Il y a des BD qui me plaisent parce qu'elles sont biens, que j'aime leur style, leur dessin, leur scénario. Il y a des BD que j'aime parce qu'elles me touchent, qu'elles m'émeuvent. Et puis il y a des BD qui me plaisent parce qu'à peine fini la lecture, j'ai envie de l'offrir à tout le monde. "Il fallait que je vous le dise" fait partie de cette dernière catégorie, très fermée.
J'ai lu la BD dans le train, entrainé sans m'en rendre compte et finissant ému aux larmes par ce qui ressort de ce genre d'ouvrage. Je ne suis pas une femme, je n'ai jamais connu ni l'enfantement ni l'avortement, et je ne peux que compatir sans jamais ressentir ce genre de choses. Ces dilemmes, ces choix, ces attentes et ces conséquences. Avorter n'est jamais anodin, quoi qu'en disent ceux qui sont contre, et personne ne le fait comme on va faire une visite de routine chez le médecin. C'est un choix difficile, un moment dur et parfois violent. Cette BD nous le rappelle.
Divisée en deux témoignages, d'abord une femme parlant de son avortement, puis un médecin qui parle de comment il en est arrivé à le faire, la BD nous présente deux facettes tout aussi intéressantes du choix d'enfanter ou non. Et je suis toujours ému et sidéré par ce genre de BD. Comment peut-on encore avoir aujourd'hui des débats autour de la façon dont les femmes veulent gérer leurs corps ? Comment a-t-on pu laisser si longtemps l'avortement clandestin, les infections, les morts, les violences obstétricales, les naissances nombreuses non-voulues ... C'est ignoble et je me sens toujours mal pour toutes ces femmes qui n'ont pas eu le choix, qui ont du faire sans.
Ce genre de BD est salutaire, à l'heure où le pays le plus riche du monde annule la protection juridique de l'avortement. Il faut rappeler ce que ce fut, historiquement, et ce que c'est, humainement. Je suis convaincu qu'il faut diffuser ce message le plus possible, montrer l'humain derrière les mots. Et rien que pour ça, c'est une BD que je recommande.
Toi qui va lire cet avis, tu te dis : "encore un comics de super-héros", et bien tu te mets le doigt dans l'œil car le titre est trompeur, de Wonder Woman il n'est pas question, enfin très très légèrement. Et là, tu vas me demander de quoi ça parle alors, je vais te répondre : de mythologie avec la naissance des Amazones, de la guerre qu'elles vont mener contre la colère les Dieux, mais plus que cela, c'est avant tout une œuvre féministe.
Tu y découvriras la condition des femmes à cette époque et leurs combats contre la dégradation, l'esclavage, l'exclusion, l'impudence, l'isolement, l'effacement, l'humiliation, la soumission, l'agression et le meurtre, des sujets toujours d'actualité hélas.
Tu pourras te laisser transporter par une narration onirique, y découvrir des déesses rebelles et des femmes toutes puissantes mais pas toutes-puissantes, comprends-tu la différence ?
Tu pourras me rétorquer que cela manque de nuances par moments, que tous les hommes ne sont pas des salauds. C'est vrai, mais cela n'a pas gêné mon plaisir de lecture.
Une histoire bien charpentée où complots, aventure et moments plus intimes se succèdent naturellement. Comme je te l'ai dit plus haut, c'est un récit féministe qui parle aussi de la vie et donc de sa finalité, la mort. Entre les deux, il faut vivre, apprendre, souffrir et grandir pour pouvoir aimer, mais la vie est aussi faite de choix, et ceux-ci peuvent être douloureux.
Question dessin ? Tu auras droit à trois dessinateurs, un par chapitre, Phil Jimenez pour le premier (superbe), Gene Ha pour le second (j'aime moins) et Nicola Scott pour le troisième (très beau), le tout en gardant une harmonie graphique et une atmosphère épique, ce qui permet une immersion dans cette Grèce antique.
Tu pourras aussi apprécier le guide des tribus Amazones de Phil Jimenez en fin d'album.
Bref, comme tu l'auras compris, j'ai beaucoup aimé.
Coup de cœur.
Will Eisner Award 2022 pour le meilleur one shot (chapitre 1).
