Les derniers avis (9589 avis)

Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Aliss
Aliss

Tabarnac, cette bd est un uppercut au foie. Il m'a été difficile de reprendre mon souffle après la lecture. Les avis élogieux de 'lepaperman' m'ont donné envie de découvrir Jeik Dion, je profite donc de la sortie en France de cet album pour enfin le découvrir. Une bd qui sent bon le Québec avec cette adaptation d'un roman de Patrick Sénécal, jusqu'à son vocabulaire. Dion revisite Alice au pays des merveilles pour en faire une Aliss au quartier surnaturel. Aliss, une jeune fille de 18 ans quitte le foyer familial pour Montréal et vivre une nouvelle vie. Elle veut découvrir de nouvelles expériences en quittant la normalité et le confort. Elle va trouver ce qu'elle recherche dans un quartier de Montréal qui ne se trouve sur aucune carte. Sa quête d'identité va la mener dans l'antre de la perdition où la violence, le sexe et la drogue seront sa routine. Elle sera à la recherche de la bonne question. Dion emploie les codes du conte, mais à sa sauce, une sauce horrifique et d'une noirceur extrême qui suinte et dégouline sur chaque planche, l'ambiance est cauchemardesque. J'ai adoré la petite touche d'humour noir qui accompagne cette fable macabre. Dion prend le lecteur à la gorge et ne le lâche plus, un récit plus profond qu'il n'y paraît. "Mon reflet est identique, je n'ai pas changé. Pourtant, je ne me reconnais pas." Le récit ne serait pas si prenant sans ce dessin qui retranscrit à merveille ce cauchemar éveillé. Un dessin qui peut paraître brouillon, mais à la force évocatrice époustouflante avec sa mise en page immersive. Une colorisation minimaliste dans des tons pastel. Seul un rouge tapant, le rouge des interdits, explosera régulièrement. Chaque chapitre est présenté par une pleine page au dessin cartoonnesque avec une Aliss croquée en Betty Boop et prenant à partie le lecteur avec ses : "Ami lecteur, amie lectrice...". Du grand, grand art. Une adaptation réussie. Ami lecteur, amie lectrice, est-ce une bd que je conseille ? Ceci n'est pas la bonne question. Coup de cœur. Oups, j'ai oublié, pour public averti !

05/02/2023 (modifier)
Par Ubrald
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Homme à la tête de lion
L'Homme à la tête de lion

Freak est un mot anglais qui signifie au sens premier du terme « monstre humain ». Nous suivons l’histoire d’un freak à l’époque où ils étaient exhibés dans des cirques. C’est très intéressant et agréable à lire. Le graphisme n’y est pas pour rien, il est très beau et participe à la fluidité du récit. Avec une touche philosophique : nous sentons bien la question en filigrane posée par l’auteur tout au long de l’histoire « Qui sont vraiment les monstres ? les freaks ou les autres humains dits ‘’normaux’’ ». A noter pour l’anecdote, que ce type de freak très velu (le personnage principal) a inspiré Georges Lucas pour créer son personnage Chewbacca. M’être ainsi senti immergé dans le monde des freaks grâce à cette bd m’a donné envie de revoir le super film « Freaks » de Tod Browning (1932).

05/02/2023 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ils brûlent
Ils brûlent

Alors là, énorme coup de cœur ! La superbe couverture a tout de suite attiré mon attention alors que je déambulais parmi les éditeurs indépendants au festival d’Angoulême 2023, et une dédicace (et chouette rencontre) plus tard, l’affaire était pliée. Sur le fond, il ne s’agit certes que d’une énième histoire de chasse aux sorcières. Mais l’univers mis en place par l’auteur m’a pris à la gorge : sa violence inouïe, l’omniprésence de la nature comme une force à part entière, et puis surtout ce trio de personnages tellement attachants. Ongle et Pluie (les deux sorcières) commettent des atrocités sans nom… impossible pourtant de leur en vouloir. On suit leurs déboires avec peine, on souffre avec elles, on les encourage dans leur terrible fuite. Et leur compagnon d’infortune, Georg, est tellement bienveillant et fragile. J’ai vraiment tremblé avec eux, jusqu’à ce dénouement en cliffhanger qui m’a scotché, raaa vivement la suite ! Je réalise tout à fait que le dessin tout en esquisses ne sera pas du goût de tout le monde, et la lisibilité est parfois perfectible. Mais il a un charme fou, et contribue grandement à l’ambiance cauchemardesque du récit. Bref, un gros coup de cœur en ce qui me concerne.

