Avant tout, je dois dire que je suis, depuis mon enfance, un fan absolu des aventures de Blake et Mortimer. J'ai apprécié certains albums de la période post Jacobs, d'autres beaucoup moins.
Étonnamment, j'avais adoré Le Dernier Pharaon, qui explosait les codes de Blake et Mortimer, aussi bien sur le fond que sur la forme (d'ailleurs, je possède trois versions différentes de cet album, l'édition bibliophile, le format à l'italienne, et l'édition noir et blanc, tant cette adaptation m'avait enthousiasmé)
Avec ce nouvel album signé Fromental et Bocquet, auteurs du très réussi "Huit heures à Berlin", je ne pouvais que m'attendre à un scénario de qualité, et je n'ai pas été déçu, loin de là.
Pourtant, lorsque j'ai ouvert cette bande dessinée, j'ai été très surpris par le dessin de Floc'h, au style très épuré, très simple, voire grossier par rapport à celui de Jacobs ou de ses repreneurs.
Son style pique les yeux, à première vue. Nous sommes très loin du souci du détail de Jacobs ou encore des décors fouillés et précis auxquels nous étions habitués, pourtant, la magie Blake et Mortimer opère toujours. Déstabilisant de prime abord, on finit par s'habituer au dessin et aux couleurs de Floc'h au grès de la lecture.
Car, c'est avec un plaisir sans limite que j'ai retrouvé nos deux héros british dans un New York où ils pourraient tomber nez à nez avec Mister Kaplan, de "La Mort aux trousses".
Avec une mise en page basée sur des grandes cases, les auteurs explosent le canon Jacobien, mais avec une intrigue sur 138 pages, l'un compense l'autre.
Le scénario repose sur une enquête sur quelques jours , menée tambour battant et qui ne ménage pas son lot de surprises. Les auteurs renouent ici avec un classicisme qui fait du bien, sur fond d'un New York, que j'ai bien connu.
Cette aventure, qui se situe après "La Marque Jaune", est, à l'aulne des événements actuels, d'une cruciale actualité avec le discours du Capitaine Blake à la tribune de l'ONU.
Les gardiens du Temple crieront sans doute au scandale avec cette aventure de "Blake et Mortimer à New York", mais pour ma part, j'en recommande vivement la lecture.
Je dois préciser que j'ai opté pour l'édition bibliophile, à 6500 exemplaires, pour découvrir cette bande dessinée.
'Johan et Pirlouit' est la BD idéale quand on est un passionné de Moyen-Âge en mode films de capes et d'épées, d'histoires fantastiques (peut-être même des contes) avec de la magie aussi bien malfaisante que bienfaisante très inventive et des duos de protagonistes avec un héros habile et un héros gaffeur.
De plus, bien qu'il soit l'archétype du héros courageux, casse-cou, altruiste et bienveillant, Johan peut se montrer moqueur, cynique, un peu fourbe de temps en temps et, par moment, très têtu ; ce qui lui jouera des tours.
Après, en ce qui concerne Pirlouit, les gens qui se souviennent de 'Johan et Pirlouit' ont souvent tendance à le résumer comme quelqu'un de gaffeur, grincheux et colérique. Certes, il est un peu de ça mais il est intelligent et sait se montrer courageux quand c'est nécessaire. En fait, Pirlouit, c'est monsieur-tout-le-monde, ce qui le rend plus humain que Johan.
En plus, sa chèvre Biquette me fait trop marrer.
En gros, niveau personnalité, ils sont un mélange entre le duo Astérix et Obélix et 'Spirou et Fantasio' ; ce qui n'est probablement pas un hasard vu que 'Johan et Pirlouit' étaient publiés dans le 'Journal Spirou'.
Et honnêtement, c'est difficile de ne pas adorer le lunatique Enchanteur Homnibus.
Dans l'album 'La Pierre de Lune', Boustroux est un méchant qui m'a beaucoup marqué de par sa cruauté à laisser deux adolescents condamnés à être brulés vifs pour arriver à ses fins ainsi qu'à son sort violent, truc qu'on voit rarement arriver à d'autres méchants dans les albums.
Après, les albums ne sont pas tous intéressants, 'La Flèche noire' est assez mou du genou et dans les premiers tomes de la BD, il y manque une certaine dose d'humour vu que Pirlouit n'apparait que dans le tome 3 à savoir 'Le Lutin du bois aux roches'.
Mais contrairement à d'autres BDs ayant, au moins, un tome mauvais, 'Johan et Pirlouit' n'a aucun tome médiocre. Et ça, c'est une preuve de grande qualité.
Tout le monde a un album préféré de 'Johan et Pirlouit'. Pour beaucoup de gens, leurs préférés, c'est le diptyque 'Le Serment des Vikings/La Source des dieux' ou encore 'Le Sire de Montrésor', 'Le Sortilège de Maltrochu'... Bon perso, mon préféré c'est 'La Nuit des sorciers'... que presque personne n'aime.
Pourtant, c'est un album parfait à lire avec une bonne ambiance d'Halloween. Et en plus, le méchant, Ubiquitas, est super charismatique. Presque autant que Boustroux.
Je me sens seule.
Mais bon, pas tout me plaît dans 'Johan et Pirlouit' non plus. Par exemple, dans la fin de 'La Source des dieux', je trouve que Johan se montre bien trop cruel. Ce qui ne lui ressemble pas vu que dans les autres tomes, il n'est pas comme ça. Ceux qui ont lu cet album savent de quoi je parle.
Après, malgré la présence de bons personnages féminins comme les sorcières Rachel, Myriam ou Amandine, 'Johan et Pirlouit' a pas mal de contenu misogyne dans ses pages.
Ce qui n'est pas surprenant vu que 'Johan et Pirlouit' est de Peyo, même auteur que l'horrible album pleins de clichés sexistes appelé 'La Schtroumpfette'.