Alors je fais exactement le même constat que mes trois collègues précédents : c'est une très très bonne BD.
Le dessin qui, survolé, laisse une impression de gribouillis indéchiffrables, est en réalité très fin, plein de détails, et les gestes, attitudes, expressions ne laissent aucune place à l'équivoque. Les traits sont vivants, ça vibre et ça suinte. C'est en outre narrativement très clair. Bref ! C'est remarquable en tous points. Et d'abord parce que Aniss El Hamouri casse bien les codes en matière de narration. C'est osé, sans concession. Bravo !
Ce qui me retient un brin, c'est la longueur du démarrage. Il faut en effet parvenir à la moitié du récit, ou en tous cas au premier tiers, pour voir l'histoire décoller. Jusque là, c'est assez verbeux et démonstratif, et un peu apitoyé. Mais une fois l'élan pris dans la pente, on ne lâche plus jusqu'à la fin. Il y a une réelle densité spirituelle et philosophique, et quand on sait qu'il reste encore au moins deux tomes à paraître, ça laisse présager bien des aventures, des circonvolutions et des rebondissements. C'est une belle perspective.
Mais surtout, une grande BD.
Le jury d’Angoulême ne s’y est pas trompé, voici une très bonne BD jeunesse !
Adaptée du roman éponyme de Kathleen Karr, Léonie Bischoff nous propose un album qui allie à merveille aventure, fraîcheur sans tomber dans la mièvrerie.
Simon Green, un jeune garçon de 15 ans vit dans le Missouri en 1860. Après avoir quadruplé son CE1, son institutrice lui donne son diplôme d’office afin qu’il prenne son envol. Un peu dépité, il lui vient l’idée pour gagner sa vie de conduire 1000 dindes jusqu’à Denver, là où ces dernières vingt fois leur prix ! Commence alors une aventure trépidante marquée par des rencontres pas toujours très heureuses, mais qui forgera aussi de solides amitiés au fil de ce voyage.
Voilà un album qui revisite le far west de façon originale en nous trainant dans le sillon d’un jeune garçon attachant et plein de ressources. Le graphisme de Léonie Bischoff tout en rondeur et en douceur dans sa colorisation donnent à l’ensemble une tenue remarquable ; on se laisse très rapidement embarquer sans retenue dans ce périple haut en rebondissements !
Cette lecture est éprouvante mais vraiment fondamentale. En effet les massacres congolais du temps de Léopold n'est pas une thématique si fréquemment développée par les auteurs du franco-belge.
À croire que c'est un sujet tabou que de rendre justice à la mémoire des millions de Congolais tués par des colons belges et français avides de richesses. Atrocités couvertes par une myopie hypocrite parmi les plus meurtrières de l'histoire.
Perrissin reprend avec justesse le terrible récit de Joseph Conrad qui a témoigné des atrocités entrevues lors de son engagement au Bakongo. J'avais croisé une nouvelle de Conrad (un avant-poste du progrès) issue du même périple dans Visions d'Afrique mais interprétée par des auteurs Franco-Africains.
Les deux récits se ressemblent beaucoup tellement ils dégagent une atmosphère lourde d'horreurs et d'oubli pour les victimes. Le scénario de Perrissin est cadré par le texte de Conrad. La difficulté majeure est de rester dans l'esprit du temps de l'écrivain. D'où l'importance des passages intimistes où Korn se retrouve face à lui-même ou à sa tante sans faux semblant sur ses faiblesses.
Perrissin respecte le texte sans s'aventurer sur des extrapolations hasardeuses. Ici point de caoutchouc mais un pillage de l'ivoire à n'importe quel prix. Perrissin n'attaque pas un système colonial issue d'une administration illégitime puisqu'elle n'existait pratiquement pas à ce moment. Sa critique va au delà, en attaquant le racisme issu de cette pensée que l'Européen blanc avait tout pouvoir dans sa mission civilisatrice.
C'est cette idée criminelle qui a autorisé "les Stanley en carton bouilli, les sordides aventuriers, les téméraires sans vaillance, les cupides sans audace les cruels sans courage à arracher les richesses des entrailles du Congo" et de toute l'Afrique.