05/02/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Idée
Idée

L'idée de départ était de publier une première œuvre de Frans Masereel sur ce merveilleux site (il était temps) et quoi de mieux que "Idée". Frans Masereel est né en 1889 en Belgique et mort en 1972 en Avignon. Un artiste couteau suisse, illustrateur, graveur sur bois, peintre et dessinateur. Artiste engagé, humaniste, libertaire, pacifiste antimilitariste, marqué par la première guerre mondiale, ses œuvres dénoncent sans concessions les horreurs de la guerre, de l'oppression et de l'injustice sociale. Frans Masereel est considéré comme le précurseur du roman graphique, il a aussi inspiré quelques artistes dont Will Eisner. Cette "Idée" retrace la vie d'une idée, de sa naissance à sa mort ou à son remplacement par une autre idée. Un récit à la narration sans parole avec une image par planche qui apporte une belle fluidité. L'idée, ici, centrée contre le capitalisme et sa révolution industrielle, prend la forme d'une femme, mais d'une femme nue, elle sera considérée comme subversive et on ne cessera de l'habiller pour la faire taire. Elle ira jusqu'à se dupliquer dans une imprimerie, tout un symbole, la puissance du livre. Un beau plaidoyer sur la liberté. La partie graphique m'a beaucoup plu, Masereel utilise la technique de la gravure sur bois sur chacune de ses planches et le résultat est vraiment bluffant, il me rappelle par certains aspects celui sur Perpendiculaire au soleil. Un travail minutieux, aux très nombreux détails et aux visages excessivement expressifs. Il faut prendre son temps pour en apprécier toute la beauté. Moi qui ne suis pas adepte des vieilles bd, j'ai adoré celle-ci, percutante, moderne et toujours d'actualité. Un artiste à (re)-découvrir, profitez des réimpressions aux éditions Martin de Halleux. Une bien belle curiosité ! Coup de cœur.

03/02/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Spirale
Spirale

Un ami m'a prêté l'intégrale de cette série que j'ai pu dévorer en une journée, et franchement c'est génial ! Je suis sous le charme de cette BD qui allie des graphismes prenants, une histoire mystérieuse et un sous-texte engagé. C'est le genre de lecture dont on ressort avec une respiration courte et qui nécessitent de "sortir" de cette histoire, prenante et surtout angoissante. C'est un véritable sentiment d'angoisse qui m'a saisit à la lecture, avec une plongée progressive dans l'horreur. L'auteur utilise surtout des morceaux de body-horror, des déformations et des transformations, mais il sait jouer finement avec et donne lieu à des scènes réellement horribles. Je suis surpris de la tournure qu'il arrive à trouver parfois, donnant lieu à des images marquantes. La spirale est au centre de l’œuvre mais la composition qu'il trouve est réellement novatrice. Sur ce dessin qui plonge dans les profondeurs de l'horreur, le scénario semble parfois un peu "léger" (mais toujours grave). Ce sont surtout des petites histoires indépendantes et déconnectées, qui ne semblent n'avoir qu'un seul lien, celui de la spirale. Progressivement, cependant, les différentes pièces du puzzle s'ajoutent les unes aux autres et finissent par dresser la carte d'ensemble. Le final est en demi-teinte, sans grandiose et révélation fabuleuse, mais en même temps il conclut parfaitement l'histoire et offre surtout une clé de compréhension de tout l'ensemble. Et c'est parfaitement bien géré, car tout du long il est assez évident que la spirale n'est jamais utilisée de manière simpliste. Il y a là un message sous-jacent, parfois très clair, qui est présent à chaque histoire. Que la spirale parle de notre addiction à l'attention des autres, qu'elle nous parle de la déconnexion qu'on peut avoir de la réalité lorsqu'une passion s'empare de nous, ou simplement qu'elle nous parle de l'envie que l'on puisse avoir pour d'autres, l'ensemble des histoires parle de tout les travers humains qui sont mis en lumière et progressivement dévoilés. La spirale devient le fantastique qui permets d'exploiter le réel, et qui y parvient très bien. L'édition que j'ai lue comporte une post-face d'un ex-ministre japonais (quand même !) qui explique à sa façon le ressenti de l’œuvre. Je ne sais pas si sa lecture est la bonne, mais qu'est-ce qu'elle colle bien à l'idée ! Pour lui, le manga parle avant tout du capitalisme et de la désillusion pour la population japonaise de ses mirages, à l'orée des années 2000, lorsque crises et faillites s'accumulent. La lecture me semble assez juste, tout dans le manga semble avoir un lien avec l'exploitation de l'humain et de ses pires aspects, compulsif, égoïste, égocentrique, malveillant. A l'inverse, les personnages principaux qui parviennent à échapper à bon nombre de malédictions s'en sortent dans l'entraide, en s'aimant et en restant attentionnés les uns envers les autres. C'est une idée que j'aime beaucoup et qui fait plaisir à voir. En résumé, ce manga est prenant, parfaitement bon dans le genre de l'horreur, avec des images fortes qui restent dans la tête, et surtout porteur d'un message qui est à la fois subtil, mais aussi assez perceptible tout au long de l’œuvre. C'est le genre de lecture étonnante que je recommande, pour peu que vous arriviez à dormir après l'avoir lu. C'est marquant, de plusieurs façons.

