Marc Lizano s'était fait connaître jeune dans la BD avec un style rond, des personnages avec une grosse tête, qui l'ont souvent cantonné dans des histoires destinées à la jeunesse, plutôt joyeuses. Il a pourtant essayé de "casser" cette image avec des titres comme La Pension Moreau, L'île aux 30 cercueils, ou encore L'Enfant cachée, merveilleux récit parlant de la Shoah. On l'avais perdu depuis quelques années, pendant lesquelles il avait fait des albums plus légers, chez Des Ronds dans l'O notamment.
Et puis dans la collection Pépites chez Jungle, le revoilà avec l'adaptation d'un roman assez connu, qui lui aussi parle de la déportation, avec ce grand-père qui débarque un jour chez sa fille, son beau-fils et surtout sa petite-fille, qui ignorait tout de son existence jusque-là. Léah, qui est une petite fille à fort caractère et plutôt intelligente, passe par plusieurs émotions : la sidération, la colère, l'apaisement, le rejet, et enfin, la compréhension. Car ce grand-père a vécu des choses terribles, qui l'ont rendu à la fois renfermé et acariâtre. Mais le chagrin et la colère ne l'empêchent pas d'aimer sa petite-fille, à sa façon. Petit à petit ils vont s'apprivoiser l'un l'autre, se découvrir, et le lien qui va se nouer entre eux n'en sera que plus fort.
J'avais entendu parler du roman de Yaël Hassan, mais je ne l'ai jamais lu. Il ressort de l'adaptation qu'en fait Lizano un sentiment fort, celui de la puissance de l'amour familial, cela peut tout renverser ou presque. Lizano a toujours ce style particulier qui l'a fait connaître, mais cela n'entrave pas la lecture, et permet au contraire aux jeunes lectrices et lecteurs de s'approprier ce récit singulier. Le récit est linéaire, sans temps mort, et l'auteur nous amène au bout sans problème. on notera à la fin une petite note biographique sur l'autrice de l'oeuvre originale, ainsi que quelques questions sur l'album et son sujet.
Un bel album.
Je viens enfin de lire l'ensemble de la série, après avoir un peu lutté pour trouver le dernier tome.
L’œuvre est clairement déglinguée, pleine de références cinématographiques des années 80 à nos jours.
Un scénario sympa avec des multiples univers, pas toujours facile à suivre.
Des jeux de mots bien lourds (et je suis sûr d'en avoir raté plein) mais j’adhère pleinement au delirium.
Niveau dessin on est pas en reste, parfois des soucis de proportions mais vu le boulot, avec des cases bourrées de détails, on en a clairement pour son argent.
Mérite relecture tellement il y a de choses cachées de-ci de-là.
Bravo.
Comme l’impression d’être dans un film qui vous tient en haleine du début à la fin, sans temps morts. Une enquête prenante sur fond de période post-apartheid. Si l’Afrique du Sud a bénéficié d’une politique de Réconciliation, on comprend vite qu’à la moindre étincelle, la violence est prête à éclater de nouveau entre les communautés. Après avoir posé les bases de l’histoire et présenté les protagonistes, le récit se déploie et se complexifie. La tension monte alors qu’entre en scène un flic assez en marge dont on aimerait approfondir l’histoire personnelle. Le scénario se déroule à un rythme rapide, entrecoupé d’explosions de violence. La fin est une bonne surprise et intelligemment pensée dans ce pays en manque d’apaisement. Le dessin est superbe et tout particulièrement les pages et doubles pages montrant la ville du Cap, ses townships dangereux, ses quartiers où les riches blancs se regroupent et ses campagnes couvertes de vignobles. Un très bon album, intelligent à l’ambiance oppressante et visuellement très réussi. Coup de cœur !
J'ai adoré. Certes, ça part dans de gros délires, mais l'Art n'est pas fait pour décrire le réel, bien heureusement. Des dessins magnifiques, des couleurs idem, un texte délicieusement irrévérencieux envers l'ordre établi (il y a de quoi, surtout actuellement où il n'y a plus d'ordre). Tardi est un maître, non seulement dans cette série, mais également avec les scénarios de Léo Mallet où il y a symbiose. Le Démon des glaces ...
