Cette BD basée sur la vie et les voyages de John Muir, écologiste avant la lettre, manque d'un chouia sa cinquième étoile. Peut-être parce que j'ai trouvé ça tellement admirable malgré mes réserves de départ, que j'en ressens finalement un peu de frustration. En fait, j'aurais aimé que ce soit encore plus long, plus étoffé. Allez, je lui colle un coup de cœur quand même. Ca les vaut amplement.
D'abord graphiquement, le dessin est splendide. Le trait est remarquable de finesse et contient une foultitude de détails. Ca foisonne, ça vibre. Les contours fourmillent comme dans les tableaux pointillistes (alors qu'on a affaire à des traits bien marqués, hein ?). Le noir et blanc, qui peut être source de frustration (on imagine aisément le travail de coloriste que cela pourrait engendrer), apporte pourtant la touche contemplative. En effet, mon impression avant d'entamer ma lecture était de tenir une BD terne, presque vide comme ces dessins que l'on trouve dans les carnets de coloriage pour enfants. Mais non, le dessin est vraiment splendide et colle finalement très bien à l'état intérieur de cet homme tout entier happé dans l'environnement qu'il traverse. En outre, notre personnage sort d'une longue période de convalescence qui a bien failli le laisser définitivement aveugle. Alors oui, le dessin, à la fois net et pâle, retranscrit ce retour à la vue, à la vie, et traduit assez bien l'émerveillement de John Muir devant cette nature extraordinairement subtile.
Ce voyage est agréable à suivre. On est avec lui, dans l'immensité de territoires encore vierges de souillures humaines. De longs passages muets et méditatifs composent et rythment le récit. Contrairement à Cosme, j'ai trouvé le propos juste et profond, que ce soit au niveau écologique ou spirituel. Lomig présente John Muir un peu à la façon d'un Adam moderne, et ça fonctionne parfaitement. Le propos est d'une actualité brulante et tragique. Bien entendu, il n'y a pas d'intrigue. Il s'agit d'un voyage, d'une déambulation solitaire à travers les Etats-Unis d'avant la conquête totale de l'Ouest sauvage, pas d'une enquête policière. Chercher un scénario ici avec moults rebondissements me parait un non-sens. Néanmoins, les images accompagnent parfaitement les réflexions de Muir et offrent de très belles transitions. Moi, en tout cas, ça me va complètement.
En outre, ça m'a rappelé le récit de Jean-Jacques Audubon qui a fait également l'objet d'une adaptation BD, plus classique. Mais il y a dans la BD de Lomig une force poétique incontestable, absente du livre de Grolleau et Royer. Il permet d'inscrire ce voyage de découverte dans une attitude spirituelle profonde et juste : la "Nature" (pour les peuples animistes, la Nature n'existe pas en dehors d'eux ; ils en font parti intégralement) est une source d'inspiration, permet la méditation. Une promenade vaut toutes les gamberges du monde. Quiconque a déjà fait cette expérience le sait. T'as un souci, tu te poses des questions en boucle sans parvenir à démêler la pelote ? Alors va faire une balade, et la solution, si tu sais regarder, viendra à toi. C'est aussi simple et magique que cela.
Ouais ! Cette solitude vaut bien un coup au cœur.
"Vous les mômes qui grandissez là-dedans... Vous accordez trop de pouvoir aux morts. Ça vous détourne."
J'ai lu le 1er volume de Clémentine par Tillie Walden, dans l'univers Wdead (série prévue en 3 volumes), et d'après les jeux vidéo édités par Telltale. Plus exactement, ça reprend la suite des jeux vidéo avec ce personnage.
Tillie Walden, c'est une autrice américaine, que j'apprécie beaucoup et qui est éditée en vf en France chez Gallimard jeunesse avec des ouvrages tels que Spinning ou Dans un rayon de soleil. Et maintenant, avec sa série Wdead Clémentine chez Delcourt.