Puisqu'on parle des petits-êtres bleus. C'est vraiment trop triste que les schtroumpfs aient mené les deux héros médiévaux à leur perte. Cela au point que, non seulement, les gens ne savent pas que 'Les Schtroumpfs', c'est un spin-off de 'Johan et Pirlouit' mais en plus, le seul album de 'Johan et Pirlouit' qui a eu droit à une adaptation au cinéma, c'est 'La Flûte à six schtroumpfs'. En plus, comme il est sorti la même année que 'Les Douze Travaux d'Astérix', il a fait un bide.
Et même quand il y a eu une série 'Johan et Pirlouit' diffusée en France, c'était en fait des épisodes de la série 'Les Schtroumpfs' que la France avait séparé de la série éponyme pour tenter de faire revenir 'Johan et Pirlouit' dans les mémoires. Seulement, comme c'était en fait des épisodes de 'Les Schtroumpfs', ces derniers sont forcément dans tous les épisodes. Au point qu'ils sont aussi dans des épisodes adaptés d'albums où ils ne sont pas censés être comme 'La fontaine magique' adaptant l'album 'La Source des dieux', album écrit durant l'époque où les schtroumpfs n'existaient pas encore.
Tout ça pour dire que 'Johan et Pirlouit' est une BD excellente qui mériterait plus de reconnaissance.
Mauvaise nouvelle, la Terre va mal et c’est loin de s’arranger. Bonne nouvelle, « Salut la Terre » vient de sortir et réussit à nous dérider en ces temps éco-anxiogènes ! Dans le drôle de bestiaire de War and Peas, on trouve toutes sortes de créatures (humains compris) et toutes ont droit à la parole pour mieux nous confronter à nos contradictions et à notre insignifiance.
On peut rire de tout, même au bord du précipice, et ce petit livre le prouve. Si dans « Salut la Terre », les animaux ont des réflexions très humaines, c’est pour mieux tourner en ridicule le plus grand prédateur que la planète bleue ait jamais connu, j’ai nommé : l’Homme, qui est souvent loin de mériter son H majuscule.
Signé par le duo allemand War and Peas, formé par Elizabeth Pich et Jonathan Kunz, « Salut la Terre » est leur deuxième publication en français. Depuis plusieurs années, les deux auteurs animent un webzine où ils alignent leurs gags jubilatoires — en anglais. Ces deux-là maîtrisent parfaitement les ressorts du comic strip, branche typique de la BD anglo-saxonne. Respectant les codes du genre, leur production est caractérisée par un humour pince-sans-rire et un sens de l’ellipse qui font mouche. Le fait de jouer à fond sur l’absurde permet à ces dignes héritiers des Monty Python et de Garry Larson de mieux souligner les travers de l’espèce humaine.
Souvent le propos est très caustique voire trash par moments, mais la candeur du dessin rond et enfantin aux couleurs pimpantes arrondit les angles tout en repoussant les limites de la bienséance et du politiquement correct. Et puis on apprécie aussi cet art consommé du running gag. Dans cet immense zoo hétérogène en voie d’extinction, on s’amuse des angoisses des mantes religieuses mâles (se faire couper la tête par les femelles), des élans hormonaux des fleurs à la vue d’une abeille, des adeptes du « tree hugging » ou des hipsters accoutrés en bûcherons. Même les montagnes ont leur mot à dire, affichant sans états d’âme leur mépris envers les « fourmis humaines » gravitant leurs parois. Et il ne faudra pas davantage compter sur les petits hommes verts espionnant la planète bleue à bord de leurs soucoupes pour exprimer un semblant d’empathie… En même temps, on peut les comprendre…
« Salut la Terre » se déguste avec bonheur et jubilation, tel un cocktail bigarré au gaz hilarant — servi glacé en raison des risques accrus de canicule ! — sur le pont d’un navire de croisière. A condition, cela va de soi, d’oublier pour quelques minutes (le temps qu'il faut pour le lire) que ce navire a pour nom « Titanic »…
C'est mon coté italien qui se laisse attendrir.
Une sorte de réinterprétation de Le Local de Gipi avec des jeunes qui montent un groupe dans le trou du cul de l'Italie. Ici c'est plus carte postale, avec le village qui descend en cascade vers la mer. Le but c'est le télécrochet : passer pour la première fois sur scène et être choisi pour aller en finale à la télé.
Alors que chez Gipi ça doit se passer dans les années 80, avec une sorte de ton glauque qui remonte, chez Alfred, c'est les belles couleurs ensoleillées, les années 60, les vieilles voitures de notre enfance, les enfants qui grandissent, les vieux qui gâtouillent, mais pas tant que ça, les adultes qui ne sont pas toujours à la hauteur, les méchants qui guettent. J'aime ces histoires tragiques où chaque génération a sa place, tressée dans des habitudes, des atavismes, où le bien et le mal se castagnent entre humour et magouille, entre amour viril et honte.
Une nostalgie qui parle aux ritals... Et puis il y a toujours la politique qui montre son nez : jamais on ne voit ça dans une histoire de jeunes qui se passerait en France, ou même dans un autre pays.
L'Italie, elle est politique ou elle n'est pas. C'est peut-être ça que j'ai conservé de ma grand-mère qui faisait chanter à ses élèves français "bandiera rossa" dans les rues de Rome, mais je ne sais pas au juste à quelle date ...
Quand j’ai vu dans les bacs le premier tome d’Aurora, j’ai feuilleté rapidement – j’ai aimé – visuellement c’est terrible – pourtant je n’ai pas acheté. C’était en janvier dernier lors du festival d’Angoulême. Je n’ai pas franchi le pas de l’achat car je ne veux plus des séries à rallonge qui pour certaines ne se termineront jamais. Il y a des précédents chez Soleil !
Lorsque le tome 2 est paru, j’étais de nouveau titillé. J’achète / je n’achète pas ? Le duo Christophe Bec et Stefano Raffaele sont des valeurs sûres et je l’avoue je suis admirateur invétéré du travail de ce duo. J’ai donc plongé et je le dis haut et fort … c’est génial ! Qu’est-ce que j’ai bien fait.