03/02/2023 (modifier)
Par PAco
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La Kahina - La Reine berbère
La Kahina - La Reine berbère

C'est avec Cléopâtre - La Reine fatale sans aucun doute le meilleur titre de cette collection que j'ai pu lire jusqu'ici ! Au début du VIIe siècle, l'islam est en plein expansion et les armées omeyyades déferlent sur tout le Maghreb pour soumettre les populations à son culte. Dihya, reine des Aurès va s'imposer comme femme forte dans un monde pourtant dominé par les hommes et va réussir l'exploit de réunir et d'unifier les tribus berbères pour lutter et résister à l'ennemi. La légende de la Kahina (la prophétesse) se construit petit à petit mais certainement ! Déjà, la couverture est magnifique et donne envie de se lancer dans cette lecture. Il faut dire que le dessin réaliste de Dragan Paunovic est impeccable et nous immerge parfaitement dans cette période historique que je ne connaissais pas du tout. Voilà encore la preuve que l'Histoire a longtemps été écrite par les vainqueurs ; et essayez donc de le mettre au féminin ce mot... Car cette Dihya a un charisme époustouflant ! Elle n'est pas sans rappeler par ailleurs une certaine Khaleesi (même son surnom "Kahina), dont on se demande d'ailleurs si Georges R. R. Martin, l'auteur de la série de romans Game of Thrones, ne s'en saurait pas inspiré. En tout cas il me tarde de lire le second et dernier tome de ce diptyque pour découvrir le destin final de cette femme hors norme. *** Tome 2 *** Très séduit par le premier tome de cette série, j'attendais le second tome avec impatience. Force est de constater que le second tome m'a beaucoup moins emballé. Le dessin n'a pourtant rien à se reprocher, Dragan Paunovic reste toujours aussi efficace dans son style réaliste. C'est plutôt du côté de la narration que ça pêche et que les ellipses et les raccourcis expédient un récit qui aurait pour moi mérité d'être développé avec un troisième tome. Dommage car ce destin hors norme aurait pu être davantage valorisé. Pour le coup je baisse ma note de 4 à 3/5

16/06/2022 (MAJ le 02/02/2023) (modifier)
Couverture de la série Et à la fin, ils meurent
Et à la fin, ils meurent

Que voilà un excellent documentaire sur un sujet qui, de prime abord, n’était pas de nature à me charmer (même si j’ai tendance à être bon prince). Sauf que ! Sauf que Lou Lubie nous livre ici une œuvre débordante d’humour sans pourtant jamais cesser d’être instructive. Entre histoire de l’évolution des contes à travers les âges, explication des systèmes narratifs, analyse de la structure des contes et illustration de contes à titre d’exemples, on pourrait craindre de s’ennuyer quelque peu. Et pourtant, je me suis poilé tout du long ! L’ironie est omniprésente au travers d’interventions décalées délivrées de manière totalement décomplexée. C’est jubilatoire ! Le dessin est parfaitement adéquat pour ce type de sujet et de ton. C’est facile à lire et expressif. Même si je pense que c’est le genre de livre qu’il faut lire à petite dose (j’ai étalé ma lecture sur plusieurs jours), je vous en conseille vivement la lecture (et j’en profite pour remercier Tomdelapampa qui a attiré mon attention sur le sujet). Vraiment franchement et vachement bien !