Ce premier volume comporte un préambule à l'histoire pour la liaison entre les jeux vidéo et ce qu'il va se déroulee dans ces 3 volumes. Alors, je ne connaissais pas du tout car je n'ai pas joué aux jeux vidéo mais concrètement ce n'est pas très grave car dans le récit, Tillie Walden réussit à placer des flash-back, pour que l'on apprenne un tant soit peu l'histoire de Clémentine. Là Clémentine a 17 ans à peu près et elle va rencontrer de nouvelles personnes avec qui elle va devoir affronter les rôdeurs et bien plus. Les personnages sont des adolescents, comme Tillie sait très bien les raconter, avec leurs doutes et leurs questionnements, mais avec en plus cette sombre réalité qui est la leur puisque ils vivent ou sont nés dans un monde post-apocalyptique. Tillie a réussi à s'approprier l'univers Wdead tout en finesse et avec toujours cette touche intimiste qui lui est propre. Avec de plus son graphisme très reconnaissable, et ce noir et gris à la Wdead qu'elle arrive à sublimer.
J'ai vraiment beaucoup aimé. Il y a des scènes très émouvantes et intenses. On est tout de suite embarqué aux côtés de ces personnages à la sensibilité toute réaliste. Belle réussite pour cette autrice qui est à découvrir. Et vraiment hâte de lire la suite des aventures de Clémentine en comics.
Avec simplicité et autodérision, Nicolas Wild fait le récit de sa mission en Afghanistan. Parti sur un coup de tête, il prend rapidement conscience qu’il a atterri dans un pays à la fois dangereux et attachant. L’auteur nous plonge dans son quotidien de dessinateur dans une agence de communication. Sur fond de plans d’aide américains, d’actions de communication pour des programmes onusiens ou d’aide humanitaire… les expatriés vivent à l’Occidentale dans leur quartier haute sécurité, leur bar-restaurant « La Joie de Vivre » (ça ne s’invente pas !), leur piscine et leurs fêtes entre expats. A l’inverse, la population afghane manque de tout, de nourriture, de soins médicaux, d’écoles. Le premier tome est fluide et le second est aussi bon. Cette fois, il est question du trafic d’opium et des tentatives occidentales pour l’endiguer. Ce deuxième tome est particulièrement intéressant pour montrer le décalage qui existe entre la vision occidentale de la question afghane et la réalité sur le terrain. Nicolas Wild décrypte les plans occidentaux et les fausses bonnes-solutions de l’ONU qui ne font qu’aggraver le problème faute d’avoir correctement analysé la situation locale. Croisant carnet de voyage et album documentaire, Kaboul disco raconte un pays, l’Afghanistan, que l’on a envie de mieux connaitre et de mieux comprendre.
J'ai vraiment été séduit par ce récit autobiographique de Magali Le Huche. J'avais beaucoup aimé son travail dans la série Verte/Pome/Mauve et je ne suis pas déçu de la retrouver dans un récit beaucoup plus intime.
De plus comme je suis fan des Fab Four, son récit ne pouvait que me toucher. Magali s'expose courageusement dans le récit de son passage de l'enfance à l'âge adulte.
Deuxième fille dans une famille intellectuelle supérieure, elle se retrouve en forte difficulté à son entrée en sixième dans un grand collège parisien. J'ai alors retrouvé une ambiance à la Kubrik dans son face à face avec Crioufolle, sa perverse (et raciste ?) prof de français.
Comme pour la confrontation entre Baleine et Hartman, la rencontre entre Le Huche et Crioufolle provoque la destruction psychique de celle qui n'est pas dans le moule. C'est une thématique peu abordée que développe Magali avec sa phobie scolaire et la quasi-destruction de son moi par un système élitiste aveugle aux particularités des enfants.
Issu d'un grand collège parisien, je connais bien cette ambiance même si je n'ai pas eu les soucis de Magali. La phobie scolaire est un casse-tête très culpabilisant pour les parents. La description qu'en donne Magali Le Huche est une vraie piste de réflexion pour tous les parents peu présents et qui voient les choses leur échapper.
La couverture est magnifique de sens. La petite Magali doit traverser la route, son Abbey Road, pour grandir dans ce monde gris et souvent terrifiant. Les parents ont montré leurs limites alors Magali a trouvé des compagnons de route. Pas n'importe lesquels : des Immortels, même si le 8 décembre 1980 un dingue a déchargé son flingue sur un génie quand Magali était bébé.
Car Magali a trouvé son monde coloré, un peu psychédélique dont elle a compris intuitivement toutes les richesses.
