît même pas forcée tant le gag fait mouche, pour ma part en tout cas. On aurait pu croire que ce type d’exercice aurait conduit à des séquences « artificielles » avec des ajouts de cases pour que le personnage tombe pile mais il n’en est rien ! Génie de l’auteur ou heures de travail acharné ? Sans doute les deux. Pas vraiment de redondance non plus, quelques personnages secondaires ont aussi quelques super pouvoirs tout aussi bien traités, un régal. Et ce héros, nul besoin pour lui d’enfiler son costume, il le garde en permanence, même pour faire ses courses au marché ou manger le dimanche chez sa mémé. Je l’adore. « - Faisons vite, j’ai promis à Mr Dutilleul d’aller bêcher son potager. - Bêcher son potager ? Avec vos super-pouvoirs ? - Euh non, avec une bêche. » Mouahahahah… je sens que je vais le relire souvent. Merci aux aviseurs de ce joli site de m’avoir fait découvrir que je pouvais aimer les super-héros aux super-pouvoirs en costume.

23/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Pain d'Alouette
Pain d'Alouette

On ne peut pas suspecter Christian Lax d'antirépublicanisme et pourtant son "Pain d'Alouette" fait l'éloge de trois reines. La petite reine, le vélo, pour qui les durs à cuire issus de la Grande Guerre sont prêts à tous les sacrifices pour la tenir dans leurs solides mains de guerriers. La reine des Classiques, Paris-Roubaix, dont la participation vous impose la souffrance de ces terres d'efforts et d'amertume. Enfin Reine Fario la fille de l'Aigle sans orteil qui est devenue pupille de la Nation en 1918. Pain d'Alouette se présente bien comme une digne suite de l'Aigle sans orteil même si le côté cyclisme est un peu moins prononcé. Lax nous décrit toute une galerie de caractères forts et très fouillés dans cette période d'après-guerre mais pas d'après souffrance. Poirier le capitaine plusieurs fois blessés reconverti en directeur d'orphelinat qu'il dirige comme une caserne. Camille l'ami fidèle d'Amédée, figure d'une France généreuse et pacifiste qui n'aura de cesse de sauver Reine. Dehauve le porion mal aimé qui pourtant prouvera sa grandeur... et sa bassesse. Sans oublier la famille Ternois issue tout droit d'un Germinal. Car si l’Aigle nous faisait voler sur les cimes pyrénéennes, notre alouette se promène au fond des puits du pays noir des Ch'ti. L'aristocratie du vélo côtoie l'aristocratie du monde ouvrier et les deux pour l'honneur de la France et d'une Marseillaise que Lax nous présente sous son jour problématique. Juste une pique de Lax pour nous montrer où le patriotisme irréfléchi peut nous égarer. Mais Lax aime la République, laïque et mixte. Ce qui le conduit à nous proposer ce beau destin de Reine, une pionnière pour trouver sa place dans des domaines réservés. Un très beau scénario avec beaucoup d'intensité dramatique, des situations injustes et sa créativité pour faire coller la petite histoire de nos héros à la grande histoire de "l'enfer du Nord". Je trouve que le graphisme de Lax est à son meilleur, sec nerveux précis sans relâche à l'image de ces guerriers du pavé. Lax nous gratifie en plus de paysages du pays minier absolument magnifiques. Pour qui aime cette région, il retrouvera le charme de ces campagnes parsemées d'îlots en briques rouges et gardées par les sentinelles des puits. Une histoire qui mêle récit sportif et récit social toujours empreinte d'une grande humanité. Une excellente lecture.

22/06/2022 (modifier)
Par greg
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mic Mac Adam
Mic Mac Adam

Mic Mac Adam est un détective privé écossais en kilt et au gros nez qui fera le bonheur de Spirou de 1978 à 1988. A priori, on peut penser que ce postulat fait de Mic (je vais l'appeler ainsi pour faire plus simple) une série usuelle suivant les canons en vigueur à l'époque. Erreur, d'abord visuellement, seul Mic a ce fameux groz nez, une trait probablement voulu caricatural afin d'essayer de rendre le personnage plus inoffensif qu'il ne l'est vraiment. En effet, Mic se révèle rapidement un homme intelligent, ouvert aux solutions inhabituelles et surtout n'hésitant pas à prendre des décisions drastiques, voire cruelles quand il le faut (ce dernier trait est particulièrement criant dans le dernier "vrai" tome, "les 5 miroirs"). Mais l'une des grandes particularités de la série, c'est son côté adulte, voire sanglant assumé : sans être gores, les meurtres se succèdent, et souvent de manière assez graphique, n'épargnant personne, surtout les plus innocents (une histoire courte nous confronte même au meurtre d'un enfant, encore une fois c'est Spirou, même en 1984 il fallait oser..). L'autre élément détonnant, c'est l'irruption très rapide du fantastique le plus pur, et ce dès le premier tome, Mic affrontant souvent le mal à l'état brut sous ses formes les plus variées (esprit, démon, sorcières...mais les êtres les plus monstrueux demeurent au final les simples bourreaux humains que Mic croise). Le paroxysme sera atteint avec une histoire courte qui est de mon point de vue un chef d’œuvre absolu à la fois au niveau de l'image et du scénario, "le jugement d'Ahriman", où Mic devra aider des âmes perdues à réussir l'épreuve imposée par des dieux mésopotamiens, car en cas d'échec ils appartiendrons à Ahriman, incarnation et inspiration du diable. Non seulement cette histoire fait montre d'une documentation approfondie, mais l'une des dernières images, toute en ombre, mettant Mic face à Ahriman, est de toute beauté. Bref je recommande fortement!

