L’Étranger, un monument dans l’œuvre de Camus ! Jacques Ferrandez s’attaque avec réussite à l’adaptation de ce grand roman. Dès la première case, on est transporté à Alger avec sa lumière et sa chaleur comme sait si bien les restituer Jacques Ferrandez. On s’installe pour un confortable moment de lecture et, que l’on ait lu ou non le roman d’Albert Camus, on est pris par l’histoire de cet homme qui n’a rien demandé à personne et qui veut juste vivre comme il l’entend. Il est indifférent à ce qui l’entoure, c’est comme ça ! Mais la société le rattrape et porte sur lui un jugement moral sans appel. C’est là que l’histoire bascule dans l’absurde noir et sans issue. Ferrandez réalise là un superbe travail d’adaptation dans lequel on retrouve toute la qualité du roman original. Vraiment, une très belle lecture.
Petite Madeleine de Proust ravivée avec cette BD au doux parfum de nostalgeek.
Car oui, comme un certain nombre d'enfants de ma génération, j'ai joué à certains de ces jeux sur console. Pas chez moi, comme Loïc Clément (travesti en pixel pour l'occasion) j'ai dépendu pendant longtemps de la générosité et des invitations de mes copains pour pouvoir un peu jouer à ces titres inoubliables... Mais c'était très limité, et ce n'est que plus tard, en acquérant une Sega MS 2, que j'ai pu en découvrir d'autres. Une console qui sert aujourd'hui à mon fils. Bref, revenons à nos pixels.
J'avoue que je me suis reconnu un peu dans ces anecdotes de copains, d'attente fébrile de la sortie de tel ou tel jeu video. Rigolo aussi comme on peut avoir des interprétations communes des caractères des parents de copains (en plus on habitait la même région)... Par contre, le père de Loïc, comment dire... Ca pourrait faire l'objet d'une BD à visée plus psychanalytique je pense. Les histoires m'ont bien plu, alternant entre ces anecdotes et des petits résumés sur les jeux les plus emblématiques, avec des pixels entièrement recréés par Boris Mirroir. Celui-ci, passionné de retro-gaming, me semblait en effet la personne idéale pour faire une BD sur les jeux video de cette époque.
Bref, une BD bien sympathique, qui rappelle des bons souvenirs à ma génération.
Voilà une série que j’avais lue – lecture étalée sur une longue période d’ailleurs – il y a pas mal de temps, et sur laquelle je suis revenu avec la publication assez récente de l’intégrale.
C’est clairement – pour un certain nombre de raisons – une série qui peut relever de la catégorie « culte », même si je me suis un temps vu ne lui attribuer « que » 4 étoiles.
C’est une série partie d’une commande publicitaire et qui, d’une simple et modeste plaquette, s’est d’abord transformée en un album complet, puis en une série accompagnée de plusieurs réminiscences publiées à part.
Une trajectoire inhabituelle donc, mais qui explique en partie la construction de l’intrigue. En effet, on ressent à plusieurs reprises que Moebius n’avait pas de scénario linéaire à suivre, que l’intrigue s’est étoffée au fur et à mesure de son avancement.
C’est même carrément une sorte d’écriture automatique, quasi surréaliste à laquelle Moebius confie parfois sa plume – dans les débuts un peu, mais c’est surtout visible dans l’album Sra je trouve.
Si au départ – et de manière plus diffuse ensuite, un certain mysticisme effleure (reflet du questionnement de l’auteur), cela s’estompe, sans que ce soit pour me déplaire. Autre changement, si Moebius développe au départ une vision très positive, une Science-Fiction quasi béate (au rebours de la quasi-totalité des auteurs du genre de l’époque), cela se double au bout d’un moment d’un monde totalitaire, quoique surprenant. Enfin, les nombreuses mises en abimes (Est-ce que le personnage rêve qu’il rêve ? Où est la réalité ? etc.) dynamisent le récit, avec le personnage de la Paterne (de manière un peu trop touffue parfois quand même, dans une construction un peu trop psychédélique). Jusqu’au bout Moebius a voulu laisser planer le doute quant aux réponses à ces questions.