Obligé de poster un avis.
Déjà, tout ce qu'a fait Derf Backderf jusqu'à présent est juste excellent.
Ensuite, Kent State est sa meilleure BD à ce jour. C'est également la plus documentée.
Et voilà !
Je me mets doucettement au manga par l'intermédiaire de quelques maitres du genre, Tsuge, Mizuki et quelques autres. C'est par conséquent un univers dont je maîtrise peu, voire pas du tout les codes, et le peu que j'en connais me laisse généralement dans un état de dubitation extrême.
Et ce premier tome ne fait pas totalement exception à la règle.
Je n'aurais certainement pas lu ce manga si mon devoir professionnel ne m'y avait conduit. Et je dois dire qu'à la lecture, j’ai pris autant de plaisir que je me suis - un peu - emmerdé quand même. Niveau action, c’est d’une platitude complètement… plate ! L’unique scène d’action consiste en une dispute entre deux gamins dont le lecteur mettra plus de 20 pages à apprendre l’origine, et tout ça dans un suspense insoutenable, vous vous en doutez bien. En fait, l'auteur plante le décor. L'histoire se passe au Tibet, à une époque qui n'est pas la nôtre, et on suit le quotidien on-ne-peut-plus quotidien d'un jeune guerrisseur appelé à succéder à son père. On le suit dans ses journées de cueillette de plantes médicinales, et on assiste à son émoi lors de la découverte de celle qui deviendra son épouse. Et là, c'est, on s'en doute, aussi torride qu'une production Marc Dorcel.
Et c'est à peu près tout ! Palpitant, n'est-il pas ?
Mais en même temps, j’ai aimé le rythme nonchalant, l’ambiance paisible, les personnages gentils, et ce malgré quelques passages un brin confus. Et puis aussi, la découverte mutuelle de nos deux jeunes tourtereaux est vraiment toute meûgnonne. Ils passent leur temps à rougir à la moindre parole et se posent douze milliards de questions. Ha l’Amûr !!!
Bref ! Tout ça respire la bienveillance, la gentillesse et la gnangnance, mais qu’est-ce que c’est frais ! Dans ce climat de fin du monde, c’est une véritable bouffée d’oxygène. En outre, le sujet - la médicine traditionnelle - m’intéresse au plus haut point, et Blissful Land est, on peut l'espérer, une façon de sensibiliser notre jeunesse à une relation seine et véritable avec la nature, le corps, le temps qui prend son temps, la vie douce... Le ton du récit colle juste parfaitement au thème. C’est chiant, mais j’ai vraiment adoré ! Comme quoi...
Miroslav Sekulic-Struja a réalisé quelques années auparavant ce diptyque détonnant et sombre qu'est Pelote dans la fumée, injustement ignoré du grand public, et puis plus rien. Nous étions alors en 2013. Neuf ans, rendez-vous compte ! Entre temps, l'homme semble s'être consacré à sa carrière de peintre, délaissant temporairement le 9eme art. Il revient avec ce pavé réjouissant (et un peu moins sombre).
D'abord, son dessin est encore meilleur. Le contraire eut été étonnant. Dans ce nouveau livre, l'essentiel est conservé, c'est à dire ce qui confère toute l'originalité à son œuvre. En effet, les personnages lunaires envahissent le récit, et le lecteur demeure dans un état de veille surréaliste, oscillant entre songe poisseux et doux cauchemar, si l'on peut dire, traversant des moment de pure rêverie. Parce que ce n'est pas exactement cauchemardesque, ou alors, un cauchemardesque poétique. Miroslav crée un vocabulaire imagé vraiment original qu'il est difficile de définir, comme si la violence de cette société post-moderniste qu'il dépeint lui était inhérente, mais que ses personnages débordant d'une grande tendresse l'évacuaient, refusant sa dictature. D'où, peut-être, cette impression étrange de naviguer parmi une foule de portraits déglingués et d'êtres qui se cherchent tout comme ils cherchent un endroit où vivre pleinement leur bohème, les entraînant inévitablement aux marges. Ainsi, ce sont deux mondes qui se côtoient : celui de cette réalité sordide imposée par les valeurs matérialistes bourgeoise, et à laquelle il est décidemment bien difficile d'échapper, et celui des aspirations à la liberté de tous les rêveurs du monde, dont la plupart constituent les hordes de sacrifiés peuplant les faubourgs oubliés de l'économie de marché, ceux que la bien-pensance nomme pudiquement "les marginaux".