Le crime se double du silence et du déni qui ont longtemps accompagné ces meurtres dans un mépris des victimes assez inhumain.
Le graphisme de Tirabosco travaille un N&B qui rend l’atmosphère étouffante du climat et des pensées véhiculées par les colons. Le découpage rend la lecture très fluide et facile. L'ambiance sordide du "Roi des Belges" est magnifiquement rendue par des clairs obscurs qui révèlent les zones sombres des personnages.
Une lecture de mémoire que j'ai beaucoup apprécié même si c'est un récit éprouvant en de nombreux passages.
Et ben cela faisait bien un moment que je n'avais pas pris autant de plaisir en lisant un comics issu de l'univers de Batman.
On est ici dans un univers alternatif où Catwoman sort de prison 10 ans après les tragiques événements qui ont amené à la mort de Batman, du Joker, de Nightwing et du commissaire Gordon et en plus Double Face est maintenant le maire de Gotham ! C'est donc une Catwoman plus vieille et dans un univers qu'elle ne reconnait plus que le récit met en vedette et bien sûr elle voudra faire un dernier grand coup, surtout que Batman lui a dit un mot mystérieux avant de mourir...
Le récit est vraiment captivant du début jusqu'à la fin. J'ai bien aimé comment l'auteur utilisait les personnages de Batman. Comme ce n'est pas canon, il peut se permettre de faire ce qu'il veut avec les personnages et j'ai trouvé que les rôles qu'ils jouaient étaient bien vus, sauf pour Double Face que je trouve trop méchant, même si dans le dernier quart le côté tragique du personnage resurvit un peu. Le scénario est un bon mélange d'aventure, de drame et d'humour. C'est le genre de chose que je recherche dans un Batman et de ce côté là j'ai été gâté. Le récit est imprévisible et intelligent. Un bon hommage au personnage de Catwoman.
Le dessin a de la classe.
Journaliste d’investigation pakistanais, Taha Siddiqui a dû fuir le Pakistan en 2018 après une tentative d’assassinat à laquelle il a échappé de justesse. Exilé en France, il poursuit son combat pour la liberté de la presse. Ce roman graphique autobiographique raconte avec un humour grinçant ses années de jeunesse au sein d’une famille qui se radicalise jour après jour. Il essaie de résister à l’emprise du fondamentalisme religieux et tente de se frayer quelques espaces de liberté.
Un témoignage touchant sur un quotidien qui se transforme irrémédiablement, un récit qui n’est pas sans rappeler « L'Arabe du Futur » de Riad Sattouf mais aussi Guy Delisle et ses chroniques.
Cet album est aussi un reportage sur la montée de l’islamisme au Pakistan, l’ascension de Ben Laden, les attentats du World Trade Center et la cristallisation des tensions internationales. Lauréat du Prix Albert Londres en 2014, Taha Siddiqui inscrit son travail dans la lignée des ouvrages de Joe Sacco ou du « Photographe » de Didier Lefèvre et d’Emmanuel Guibert.
Un mot sur le dessin d’Hubert Maury ! J’ai trouvé son côté « reportage » très adapté au propos : rapide, nerveux, efficace à la manière d’un carnet de croquis. Pour ce qui est du titre ? Je vous laisse le découvrir…
J 'ai trois albums qui trainaient sur mon bureau depuis des mois sans qu'une envie folle me décide à les ouvrir. Je ne suis pas grand amateur de strips. L'humour est un domaine bien particulier et très perso et le nombre vertigineux de 5 me rend plus méfiant qu'autre chose.
J'avais raison de ne pas me presser car après quelques lectures assez décevantes Bill Watterson m'a redonné de l'envie à la lecture de si nombreuses séries.
J'ai avalé les trois albums d'un jet ce qui ne m'arrive jamais pour ce type de création où l'effet répétitif apporte de la lassitude. Mais le duo de Calvin et de son tigre est tellement rafraichissant et intelligent que j'ai eu un sentiment d'émerveillement durant toute ma lecture.
Pour le graphisme tout d'abord que je trouve à la fois économe et riche à travers ce N&B qui souligne les expressions, les contrastes et le dynamisme des personnages.