Moebius alterne les passages très verbeux et ceux totalement muets, quasi méditatifs, mais cette remarque est aussi valable pour le côté graphique. Quelques passages relativement fouillés (des décors à la fois minutieux et pauvres, proches de certains paysages qu’il dessinait au même moment dans ses Blueberry), mais plus généralement un dessin épuré, jouant plus sur la couleur que sur la profondeur.
Le style du dessin, de la colorisation, sont immédiatement reconnaissables et symboliques de cet auteur dont l’œuvre de Science-Fiction est fondamentale (et pas seulement avec cette série), comme elle l’a été pour le western : chapeau bas monsieur Moebius/Giraud !
Très bonne histoire.
Un dieu maléfique mis en berne depuis de lustre est sur le point d'être réveillé.
L'histoire mélangeant humains et personnages féeriques.
Bon scénario et bon dessins avec de l'humour.
Seul bémol, pour libérer le dieu il a fallu pas mal d'énergie physique et psychique (dont la destruction de runes de protection)
Par contre pour s'en débarrasser aucune force mystique... seulement de la force brute !
Pour moi, il manque un petit truc pour que ce soit parfait.
Donc je m'arrête à 4 avec un coup de cœur, car j'ai passé un bon moment.
Premier cycle de 5 tomes
On retrouve dans « Les passagers du vent » tout ce qui caractérise les œuvres de Bourgeon. Des dessins superbes, une histoire pleine d’aventure et de dépaysement, des personnages variés et intéressants, et une précision dans les détails historiques ayant probablement nécessité beaucoup de recherches.
Mais on retrouve aussi un côté un peu « difficile à suivre », l’histoire ralentissant parfois considérablement. On se retrouve alors bombardé de dialogues un peu longuets et de personnages secondaires moins intéressants. Le fait que les personnages féminins ne puissent pas s’empêcher de se dévêtir sans arrêt et de prendre des positions suggestives ne fera également pas l’unanimité. C’était certes la « norme » au début des années 80, alors que la BD essayait de devenir plus adulte (cette œuvre avait débuté dans le magazine de BD adulte « Circus ») mais semble vraiment incongru voire déplacé en 2023.
Reste qu’en refermant le cinquième tome, tous ces défauts me semblaient bien dérisoires, et j’avais vraiment l’impression que je venais de prendre part à une belle aventure que je ne suis pas près d’oublier.
Deuxième cycle (tomes 6 et 7)
Je revisite cette série 16 ans plus tard, avec la relecture du 1er cycle mais aussi de ce deuxième cycle qui m’a tout simplement passionné. Le background historique est riche et parfaitement dépeint, et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de nouveaux personnages, mais aussi de revisiter le passé de Isa. Le dessin est absolument magnifique, Bourgeon est vraiment au sommet de son art. Un diptyque essentiel pour les amateurs d’aventures historiques. J’enchainerai sur le troisième cycle une fois celui-ci complété, et qui sait, je passerai peut-être ma note à 5/5 !
Troisième cycle (tomes 8 et 9)
Et voilà, Bourgeon conclut magistralement sa première série en tant qu’auteur complet, qui avait débuté en janvier 1980, il y a 43 ans de cela.
On retrouve dans ce troisième cycles les ingrédients habituels : des personnages féminins forts et attachants, du dépaysement (Paris, la Bretagne, la Nouvelle-Calédonie), un contexte social passionnant (La Commune de Paris), et une précision historique parfois assommante (il faut selon moi réviser un peu les grandes lignes de cette période trouble avant de se lancer) mais qui enrichit incroyablement le récit. La pagination généreuse (200 pages en 2 tomes) permet à l’auteur de développer une histoire complexe, parfaitement narrée via des flashbacks habiles. La fin est très belle, et m’a beaucoup ému… difficile de dire aurevoir à Zabo, peut-être le personnage le plus marquant de toute la série.
C’est culte, sans aucun doute. Pas parfait, pas pour tout le monde, mais culte. J’espère la relire un jour accompagnée des tomes explicatifs de Michel Thiébaut (voir onglet « hors-séries » dans les albums).