02/02/2023 (modifier)
Couverture de la série Le Bossu de Montfaucon
Le Bossu de Montfaucon

Quand j'ai vu la sortie de cette BD, j'en ai parlé à ma petite médiathèque communale, et la responsable a décidé de la commander lorsque le tome 2 serait sorti ; elle me l'a réservé et je fus donc le premier lecteur de ce diptyque tout beau tout neuf qui ne pouvait que me plaire, je me suis littéralement régalé, embarqué par ma passion médiévale sur une période que je connais bien. On est en 1484, 1 an après la mort de Louis XI, la guerre de Cent Ans est finie depuis 30 ans (en 1453 avec la bataille de Castillon qui chasse l'Anglais d'Aquitaine), le royaume de France s'est considérablement agrandi avec de riches possessions comme le duché de Bourgogne, le Maine et l'Anjou, et la Provence, Louis XI ayant bien manoeuvré avec le Téméraire, mais il a eu aussi la chance que son cousin le roi René, duc d'Anjou et comte de Provence meurt sans héritier. Le royaume est donc devenu puissant et peut légitimement revendiquer la Bretagne. Le scénario part sur de bons rails en opérant une réécriture de la Guerre Folle (qui n'est ni plus ni moins qu'une révolte de barons, d'une partie de la noblesse française) et de l'incorporation de cette riche province bretonne, surtout au moment où son dernier duc François II est vieux et diminué, qui plus est, tracassé par sa propre noblesse (baronnies et comtés). Sa fille Anne, encore une enfant, a cependant un caractère fort et fera tout pour préserver l'autonomie de la Bretagne, mais il faut avouer que d'être le voisin du roi de France est bien encombrant. On est donc encore devant une superbe Bd de fin de Moyen Age dont la structure et les généralités sont très proches de Le Trône d'argile, mais le choix du traitement en diptyque oblige les auteurs à aller un peu vite, à compresser pas mal de faits et d'éléments, d'où certains bonds dans le temps, des ellipses et le fait de passer d'une action à une autre sans transition ; sans compter des flashbacks que j'ai trouvé sur-explicatifs et peu utiles. C'est bien d'opter pour le diptyque, on n'a pas à glander pendant des mois pour avoir la suite, mais pour ce genre de récit tellement chargé en événements, un traitement en 4 tomes n'aurait pas été du luxe. Je sens que le scénariste passe sur beaucoup de choses, va au plus pressé et s'attarde sur des trucs qui ne servent pas vraiment le récit (l'amour de Jeanne la Boîteuse pour Quasimodo par exemple). Stalner aussi fait avec le matériau qu'on lui donne, mais il s'en sort bien même s'il doit livrer des planches assez compactes. Mais bon attention, on a quand même du très beau matériel, même si le scénariste fait feu de tout bois et s'oblige à boucler son récit en résolvant à la fois toutes les sous-intrigues et la véridique Histoire de France, c'est une Bd que j'ai pris énormément de plaisir à lire, ça faisait longtemps que j'avais pas lu un récit historique aussi profond. Etant très connaisseur de cette période historique, j'ai donc adoré, mais pour quelqu'un qui n'est pas passionné ou qui n'est pas assez connaisseur de cette période historique, j'avoue que ça risque d'être un peu plus difficile pour bien tout capter. Ce qui est intéressant, c'est que les événements historiques sont revus de manière romanesque et en accentuant des détails ou des caractères, en exagérant le tempérament de certains personnages. Je pense notamment à Anne de Beaujeu (ou Anne de France), la voir coucher avec un homme de main, bâtard de surcroît, me semble peu crédible, car son union avec Pierre de Beaujeu, issu de la branche cadette des Bourbons (la cour de Moulins), fut heureuse, et son caractère ombrageux hérité de son père Louis XI, lui interdisait ce genre de fantaisie charnelle, tout comme son aptitude à gérer la régence d'un royaume comme la France pendant la minorité de son jeune frère Charles VIII, ne lui laissait que peu de temps pour se vautrer dans le stupre. Louis XI n'avait-il pas dit d'elle qu'elle était "la moins folle femme de France" en parlant de son tempérament rude, "car de sage il n'y en a point en ce royaume" (le mot sage étant employé ici sous le terme de sérieux). Tout est donc revu mais