On constate également au fil des pages que les ciels sont davantage travaillés, que les couleurs sont moins ternes, que les expressions des personnages sont mieux fixées. La mise en case varie un brin avec de grandes pages muettes et pleines ou des gaufriers irréguliers aux mouvements décomposés, ce qui renforce encore cette impression de fourmillement. Chaque case se savoure et nécessite d'être apprivoiser. C'est un plaisir pour les yeux, ce que j'attends avant tout d'une bonne bande dessinée.
Voilà bien une œuvre réellement atypique dans le paysage ! Objet pictural autant que bande dessinée, Petar & Liza est une immersion totale chez les paumés de l'ex-Yougoslavie, les punks, les révoltés, les invisibles, les cabossés de tous poils. Les dessins, pour ne pas dire les peintures, vous gobent tout entier. A mi-chemin entre les tableaux de Bruegel qui fourmillent de détails et ceux du Douanier Rousseau et leur style naïf, Petar & Liza est une ode à la vie, avec ses inévitables malheurs.
A quelques jours des élections, moi je mets mon billet à Miroslav Sekulic-Struja pour le prochain Fauve d'or...
Avec cet album Delcourt lance une collection consacrée à l'oeuvre de Liu Cixin. Ce romancier chinois est sans doute le plus grand auteur contemporain de SF dans son pays. La terre Vagabonde est le premier titre à être adapté et 14 autres devraient suivre, à chaque fois par un duo d'auteurs différents. Le casting à l'air prometteur et si tous les albums sont aussi bons que celui-ci on devrait se régaler !
Souvent dans les récits de SF, il est soit long, soit fastidieux (soit les deux) de mettre en place le background et de présenter l'univers dans lequel se déroule l'histoire. Ici c'est tout le contraire. C'est fluide, limpide, on rentre dans cette histoire très facilement. On est happé par le début du récit, on découvre avec curiosité que les scientifiques ont prévus l'extinction prochaine du soleil. Mais pas de problème la solution a aussi été trouvée : des réacteurs géants ont été construits pour sortir la terre de son orbite et l'envoyer pour un voyage de 2500 ans vers un nouveau système solaire.
Cette histoire est prenante. On découvre cet univers par le prisme d'un jeune garçon qui va apprendre comment ce voyage doit se passer, et comment l'humanité va devoir survivre. Comment amorcer le voyage, comment survivre tout au long de celui-ci, tout est prévu et calculé... Ce récit c'est pas l'histoire de son héros, le protagoniste principal c'est notre planète. L'intrigue c'est ce voyage, sa planification et sa réalisation avec son lot de difficultés. Du début à la fin c'est prenant, car toutes les idées de cette histoire sont bonnes. Tous les petits détails sont bien vus. Toutes les péripéties sont intéressantes.
Graphiquement c'est du même niveau. Si les personnages sont bons sans être extraordinaires, les vues de la terre, des bâtiments, du ciel et du système solaire sont superbes. Mention spéciale pour les planches qui se déplient pour offrir des paysages magnifiques.
Je ne connaissais pas Liu Cixin, mais j'ai vraiment apprécié l'histoire que nous raconte la terre vagabonde. On voyage avec la planète. Cette première adaptation est vraiment de qualité. Je lirai les prochains tomes de la collection avec le plus grand intérêt.