21/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Spirou de Frank Pé et Zidrou - La Lumière de Bornéo
Le Spirou de Frank Pé et Zidrou - La Lumière de Bornéo

Dans l'exercice de style Le Spirou de... j'ai beaucoup apprécié cet opus de Zidrou et Frank Pé. Les auteurs reprennent la thématique du clown triste avec plusieurs pistes de reflexion sur la beauté, l'argent et les choix fondamentaux que l'on croise tout au long de notre vie. Les auteurs nous attaquent à froid avec ces premières pages preque bucoliques de chasseur d'images avec son bébé. Mais cela tourne au drame. Zidrou et Pé nous invitent ,de façon violente, dès le début à inverser les stéréotypes. Noé ,ressuscité de "Bravo les Brothers", aura une image en clair obscur. Toujours éducateur de génie de Franquin pour ses animaux , il se présentera longtemps comme un père exécrable et lâche. Spirou aura aussi tendance à s'effacer dans les problématiques dominantes du récit. La beauté? mais Spirou est un bien piètre artiste. Spirou sauveur d'une diversité en péril? Il n'empêchera pas la fin de Bornéo. La peste noire? Il ne la voit même pas sous son nez. Pour le reste les auteurs exploitent des thèmes qui semblent des figures imposées à présent: Spirou et les femmes, Fantasio arriviste au service de sa carrière. Je trouve le graphisme moderne et dynamique. Un beau bestiaire et une image de Bruxelles presque dystopique bien réussie. Une mention spéciale à Noé empâté presque embourgeoisé qui suinte le laisser aller et le recroquevillement sur soi. Et Champignac dans tout cela? Lui aussi semble bien désemparé devant cette "peste noire" qui se répand à vive allure et corrompt tous les trésors de l'humanité. Zidrou se montre un brin caustique face à ces scientifiques gesticulants tout juste capables de fabriquer un succédané de café ou de champagne. Quant aux institutions politiques , elles controlent les plages des Maldives aux frais du contribuable. C'est exactement ( souligné dans le texte) au moment où le public retrouvera la beauté enfouie dans notre humanité que cette peste disparait. Je ne sais pas si cette lecture est exacte mais je lui trouve un sens et un message de sagesse qui colle avec le personnage de Spirou. C'est une lecture assez poétique avec un fond de tristesse sur cette beauté, la nature ou les enfants, qui nous file entre les doigts à cause de notre aveuglement à ne pas distinguer autre chose que notre profit ( pas forcément financier). Le duo Spirou et Fantasio ouvre à des perspectives d'humour et de sagesse très nombreuses. Cet opus en est encore l'exemple. Une très bonne lecture.

21/06/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Itinéraire d'une garce
Itinéraire d'une garce

Véritable claque que cette bande dessinée, faussement orientée vers le genre pornographique alors que le style "roman graphique" sied plus à ce one-shot. Tout d'abord, le dessin tout en retenue et en rondeur de Grazia La Padula est très loin des bandes dessinées dites pour adultes. Les couleurs choisies donnent en outre un côté classique à cette histoire hors norme, enfin pas tout à fait. Puisque l'héroïne, Elise 52 ans, découvre ou redécouvre sa sexualité en apprenant l'infidélité de son mari. Entre scènes de la vie quotidienne (rapport épouse/mari; enfant/parents) et scènes plus explicites, Céline Tran, que l'on ne présente plus, nous offre des réflexions sous la forme de pages dactylographiées qui épousent parfaitement le récit. J'ai été scotché par la révélation finale, qui remet tout en cause. C'est pour moi, un des meilleurs albums que j'ai lus cette année, et qui mérite amplement de dépasser la simple collection "porn'pop", certes de qualité, dans lequel il est cantonné. J'en recommande évidemment la lecture.

19/06/2022 (modifier)
Par Yann135
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Home exchange
Home exchange