Le graphisme de Magali Le Huche travaille sur la distance à soi dans l'autodérision touchante avec son trait fin et souple. Ces épisodes sont presque en N&B tout juste adouci par des nuances de roses. Dans ce récit touchant s'introduit comme par effraction des doubles pages colorées de façon très travaillées et abouties.
Grâce soit rendue aux quatre de Liverpool pour avoir accompagné Magali sur le chemin de la créativité qui produit ce petit bijou. Bien d'autres enfants rencontrent des compagnons de route bien plus malveillants dans leurs mondes parallèles.
La série de Magali montre que les Beatles ont sauvé au moins une étoile de mer échouée sur la plage, c'est déjà immense.
"Elève Le Huche, levez-vous ! Félicitation vous saurez rendre des lecteurs/rices heureux/ses !!"
Quelle merveille ce livre!
Commençons par le dessin!
J'aime énormément le travail de Jean Dytar (une bibliographie sans fausse note (Scénario/dessin) et en particulier Florida, un de mes gros coups de coeur de l'année 2018) mais là, waouh, je ne m'attendais pas à pareille claque visuelle !! Un peu dans la même veine que David Vandermeulen pour Fritz Haber.
Que c'est beau et cette idée de découpage des planches qui permet, aidé par les couleurs, de suivre en parallèle et aisément nos trois protagonistes (i.e. Rimbaud, Verlaine et Nouveau) est judicieuse et marche formidablement bien.
Côté scénario, rien à redire, c'est d'une subtilité et finesse sans nom ! On ne présente plus non plus Laurent-Frédéric Bollée et on notera l'apport reconnu de Jean Dytar.
Lire ce récit sur la genèse des Illuminations me donne des envies de (re)lire le(s) livre(s) de Rimbaud, (re)lire les livres de Verlaine et Nouveau, se renseigner sur cette période et ces trois auteurs et finalement, se replonger à nouveau dans cette BD !
Un immanquable de 2023 !
Je ne comprends même pas pourquoi une personne qui n’aime pas les mangas et qui n’a lu que le 1er tome, donne son avis.
Ce manga est génial. Certes, au début il ressemble à bcp d’autres, mais au fil de l’histoire, des intrigues se complexifient. Les personnages évoluent tout au long de l’histoire. Les enjeux changent et évoluent eux aussi. Et ce n’est pas un manga très long, du coup il se lit très bien.
Ceux qui disent qu’on ne différencie pas les persos, ben on ne peut rien pour eux, personnellement, je n’ai jamais eu de mal.
POSSIBLES SPOILERS
Il n’est sans doute pas utile de faire de la pub pour cette saga de 6 tomes au succès énorme, mais je vais le faire quand même.
C’est ma saga préférée, celle qui m’a fait pleuré à chaudes larmes tout le tome 5 et 6.
je me suis attachée énormément à Riad et à sa maman, au destin de son petit Frère Fadi, et à ce père tellement compliqué, antisémite sexiste nationaliste, mais son père quand même avec des moments touchants entre eux dans les premiers tomes .
Je prête ces tomes à toute ma famille comme si je donnais des nouvelles de gens de notre famille justement, nous n’avons aucun lien avec la Syrie mais cette bd parle à tous les humains
Riad a fait une des œuvres les plus importantes du monde de la bd à mes yeux.
Mais comme c'était chouette !
En fait, le Alan Moore, faut le laisser se lâcher complètement pour qu'il soit réellement efficace. Bon, il n'est pas tout seul aux commandes, mais tout le côté parodique et référentiel vient de lui, je suis sûr : il y en a plein les pages et c'est très rigolo -surtout que ça parasite pas du tout le déroulement des histoires, hein ! C'est jamais que le quotidien d'un commissariat de quartier, après tout.
... Mais quel quartier ! C'est Néopolis ! La ville où tout le monde a des super-pouvoirs... Celui-là de concept gaguesque ! Mais ça marche : le ton sans emphase et les sujets abordés -toujours sous l'angle humain, très MCG de la grande époque- font qu'on accepte le postulat de départ comme allant de soi car, simple décor aux personnages, il met en valeur -et en perspectives acceptables car très intelligemment renouvelées !- des scénarios somme toute très classiques, les mêmes que ceux de n'importe quelle autre série policière de télévision.