Les esprits chagrins diront que les histoires de Christophe Bec se ressemblent d’un album à l’autre. Et c’est tant mieux car j’adore me perdre dans son univers tortueux et fantastique.
On avance dans l’histoire à travers des séquences rythmées. On a l’impression que l’on saute du coq à l’âne allégrement et puis au fil des pages la cohérence de l’ensemble semble de plus en plus évidente et aiguise notre appétit de découvrir la suite. La série est prometteuse. Ça fleur bon – je n’ai pas peur des mots – le chef d’œuvre même si le scénario n’est pas sans rappeler le village des damnées de Wolf Rilla.
Graphiquement c’est magnifique. Le coup de crayon est assuré. Esthétiquement c’est vraiment mon kiff. Raffaele a du talent assurément. Il faudrait juste qu’il détaille peut être un peu plus certaines cases pour que je crie au génie.
Je n’ai donc qu’un conseil, n’attendez pas … courez chez votre libraire pour vous procurer tous les albums de cette série.
Je suis assez enthousiaste après la lecture des trois premiers cycles de cette série (13 numéros). Cette série s'adresse à un large public avec des thématiques assez compliquées dans un scénario de Vehlman très recherché.
Son récit fourmille de créativité et de rebondissements ce qui a maintenu ma curiosité tout au long des trois cycles. Il y a bien un ralentissement au sein du cycle deux mais c'est vite oublié avec les surprises et l'ambiance du cycle 3.
La prouesse de Vehlmann est de faire vivre des personnages puissants bien au delà du groupe des 5 de Fortville. Même dans le groupe, les auteurs peuvent se permettre de mettre Dodgi sur la touche assez longtemps sans que la tension dramatique du récit n'en souffre.
Velhman a construit un scénario qui nous emmène au confins de la science quantique et de la spiritualité sans que les explications d'Anton ne sonnent creuses. J'ai trouvé la qualité du texte remarquable mêlant le pointu via le duo Ivan-Anton, le comique avec Terry, l'aventure avec Dodgi et Léïla et le mystérieux avec Camille.
De plus l'apparition de personnages ambigus à la personnalité complexe (Saul, Alexandre, Achille, ...) rend le récit vivant et toujours en renouvellement.
Je suis un grand fan du graphisme de Gazzotti. Sa maîtrise rend possible l'expression des différentes ambiances qui traversent la série. C'est toujours précis et juste et les expressions fortes des personnages accompagnent très bien la narration. Les plans sont rapides et ingénieux produisant une dynamique de l'action vraiment prenante.
Pour finir j'aime beaucoup la mise en couleur moderne et jeune de Usagi qui rend la lecture extrêmement plaisante.
Une série d'une grande originalité qui avance avec un scénario et un graphisme de haut niveau. Un vrai régal pour un public très large. J'attends le cycle 4
Quel pied !
Enfin je retrouvais -un peu- de ce qui me plaisait dans le genre, à savoir de l'action parfaitement rythmée alternant avec des scénettes de la vie quotidienne (!) du super-héros moyen (re !).
Le casting est PAR-FAIT !... C'est agréable de ne pas bouffer du poil de Serval à chaque page OUARFF ! Et je confirme que le changement de décors fait du bien, si joliment qu'il est mis en valeur par les excellents Alan Davis et Mark Farmer.
Alors oui : il y a un parti-pris d'humour de situation (la cohabitation forcée, les pouvoirs qui cafouillent...) mais, curieusement, Claremont n'hésite pas à introduire du très dramatique en plein milieu de la blague (il y a des gens qui meurent, quand même ; et pas que des anonymes...), ce qui donne à l'ensemble un arrière-goût un peu amer. Personnellement, j'avais été un peu cueilli.
Mais quasiment tout le reste est réussi dans ces épisodes apparemment délirants mais néanmoins cohérents et on suit les aventures -moins cohérentes, d'ailleurs, lors du cycle "British Railways"- du petit groupe enjoué avec beaucoup de plaisir, retranchés qu'ils sont de l'embrouillamini grotesque où se débattent leurs homologues Américains. Claremont a assuré en les tenant à l'écart de la continuité toute relative des séries X !
Comme à l'accoutumée, Alan Davis et -souvent- Mark Farmer livrent un travail irréprochable (très stylisé et élégant, d'accord ; mais néanmoins extrêmement lisible) où les pouvoirs paranormaux sont prétextes à moult effets esthétiques, comme aux meilleures heures des Neal Adams, Dave Cockrum et John Byrne. Atout visuel primordial du genre dont devraient prendre de la graine les réalisateurs des films Marvel !
Pas si léger que ça, donc ; et plein de belles qualités.
Ce vers quoi commençait à tendre le genre super-héroïque au milieu des années quatre-vingt : une mise en abîme de plus en plus "réaliste" du destin probable du surhomme au sein de la société, une représentation d'avantage S.F. qui aurait pu transcender l'entièreté de la production pour l'amener vers des rivages beaucoup plus enrichissants, sinon originaux. Loin au delà du banal affrontement bien/mal, en tous cas. Mais le virage entr'aperçu avec le "Dieu Créé, L'Homme Détruit." de Claremont/Anderson, loin de montrer l'exemple avec son exploration un poil plus poussée qu'à l'accoutumée du pitch Humaniste originel des X-Men, va vite être remplacé par une popularisation quasi générale de la violence et du trash comme prétexte à plus de réalisme...
Tant pis ! John Byrne nous venge tous avec son super efficace John Byrne's Next Men, plein de bruit et de fureur -et de sens !
Avec une rigueur graphique quasi sans faille et un sens du récit peaufiné par l'expérience, il te me nous a torché un petit bijou Science-Fictionnesque qui décortique toutes les astuces utilisées depuis des lustres par les auteurs de Comics ; nous offrant à chaque arc une extrapolation bien plus cohérente de tel ou tel sujet, et des conséquences bien réelles qui en découleraient SI...