On apprend beaucoup de choses sur les expéditions en Antarctique dans ce grand volume (plus de 200 pages) de François et Emmanuel Lepage. Il s'agit d'un photographe et d'un dessinateur qui décident de suivre "le raid", ce convoi qui, tous les six mois, livre des tonnes de matériel aux stations scientifiques du Pôle sud. C'est une tâche très difficile, et le froid met à l'épreuve autant les machines que les scientifiques.
Au-delà de l'intérêt culturel, la BD est superbe, en niveaux de gris et parfois des couleurs pour les étapes importantes, mais aussi pour insister sur l'aspect hypnotisant des variantes infinies des motifs et des couleurs de la glace. Pas besoin d'en apprendre plus pour foncer sur ce qui est un coup de cœur de ma médiathèque, mais je détaille quand même:
Emmanuel Lepage retrace donc la totalité du projet, depuis les premières rencontres jusqu'au raid en lui-même. Le début présente même un récapitulatif des conquêtes historiques de l'Antarctique. Certains équipages du XXème siècle sont restés plusieurs années piégés au milieu des glaces. Ces conquêtes se terminent sur un accord scientifique qui permet de geler les revendications territoriales. Avec des milliers de données partagées en temps réel entre plusieurs pays, c'est l'une des plus grandes collaborations scientifiques, et un exemple rare d'humanité, où les frontières ont été abolies pour un dessein plus vaste.
L'aventure est éprouvante de bout en bout, ne serait-ce que l'attente d'un an à cause du projet retardé, mais aussi le mal de mer, la difficulté pour Emmanuel de dessiner par un climat glacial, mais aussi une intégration complexe.
Le dessinateur a failli ne pas partir, car il est difficile de justifier la présence dans le raid de conducteurs qui ne sont pas parfaitement experts. Un dessinateur et un photographe sont un peu incongrus dans cette équipe de colosses, ils doivent faire leurs preuves. Emmanuel parvient tout de même à négocier sa place sur le raid et à dompter les machines.
A la fin de la BD, le format se diversifie en interviews, dessins, photographies qui donnent plus d'informations sur la genèse du projet. Une douzaine de photographies en double page permettent de voir à quel point les frères Lepage se complètent artistiquement, et ont retranscrit la beauté hostile des lieux.
Décidément j'aime beaucoup les BD-reportages (voir Jours de sable) et la diversité des formats, le mélange de photographies et de dessins.
Ils sont trois fils de bonne famille dont les parents possèdent une résidence secondaire en Normandie. La fin des vacances arrive et presque tous les vacanciers sont partis. Chacun va rentrer chez lui et suivre des études supérieures comme l’ont décidé leurs parents. Et puis surgit de nulle part une jeune fille qui va leur faire tourner la tête et bouleverser cette fin de vacances bien tranquille. Odette est en fait une voleuse qui agit à la tête d’une bande bien organisée et pille les maisons environnantes de leurs plus beaux meubles. L’un des trois garçons va tomber sous son charme et voir au travers d'elle la possibilité de rompre avec la carrière militaire décidée par son père. La suite vous la lirez. Voilà une bien belle histoire que nous propose Rabate, où se confrontent deux mondes que tout oppose. Rompre avec son milieu bourgeois est - il possible ? Quitter le chemin tout tracé que l’on vous impose est- il souhaitable? Voilà les questions que nous pose Rabate dans ce récit de 144 pages, magnifiquement illustré et aux jolies couleurs pastels. Une belle réussite qui est peut-être passée un peu inaperçue.
Zoé Thorogood nous raconte cette errance avec un merveilleux talent, nous balade avec une infinie douceur dans des environnements pourtant souvent glauques ou mornes. Et on marche. Les portraits se réalisent tous l'un après l'autre et ils sont tous réussis.
Page après page, l'auteure nous fait partager la vie et les sentiments de son personnage avec un indéniable talent. Au point que l'on peut se demander si Billie Scott n'est pas une Zoé Thorogood Bis, une espèce de double imaginaire.
Que dire de plus ? Au début, le dessin m'a un peu dérouté, avec ses airs faussement naïfs. "Très mignon, mais je ne suis pas là pour lire un conte pour enfants, me suis-je dit".
