Les derniers avis (9589 avis)

Par grogro
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Morne au diable
Le Morne au diable

Le 50e festival d'Angoulême s'achève tout juste. Parmi les titres innombrables, j'ai déniché cette véritable pépite qui a sauté dans ma rétine. Ce titre, on le doit aux éditions de la Crypte Tonique qui a eu la bonne idée de rééditer les planches du Morne au diable, une adaptation du roman éponyme d'Eugène Sue par Georges Beuville parue entre février et octobre 1950 dans le Journal de Tintin. La réédition date déjà de 2018, mais qu'importe. Ce qui frappe d'emblée, c'est la fraicheur des dessins. Le trait est vif et enlevé, au point qu'on croirait une création de Christophe Blain ou Frantz Duchazeau. On y trouve cette habilité du mouvement, l'expressivité des visages et ce cadrage très filmographique qui caractérise la BD d'aujourd'hui. L'ensemble a un charme fou. L'auteur lui-même ne semblait pourtant pas avoir conscience de la modernité de son trait « haché et négligent », selon ses propres termes, évoquant sa contribution au Journal de Tintin ainsi : « Je ne vois en effet dans ce journal que des images au tracé impeccable auprès desquelles mes croquis hachurés, tremblotés, peu définis, font assez piètre figure ». Incroyable ! Les planches sont reproduites à l'échelle 1/1, ce qui respecte le format d'origine. Les dessins sont donc petits mais permettent d'évaluer la finesse d’exécution du bonhomme. Remarquable ! Et comment sais-je tout cela ? Et bien parce que cette réédition est accompagnée d'un petit livret qui fait la lumière sur le travail de Beuville, et présente deux points de vue sur l'auteur : celui de Cabu et celui de Hislaire, tous deux admiratifs. L'histoire, quant à elle, est une sorte de d'aventure vaudevillesque qui entraine le lecteur aux quatre coins du monde. L'ensemble ne manque pas d'humour, si bien que l'on pourrait rapprocher le style narratif de l'excellent La Fuite du cerveau de Pierre-Henry Gomont, même si il n'en possède pas la fougue. En effet, Le Morne au diable se traine un peu par moments, mais il faut à mon sens y voir le fait de la narration d'Eugène Sue. Beuville aura cherché à coller au plus près du texte qu'il a d'ailleurs condensé lui-même. On pourra aussi regretter la mise en forme. Le texte, qui comprend également les dialogues, est directement inséré par blocs compacts sous les cases, qui plus est dans une couleur discutable, un genre de sépia que mes yeux de taupe myope ont péniblement déchiffré. A ce sujet, le petit livret permet de mieux comprendre ce choix. Beuville lui-même confiait : « La bande dessinée ne m'intéresse pas. Vous comprenez, vous autres, quand vous ne savez plus quoi faire, vous mettez un texte pour cacher le dessin ! C'est du remplissage ! ». J'ajoute simplement qu'étant donné le prix conséquent du livre (40€ tout de même), on aurait largement préféré une couverture rigide... Cela dit, ces récriminations ne gâtent en rien le plaisir. J'ai pris un pied formidable à lire Le Morne au diable jusqu'à la conclusion que j'ai personnellement trouvée admirable, avec de surcroit cette impression d'avoir découvert un artefact oublié, le chainon manquant entre la bande dessinée de grand-père et celle de ce troisième millénaire naissant. L'écrivain Jacques Perret admirait le travail de Beuville. En guise de conclusion, il nous livre ces mots : « il ne se contente pas d'avoir de l'esprit, chose difficile et tombée en désuétude, il y montre encore la virtuosité d'un style qui se moque des engouements éphémères ». Tout est dit.

31/01/2023 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série
Ed Gein - Autopsie d'un tueur en série

Encore un excellent album que m'a fait découvrir ce merveilleux site ! Je suis amateur de récits de type 'true crime' alors il fallait absolument que je lise cette biographie d'Ed Gein. Je connaissais déjà les grandes lignes de la vie de Gein, le premier tueur en série américain qui a marqué l'imaginaire des États-Unis du 20ème siècle (avant il y avait eu au siècle précédent H. H. Holmes et son hôtel) et qui a inspiré plusieurs œuvres de fiction. On va donc suivre Gein de son enfance jusqu'à sa mort. C'est du travail bien fait, les auteurs montrent comment une enfance difficile a pu transformer Gein en nécrophile dangereux. J'aime bien comment ils ne font que montrer les faits sans prendre de jugement moral ou tomber dans du voyeurisme grossier. Ah oui aussi les crimes sont vraiment dégueulasses et il faut pas avoir le cœur léger lorsqu'on lit cet album. La narration est fluide, ce qui fait que ce gros album se lit sans problème. J'ai adoré le dessin. C'est dans un style réaliste, mais avec un coté un peu caricatural qui rappelle les dessinateurs de la grande époque d'EC comics (et dont les auteurs sont fans comme le montrent leurs notes à la fin de l'album). J'aime bien, je trouve ça mieux que le style hyperréaliste et froid qu'on voit dans plein de comics modernes.