Le dessin est tellement au point dans son efficacité qu'il en manque presque de charme, dépouillé qu'il est de toute hésitation ou expérimentation ; même si Byrne nous offre pas mal de plans très inventifs. La conséquence logique est une froideur d'ordre général, surtout dans le second arc. Mais un vrai humour de situation (le décalage induit par l'inexpérience des Next Men) et, plus directement, du traitement de certains personnages (le portrait bien sentis de Ben Horowitz et le sadisme moqueur de Satanas, l'émouvante humanité de Sandy...) s'occupent de réchauffer l'atmosphère ; et on se réjouit que le Comic soit publié chez Dark Horse plutôt que Marvel ou DC...
N'empêche : on suit avec beaucoup de sympathie l'odyssée de ces "NEXT MEN" vers plus de maturité et de conscience et, si les avatars qu'ils subissent après l'affrontement "final" avec leur Némésis Satanas me parlent moins dans leur logique "à suivre", plus classique (John Byrne adore les histoires de voyage temporels et je crois que c'est ce que j'aime le moins dans la S.F.), tout ce qui est mis en scène avant pointe le talent de l'auteur et l'intérêt de l'histoire. Aucun des personnages n'est traité à la légère -Tony est un poil trop "chargée", néanmoins, niveau background !- et leur évolution est logique tout du long. Du développement d'une conscience morale chez Jack à l' endurcissement psychologique de Bethany (bien raccord avec sa propre mutation, pour le coup !) jusqu'à l'acquisition -douloureusement triste- de la maturité pour Danny, on ne peut rester à distance de ces individus projetés du jour au lendemain dans le monde des hommes, après avoir commencé leur existence au (presque !) paradis. Et même l'absence d'évolution comportementale chez Nathan et Jasmine tombe sous le sens : il est dés le départ un être dépassionné et déjà abouti, mature avant l'heure, alors qu' elle n'exprime qu'émotion et simplicité et continuera, par la suite et malgré les épreuves, à faire preuve de la plus confondante naïveté. Ces choix-là aussi prouvent encore d'avantage l'implication de l'auteur à tenter de nous offrir quelque chose de différent du Comic Book habituel. Un travail de caractérisation qui fait sa patte depuis Alpha Flight ; et qui rend mon approche de facto sympathique envers ses créations et/ou adaptations.
Un grand moment du Comic !
Halala ! Dave Cockrum et son légendaire goût pour le costume de super-héro qui tue ! Non mais : rien que la couverture, quoi !
Le bonhomme est à l'origine de ma passion pour le genre super-héroïque. Comment ne pas avoir toute sa chimie cérébrale bouleversée quand, aux alentours des huit-neuf ans, un Spécial Strange entre les mains, ont se retrouve les yeux écarquillés à essayer d'assimiler toutes les subtilités stylistiques qu'arbore une véritable horde de belligérants, drapés des oripeaux les plus élaborés et colorés qu'on ait jamais contemplé ?! Déjà, le groupe des X-Men qui ouvrait le chapitre m'avait grandement impressionné ; mais la Garde Impériale ?! Il était vraiment le Christian Lacroix du genre !
Avec cet album à (presque) mi-chemin des genres (c'est très S.F. !), il s'est manifestement fait plaisir en mettant en scène, via une histoire assez simple d'invasion temporelle, un groupe de super héros typiques du MCG, tous nantis de ce qui se faisait de mieux en matière d'assortiment personnalité/pouvoir/patronyme ; et dont la trempe très naïve, fidèle au style d'une époque déjà datée au moment de la publication, justifie précisément les représentations graphiques très travaillées et très réussies de leurs costumes et leurs pouvoirs, ainsi que de leurs personnalités -croquées en bleus et roses, elles aussi.
Le récit est bien rythmé (luttes en épisodes contre les envahisseurs par des membres de l'équipe, associés en binômes puis réunis à nouveau pour la conclusion) et les informations clés en rapport avec les personnages sont peu à peu dévoilées, accentuant notre désir d'en savoir d'avantage sur eux et les liens qui les unissent. C'est qu'ils sont très attachants dans leur originalité, que cette dernière soit due à leurs capacités paranormales et/ou leur background personnel : Avatar, Silver-Shadow, Blackmane, Sunswift et Terrayne en particulier. Et Werehawk est carrément du jamais vu, dans son genre ! Et quasiment tous bénéficient, bien sûr, d'une apparence très soignée sous leur incarnation méta-humaine -à part Terrayne, par contre : pas jojo du tout, sinon original !
L'ensemble est ma foi très agréable à lire -si on omet le côté hécatombe de l'invasion : annihilation des principales capitales du monde, en complet porte-à-faux avec l'humour omniprésent et très représentatif du médium. C'est peut-être cet aspect jusqu'au-boutiste qui a empêché la parution d'une série régulière au sein des publications Marvel ? On a, en tous les cas, tous loupé quelque chose, sur ce coup-là.
Salut l'Artiste !
Quelle grande époque !
Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça !
C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés.
Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon !
Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
Blake et Mortimer - L'Art de la guerre
Avant tout, je dois dire que je suis, depuis mon enfance, un fan absolu des aventures de Blake et Mortimer. J'ai apprécié certains albums de la période post Jacobs, d'autres beaucoup moins. Étonnamment, j'avais adoré Le Dernier Pharaon, qui explosait les codes de Blake et Mortimer, aussi bien sur le fond que sur la forme (d'ailleurs, je possède trois versions différentes de cet album, l'édition bibliophile, le format à l'italienne, et l'édition noir et blanc, tant cette adaptation m'avait enthousiasmé) Avec ce nouvel album signé Fromental et Bocquet, auteurs du très réussi "Huit heures à Berlin", je ne pouvais que m'attendre à un scénario de qualité, et je n'ai pas été déçu, loin de là. Pourtant, lorsque j'ai ouvert cette bande dessinée, j'ai été très surpris par le dessin de Floc'h, au style très épuré, très simple, voire grossier par rapport à celui de Jacobs ou de ses repreneurs. Son style pique les yeux, à première vue. Nous sommes très loin du souci du détail de Jacobs ou encore des décors fouillés et précis auxquels nous étions habitués, pourtant, la magie Blake et Mortimer opère toujours. Déstabilisant de prime abord, on finit par s'habituer au dessin et aux couleurs de Floc'h au grès de la lecture. Car, c'est avec un plaisir sans limite que j'ai retrouvé nos deux héros british dans un New York où ils pourraient tomber nez à nez avec Mister Kaplan, de "La Mort aux trousses". Avec une mise en page basée sur des grandes cases, les auteurs explosent le canon Jacobien, mais avec une intrigue sur 138 pages, l'un compense l'autre. Le scénario repose sur une enquête sur quelques jours , menée tambour battant et qui ne ménage pas son lot de surprises. Les auteurs renouent ici avec un classicisme qui fait du bien, sur fond d'un New York, que j'ai bien connu. Cette aventure, qui se situe après "La Marque Jaune", est, à l'aulne des événements actuels, d'une cruciale actualité avec le discours du Capitaine Blake à la tribune de l'ONU. Les gardiens du Temple crieront sans doute au scandale avec cette aventure de "Blake et Mortimer à New York", mais pour ma part, j'en recommande vivement la lecture. Je dois préciser que j'ai opté pour l'édition bibliophile, à 6500 exemplaires, pour découvrir cette bande dessinée.
Johan et Pirlouit
'Johan et Pirlouit' est la BD idéale quand on est un passionné de Moyen-Âge en mode films de capes et d'épées, d'histoires fantastiques (peut-être même des contes) avec de la magie aussi bien malfaisante que bienfaisante très inventive et des duos de protagonistes avec un héros habile et un héros gaffeur. De plus, bien qu'il soit l'archétype du héros courageux, casse-cou, altruiste et bienveillant, Johan peut se montrer moqueur, cynique, un peu fourbe de temps en temps et, par moment, très têtu ; ce qui lui jouera des tours. Après, en ce qui concerne Pirlouit, les gens qui se souviennent de 'Johan et Pirlouit' ont souvent tendance à le résumer comme quelqu'un de gaffeur, grincheux et colérique. Certes, il est un peu de ça mais il est intelligent et sait se montrer courageux quand c'est nécessaire. En fait, Pirlouit, c'est monsieur-tout-le-monde, ce qui le rend plus humain que Johan. En plus, sa chèvre Biquette me fait trop marrer. En gros, niveau personnalité, ils sont un mélange entre le duo Astérix et Obélix et 'Spirou et Fantasio' ; ce qui n'est probablement pas un hasard vu que 'Johan et Pirlouit' étaient publiés dans le 'Journal Spirou'. Et honnêtement, c'est difficile de ne pas adorer le lunatique Enchanteur Homnibus. Dans l'album 'La Pierre de Lune', Boustroux est un méchant qui m'a beaucoup marqué de par sa cruauté à laisser deux adolescents condamnés à être brulés vifs pour arriver à ses fins ainsi qu'à son sort violent, truc qu'on voit rarement arriver à d'autres méchants dans les albums. Après, les albums ne sont pas tous intéressants, 'La Flèche noire' est assez mou du genou et dans les premiers tomes de la BD, il y manque une certaine dose d'humour vu que Pirlouit n'apparait que dans le tome 3 à savoir 'Le Lutin du bois aux roches'. Mais contrairement à d'autres BDs ayant, au moins, un tome mauvais, 'Johan et Pirlouit' n'a aucun tome médiocre. Et ça, c'est une preuve de grande qualité. Tout le monde a un album préféré de 'Johan et Pirlouit'. Pour beaucoup de gens, leurs préférés, c'est le diptyque 'Le Serment des Vikings/La Source des dieux' ou encore 'Le Sire de Montrésor', 'Le Sortilège de Maltrochu'... Bon perso, mon préféré c'est 'La Nuit des sorciers'... que presque personne n'aime. Pourtant, c'est un album parfait à lire avec une bonne ambiance d'Halloween. Et en plus, le méchant, Ubiquitas, est super charismatique. Presque autant que Boustroux. Je me sens seule. Mais bon, pas tout me plaît dans 'Johan et Pirlouit' non plus. Par exemple, dans la fin de 'La Source des dieux', je trouve que Johan se montre bien trop cruel. Ce qui ne lui ressemble pas vu que dans les autres tomes, il n'est pas comme ça. Ceux qui ont lu cet album savent de quoi je parle. Après, malgré la présence de bons personnages féminins comme les sorcières Rachel, Myriam ou Amandine, 'Johan et Pirlouit' a pas mal de contenu misogyne dans ses pages. Ce qui n'est pas surprenant vu que 'Johan et Pirlouit' est de Peyo, même auteur que l'horrible album pleins de clichés sexistes appelé 'La Schtroumpfette'. Puisqu'on parle des petits-êtres bleus. C'est vraiment trop triste que les schtroumpfs aient mené les deux héros médiévaux à leur perte. Cela au point que, non seulement, les gens ne savent pas que 'Les Schtroumpfs', c'est un spin-off de 'Johan et Pirlouit' mais en plus, le seul album de 'Johan et Pirlouit' qui a eu droit à une adaptation au cinéma, c'est 'La Flûte à six schtroumpfs'. En plus, comme il est sorti la même année que 'Les Douze Travaux d'Astérix', il a fait un bide. Et même quand il y a eu une série 'Johan et Pirlouit' diffusée en France, c'était en fait des épisodes de la série 'Les Schtroumpfs' que la France avait séparé de la série éponyme pour tenter de faire revenir 'Johan et Pirlouit' dans les mémoires. Seulement, comme c'était en fait des épisodes de 'Les Schtroumpfs', ces derniers sont forcément dans tous les épisodes. Au point qu'ils sont aussi dans des épisodes adaptés d'albums où ils ne sont pas censés être comme 'La fontaine magique' adaptant l'album 'La Source des dieux', album écrit durant l'époque où les schtroumpfs n'existaient pas encore. Tout ça pour dire que 'Johan et Pirlouit' est une BD excellente qui mériterait plus de reconnaissance.
