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Couverture de la série Béatrice (Mertens)
Béatrice (Mertens)

Enfin une vraie BD, et pas l'illustration d'une histoire racontée par ailleurs ou une démonstration graphique de combats et de violence. La créativité du scénario et les états émotionnels de l'héroïne sont un émerveillement constant et ô combien réaliste . Cela fait longtemps que je n'ai pas lu une BD aussi accomplie.

30/08/2023 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Nettoyage à sec
Nettoyage à sec

Que c'est beau une ville la nuit... sous la pluie ! Joris Mertens excelle à représenter des paysages urbains. J'ai adoré parcourir avec lui les rues encombrées de sa ville, fusion fantasmée de Paris et de Bruxelles. J'ai littéralement été transporté dans l'ambiance des années 70 ou débuts 80 qu'il met en place. Ce n'est pas que la beauté des planches, c'est aussi la justesse des dialogues, la vie qu'ils dégagent, presque les bruits et les odeurs aussi. C'est superbe, j'adore ! Presque une bouffée de nostalgie d'une époque dont j'étais pourtant trop jeune pour me souvenir. Et une fois encore, la splendeur et l'esthétisme de ces paysages urbains et tellement humains me fascinent. J'ai vraiment adoré la première moitié de cet album où pourtant il ne se passait rien d'autre que du quotidien et le boulot pépère du héros, chauffeur-livreur de vêtements pour un pressing, et ses mornes habitudes entre le bistro et la maison de presse où travaille la femme qu'il courtise sans grand espoir. C'est toute l'atmosphère et la vie qui se dégagent de cette narration et de ces planches qui m'ont charmé. Et un peu d'humour aussi lors des scènes avec cet idiot de neveu de la patronne. Puis, quand intervient le tournant plus thriller de l'histoire, le charme s'est un peu rompu. Là où je ressentais la chaleur humaine de la ville dans les planches précédentes, l'humidité et le froid se sont faits plus prégnants tandis que le héros devenait plus angoissé et torturé. J'ai alors pris un peu moins de plaisir mais je restais curieux. Jusqu'à la conclusion de son histoire qui là, par contre, m'a honnêtement déçu. Je l'ai trouvée à contre-courant du réalisme envoutant du reste de l'album... Je ne peux pas en dire plus sans dévoiler cette fin, mais disons simplement qu'elle rompt avec cette belle ambiance que j'avais tant aimé au départ de ma lecture et m'empêche de savourer pleinement cet ouvrage pourtant si beau graphiquement. Quoiqu'il en soit, je lirai sans hésiter d'autres ouvrages de cet auteur car j'adore son style. Note : 3,5/5

30/08/2023 (modifier)
Par Josq
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Bernard Prince
Bernard Prince

Mais quelle merveille ! A chaque fois que je découvre une nouvelle série de Greg, j'en suis toujours aussi enchanté. Certes, Bernard Prince n'a pas le génie de Comanche et la même profondeur des personnages, peut-être lorgne-t-on davantage du côté d'un Luc Orient sans la science-fiction. Mais voilà une vraie bande dessinée d'Aventure ! Greg a parfaitement compris ce qui faisait le génie des grands récits d'aventures, et il en reprend les codes à merveille. Le rythme est toujours soutenu, les relations entre les personnages bien menées, mais surtout, c'est la qualité extrême des scènes d'action qui éblouit. Chacun des tomes que j'ai lu se caractérise facilement par une scène d'action mémorable qui permet de l'identifier tout de suite. En outre, Greg en profite pour mêler la plupart du temps une catastrophe naturelle au récit, le pompon se situant sans aucun doute dans le tome 10, Le Souffle du Moloch où l'auteur met en place une intrigue humaine déjà captivante sur le vol d'un bateau et la libération du virus de la peste dans des îles du Pacifique, qu'il fait rejoindre une intrigue centrée sur une éruption volcanique. C'est dire à quel point le final est dantesque, et de fait, on n'est pas déçu ! On se demande presque comment il est possible que personne n'ait encore fait un film avec les différentes histoires de cette saga ! Il est vrai qu'une des grandes forces de la série est aussi graphique et on imagine mal ce que serait Bernard Prince sans le fabuleux dessin d'Hermann. Son trait toujours expressif et ultra-réaliste joue pour beaucoup dans le côté spectaculaire des récits. Sa mise en scène est ample et rend au texte de Greg tous les honneurs qu'il mérite. L'alliance entre les deux est décidément un des plus puissants combos que j'ai vus en BD ! Bref, si la saga n'échappe pas au déjà-vu par moments (difficile de ne pas voir une dynamique Tintin/Capitaine Haddock dans le duo Bernard Prince/Barney Jordan), Greg prouve une nouvelle fois tout son génie en s'alliant avec le non moins génial Hermann et redonner à l'Aventure ses lettres de noblesse. A consommer sans modération !