Bon, il y a quand même un sérieux boulot de création -et parfois de recréation- au niveau des personnages, et les auteurs nous régalent d'un noyau dur de plus d'une douzaine de "super-héros" aux capacités paranormales très originalement mises en valeur (ou en berne ! Pauvre agent McCambridge !) et habilement exploitées dans chaque épisode.
Et Gene Ha est juste parfait dans l'équilibre qu'il arrive a créer entre l'incroyable "réalisme" plein de détail de sa ville monstrueusement inhumaine et le rendu très fouillé de ses personnages, qui parviennent à se détacher -et de manière dynamique, encore !- sur le fond miraculeusement pas trop étouffant de toute cette richesse architecturale. L'impression "pâlie" de l'encrage de certains décors aide aussi pas mal. On a le sentiment assez surprenant d'un cadre futuriste pourtant déjà ancien -bien installé, quoi !-, graphiquement parlant ; et ça fonctionne en renforçant encore d'avantage la singularité de l'idée de départ.
On s'amuse beaucoup à la lecture des aventures des Top 10 ! Il y a de l'humour -bien sûr !-, une vraie profondeur dans les rapports qu'entretiennent les héros entre eux -et donc de vraies tensions !- et les enquêtes, transfigurées par le contexte, n'en sont que plus passionnantes. Je le mets en coup de coeur car, le trouvant en référence sur le site, c'est exactement ce que j'ai ressenti, à nouveau.
Une grande réussite du genre.
A travers la vie de Woan, Christian Rossi construit une grande fresque épique qui nous conte en filigrane l'inévitable déclin ("forcé") de la civilisation Apache. Le pari était assez osé mais est pleinement réussi, on s'attache très rapidement à notre héros et à sa destinée. Mais pas que. En effet, de nombreux personnages secondaires fort intéressants viennent enrichir le récit (Entre autre: Ines, Lozen, Ta-Nah...). On y croisera également régulièrement l'un des acteurs majeurs de cette période coté apache en la personne de Géronimo.
Le récit est plutôt orienté aventure/action. Au travers des 168 pages, on ne s'ennuie pas une seconde. On se dit même que l'histoire (Surtout la fin) aurait pu (du?) être beaucoup plus développé pour apporter encore plus de richesses et de réflexion à l'ouvrage.
Le graphisme est remarquable. C'est du Christian Rossi au sommet de son art.
A mes yeux, une grande Oeuvre de 2023 et un vrai plaisir de lecture.
Je déambulais dans les allées de ma librairie préférée lorsque j'ai aperçu un album à la couverture intrigante. J'ai été mystérieusement attiré et je n'ai pas résisté au plaisir de lire ses 44 pages, là, debout, coupé du monde !
Une lecture possible puisque le récit est muet, mais une lecture pas si évidente que cela.
Un récit qui va vous entraîner dans un lieu loin de tout où vit un homme solitaire avec pour animal de compagnie, un chat. On va aussi découvrir une famille pas comme les autres, la famille La Mort. Et comme il est de coutume, la mère veut transmettre son joli métier à sa fille. Mais celle-ci est insouciante et s'éprend de dame nature et plus particulièrement d'un lapin. Après quelques péripéties, notre homme solitaire et La Mort vont se retrouver pour un tête à tête. Le reste, je vous laisse le découvrir et chacun pourra en faire son interprétation, donner un sens aux images.
Un récit intemporel, sinistre et ironique avec une part d'humour noir, mais pouvait-il en être autrement avec la mort ?
La partie graphique (carte à gratter) est sublime, le noir et blanc retranscrit parfaitement la mélancolie qui suinte sur chaque planche dans un beau format à l'italienne. Une image par planche pour mieux l'apprécier, mieux l'interpréter (scrutez les nombreux détails).
Et la couleur mauve en fin d'album donne une nouvelle dimension au dessin.
Fabuleux !
Une œuvre atypique que je recommande.
Un 4 étoiles un peu généreux, mais je ne pouvais pas mettre moins.
