"Parlez-vous Shakespeare ?" semble nous demander Enki Bilal à travers cet album.
Bilal nous a souvent proposé d'inscrire son oeuvre dans une perspective plus large du patrimoine artistique de l'humanité.
C'est particulièrement vrai dans Julia et Roem à la fois oeuvre dystopique, poétique et écologique. Bilal manie les paradoxes dans cette lecture de Roméo et Juliette.
Si nous sommes bien dans un ciel rempli de bruits et de fureur, qui semble vide de transcendance, le paysage n'est que silence et monotonie traversé par les symboles religieux de l'aumônier Lawrence.
Paradoxe encore puisque c'est le produit de la recherche militaire qui apportera la vie. On est loin de la Croisière des Oubliés où les expérimentations militaires ont conduit au désastre.
"C'était écrit." comme pour la conclusion du très beau "Slumdog Millionnaire", peut-être mais cela n'empêche ni Lawrence ni Parish d'intervenir librement pour le bien commun.
C'est un très bel album où le graphisme de Bilal façon crayonné, sombre, précis et élégant nous transporte hors du temps avec cette histoire d'amour universelle.
Un très bel album
Trop bon ça !!!!
Je viens de lire le tome 1, dessin scénario nickel.
Je suis bien rentré dans l'univers des auteurs, vraiment trop envie de lire la suite...
... que je viens de commander.
A suivre.
Mon vocabulaire louangeur va finir par s'étioler à force d'aviser les oeuvres de Nancy Peña.
Comme l'avis de Jerem je trouve que c'est l'opus le plus abouti de la trilogie (en cours ?) du Chat du Kimono.
Nancy est-elle de ces auteur(e)s qui surfent sur un succès pour nous faire un remake bien commercial ?
Et bien non messieurs !! Comme un train peut en cacher un autre pour se le prendre en pleine figure, un second défi culinaire peut cacher une histoire bien différente et plus élaborée à mon goût.
Les ressorts sont classiques mais si bien construits, enchaînés et présentés que Conan Doyle a dû en frémir d'aise dans sa tombe. Je ne dirai rien de plus de ce superbe scénario.
Les dessins sont au même niveau, racés, fins, élégants et toniques. Nancy Peña y ajoute sa poésie, sa culture et son humour dont je raffole.
A lire, à offrir et à faire connaître comme toute son oeuvre.
J'ai lu cette BD car j'avais adoré Goupil ou face de Lou Lubie. Encore un gros coup de cœur pour moi !
On commence la BD en connaissant presque déjà la conclusion de l'histoire, la couverture étant assez explicite, donc ça n'est finalement pas tant le dénouement qui est intrigant, mais le parcours qui mènent les deux protagonistes à se rencontrer.
On s'attache instantanément aux deux personnages, qu'on a envie de voir sortir de leurs routines et de leurs brides, pour enfin s'épanouir.
Le concept de la BD est que les histoires des deux personnages sont racontées en même temps; l'une en France, l'autre au Québec; l'une sur les pages de gauche, l'autre sur les pages de droite. Chaque personnage est dessinée par une auteure différente. Il y a donc un vrai travail sur le dessin pour que les histoires s'entremêlent.
Gros coup de cœur pour le dessin, qui comme dans Goupil ou face, est truffé de petites perles d'ingéniosité: les pages de gauche interagissent avec les pages de droite; le jeu des couleurs participe intégralement à l'histoire...
Bref, je recommande vraiment !
Très bonne série qui met en scène la vie d'artiste au début du XXème siècle à Paris. Je viens de me rendre compte que cette série de 4 albums a été peu lu et quasi boudé par Bdthèque alors qu'elle vaut vraiment le détour par son humour et la justesse de son observation des personnages et de l'époque . Je vois qu'elle est rangée dans la thème "prix RTL de la BD" parce que le tome 1 a été lauréat en 2012.
Parmi les biographie BD d'artistes parisiens de cette époque , qui fleurissent depuis une dizaine d'année ( Alfred Jarry, Anaïs Nin, Zola (mais je ne les ai pas toutes lues), Verlaine, Joséphine Baker, Isadora Duncan, Alice Guy) c'est sans conteste celle-ci la plus complète et agréable à lire que j'ai croisée. En passant, jetez un coup d'oeil au thème "biographie" de Bdthèque et vous y trouverez forcément une personnalité qui vous intéresse...