29/08/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série The Department of Truth
The Department of Truth

Mise à jour suite à lecture du tome 4. Certains avis coulent de source, d'autres beaucoup moins et celui-ci fait partie de la seconde catégorie de par la singularité de ce comics. Un scénario qui sort des sentiers battus. Cole Turner est un agent spécial, il enseigne à l'académie du FBI de Quantico et il va être débauché, suite à sa présence à une conférence platiste, par Le Département des Vérités, une organisation gouvernementale dont le but est de lutter contre les théories conspirationnistes et plus particulièrement contre Black Hat. Un black hat est un hacker mal attentionné, mais ici c'est une agence complotiste. Avant cela Cole avait une vie normale auprès de son mari, sauf peut-être ses cauchemars récurrents où un monstre à tête d'étoile le terrorise. Son univers bascule et il va découvrir l'envers du décor, celui qui régit le monde. Je découvre James Tynion IV. Les deux premiers chapitres nous présentent les différents protagonistes et la manière de le faire est remarquable. Elle se fait, dans une salle d'interrogatoire du Département des Vérités, à travers de nombreux flash-back. Et le nom du futur patron de Cole m'a laissé sans voix. Vous le connaissez tous. Une narration captivante qui nous apprend comment fonctionnent les mouvances conspirationnistes et plus particulièrement depuis l'avènement des réseaux sociaux. Une narration qui au fil des chapitres nous dévoile les rouages utilisés avec cette malice de nous faire douter. Il développe aussi une histoire principale qui sert de fil rouge avec cette étrange femme à la robe écarlate et aux yeux scotchés de noir. Quelle maîtrise, je suis sous le charme de ces histoires hors normes. Une autre découverte, Martin Simmonds et là j'en ai pris plein les mirettes. Un style graphique qui se rapproche de Bill Sienkiewicz, David Mack et Dave McKean, excusez du peu. J'adore. J'entends déjà certains dire : "ça manque de lisibilité, trop fouillis, trop sombre ...." Que nenni ! Justement c'est ce qui permet de naviguer à tâtons, de ressentir l'anxiété. Vous voyez "Alien" tourné sous le soleil de Corse ? Vivement la suite. J'en conseille la lecture, en sachant que ça passe ou ça casse. Note : 4 et coup de cœur Tome 2 Mazette, une intrigue qui prend de la densité (c'était déjà coton dans le premier tome). James Tynion IV continue avec un scénario complexe et déroutant qu'il m'a été impossible de lâcher avant la fin. Bon, j'avoue quelques pauses pour assimiler l'ensemble. Un récit qui prend une nouvelle tournure et qui mélange cryptides, tulpas, monstres et magie, une sacrée tambouille. Une recette digne d'un trois étoiles, c'est délicieux. Surprises et rebondissements seront au rendez-vous. Je trouve le dessin de Martin Simmonds encore plus aboutit et ça mise en page est phénoménale, immersive. Vivement le tome 3. Je réitère, un comics qui ne plaira pas à tout le monde mais laissez-vous tenter par une putain de chiadé de lecture. Note : 4 et toujours coup de cœur. Tome 3 Tynion IV maîtrise toujours autant son sujet, il va pousser votre cerveau dans ses derniers retranchements. Quid de la vérité et du mensonge ? Un album centré sur le patron de Cole (je ne peux toujours pas donner son nom), sur ses origines, ses motivations et sur la naissance du département de la vérité. Un récit où fiction (?), faits historiques et croyances s'entrechoquent. Un récit qui ne cesse d'évoluer où l'on en apprendra un peu plus sur cette femme écarlate, Babalon, la mère des abominations. Pour la partie graphique, je suis orphelin de Martin Simmonds, ce tome 3 sera dessiné par un(e) dessinateur(rice) différent(e) pour chaque chapitre.  J'ai pris plaisir à retrouver Elsa Charretier (November) dans un style moyenâgeux et enchanteur. Tyler Boss est dans le pur style comics, tandis que John J. Pearson plagie Martin Simmonds. J'ai adoré le dessin psychédélique de Alison Sampson aux couleurs hallucinogènes. Un assemblage cohérent qui retranscrit les ambiances bien différentes des chapitres. Note : 4. Tome 4 Un album qui va se concentrer sur la relation entre Cole et son mari, mais aussi sur le passé pendant la guerre froide, avec le Ministère du Mensonge, l'équivalent soviétique du Department of Truth et l'énigmatique Grigori Petrov. Avec le retour en force de Black Hat, ce quatrième tome est captivant et promet quelques belles surprises. Une narration toujours aussi verbeuse et paradoxalement, je ne la trouve pas rébarbative, au contraire elle me séduit de plus en plus. Cet opus marque aussi le retour de Martin Simmonds pour mon plus grand plaisir. Toujours aussi somptueux. Note : 4 et nouveau coup de cœur.