La Fête des Ombres se déroule dans un petit village Japonais qui a pour particularité d'accueillir tous les ans des ombres, les âmes perdues de défunts issus de partout au Japon en quête d'une direction leur permettant de cesser de errer et de trouver la paix. Les villageois qui accueillent ces esprits ayant perdu le souvenir de leur vie ont pour mission de les écouter, découvrir qui ils étaient et enfin essayer de trouver avant la fin de l'année le moyen d'apaiser les tourments qui les empêchent de passer vers l'autre monde. Naoko est une jeune femme de ce village qui débute dans ce domaine et accueille sa deuxième ombre seulement.
Je suis tombé sous le charme de cette série. Cela fait longtemps que je suis ce couple d'auteurs qui tenait depuis des années un blog sur le Japon dont ils sont passionnés, et c'est là leur œuvre la plus aboutie à mes yeux.
D'emblée son graphisme et son ambiance font penser aux œuvres du studio Ghibli, avec un dessin qui me fait aussi penser à celui de Florent Chavouet dont j'avais adoré son Manabé Shima. Des personnages avec des têtes légèrement surdimensionnées et très expressives, des planches très colorées, des décors particulièrement soignées, c'est un graphisme qui me pousse à dévorer les planches et à les savourer.
L'histoire s'inspire du folklore japonais et est en même temps très originale. Cette idée de villageois qui se consacrent à accueillir et soigner des âmes perdues est d'autant plus intéressante qu'elle est traitée avec modernité, avec des réunions de communication, des recherches via Internet pour retrouver l'identité de ces fantômes et un apprentissage pour les débutants dans le domaine. L'héroïne est rapidement attachante, pleine de doutes et de saines motivations. L'intrigue ne se contente pas de mettre ce petit univers en place et de le regarder évoluer : il y a une véritable histoire autour de cette ombre que Naoko accueille cette année là et un vrai retournement de situation en fin de premier tome qui amène le second vers un nouveau décor, quelques surprises et davantage d'action.
Un chouette diptyque qui ravira les amateurs d'animation et de culture japonaise traditionnelle.
La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme.
Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial.
Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant.
Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien.
Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées.
"Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros.
Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal.
Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge.
La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant.
Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice".
Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal
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Un Grand-père tombé du ciel
Marc Lizano s'était fait connaître jeune dans la BD avec un style rond, des personnages avec une grosse tête, qui l'ont souvent cantonné dans des histoires destinées à la jeunesse, plutôt joyeuses. Il a pourtant essayé de "casser" cette image avec des titres comme La Pension Moreau, L'île aux 30 cercueils, ou encore L'Enfant cachée, merveilleux récit parlant de la Shoah. On l'avais perdu depuis quelques années, pendant lesquelles il avait fait des albums plus légers, chez Des Ronds dans l'O notamment. Et puis dans la collection Pépites chez Jungle, le revoilà avec l'adaptation d'un roman assez connu, qui lui aussi parle de la déportation, avec ce grand-père qui débarque un jour chez sa fille, son beau-fils et surtout sa petite-fille, qui ignorait tout de son existence jusque-là. Léah, qui est une petite fille à fort caractère et plutôt intelligente, passe par plusieurs émotions : la sidération, la colère, l'apaisement, le rejet, et enfin, la compréhension. Car ce grand-père a vécu des choses terribles, qui l'ont rendu à la fois renfermé et acariâtre. Mais le chagrin et la colère ne l'empêchent pas d'aimer sa petite-fille, à sa façon. Petit à petit ils vont s'apprivoiser l'un l'autre, se découvrir, et le lien qui va se nouer entre eux n'en sera que plus fort. J'avais entendu parler du roman de Yaël Hassan, mais je ne l'ai jamais lu. Il ressort de l'adaptation qu'en fait Lizano un sentiment fort, celui de la puissance de l'amour familial, cela peut tout renverser ou presque. Lizano a toujours ce style particulier qui l'a fait connaître, mais cela n'entrave pas la lecture, et permet au contraire aux jeunes lectrices et lecteurs de s'approprier ce récit singulier. Le récit est linéaire, sans temps mort, et l'auteur nous amène au bout sans problème. on notera à la fin une petite note biographique sur l'autrice de l'oeuvre originale, ainsi que quelques questions sur l'album et son sujet. Un bel album.