War and Peas - Salut la Terre
Mauvaise nouvelle, la Terre va mal et c’est loin de s’arranger. Bonne nouvelle, « Salut la Terre » vient de sortir et réussit à nous dérider en ces temps éco-anxiogènes ! Dans le drôle de bestiaire de War and Peas, on trouve toutes sortes de créatures (humains compris) et toutes ont droit à la parole pour mieux nous confronter à nos contradictions et à notre insignifiance. On peut rire de tout, même au bord du précipice, et ce petit livre le prouve. Si dans « Salut la Terre », les animaux ont des réflexions très humaines, c’est pour mieux tourner en ridicule le plus grand prédateur que la planète bleue ait jamais connu, j’ai nommé : l’Homme, qui est souvent loin de mériter son H majuscule. Signé par le duo allemand War and Peas, formé par Elizabeth Pich et Jonathan Kunz, « Salut la Terre » est leur deuxième publication en français. Depuis plusieurs années, les deux auteurs animent un webzine où ils alignent leurs gags jubilatoires — en anglais. Ces deux-là maîtrisent parfaitement les ressorts du comic strip, branche typique de la BD anglo-saxonne. Respectant les codes du genre, leur production est caractérisée par un humour pince-sans-rire et un sens de l’ellipse qui font mouche. Le fait de jouer à fond sur l’absurde permet à ces dignes héritiers des Monty Python et de Garry Larson de mieux souligner les travers de l’espèce humaine. Souvent le propos est très caustique voire trash par moments, mais la candeur du dessin rond et enfantin aux couleurs pimpantes arrondit les angles tout en repoussant les limites de la bienséance et du politiquement correct. Et puis on apprécie aussi cet art consommé du running gag. Dans cet immense zoo hétérogène en voie d’extinction, on s’amuse des angoisses des mantes religieuses mâles (se faire couper la tête par les femelles), des élans hormonaux des fleurs à la vue d’une abeille, des adeptes du « tree hugging » ou des hipsters accoutrés en bûcherons. Même les montagnes ont leur mot à dire, affichant sans états d’âme leur mépris envers les « fourmis humaines » gravitant leurs parois. Et il ne faudra pas davantage compter sur les petits hommes verts espionnant la planète bleue à bord de leurs soucoupes pour exprimer un semblant d’empathie… En même temps, on peut les comprendre… « Salut la Terre » se déguste avec bonheur et jubilation, tel un cocktail bigarré au gaz hilarant — servi glacé en raison des risques accrus de canicule ! — sur le pont d’un navire de croisière. A condition, cela va de soi, d’oublier pour quelques minutes (le temps qu'il faut pour le lire) que ce navire a pour nom « Titanic »…
Maltempo
C'est mon coté italien qui se laisse attendrir. Une sorte de réinterprétation de Le Local de Gipi avec des jeunes qui montent un groupe dans le trou du cul de l'Italie. Ici c'est plus carte postale, avec le village qui descend en cascade vers la mer. Le but c'est le télécrochet : passer pour la première fois sur scène et être choisi pour aller en finale à la télé. Alors que chez Gipi ça doit se passer dans les années 80, avec une sorte de ton glauque qui remonte, chez Alfred, c'est les belles couleurs ensoleillées, les années 60, les vieilles voitures de notre enfance, les enfants qui grandissent, les vieux qui gâtouillent, mais pas tant que ça, les adultes qui ne sont pas toujours à la hauteur, les méchants qui guettent. J'aime ces histoires tragiques où chaque génération a sa place, tressée dans des habitudes, des atavismes, où le bien et le mal se castagnent entre humour et magouille, entre amour viril et honte. Une nostalgie qui parle aux ritals... Et puis il y a toujours la politique qui montre son nez : jamais on ne voit ça dans une histoire de jeunes qui se passerait en France, ou même dans un autre pays. L'Italie, elle est politique ou elle n'est pas. C'est peut-être ça que j'ai conservé de ma grand-mère qui faisait chanter à ses élèves français "bandiera rossa" dans les rues de Rome, mais je ne sais pas au juste à quelle date ...
Aurora
Quand j’ai vu dans les bacs le premier tome d’Aurora, j’ai feuilleté rapidement – j’ai aimé – visuellement c’est terrible – pourtant je n’ai pas acheté. C’était en janvier dernier lors du festival d’Angoulême. Je n’ai pas franchi le pas de l’achat car je ne veux plus des séries à rallonge qui pour certaines ne se termineront jamais. Il y a des précédents chez Soleil ! Lorsque le tome 2 est paru, j’étais de nouveau titillé. J’achète / je n’achète pas ? Le duo Christophe Bec et Stefano Raffaele sont des valeurs sûres et je l’avoue je suis admirateur invétéré du travail de ce duo. J’ai donc plongé et je le dis haut et fort … c’est génial ! Qu’est-ce que j’ai bien fait. Les esprits chagrins diront que les histoires de Christophe Bec se ressemblent d’un album à l’autre. Et c’est tant mieux car j’adore me perdre dans son univers tortueux et fantastique. On avance dans l’histoire à travers des séquences rythmées. On a l’impression que l’on saute du coq à l’âne allégrement et puis au fil des pages la cohérence de l’ensemble semble de plus en plus évidente et aiguise notre appétit de découvrir la suite. La série est prometteuse. Ça fleur bon – je n’ai pas peur des mots – le chef d’œuvre même si le scénario n’est pas sans rappeler le village des damnées de Wolf Rilla. Graphiquement c’est magnifique. Le coup de crayon est assuré. Esthétiquement c’est vraiment mon kiff. Raffaele a du talent assurément. Il faudrait juste qu’il détaille peut être un peu plus certaines cases pour que je crie au génie. Je n’ai donc qu’un conseil, n’attendez pas … courez chez votre libraire pour vous procurer tous les albums de cette série.