Mais au fil des pages, j'ai changé d'avis. Le traité graphique s'avère très malin, parfaitement adapté au récit, au personnage de Billie Scott et à son univers de banlieues londoniennes.
Amateurs de récits intimistes, ne ratez pas cette première œuvre que j'ai adorée !
Je me suis fait prêter la BD par un copain, ami intime d'Edouard Cour avec pour mission de lui donner un avis sur le boulot de son pote (connaissant mon appétit goulu pour les bds). Pfiouuu quelle pression.
J'ai fini de lire le bébé il y a maintenant deux semaines. Et j'ai eu raison d'attendre avant de publier l'avis présent, croyez-moi !
Parce que oui, c'est clairement une bd qu'il faut laisser un peu incuber tellement elle est riche et complexe. En refermant le livre, je suis resté un peu perplexe. Qu'avais-je lu ?
Un ouvrage au graphisme époustouflant ? Oui. De tout évidence.
Un truc de geek ? Oui, et merci !
Mais quoi d'autre ? Bonne question...
Puis la nuit a passé. Et révélation sur la fin de l'histoire. Wahouu ! C'est dingue. Et cela explique plein de choses sur le reste de l'album, qui, disons-le tout net et tout de suite, est parfois très compliqué à suivre. Deux lectures à minima s'imposent donc.
Je ne sais pas si mon interprétation est la bonne. Et peu importe en fait. L'auteur a réussi son coup !
Ne vous laissez pas décourager par le côté très fouilli de l'histoire, surtout en milieu d'album. Oui, vous ne comprendrez pas tout. Mais c'est pas grave, laissez-vous porter et surtout laissez le temps à votre cerveau de penser à cette histoire, au graphisme incroyable, je me répète.
Personnellement, ça a été une belle découverte, je la recommande fortement.
Merci Guillaume, tu peux dire à ton pote qu'il a fait un sacré bon boulot !
Sur les pas de Christopher Nolan (Inception) et de Lewis Caroll (Alice...) les auteurs ont su concevoir une série ado vraiment sympa.
Le scénario de Franck Thilliez nous plonge dans le monde envoûtant et mystérieux des cauchemars.
Les cinq premiers tomes évoluent petit à petit vers de nouvelles problématiques toujours modernes comme la responsabilité des scientifiques ou le rapport Science/Pouvoir.
Les univers créés sont de plus en plus complexes avec des enjeux qui permettent une réflexion pour les ados à une époque où les thématiques développées n'appartiennent plus à un imaginaire de science-fiction.
J'ai beaucoup aimé le choix des héros de la brigade. Esteban, Tristan et Sarah sont trois ados modernes dont les personnalités sont facilement appropriables.
Ce sont des ados comme les autres dans la vie réelle avec un lien parental fort et leurs "super pouvoirs" limités ne se développent que dans le monde onirique. Une représentation juste de ce que nous devrions tous connaître dans notre vie quotidienne.
Les cinq tomes cheminent vers Léonard personnage clé de ce premier cycle. Le tome 6 part sur des bases aussi intéressantes. Quelques univers font appel à des situations historiques réelles comme Tchernobyl ou la Shoah.
Une façon pour les auteurs d'introduire une mémoire sur les dangers qui nous guettent.
Le graphisme de Yomgui Dumont est moderne. Même si certaines cases me semblent un peu moins précises, son trait rend bien cette atmosphère mouvante que peut être le monde des cauchemars. Son graphisme ne recherche pas spécialement le réalisme mais plutôt la dynamique des expressions et des attitudes. La variété des univers est enrichie par une multitude de personnages qui peuvent appartenir au fantastique ou au merveilleux.
Même si je ne suis pas gamer, on se retrouve à chaque fois dans cette atmosphère de nouveau monde à découvrir. C'est prenant.
La mise en couleur de Drac, Takaku et Langlais tient un grand rôle dans le récit. Elle participe à la mise en valeur de trois atmosphères principales, le laboratoire, le monde réel et le monde du cauchemar. C'est un beau travail d'ensemble.
Une belle série bien distrayante pour ados où l'équilibre scénario, dessin couleur est vraiment intéressant.
