La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme.
Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial.
Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant.
Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien.
Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées.
"Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros.
Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal.
Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge.
La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant.
Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice".
Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal
J'adore cette série, car elle traite avec humour de sujets graves, et qu'il faut remettre dans le contexte d'époque. C'est l'underground des années 80-90 qui y est (à peine) caricaturé. Un copain qui lisait une des bd de Ouin dans mon salon à reconnu la reproduction graphique de la vision que tu as dans un fourgon de l'administration pénitentiaire, en arrivant à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, on peut reconnaitre aussi le quartier de Barbès, La Chapelle, à travers la vision déformée de l'anti-heros. Les squatts, la drogue dure, les gangs de tarés, les flics alcoolos et la société en général, vus par les yeux d'un punk toxico accro à la dure. C'est gore et toxique, mais moi, j'adore, à remettre dans le contexte d'époque, avec Kebra le Rat de Tramber et Jano, en regardant mon inestimable collection de cartes des "Crados" avec Gudule Pustule et René Morvoné. C'est quand même particulier, on vous parle ici d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre...
J'ai adoré cette lecture.
D'abord le livre est très beau. La couverture m'avait tapé dans l'œil.
Le dessin est très graphique et coloré. Il y a de superbe pleines-pages qui sont magnifiques.
L'histoire se passe dans la mythologie nordique. Foncez si comme moi vous aimez les récits mythologiques.
Mention spéciale pour quelques pages au milieu de la BD qui, d'un coup, font une pause dans le récit, pour reprendre toute la génèse de la mythologie nordique.
Il est question d'un tournoi entre dieux, dans lequel chaque camp envoie des combattants. Cela pourrait vite devenir redondant, mais l'histoire est très bien équilibrée entre l'intrigue même de ce tournoi; les combats, des histoires familiales; des histoires d'amour... J'ai passé un super moment !
Je soupçonne Nancy Peña d'entretenir un petit autel secret à la gloire de Bastet .
Cela expliquerait la place des chats dans son oeuvre et les qualités quasi divines dont elle fait preuve pour nous faire voyager dans son monde merveilleux.
Nancy Peña est marquée par l'élégance de son tilde. Elle allie un esprit de finesse à une finesse de trait. Celle-ci est digne de Will Eisner,son ogre du T3 ( "je chausse du 178") vaut bien le monstre de Spirit en pleine page. Celui-là est digne de la meilleure aristocratie littéraire de langue française.
Qu'elle use de l'alexandrin ou du patois du terroir , l'auteure ne se prend jamais les pieds dans Racine.
Ici l'auteure choisit le registre du conte merveilleux avec un détournement du vocabulaire figuré qu'elle rend propre.
C'est créatif, c'est frais, c'est drôle , à mon avis c'est très largement au dessus d un Garulfo pour rester dans le même registre.
Dans son oeuvre, l'auteure joue des paraboles, des espaces et du temps tout en se mettant en scène d'une façon d'autodérision.
" Et notre chère auteure, que lui réserveriez-vous?- Surtout si c'est sanglant"!!! Oui oui dites nous!!
Mais n'est-ce pas Nancy sous les traits de Blanche-Poudre qui s'éveille pour se recoucher aussitôt devant l'absurdité comique de la situation?
Une lecture pour "Public averti" LOL!!! même si Patience n'a pas les atouts de la Blanche-Neige de Taboo.
Bon, même si vous "n'entendez rien à cette histoire" à cause de ce " fléau de donzelle", l'auteure bien sûr, je vous recommande cette oeuvre hors norme sans me cacher dans un "espace ispassiconique".
Deuxième album publié par Le Tripode dans le même univers, après Longue Vie, même si de mon point de vue les deux albums sont indépendants.
On y retrouve le même dessin accrocheur, au Rotring, fourmillant de détails, jouant sur un trait fin, méticuleux pour les décors (alors même que les personnages, leurs visages, sont plutôt moins fouillés).
Le format a changé (beaucoup plus grand), et ce ne sont plus des dessins pleine page, mais il y a une sorte de gaufrier (irrégulier).