Seuls
Je suis assez enthousiaste après la lecture des trois premiers cycles de cette série (13 numéros). Cette série s'adresse à un large public avec des thématiques assez compliquées dans un scénario de Vehlman très recherché. Son récit fourmille de créativité et de rebondissements ce qui a maintenu ma curiosité tout au long des trois cycles. Il y a bien un ralentissement au sein du cycle deux mais c'est vite oublié avec les surprises et l'ambiance du cycle 3. La prouesse de Vehlmann est de faire vivre des personnages puissants bien au delà du groupe des 5 de Fortville. Même dans le groupe, les auteurs peuvent se permettre de mettre Dodgi sur la touche assez longtemps sans que la tension dramatique du récit n'en souffre. Velhman a construit un scénario qui nous emmène au confins de la science quantique et de la spiritualité sans que les explications d'Anton ne sonnent creuses. J'ai trouvé la qualité du texte remarquable mêlant le pointu via le duo Ivan-Anton, le comique avec Terry, l'aventure avec Dodgi et Léïla et le mystérieux avec Camille. De plus l'apparition de personnages ambigus à la personnalité complexe (Saul, Alexandre, Achille, ...) rend le récit vivant et toujours en renouvellement. Je suis un grand fan du graphisme de Gazzotti. Sa maîtrise rend possible l'expression des différentes ambiances qui traversent la série. C'est toujours précis et juste et les expressions fortes des personnages accompagnent très bien la narration. Les plans sont rapides et ingénieux produisant une dynamique de l'action vraiment prenante. Pour finir j'aime beaucoup la mise en couleur moderne et jeune de Usagi qui rend la lecture extrêmement plaisante. Une série d'une grande originalité qui avance avec un scénario et un graphisme de haut niveau. Un vrai régal pour un public très large. J'attends le cycle 4
Excalibur - L'Intégrale
Quel pied ! Enfin je retrouvais -un peu- de ce qui me plaisait dans le genre, à savoir de l'action parfaitement rythmée alternant avec des scénettes de la vie quotidienne (!) du super-héros moyen (re !). Le casting est PAR-FAIT !... C'est agréable de ne pas bouffer du poil de Serval à chaque page OUARFF ! Et je confirme que le changement de décors fait du bien, si joliment qu'il est mis en valeur par les excellents Alan Davis et Mark Farmer. Alors oui : il y a un parti-pris d'humour de situation (la cohabitation forcée, les pouvoirs qui cafouillent...) mais, curieusement, Claremont n'hésite pas à introduire du très dramatique en plein milieu de la blague (il y a des gens qui meurent, quand même ; et pas que des anonymes...), ce qui donne à l'ensemble un arrière-goût un peu amer. Personnellement, j'avais été un peu cueilli. Mais quasiment tout le reste est réussi dans ces épisodes apparemment délirants mais néanmoins cohérents et on suit les aventures -moins cohérentes, d'ailleurs, lors du cycle "British Railways"- du petit groupe enjoué avec beaucoup de plaisir, retranchés qu'ils sont de l'embrouillamini grotesque où se débattent leurs homologues Américains. Claremont a assuré en les tenant à l'écart de la continuité toute relative des séries X ! Comme à l'accoutumée, Alan Davis et -souvent- Mark Farmer livrent un travail irréprochable (très stylisé et élégant, d'accord ; mais néanmoins extrêmement lisible) où les pouvoirs paranormaux sont prétextes à moult effets esthétiques, comme aux meilleures heures des Neal Adams, Dave Cockrum et John Byrne. Atout visuel primordial du genre dont devraient prendre de la graine les réalisateurs des films Marvel ! Pas si léger que ça, donc ; et plein de belles qualités.
John Byrne's Next Men
Ce vers quoi commençait à tendre le genre super-héroïque au milieu des années quatre-vingt : une mise en abîme de plus en plus "réaliste" du destin probable du surhomme au sein de la société, une représentation d'avantage S.F. qui aurait pu transcender l'entièreté de la production pour l'amener vers des rivages beaucoup plus enrichissants, sinon originaux. Loin au delà du banal affrontement bien/mal, en tous cas. Mais le virage entr'aperçu avec le "Dieu Créé, L'Homme Détruit." de Claremont/Anderson, loin de montrer l'exemple avec son exploration un poil plus poussée qu'à l'accoutumée du pitch Humaniste originel des X-Men, va vite être remplacé par une popularisation quasi générale de la violence et du trash comme prétexte à plus de réalisme... Tant pis ! John Byrne nous venge tous avec son super efficace John Byrne's Next Men, plein de bruit et de fureur -et de sens ! Avec une rigueur graphique quasi sans faille et un sens du récit peaufiné par l'expérience, il te me nous a torché un petit bijou Science-Fictionnesque qui décortique toutes les astuces utilisées depuis des lustres par les auteurs de Comics ; nous offrant à chaque arc une extrapolation bien plus cohérente de tel ou tel sujet, et des conséquences bien réelles qui en découleraient SI... Le dessin est tellement au point dans son efficacité qu'il en manque presque de charme, dépouillé qu'il est de toute hésitation ou expérimentation ; même si Byrne nous offre pas mal de plans très inventifs. La conséquence logique est une froideur d'ordre général, surtout dans le second arc. Mais un vrai humour de situation (le décalage induit par l'inexpérience des Next Men) et, plus directement, du traitement de certains personnages (le portrait bien sentis de Ben Horowitz et le sadisme moqueur de Satanas, l'émouvante humanité de Sandy...) s'occupent de réchauffer l'atmosphère ; et on se réjouit que le Comic soit publié chez Dark Horse plutôt que Marvel ou DC... N'empêche : on suit avec beaucoup de sympathie l'odyssée de ces "NEXT MEN" vers plus de maturité et de conscience et, si les avatars qu'ils subissent après l'affrontement "final" avec leur Némésis Satanas me parlent moins dans leur logique "à suivre", plus classique (John Byrne adore les histoires de voyage temporels et je crois que c'est ce que j'aime le moins dans la S.F.), tout ce qui est mis en scène avant pointe le talent de l'auteur et l'intérêt de l'histoire. Aucun des personnages n'est traité à la légère -Tony est un poil trop "chargée", néanmoins, niveau background !- et leur évolution est logique tout du long. Du développement d'une conscience morale chez Jack à l' endurcissement psychologique de Bethany (bien raccord avec sa propre mutation, pour le coup !) jusqu'à l'acquisition -douloureusement triste- de la maturité pour Danny, on ne peut rester à distance de ces individus projetés du jour au lendemain dans le monde des hommes, après avoir commencé leur existence au (presque !) paradis. Et même l'absence d'évolution comportementale chez Nathan et Jasmine tombe sous le sens : il est dés le départ un être dépassionné et déjà abouti, mature avant l'heure, alors qu' elle n'exprime qu'émotion et simplicité et continuera, par la suite et malgré les épreuves, à faire preuve de la plus confondante naïveté. Ces choix-là aussi prouvent encore d'avantage l'implication de l'auteur à tenter de nous offrir quelque chose de différent du Comic Book habituel. Un travail de caractérisation qui fait sa patte depuis Alpha Flight ; et qui rend mon approche de facto sympathique envers ses créations et/ou adaptations. Un grand moment du Comic !