09/04/2022 (MAJ le 29/08/2023) (modifier)
Par Canarde
Note: 3/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Falafel sauce piquante
Falafel sauce piquante

Je suis intéressée par le sujet d'Israël parce que 1. j'ai un collègue de boulot qui vient de là-bas et je n'ai jamais vraiment réussi à aborder le sujet politique de son pays, parce que je me sens démunie pour comprendre ce guêpier historique, géopolitique et religieux qu'a instauré le Royaume-uni après la seconde guerre mondiale. 2 j'ai une amie qui a épousé un Israélien et vécu longtemps là-bas, son caractère a été très marqué par cette expérience (et son premier fils est né la même nuit que le mien, à des milliers de kilomètre de distance !). Bref je me sens touchée et déboussolée par ce pays. L'intérêt de ce livre c'est de faire comprendre comment un jeune liégeois juif se sent attiré par Israël au point de déménager, d'y fonder une famille et ensuite d'y rester toute sa vie malgré la violence, les politiques menées par l’État qui ne correspondent pas du tout à ses aspirations. C'est d'abord un bain culturel familial où Israël est très présent, dans les années 60. Très différent évidemment de celui d'un petit Européen de famille chrétienne élevé par une famille qui a connu la même guerre de 39/45, mais sans en subir le même drame culturel. On va en Israël en vacances visiter de la famille qui est partie là-bas à la fin de la guerre parce qu'elle avait tout perdu, on fait des camps dans des kibboutz, on y envoie de l'argent pour aider le pays. C'est donc assez naturellement que Michel Kichka part pour Jérusalem dans l'espoir d'être pris à l'école des beaux-arts. Je ne vais pas vous raconter toute son histoire, elle est agréable à lire, le dessin est assez réaliste mise à part les visages qui vont vers la caricature, les couleurs sont légères et ensoleillées et pas toujours présentes. Apprentissage de l’hébreu, service militaire, rencontre avec sa femme, études artistiques, et finalement son engagement avec cartooning for peace vont le pousser à rester et résister d'une certaine façon : pacifiquement et avec humour. Cet album m'a fait penser au journal inquiet d’Istanbul : c'est aussi le parcours d'un dessinateur dans un pays très spécial, où l'humour est toujours dangereux d'une certaine façon. Je vous en conseille la lecture, Kichka réussit toujours à rester léger quelles que soient les circonstances, et c'est vraiment une force, ça me donne envie de lire son autre BD Deuxième génération. Je vous laisse aussi découvrir tous les sens de ce nom Kichka auquel Michel s'est si fort identifié...

27/08/2023 (modifier)
Par Gaston
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série J'ai vu les soucoupes
J'ai vu les soucoupes