Changement aussi au niveau de l’histoire. Si l’on est toujours dans un univers médiéval fantastique, je trouve que cet album joue beaucoup plus sur la poésie, l’onirisme. Moussé enrichit son univers, qui est toujours aussi violent par ailleurs.
Voilà une œuvre très atypique, étrange, développant un merveilleux qui doit tout autant à ce qui est représenté qu’à la façon dont Moussé le représente : pour amateur de curiosités.
Le Tripode (que je connais essentiellement pour les romans qu'il a publiés) s’affirme éditeur de « Littérature – Arts – Ovnis ». Nul doute qu’il faille ranger les albums de Stanislas Moussé dans la troisième catégorie.
Ce récit intimiste est d’une délicatesse rare. Deux destins qui convergent l’un vers l’autre pour se retrouver au Bar du Vieux français en plein désert, le bar d’un vieil homme qui sait si bien raconter les histoires. Le scénario est original, sensible et au-delà des deux personnages principaux, il nous dévoile l’Afrique qui rêve d’Europe et l’Europe qui rêve d’Afrique. Traversant l’Afrique, Célestin va connaître la peur, la fuite, le désert, les Touaregs, les missionnaires… Rien de touristique dans ce parcours. Traversant la France et l’Espagne, Leila qui a fui sa famille et les traditions auxquelles elle ne peut échapper, découvre le Maroc, berceau de sa famille, la liberté et sa vie de femme. Une sorte de road trip dans lequel chacun joue sa vie. J’ai beaucoup aimé le dessin avec son encrage épais et ses couleurs vives. Il colle parfaitement avec le caractère bien trempé des deux héros de l’histoire. Belle ambiance dans cette histoire si bien racontée.
Ibn Al Rabin est un auteur atypique.
Son trait minimaliste ne plait pas à tout le monde mais ses admirateurs peuvent se jeter, les yeux fermés, sur cet album, dessiné entre 2007 et 2012 à Buenos Aires et Genève (détail futile mais 5 ans quand même).
A travers différentes scènettes et autant de personnages, l’auteur narre leurs réactions face à une invasion extra-terrestre.
On retrouve son ton absurde dans pareille situation, c’est vraiment plaisant et drôle, les dialogues sont très réussis.
Pour les curieux, cet album est parfait pour rentrer dans son univers, je suis toujours fasciné par cet auteur qui avec 3 fois rien arrive à m’attraper (petit coup de cœur perso)
Seule petite ombre au tableau, les 2 petites séquences du fanzine grwzts insérées, ça sert la thématique du dessin mais ça m’a moins passionné.
Un bon cru, dans la veine de retour écrémé.
3,5+
Quelle aventure !
Je commence par ce qui m’a déplu (et qui a déjà été noté dans d’autres avis). J’ai eu beaucoup de mal avec le dessin des personnages, que j’ai trouvé brouillon et pas vraiment adapté à ce genre de récit historique. La police d’écriture est également difficile à déchiffrer, ce qui complique inutilement la compréhension du récit, surtout que les textes sont nombreux (il s’agit de l’adaptation d’un roman, et cela se ressent).
Mais voilà, l’histoire est absolument passionnante, et brillamment racontée. Elle se déroule à une époque où les trajets intercontinentaux étaient de véritables périples mortels, entre les éléments déchainés, les techniques de navigation primitives, le scorbut, et les batailles aux canons bien entendu. Le ton est très humain, et le dessin des bateaux, des océans et des îles visitées est absolument superbe, avec notamment des couleurs aquarelles du plus bel effet.
Une aventure humaine passionnante, et un album qui m’a scotché malgré la pagination élevée. Un immanquable pour les amateurs de récits historiques.
Un des gros atouts de ce roman graphique tout à fait singulier, c’est d’abord de réussir à nous captiver dès la scène d’ouverture, où l’on assiste à l’accouchement de Samuel. Ou plutôt, c’est Samuel qui assiste à son propre accouchement — le parti-pris du livre étant une narration en vue subjective, par les yeux du personnage —, car déjà il semble assez éveillé pour le faire, mais déjà, à peine sorti du ventre de sa mère, il inquiète. Il ne poussera aucun cri comme le fait tout nouveau-né, et fixera sa génitrice en silence, allant même jusqu’à provoquer le malaise de cette dernière.
