Une très bonne pioche que ce "Et il ressuscita".
Un récit d'anticipation, nous sommes dans un futur proche et l'entreprise GenoPharm annonce le clonage d'un être humain, mais pas n'importe quel être humain, Adolf Hitler !
Et une question revient sans cesse : Est-ce que Hitler Junior est condamné à suivre les mêmes pas qu'Adolf Hitler ?
Ce qui frappe en premier, c'est l'intelligente construction du récit.
Un premier chapitre qui interroge sur l'éthique d'une telle pratique sur un tel monstre, en faisant intervenir une foule de personnages : historien, avocat, journaliste, théologue... Et toujours en ne prenant pas partie, juste des points de vue qui permettent de faire cogiter nos cellules grises. La réponse n'est pas aussi évidente que cela.
Un second chapitre, le plus long, qui imagine ce qui aurait pu arriver, une autre époque mais toujours les mêmes conséquences ? Une construction implacable qui fait peur.
Enfin, le dernier chapitre, celui qui imagine ce que fut vraiment le destin d'Hitler Junior, il interpelle, mais d'une manière surprenante.
Je ne peux rien dire de plus.
Un dessin froid et rigide qui convient parfaitement bien à ce récit. Il y apporte une touche d'anxiété.
Une bd qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses et c'est justement son point fort.
Vous vous demandez : Pourquoi Staline sur la couverture ? Il ne vous reste qu'à lire cette bd pour le découvrir.
Abraham Martinez, un artiste à suivre.
La plus fabuleuse histoire stéréoréaliste qui m'ait été donné à lire. Un pur récit de SF. Une intrigue passionnante, qui se joue dans le monde réel et le monde virtuel de cette œuvre. Une histoire où les enjeux sociétaux sont tiraillés entre deux camps opposées : Adeptes des machines pour l'exploration spatiale, contre les volontés de libération de l'homme dans l'espace.
Cette série dotée d'une intrigue et de rebondissements cosmiques, vaut l'effort de la lire vraiment afin de rentrer dans l'histoire. On y gagne une autre vision du monde, une perception positiviste qui se révèle au fil de sa lecture et se renforce au fil de ses relectures.
On reste émerveillés par la découverte d'une société futuriste aux divers aspects, savamment décrite par le scénariste Thierry Smolderen, qui nous ouvre par la un accès direct à son imaginaire extraordinaire. C'est un faiseurs de monde comme Samuel Kolk, un des plus charismatiques personnages de cette œuvre magistrale.
On est séduit aussi par le dessin d'une rare esthétique produit par Philippe Gauckler. Cet artiste à su matérialiser la pensée du scénariste et c'est un pur chef d’œuvre. On mesure l'importance de l'illustrateur, capable de produire les formes nécessaire à la matérialisation d'une BD. Personnages, paysages, vaisseaux, découpage des actions, tout est là. On loue l'imaginaire de cet artiste qui nous émerveille dans ses illustrations de la BD la plus fraiche et la plus fun de l'univers.
Cette œuvre vaut le détour, et on ne saurait que conseiller de rechercher les albums disponibles, afin de pouvoir s'y immerger complètement...
Une nouvelle BD mettant en scène des sorcières, cette fois-ci entièrement réalisée par l'Australienne Sas Milledge, jusqu'ici inconnue sous nos latitudes.
Celle-ci propose une histoire qui, sans être échevelée, permet de ne jamais s'ennuyer, avec ces deux adolescentes qui partent à la recherche de l'origine de la malédiction qui pèse sur une petite communauté. Assez vite cela se transforme en quête personnelle pour Orla, qui s'était juré de ne pas revenir dans la ville où elle a grandi. Bien sûr les liens familiaux (et un brin de magie) remettent tout ça en question. C'est fluide, c'est frais, et on a beaucoup d'empathie pour Jo et Orla, dont le destin va bien sûr basculer.
Pour raconter cette histoire, Sas Milledge propose un graphisme vraiment plaisant, très lisible, dans un style semi-réaliste que je reverrai avec plaisir. Sa mise en scène est dynamique sans être tape-à-l'oeil, c'est franchement sympa.
C'est une belle découverte, à la fois graphique et narrative.