L'autrice nous raconte son adolescence lorsqu'elle était mal dans sa peau et s'est réfugiée dans le paranormal et surtout dans le monde des OVNIS. Elle raconte cette période dont elle a honte parce qu'elle a totalement embarqué dans le côté obscur de l'ufologie. Je me reconnais un peu dans ce qu'a vécu l'autrice parce que moi aussi jeune j'aimais lire sur le paranormal et je voulais croire que tout était vrai. Heureusement pour moi, j'avais tout de même une certaine partie critique, ma philosophie étant 'je vais y croire à 100% lorsque je vais voir un alien/un fantôme/un big foot/insérer n'importe quelle créature paranormale' et j'imagine que je devrais être content de ne pas avoir eu l'impression d'avoir aperçu une soucoupe volante comme c'est arrivé à l'autrice. Aujourd'hui, j'aime toujours lire sur le paranormal et le mystérieux, mais je suis plus critique et d'ailleurs maintenant je préfère lire le travail de gens qui sont sérieux. Je conseille d'ailleurs la lecture du livre de Christian Page, un enquêteur du paranormal québécois, 'Ovnis au Québec' où l'auteur raconte les coulisses du milieu ufologue et du peu de rigueur de la plupart des chercheurs d'extraterrestres. Mais bon assez parlé de moi (quoiqu'une des qualités de l'album est que plusieurs gens qui ont été jeunes dans les années 1990-2000 vont se retrouver dans ce qu'a vécu l'autrice) et parlons plus de la BD en elle-même. C'est très bien fait, l'autrice mélange bien sa vie personnelle et tout ce qui touche au monde des OVNIS et je partage son point de vues sur plusieurs aspects, notamment le fait que c'est dommage que la plupart des ufologues sceptiques sont partis et les complotistes ont pris toute la place. Il y a un très bon résumé sur l'histoire de l'ufologie qui est passionnant même si je connaissais déjà la plupart des faits cités dans l'album. Le dessin est dynamique et agréable à l'œil.

27/08/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Fausses pistes
Fausses pistes

Incontestablement, Duhamel fait partie de ces auteurs qui réinventent le genre franco-belge avec brio. Et ce one-shot en est un parfait exemple. Avec ce faux western, l’auteur n’aura de cesse de brouiller les pistes, comme le sous-entend le titre. Ce qu’il décrit ici, c’est la collision entre le monde moderne et le passé, un passé idéalisé où la réalité historique est bien souvent galvaudée, à commencer par le mythe du Far West et ses légendes. Et de façon plus générale, la frontière entre le bien et le mal est loin d’être étanche, une zone grise où les « gentils » ne sont pas irréprochables, où les « méchants » méritent aussi d’être entendus. L’auteur s’en prend aussi d’une certaine façon à ce tourisme de masse qui fait de la Terre un immense parc d’attraction. Duhamel a ainsi trouvé l’angle d’attaque parfait pour élaborer son histoire, en confrontant un groupe de touristes à un ancien marine (que notre « marshal » Franck va voir comme une sorte d’allié), qui lui-même semble contenir une haine profonde vis-à-vis de ces hordes de « curieux », armés de leurs smartphones et leurs « selfie sticks » pour prendre la pose devant les sites les plus « instagrammables ». Cette histoire qui commence comme une visite pépère de Monument Valley va partir en vrille, et personne n’en sortira gagnant. Chacun des personnages, très variés et pour la plupart très bien campés, finira par révéler ses côtés les moins glorieux, ses petites lâchetés et autres mesquineries. Quant à Franck, lui aussi va devoir remettre en cause ses certitudes, lors d’une expérience chamanique involontaire, lui qui pensait avoir une connaissance approfondie de l’histoire du Far West et du personnage légendaire qu’il incarnait dans un spectacle pour touristes avant de se faire congédier comme un malpropre. Dans une sorte de mise en abyme ironique, cette aventure va lui permettre d’expérimenter pour de vrai l’héroïsme dont il se réclamait… En résumé, Duhamel nous enjoint à ne pas se fier aux apparences, à se méfier des idées toutes faites, des beaux discours, des « vérités » historiques et des « fake news » actuelles. Il y a nécessité à renforcer notre esprit critique et accorder plus de place au doute, car ce sont souvent nos certitudes qui créent notre enfer. En second plan, l’auteur évoque aussi d’autres sujets plus « américains » tels que le port d’armes, la fracture civile entre pro-républicains et pro-démocrates (rallumée par qui l’on sait), ou l’artificialité bling-bling du miroir aux alouettes qu’est Las Vegas. Si le scénario est très bien ficelé, avec pas mal d’humour et des dialogues qui font mouche, il comporte aussi une vraie profondeur philosophique et bénéficie d’un graphisme impeccable. Qu’il s’agisse des personnages, très expressifs, ou des paysages grandioses de l’Ouest américain, le talent de Duhamel laisse admiratif. De même, la mise en couleur est léchée et contribue à créer des ambiances splendides, où les ciels, de nuit comme de jour, constituent une invitation au voyage. Le moins qu’on puisse dire, c’est que « Fausses pistes » coche toutes les cases, révélant une grande maîtrise de la part de son auteur.