Cet enfant étrange, spectateur muet du monde qui l’entoure et ne le comprend pas, va ainsi grandir dans une solitude froide et acceptée, sans états d’âme (Souffre-t-il ? Est-il heureux ? en colère ? Impossible de le savoir…), contrairement à l’ensemble des vivants qui préfère masquer la peur qu’elle suscite par un verbiage souvent illusoire. Samuel apparaît ainsi comme un miroir renvoyant une image de l’humanité peu reluisante. Car Samuel voit tout, et son silence semble parfois plus éloquent que n’importe quel commentaire, plus impitoyable encore. Par les réactions d’incompréhension qu’il provoque, il met à jour la mesquinerie et la cupidité des adultes, notamment celles de ce père égoïste et absent. Mais les enfants n’échappent pas pour autant à son regard, se révélant souvent odieux, voire plus cruels encore. Trois personnages semblent trouver grâce à ses yeux, les seuls à ne pas être perturbés par son silence : sa mère (qui connaîtra une fin tragique), son ami Yacine et Judith, sa camarade de classe dont il est secrètement (évidemment) amoureux, n’exprimant son amour que par les portraits qu’il fait d’elle.
Et pour revenir au parti pris narratif en vue subjective, c’est la grande originalité de l’album qui fonctionne très bien par la fascination exercée sur le lecteur. Théo Grosjean va ainsi s’amuser de notre curiosité (malsaine ?) de voir à quoi ressemble Samuel, qui, c’est certain, ne peut qu’avoir l’apparence d’un monstre ! Bon prince, l’auteur consentira à nous dévoiler dans de rares passages le visage de son « spectateur » lorsqu’il se regardera dans la glace de la salle de bains. Une sorte de jeu de miroir entre sujet et objet, puisqu’avec ce récit, il est beaucoup question de réflexions, et ce dans tous les sens du terme…
Ce conte noir nous offre donc une vision assez désabusée de l’humanité, mais comme tout conte noir, il possède une part de merveilleux. Et la très belle présentation y contribue largement. D’abord par le choix d’une palette de verts à la fois sombres et lumineux, magnifiés par le cadrage noir. Avec sa belle ligne claire simplissime, à la fois très graphique et un brin naïve, assez proche du courant alternatif U.S., Théo Grosjean nous ramène au monde de l’enfance, tout en osant quelques digressions proches de l’abstraction, qui, par contraste, nous portent vers des territoires mystérieux, quasi-métaphysiques, évoquant des organismes traversés par des formes bizarres, entre cristaux et bactéries, comme peut-être une invitation à l’introspection. Quant au corbeau de la couverture, s’il constitue la part la plus inquiétante de Samuel, il ne les tue pourtant jamais, ne faisant que les conserver dans des boîtes, comme fasciné par leur décomposition. Un simple besoin, légitime chez l’enfant mais choquant pour l’adulte, celui d’approcher le mystère de la vie et de la mort.
D’un point de vue graphique encore, on retiendra quelques scènes magnifiques, celle notamment où Yacine emmène Samuel dans un endroit secret, sur les toits du Sacré-Cœur, ou encore celle du séjour à la montagne où le même Samuel admirera les étoiles en compagnie de Judith.
Si le livre se termine de façon si incongrue qu’on ne saurait décrire ce que l’on ressent, nous laissant avec nos questionnements sur la personnalité de Samuel et ses aspirations, il faut bien convenir que des explications n’auraient été ici que pure redondance. La scène finale, très suggestive, évoque des bouts de verres brisés, ou d’un miroir peut-être, celui franchi par Samuel, lien judicieux entre rêve et réalité. Ainsi, la boucle est bouclée, et l’on referme l’ouvrage en se disant que, oui, on est infiniment reconnaissant à son auteur de nous avoir fait partager les nobles et sublimes visions de son Spectateur, au milieu des brumes obscures de la condition humaine.
Brillant !