« Colossale », dixit le sticker apposé sur l’ouvrage, c’est « la série aux 6 millions de vues sur Webtoon » ! Un succès effectivement « colossal », on ne saurait mieux dire, qui a suscité l’intérêt des éditeurs, et en premier lieu « Jungle », qui peut se vanter d’avoir décroché la timbale. Une initiative qui ne pourra que réconcilier les adeptes « old school » de la lecture sur papier et les accros aux écrans qui ne voient la vie qu’à travers leur smartphone. En ce qui concerne Rutile et Diane Truc, il s’agit de leur première bande dessinée, et le fait que celle-ci ait été publiée « à l’ancienne » dans un second temps constitue pour les deux autrices une ultime reconnaissance qui conforte et perpétue la prédominance du livre-objet sur l’édition virtuelle.
Avec « Colossale », on rentre très vite dans le vif du sujet grâce à une intro efficace qui fait mine de commencer comme un conte de fées, pour aussitôt bifurquer sur la deuxième page vers un cri de révolte de la narratrice, Jade, également personnage principal : celle-ci s’adonne à la muscu et n’aura donc pas des mains de princesse ! Le ton est posé et on devine que le monde aristocratique, théâtre du récit, va en prendre pour son grade… Rutile et DianeTruc ont trouvé ici le pitch qui fait mouche, s’amuser du décorum et des conventions désuètes d’un milieu qui semble appartenir à un autre siècle, tout en mettant en lumière les aspirations plus contemporaines d’une jeune fille qui en fait partie mais veut vivre sa vie comme elle l’entend, contre les injonctions de ses parents.
Autre point fort, qui inscrit l’histoire complètement dans son époque, c’est le traitement très contemporain du genre, à travers cette héroïne qui rejette les codes des apparences imposés par son entourage. On la veut princesse aux mains douces, elle aura plus probablement un physique de camionneuse aux mains calleuses, sauf si bien sûr elle renonce à la culture physique ! Résumer les choses de cette façon peut sembler caricatural, certes, mais ne fait que traduire les clichés qui définissent cette caste aristocratique finalement assez méconnue, pour qui la seule perspective de se mélanger avec des roturiers donnerait des sueurs froides… et puis quoi de mieux que l’humour pour aborder la question, plutôt qu’un propos militant qui prendrait le risque de braquer les tenants de la tradition ? Notons que Diane Truc elle-même pratique la musculation, se faisant pour l’occasion coach pour débutant.e.s en fin d’ouvrage.
Enfin, et c’est ce qui rend cette BD unique, c’est la façon dont les autrices se sont appropriées les codes du manga pour les servir à la sauce frenchie, en situant leur récit dans un milieu quasi-totalement coupé des vents de l’Histoire, cette « vieille France blanche et friquée » aux valeurs antiques, vraisemblablement loin d’être hermétique aux discours réactionnaires d’un certain Eric Zemmour. De plus, le dessin de Diane Truc est irrésistible de drôlerie avec cette héroïne qui change d’apparence selon ses humeurs, se transformant en petite fille aux allures toonesques dès lors qu’elle se sent infantilisée par l’entourage ou bouillonne intérieurement. Réagencée dans sa version papier, la mise en page permise par le format webtoon tout en verticalité, à la fois dynamique et minimaliste, rend la lecture hyper percutante et irrésistible pour nos zygomatiques.
Tout cela fait de « Colossale » un gros coup de cœur pour l’auteur de ces lignes, qui récemment se désolait de moins rire en lisant les productions récentes de certains auteurs qu’il plaçait pourtant au top de l’humour, qu’il s’agisse de Goossens ou de Fabcaro. Lui (je parle de moi à la troisième personne, oui et alors ?), qui en outre n’a jamais été très porté sur le manga, voit un peu plus ses préjugés poussés dans de piteux retranchements, et il fallait que ce soit par des meufs « musclées ». Merci les filles !
Et au passage, merci à Spooky qui, en me présentant le chargé RP de l'éditeur, m'a permis de découvrir cette BD très rigolote, et à la fois de détendre et muscler mon sphincter !
Je découvre enfin cet album après avoir succombé à la série « Les filles des marins perdus » des mêmes auteurs.
Un plaisir de replonger dans cet univers, l’histoire se place comme un préquel à la série précitée. L’aventure sera toute autre mais on croisera quelques personnages qui deviendront familiers par la suite, ça ajoute de la cohérence à ce petit monde.