26/08/2023 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Contrition
Contrition

« Cet endroit est le bout du chemin. Le seul endroit où on peut rester. Quant à vivre… vivre c’est autre chose. » Ces mots du protagoniste principal, condamné pour pédophilie, symbolisent bien ce qu’est Contrition, un village fictif des Etats-Unis où sont confinés les harceleurs sexuels qui, une fois sortis de prison, ont pour interdiction « de vivre à moins de 1000 pieds d’une école, d’une crèche, parc ou cour de récréation ». Selon ceux qui y vivent, Contrition ne serait rien de moins qu’une « prison à ciel ouvert », un lieu très particulier déserté par les habitants et où les ruines abondent, investies par les sans-domiciles fixes. Cette petite bourgade fictive, comme il doit en exister d’autres aux Etats-Unis, porte un nom paradoxal puisque le site est décrit par un des résidents non pas comme le purgatoire, mais les « limbes », ce qui est sans doute bien pire… sauf si l’on préfère dormir sous les ponts. Comble de l’ironie, ces endroits ont même leur pasteur… Pour aborder un thème aussi sensible, voire casse-gueule, que celui de la pédophilie, les auteurs ont opté pour le genre du thriller. Un thriller lent, et surtout psychologique, qui parvient plutôt bien à tenir le lecteur en haleine jusqu’au final pour le moins inattendu. Mais le vrai point fort de ce récit, c’est qu’il pose beaucoup de questions et tente de se mettre dans la tête d’un prédateur sexuel, sans chercher à l’absoudre mais en tentant de comprendre les mécanismes qui peuvent conduire un être humain à se livrer au harcèlement envers un enfant jusqu’à le pousser au suicide. Afin de ne point trop déflorer l’intrigue, très bien construite, on se limitera au fond. Le scénariste, Carlos Portela, est un touche-à-tout officiant dans la bande dessinée et la télévision, bénéficiant d’une certaine notoriété en Espagne. C’est avec beaucoup de subtilité qu’il nous propose ce récit, en laissant le lecteur libre de se faire sa propre opinion. De façon factuelle, il fournit quelques clés pour nous aider à comprendre, mais comme on peut s’en douter, il n’y aura pas de réponses prémâchées. Ainsi se succèdent plusieurs thèmes, notamment le harcèlement ordinaire (celui qui commence à l’école !), et pas seulement celui des prédateurs sur internet, ou encore la triste affaire d’Abou-Ghraib en Irak (et ces clichés de soldats US posant avec leurs prisonniers torturés et violés). Et en filigrane, quelques questions lancinantes voire dérangeantes qui affleurent tout au long du livre : Comment des gens ordinaires peuvent-ils sombrer dans ce type de criminalité ? Le repentir prémunit-il contre la récidive ? Après avoir payé sa dette à la société, le « monstre » doit-il subir une double peine, celle de la ségrégation géographique à vie ? N’a-t-il pas droit à la rédemption au même titre que n’importe quel criminel ? Une personne qui fait des choses mauvaises est-elle forcément une mauvaise personne ? Parce qu’en effet, le personnage de Nowak en est l’illustration même, loin d’avoir le look d’un criminel mais plutôt d’un voisin tranquille… Mais le plus déstabilisant est sans doute le dénouement, qui nous laisse peut-être avec encore plus de questions à l’esprit… Quant au dessin, signé de Keko, maître espagnol du N&B, il accompagne parfaitement la narration. Son réalisme et son cadrage très précis donne à « Contrition » des airs de série TV, avec une ambiance noire à souhait. On retiendra particulièrement la trouvaille pour le moins déroutante où le « cyber harceleur » et sa jeune victime sont représentés par leur avatar, le premier endossant les traits d’une jeune collégienne blonde et en apparence innocente, tout droit sorti d’un manga. Gros malaise… Les personnages sont très bien campés également, renforçant la crédibilité du récit, notamment celui de Marcia travaillant pour un journal local et bien décidée à faire la lumière sur cette mort suspecte. C’est probablement à cette jeune femme empathique mais peu soutenue par son entourage, qui au-delà de cette affaire cherche à comprendre l’incompréhensible, que le lecteur s’identifiera le plus, si tant est que ce dernier aborde l’ouvrage sans préjugés. Rien ne semble avoir été laissé au hasard dans ce récit riche, dense et puissant, qui vous habite longtemps après lecture. « Contrition » restera à coup sûr un ouvrage marquant de cette année 2023, un ouvrage dont une des principales qualités est de ne pas tomber, comme le dit très bien Antonio Altarriba en préface, dans un « sensationnalisme malsain ». Et pour vous donner un peu plus envie de vous le procurer, je ne peux que vous encourager à la découvrir, cette préface…