Coup de cœur pour le dessin.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Au cœur des solitudes
Cette BD basée sur la vie et les voyages de John Muir, écologiste avant la lettre, manque d'un chouia sa cinquième étoile. Peut-être parce que j'ai trouvé ça tellement admirable malgré mes réserves de départ, que j'en ressens finalement un peu de frustration. En fait, j'aurais aimé que ce soit encore plus long, plus étoffé. Allez, je lui colle un coup de cœur quand même. Ca les vaut amplement. D'abord graphiquement, le dessin est splendide. Le trait est remarquable de finesse et contient une foultitude de détails. Ca foisonne, ça vibre. Les contours fourmillent comme dans les tableaux pointillistes (alors qu'on a affaire à des traits bien marqués, hein ?). Le noir et blanc, qui peut être source de frustration (on imagine aisément le travail de coloriste que cela pourrait engendrer), apporte pourtant la touche contemplative. En effet, mon impression avant d'entamer ma lecture était de tenir une BD terne, presque vide comme ces dessins que l'on trouve dans les carnets de coloriage pour enfants. Mais non, le dessin est vraiment splendide et colle finalement très bien à l'état intérieur de cet homme tout entier happé dans l'environnement qu'il traverse. En outre, notre personnage sort d'une longue période de convalescence qui a bien failli le laisser définitivement aveugle. Alors oui, le dessin, à la fois net et pâle, retranscrit ce retour à la vue, à la vie, et traduit assez bien l'émerveillement de John Muir devant cette nature extraordinairement subtile. Ce voyage est agréable à suivre. On est avec lui, dans l'immensité de territoires encore vierges de souillures humaines. De longs passages muets et méditatifs composent et rythment le récit. Contrairement à Cosme, j'ai trouvé le propos juste et profond, que ce soit au niveau écologique ou spirituel. Lomig présente John Muir un peu à la façon d'un Adam moderne, et ça fonctionne parfaitement. Le propos est d'une actualité brulante et tragique. Bien entendu, il n'y a pas d'intrigue. Il s'agit d'un voyage, d'une déambulation solitaire à travers les Etats-Unis d'avant la conquête totale de l'Ouest sauvage, pas d'une enquête policière. Chercher un scénario ici avec moults rebondissements me parait un non-sens. Néanmoins, les images accompagnent parfaitement les réflexions de Muir et offrent de très belles transitions. Moi, en tout cas, ça me va complètement. En outre, ça m'a rappelé le récit de Jean-Jacques Audubon qui a fait également l'objet d'une adaptation BD, plus classique. Mais il y a dans la BD de Lomig une force poétique incontestable, absente du livre de Grolleau et Royer. Il permet d'inscrire ce voyage de découverte dans une attitude spirituelle profonde et juste : la "Nature" (pour les peuples animistes, la Nature n'existe pas en dehors d'eux ; ils en font parti intégralement) est une source d'inspiration, permet la méditation. Une promenade vaut toutes les gamberges du monde. Quiconque a déjà fait cette expérience le sait. T'as un souci, tu te poses des questions en boucle sans parvenir à démêler la pelote ? Alors va faire une balade, et la solution, si tu sais regarder, viendra à toi. C'est aussi simple et magique que cela. Ouais ! Cette solitude vaut bien un coup au cœur.