Nous allons suivre la quête d’Abel, jeune garçon amnésique secouru en mer, pour un chouette récit de marins. J’ai avalé d’une traite ce beau pavé, c’est d’une fluidité exemplaire, bien construit et rempli de moments de grâce avec une belle brochette de personnages attachants, la part fantastique m’a également beaucoup plu.
De prime abord, l’absence de couleurs m’avait un peu déçu, le dessin sera moins solaire que par la suite, mais au final il est parfaitement adéquat avec le propos. Ça ajoute au charme léger et poétique de l’œuvre.
En y réfléchissant rien de bien sorcier mais un récit qui m’a complètement happé et parfaitement réalisé. J’ai passé un excellent moment.
La superbe couverture et le prix Harvey de la « meilleure publication Jeunesse / Jeunes adultes 2022 » m’ont convaincu de lire cet album, et je ressors ravi de ma lecture.
L’histoire, à la croisée de la fantasy et de la culture arabe, propos une aventure enjouée, et aborde des thèmes passionnants. La réflexion sur la guerre est au centre du récit, ainsi que la colonisation, les divisions entre castes exacerbées par le pouvoir, la place des réfugiés et parias dans nos sociétés. Et au milieu de toute ça, un groupe d’amis et une protagoniste attachante au possible et remplie de contradictions et de doutes.
L’intrigue (assez conséquente, le bouquin fait 336 pages) est bien construite et parfaitement narrée. La mise en image est magnifique, même si je ne suis pas spécialement fan du style manga.
« Écuyère » est clairement un travail d’amour de la part des 2 autrices, inspiré de leurs origines arabes. Le propos est intelligent et juste, la lecture est fluide et divertissante. Un album jeunesse de qualité, que je recommande chaudement.
J’ai emprunté cette bd à la bibli sans en attendre grand chose, et j’ai adoré !
Une vraie histoire d’amour, très jolie, qui prend son temps pour s’installer, les personnages sont touchants (surtout la brune anxieuse qui arrive à s’épanouir au fur et à mesure).
Niveau dessin je trouvais pas ça toujours très bien fait même si certaines astuces de mise en page m’ont beaucoup plu (celle avec le petit avion/sms qui passe de case en case). Ce n’est qu’à la relecture que j’ai compris qu’il y avait deux dessinatrices différentes ! Un beau projet.
Je recommande.
Vraiment cette bd était une très bonne surprise, elle est drôle et touchante, les chutes de fin de page sont très bien trouvées à chaque fois. Dessin simple, mais qui sert bien le propos. Pour être parfait peut être qu’il manque une belle histoire d’amour.
Ce qui est bien lors du festival BD d’Angoulême, en cherchant bien et en s’éloignant des stands fourmillants de monde des mastodontes bien connus des festivaliers, vous pouvez découvrir de petits éditeurs qui proposent de pépites surprenantes et séduisantes. C’est le cas avec cette maison d’éditon réunionnaise et cet album bien typé océan indien puisque l’histoire se déroule à Madagascar.
Ca bouge. Il y a du rythme. Ce road-movie sous le tropique du capricorne est plutôt une belle réussite. Le graphisme de Rafally tout en rondeur est agréable et harmonieux.
Les trajectoires de Gabriel et Ikala vont s’entrechoquer dans les rues infâmes et grouillantes de la capitale malgache. Pas de temps morts. Et j’avoue que je n’ai pas vu arriver la fin de l’histoire.
Du coup, je ne peux que vous inviter à vous procurer cet album exotique pour découvrir une histoire originale et particulièrement réussie.
J'ai trouvé cette série vraiment très séduisante. Régis Hautière renouvèle après Abélard un scénario d'une grande qualité remplit d'une très forte humanité. La prouesse de Régis Hautière est de proposer un récit tout public qui emmène les plus jeunes d'une ambiance assez confortable de cabane dans les bois vers une réalité beaucoup moins tendre de galeries dans les tranchées.
Dans cette Guerre des Lulus il est aussi question de chemins initiatiques, de rencontres bonnes et mauvaises et de mort.
Le début du récit se place sous un aspect assez joyeux comme l'état d'esprit des populations de 1914. Assez vite au fil des tomes l'ambiance devient de plus en plus sombre. Hautière réussit la prouesse de faire concorder l'évolution de la dramaturgie du récit avec celle du conflit.
Le paroxysme étant proposé dans un excellent tome 5 où la réalité des combats, des trahisons ou des séparations rattrapent nos héros. Une évolution qui fait passer le récit d'une tragi-comédie dans les premiers tomes à une pure tragédie au final.