Mais putain que c’est bon cet album ! Veuillez m’excuser pour cette interjection bien vulgaire mais c’est le mot qui m’est venu immédiatement à la bouche lorsque j’ai refermé cet album, lu d’une seule traite. Ce n’est pas pourtant pas mon genre préféré, ce n’est pas mon graphisme favori mais pourtant le résultat est là … c’est magnifique. Je pensais au départ être tombé dans une histoire légère, sans aucune prétention, empreinte de sentimentalisme. Mais pas du tout au final. C’est quoi l’histoire ? C’est un couple qui prend une année sabbatique en Australie où les attend un échange de maison. Lui va se remettre à écrire et elle à peindre. Tout semble aller pour le mieux mais il y a un truc qui ne va pas. Ça coince aux entournures comme on dit. Mais qui pourrait les espionner ? et pourquoi ? Nul besoin de balles qui fusent dans tous les sens, ou de bagarres avec des personnages testostéronés pour créer un thriller original qui tient la route. Vous ne trouverez pas des séquences inattendues qui vont bouleverser l’histoire. Non non pas d’artifices. On ne joue que sur le côté psychologique des personnages. Et c’est délicieux car Serge Perrotin nous fait avancer pas à pas dans l’histoire au point que vous serez happés littéralement par cet album. Si vous rajoutez des aborigènes bien mystérieux et le site d’Ayers Rock dans le centre rouge australien tout ça au son du didjeridoo, vous ne pouvez que succomber à cette histoire d’amour inhabituelle, sous le trait maitrisé et harmonieux de Christian Maucler. Je vous le dis, ne passez pas à côté de cet album.

19/06/2022 (modifier)
Par Solo
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Raptor
Raptor

Je remercie les premiers aviseurs pour m'avoir permis de découvrir Dave McKean à travers cette histoire. Et je me joins à eux pour préciser qu'elle m'a définitivement plu. Nous suivons Arthur et Sokol, chacun vivant dans un monde différent l'un de l'autre. Arthur est écrivain et n'arrive pas à outrepasser le deuil de sa femme. Sokol est un chasseur errant, jamais sans son faucon. La réalité, la fiction, l'imaginaire, le rêve, le surnaturel... nous traversons ces univers nuancés durant tout le récit. En cours de lecture, je me dis que je tiens là une BD au graphisme très singulier, vraiment magnifique, au dessin poétique et envoûtant. J'adore ce style où les formes se veulent imparfaites, ça dégage beaucoup de vies aux personnages et au décor. La juste dose de remplissage des cases donne à l'ensemble un caractère méditatif, on profite de tout ce qui se présente. Vraiment, je me plais à (re)parcourir les planches aléatoirement, c'est tout simplement magnifique, McKean réussit à dompter de nombreuses techniques pour dégager un style que je n'ai pas vu ailleurs. Scénaristiquement avec ce mélange d'univers, les frontières me sont floues au début et les tournures de phrases complexes. Quelque part, ça me plaît quand je sens qu'il y a un truc à comprendre que je n'ai pas encore saisi. Alors je continue, et puis une sereine évolution de l'intrigue permet d'éclaircir l'ensemble peu à peu, sans jamais tout dévoiler. Cette part de mystère me fait complètement rejoindre le commentaire d'Alix sur l'envie de relire la BD pour la savourer davantage. Et là je ne parle pas du graphisme mais bien des pensées qui se dégagent du récit, les questions qui y sont posées et les réponses que nous réussissons à trouver. Une des plus belles découvertes de cette année, je suis super content de mon achat. Par-dessus tout, j’aimerais découvrir les autres œuvres de Dave McKean. Je sens que c'est le genre d'histoire que je peux lire à répétition sans m'en rassasier, parce-qu'elle aura toujours ce petit quelque chose d'insaisissable et de mystérieux. Livre à posséder pour des mondes à explorer.

19/06/2022 (modifier)
Couverture de la série Trafic
Trafic

J'ai enfin réussi à dégoter cet album en bouquinerie, depuis le temps que je le cherchais, j'étais hyper content ! J'aime les histoires de camions et de décors américains, ça me rappelle une série TV diffusée confidentiellement dans les années 80 sur FR3 je crois, et qui s'appelait L'Aventure est au bout de la route (Movin'on), qui suivait les périgrinations de 2 truckers à travers les grands espaces de l'Ouest (Arizona, Texas, Nouveau Mexique). Ici, c'est un road movie très séduisant situé dans un décor identique, et dont l'héroïne est une chouette fille, je ne suis pas déçu du résultat, je m'y attendais un peu tout en étant méfiant vu l'âge de la bande, j'appréhendais le traitement, mais au final, c'est une intrigue classique basée sur la recherche d'un individu, émaillée par quelques mésaventures. La satisfaction vient aussi du dessin de Sternis, je trouve que son trait a bien évolué depuis Snark saga, il est bien moins fébrile, il est proche ici de Memory (publié en 1985 dans Circus et où il retrouve Cothias), c'est une sorte de néo-Ligne Claire très chouette, lisible et soignée, j'aime beaucoup ce style ; Sternis restitue parfaitement cette ambiance très ricaine d'Amérique profonde dans l'Ouest, avec ses bars de truckers, ses gros camions Mack ou Peterbuilt, et ses gros types qui engloutissent des litres de bière Coors ou Bud, bref c'est bardé de symboles très américains, j'aime beaucoup et ça se rapproche un peu de la Bd Le Solitaire qui évoluait aussi dans un univers similaire. Une bande parue dans le magazine des ados, Okapi en 1982, qui n'est pas une bande de débutant (Sternis ayant débuté vers 1979), on sent une certaine maîtrise graphique très nette, de même que Cothias ne pondait pas encore des scénarios complètement folkloriques, il verse ici dans un récit réaliste de belle tenue.

18/06/2022 (modifier)