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L'Etranger
L’Étranger, un monument dans l’œuvre de Camus ! Jacques Ferrandez s’attaque avec réussite à l’adaptation de ce grand roman. Dès la première case, on est transporté à Alger avec sa lumière et sa chaleur comme sait si bien les restituer Jacques Ferrandez. On s’installe pour un confortable moment de lecture et, que l’on ait lu ou non le roman d’Albert Camus, on est pris par l’histoire de cet homme qui n’a rien demandé à personne et qui veut juste vivre comme il l’entend. Il est indifférent à ce qui l’entoure, c’est comme ça ! Mais la société le rattrape et porte sur lui un jugement moral sans appel. C’est là que l’histoire bascule dans l’absurde noir et sans issue. Ferrandez réalise là un superbe travail d’adaptation dans lequel on retrouve toute la qualité du roman original. Vraiment, une très belle lecture.
Super Pixel Boy
Petite Madeleine de Proust ravivée avec cette BD au doux parfum de nostalgeek. Car oui, comme un certain nombre d'enfants de ma génération, j'ai joué à certains de ces jeux sur console. Pas chez moi, comme Loïc Clément (travesti en pixel pour l'occasion) j'ai dépendu pendant longtemps de la générosité et des invitations de mes copains pour pouvoir un peu jouer à ces titres inoubliables... Mais c'était très limité, et ce n'est que plus tard, en acquérant une Sega MS 2, que j'ai pu en découvrir d'autres. Une console qui sert aujourd'hui à mon fils. Bref, revenons à nos pixels. J'avoue que je me suis reconnu un peu dans ces anecdotes de copains, d'attente fébrile de la sortie de tel ou tel jeu video. Rigolo aussi comme on peut avoir des interprétations communes des caractères des parents de copains (en plus on habitait la même région)... Par contre, le père de Loïc, comment dire... Ca pourrait faire l'objet d'une BD à visée plus psychanalytique je pense. Les histoires m'ont bien plu, alternant entre ces anecdotes et des petits résumés sur les jeux les plus emblématiques, avec des pixels entièrement recréés par Boris Mirroir. Celui-ci, passionné de retro-gaming, me semblait en effet la personne idéale pour faire une BD sur les jeux video de cette époque. Bref, une BD bien sympathique, qui rappelle des bons souvenirs à ma génération.
Le Monde d'Edena
Voilà une série que j’avais lue – lecture étalée sur une longue période d’ailleurs – il y a pas mal de temps, et sur laquelle je suis revenu avec la publication assez récente de l’intégrale. C’est clairement – pour un certain nombre de raisons – une série qui peut relever de la catégorie « culte », même si je me suis un temps vu ne lui attribuer « que » 4 étoiles. C’est une série partie d’une commande publicitaire et qui, d’une simple et modeste plaquette, s’est d’abord transformée en un album complet, puis en une série accompagnée de plusieurs réminiscences publiées à part. Une trajectoire inhabituelle donc, mais qui explique en partie la construction de l’intrigue. En effet, on ressent à plusieurs reprises que Moebius n’avait pas de scénario linéaire à suivre, que l’intrigue s’est étoffée au fur et à mesure de son avancement. C’est même carrément une sorte d’écriture automatique, quasi surréaliste à laquelle Moebius confie parfois sa plume – dans les débuts un peu, mais c’est surtout visible dans l’album Sra je trouve. Si au départ – et de manière plus diffuse ensuite, un certain mysticisme effleure (reflet du questionnement de l’auteur), cela s’estompe, sans que ce soit pour me déplaire. Autre changement, si Moebius développe au départ une vision très positive, une Science-Fiction quasi béate (au rebours de la quasi-totalité des auteurs du genre de l’époque), cela se double au bout d’un moment d’un monde totalitaire, quoique surprenant. Enfin, les nombreuses mises en abimes (Est-ce que le personnage rêve qu’il rêve ? Où est la réalité ? etc.) dynamisent le récit, avec le personnage de la Paterne (de manière un peu trop touffue parfois quand même, dans une construction un peu trop psychédélique). Jusqu’au bout Moebius a voulu laisser planer le doute quant aux réponses à ces questions. Moebius alterne les passages très verbeux et ceux totalement muets, quasi méditatifs, mais cette remarque est aussi valable pour le côté graphique. Quelques passages relativement fouillés (des décors à la fois minutieux et pauvres, proches de certains paysages qu’il dessinait au même moment dans ses Blueberry), mais plus généralement un dessin épuré, jouant plus sur la couleur que sur la profondeur. Le style du dessin, de la colorisation, sont immédiatement reconnaissables et symboliques de cet auteur dont l’œuvre de Science-Fiction est fondamentale (et pas seulement avec cette série), comme elle l’a été pour le western : chapeau bas monsieur Moebius/Giraud !