Les Justiciers du futur
Halala ! Dave Cockrum et son légendaire goût pour le costume de super-héro qui tue ! Non mais : rien que la couverture, quoi ! Le bonhomme est à l'origine de ma passion pour le genre super-héroïque. Comment ne pas avoir toute sa chimie cérébrale bouleversée quand, aux alentours des huit-neuf ans, un Spécial Strange entre les mains, ont se retrouve les yeux écarquillés à essayer d'assimiler toutes les subtilités stylistiques qu'arbore une véritable horde de belligérants, drapés des oripeaux les plus élaborés et colorés qu'on ait jamais contemplé ?! Déjà, le groupe des X-Men qui ouvrait le chapitre m'avait grandement impressionné ; mais la Garde Impériale ?! Il était vraiment le Christian Lacroix du genre ! Avec cet album à (presque) mi-chemin des genres (c'est très S.F. !), il s'est manifestement fait plaisir en mettant en scène, via une histoire assez simple d'invasion temporelle, un groupe de super héros typiques du MCG, tous nantis de ce qui se faisait de mieux en matière d'assortiment personnalité/pouvoir/patronyme ; et dont la trempe très naïve, fidèle au style d'une époque déjà datée au moment de la publication, justifie précisément les représentations graphiques très travaillées et très réussies de leurs costumes et leurs pouvoirs, ainsi que de leurs personnalités -croquées en bleus et roses, elles aussi. Le récit est bien rythmé (luttes en épisodes contre les envahisseurs par des membres de l'équipe, associés en binômes puis réunis à nouveau pour la conclusion) et les informations clés en rapport avec les personnages sont peu à peu dévoilées, accentuant notre désir d'en savoir d'avantage sur eux et les liens qui les unissent. C'est qu'ils sont très attachants dans leur originalité, que cette dernière soit due à leurs capacités paranormales et/ou leur background personnel : Avatar, Silver-Shadow, Blackmane, Sunswift et Terrayne en particulier. Et Werehawk est carrément du jamais vu, dans son genre ! Et quasiment tous bénéficient, bien sûr, d'une apparence très soignée sous leur incarnation méta-humaine -à part Terrayne, par contre : pas jojo du tout, sinon original ! L'ensemble est ma foi très agréable à lire -si on omet le côté hécatombe de l'invasion : annihilation des principales capitales du monde, en complet porte-à-faux avec l'humour omniprésent et très représentatif du médium. C'est peut-être cet aspect jusqu'au-boutiste qui a empêché la parution d'une série régulière au sein des publications Marvel ? On a, en tous les cas, tous loupé quelque chose, sur ce coup-là. Salut l'Artiste !
Mikros Archives
Quelle grande époque ! Jean-Yves Mitton et Marcel Navarro torchent en quelques épisodes un trio de Sup' Héros bien sympathiques (même si archi-calibrés !) qui vont, une année durant de publication mensuelle (!) combattre de méchants extra-terrestres insectoïdes tout en découvrant leurs pouvoirs, induits par ceux-là même qu'ils affrontent ; et cela tout en évitant de se faire lyncher par les foules en délire de leurs concitoyens -c'est très Silver Surfer et Spiderman, ça ! C'est plein de grands sentiments et de clichés, encore plus mis en avant par des dialogues ampoulés au possible mais, si ça ne m'a pas dérangé à l'époque -surtout que le style de Mitton, déjà très efficace et personnel, fait un bond en avant SPECTACULAIRE à mi chemin de la publication !- j'ai depuis lors découvert que cette outrance littéraire était faite exprès ! En effet : pas du tout amateurs du genre, les deux créateurs ont eu du mal à prendre au sérieux leur médium, traité un peu comme un exercice de style -au départ, en tous cas-, et ils se sont perversement amusés à en exagérer les poncifs les plus éculés. Mais apparemment, à l'instar de l'intelligence, l'Art ne peut s'exprimer en dessous de son propre niveau ; et c'est bel et bien une réussite dans le genre qu'ils nous ont offerte, tout au long de la carrière de nos trois héros psychorigides (j'exagère: quand Jean Mitton relance sa série dans le magazine Titans, sa personnalité chaleureuse -et très franche !- s'exprime beaucoup plus librement dans la peinture de notre société Francophone, enrichissant d'autant plus l'univers de Mike, Salty et Crabby.). Et puis la redite, en matière de super-héros, n'est pas forcément synonyme de vacuité ou d'ennuis : Marvel et Consorts auraient disparu depuis longtemps, sinon ! Un monument du Comic Book, donc ; qui ne s'essouffle à aucun moment et nous offre, comme ses meilleurs concurrents Anglo-Saxons, un sommet du récit avec la fabuleuse "Saga Du Psi", aussi magnifiquement illustrée qu'elle est élaborée dans sa progression dramatique.