sans trahir l'Histoire car la plupart des faits sont rigoureusement exacts (les Etats généraux de Tours, le fait d'avoir marié Jeanne la Boîteuse, fille difforme et peu amène, à Louis d'Orléans pour éteindre la lignée d'Orléans, la Guerre Folle, la question de la Bretagne, la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier en 1488 où Anne de Beaujeu écrase les barons factieux... ). C'est une lutte de pouvoir entre grands personnages avec manigances, tromperies, rivalités, assassinats, avec dans l'ombre des hommes de main et où s'invitent une partie fictive et des faits imaginaires pour donner une dramatisation ; le fait de mêler un personnage littéraire comme Quasimodo est une superbe idée, même s'il joue un rôle secondaire, et si le nom de Montfaucon donne un petit côté sinistre et fascinant, un brin racoleur à ce diptyque. Louis d'Orléans est à peu près conforme au prince de sang qu'il était, il avait soif de pouvoir et était secrètement amoureux d'Anne de Bretagne. Son ambition est un peu plus démesurée ici alors que c'était un personnage aux grandes qualités humaines qui sont résumées par son mot (peut-être apocryphe) : "le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d'Orléans", car le plus drôle c'est qu'il fut au final roi de France après l'accident survenu à Amboise à Charles VIII et qu'il a fini par épouser Anne de Bretagne, dont le contrat de mariage stipulait qu'elle devait épouser le successeur de son époux s'il n'y avait pas d'héritier mâle. Après la Guerre Folle, Louis avait en effet été jeté dans le donjon de Bourges où il croupira 2 ans ; aussi quand il sortit pour être roi, tous avaient peur de sa rancoeur, ce qui explique son fameux mot. Le coup de sa légitimité au trône de France à cause d'une prétendue bâtardise est un bon élément (mais bien sûr totalement fictif) pour pimenter ce récit qui nécessite une bonne attention et une concentration pour saisir tous les enjeux politiques, les rôles des nombreux protagonistes et le fil de l'action qui ne cesse de rebondir en rendant cette narration très prenante. Ces événements sont assez peu connus du grand public, à moins d'être un passionné comme moi ou un historien, c'est pourquoi la progression et le mode opératoire de cette bande est sensiblement le même que dans Le Trône d'argile, à la différence que dans celle-ci, tout était absolument vrai, sans partie fictive, et que la narration était plus développée dans plusieurs tomes avec force détails. Ici, comme je l'ai dit, j'aurais aimé que ça aille un peu plus loin et que certains points soient plus développés, c'est mon seul reproche. Au dessin en plus, un de mes dessinateurs fétiches, je ne pouvais encore plus qu'apprécier ; Stalner qui est familier des récits historiques, réussit des pages superbes, avec une ambiance crépusculaire, une atmosphère trouble qui sont bien rendues par ses cadrages larges et des personnages aux faciès rustiques. Ses décors sont magnifiques : sa représentation du gibet de Montfaucon au début est fantastique, elle est conforme aux gravures que je connais et que l'on peut trouver facilement sur internet ; ses vues du château de Nantes, du château de Loches et de plusieurs décors intérieurs sont d'une superbe tonalité médiévale qui donne indéniablement une identité très forte à cette Bd. D'autre part, il embellit les femmes car si Anne de Beaujeu n'avait pas un physique aussi disgrâcieux que celui de sa soeur Jeanne, elle n'était pas non plus une Vénus, de même que Anne de Bretagne était petite et menue, et d'un physique assez quelconque, ici elle est une bien jolie enfant ; quant à Jeanne la Boîteuse, c'est presque un canon. Mais on ne peut pas en vouloir à Stalner, son crayon a toujours été généreux. Voila donc un diptyque de très belle tenue, bien élaboré sur le plan graphique et scénaristique, que l'on peut aisément coupler à la Bd Valois dont elle constitue un peu une sorte de prequel, car dans Valois, on suit le règne de Charles VIII et son aventure italienne. Au début de chaque album, une galerie de portraits est utile pour reconnaitre les personnages, et à la fin de chaque album, une chronologie permet de suivre le déroulement historique.