Le Mangeur d'âmes (La Bête du lac)
Très bonne histoire. Un dieu maléfique mis en berne depuis de lustre est sur le point d'être réveillé. L'histoire mélangeant humains et personnages féeriques. Bon scénario et bon dessins avec de l'humour. Seul bémol, pour libérer le dieu il a fallu pas mal d'énergie physique et psychique (dont la destruction de runes de protection) Par contre pour s'en débarrasser aucune force mystique... seulement de la force brute ! Pour moi, il manque un petit truc pour que ce soit parfait. Donc je m'arrête à 4 avec un coup de cœur, car j'ai passé un bon moment.
Les Passagers du vent
Premier cycle de 5 tomes On retrouve dans « Les passagers du vent » tout ce qui caractérise les œuvres de Bourgeon. Des dessins superbes, une histoire pleine d’aventure et de dépaysement, des personnages variés et intéressants, et une précision dans les détails historiques ayant probablement nécessité beaucoup de recherches. Mais on retrouve aussi un côté un peu « difficile à suivre », l’histoire ralentissant parfois considérablement. On se retrouve alors bombardé de dialogues un peu longuets et de personnages secondaires moins intéressants. Le fait que les personnages féminins ne puissent pas s’empêcher de se dévêtir sans arrêt et de prendre des positions suggestives ne fera également pas l’unanimité. C’était certes la « norme » au début des années 80, alors que la BD essayait de devenir plus adulte (cette œuvre avait débuté dans le magazine de BD adulte « Circus ») mais semble vraiment incongru voire déplacé en 2023. Reste qu’en refermant le cinquième tome, tous ces défauts me semblaient bien dérisoires, et j’avais vraiment l’impression que je venais de prendre part à une belle aventure que je ne suis pas près d’oublier. Deuxième cycle (tomes 6 et 7) Je revisite cette série 16 ans plus tard, avec la relecture du 1er cycle mais aussi de ce deuxième cycle qui m’a tout simplement passionné. Le background historique est riche et parfaitement dépeint, et j’ai pris beaucoup de plaisir à faire la connaissance de nouveaux personnages, mais aussi de revisiter le passé de Isa. Le dessin est absolument magnifique, Bourgeon est vraiment au sommet de son art. Un diptyque essentiel pour les amateurs d’aventures historiques. J’enchainerai sur le troisième cycle une fois celui-ci complété, et qui sait, je passerai peut-être ma note à 5/5 ! Troisième cycle (tomes 8 et 9) Et voilà, Bourgeon conclut magistralement sa première série en tant qu’auteur complet, qui avait débuté en janvier 1980, il y a 43 ans de cela. On retrouve dans ce troisième cycles les ingrédients habituels : des personnages féminins forts et attachants, du dépaysement (Paris, la Bretagne, la Nouvelle-Calédonie), un contexte social passionnant (La Commune de Paris), et une précision historique parfois assommante (il faut selon moi réviser un peu les grandes lignes de cette période trouble avant de se lancer) mais qui enrichit incroyablement le récit. La pagination généreuse (200 pages en 2 tomes) permet à l’auteur de développer une histoire complexe, parfaitement narrée via des flashbacks habiles. La fin est très belle, et m’a beaucoup ému… difficile de dire aurevoir à Zabo, peut-être le personnage le plus marquant de toute la série. C’est culte, sans aucun doute. Pas parfait, pas pour tout le monde, mais culte. J’espère la relire un jour accompagnée des tomes explicatifs de Michel Thiébaut (voir onglet « hors-séries » dans les albums).