Les auteurs auraient pu s'arrêter sur ce Der des der sans rougir mais Hautière réussit la prouesse de fournir une nouvelle intrigue aussi captivante et chargée en émotions avec trois nouveaux volumes qui montrent comment les effets de la guerre ont perdurés bien au delà du 11 novembre. J'ai trouvé cette création scénaristique très intéressante car elle est en parfaite cohérence avec les cinq premiers tomes.
Je n'ai trouvé aucune longueur dans le récit. Les dialogues sont bons rendant très crédibles le questionnement parfois naïf de nos héros encore enfants au début de leurs aventures. Les tomes exploitent des thèmes assez peu utilisés comme la Résistance derrière les lignes allemandes ou l'expérimentation sociale du Familistère. Le récit se renouvelle donc constamment dans les aventures. La présence de Luce permet d'y introduire une touche de tendresse qui enrichit en humanité et en vulnérabilité la personnalité de nos garçons. Idem pour Hans et Franz qui nous rappellent que les souffrances populaires ont été partagées des deux côtés.
J'ai beaucoup, apprécié le graphisme de Hardoc qui rend le récit très spectaculaire. Son trait semi-réaliste très travaillé rend crédible l'évolution de nos héros dans leur passage d'une enfance insouciante à une réalité adulte prématurée.
Les expressivités des Lulus passent du comique au tragique en passant par toute la gamme des sentiments au fil des rencontres effectuées. Le soin apporté à la description des architectures est remarquable. Aucun détail ne manque que ce soit pour les cabanes, le Familistère ou les maisons qui ont hébergé nos héros.
Une très belle mise en couleur travaille beaucoup les lumières des nombreuses forêts traversées ou des ruines visitées. Les teintes assez vives du début puis laissent la place à des bruns de plus en plus sombres au fur et à mesure que l'on se rapproche des tranchées. Les teintes chaudes reviennent petit à petit même si les gris sont toujours très présents aux lendemains du 11/11.
J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de nos aventuriers involontaires. Une très belle créativité sur le thème de la Grande Guerre pourtant très exploité.
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Et il ressuscita
Une très bonne pioche que ce "Et il ressuscita". Un récit d'anticipation, nous sommes dans un futur proche et l'entreprise GenoPharm annonce le clonage d'un être humain, mais pas n'importe quel être humain, Adolf Hitler ! Et une question revient sans cesse : Est-ce que Hitler Junior est condamné à suivre les mêmes pas qu'Adolf Hitler ? Ce qui frappe en premier, c'est l'intelligente construction du récit. Un premier chapitre qui interroge sur l'éthique d'une telle pratique sur un tel monstre, en faisant intervenir une foule de personnages : historien, avocat, journaliste, théologue... Et toujours en ne prenant pas partie, juste des points de vue qui permettent de faire cogiter nos cellules grises. La réponse n'est pas aussi évidente que cela. Un second chapitre, le plus long, qui imagine ce qui aurait pu arriver, une autre époque mais toujours les mêmes conséquences ? Une construction implacable qui fait peur. Enfin, le dernier chapitre, celui qui imagine ce que fut vraiment le destin d'Hitler Junior, il interpelle, mais d'une manière surprenante. Je ne peux rien dire de plus. Un dessin froid et rigide qui convient parfaitement bien à ce récit. Il y apporte une touche d'anxiété. Une bd qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses et c'est justement son point fort. Vous vous demandez : Pourquoi Staline sur la couverture ? Il ne vous reste qu'à lire cette bd pour le découvrir. Abraham Martinez, un artiste à suivre.