Que voilà une bien chouette série, sans fausse note, et qui parvient à contenter les yeux et l’esprit du lecteur.
En effet, on a là une intrigue/enquête conclue en deux tomes, avec une narration fluide, qui rend hommage au personnage de Sherlock Holmes, son univers et ses « méthodes ». S’il n’y avait que cela, ce serait déjà bien, mais juste sympathique (l'enquête en elle-même n'est pas non plus hyper originale).
Oui, mais voilà, la façon dont cette histoire nous est narrée sort de l’ordinaire, et les auteurs font preuve là d’une grande originalité. En effet, comme l’indique le titre de la série, nous sommes dans le cerveau du célèbre détective, et nous suivons, dessin en coupe et machineries à l’appui, l’évolution des géniales déductions en temps réel. Le procédé est amusant, et donne un intérêt supplémentaire à cette histoire. Le lecteur se voit donner les cartes, est encouragé à se mettre sinon à la place, du moins « dans le cerveau » de Sherlock, est souvent pris à partie (on lui demande de regarder de telle manière une scène, de plier des pages, etc.) : une sorte d’histoire dont vous êtes le héros par procuration.
Choix narratif d’autant plus payant que le travail éditorial d’Ankama est excellent, que la mise en page appuie à fond et judicieusement les partis pris scénaristiques : c’est très beau et très réussi là aussi (déjà, la belle couverture à trou – procédé déjà employé par Dahan pour Psycho-Investigateur (Simon Radius)).
Bref, on retrouve Sherlock, notre brillant détective en intellectuel vantard et méticuleux, sûr de sa force déductive, accompagné de Watson, son ami et médecin, mais aussi public/cobaye/candide/faire-valoir, dans une histoire abracadabrantesque mais tellement bien mise en image qu’on en oublie le côté improbable (l’enchainement des révélations et de leur réalisation est parfois « too much », mais cela donne un certain charme d’humour suranné, un grotesque qui couronne cette histoire menée de mains de maitres).
Note réelle 4,5/5.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Thorgal
La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme. Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial. Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant. Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien. Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées. "Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros. Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal. Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge. La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant. Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice". Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal
Bloodi
J'adore cette série, car elle traite avec humour de sujets graves, et qu'il faut remettre dans le contexte d'époque. C'est l'underground des années 80-90 qui y est (à peine) caricaturé. Un copain qui lisait une des bd de Ouin dans mon salon à reconnu la reproduction graphique de la vision que tu as dans un fourgon de l'administration pénitentiaire, en arrivant à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, on peut reconnaitre aussi le quartier de Barbès, La Chapelle, à travers la vision déformée de l'anti-heros. Les squatts, la drogue dure, les gangs de tarés, les flics alcoolos et la société en général, vus par les yeux d'un punk toxico accro à la dure. C'est gore et toxique, mais moi, j'adore, à remettre dans le contexte d'époque, avec Kebra le Rat de Tramber et Jano, en regardant mon inestimable collection de cartes des "Crados" avec Gudule Pustule et René Morvoné. C'est quand même particulier, on vous parle ici d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre...
Vei
J'ai adoré cette lecture. D'abord le livre est très beau. La couverture m'avait tapé dans l'œil. Le dessin est très graphique et coloré. Il y a de superbe pleines-pages qui sont magnifiques. L'histoire se passe dans la mythologie nordique. Foncez si comme moi vous aimez les récits mythologiques. Mention spéciale pour quelques pages au milieu de la BD qui, d'un coup, font une pause dans le récit, pour reprendre toute la génèse de la mythologie nordique. Il est question d'un tournoi entre dieux, dans lequel chaque camp envoie des combattants. Cela pourrait vite devenir redondant, mais l'histoire est très bien équilibrée entre l'intrigue même de ce tournoi; les combats, des histoires familiales; des histoires d'amour... J'ai passé un super moment !