Walking Dead - Clementine
"Vous les mômes qui grandissez là-dedans... Vous accordez trop de pouvoir aux morts. Ça vous détourne." J'ai lu le 1er volume de Clémentine par Tillie Walden, dans l'univers Wdead (série prévue en 3 volumes), et d'après les jeux vidéo édités par Telltale. Plus exactement, ça reprend la suite des jeux vidéo avec ce personnage. Tillie Walden, c'est une autrice américaine, que j'apprécie beaucoup et qui est éditée en vf en France chez Gallimard jeunesse avec des ouvrages tels que Spinning ou Dans un rayon de soleil. Et maintenant, avec sa série Wdead Clémentine chez Delcourt. Ce premier volume comporte un préambule à l'histoire pour la liaison entre les jeux vidéo et ce qu'il va se déroulee dans ces 3 volumes. Alors, je ne connaissais pas du tout car je n'ai pas joué aux jeux vidéo mais concrètement ce n'est pas très grave car dans le récit, Tillie Walden réussit à placer des flash-back, pour que l'on apprenne un tant soit peu l'histoire de Clémentine. Là Clémentine a 17 ans à peu près et elle va rencontrer de nouvelles personnes avec qui elle va devoir affronter les rôdeurs et bien plus. Les personnages sont des adolescents, comme Tillie sait très bien les raconter, avec leurs doutes et leurs questionnements, mais avec en plus cette sombre réalité qui est la leur puisque ils vivent ou sont nés dans un monde post-apocalyptique. Tillie a réussi à s'approprier l'univers Wdead tout en finesse et avec toujours cette touche intimiste qui lui est propre. Avec de plus son graphisme très reconnaissable, et ce noir et gris à la Wdead qu'elle arrive à sublimer. J'ai vraiment beaucoup aimé. Il y a des scènes très émouvantes et intenses. On est tout de suite embarqué aux côtés de ces personnages à la sensibilité toute réaliste. Belle réussite pour cette autrice qui est à découvrir. Et vraiment hâte de lire la suite des aventures de Clémentine en comics.
Kaboul Disco
Avec simplicité et autodérision, Nicolas Wild fait le récit de sa mission en Afghanistan. Parti sur un coup de tête, il prend rapidement conscience qu’il a atterri dans un pays à la fois dangereux et attachant. L’auteur nous plonge dans son quotidien de dessinateur dans une agence de communication. Sur fond de plans d’aide américains, d’actions de communication pour des programmes onusiens ou d’aide humanitaire… les expatriés vivent à l’Occidentale dans leur quartier haute sécurité, leur bar-restaurant « La Joie de Vivre » (ça ne s’invente pas !), leur piscine et leurs fêtes entre expats. A l’inverse, la population afghane manque de tout, de nourriture, de soins médicaux, d’écoles. Le premier tome est fluide et le second est aussi bon. Cette fois, il est question du trafic d’opium et des tentatives occidentales pour l’endiguer. Ce deuxième tome est particulièrement intéressant pour montrer le décalage qui existe entre la vision occidentale de la question afghane et la réalité sur le terrain. Nicolas Wild décrypte les plans occidentaux et les fausses bonnes-solutions de l’ONU qui ne font qu’aggraver le problème faute d’avoir correctement analysé la situation locale. Croisant carnet de voyage et album documentaire, Kaboul disco raconte un pays, l’Afghanistan, que l’on a envie de mieux connaitre et de mieux comprendre.
Nowhere girl
J'ai vraiment été séduit par ce récit autobiographique de Magali Le Huche. J'avais beaucoup aimé son travail dans la série Verte/Pome/Mauve et je ne suis pas déçu de la retrouver dans un récit beaucoup plus intime. De plus comme je suis fan des Fab Four, son récit ne pouvait que me toucher. Magali s'expose courageusement dans le récit de son passage de l'enfance à l'âge adulte. Deuxième fille dans une famille intellectuelle supérieure, elle se retrouve en forte difficulté à son entrée en sixième dans un grand collège parisien. J'ai alors retrouvé une ambiance à la Kubrik dans son face à face avec Crioufolle, sa perverse (et raciste ?) prof de français. Comme pour la confrontation entre Baleine et Hartman, la rencontre entre Le Huche et Crioufolle provoque la destruction psychique de celle qui n'est pas dans le moule. C'est une thématique peu abordée que développe Magali avec sa phobie scolaire et la quasi-destruction de son moi par un système élitiste aveugle aux particularités des enfants. Issu d'un grand collège parisien, je connais bien cette ambiance même si je n'ai pas eu les soucis de Magali. La phobie scolaire est un casse-tête très culpabilisant pour les parents. La description qu'en donne Magali Le Huche est une vraie piste de réflexion pour tous les parents peu présents et qui voient les choses leur échapper. La couverture est magnifique de sens. La petite Magali doit traverser la route, son Abbey Road, pour grandir dans ce monde gris et souvent terrifiant. Les parents ont montré leurs limites alors Magali a trouvé des compagnons de route. Pas n'importe lesquels : des Immortels, même si le 8 décembre 1980 un dingue a déchargé son flingue sur un génie quand Magali était bébé. Car Magali a trouvé son monde coloré, un peu psychédélique dont elle a compris intuitivement toutes les richesses. Le graphisme de Magali Le Huche travaille sur la distance à soi dans l'autodérision touchante avec son trait fin et souple. Ces épisodes sont presque en N&B tout juste adouci par des nuances de roses. Dans ce récit touchant s'introduit comme par effraction des doubles pages colorées de façon très travaillées et abouties. Grâce soit rendue aux quatre de Liverpool pour avoir accompagné Magali sur le chemin de la créativité qui produit ce petit bijou. Bien d'autres enfants rencontrent des compagnons de route bien plus malveillants dans leurs mondes parallèles. La série de Magali montre que les Beatles ont sauvé au moins une étoile de mer échouée sur la plage, c'est déjà immense. "Elève Le Huche, levez-vous ! Félicitation vous saurez rendre des lecteurs/rices heureux/ses !!"