Convoi - Les Aventures de Karen Springwell
La plus fabuleuse histoire stéréoréaliste qui m'ait été donné à lire. Un pur récit de SF. Une intrigue passionnante, qui se joue dans le monde réel et le monde virtuel de cette œuvre. Une histoire où les enjeux sociétaux sont tiraillés entre deux camps opposées : Adeptes des machines pour l'exploration spatiale, contre les volontés de libération de l'homme dans l'espace. Cette série dotée d'une intrigue et de rebondissements cosmiques, vaut l'effort de la lire vraiment afin de rentrer dans l'histoire. On y gagne une autre vision du monde, une perception positiviste qui se révèle au fil de sa lecture et se renforce au fil de ses relectures. On reste émerveillés par la découverte d'une société futuriste aux divers aspects, savamment décrite par le scénariste Thierry Smolderen, qui nous ouvre par la un accès direct à son imaginaire extraordinaire. C'est un faiseurs de monde comme Samuel Kolk, un des plus charismatiques personnages de cette œuvre magistrale. On est séduit aussi par le dessin d'une rare esthétique produit par Philippe Gauckler. Cet artiste à su matérialiser la pensée du scénariste et c'est un pur chef d’œuvre. On mesure l'importance de l'illustrateur, capable de produire les formes nécessaire à la matérialisation d'une BD. Personnages, paysages, vaisseaux, découpage des actions, tout est là. On loue l'imaginaire de cet artiste qui nous émerveille dans ses illustrations de la BD la plus fraiche et la plus fun de l'univers. Cette œuvre vaut le détour, et on ne saurait que conseiller de rechercher les albums disponibles, afin de pouvoir s'y immerger complètement...
La Malédiction de Mamo
Une nouvelle BD mettant en scène des sorcières, cette fois-ci entièrement réalisée par l'Australienne Sas Milledge, jusqu'ici inconnue sous nos latitudes. Celle-ci propose une histoire qui, sans être échevelée, permet de ne jamais s'ennuyer, avec ces deux adolescentes qui partent à la recherche de l'origine de la malédiction qui pèse sur une petite communauté. Assez vite cela se transforme en quête personnelle pour Orla, qui s'était juré de ne pas revenir dans la ville où elle a grandi. Bien sûr les liens familiaux (et un brin de magie) remettent tout ça en question. C'est fluide, c'est frais, et on a beaucoup d'empathie pour Jo et Orla, dont le destin va bien sûr basculer. Pour raconter cette histoire, Sas Milledge propose un graphisme vraiment plaisant, très lisible, dans un style semi-réaliste que je reverrai avec plaisir. Sa mise en scène est dynamique sans être tape-à-l'oeil, c'est franchement sympa. C'est une belle découverte, à la fois graphique et narrative.
Colossale
« Colossale », dixit le sticker apposé sur l’ouvrage, c’est « la série aux 6 millions de vues sur Webtoon » ! Un succès effectivement « colossal », on ne saurait mieux dire, qui a suscité l’intérêt des éditeurs, et en premier lieu « Jungle », qui peut se vanter d’avoir décroché la timbale. Une initiative qui ne pourra que réconcilier les adeptes « old school » de la lecture sur papier et les accros aux écrans qui ne voient la vie qu’à travers leur smartphone. En ce qui concerne Rutile et Diane Truc, il s’agit de leur première bande dessinée, et le fait que celle-ci ait été publiée « à l’ancienne » dans un second temps constitue pour les deux autrices une ultime reconnaissance qui conforte et perpétue la prédominance du livre-objet sur l’édition virtuelle. Avec « Colossale », on rentre très vite dans le vif du sujet grâce à une intro efficace qui fait mine de commencer comme un conte de fées, pour aussitôt bifurquer sur la deuxième page vers un cri de révolte de la narratrice, Jade, également personnage principal : celle-ci s’adonne à la muscu et n’aura donc pas des mains de princesse ! Le ton est posé et on devine que le monde aristocratique, théâtre du récit, va en prendre pour son grade… Rutile et DianeTruc ont trouvé ici le pitch qui fait mouche, s’amuser du décorum et des conventions désuètes d’un milieu qui semble appartenir à un autre siècle, tout en mettant en lumière les aspirations plus contemporaines d’une jeune fille qui en fait partie mais veut vivre sa vie comme elle l’entend, contre les injonctions de ses parents. Autre point fort, qui inscrit l’histoire complètement dans son époque, c’est le traitement très contemporain du genre, à travers cette héroïne qui rejette les codes des apparences imposés par son entourage. On la veut princesse aux mains douces, elle aura plus probablement un physique de camionneuse aux mains calleuses, sauf si bien sûr elle renonce à la culture physique ! Résumer les choses de cette façon peut sembler caricatural, certes, mais ne fait que traduire les clichés qui définissent