Les Nouvelles aventures du Chat Botté
Je soupçonne Nancy Peña d'entretenir un petit autel secret à la gloire de Bastet . Cela expliquerait la place des chats dans son oeuvre et les qualités quasi divines dont elle fait preuve pour nous faire voyager dans son monde merveilleux. Nancy Peña est marquée par l'élégance de son tilde. Elle allie un esprit de finesse à une finesse de trait. Celle-ci est digne de Will Eisner,son ogre du T3 ( "je chausse du 178") vaut bien le monstre de Spirit en pleine page. Celui-là est digne de la meilleure aristocratie littéraire de langue française. Qu'elle use de l'alexandrin ou du patois du terroir , l'auteure ne se prend jamais les pieds dans Racine. Ici l'auteure choisit le registre du conte merveilleux avec un détournement du vocabulaire figuré qu'elle rend propre. C'est créatif, c'est frais, c'est drôle , à mon avis c'est très largement au dessus d un Garulfo pour rester dans le même registre. Dans son oeuvre, l'auteure joue des paraboles, des espaces et du temps tout en se mettant en scène d'une façon d'autodérision. " Et notre chère auteure, que lui réserveriez-vous?- Surtout si c'est sanglant"!!! Oui oui dites nous!! Mais n'est-ce pas Nancy sous les traits de Blanche-Poudre qui s'éveille pour se recoucher aussitôt devant l'absurdité comique de la situation? Une lecture pour "Public averti" LOL!!! même si Patience n'a pas les atouts de la Blanche-Neige de Taboo. Bon, même si vous "n'entendez rien à cette histoire" à cause de ce " fléau de donzelle", l'auteure bien sûr, je vous recommande cette oeuvre hors norme sans me cacher dans un "espace ispassiconique".
Le Fils du roi
Deuxième album publié par Le Tripode dans le même univers, après Longue Vie, même si de mon point de vue les deux albums sont indépendants. On y retrouve le même dessin accrocheur, au Rotring, fourmillant de détails, jouant sur un trait fin, méticuleux pour les décors (alors même que les personnages, leurs visages, sont plutôt moins fouillés). Le format a changé (beaucoup plus grand), et ce ne sont plus des dessins pleine page, mais il y a une sorte de gaufrier (irrégulier). Changement aussi au niveau de l’histoire. Si l’on est toujours dans un univers médiéval fantastique, je trouve que cet album joue beaucoup plus sur la poésie, l’onirisme. Moussé enrichit son univers, qui est toujours aussi violent par ailleurs. Voilà une œuvre très atypique, étrange, développant un merveilleux qui doit tout autant à ce qui est représenté qu’à la façon dont Moussé le représente : pour amateur de curiosités. Le Tripode (que je connais essentiellement pour les romans qu'il a publiés) s’affirme éditeur de « Littérature – Arts – Ovnis ». Nul doute qu’il faille ranger les albums de Stanislas Moussé dans la troisième catégorie.
Le Bar du vieux Français
Ce récit intimiste est d’une délicatesse rare. Deux destins qui convergent l’un vers l’autre pour se retrouver au Bar du Vieux français en plein désert, le bar d’un vieil homme qui sait si bien raconter les histoires. Le scénario est original, sensible et au-delà des deux personnages principaux, il nous dévoile l’Afrique qui rêve d’Europe et l’Europe qui rêve d’Afrique. Traversant l’Afrique, Célestin va connaître la peur, la fuite, le désert, les Touaregs, les missionnaires… Rien de touristique dans ce parcours. Traversant la France et l’Espagne, Leila qui a fui sa famille et les traditions auxquelles elle ne peut échapper, découvre le Maroc, berceau de sa famille, la liberté et sa vie de femme. Une sorte de road trip dans lequel chacun joue sa vie. J’ai beaucoup aimé le dessin avec son encrage épais et ses couleurs vives. Il colle parfaitement avec le caractère bien trempé des deux héros de l’histoire. Belle ambiance dans cette histoire si bien racontée.