31/01/2023 (modifier)
Par iannick
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Choeur des femmes
Le Choeur des femmes

Emprunté par hasard dans le rayon bd d’une des bibliothèques universitaires de ma ville, ce livre a su me toucher positivement et fortement. « Le Chœur des femmes » raconte l’intégration d’une stagiaire nommée Jean Atwood au sein d’un service de gynécologie. Cette bande dessinée pourrait être scindée en deux principaux thématiques : la découverte des principes de la gynécologie et la vie de Jean Atwood. Je n’étais pas particulièrement enthousiaste à découvrir les dessous de cette spécialité médico-chirurgicale… Après lecture, j’en ressors complétement transfiguré car ce récit m’a carrément intéressé et passionné. En effet, je ne pensais pas que la physiologie de l’organe féminin soit à ce point complexe et sensible. Ce livre regorge tellement d’informations à ce sujet que cela ne m’étonne guère qu’il ait été mis à la disposition des étudiants en médecine. Et surtout, ce que je retiens le plus dans cette bande dessinée, c’est la détermination des auteurs à lutter contre la violence faite aux femmes au nom de la médecine parce qu’elles ont la réputation d’être trop « chochottes » face aux opérations dont certains docteurs ne se soucient guère du ressentiment de leurs patientes. Ce volet est particulièrement développé à travers la personnalité de Karma (drôle de nom, n’est-ce pas ?), un médecin dont ses méthodes et ses réflexions s’avèrent déroutantes au premier abord mais qui, au final, sont d’une redoutable efficacité. Quand on sait que cette bande dessinée est une adaptation d’un roman de Martin Winckler, on se dit que tout cela n’est qu’une fiction et que c’est trop beau pour qu’on y croie : ce n’est pas faux au vu des nombreux évènements un peu trop téléphonés à mon goût qui concluent ce one-shot, au vu également de la personnalité de Jean Atwood dont on peut deviner que son fort caractère est un (bon) moyen pour le scénariste d’incorporer des scènes humoristiques et dramatiques dans son récit. Mais tout cela marche très bien, c’est plaisant et je ressors de cette lecture marquée par ces deux principaux protagonistes dont leurs échanges sont empreints de bons sens et d’humanisme. J’ai apprécié l’évolution de Jean Atwood dont son tempérament forgé initialement par la virilité des médecins, va se montrer de plus en plus attentive aux aspirations des patientes. La mise en page et le coup de crayon semblent simplistes, c’est de la ligne claire et les couleurs pastelles sont plaisantes à l’œil : le tout forme une bande dessinée très agréable à contempler et d’une lisibilité redoutable. C’est du bel ouvrage pour un récit qui ne demandait rien de plus. Vu le thème abordé, la gynécologie, « Le Chœur des femmes » semble être une bande dessinée qui est uniquement destiné au lectorat féminin… Que nenni ! Messieurs, ayez au moins la curiosité de lire cet album d’une sensibilité et d’une grande richesse d’informations qui a su me captiver jusqu’à son dénouement ! En tout cas, c’est avec un œil différent, un regard beaucoup plus tendre et compréhensif qu’avant sur la gente féminine que je ressors de cette lecture.

30/01/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame

Il y a tellement de belles choses dans cet album. Romain, protagoniste de cette histoire, est attachant au possible. La façon dont il se préoccupe de son institutrice est touchante, son point de vue d’enfant, rempli d’incompréhension et de désir de vouloir décrypter le monde des grands, apporte une tendresse incroyable au récit. J’ai aussi beaucoup aimé la complicité avec sa grande sœur. Au final, l’auteur aborde le sujet des troubles alimentaires avec une humanité qui fait chaud au cœur. La mise en image d’Hippolyte contribue d’ailleurs beaucoup à cette tendresse, grâce à un trait tout en rondeur et des couleurs aquarelles chaudes… les planches sont un délice pour les yeux. Un album qui m’a beaucoup ému, et un coup de cœur. Magnifique.