cette caste aristocratique finalement assez méconnue, pour qui la seule perspective de se mélanger avec des roturiers donnerait des sueurs froides… et puis quoi de mieux que l’humour pour aborder la question, plutôt qu’un propos militant qui prendrait le risque de braquer les tenants de la tradition ? Notons que Diane Truc elle-même pratique la musculation, se faisant pour l’occasion coach pour débutant.e.s en fin d’ouvrage. Enfin, et c’est ce qui rend cette BD unique, c’est la façon dont les autrices se sont appropriées les codes du manga pour les servir à la sauce frenchie, en situant leur récit dans un milieu quasi-totalement coupé des vents de l’Histoire, cette « vieille France blanche et friquée » aux valeurs antiques, vraisemblablement loin d’être hermétique aux discours réactionnaires d’un certain Eric Zemmour. De plus, le dessin de Diane Truc est irrésistible de drôlerie avec cette héroïne qui change d’apparence selon ses humeurs, se transformant en petite fille aux allures toonesques dès lors qu’elle se sent infantilisée par l’entourage ou bouillonne intérieurement. Réagencée dans sa version papier, la mise en page permise par le format webtoon tout en verticalité, à la fois dynamique et minimaliste, rend la lecture hyper percutante et irrésistible pour nos zygomatiques. Tout cela fait de « Colossale » un gros coup de cœur pour l’auteur de ces lignes, qui récemment se désolait de moins rire en lisant les productions récentes de certains auteurs qu’il plaçait pourtant au top de l’humour, qu’il s’agisse de Goossens ou de Fabcaro. Lui (je parle de moi à la troisième personne, oui et alors ?), qui en outre n’a jamais été très porté sur le manga, voit un peu plus ses préjugés poussés dans de piteux retranchements, et il fallait que ce soit par des meufs « musclées ». Merci les filles ! Et au passage, merci à Spooky qui, en me présentant le chargé RP de l'éditeur, m'a permis de découvrir cette BD très rigolote, et à la fois de détendre et muscler mon sphincter !
Le Port des Marins Perdus
Je découvre enfin cet album après avoir succombé à la série « Les filles des marins perdus » des mêmes auteurs. Un plaisir de replonger dans cet univers, l’histoire se place comme un préquel à la série précitée. L’aventure sera toute autre mais on croisera quelques personnages qui deviendront familiers par la suite, ça ajoute de la cohérence à ce petit monde. Nous allons suivre la quête d’Abel, jeune garçon amnésique secouru en mer, pour un chouette récit de marins. J’ai avalé d’une traite ce beau pavé, c’est d’une fluidité exemplaire, bien construit et rempli de moments de grâce avec une belle brochette de personnages attachants, la part fantastique m’a également beaucoup plu. De prime abord, l’absence de couleurs m’avait un peu déçu, le dessin sera moins solaire que par la suite, mais au final il est parfaitement adéquat avec le propos. Ça ajoute au charme léger et poétique de l’œuvre. En y réfléchissant rien de bien sorcier mais un récit qui m’a complètement happé et parfaitement réalisé. J’ai passé un excellent moment.
Écuyère
La superbe couverture et le prix Harvey de la « meilleure publication Jeunesse / Jeunes adultes 2022 » m’ont convaincu de lire cet album, et je ressors ravi de ma lecture. L’histoire, à la croisée de la fantasy et de la culture arabe, propos une aventure enjouée, et aborde des thèmes passionnants. La réflexion sur la guerre est au centre du récit, ainsi que la colonisation, les divisions entre castes exacerbées par le pouvoir, la place des réfugiés et parias dans nos sociétés. Et au milieu de toute ça, un groupe d’amis et une protagoniste attachante au possible et remplie de contradictions et de doutes. L’intrigue (assez conséquente, le bouquin fait 336 pages) est bien construite et parfaitement narrée. La mise en image est magnifique, même si je ne suis pas spécialement fan du style manga. « Écuyère » est clairement un travail d’amour de la part des 2 autrices, inspiré de leurs origines arabes. Le propos est intelligent et juste, la lecture est fluide et divertissante. Un album jeunesse de qualité, que je recommande chaudement.
La Fille dans l'écran
J’ai emprunté cette bd à la bibli sans en attendre grand chose, et j’ai adoré ! Une vraie histoire d’amour, très jolie, qui prend son temps pour s’installer, les personnages sont touchants (surtout la brune anxieuse qui arrive à s’épanouir au fur et à mesure). Niveau dessin je trouvais pas ça toujours très bien fait même si certaines astuces de mise en page m’ont beaucoup plu (celle avec le petit avion/sms qui passe de case en case). Ce n’est qu’à la relecture que j’ai compris qu’il y avait deux dessinatrices différentes ! Un beau projet. Je recommande.