Contribution à l’étude du léger brassement d’air au-dessus de l’abîme
Ibn Al Rabin est un auteur atypique. Son trait minimaliste ne plait pas à tout le monde mais ses admirateurs peuvent se jeter, les yeux fermés, sur cet album, dessiné entre 2007 et 2012 à Buenos Aires et Genève (détail futile mais 5 ans quand même). A travers différentes scènettes et autant de personnages, l’auteur narre leurs réactions face à une invasion extra-terrestre. On retrouve son ton absurde dans pareille situation, c’est vraiment plaisant et drôle, les dialogues sont très réussis. Pour les curieux, cet album est parfait pour rentrer dans son univers, je suis toujours fasciné par cet auteur qui avec 3 fois rien arrive à m’attraper (petit coup de cœur perso) Seule petite ombre au tableau, les 2 petites séquences du fanzine grwzts insérées, ça sert la thématique du dessin mais ça m’a moins passionné. Un bon cru, dans la veine de retour écrémé. 3,5+
Le Voyage du Commodore Anson
Quelle aventure ! Je commence par ce qui m’a déplu (et qui a déjà été noté dans d’autres avis). J’ai eu beaucoup de mal avec le dessin des personnages, que j’ai trouvé brouillon et pas vraiment adapté à ce genre de récit historique. La police d’écriture est également difficile à déchiffrer, ce qui complique inutilement la compréhension du récit, surtout que les textes sont nombreux (il s’agit de l’adaptation d’un roman, et cela se ressent). Mais voilà, l’histoire est absolument passionnante, et brillamment racontée. Elle se déroule à une époque où les trajets intercontinentaux étaient de véritables périples mortels, entre les éléments déchainés, les techniques de navigation primitives, le scorbut, et les batailles aux canons bien entendu. Le ton est très humain, et le dessin des bateaux, des océans et des îles visitées est absolument superbe, avec notamment des couleurs aquarelles du plus bel effet. Une aventure humaine passionnante, et un album qui m’a scotché malgré la pagination élevée. Un immanquable pour les amateurs de récits historiques.
Le Spectateur
Un des gros atouts de ce roman graphique tout à fait singulier, c’est d’abord de réussir à nous captiver dès la scène d’ouverture, où l’on assiste à l’accouchement de Samuel. Ou plutôt, c’est Samuel qui assiste à son propre accouchement — le parti-pris du livre étant une narration en vue subjective, par les yeux du personnage —, car déjà il semble assez éveillé pour le faire, mais déjà, à peine sorti du ventre de sa mère, il inquiète. Il ne poussera aucun cri comme le fait tout nouveau-né, et fixera sa génitrice en silence, allant même jusqu’à provoquer le malaise de cette dernière. Cet enfant étrange, spectateur muet du monde qui l’entoure et ne le comprend pas, va ainsi grandir dans une solitude froide et acceptée, sans états d’âme (Souffre-t-il ? Est-il heureux ? en colère ? Impossible de le savoir…), contrairement à l’ensemble des vivants qui préfère masquer la peur qu’elle suscite par un verbiage souvent illusoire. Samuel apparaît ainsi comme un miroir renvoyant une image de l’humanité peu reluisante. Car Samuel voit tout, et son silence semble parfois plus éloquent que n’importe quel commentaire, plus impitoyable encore. Par les réactions d’incompréhension qu’il provoque, il met à jour la mesquinerie et la cupidité des adultes, notamment celles de ce père égoïste et absent. Mais les enfants n’échappent pas pour autant à son regard, se révélant souvent odieux, voire plus cruels encore. Trois personnages semblent trouver grâce à ses yeux, les seuls à ne pas être perturbés par son silence : sa mère (qui connaîtra une fin tragique), son ami Yacine et Judith, sa camarade de classe dont il est secrètement (évidemment) amoureux, n’exprimant son amour que par les portraits qu’il fait d’elle. Et pour revenir au parti pris narratif en vue subjective, c’est la grande originalité de l’album qui fonctionne très bien par la fascination exercée sur le lecteur. Théo Grosjean va ainsi s’amuser de notre curiosité (malsaine ?) de voir à quoi ressemble Samuel, qui, c’est certain, ne peut qu’avoir l’apparence d’un monstre ! Bon prince, l’auteur consentira à nous dévoiler dans de rares passages le visage de son « spectateur » lorsqu’il se regardera dans la glace de la