28/01/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Pocahontas (Patrick Prugne)
Pocahontas (Patrick Prugne)

Patrick Prugne nous livre une nouvelle « histoire d’indiens », inspirée cette fois-ci du personnage réel de Pocahontas. La précision historique est pointue, l’auteur a fait beaucoup de recherches sur les événements, les personnages, mais aussi les navires, les armes, la forme du fort bâti par les colons… le tout au service d’une histoire certes classique mais prenante et remarquablement narrée. Un énième rappel des horreurs de la colonisation de l’Amérique du Nord. Le dessin est dans la lignée de ses œuvres précédentes : un trait précis, des couleurs aquarelles magnifiques, et des grands espaces sauvages. Que c’est beau. Voilà, Prugne fait du Prugne, mais moi, j’en redemande.

27/01/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Blue in green
Blue in green

Blue in Green est mon quatrième Ram V après These Savage Shores, Toutes les morts de Laila Starr et Swamp Thing Infinite. Et toujours pas déçu. Ram V est un formidable conteur d'histoires, il a ce talent pour embarquer le lecteur, le captiver et ne plus le lâcher. Un récit où vient se croiser la musique (le jazz), un secret de famille et l'envie de réussir sur fond de fantastique. L'histoire d'un homme, Erik, qui revient dans la maison familiale pour l'enterrement de sa mère et à partir de là, les événements vont s'enchaîner avec l'apparition d'un ectoplasme. Un récit qui prend son temps, les personnages sont complexes et attachants et l'introspection d'Erik sur le sens à donner à sa vie, à son art, est vraiment bien rendu et d'une forte épaisseur émotionnelle. Sommes-nous prêts à tout pour réussir ? Quitte à vendre son âme au diable ? Une délicieuse lecture avec une fin particulièrement poignante. Je découvre Anand RK et son style graphique est bien singulier, il se rapproche de Dave McKean, mais surtout de Martin Simmonds dans The Department of Truth. Bref, j'adore ! Il sied à merveille pour dépeindre l'ambiance tourmentée qui flotte autour d'Erik. La mise en page et les couleurs sont au diapason. Superbe ! Comme l'explique Ram V en fin d'album, le scénario s'est construit au fil de l'eau comme un bon vieux morceau de jazz improvisé, parfaitement orchestré et sans fausses notes. Album plus que recommandable.

27/01/2023 (modifier)
Couverture de la série Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame
Mademoiselle Sophie ou la fable du lion et de l'hippopotame

J’ai adoré ! J’ai aimé la justesse de ton, les réflexions de Romain, la délicatesse avec laquelle ces difficiles sujets sont abordés. J’ai aimé la tendresse, l’humour, l’humanité qui se dégagent de ce récit. J’ai aimé ce dessin épuré et pourtant si expressif. J’ai aimé la luminosité des couleurs. J’ai aimé ce découpage aéré, ces grandes cases qui laissent le dessin s’exprimer et les émotions nous submerger. J’ai aimé le début et j’ai aimé la fin. J’ai aimé les petites cruautés si finement observées, les petites lâchetés qui nous sont quotidiennes et les vérités qui nous sont assénées. J’ai adoré…

26/01/2023 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Couleur des choses
La Couleur des choses

Alors que cet élégant petit bouquin commence à faire parler de lui par les prix récoltés ici et là, j'avoue que c'est une annonce de son éditeur qui m'a fait de l'oeil sur son concept. Concept que vous pouvez facilement comprendre en tapant dans votre barre de recherches "Martin Panchaud Star Wars" et vous évitera une explication tarabiscotée de mon propre jus. Pour faire simple, il s'agit d'une bande dessinée minimaliste à l'extrème en vue du dessus comme les premiers jeux vidéo GTA. Les personnages sont représentées par des pions et des couleurs et un flechage plus ou moins habile ou intrusif permet de situer le lecteur dans cet espace bien particulier. Donc oui on peut d'ors et déjà convenir que c'est original mais que l'ensemble ne risque pas de flatter la rétine comme une toile de Rembrandt. L'histoire également n'est qu'un prétexte pour justifier ce parti pris graphique surprenant : on y suit l'histoire d'un jeune ado obèse et méprisé par tout le monde ou presque, y compris son propre paternel. Les choses vont changer lorsque le jeune homme va gagner le gros lot sur un jeu d'argent. Entre mystères de famille, tentative de meurtrer et la vie d'une baleine intercalée de façon absurde (mais pas tant que cela au final), l'auteur met en scène un véritable road movie avec ses petits rebondissements avec suffisamment d'intérêt pour garder le lecteur en haleine. Si au final, certaines tournures n'enrichissent pas davantage le scénario, on reste scotché jusqu'à la dernière page. Avec un humour pince sans rires et une narration différente mais rapidement assimilée, Martin Panchaud crée un petit style bien propre à lui qui ne devrait pas non plus être décuplé à l'infini dans d'autres histoires similaires mais ce parti pris original mérite toute attention comme on peut dévorer également une mini série télévisée avec ses surprises, lenteurs et purs petits moment de bonheur. C'est également une merveilleuse porte d'entrée pour un public pas forcément adepte de nos bandes dessinées.