Les Illuminés
Quelle merveille ce livre! Commençons par le dessin! J'aime énormément le travail de Jean Dytar (une bibliographie sans fausse note (Scénario/dessin) et en particulier Florida, un de mes gros coups de coeur de l'année 2018) mais là, waouh, je ne m'attendais pas à pareille claque visuelle !! Un peu dans la même veine que David Vandermeulen pour Fritz Haber. Que c'est beau et cette idée de découpage des planches qui permet, aidé par les couleurs, de suivre en parallèle et aisément nos trois protagonistes (i.e. Rimbaud, Verlaine et Nouveau) est judicieuse et marche formidablement bien. Côté scénario, rien à redire, c'est d'une subtilité et finesse sans nom ! On ne présente plus non plus Laurent-Frédéric Bollée et on notera l'apport reconnu de Jean Dytar. Lire ce récit sur la genèse des Illuminations me donne des envies de (re)lire le(s) livre(s) de Rimbaud, (re)lire les livres de Verlaine et Nouveau, se renseigner sur cette période et ces trois auteurs et finalement, se replonger à nouveau dans cette BD ! Un immanquable de 2023 !
Ares - The Vagrant Soldier
Je ne comprends même pas pourquoi une personne qui n’aime pas les mangas et qui n’a lu que le 1er tome, donne son avis. Ce manga est génial. Certes, au début il ressemble à bcp d’autres, mais au fil de l’histoire, des intrigues se complexifient. Les personnages évoluent tout au long de l’histoire. Les enjeux changent et évoluent eux aussi. Et ce n’est pas un manga très long, du coup il se lit très bien. Ceux qui disent qu’on ne différencie pas les persos, ben on ne peut rien pour eux, personnellement, je n’ai jamais eu de mal.
L'Arabe du futur
POSSIBLES SPOILERS Il n’est sans doute pas utile de faire de la pub pour cette saga de 6 tomes au succès énorme, mais je vais le faire quand même. C’est ma saga préférée, celle qui m’a fait pleuré à chaudes larmes tout le tome 5 et 6. je me suis attachée énormément à Riad et à sa maman, au destin de son petit Frère Fadi, et à ce père tellement compliqué, antisémite sexiste nationaliste, mais son père quand même avec des moments touchants entre eux dans les premiers tomes . Je prête ces tomes à toute ma famille comme si je donnais des nouvelles de gens de notre famille justement, nous n’avons aucun lien avec la Syrie mais cette bd parle à tous les humains Riad a fait une des œuvres les plus importantes du monde de la bd à mes yeux.