salle de bains. Une sorte de jeu de miroir entre sujet et objet, puisqu’avec ce récit, il est beaucoup question de réflexions, et ce dans tous les sens du terme… Ce conte noir nous offre donc une vision assez désabusée de l’humanité, mais comme tout conte noir, il possède une part de merveilleux. Et la très belle présentation y contribue largement. D’abord par le choix d’une palette de verts à la fois sombres et lumineux, magnifiés par le cadrage noir. Avec sa belle ligne claire simplissime, à la fois très graphique et un brin naïve, assez proche du courant alternatif U.S., Théo Grosjean nous ramène au monde de l’enfance, tout en osant quelques digressions proches de l’abstraction, qui, par contraste, nous portent vers des territoires mystérieux, quasi-métaphysiques, évoquant des organismes traversés par des formes bizarres, entre cristaux et bactéries, comme peut-être une invitation à l’introspection. Quant au corbeau de la couverture, s’il constitue la part la plus inquiétante de Samuel, il ne les tue pourtant jamais, ne faisant que les conserver dans des boîtes, comme fasciné par leur décomposition. Un simple besoin, légitime chez l’enfant mais choquant pour l’adulte, celui d’approcher le mystère de la vie et de la mort. D’un point de vue graphique encore, on retiendra quelques scènes magnifiques, celle notamment où Yacine emmène Samuel dans un endroit secret, sur les toits du Sacré-Cœur, ou encore celle du séjour à la montagne où le même Samuel admirera les étoiles en compagnie de Judith. Si le livre se termine de façon si incongrue qu’on ne saurait décrire ce que l’on ressent, nous laissant avec nos questionnements sur la personnalité de Samuel et ses aspirations, il faut bien convenir que des explications n’auraient été ici que pure redondance. La scène finale, très suggestive, évoque des bouts de verres brisés, ou d’un miroir peut-être, celui franchi par Samuel, lien judicieux entre rêve et réalité. Ainsi, la boucle est bouclée, et l’on referme l’ouvrage en se disant que, oui, on est infiniment reconnaissant à son auteur de nous avoir fait partager les nobles et sublimes visions de son Spectateur, au milieu des brumes obscures de la condition humaine.
Dans la tête de Sherlock Holmes
Brillant ! Que voilà une bien chouette série, sans fausse note, et qui parvient à contenter les yeux et l’esprit du lecteur. En effet, on a là une intrigue/enquête conclue en deux tomes, avec une narration fluide, qui rend hommage au personnage de Sherlock Holmes, son univers et ses « méthodes ». S’il n’y avait que cela, ce serait déjà bien, mais juste sympathique (l'enquête en elle-même n'est pas non plus hyper originale). Oui, mais voilà, la façon dont cette histoire nous est narrée sort de l’ordinaire, et les auteurs font preuve là d’une grande originalité. En effet, comme l’indique le titre de la série, nous sommes dans le cerveau du célèbre détective, et nous suivons, dessin en coupe et machineries à l’appui, l’évolution des géniales déductions en temps réel. Le procédé est amusant, et donne un intérêt supplémentaire à cette histoire. Le lecteur se voit donner les cartes, est encouragé à se mettre sinon à la place, du moins « dans le cerveau » de Sherlock, est souvent pris à partie (on lui demande de regarder de telle manière une scène, de plier des pages, etc.) : une sorte d’histoire dont vous êtes le héros par procuration. Choix narratif d’autant plus payant que le travail éditorial d’Ankama est excellent, que la mise en page appuie à fond et judicieusement les partis pris scénaristiques : c’est très beau et très réussi là aussi (déjà, la belle couverture à trou – procédé déjà employé par Dahan pour Psycho-Investigateur (Simon Radius)). Bref, on retrouve Sherlock, notre brillant détective en intellectuel vantard et méticuleux, sûr de sa force déductive, accompagné de Watson, son ami et médecin, mais aussi public/cobaye/candide/faire-valoir, dans une histoire abracadabrantesque mais tellement bien mise en image qu’on en oublie le côté improbable (l’enchainement des révélations et de leur réalisation est parfois « too much », mais cela donne un certain charme d’humour suranné, un grotesque qui couronne cette histoire menée de mains de maitres). Note réelle 4,5/5.