26/08/2023 (modifier)
Par gruizzli
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il fallait que je vous le dise
Il fallait que je vous le dise

Il y a des BD qui me plaisent parce qu'elles sont biens, que j'aime leur style, leur dessin, leur scénario. Il y a des BD que j'aime parce qu'elles me touchent, qu'elles m'émeuvent. Et puis il y a des BD qui me plaisent parce qu'à peine fini la lecture, j'ai envie de l'offrir à tout le monde. "Il fallait que je vous le dise" fait partie de cette dernière catégorie, très fermée. J'ai lu la BD dans le train, entrainé sans m'en rendre compte et finissant ému aux larmes par ce qui ressort de ce genre d'ouvrage. Je ne suis pas une femme, je n'ai jamais connu ni l'enfantement ni l'avortement, et je ne peux que compatir sans jamais ressentir ce genre de choses. Ces dilemmes, ces choix, ces attentes et ces conséquences. Avorter n'est jamais anodin, quoi qu'en disent ceux qui sont contre, et personne ne le fait comme on va faire une visite de routine chez le médecin. C'est un choix difficile, un moment dur et parfois violent. Cette BD nous le rappelle. Divisée en deux témoignages, d'abord une femme parlant de son avortement, puis un médecin qui parle de comment il en est arrivé à le faire, la BD nous présente deux facettes tout aussi intéressantes du choix d'enfanter ou non. Et je suis toujours ému et sidéré par ce genre de BD. Comment peut-on encore avoir aujourd'hui des débats autour de la façon dont les femmes veulent gérer leurs corps ? Comment a-t-on pu laisser si longtemps l'avortement clandestin, les infections, les morts, les violences obstétricales, les naissances nombreuses non-voulues ... C'est ignoble et je me sens toujours mal pour toutes ces femmes qui n'ont pas eu le choix, qui ont du faire sans. Ce genre de BD est salutaire, à l'heure où le pays le plus riche du monde annule la protection juridique de l'avortement. Il faut rappeler ce que ce fut, historiquement, et ce que c'est, humainement. Je suis convaincu qu'il faut diffuser ce message le plus possible, montrer l'humain derrière les mots. Et rien que pour ça, c'est une BD que je recommande.

23/08/2023 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Wonder Woman Historia
Wonder Woman Historia

Toi qui va lire cet avis, tu te dis : "encore un comics de super-héros", et bien tu te mets le doigt dans l'œil car le titre est trompeur, de Wonder Woman il n'est pas question, enfin très très légèrement. Et là, tu vas me demander de quoi ça parle alors, je vais te répondre : de mythologie avec la naissance des Amazones, de la guerre qu'elles vont mener contre la colère les Dieux, mais plus que cela, c'est avant tout une œuvre féministe. Tu y découvriras la condition des femmes à cette époque et leurs combats contre la dégradation, l'esclavage, l'exclusion, l'impudence, l'isolement, l'effacement, l'humiliation, la soumission, l'agression et le meurtre, des sujets toujours d'actualité hélas. Tu pourras te laisser transporter par une narration onirique, y découvrir des déesses rebelles et des femmes toutes puissantes mais pas toutes-puissantes, comprends-tu la différence ? Tu pourras me rétorquer que cela manque de nuances par moments, que tous les hommes ne sont pas des salauds. C'est vrai, mais cela n'a pas gêné mon plaisir de lecture. Une histoire bien charpentée où complots, aventure et moments plus intimes se succèdent naturellement. Comme je te l'ai dit plus haut, c'est un récit féministe qui parle aussi de la vie et donc de sa finalité, la mort. Entre les deux, il faut vivre, apprendre, souffrir et grandir pour pouvoir aimer, mais la vie est aussi faite de choix, et ceux-ci peuvent être douloureux. Question dessin ? Tu auras droit à trois dessinateurs, un par chapitre, Phil Jimenez pour le premier (superbe), Gene Ha pour le second (j'aime moins) et Nicola Scott pour le troisième (très beau), le tout en gardant une harmonie graphique et une atmosphère épique, ce qui permet une immersion dans cette Grèce antique. Tu pourras aussi apprécier le guide des tribus Amazones de Phil Jimenez en fin d'album. Bref, comme tu l'auras compris, j'ai beaucoup aimé. Coup de cœur. Will Eisner Award 2022 pour le meilleur one shot (chapitre 1).

22/08/2023 (modifier)