26/01/2023 (modifier)
Par Jetjet
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Chefs-d'œuvre de Junji Ito
Les Chefs-d'œuvre de Junji Ito

Voici ici une collection courte de 2 ouvrages faisant office d'une excellente introduction à l'univers horrifique si particulier de Junji Ito. Il s'agit à l'instar d'une anthologie comme les Tales from the Crypt de EC Comics de courtes histoires complètement indépendantes et soigneusement sélectionnées par ce nouvel éditeur nous présentant un florilège d'histoires tour à tour glaçantes, malsaines voire perturbantes. Si le principe reste assez convenu avec l'irruption du surnaturel ou même bien souvent de situations absurdes, la facilité avec laquelle on enchaine la lecture permet de s'immerger rapidement jusqu'à sa conclusion bien souvent brutale et précipitée. Tout comme l'avis de Gaston à ce sujet, je trouve malheureusement comme seul point négatif cette rapidité avec laquelle l'auteur conclut ses histoires comme s'il était pris par le temps ou par une limite de pagination alors qu'il prend vraisemblablement son temps pour mettre en place et développer ces récits. Certaines histoires sont également inégales en intérêt comme les premières de chaque tome (le tout est classé par ordre chronologique et on ressent bien la progression de l'auteur tant par le dessin que par le contenu) mais il subsiste de véritables pépites comme "Les Ballons Pendus" qui résonne longuement en mémoire par sa cruauté et la frayeur procurée ou La Femme limace en récit phare de "Body Horror" à la David Cronenberg. En conclusion, je ne peux que vous en recommander la lecture si vous avez le coeur bien accroché et le moral en poupe. Une très chouette compilation à la hauteur de la réputation du maître.

26/01/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Les Pistes Invisibles
Les Pistes Invisibles

Un album qui ne laissera pas indifférent, soit on adore, soit on déteste. L'histoire romancée de Christophe Thomas Knight, l'histoire d'un homme qui va disparaître pendant 25 ans en pleine forêt du Maine, il n'aura aucun contact direct avec une autre personne. Il avait 24 ans lors de sa disparition. Il vivra de petits cambriolages pour se mettre à l'abri des intempéries et pour se nourrir, ce sera son mode de survie. Mais toujours en ne prenant que le strict minimum, sans jamais rien détériorer. Une narration littéraire avec la voix off de Christophe comme fond sonore. Un récit hors du temps qui se concentre sur les premiers jours de cette fugue ce qui permet de "comprendre" les raisons de ce besoin de se couper du monde et ensuite comment il va s'adapter à son nouvel environnement. Comment il va se déplacer sans laisser de traces, d'empreintes de pas. Il va modifier sa façon de se déplacer en prenant des points d'appui sur un tronc tombé à terre ou sur une pierre. Bondir, atterrir et équilibre vont le rendre furtif. Et ainsi ouvrir des pistes invisibles au milieu de la forêt. Une belle réflexion sur le sens de la vie. Pour bien disparaître, il ne faut pas être cherché. J'ai pris un plaisir fou à suivre le parcours incroyable de cet homme, dont on ne verra jamais le visage. Un dessin qui m'a transporté dans cette folle aventure, un dessin hypnotique, psychédélique. D'une beauté à couper le souffle. Une technique avec un usage de formes pleines réalisées au pinceau et à l'encre de Chine, sans recours au trait de contour. Les formes pleines ont été numériquement traduites en deux couches superposées et retravaillées à la palette graphique, afin d'obtenir une impression en deux passages de tons directs, un bleu et un orange. La troisième couleur, un marron, est obtenue par leur superposition (dixit Xavier Mussat). Un dessin qui suit les aléas de notre homme des bois et qui retranscrit à merveille le côté sauvage et indompté de la nature avec tantôt des formes arrondies, tantôt des formes géométriques. Il faut prendre son temps, certaines cases peuvent paraître un peu fouillis, mais en y regardant de plus près, on peut y découvrir des formes animales, où l'art et la manière de les rendre invisibles. La mise en page est immersive. Une belle réussite à mes yeux. Voilà, vous êtes prévenus. A vous de choisir !

25/01/2023 (modifier)