Hugo est gay - Dans la peau d'un jeune homo
Vraiment cette bd était une très bonne surprise, elle est drôle et touchante, les chutes de fin de page sont très bien trouvées à chaque fois. Dessin simple, mais qui sert bien le propos. Pour être parfait peut être qu’il manque une belle histoire d’amour.
Trafika
Ce qui est bien lors du festival BD d’Angoulême, en cherchant bien et en s’éloignant des stands fourmillants de monde des mastodontes bien connus des festivaliers, vous pouvez découvrir de petits éditeurs qui proposent de pépites surprenantes et séduisantes. C’est le cas avec cette maison d’éditon réunionnaise et cet album bien typé océan indien puisque l’histoire se déroule à Madagascar. Ca bouge. Il y a du rythme. Ce road-movie sous le tropique du capricorne est plutôt une belle réussite. Le graphisme de Rafally tout en rondeur est agréable et harmonieux. Les trajectoires de Gabriel et Ikala vont s’entrechoquer dans les rues infâmes et grouillantes de la capitale malgache. Pas de temps morts. Et j’avoue que je n’ai pas vu arriver la fin de l’histoire. Du coup, je ne peux que vous inviter à vous procurer cet album exotique pour découvrir une histoire originale et particulièrement réussie.
La Guerre des Lulus
J'ai trouvé cette série vraiment très séduisante. Régis Hautière renouvèle après Abélard un scénario d'une grande qualité remplit d'une très forte humanité. La prouesse de Régis Hautière est de proposer un récit tout public qui emmène les plus jeunes d'une ambiance assez confortable de cabane dans les bois vers une réalité beaucoup moins tendre de galeries dans les tranchées. Dans cette Guerre des Lulus il est aussi question de chemins initiatiques, de rencontres bonnes et mauvaises et de mort. Le début du récit se place sous un aspect assez joyeux comme l'état d'esprit des populations de 1914. Assez vite au fil des tomes l'ambiance devient de plus en plus sombre. Hautière réussit la prouesse de faire concorder l'évolution de la dramaturgie du récit avec celle du conflit. Le paroxysme étant proposé dans un excellent tome 5 où la réalité des combats, des trahisons ou des séparations rattrapent nos héros. Une évolution qui fait passer le récit d'une tragi-comédie dans les premiers tomes à une pure tragédie au final. Les auteurs auraient pu s'arrêter sur ce Der des der sans rougir mais Hautière réussit la prouesse de fournir une nouvelle intrigue aussi captivante et chargée en émotions avec trois nouveaux volumes qui montrent comment les effets de la guerre ont perdurés bien au delà du 11 novembre. J'ai trouvé cette création scénaristique très intéressante car elle est en parfaite cohérence avec les cinq premiers tomes. Je n'ai trouvé aucune longueur dans le récit. Les dialogues sont bons rendant très crédibles le questionnement parfois naïf de nos héros encore enfants au début de leurs aventures. Les tomes exploitent des thèmes assez peu utilisés comme la Résistance derrière les lignes allemandes ou l'expérimentation sociale du Familistère. Le récit se renouvelle donc constamment dans les aventures. La présence de Luce permet d'y introduire une touche de tendresse qui enrichit en humanité et en vulnérabilité la personnalité de nos garçons. Idem pour Hans et Franz qui nous rappellent que les souffrances populaires ont été partagées des deux côtés. J'ai beaucoup, apprécié le graphisme de Hardoc qui rend le récit très spectaculaire. Son trait semi-réaliste très travaillé rend crédible l'évolution de nos héros dans leur passage d'une enfance insouciante à une réalité adulte prématurée. Les expressivités des Lulus passent du comique au tragique en passant par toute la gamme des sentiments au fil des rencontres effectuées. Le soin apporté à la description des architectures est remarquable. Aucun détail ne manque que ce soit pour les cabanes, le Familistère ou les maisons qui ont hébergé nos héros. Une très belle mise en couleur travaille beaucoup les lumières des nombreuses forêts traversées ou des ruines visitées. Les teintes assez vives du début puis laissent la place à des bruns de plus en plus sombres au fur et à mesure que l'on se rapproche des tranchées. Les teintes chaudes reviennent petit à petit même si les gris sont toujours très présents aux lendemains du 11/11. J'ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de nos aventuriers involontaires. Une très belle créativité sur le thème de la Grande Guerre pourtant très exploité.