La Lune est blanche
On apprend beaucoup de choses sur les expéditions en Antarctique dans ce grand volume (plus de 200 pages) de François et Emmanuel Lepage. Il s'agit d'un photographe et d'un dessinateur qui décident de suivre "le raid", ce convoi qui, tous les six mois, livre des tonnes de matériel aux stations scientifiques du Pôle sud. C'est une tâche très difficile, et le froid met à l'épreuve autant les machines que les scientifiques. Au-delà de l'intérêt culturel, la BD est superbe, en niveaux de gris et parfois des couleurs pour les étapes importantes, mais aussi pour insister sur l'aspect hypnotisant des variantes infinies des motifs et des couleurs de la glace. Pas besoin d'en apprendre plus pour foncer sur ce qui est un coup de cœur de ma médiathèque, mais je détaille quand même: Emmanuel Lepage retrace donc la totalité du projet, depuis les premières rencontres jusqu'au raid en lui-même. Le début présente même un récapitulatif des conquêtes historiques de l'Antarctique. Certains équipages du XXème siècle sont restés plusieurs années piégés au milieu des glaces. Ces conquêtes se terminent sur un accord scientifique qui permet de geler les revendications territoriales. Avec des milliers de données partagées en temps réel entre plusieurs pays, c'est l'une des plus grandes collaborations scientifiques, et un exemple rare d'humanité, où les frontières ont été abolies pour un dessein plus vaste. L'aventure est éprouvante de bout en bout, ne serait-ce que l'attente d'un an à cause du projet retardé, mais aussi le mal de mer, la difficulté pour Emmanuel de dessiner par un climat glacial, mais aussi une intégration complexe. Le dessinateur a failli ne pas partir, car il est difficile de justifier la présence dans le raid de conducteurs qui ne sont pas parfaitement experts. Un dessinateur et un photographe sont un peu incongrus dans cette équipe de colosses, ils doivent faire leurs preuves. Emmanuel parvient tout de même à négocier sa place sur le raid et à dompter les machines. A la fin de la BD, le format se diversifie en interviews, dessins, photographies qui donnent plus d'informations sur la genèse du projet. Une douzaine de photographies en double page permettent de voir à quel point les frères Lepage se complètent artistiquement, et ont retranscrit la beauté hostile des lieux. Décidément j'aime beaucoup les BD-reportages (voir Jours de sable) et la diversité des formats, le mélange de photographies et de dessins.
Sous les galets la plage
Ils sont trois fils de bonne famille dont les parents possèdent une résidence secondaire en Normandie. La fin des vacances arrive et presque tous les vacanciers sont partis. Chacun va rentrer chez lui et suivre des études supérieures comme l’ont décidé leurs parents. Et puis surgit de nulle part une jeune fille qui va leur faire tourner la tête et bouleverser cette fin de vacances bien tranquille. Odette est en fait une voleuse qui agit à la tête d’une bande bien organisée et pille les maisons environnantes de leurs plus beaux meubles. L’un des trois garçons va tomber sous son charme et voir au travers d'elle la possibilité de rompre avec la carrière militaire décidée par son père. La suite vous la lirez. Voilà une bien belle histoire que nous propose Rabate, où se confrontent deux mondes que tout oppose. Rompre avec son milieu bourgeois est - il possible ? Quitter le chemin tout tracé que l’on vous impose est- il souhaitable? Voilà les questions que nous pose Rabate dans ce récit de 144 pages, magnifiquement illustré et aux jolies couleurs pastels. Une belle réussite qui est peut-être passée un peu inaperçue.
Dans les yeux de Billie Scott
Zoé Thorogood nous raconte cette errance avec un merveilleux talent, nous balade avec une infinie douceur dans des environnements pourtant souvent glauques ou mornes. Et on marche. Les portraits se réalisent tous l'un après l'autre et ils sont tous réussis. Page après page, l'auteure nous fait partager la vie et les sentiments de son personnage avec un indéniable talent. Au point que l'on peut se demander si Billie Scott n'est pas une Zoé Thorogood Bis, une espèce de double imaginaire. Que dire de plus ? Au début, le dessin m'a un peu dérouté, avec ses airs faussement naïfs. "Très mignon, mais je ne suis pas là pour lire un conte pour enfants, me suis-je dit". Mais au fil des pages, j'ai changé d'avis. Le traité graphique s'avère très malin, parfaitement adapté au récit, au personnage de Billie Scott et à son univers de banlieues londoniennes. Amateurs de récits intimistes, ne ratez pas cette première œuvre que j'ai adorée !