Little Alice in Wonderland
Je viens enfin de lire l'ensemble de la série, après avoir un peu lutté pour trouver le dernier tome. L’œuvre est clairement déglinguée, pleine de références cinématographiques des années 80 à nos jours. Un scénario sympa avec des multiples univers, pas toujours facile à suivre. Des jeux de mots bien lourds (et je suis sûr d'en avoir raté plein) mais j’adhère pleinement au delirium. Niveau dessin on est pas en reste, parfois des soucis de proportions mais vu le boulot, avec des cases bourrées de détails, on en a clairement pour son argent. Mérite relecture tellement il y a de choses cachées de-ci de-là. Bravo.
Sangoma - Les Damnés de Cape Town
Comme l’impression d’être dans un film qui vous tient en haleine du début à la fin, sans temps morts. Une enquête prenante sur fond de période post-apartheid. Si l’Afrique du Sud a bénéficié d’une politique de Réconciliation, on comprend vite qu’à la moindre étincelle, la violence est prête à éclater de nouveau entre les communautés. Après avoir posé les bases de l’histoire et présenté les protagonistes, le récit se déploie et se complexifie. La tension monte alors qu’entre en scène un flic assez en marge dont on aimerait approfondir l’histoire personnelle. Le scénario se déroule à un rythme rapide, entrecoupé d’explosions de violence. La fin est une bonne surprise et intelligemment pensée dans ce pays en manque d’apaisement. Le dessin est superbe et tout particulièrement les pages et doubles pages montrant la ville du Cap, ses townships dangereux, ses quartiers où les riches blancs se regroupent et ses campagnes couvertes de vignobles. Un très bon album, intelligent à l’ambiance oppressante et visuellement très réussi. Coup de cœur !
Adèle Blanc-Sec
J'ai adoré. Certes, ça part dans de gros délires, mais l'Art n'est pas fait pour décrire le réel, bien heureusement. Des dessins magnifiques, des couleurs idem, un texte délicieusement irrévérencieux envers l'ordre établi (il y a de quoi, surtout actuellement où il n'y a plus d'ordre). Tardi est un maître, non seulement dans cette série, mais également avec les scénarios de Léo Mallet où il y a symbiose. Le Démon des glaces ...
Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Obligé de poster un avis. Déjà, tout ce qu'a fait Derf Backderf jusqu'à présent est juste excellent. Ensuite, Kent State est sa meilleure BD à ce jour. C'est également la plus documentée. Et voilà !
Blissful Land
Je me mets doucettement au manga par l'intermédiaire de quelques maitres du genre, Tsuge, Mizuki et quelques autres. C'est par conséquent un univers dont je maîtrise peu, voire pas du tout les codes, et le peu que j'en connais me laisse généralement dans un état de dubitation extrême. Et ce premier tome ne fait pas totalement exception à la règle. Je n'aurais certainement pas lu ce manga si mon devoir professionnel ne m'y avait conduit. Et je dois dire qu'à la lecture, j’ai pris autant de plaisir que je me suis - un peu - emmerdé quand même. Niveau action, c’est d’une platitude complètement… plate ! L’unique scène d’action consiste en une dispute entre deux gamins dont le lecteur mettra plus de 20 pages à apprendre l’origine, et tout ça dans un suspense insoutenable, vous vous en doutez bien. En fait, l'auteur plante le décor. L'histoire se passe au Tibet, à une époque qui n'est pas la nôtre, et on suit le quotidien on-ne-peut-plus quotidien d'un jeune guerrisseur appelé à succéder à son père. On le suit dans ses journées de cueillette de plantes médicinales, et on assiste à son émoi lors de la découverte de celle qui deviendra son épouse. Et là, c'est, on s'en doute, aussi torride qu'une production Marc Dorcel. Et c'est à peu près tout ! Palpitant, n'est-il pas ? Mais en même temps, j’ai aimé le rythme nonchalant, l’ambiance paisible, les personnages gentils, et ce malgré quelques passages un brin confus. Et puis aussi, la découverte mutuelle de nos deux jeunes tourtereaux est vraiment toute meûgnonne. Ils passent leur temps à rougir à la moindre parole et se posent douze milliards de questions. Ha l’Amûr !!! Bref ! Tout ça respire la bienveillance, la gentillesse et la gnangnance, mais qu’est-ce que c’est frais ! Dans ce climat de fin du monde, c’est une véritable bouffée d’oxygène. En outre, le sujet - la médicine traditionnelle - m’intéresse au plus haut point, et Blissful Land est, on peut l'espérer, une façon de sensibiliser notre jeunesse à une relation seine et véritable avec la nature, le corps, le temps qui prend son temps, la vie douce... Le ton du récit colle juste parfaitement au thème. C’est chiant, mais j’ai vraiment adoré ! Comme quoi...