Top 10
Mais comme c'était chouette ! En fait, le Alan Moore, faut le laisser se lâcher complètement pour qu'il soit réellement efficace. Bon, il n'est pas tout seul aux commandes, mais tout le côté parodique et référentiel vient de lui, je suis sûr : il y en a plein les pages et c'est très rigolo -surtout que ça parasite pas du tout le déroulement des histoires, hein ! C'est jamais que le quotidien d'un commissariat de quartier, après tout. ... Mais quel quartier ! C'est Néopolis ! La ville où tout le monde a des super-pouvoirs... Celui-là de concept gaguesque ! Mais ça marche : le ton sans emphase et les sujets abordés -toujours sous l'angle humain, très MCG de la grande époque- font qu'on accepte le postulat de départ comme allant de soi car, simple décor aux personnages, il met en valeur -et en perspectives acceptables car très intelligemment renouvelées !- des scénarios somme toute très classiques, les mêmes que ceux de n'importe quelle autre série policière de télévision. Bon, il y a quand même un sérieux boulot de création -et parfois de recréation- au niveau des personnages, et les auteurs nous régalent d'un noyau dur de plus d'une douzaine de "super-héros" aux capacités paranormales très originalement mises en valeur (ou en berne ! Pauvre agent McCambridge !) et habilement exploitées dans chaque épisode. Et Gene Ha est juste parfait dans l'équilibre qu'il arrive a créer entre l'incroyable "réalisme" plein de détail de sa ville monstrueusement inhumaine et le rendu très fouillé de ses personnages, qui parviennent à se détacher -et de manière dynamique, encore !- sur le fond miraculeusement pas trop étouffant de toute cette richesse architecturale. L'impression "pâlie" de l'encrage de certains décors aide aussi pas mal. On a le sentiment assez surprenant d'un cadre futuriste pourtant déjà ancien -bien installé, quoi !-, graphiquement parlant ; et ça fonctionne en renforçant encore d'avantage la singularité de l'idée de départ. On s'amuse beaucoup à la lecture des aventures des Top 10 ! Il y a de l'humour -bien sûr !-, une vraie profondeur dans les rapports qu'entretiennent les héros entre eux -et donc de vraies tensions !- et les enquêtes, transfigurées par le contexte, n'en sont que plus passionnantes. Je le mets en coup de coeur car, le trouvant en référence sur le site, c'est exactement ce que j'ai ressenti, à nouveau. Une grande réussite du genre.
Golden West
A travers la vie de Woan, Christian Rossi construit une grande fresque épique qui nous conte en filigrane l'inévitable déclin ("forcé") de la civilisation Apache. Le pari était assez osé mais est pleinement réussi, on s'attache très rapidement à notre héros et à sa destinée. Mais pas que. En effet, de nombreux personnages secondaires fort intéressants viennent enrichir le récit (Entre autre: Ines, Lozen, Ta-Nah...). On y croisera également régulièrement l'un des acteurs majeurs de cette période coté apache en la personne de Géronimo. Le récit est plutôt orienté aventure/action. Au travers des 168 pages, on ne s'ennuie pas une seconde. On se dit même que l'histoire (Surtout la fin) aurait pu (du?) être beaucoup plus développé pour apporter encore plus de richesses et de réflexion à l'ouvrage. Le graphisme est remarquable. C'est du Christian Rossi au sommet de son art. A mes yeux, une grande Oeuvre de 2023 et un vrai plaisir de lecture.
Melancholia
Je déambulais dans les allées de ma librairie préférée lorsque j'ai aperçu un album à la couverture intrigante. J'ai été mystérieusement attiré et je n'ai pas résisté au plaisir de lire ses 44 pages, là, debout, coupé du monde ! Une lecture possible puisque le récit est muet, mais une lecture pas si évidente que cela. Un récit qui va vous entraîner dans un lieu loin de tout où vit un homme solitaire avec pour animal de compagnie, un chat. On va aussi découvrir une famille pas comme les autres, la famille La Mort. Et comme il est de coutume, la mère veut transmettre son joli métier à sa fille. Mais celle-ci est insouciante et s'éprend de dame nature et plus particulièrement d'un lapin. Après quelques péripéties, notre homme solitaire et La Mort vont se retrouver pour un tête à tête. Le reste, je vous laisse le découvrir et chacun pourra en faire son interprétation, donner un sens aux images. Un récit intemporel, sinistre et ironique avec une part d'humour noir, mais pouvait-il en être autrement avec la mort ? La partie graphique (carte à gratter) est sublime, le noir et blanc retranscrit parfaitement la mélancolie qui suinte sur chaque planche dans un beau format à l'italienne. Une image par planche pour mieux l'apprécier, mieux l'interpréter (scrutez les nombreux détails). Et la couleur mauve en fin d'album donne une nouvelle dimension au dessin. Fabuleux ! Une œuvre atypique que je recommande. Un 4 étoiles un peu généreux, mais je ne pouvais pas mettre moins. Coup de cœur pour le dessin.