Peintres, poètes, musiciens et modèles vivent, mangent ensembles à Montmartre, ils se serrent les coudes au moment des vernissages. Désargentés mais plein d'ambitions, des personnages très attachants et singuliers (Picasso et sa Fernande, Apollinaire et Max Jacob en particulier) dont on suit la vie quotidienne avec plaisir et étonnement.
Le scénario de Julie Birmant semble bien documenté. Elle a su choisir les moments significatifs qui font ressortir le caractère exalté et fluctuant de Pablo Picasso, et montre plus généralement tout ce bouillonnement artistique parisien dans le tournant du siècle. Les rapports de Picasso avec les mécènes (Gertrude Stein), avec les autres artistes moins avant-gardistes, avec l'Espagne. On sent vraiment que le Paris de l'époque attirait une faune bigarrée d'artistes de tout poils (y compris des charlatans), avides de reconnaissance mais aussi de gagne-pain, qui apprenaient leur métier dans une émulation artistique trans-disciplinaire et généreuse.
Le dessin d'Oubrerie est toujours aussi expressif et presque ludique dans des couleurs très agréables et variées.
Les 4 tomes ne faiblissent pas, bravo pour ces aventures humaines qui nous font rire et rêver...
Zep m'apparait comme un dilettante agréable, qui déploie ses facilités de dessin sans chercher à dépasser ses limites, dans un plaisir léger.
Depuis la série des Titeuf jusqu'à ses dernières publications chez Rue de Sèvre, c'est un familier de notre génération, il a distrait nos enfants en même temps que les siens, puis, les enfants devenus adultes, il a cherché à explorer ses propres phantasmes, qui se sont révélés proches des nôtres. Le sexe, la musique, la religion, ... et aujourd'hui l'éco-anxiété.
J'aime ce compagnon de la génération née, grandie et vieillie avec La Crise (la première crise pétrolière, la seconde, la montée du chômage, la chute de l'empire soviétique, la montée de l'islamisme, ....) et qui navigue sur la vague du moment, donnant forme au cliché, dans un contour désinvolte et souvent malicieux...
J'ai du entendre les mêmes émissions scientifiques, parlant des études sur les arbres ou de la disparition des dinosaures, ou la théorie des réseaux, peut-être a-t-il vu Phénomène, comme le propose Erik, mais lui, en a fait un album. certains le perçoivent comme apocalyptique, mais en réalité le point de vue est du coté de ceux qui s'en sortent par le hasard. Comme à son habitude, la fin n'est pas donneuse de leçon.
Le fantasme qui est le nœud de son histoire parlera a tout un chacun, puisqu'on s'est tous retrouvé émerveillé devant la beauté d'un vieil arbre, l'architecture de ses branches, les traces de ses blessures, la bienfaisance de son ombre, la solidité de son tronc, le chant de ses feuilles, le parfum de ses fleurs, la puissance de ses racines... L'image de l'arbre, et sa place dans beaucoup de cosmogonies, évoquera forcément une forme de puissance et de durabilité qui, si on se laisse aller à la rêverie scientifique, pourra sembler porteuses de remèdes aux douleurs environnementales de la planète...
Un coup de cœur donc pour cette mise en forme pas révolutionnaire dans l'image, (environnement et personnages réalistes, bichromies pâles et successives, trait léger, bord des cases atténué et arrondi, grille irrégulière) avec un scénario et des personnages juste effleurés (comme souvent chez zep, rien d'alambiqué ou de tortueux, il va droit au but et cela peut sembler un peu court), mais une capacité à sentir l'air du temps toujours à propos.
C'est un vrai plaisir de retrouver Benjamin Flao avec en prime un album qui prend pour cadre ma région dans un futur plus ou moins proche.
Sans qu'on en connaisse la réelle raison, l'eau a pris ses aises et envahie une grande partie des territoires, tant dans les villes que dans les campagnes. C'est son heure (L'âge d'eau !) et l'espèce humaine doit s'adapter à sa prédominance. C'est par le prisme du personnage de Hans, fils de la vieille Jeanne, frère de l'étrange Groza et père de la rebelle Vinee, que nous allons découvrir un monde bouleversé en pleine adaptation. Les grandes villes sont protégées par des digues et des mesures sanitaires strictes quand le reste de la population doit apprendre à (sur)vivre en flottant. Mais quand les autorités commencent à imposer à ces populations de venir s'installer dans les centres d'hébergement urbains, les tensions montent face à ce qui est pris comme une nouvelle privation de liberté.