01/02/2023 (modifier)
Par Ju
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Chroniques de Jérusalem
Chroniques de Jérusalem

La meilleure des "Chroniques" de Guy Delisle ? Si l'on en croit BDtheque, oui (à quasi égalité avec Pyongyang). En tout cas, un très très bon cru. Plus aboutie que Shenzhen et Pyongyang au niveau du dessin (le trait est plus mature et plus assuré), et plus intéressante que Chroniques Birmanes, parce qu'on sent que Delisle a été plus intéressé par son séjour à Jérusalem qu'à son séjour birman, "Chroniques de Jérusalem" est une BD passionnante du début à la fin. On retrouve la façon toute particulière de Delisle de décrire tout ce qui l'entoure, avec bienveillance et humour, et, en plus, on rajoute une géopolitique passionnante, et des enjeux passionnants. Delisle arrive très bien à retransmettre son excitation, sa curiosité et les sentiments qu'il vit. On sent qu'il a été dépaysé, qu'il a apprécié l'expérience, et je trouve que c'est aussi ça qui rend la BD très agréable à lire. On est immergés dans la ville, et dans la vie à Jérusalem, toujours à travers notre guide qui cherche, fouine, s'interroge, s'indigne et s'amuse. Les interactions de Delisle avec les autres, dont sa famille, et avec lui même, sont toujours aussi bien vues et percutantes. Par rapport à ses autres chroniques de voyages, je trouve que le contexte géopolitique, et les interactions avec les habitants sont plus nombreuses, en tout cas plus diverses. Et c'est un véritable atout du récit, le contexte géopolitique et démographique est tout à fait passionnant et très bien rendu par Delisle. Le dessin, comme je l'ai dit, est vraiment abouti, et le style qui semble de prime abord assez simple est en fait, bien fouillé et précis. Delisle a ce talent de bien croquer les différentes personnes et leurs expressions de visage, sans forcément en mettre beaucoup. Plus je lis ses BDs, plus je trouve que le dessin est véritablement, à chaque fois, un plus. En plus, il fait partie de ceux qu'on reconnait de suite, avec un style bien particulier, et j'apprécie :).

01/02/2023 (modifier)
Par Yannis
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Ginette Kolinka - Récit d'une rescapée d'Auschwitz-Birkenau
Ginette Kolinka - Récit d'une rescapée d'Auschwitz-Birkenau

Des témoignages sur la déportation et les camps il en existe des milliers certains célèbres (Primo Lévi ou Simone Veil) et puis d'autres moins. Personnellement je ne me connaissais pas Ginette Kolinka et son histoire. Certains diront que le sujet est déjà traité et parfois mieux mais sur de telles horreurs chaque pierre est importante pour ne pas oublier ce qu'il est arrivé et c'est la démarche de l'autrice faire que le témoignage survive à celle qui a vécu les camps et qui a déjà un âge canonique. La BD n'épargne rien les conditions d'hygiène déplorables, la violence entre déportés, la mort... On y montre aussi la naïveté de l'héroïne (si on peut l'appeler ainsi) à Drancy et ce qu'elle imagine que son père pensait lui qui semblait plus inquiet, la dureté dont elle fait preuve avec sa famille lorsqu'elle revient et du fait qu'elle est devenue insensible. Les propos sont fort et encore comme le dit Ginette Kolinka ce n'est rien car il est impossible de retranscrire les odeurs, le bruits, les larmes ou les cris. Graphiquement nous avons un noir et blanc assez intense avec des choix bien définis comme le fait que seul les déportés ont un visage. C'est un dessin "simple" très lisible mais qui permet tout de même aux émotions de ressortir et de surgir. Une lecture très intéressante et des témoignages qui sont toujours aussi marquants.

01/02/2023 (modifier)