Petar & Liza
Miroslav Sekulic-Struja a réalisé quelques années auparavant ce diptyque détonnant et sombre qu'est Pelote dans la fumée, injustement ignoré du grand public, et puis plus rien. Nous étions alors en 2013. Neuf ans, rendez-vous compte ! Entre temps, l'homme semble s'être consacré à sa carrière de peintre, délaissant temporairement le 9eme art. Il revient avec ce pavé réjouissant (et un peu moins sombre). D'abord, son dessin est encore meilleur. Le contraire eut été étonnant. Dans ce nouveau livre, l'essentiel est conservé, c'est à dire ce qui confère toute l'originalité à son œuvre. En effet, les personnages lunaires envahissent le récit, et le lecteur demeure dans un état de veille surréaliste, oscillant entre songe poisseux et doux cauchemar, si l'on peut dire, traversant des moment de pure rêverie. Parce que ce n'est pas exactement cauchemardesque, ou alors, un cauchemardesque poétique. Miroslav crée un vocabulaire imagé vraiment original qu'il est difficile de définir, comme si la violence de cette société post-moderniste qu'il dépeint lui était inhérente, mais que ses personnages débordant d'une grande tendresse l'évacuaient, refusant sa dictature. D'où, peut-être, cette impression étrange de naviguer parmi une foule de portraits déglingués et d'êtres qui se cherchent tout comme ils cherchent un endroit où vivre pleinement leur bohème, les entraînant inévitablement aux marges. Ainsi, ce sont deux mondes qui se côtoient : celui de cette réalité sordide imposée par les valeurs matérialistes bourgeoise, et à laquelle il est décidemment bien difficile d'échapper, et celui des aspirations à la liberté de tous les rêveurs du monde, dont la plupart constituent les hordes de sacrifiés peuplant les faubourgs oubliés de l'économie de marché, ceux que la bien-pensance nomme pudiquement "les marginaux". On constate également au fil des pages que les ciels sont davantage travaillés, que les couleurs sont moins ternes, que les expressions des personnages sont mieux fixées. La mise en case varie un brin avec de grandes pages muettes et pleines ou des gaufriers irréguliers aux mouvements décomposés, ce qui renforce encore cette impression de fourmillement. Chaque case se savoure et nécessite d'être apprivoiser. C'est un plaisir pour les yeux, ce que j'attends avant tout d'une bonne bande dessinée. Voilà bien une œuvre réellement atypique dans le paysage ! Objet pictural autant que bande dessinée, Petar & Liza est une immersion totale chez les paumés de l'ex-Yougoslavie, les punks, les révoltés, les invisibles, les cabossés de tous poils. Les dessins, pour ne pas dire les peintures, vous gobent tout entier. A mi-chemin entre les tableaux de Bruegel qui fourmillent de détails et ceux du Douanier Rousseau et leur style naïf, Petar & Liza est une ode à la vie, avec ses inévitables malheurs. A quelques jours des élections, moi je mets mon billet à Miroslav Sekulic-Struja pour le prochain Fauve d'or...