Et puis au dessus de tout ça, jouant les narrateurs inattendus, il y le chien bleu de Hans qui apporte une touche mystique et mystérieuse à ce récit inscrit dans une rude réalité future...
La force de cette nouvelle série tient de nouveau dans cette capacité qu'a Benjamin Flao à imposer des ambiances et des personnages. La majestueuse couverture de l'album pause déjà les pilotis d'une série où la nature reprend ses droits de façon majestueuse. La bêtise crasse de notre espèce n'est jamais loin non plus, mais heureusement la bonté d'âme et le bon sens n'ont pas dit leur dernier mot. Tout cela prend vie et s'égaye sous le trait nerveux de l'auteur de très belle façon avec ces magnifiques pleines pages très poétiques qui surgissent au fil du récit.
Une nouvelle fois Benjamin Flao sait embarquer son lecteur dans un récit sensible qui questionne notre façon de vivre.
Une série qui commence bien… J’avais un a priori très positif parce que j’aime beaucoup ces deux auteurs dont j’achète les albums en confiance. Dans le premier tome, on se plonge dans l’Europe du XIX siècle partagée entre deux grands empires : celui de Napoléon III et celui des Habsbourg. Ces deux familles ne font pas de détail quand il s’agit de leur honneur, de leur puissance et de leurs territoires. On fait la connaissance de la jeune princesse Charlotte de Belgique, peu expérimentée dans la vie et qui va se jeter en toute confiance dans les bras de son futur mari : Maximilien de Habsbourg, un homme de peu de vertu et au charisme insignifiant. Alors que son époux va aller de désillusions en désillusions, Charlotte va, à l’inverse, montrer une personnalité forte et une maturité douloureusement acquise. Deux tomes, au dessin superbe, aux couleurs plus que réussies… qui nous mènent de la Belgique, à Trieste avant de traverser l’Atlantique pour poursuivre l’aventure au Mexique. Le scénario est fluide, cohérent et bien écrit, suffisamment affranchi de la réalité historique pour ne pas être pesant. Les deux personnages principaux sont très intéressants – surtout Charlotte - évoluant chacun à l’opposé de l’autre et la bonne surprise vient des personnages secondaires dont quelques spécimens ajoutent de l’intérêt au récit. Enjeux dynastiques, familiaux, coloniaux… tous les ingrédients sont réunis pour une suite prometteuse…
Gros coup de cœur pour ce récit que je trouve à la fois touchant, intelligent et instructif.
Déjà l’idée de départ : nous raconter l’histoire d’un chien d’aveugle… lui-même frappé de cécité. Voilà qui est original et, surtout, qui va provoquer pas mal de choses chez le lecteur. Tout d’abord, il est difficile de ne pas s’attacher à cette boule de poils loyale, intelligente et dévouée à son maître. Ensuite, lorsque Ours (c’est son nom) se retrouve aveugle, les spécificités de sa race (canine) ouvrent des champs d’exploration sensorielle (ouïe, odorat) qui permettent au lecteur de mieux appréhender l’univers d’une personne aveugle. C’est intelligent, instructif et si ce livre se destine prioritairement aux enfants, il est tout sauf infantilisant !
Ensuite, le fil du récit, qui va mener Ours dans un périple dangereux avec pour espoir de retrouver la vue. Son amitié avec un véritable ours, la manière dont le dessinateur illustre ce que « voit » Ours, les différentes rencontres, tout incite constamment à poursuivre la lecture tout en surprenant avec intelligence. A nouveau, ce déroulé offre aux auteurs bien des moments durant lesquels ils peuvent nous apprendre certaines choses sur les chiens d’aveugles, les aveugles, les chiens, les ours, les chauves-souris, les ratons-laveurs… tout ça sans jamais que ce ne devienne lourd car l’aventure reste au centre du récit.
Enfin, le happy-end final, bien en accord avec un récit jeunesse. Bourré de bons sentiments mais sans mièvrerie inutile…
A titre personnel, je peux vous assurer que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce récit mais aussi que j’ai moi-même appris pas mal de choses et pris conscience d’autres alors même que ce livre est parfaitement adapté à son lectorat (8-10 ans, me semble-t-il) ! Franchement, dans le genre « jeunesse », c’est une belle réussite.
Ohhhh que c'est prometteur ça !
On a découvert Adriano Fruch en France avec Le Mousse de la Méduse, où il montrait de belles prédispositions pour les paysages et les visages de personnages. Quatre ans plus tard le revoilà avec un projet personnel, dans lequel un préadolescent se retrouve ballotté dans un monde fantasmagorique qui n'est pas le sien. Cela commence un peu comme dans Le Voyage de Chihiro, avec ce garçon qui arrive dans la voiture de ses parents dans la maison de ses grands-parents, et qui pour fuir les disputes décide de faire un tour dans le bois voisin. Il entre dès lors dans un monde invisible, peuplé de ce qui ressemble à des kobolds, des nains, des esprits des eaux... Un monde qu'il semble être le seul, ou presque, à voir, et qui l'effraie, au point de fuir lorsque des "Bienerrants", des humains doués de double vue qui décident de lutter avec les "bons" représentants du Petit Peuple face aux "méchants"...
Fruch semble avoir emprunté ses personnages dans différents contes de fées ou dans la matière folklorique nordique, celtique ou d'Europe centrale (comme le Krampus, mi-chèvre mi-démon), et les intégrer dans son histoire avec ce jeune Matt qui semble destiné à jouer un rôle dans la lutte millénaire que se livrent ces étranges créatures. Mais peu d'éléments sont livrés dans ce premier tome, même si les éléments narratifs et les personnages sont bien posés et caractérisés. Matt est juste un garçon apeuré, qui essaie de retrouver le chemin de la maison de ses grands-parents, sans succès... Le premier tome se termine sur un cliffhanger qui compromet grandement ce retour à la normale, et on a hâte de lire la suite.
Le dessin de Fruch a évolué depuis Le Mousse de la Méduse. Il a un trait plus arrondi, plus en adéquation avec la fantasy "à la Soleil", même s'il a gagné en maturité sur la mise en scène et l'encrage. Il n'y a désormais plus de souci de perspective, comme en témoignent ses vues d'un village de l'autre monde, qu'on jurerait sorti de son Italie natale. L'ensemble est vraiment très agréable à l'oeil, et je suis curieux de lire la suite. Mon 3/5 est une note d'attente, indiquant que je réserve ma note finale pour l'heure.
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Julia & Roem (Coup de sang)
"Parlez-vous Shakespeare ?" semble nous demander Enki Bilal à travers cet album. Bilal nous a souvent proposé d'inscrire son oeuvre dans une perspective plus large du patrimoine artistique de l'humanité. C'est particulièrement vrai dans Julia et Roem à la fois oeuvre dystopique, poétique et écologique. Bilal manie les paradoxes dans cette lecture de Roméo et Juliette. Si nous sommes bien dans un ciel rempli de bruits et de fureur, qui semble vide de transcendance, le paysage n'est que silence et monotonie traversé par les symboles religieux de l'aumônier Lawrence. Paradoxe encore puisque c'est le produit de la recherche militaire qui apportera la vie. On est loin de la Croisière des Oubliés où les expérimentations militaires ont conduit au désastre. "C'était écrit." comme pour la conclusion du très beau "Slumdog Millionnaire", peut-être mais cela n'empêche ni Lawrence ni Parish d'intervenir librement pour le bien commun. C'est un très bel album où le graphisme de Bilal façon crayonné, sombre, précis et élégant nous transporte hors du temps avec cette histoire d'amour universelle. Un très bel album
Un putain de salopard
Trop bon ça !!!! Je viens de lire le tome 1, dessin scénario nickel. Je suis bien rentré dans l'univers des auteurs, vraiment trop envie de lire la suite... ... que je viens de commander. A suivre.
It's not a Piece of Cake
Mon vocabulaire louangeur va finir par s'étioler à force d'aviser les oeuvres de Nancy Peña. Comme l'avis de Jerem je trouve que c'est l'opus le plus abouti de la trilogie (en cours ?) du Chat du Kimono. Nancy est-elle de ces auteur(e)s qui surfent sur un succès pour nous faire un remake bien commercial ? Et bien non messieurs !! Comme un train peut en cacher un autre pour se le prendre en pleine figure, un second défi culinaire peut cacher une histoire bien différente et plus élaborée à mon goût. Les ressorts sont classiques mais si bien construits, enchaînés et présentés que Conan Doyle a dû en frémir d'aise dans sa tombe. Je ne dirai rien de plus de ce superbe scénario. Les dessins sont au même niveau, racés, fins, élégants et toniques. Nancy Peña y ajoute sa poésie, sa culture et son humour dont je raffole. A lire, à offrir et à faire connaître comme toute son oeuvre.
La Fille dans l'écran
J'ai lu cette BD car j'avais adoré Goupil ou face de Lou Lubie. Encore un gros coup de cœur pour moi ! On commence la BD en connaissant presque déjà la conclusion de l'histoire, la couverture étant assez explicite, donc ça n'est finalement pas tant le dénouement qui est intrigant, mais le parcours qui mènent les deux protagonistes à se rencontrer. On s'attache instantanément aux deux personnages, qu'on a envie de voir sortir de leurs routines et de leurs brides, pour enfin s'épanouir. Le concept de la BD est que les histoires des deux personnages sont racontées en même temps; l'une en France, l'autre au Québec; l'une sur les pages de gauche, l'autre sur les pages de droite. Chaque personnage est dessinée par une auteure différente. Il y a donc un vrai travail sur le dessin pour que les histoires s'entremêlent. Gros coup de cœur pour le dessin, qui comme dans Goupil ou face, est truffé de petites perles d'ingéniosité: les pages de gauche interagissent avec les pages de droite; le jeu des couleurs participe intégralement à l'histoire... Bref, je recommande vraiment !
Pablo
Très bonne série qui met en scène la vie d'artiste au début du XXème siècle à Paris. Je viens de me rendre compte que cette série de 4 albums a été peu lu et quasi boudé par Bdthèque alors qu'elle vaut vraiment le détour par son humour et la justesse de son observation des personnages et de l'époque . Je vois qu'elle est rangée dans la thème "prix RTL de la BD" parce que le tome 1 a été lauréat en 2012. Parmi les biographie BD d'artistes parisiens de cette époque , qui fleurissent depuis une dizaine d'année ( Alfred Jarry, Anaïs Nin, Zola (mais je ne les ai pas toutes lues), Verlaine, Joséphine Baker, Isadora Duncan, Alice Guy) c'est sans conteste celle-ci la plus complète et agréable à lire que j'ai croisée. En passant, jetez un coup d'oeil au thème "biographie" de Bdthèque et vous y trouverez forcément une personnalité qui vous intéresse... Peintres, poètes, musiciens et modèles vivent, mangent ensembles à Montmartre, ils se serrent les coudes au moment des vernissages. Désargentés mais plein d'ambitions, des personnages très attachants et singuliers (Picasso et sa Fernande, Apollinaire et Max Jacob en particulier) dont on suit la vie quotidienne avec plaisir et étonnement. Le scénario de Julie Birmant semble bien documenté. Elle a su choisir les moments significatifs qui font ressortir le caractère exalté et fluctuant de Pablo Picasso, et montre plus généralement tout ce bouillonnement artistique parisien dans le tournant du siècle. Les rapports de Picasso avec les mécènes (Gertrude Stein), avec les autres artistes moins avant-gardistes, avec l'Espagne. On sent vraiment que le Paris de l'époque attirait une faune bigarrée d'artistes de tout poils (y compris des charlatans), avides de reconnaissance mais aussi de gagne-pain, qui apprenaient leur métier dans une émulation artistique trans-disciplinaire et généreuse. Le dessin d'Oubrerie est toujours aussi expressif et presque ludique dans des couleurs très agréables et variées. Les 4 tomes ne faiblissent pas, bravo pour ces aventures humaines qui nous font rire et rêver...
The End
Zep m'apparait comme un dilettante agréable, qui déploie ses facilités de dessin sans chercher à dépasser ses limites, dans un plaisir léger. Depuis la série des Titeuf jusqu'à ses dernières publications chez Rue de Sèvre, c'est un familier de notre génération, il a distrait nos enfants en même temps que les siens, puis, les enfants devenus adultes, il a cherché à explorer ses propres phantasmes, qui se sont révélés proches des nôtres. Le sexe, la musique, la religion, ... et aujourd'hui l'éco-anxiété. J'aime ce compagnon de la génération née, grandie et vieillie avec La Crise (la première crise pétrolière, la seconde, la montée du chômage, la chute de l'empire soviétique, la montée de l'islamisme, ....) et qui navigue sur la vague du moment, donnant forme au cliché, dans un contour désinvolte et souvent malicieux... J'ai du entendre les mêmes émissions scientifiques, parlant des études sur les arbres ou de la disparition des dinosaures, ou la théorie des réseaux, peut-être a-t-il vu Phénomène, comme le propose Erik, mais lui, en a fait un album. certains le perçoivent comme apocalyptique, mais en réalité le point de vue est du coté de ceux qui s'en sortent par le hasard. Comme à son habitude, la fin n'est pas donneuse de leçon. Le fantasme qui est le nœud de son histoire parlera a tout un chacun, puisqu'on s'est tous retrouvé émerveillé devant la beauté d'un vieil arbre, l'architecture de ses branches, les traces de ses blessures, la bienfaisance de son ombre, la solidité de son tronc, le chant de ses feuilles, le parfum de ses fleurs, la puissance de ses racines... L'image de l'arbre, et sa place dans beaucoup de cosmogonies, évoquera forcément une forme de puissance et de durabilité qui, si on se laisse aller à la rêverie scientifique, pourra sembler porteuses de remèdes aux douleurs environnementales de la planète... Un coup de cœur donc pour cette mise en forme pas révolutionnaire dans l'image, (environnement et personnages réalistes, bichromies pâles et successives, trait léger, bord des cases atténué et arrondi, grille irrégulière) avec un scénario et des personnages juste effleurés (comme souvent chez zep, rien d'alambiqué ou de tortueux, il va droit au but et cela peut sembler un peu court), mais une capacité à sentir l'air du temps toujours à propos.
L'Âge d'eau
C'est un vrai plaisir de retrouver Benjamin Flao avec en prime un album qui prend pour cadre ma région dans un futur plus ou moins proche. Sans qu'on en connaisse la réelle raison, l'eau a pris ses aises et envahie une grande partie des territoires, tant dans les villes que dans les campagnes. C'est son heure (L'âge d'eau !) et l'espèce humaine doit s'adapter à sa prédominance. C'est par le prisme du personnage de Hans, fils de la vieille Jeanne, frère de l'étrange Groza et père de la rebelle Vinee, que nous allons découvrir un monde bouleversé en pleine adaptation. Les grandes villes sont protégées par des digues et des mesures sanitaires strictes quand le reste de la population doit apprendre à (sur)vivre en flottant. Mais quand les autorités commencent à imposer à ces populations de venir s'installer dans les centres d'hébergement urbains, les tensions montent face à ce qui est pris comme une nouvelle privation de liberté. Et puis au dessus de tout ça, jouant les narrateurs inattendus, il y le chien bleu de Hans qui apporte une touche mystique et mystérieuse à ce récit inscrit dans une rude réalité future... La force de cette nouvelle série tient de nouveau dans cette capacité qu'a Benjamin Flao à imposer des ambiances et des personnages. La majestueuse couverture de l'album pause déjà les pilotis d'une série où la nature reprend ses droits de façon majestueuse. La bêtise crasse de notre espèce n'est jamais loin non plus, mais heureusement la bonté d'âme et le bon sens n'ont pas dit leur dernier mot. Tout cela prend vie et s'égaye sous le trait nerveux de l'auteur de très belle façon avec ces magnifiques pleines pages très poétiques qui surgissent au fil du récit. Une nouvelle fois Benjamin Flao sait embarquer son lecteur dans un récit sensible qui questionne notre façon de vivre.
Charlotte Impératrice
Une série qui commence bien… J’avais un a priori très positif parce que j’aime beaucoup ces deux auteurs dont j’achète les albums en confiance. Dans le premier tome, on se plonge dans l’Europe du XIX siècle partagée entre deux grands empires : celui de Napoléon III et celui des Habsbourg. Ces deux familles ne font pas de détail quand il s’agit de leur honneur, de leur puissance et de leurs territoires. On fait la connaissance de la jeune princesse Charlotte de Belgique, peu expérimentée dans la vie et qui va se jeter en toute confiance dans les bras de son futur mari : Maximilien de Habsbourg, un homme de peu de vertu et au charisme insignifiant. Alors que son époux va aller de désillusions en désillusions, Charlotte va, à l’inverse, montrer une personnalité forte et une maturité douloureusement acquise. Deux tomes, au dessin superbe, aux couleurs plus que réussies… qui nous mènent de la Belgique, à Trieste avant de traverser l’Atlantique pour poursuivre l’aventure au Mexique. Le scénario est fluide, cohérent et bien écrit, suffisamment affranchi de la réalité historique pour ne pas être pesant. Les deux personnages principaux sont très intéressants – surtout Charlotte - évoluant chacun à l’opposé de l’autre et la bonne surprise vient des personnages secondaires dont quelques spécimens ajoutent de l’intérêt au récit. Enjeux dynastiques, familiaux, coloniaux… tous les ingrédients sont réunis pour une suite prometteuse…
Ours
Gros coup de cœur pour ce récit que je trouve à la fois touchant, intelligent et instructif. Déjà l’idée de départ : nous raconter l’histoire d’un chien d’aveugle… lui-même frappé de cécité. Voilà qui est original et, surtout, qui va provoquer pas mal de choses chez le lecteur. Tout d’abord, il est difficile de ne pas s’attacher à cette boule de poils loyale, intelligente et dévouée à son maître. Ensuite, lorsque Ours (c’est son nom) se retrouve aveugle, les spécificités de sa race (canine) ouvrent des champs d’exploration sensorielle (ouïe, odorat) qui permettent au lecteur de mieux appréhender l’univers d’une personne aveugle. C’est intelligent, instructif et si ce livre se destine prioritairement aux enfants, il est tout sauf infantilisant ! Ensuite, le fil du récit, qui va mener Ours dans un périple dangereux avec pour espoir de retrouver la vue. Son amitié avec un véritable ours, la manière dont le dessinateur illustre ce que « voit » Ours, les différentes rencontres, tout incite constamment à poursuivre la lecture tout en surprenant avec intelligence. A nouveau, ce déroulé offre aux auteurs bien des moments durant lesquels ils peuvent nous apprendre certaines choses sur les chiens d’aveugles, les aveugles, les chiens, les ours, les chauves-souris, les ratons-laveurs… tout ça sans jamais que ce ne devienne lourd car l’aventure reste au centre du récit. Enfin, le happy-end final, bien en accord avec un récit jeunesse. Bourré de bons sentiments mais sans mièvrerie inutile… A titre personnel, je peux vous assurer que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce récit mais aussi que j’ai moi-même appris pas mal de choses et pris conscience d’autres alors même que ce livre est parfaitement adapté à son lectorat (8-10 ans, me semble-t-il) ! Franchement, dans le genre « jeunesse », c’est une belle réussite.
Je suis un bienerrant
Ohhhh que c'est prometteur ça ! On a découvert Adriano Fruch en France avec Le Mousse de la Méduse, où il montrait de belles prédispositions pour les paysages et les visages de personnages. Quatre ans plus tard le revoilà avec un projet personnel, dans lequel un préadolescent se retrouve ballotté dans un monde fantasmagorique qui n'est pas le sien. Cela commence un peu comme dans Le Voyage de Chihiro, avec ce garçon qui arrive dans la voiture de ses parents dans la maison de ses grands-parents, et qui pour fuir les disputes décide de faire un tour dans le bois voisin. Il entre dès lors dans un monde invisible, peuplé de ce qui ressemble à des kobolds, des nains, des esprits des eaux... Un monde qu'il semble être le seul, ou presque, à voir, et qui l'effraie, au point de fuir lorsque des "Bienerrants", des humains doués de double vue qui décident de lutter avec les "bons" représentants du Petit Peuple face aux "méchants"... Fruch semble avoir emprunté ses personnages dans différents contes de fées ou dans la matière folklorique nordique, celtique ou d'Europe centrale (comme le Krampus, mi-chèvre mi-démon), et les intégrer dans son histoire avec ce jeune Matt qui semble destiné à jouer un rôle dans la lutte millénaire que se livrent ces étranges créatures. Mais peu d'éléments sont livrés dans ce premier tome, même si les éléments narratifs et les personnages sont bien posés et caractérisés. Matt est juste un garçon apeuré, qui essaie de retrouver le chemin de la maison de ses grands-parents, sans succès... Le premier tome se termine sur un cliffhanger qui compromet grandement ce retour à la normale, et on a hâte de lire la suite. Le dessin de Fruch a évolué depuis Le Mousse de la Méduse. Il a un trait plus arrondi, plus en adéquation avec la fantasy "à la Soleil", même s'il a gagné en maturité sur la mise en scène et l'encrage. Il n'y a désormais plus de souci de perspective, comme en témoignent ses vues d'un village de l'autre monde, qu'on jurerait sorti de son Italie natale. L'ensemble est vraiment très agréable à l'oeil, et je suis curieux de lire la suite. Mon 3/5 est une note d'attente, indiquant que je réserve ma note finale pour l'heure.