ReV
Je me suis fait prêter la BD par un copain, ami intime d'Edouard Cour avec pour mission de lui donner un avis sur le boulot de son pote (connaissant mon appétit goulu pour les bds). Pfiouuu quelle pression. J'ai fini de lire le bébé il y a maintenant deux semaines. Et j'ai eu raison d'attendre avant de publier l'avis présent, croyez-moi ! Parce que oui, c'est clairement une bd qu'il faut laisser un peu incuber tellement elle est riche et complexe. En refermant le livre, je suis resté un peu perplexe. Qu'avais-je lu ? Un ouvrage au graphisme époustouflant ? Oui. De tout évidence. Un truc de geek ? Oui, et merci ! Mais quoi d'autre ? Bonne question... Puis la nuit a passé. Et révélation sur la fin de l'histoire. Wahouu ! C'est dingue. Et cela explique plein de choses sur le reste de l'album, qui, disons-le tout net et tout de suite, est parfois très compliqué à suivre. Deux lectures à minima s'imposent donc. Je ne sais pas si mon interprétation est la bonne. Et peu importe en fait. L'auteur a réussi son coup ! Ne vous laissez pas décourager par le côté très fouilli de l'histoire, surtout en milieu d'album. Oui, vous ne comprendrez pas tout. Mais c'est pas grave, laissez-vous porter et surtout laissez le temps à votre cerveau de penser à cette histoire, au graphisme incroyable, je me répète. Personnellement, ça a été une belle découverte, je la recommande fortement. Merci Guillaume, tu peux dire à ton pote qu'il a fait un sacré bon boulot !
La Brigade des cauchemars
Sur les pas de Christopher Nolan (Inception) et de Lewis Caroll (Alice...) les auteurs ont su concevoir une série ado vraiment sympa. Le scénario de Franck Thilliez nous plonge dans le monde envoûtant et mystérieux des cauchemars. Les cinq premiers tomes évoluent petit à petit vers de nouvelles problématiques toujours modernes comme la responsabilité des scientifiques ou le rapport Science/Pouvoir. Les univers créés sont de plus en plus complexes avec des enjeux qui permettent une réflexion pour les ados à une époque où les thématiques développées n'appartiennent plus à un imaginaire de science-fiction. J'ai beaucoup aimé le choix des héros de la brigade. Esteban, Tristan et Sarah sont trois ados modernes dont les personnalités sont facilement appropriables. Ce sont des ados comme les autres dans la vie réelle avec un lien parental fort et leurs "super pouvoirs" limités ne se développent que dans le monde onirique. Une représentation juste de ce que nous devrions tous connaître dans notre vie quotidienne. Les cinq tomes cheminent vers Léonard personnage clé de ce premier cycle. Le tome 6 part sur des bases aussi intéressantes. Quelques univers font appel à des situations historiques réelles comme Tchernobyl ou la Shoah. Une façon pour les auteurs d'introduire une mémoire sur les dangers qui nous guettent. Le graphisme de Yomgui Dumont est moderne. Même si certaines cases me semblent un peu moins précises, son trait rend bien cette atmosphère mouvante que peut être le monde des cauchemars. Son graphisme ne recherche pas spécialement le réalisme mais plutôt la dynamique des expressions et des attitudes. La variété des univers est enrichie par une multitude de personnages qui peuvent appartenir au fantastique ou au merveilleux. Même si je ne suis pas gamer, on se retrouve à chaque fois dans cette atmosphère de nouveau monde à découvrir. C'est prenant. La mise en couleur de Drac, Takaku et Langlais tient un grand rôle dans le récit. Elle participe à la mise en valeur de trois atmosphères principales, le laboratoire, le monde réel et le monde du cauchemar. C'est un beau travail d'ensemble. Une belle série bien distrayante pour ados où l'équilibre scénario, dessin couleur est vraiment intéressant.