La Terre Vagabonde
Avec cet album Delcourt lance une collection consacrée à l'oeuvre de Liu Cixin. Ce romancier chinois est sans doute le plus grand auteur contemporain de SF dans son pays. La terre Vagabonde est le premier titre à être adapté et 14 autres devraient suivre, à chaque fois par un duo d'auteurs différents. Le casting à l'air prometteur et si tous les albums sont aussi bons que celui-ci on devrait se régaler ! Souvent dans les récits de SF, il est soit long, soit fastidieux (soit les deux) de mettre en place le background et de présenter l'univers dans lequel se déroule l'histoire. Ici c'est tout le contraire. C'est fluide, limpide, on rentre dans cette histoire très facilement. On est happé par le début du récit, on découvre avec curiosité que les scientifiques ont prévus l'extinction prochaine du soleil. Mais pas de problème la solution a aussi été trouvée : des réacteurs géants ont été construits pour sortir la terre de son orbite et l'envoyer pour un voyage de 2500 ans vers un nouveau système solaire. Cette histoire est prenante. On découvre cet univers par le prisme d'un jeune garçon qui va apprendre comment ce voyage doit se passer, et comment l'humanité va devoir survivre. Comment amorcer le voyage, comment survivre tout au long de celui-ci, tout est prévu et calculé... Ce récit c'est pas l'histoire de son héros, le protagoniste principal c'est notre planète. L'intrigue c'est ce voyage, sa planification et sa réalisation avec son lot de difficultés. Du début à la fin c'est prenant, car toutes les idées de cette histoire sont bonnes. Tous les petits détails sont bien vus. Toutes les péripéties sont intéressantes. Graphiquement c'est du même niveau. Si les personnages sont bons sans être extraordinaires, les vues de la terre, des bâtiments, du ciel et du système solaire sont superbes. Mention spéciale pour les planches qui se déplient pour offrir des paysages magnifiques. Je ne connaissais pas Liu Cixin, mais j'ai vraiment apprécié l'histoire que nous raconte la terre vagabonde. On voyage avec la planète. Cette première adaptation est vraiment de qualité. Je lirai les prochains tomes de la collection avec le plus grand intérêt.
La Fête des Ombres
La Fête des Ombres se déroule dans un petit village Japonais qui a pour particularité d'accueillir tous les ans des ombres, les âmes perdues de défunts issus de partout au Japon en quête d'une direction leur permettant de cesser de errer et de trouver la paix. Les villageois qui accueillent ces esprits ayant perdu le souvenir de leur vie ont pour mission de les écouter, découvrir qui ils étaient et enfin essayer de trouver avant la fin de l'année le moyen d'apaiser les tourments qui les empêchent de passer vers l'autre monde. Naoko est une jeune femme de ce village qui débute dans ce domaine et accueille sa deuxième ombre seulement. Je suis tombé sous le charme de cette série. Cela fait longtemps que je suis ce couple d'auteurs qui tenait depuis des années un blog sur le Japon dont ils sont passionnés, et c'est là leur œuvre la plus aboutie à mes yeux. D'emblée son graphisme et son ambiance font penser aux œuvres du studio Ghibli, avec un dessin qui me fait aussi penser à celui de Florent Chavouet dont j'avais adoré son Manabé Shima. Des personnages avec des têtes légèrement surdimensionnées et très expressives, des planches très colorées, des décors particulièrement soignées, c'est un graphisme qui me pousse à dévorer les planches et à les savourer. L'histoire s'inspire du folklore japonais et est en même temps très originale. Cette idée de villageois qui se consacrent à accueillir et soigner des âmes perdues est d'autant plus intéressante qu'elle est traitée avec modernité, avec des réunions de communication, des recherches via Internet pour retrouver l'identité de ces fantômes et un apprentissage pour les débutants dans le domaine. L'héroïne est rapidement attachante, pleine de doutes et de saines motivations. L'intrigue ne se contente pas de mettre ce petit univers en place et de le regarder évoluer : il y a une véritable histoire autour de cette ombre que Naoko accueille cette année là et un vrai retournement de situation en fin de premier tome qui amène le second vers un nouveau décor, quelques surprises et davantage d'action. Un chouette diptyque qui ravira les amateurs d'animation et de culture japonaise traditionnelle.
Thorgal
La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme. Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial. Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant. Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien. Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées. "Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros. Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal. Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge. La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant. Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice". Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal