J’ai beaucoup aimé ce polar adapté d’un roman d’Olivier Norek. Ce récit cumule en effet les bons points.
Tout d’abord des personnages intéressants dont aucun n’est tout blanc ou tout noir. L’héroïne, bien sûr, Noémie Chastain, marquée tant dans son corps que dans sa tête par une terrible agression et dont les sautes d’humeur la rendent extrêmement cassante même avec ses collègues. Mais à mes yeux les personnages les plus marquants demeurent encore les criminels tant ce polar prend des accents de fait divers sordide plongeant des gens ordinaires dans une situation inextricable.
Ensuite une intrigue très bien menée. On plonge progressivement dans l’horreur avec d’abord une scène choc puis la découverte de ce petit coin de paradis si paisible. Enfin, à l’image de ce cadavre surgissant des flots, l’écrivain gratte la surface de ses personnages pour nous en révéler d’autres facettes et cette mentalité toute villageoise où l’on préfère préserver la tranquillité au détriment de toute justice.
Autre point fort, les révélations finales qui nous arrivent en deux temps et même si l’on s’y attend un peu, on ne peut que saluer la manière dont Olivier Norek mène sa barque pour nous emmener là où il le voulait.
L’adaptation du script est signée Matz, auteur routinier du genre polar. Même si l’on sent ici ou là que le scénariste a dû couper dans la masse, la narration reste extrêmement fluide et l’enquête ne perd jamais de sa logique. Les dialogues sonnent juste et les personnages demeurent extrêmement humains, tous gardant une réelle profondeur.
Le dessin est signé Luc Brahy. Si je lui reproche des personnages dont la tête a tendance à changer d’une case à l’autre, je trouve qu’il reproduit très agréablement le théâtre de ce drame. Que ce soit le nouveau village, le lac et son barrage ou les scènes de plongée, ses décors sont pleinement immersifs. Petit bémol au niveau des personnages donc. Le trait est parfois un peu approximatif et les visages sont à l’occasion un peu trop figés… mais les émotions passent et les risques de confusion de personnages demeurent quasi nuls.
La colorisation d'Antoine Kompf m'aura principalement marqué par sa lumière et son bleu pénétrant, qui viennent parfaitement s'opposer à la noirceur des crimes. J'aime cette option qui accentue encore le choc né de l'opposition entre un cadre idyllique et un fait divers tragique.
En définitive, je peux dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce récit.
Nous sommes dans la veine de l'intimisme. Une plongée sans fard dans l'addiction d'une mère. Bien sûr, c'est dur, sordide parfois. Mais la qualité des dessins et de la narration nous happent dans l'histoire, les épisodes chronologiques s'enchaînent. Les caractères se dévoilent, les pièces du puzzle s'assemblent, mais la dernière à l'origine de tout nous échappe. Et comme l'auteur, on reste en suspens sur ce vide : "mais pourquoi?"
Un des plus beaux récits autobiographiques qu'il m'a été donné de lire.
Superbe réussite que ce one-shot de Tatsuki Fujimoto (Mangaka très reconnu avec sa série à succès Chainsaw Man).
Ici, nous avons affaire à une très belle histoire d'amitié. A l'origine, deux jeunes filles assez différentes, naturellement rivales, que la passion commune pour le dessin va rassembler.
C'est raconté avec beaucoup de finesse et de subtilité, j'ai cru lire du Inio Asano. Ce manga très court (en terme de pagination) bien que très peu bavard, se révèle très riche. Sans spoiler, la deuxième moitié du titre est juste admirable. C'est court mais percutant, une véritable claque qui saura satisfaire tout public et pas uniquement les aficionados du manga.
J'ai acheté presque tous les albums il y a des années et je les relis toujours avec grand plaisir, jadoooooore, dommage qu'il n'y ait pas assez de gags par albums, c'est trop court ? sinon j'adore trop les personnages, les décors... bravo pour cette bd ...
Tiens, voilà une BD totalement inattendue...
Inattendue parce que son sujet, une histoire d'amour et d'amitié entre une vieille dame et un jeune homme, fait partie des tabous de notre société. Et pourtant l'autrice a osé le faire, en nous montrant de manière linéaire cette histoire si particulière. Léon est un garçon aux goûts et connaissances simples, presque limités. Mais il trouve son bonheur dans l'entretien des espaces verts de sa commune, en banlieue parisienne. Rose, quant à elle, a un passé de chanteuse de bistrots quelque peu chahutée, presque sordide, mais surtout triste. La grand-mère de Léon va les réunir, et leur rencontre va donner lieu à une histoire à la fois passionnée et touchante, pudique. C'est cette sensibilité, cette délicatesse, cette dignité qui m'ont touché dans cette lecture. Bien sûr, l'histoire particulière de Rose et Léon les transforme en cibles (faciles ?) pour nombre de gens, mais ils n'en ont cure.
Au travers de situations touchantes, de dialogues crédibles, il y a a l'authenticité à revendre dans cette histoire.
Une histoire qui pourrait se passer un peu à n'importe quelle époque, malgré les très rares références à notre début de 21ème siècle. Le dessin de Nadine Van Der Straeten a un aspect très "années 80", cela aurait pu trouver sa place dans des collections chez Casterman ou dans la revue (à suivre) de l'époque. Mais après Jeanne Hébuterne, elle m'impressionne encore avec sa maîtrise, son style réaliste sans véritable défaut (si on excepte cet aspect suranné).
Une belle histoire.
J'ai vraiment beaucoup apprécié la série de Geneviève Marot qui peint la jeunesse du musicien malgache Jean Piso (prononcez Pissou, le chat).
À ce jour c'est une des séries qui parle de l'Afrique que je préfère. En effet une bonne partie des anecdotes de la jeune vie de Jean pourrait être facilement transcrite ailleurs sur le continent.
En outre l'auteure ne s'attarde pas sur le côté carte postale exotique dans son excellent graphisme d'aquarelles. Elle préfère nous faire vivre une multitude de scènes intimes soit observées sur le terrain soit comprises à travers les souvenirs de Jean.
Marot réussit la prouesse de comprendre les liens sociétaux du passé grâce à son observation contemporaine de la vie au village.
Il a fallu probablement une relation de confiance très forte pour arriver à ce niveau de compréhension réciproque. Car derrière des anecdotes qui peuvent sembler un peu folkloriques pour nos yeux de vazahas (Blancs), c'est bien une démonstration des liens sociaux à base du droit coutumier que l'auteure nous fait découvrir. " C'est plus efficace que toutes les lois vazahas réunies" trouve-t-on pour expliquer le Fomba gasy qui assure le contrat social de la société malgache mais probablement de toute la société africaine.
Perso les passages sur l'école, ou le Tromba (l'appel aux ancêtres) ont vraiment résonné très fort pour mon vécu.
La peinture de Geneviève Marot est superbe de dynamisme et rend la vie au village à la fois drôle et touchante.
De plus cette série rend hommage à tous ces artistes africains qui réussissent à faire vivre la création musicale ou autre, dans des conditions souvent très difficiles.
Une très bonne lecture fraîche et lumineuse comme un rayon de soleil sur une terre meurtrie.
Moralité, paix, prospérité.
Voilà ce que promet le couronnement de la seconde incarnation du Christ sur Terre dans la nouvelle Canaan. Cette fête doit se dérouler le 7 juillet 1998 dans un stade spécialement construit pour l'occasion où pourront s'entasser un million de fidèles. Et pour ceux qui ne pourront y assister, il sera toujours possible de revoir la cérémonie en replay moyennant quelques dollars.
Un récit qui m'a embarqué dès les premières planches et que je n'ai pas pu lâcher avant d'en connaître la conclusion.
Sept enfants, des garçons, tous nés le 7 juillet 1977 de mères vierges, les Jésis, et l'un d'entre eux va devenir le fils de Dieu et guider le monde pour un nouvel âge d'or. Une prophétie qu'un homme, Nicolaus, avait prédit des années auparavant. Vérité ou supercherie ? Qu'importe, un récit sur la folie des hommes, sur la soif du pouvoir, sur le mensonge et la manipulation des foules, tout en n'oubliant pas de faire du bizness. Mais combien de morts pour de vrais ou faux prophètes ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La religion, même s'il en est question, n'est que le prétexte pour créer une dystopie où les extrémistes sont pointés du doigt, les erreurs du passé sont toujours d'actualité.
Une narration maîtrisée, non linéaire qui oscille des années 1965 à 1998, qui prend le temps de planter l'intrigue et les personnages. Un récit moderne, fort et dense.
Une réussite !
Ce comics, c'est surtout le retour de Jae Lee après 9 ans d'absence. J'adore son style qui allie finesse, expressivité et puissance. Une mise en page destructurée où le génie de Lee explose.
J'ai adoré le choix fait pour les Jésis, celui de visages de poupons, mais le sont-ils vraiment ?
Magnifique !
Une lecture que je ne suis pas prêt d'oublier.
A ne pas rater si vous êtes amateur de ce genre !
Surtout, ne pas regarder la dernière planche pour garder l'effet de surprise et sa fin ...
Attention, voici un quadriptyque plutôt ambitieux !
Il s'agit en effet d''une saga familiale (ou de ce qui aurait pu être une famille), étalée sur la première moitié du XXème siècle, avec ses secrets, ses rancoeurs, ses combats, ses petits et grands bonheurs... L'histoire est née de la rencontre de Nathalie Ponsard-Gutknecht, graphiste française mariée à un Allemand et de Miceal Beausang-o'Griafa, scénariste et interprète français né des amours d'une Chilienne et d'un irlandais. Lui-même marié à une Corse. Je vous laisse imaginer la diversité culturelle des échanges. Des échanges qui ont débouché sur ce projet, racontant les histoires d'un couple franco-allemand qui se rencontre, se fait et se défait sur le front de la première guerre mondiale. De cette union naît un garçon, arraché à sa mère à la naissance, et qui conçoit une haine sans bornes pour ses géniteurs...
Dès le premier volume les bases sont posées : Lieselotte et Louis sont en quelque sorte des légendes dans leurs camps respectifs, et leur enfant est un symbole. un signe qui montre que malgré la guerre, on peut se retrouver, s'aimer, même si cet amour est sans lendemain, balayé par le vent de l'Histoire... Mais au-delà de ce synopsis somme toute classique, il y a un vrai questionnement de fond : qu'est-ce qui nous construit, qui nous définit ? Quelle est notre identité ? Notre nationalité, notre langue, notre éducation, nos gènes ? Ce n'est encore qu'effleuré dans ce premier tome, mais au travers de communiqués, de rencontres et de présentations divers, on sent que les auteurs veulent juste mettre le sujet sur le tapis, sans forcément juger, cataloguer, classer...
Le premier tome se termine sur un énorme cliffhanger, qui laisse présager une histoire très chahutée... Le deuxième tome nous montre entre autres comment ce moment de crise a été surmonté, sans pour autant que la suite soit sereine, la haine de Georg envers ses parents n'étant pas éteinte. Le tome 2 nous montre différentes séquences de la vie des trois personnages principaux, chacun de leur côté, des années 1910 à 1940. Des passages très intéressants, qui s'insèrent dans des moments cruciaux de l'Histoire de l'Europe. Des moments qui permettent, en outre, de bien saisir la personnalité et l'identité complexe de Lieselotte, Louis et Georg. Au vu des backgrounds de Nathalie Ponsard-Gutknecht et Miceal Beausang-O'Griafa, on peut même deviner qui a contribué à quelle séquence. Cela reste très prenant. Les co-scénaristes, qui ont travaillé pendant 7 ans sur ce projet, ont pris le temps de le peaufiner, et ça se sent. Ils ont fait appel à l'industrieux et talentueux Aurélien Morinière, particulièrement doué pour les ambiances avec un style réaliste nerveux, et parfois polymorphe. Des capacités d'adaptation héritées de son activité d'illustrateur et de peintre. Ici il livre en outre une palette chromatique avec des dominantes bleu et rouille, parfaite pour coller à l'ambiance particulière de la deuxième guerre mondiale.
Afin de donner une plus grande dimension à leur histoire et la replacer dans son contexte, les auteurs proposent en annexes plusieurs petits articles relatifs aux évènements de l'époque : la bataille du Hartmannswillerkopf, le traité de Versailles, l'émancipation des Allemandes par les urnes, mais aussi, plus curieusement, l'artisanat des tranchées, un aspect que j'avais encore peu vu dans les différentes histoires rencontrées jusque-là, et qui fait l'objet de plusieurs passages dans la BD, entre autres sujets... Cela continue sur le tome 2, avec en particulier des articles courts sur l'histoire de l'Allemagne dans l'immédiat après-guerre, rarement raconté en fiction française.
Précieux.
Ah c'est rigolo. Je suis les publications douce-amères d'Evemarie sur les réseaux sociaux, et parmi ses avatars se trouvent ce chaperon noir, son alter ego, et ce Loup, sorte de super-pote aussi cynique que carnassier. Le scénariste Courty s'en est emparé pour leur donner vie le temps d'un album, qui sort donc chez l'éditeur bordelais Expé Editions.
Comme la figure du loup est présente dans plusieurs contes (le petit Chaperon rouge, les trois petits cochons, etc.), il a donc décidé de le faire voyager avec son amie Chaperon noir dans un univers alternatif où le Loup serait justement obligé de régler ses comptes avec ses différentes victimes, tandis que son amie doit retrouver sa mère-grand qui a tout plaqué après avoir trouvé l'amour. Sans être excessivement subversif, Courty nous emmène sur des chemins qui renversent quelque peu les clichés des contes tels qu'on les connaît maintenant, avec par exemple un nain qui passe son temps à dire "ta gueule", un papa ours qui traite Boucle d'or comme une souillon ou encore les trois cochons qui se prennent pour des rappeurs. Un univers où le love a son propre parc (un peu à gerber) et où les flics sont par exemple des singes. Heureusement que Chaperon et sa mère-grand ont des pouvoirs spéciaux pour remettre un peu d'ordre dans tout ça...
Le style d'Evemarie, que j'avais découvert dans Hey June, scénarisé par Fabcaro, se situe dans une veine semi-réaliste propice à la parodie et à l'humour. j'aime bien également sa mise en couleurs, sobre mais efficace. On passe un bon petit moment de lecture.
"La truie, le juge et l'avocat" nous propose une sorte de fable acide qui au delà de l'absurdité de la justice moyenâgeuse, se gausse des travers de nos sociétés de façon plus universelle et intemporelle (rien que la 1ere page m'a fait sourire en miroir de notre triste actualité des violences policières).
Il est vrai qu'au Moyen Age, les animaux pouvaient se retrouver confrontés à la justice des hommes. S'il ne s'agit pas d'une histoire véridique, Laurent Galandon s'amuse ici à nous raconter le procès d'une truie accusée d'avoir Assassine le fils d'un noble dans une petite ville de France. Face au juge incarnant l'ordre et la morale et qui n'a que mépris pour ceux qui lui sont inférieur (sa femme comprise...), notre truie va être défendue par un avocat de dernière minute aux talents bien cachés ! C'est là qu'une petite touche de fantastique vient se glisser dans le récit de façon ingénieuse. Cela donne lieu à des dialogues savoureux et des scènes drôlatiques qui font tout le sel de cette satyre sociale et sociétale.
Côté dessin, Damien Vidal, que je découvre avec cet album, nous propose un trait simple, expressif et efficace qui renforce pleinement l'aspect tragi-comique de cette histoire. Sa mise en couleur chaleureuse et contrastée pose des ambiances adéquates et agréables.
C'est pour moi un réel coup de coeur que cet album ; je l'ai attaqué sans trop m'attendre à grand chose, j'en suis sorti ravi et j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture !
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Surface
J’ai beaucoup aimé ce polar adapté d’un roman d’Olivier Norek. Ce récit cumule en effet les bons points. Tout d’abord des personnages intéressants dont aucun n’est tout blanc ou tout noir. L’héroïne, bien sûr, Noémie Chastain, marquée tant dans son corps que dans sa tête par une terrible agression et dont les sautes d’humeur la rendent extrêmement cassante même avec ses collègues. Mais à mes yeux les personnages les plus marquants demeurent encore les criminels tant ce polar prend des accents de fait divers sordide plongeant des gens ordinaires dans une situation inextricable. Ensuite une intrigue très bien menée. On plonge progressivement dans l’horreur avec d’abord une scène choc puis la découverte de ce petit coin de paradis si paisible. Enfin, à l’image de ce cadavre surgissant des flots, l’écrivain gratte la surface de ses personnages pour nous en révéler d’autres facettes et cette mentalité toute villageoise où l’on préfère préserver la tranquillité au détriment de toute justice. Autre point fort, les révélations finales qui nous arrivent en deux temps et même si l’on s’y attend un peu, on ne peut que saluer la manière dont Olivier Norek mène sa barque pour nous emmener là où il le voulait. L’adaptation du script est signée Matz, auteur routinier du genre polar. Même si l’on sent ici ou là que le scénariste a dû couper dans la masse, la narration reste extrêmement fluide et l’enquête ne perd jamais de sa logique. Les dialogues sonnent juste et les personnages demeurent extrêmement humains, tous gardant une réelle profondeur. Le dessin est signé Luc Brahy. Si je lui reproche des personnages dont la tête a tendance à changer d’une case à l’autre, je trouve qu’il reproduit très agréablement le théâtre de ce drame. Que ce soit le nouveau village, le lac et son barrage ou les scènes de plongée, ses décors sont pleinement immersifs. Petit bémol au niveau des personnages donc. Le trait est parfois un peu approximatif et les visages sont à l’occasion un peu trop figés… mais les émotions passent et les risques de confusion de personnages demeurent quasi nuls. La colorisation d'Antoine Kompf m'aura principalement marqué par sa lumière et son bleu pénétrant, qui viennent parfaitement s'opposer à la noirceur des crimes. J'aime cette option qui accentue encore le choc né de l'opposition entre un cadre idyllique et un fait divers tragique. En définitive, je peux dire que j’ai vraiment beaucoup aimé ce récit.
Mal de mère
Nous sommes dans la veine de l'intimisme. Une plongée sans fard dans l'addiction d'une mère. Bien sûr, c'est dur, sordide parfois. Mais la qualité des dessins et de la narration nous happent dans l'histoire, les épisodes chronologiques s'enchaînent. Les caractères se dévoilent, les pièces du puzzle s'assemblent, mais la dernière à l'origine de tout nous échappe. Et comme l'auteur, on reste en suspens sur ce vide : "mais pourquoi?" Un des plus beaux récits autobiographiques qu'il m'a été donné de lire.
Look Back
Superbe réussite que ce one-shot de Tatsuki Fujimoto (Mangaka très reconnu avec sa série à succès Chainsaw Man). Ici, nous avons affaire à une très belle histoire d'amitié. A l'origine, deux jeunes filles assez différentes, naturellement rivales, que la passion commune pour le dessin va rassembler. C'est raconté avec beaucoup de finesse et de subtilité, j'ai cru lire du Inio Asano. Ce manga très court (en terme de pagination) bien que très peu bavard, se révèle très riche. Sans spoiler, la deuxième moitié du titre est juste admirable. C'est court mais percutant, une véritable claque qui saura satisfaire tout public et pas uniquement les aficionados du manga.
Les Psy
J'ai acheté presque tous les albums il y a des années et je les relis toujours avec grand plaisir, jadoooooore, dommage qu'il n'y ait pas assez de gags par albums, c'est trop court ? sinon j'adore trop les personnages, les décors... bravo pour cette bd ...
When you' smiling
Tiens, voilà une BD totalement inattendue... Inattendue parce que son sujet, une histoire d'amour et d'amitié entre une vieille dame et un jeune homme, fait partie des tabous de notre société. Et pourtant l'autrice a osé le faire, en nous montrant de manière linéaire cette histoire si particulière. Léon est un garçon aux goûts et connaissances simples, presque limités. Mais il trouve son bonheur dans l'entretien des espaces verts de sa commune, en banlieue parisienne. Rose, quant à elle, a un passé de chanteuse de bistrots quelque peu chahutée, presque sordide, mais surtout triste. La grand-mère de Léon va les réunir, et leur rencontre va donner lieu à une histoire à la fois passionnée et touchante, pudique. C'est cette sensibilité, cette délicatesse, cette dignité qui m'ont touché dans cette lecture. Bien sûr, l'histoire particulière de Rose et Léon les transforme en cibles (faciles ?) pour nombre de gens, mais ils n'en ont cure. Au travers de situations touchantes, de dialogues crédibles, il y a a l'authenticité à revendre dans cette histoire. Une histoire qui pourrait se passer un peu à n'importe quelle époque, malgré les très rares références à notre début de 21ème siècle. Le dessin de Nadine Van Der Straeten a un aspect très "années 80", cela aurait pu trouver sa place dans des collections chez Casterman ou dans la revue (à suivre) de l'époque. Mais après Jeanne Hébuterne, elle m'impressionne encore avec sa maîtrise, son style réaliste sans véritable défaut (si on excepte cet aspect suranné). Une belle histoire.
Sous le tamarinier de Betioky
J'ai vraiment beaucoup apprécié la série de Geneviève Marot qui peint la jeunesse du musicien malgache Jean Piso (prononcez Pissou, le chat). À ce jour c'est une des séries qui parle de l'Afrique que je préfère. En effet une bonne partie des anecdotes de la jeune vie de Jean pourrait être facilement transcrite ailleurs sur le continent. En outre l'auteure ne s'attarde pas sur le côté carte postale exotique dans son excellent graphisme d'aquarelles. Elle préfère nous faire vivre une multitude de scènes intimes soit observées sur le terrain soit comprises à travers les souvenirs de Jean. Marot réussit la prouesse de comprendre les liens sociétaux du passé grâce à son observation contemporaine de la vie au village. Il a fallu probablement une relation de confiance très forte pour arriver à ce niveau de compréhension réciproque. Car derrière des anecdotes qui peuvent sembler un peu folkloriques pour nos yeux de vazahas (Blancs), c'est bien une démonstration des liens sociaux à base du droit coutumier que l'auteure nous fait découvrir. " C'est plus efficace que toutes les lois vazahas réunies" trouve-t-on pour expliquer le Fomba gasy qui assure le contrat social de la société malgache mais probablement de toute la société africaine. Perso les passages sur l'école, ou le Tromba (l'appel aux ancêtres) ont vraiment résonné très fort pour mon vécu. La peinture de Geneviève Marot est superbe de dynamisme et rend la vie au village à la fois drôle et touchante. De plus cette série rend hommage à tous ces artistes africains qui réussissent à faire vivre la création musicale ou autre, dans des conditions souvent très difficiles. Une très bonne lecture fraîche et lumineuse comme un rayon de soleil sur une terre meurtrie.
Seven sons
Moralité, paix, prospérité. Voilà ce que promet le couronnement de la seconde incarnation du Christ sur Terre dans la nouvelle Canaan. Cette fête doit se dérouler le 7 juillet 1998 dans un stade spécialement construit pour l'occasion où pourront s'entasser un million de fidèles. Et pour ceux qui ne pourront y assister, il sera toujours possible de revoir la cérémonie en replay moyennant quelques dollars. Un récit qui m'a embarqué dès les premières planches et que je n'ai pas pu lâcher avant d'en connaître la conclusion. Sept enfants, des garçons, tous nés le 7 juillet 1977 de mères vierges, les Jésis, et l'un d'entre eux va devenir le fils de Dieu et guider le monde pour un nouvel âge d'or. Une prophétie qu'un homme, Nicolaus, avait prédit des années auparavant. Vérité ou supercherie ? Qu'importe, un récit sur la folie des hommes, sur la soif du pouvoir, sur le mensonge et la manipulation des foules, tout en n'oubliant pas de faire du bizness. Mais combien de morts pour de vrais ou faux prophètes ? La fin justifie-t-elle les moyens ? La religion, même s'il en est question, n'est que le prétexte pour créer une dystopie où les extrémistes sont pointés du doigt, les erreurs du passé sont toujours d'actualité. Une narration maîtrisée, non linéaire qui oscille des années 1965 à 1998, qui prend le temps de planter l'intrigue et les personnages. Un récit moderne, fort et dense. Une réussite ! Ce comics, c'est surtout le retour de Jae Lee après 9 ans d'absence. J'adore son style qui allie finesse, expressivité et puissance. Une mise en page destructurée où le génie de Lee explose. J'ai adoré le choix fait pour les Jésis, celui de visages de poupons, mais le sont-ils vraiment ? Magnifique ! Une lecture que je ne suis pas prêt d'oublier. A ne pas rater si vous êtes amateur de ce genre ! Surtout, ne pas regarder la dernière planche pour garder l'effet de surprise et sa fin ...
Visages - Ceux que nous sommes
Attention, voici un quadriptyque plutôt ambitieux ! Il s'agit en effet d''une saga familiale (ou de ce qui aurait pu être une famille), étalée sur la première moitié du XXème siècle, avec ses secrets, ses rancoeurs, ses combats, ses petits et grands bonheurs... L'histoire est née de la rencontre de Nathalie Ponsard-Gutknecht, graphiste française mariée à un Allemand et de Miceal Beausang-o'Griafa, scénariste et interprète français né des amours d'une Chilienne et d'un irlandais. Lui-même marié à une Corse. Je vous laisse imaginer la diversité culturelle des échanges. Des échanges qui ont débouché sur ce projet, racontant les histoires d'un couple franco-allemand qui se rencontre, se fait et se défait sur le front de la première guerre mondiale. De cette union naît un garçon, arraché à sa mère à la naissance, et qui conçoit une haine sans bornes pour ses géniteurs... Dès le premier volume les bases sont posées : Lieselotte et Louis sont en quelque sorte des légendes dans leurs camps respectifs, et leur enfant est un symbole. un signe qui montre que malgré la guerre, on peut se retrouver, s'aimer, même si cet amour est sans lendemain, balayé par le vent de l'Histoire... Mais au-delà de ce synopsis somme toute classique, il y a un vrai questionnement de fond : qu'est-ce qui nous construit, qui nous définit ? Quelle est notre identité ? Notre nationalité, notre langue, notre éducation, nos gènes ? Ce n'est encore qu'effleuré dans ce premier tome, mais au travers de communiqués, de rencontres et de présentations divers, on sent que les auteurs veulent juste mettre le sujet sur le tapis, sans forcément juger, cataloguer, classer... Le premier tome se termine sur un énorme cliffhanger, qui laisse présager une histoire très chahutée... Le deuxième tome nous montre entre autres comment ce moment de crise a été surmonté, sans pour autant que la suite soit sereine, la haine de Georg envers ses parents n'étant pas éteinte. Le tome 2 nous montre différentes séquences de la vie des trois personnages principaux, chacun de leur côté, des années 1910 à 1940. Des passages très intéressants, qui s'insèrent dans des moments cruciaux de l'Histoire de l'Europe. Des moments qui permettent, en outre, de bien saisir la personnalité et l'identité complexe de Lieselotte, Louis et Georg. Au vu des backgrounds de Nathalie Ponsard-Gutknecht et Miceal Beausang-O'Griafa, on peut même deviner qui a contribué à quelle séquence. Cela reste très prenant. Les co-scénaristes, qui ont travaillé pendant 7 ans sur ce projet, ont pris le temps de le peaufiner, et ça se sent. Ils ont fait appel à l'industrieux et talentueux Aurélien Morinière, particulièrement doué pour les ambiances avec un style réaliste nerveux, et parfois polymorphe. Des capacités d'adaptation héritées de son activité d'illustrateur et de peintre. Ici il livre en outre une palette chromatique avec des dominantes bleu et rouille, parfaite pour coller à l'ambiance particulière de la deuxième guerre mondiale. Afin de donner une plus grande dimension à leur histoire et la replacer dans son contexte, les auteurs proposent en annexes plusieurs petits articles relatifs aux évènements de l'époque : la bataille du Hartmannswillerkopf, le traité de Versailles, l'émancipation des Allemandes par les urnes, mais aussi, plus curieusement, l'artisanat des tranchées, un aspect que j'avais encore peu vu dans les différentes histoires rencontrées jusque-là, et qui fait l'objet de plusieurs passages dans la BD, entre autres sujets... Cela continue sur le tome 2, avec en particulier des articles courts sur l'histoire de l'Allemagne dans l'immédiat après-guerre, rarement raconté en fiction française. Précieux.
Les Dents longues
Ah c'est rigolo. Je suis les publications douce-amères d'Evemarie sur les réseaux sociaux, et parmi ses avatars se trouvent ce chaperon noir, son alter ego, et ce Loup, sorte de super-pote aussi cynique que carnassier. Le scénariste Courty s'en est emparé pour leur donner vie le temps d'un album, qui sort donc chez l'éditeur bordelais Expé Editions. Comme la figure du loup est présente dans plusieurs contes (le petit Chaperon rouge, les trois petits cochons, etc.), il a donc décidé de le faire voyager avec son amie Chaperon noir dans un univers alternatif où le Loup serait justement obligé de régler ses comptes avec ses différentes victimes, tandis que son amie doit retrouver sa mère-grand qui a tout plaqué après avoir trouvé l'amour. Sans être excessivement subversif, Courty nous emmène sur des chemins qui renversent quelque peu les clichés des contes tels qu'on les connaît maintenant, avec par exemple un nain qui passe son temps à dire "ta gueule", un papa ours qui traite Boucle d'or comme une souillon ou encore les trois cochons qui se prennent pour des rappeurs. Un univers où le love a son propre parc (un peu à gerber) et où les flics sont par exemple des singes. Heureusement que Chaperon et sa mère-grand ont des pouvoirs spéciaux pour remettre un peu d'ordre dans tout ça... Le style d'Evemarie, que j'avais découvert dans Hey June, scénarisé par Fabcaro, se situe dans une veine semi-réaliste propice à la parodie et à l'humour. j'aime bien également sa mise en couleurs, sobre mais efficace. On passe un bon petit moment de lecture.
La Truie, le Juge et l'Avocat
"La truie, le juge et l'avocat" nous propose une sorte de fable acide qui au delà de l'absurdité de la justice moyenâgeuse, se gausse des travers de nos sociétés de façon plus universelle et intemporelle (rien que la 1ere page m'a fait sourire en miroir de notre triste actualité des violences policières). Il est vrai qu'au Moyen Age, les animaux pouvaient se retrouver confrontés à la justice des hommes. S'il ne s'agit pas d'une histoire véridique, Laurent Galandon s'amuse ici à nous raconter le procès d'une truie accusée d'avoir Assassine le fils d'un noble dans une petite ville de France. Face au juge incarnant l'ordre et la morale et qui n'a que mépris pour ceux qui lui sont inférieur (sa femme comprise...), notre truie va être défendue par un avocat de dernière minute aux talents bien cachés ! C'est là qu'une petite touche de fantastique vient se glisser dans le récit de façon ingénieuse. Cela donne lieu à des dialogues savoureux et des scènes drôlatiques qui font tout le sel de cette satyre sociale et sociétale. Côté dessin, Damien Vidal, que je découvre avec cet album, nous propose un trait simple, expressif et efficace qui renforce pleinement l'aspect tragi-comique de cette histoire. Sa mise en couleur chaleureuse et contrastée pose des ambiances adéquates et agréables. C'est pour moi un réel coup de coeur que cet album ; je l'ai attaqué sans trop m'attendre à grand chose, j'en suis sorti ravi et j'ai vraiment passé un très bon moment de lecture !