Ensuite j'ai trouvé que le message de Watterson possédait une valeur universelle et que les interventions de Calvin réelles ou de son imagination dévoilaient une justesse de vue sur notre monde. Tout se joue avant six ans nous disent les pédiatres. C'est un peu le message que je retiens des strips de Watterson dans la création des liens que l'on peut avoir avec ses parents, ses enfants, ses amis ou la nature.
C'est dit avec beaucoup de poésie, d'intelligence et d'humilité. Watterson avait quelque chose à dire, il l'a magnifiquement fait sans vouloir en profiter d'une manière abusivement commerciale. Un peu comme un vaccin que l'on devrait fournir presque gracieusement tellement c'est important pour la communauté.
Une superbe lecture.
A l’instar d’autres albums de cette collection (« Petites leçons de Permaculture », « Plastic tac tic tac »), « A l’école des lettres » est un ouvrage qui alterne courtes bandes dessinées et dossiers didactiques.
Au fil des différents chapitres, c’est à une belle rétrospective de ce que fût ce XIXème siècle littéraire à laquelle nous avons droit. Plusieurs acteurs majeurs nous sont présentés, ainsi que les courants les plus influents, l’évolution de la pensée ou le statut des écrivaines de l’époque.
L’atout majeur de cet album vient de son ton, résolument moderne et décomplexé. Un ton qui invite à la découverte, à la lecture ou à la relecture. Grâce à ce ton, chaque chapitre devient amusant à lire… et d’autant plus instructif que nous avons un réel plaisir à le découvrir. L’impertinence de certaines annotations sur des textes choisis, le respect et l’intelligence manifestés à d’autres occasions, les choix judicieux et parfois audacieux des extraits choisis (comme le texte sélectionné pour illustrer le chapitre consacré à Rimbaud et Verlaine. En existait-il un plus adéquat pour donner aux jeunes lecteurs l’envie de découvrir ces deux auteurs ?), tout frise le sans faute.
J’ai par contre craint le pire au niveau des bandes dessinées. Les premières, en effet, n’offrent pour ainsi dire aucun intérêt. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans notre lecture, le nombre de personnages ne cessant de croître, les interactions, références voilées et autres réparties deviennent de plus en plus plaisantes. J’avoue avoir ri à certaines occasions (comme lors du cours de tennis auquel assiste Victor Hugo, qui a comblé l’amateur de jeux de mots pourris que je suis) et très régulièrement souri.
Flatté de comprendre certaines références voilées, j’ai tout autant aimé découvrir la source d’autres dont j’ignorais tout. En effet, les notes didactiques s’appliquent à nous expliquer la provenance de tel ou tel dialogue présent dans la partie « bande dessinée ». Ainsi, que l’on ait compris a priori ou que l’on ait besoin d’une explication a posteriori, chacun ressort de cette lecture avec le sentiment d’être « instruit ».
Je termine ce livre et j’ai une furieuse envie de lire ou de relire certaines œuvres de ce XIXème siècle. A mes yeux, c’est la preuve que cette bande dessinée est pleinement réussie. Amusante, instructive et invitant le lecteur à la découverte et à l’approfondissement, elle est un réel et énorme coup de cœur pour ma part.
J’adore cette série, du Trondheim en grande forme !!
L’auteur s’amuse avec les codes de l’heroic-fantasy (pouvoirs, élu…) pour nous proposer une histoire tout public, divertissante, drôle, légère, qui ne manque pas de profondeur et qui possède sa petite part de noirceur. Un beau numéro d’équilibriste, je suis devenu complètement addict dès le tome 2, l’univers ne cesse de s’enrichir au fil des parutions, on a hâte de découvrir les objets magiques et autres lieux de ce monde.
Ralph est un « looser » très attachant, j’aime particulièrement son évolution et sa relative nonchalance affichée au cours de son aventure, les problèmes et responsabilités ne cessant de s’accroître. C’est rempli de personnages réussis (Zania, le père, Yassou…) et de punchlines ou de situations cultes. La série ne souffrira d’aucun ventre mou, chaque tome est réussi et la fin, au ton bien moins insouciant que les débuts, me convient tout à fait.
Niveau graphisme, c’est ce que j’ai vu de plus beau de l’auteur, alors que ce dernier use de son style classique animalier, le tout est franchement sublimé par les couleurs de Brigitte Findakly, elles participent grandement au plaisir de lecture.
A mes yeux, Trondheim s’est surpassé, alors que les ingrédients sont sans surprise, il nous sert une recette dont il a le secret. Je relis à chaque fois avec délectation, au final un classique de mes étagères.
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Il fallait que je vous le dise
Il y a des BD qui me plaisent parce qu'elles sont biens, que j'aime leur style, leur dessin, leur scénario. Il y a des BD que j'aime parce qu'elles me touchent, qu'elles m'émeuvent. Et puis il y a des BD qui me plaisent parce qu'à peine fini la lecture, j'ai envie de l'offrir à tout le monde. "Il fallait que je vous le dise" fait partie de cette dernière catégorie, très fermée. J'ai lu la BD dans le train, entrainé sans m'en rendre compte et finissant ému aux larmes par ce qui ressort de ce genre d'ouvrage. Je ne suis pas une femme, je n'ai jamais connu ni l'enfantement ni l'avortement, et je ne peux que compatir sans jamais ressentir ce genre de choses. Ces dilemmes, ces choix, ces attentes et ces conséquences. Avorter n'est jamais anodin, quoi qu'en disent ceux qui sont contre, et personne ne le fait comme on va faire une visite de routine chez le médecin. C'est un choix difficile, un moment dur et parfois violent. Cette BD nous le rappelle. Divisée en deux témoignages, d'abord une femme parlant de son avortement, puis un médecin qui parle de comment il en est arrivé à le faire, la BD nous présente deux facettes tout aussi intéressantes du choix d'enfanter ou non. Et je suis toujours ému et sidéré par ce genre de BD. Comment peut-on encore avoir aujourd'hui des débats autour de la façon dont les femmes veulent gérer leurs corps ? Comment a-t-on pu laisser si longtemps l'avortement clandestin, les infections, les morts, les violences obstétricales, les naissances nombreuses non-voulues ... C'est ignoble et je me sens toujours mal pour toutes ces femmes qui n'ont pas eu le choix, qui ont du faire sans. Ce genre de BD est salutaire, à l'heure où le pays le plus riche du monde annule la protection juridique de l'avortement. Il faut rappeler ce que ce fut, historiquement, et ce que c'est, humainement. Je suis convaincu qu'il faut diffuser ce message le plus possible, montrer l'humain derrière les mots. Et rien que pour ça, c'est une BD que je recommande.
Wonder Woman Historia
Toi qui va lire cet avis, tu te dis : "encore un comics de super-héros", et bien tu te mets le doigt dans l'œil car le titre est trompeur, de Wonder Woman il n'est pas question, enfin très très légèrement. Et là, tu vas me demander de quoi ça parle alors, je vais te répondre : de mythologie avec la naissance des Amazones, de la guerre qu'elles vont mener contre la colère les Dieux, mais plus que cela, c'est avant tout une œuvre féministe. Tu y découvriras la condition des femmes à cette époque et leurs combats contre la dégradation, l'esclavage, l'exclusion, l'impudence, l'isolement, l'effacement, l'humiliation, la soumission, l'agression et le meurtre, des sujets toujours d'actualité hélas. Tu pourras te laisser transporter par une narration onirique, y découvrir des déesses rebelles et des femmes toutes puissantes mais pas toutes-puissantes, comprends-tu la différence ? Tu pourras me rétorquer que cela manque de nuances par moments, que tous les hommes ne sont pas des salauds. C'est vrai, mais cela n'a pas gêné mon plaisir de lecture. Une histoire bien charpentée où complots, aventure et moments plus intimes se succèdent naturellement. Comme je te l'ai dit plus haut, c'est un récit féministe qui parle aussi de la vie et donc de sa finalité, la mort. Entre les deux, il faut vivre, apprendre, souffrir et grandir pour pouvoir aimer, mais la vie est aussi faite de choix, et ceux-ci peuvent être douloureux. Question dessin ? Tu auras droit à trois dessinateurs, un par chapitre, Phil Jimenez pour le premier (superbe), Gene Ha pour le second (j'aime moins) et Nicola Scott pour le troisième (très beau), le tout en gardant une harmonie graphique et une atmosphère épique, ce qui permet une immersion dans cette Grèce antique. Tu pourras aussi apprécier le guide des tribus Amazones de Phil Jimenez en fin d'album. Bref, comme tu l'auras compris, j'ai beaucoup aimé. Coup de cœur. Will Eisner Award 2022 pour le meilleur one shot (chapitre 1).
Ils brûlent
Alors je fais exactement le même constat que mes trois collègues précédents : c'est une très très bonne BD. Le dessin qui, survolé, laisse une impression de gribouillis indéchiffrables, est en réalité très fin, plein de détails, et les gestes, attitudes, expressions ne laissent aucune place à l'équivoque. Les traits sont vivants, ça vibre et ça suinte. C'est en outre narrativement très clair. Bref ! C'est remarquable en tous points. Et d'abord parce que Aniss El Hamouri casse bien les codes en matière de narration. C'est osé, sans concession. Bravo ! Ce qui me retient un brin, c'est la longueur du démarrage. Il faut en effet parvenir à la moitié du récit, ou en tous cas au premier tiers, pour voir l'histoire décoller. Jusque là, c'est assez verbeux et démonstratif, et un peu apitoyé. Mais une fois l'élan pris dans la pente, on ne lâche plus jusqu'à la fin. Il y a une réelle densité spirituelle et philosophique, et quand on sait qu'il reste encore au moins deux tomes à paraître, ça laisse présager bien des aventures, des circonvolutions et des rebondissements. C'est une belle perspective. Mais surtout, une grande BD.
La Longue Marche des Dindes
Le jury d’Angoulême ne s’y est pas trompé, voici une très bonne BD jeunesse ! Adaptée du roman éponyme de Kathleen Karr, Léonie Bischoff nous propose un album qui allie à merveille aventure, fraîcheur sans tomber dans la mièvrerie. Simon Green, un jeune garçon de 15 ans vit dans le Missouri en 1860. Après avoir quadruplé son CE1, son institutrice lui donne son diplôme d’office afin qu’il prenne son envol. Un peu dépité, il lui vient l’idée pour gagner sa vie de conduire 1000 dindes jusqu’à Denver, là où ces dernières vingt fois leur prix ! Commence alors une aventure trépidante marquée par des rencontres pas toujours très heureuses, mais qui forgera aussi de solides amitiés au fil de ce voyage. Voilà un album qui revisite le far west de façon originale en nous trainant dans le sillon d’un jeune garçon attachant et plein de ressources. Le graphisme de Léonie Bischoff tout en rondeur et en douceur dans sa colorisation donnent à l’ensemble une tenue remarquable ; on se laisse très rapidement embarquer sans retenue dans ce périple haut en rebondissements !
Kongo
Cette lecture est éprouvante mais vraiment fondamentale. En effet les massacres congolais du temps de Léopold n'est pas une thématique si fréquemment développée par les auteurs du franco-belge. À croire que c'est un sujet tabou que de rendre justice à la mémoire des millions de Congolais tués par des colons belges et français avides de richesses. Atrocités couvertes par une myopie hypocrite parmi les plus meurtrières de l'histoire. Perrissin reprend avec justesse le terrible récit de Joseph Conrad qui a témoigné des atrocités entrevues lors de son engagement au Bakongo. J'avais croisé une nouvelle de Conrad (un avant-poste du progrès) issue du même périple dans Visions d'Afrique mais interprétée par des auteurs Franco-Africains. Les deux récits se ressemblent beaucoup tellement ils dégagent une atmosphère lourde d'horreurs et d'oubli pour les victimes. Le scénario de Perrissin est cadré par le texte de Conrad. La difficulté majeure est de rester dans l'esprit du temps de l'écrivain. D'où l'importance des passages intimistes où Korn se retrouve face à lui-même ou à sa tante sans faux semblant sur ses faiblesses. Perrissin respecte le texte sans s'aventurer sur des extrapolations hasardeuses. Ici point de caoutchouc mais un pillage de l'ivoire à n'importe quel prix. Perrissin n'attaque pas un système colonial issue d'une administration illégitime puisqu'elle n'existait pratiquement pas à ce moment. Sa critique va au delà, en attaquant le racisme issu de cette pensée que l'Européen blanc avait tout pouvoir dans sa mission civilisatrice. C'est cette idée criminelle qui a autorisé "les Stanley en carton bouilli, les sordides aventuriers, les téméraires sans vaillance, les cupides sans audace les cruels sans courage à arracher les richesses des entrailles du Congo" et de toute l'Afrique. Le crime se double du silence et du déni qui ont longtemps accompagné ces meurtres dans un mépris des victimes assez inhumain. Le graphisme de Tirabosco travaille un N&B qui rend l’atmosphère étouffante du climat et des pensées véhiculées par les colons. Le découpage rend la lecture très fluide et facile. L'ambiance sordide du "Roi des Belges" est magnifiquement rendue par des clairs obscurs qui révèlent les zones sombres des personnages. Une lecture de mémoire que j'ai beaucoup apprécié même si c'est un récit éprouvant en de nombreux passages.
Catwoman - Lonely City
Et ben cela faisait bien un moment que je n'avais pas pris autant de plaisir en lisant un comics issu de l'univers de Batman. On est ici dans un univers alternatif où Catwoman sort de prison 10 ans après les tragiques événements qui ont amené à la mort de Batman, du Joker, de Nightwing et du commissaire Gordon et en plus Double Face est maintenant le maire de Gotham ! C'est donc une Catwoman plus vieille et dans un univers qu'elle ne reconnait plus que le récit met en vedette et bien sûr elle voudra faire un dernier grand coup, surtout que Batman lui a dit un mot mystérieux avant de mourir... Le récit est vraiment captivant du début jusqu'à la fin. J'ai bien aimé comment l'auteur utilisait les personnages de Batman. Comme ce n'est pas canon, il peut se permettre de faire ce qu'il veut avec les personnages et j'ai trouvé que les rôles qu'ils jouaient étaient bien vus, sauf pour Double Face que je trouve trop méchant, même si dans le dernier quart le côté tragique du personnage resurvit un peu. Le scénario est un bon mélange d'aventure, de drame et d'humour. C'est le genre de chose que je recherche dans un Batman et de ce côté là j'ai été gâté. Le récit est imprévisible et intelligent. Un bon hommage au personnage de Catwoman. Le dessin a de la classe.
Dissident Club - Chronique d'un journaliste pakistanais exilé en France
Journaliste d’investigation pakistanais, Taha Siddiqui a dû fuir le Pakistan en 2018 après une tentative d’assassinat à laquelle il a échappé de justesse. Exilé en France, il poursuit son combat pour la liberté de la presse. Ce roman graphique autobiographique raconte avec un humour grinçant ses années de jeunesse au sein d’une famille qui se radicalise jour après jour. Il essaie de résister à l’emprise du fondamentalisme religieux et tente de se frayer quelques espaces de liberté. Un témoignage touchant sur un quotidien qui se transforme irrémédiablement, un récit qui n’est pas sans rappeler « L'Arabe du Futur » de Riad Sattouf mais aussi Guy Delisle et ses chroniques. Cet album est aussi un reportage sur la montée de l’islamisme au Pakistan, l’ascension de Ben Laden, les attentats du World Trade Center et la cristallisation des tensions internationales. Lauréat du Prix Albert Londres en 2014, Taha Siddiqui inscrit son travail dans la lignée des ouvrages de Joe Sacco ou du « Photographe » de Didier Lefèvre et d’Emmanuel Guibert. Un mot sur le dessin d’Hubert Maury ! J’ai trouvé son côté « reportage » très adapté au propos : rapide, nerveux, efficace à la manière d’un carnet de croquis. Pour ce qui est du titre ? Je vous laisse le découvrir…
Calvin et Hobbes
J 'ai trois albums qui trainaient sur mon bureau depuis des mois sans qu'une envie folle me décide à les ouvrir. Je ne suis pas grand amateur de strips. L'humour est un domaine bien particulier et très perso et le nombre vertigineux de 5 me rend plus méfiant qu'autre chose. J'avais raison de ne pas me presser car après quelques lectures assez décevantes Bill Watterson m'a redonné de l'envie à la lecture de si nombreuses séries. J'ai avalé les trois albums d'un jet ce qui ne m'arrive jamais pour ce type de création où l'effet répétitif apporte de la lassitude. Mais le duo de Calvin et de son tigre est tellement rafraichissant et intelligent que j'ai eu un sentiment d'émerveillement durant toute ma lecture. Pour le graphisme tout d'abord que je trouve à la fois économe et riche à travers ce N&B qui souligne les expressions, les contrastes et le dynamisme des personnages. Ensuite j'ai trouvé que le message de Watterson possédait une valeur universelle et que les interventions de Calvin réelles ou de son imagination dévoilaient une justesse de vue sur notre monde. Tout se joue avant six ans nous disent les pédiatres. C'est un peu le message que je retiens des strips de Watterson dans la création des liens que l'on peut avoir avec ses parents, ses enfants, ses amis ou la nature. C'est dit avec beaucoup de poésie, d'intelligence et d'humilité. Watterson avait quelque chose à dire, il l'a magnifiquement fait sans vouloir en profiter d'une manière abusivement commerciale. Un peu comme un vaccin que l'on devrait fournir presque gracieusement tellement c'est important pour la communauté. Une superbe lecture.
A l'école des lettres
A l’instar d’autres albums de cette collection (« Petites leçons de Permaculture », « Plastic tac tic tac »), « A l’école des lettres » est un ouvrage qui alterne courtes bandes dessinées et dossiers didactiques. Au fil des différents chapitres, c’est à une belle rétrospective de ce que fût ce XIXème siècle littéraire à laquelle nous avons droit. Plusieurs acteurs majeurs nous sont présentés, ainsi que les courants les plus influents, l’évolution de la pensée ou le statut des écrivaines de l’époque. L’atout majeur de cet album vient de son ton, résolument moderne et décomplexé. Un ton qui invite à la découverte, à la lecture ou à la relecture. Grâce à ce ton, chaque chapitre devient amusant à lire… et d’autant plus instructif que nous avons un réel plaisir à le découvrir. L’impertinence de certaines annotations sur des textes choisis, le respect et l’intelligence manifestés à d’autres occasions, les choix judicieux et parfois audacieux des extraits choisis (comme le texte sélectionné pour illustrer le chapitre consacré à Rimbaud et Verlaine. En existait-il un plus adéquat pour donner aux jeunes lecteurs l’envie de découvrir ces deux auteurs ?), tout frise le sans faute. J’ai par contre craint le pire au niveau des bandes dessinées. Les premières, en effet, n’offrent pour ainsi dire aucun intérêt. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans notre lecture, le nombre de personnages ne cessant de croître, les interactions, références voilées et autres réparties deviennent de plus en plus plaisantes. J’avoue avoir ri à certaines occasions (comme lors du cours de tennis auquel assiste Victor Hugo, qui a comblé l’amateur de jeux de mots pourris que je suis) et très régulièrement souri. Flatté de comprendre certaines références voilées, j’ai tout autant aimé découvrir la source d’autres dont j’ignorais tout. En effet, les notes didactiques s’appliquent à nous expliquer la provenance de tel ou tel dialogue présent dans la partie « bande dessinée ». Ainsi, que l’on ait compris a priori ou que l’on ait besoin d’une explication a posteriori, chacun ressort de cette lecture avec le sentiment d’être « instruit ». Je termine ce livre et j’ai une furieuse envie de lire ou de relire certaines œuvres de ce XIXème siècle. A mes yeux, c’est la preuve que cette bande dessinée est pleinement réussie. Amusante, instructive et invitant le lecteur à la découverte et à l’approfondissement, elle est un réel et énorme coup de cœur pour ma part.
Ralph Azham
J’adore cette série, du Trondheim en grande forme !! L’auteur s’amuse avec les codes de l’heroic-fantasy (pouvoirs, élu…) pour nous proposer une histoire tout public, divertissante, drôle, légère, qui ne manque pas de profondeur et qui possède sa petite part de noirceur. Un beau numéro d’équilibriste, je suis devenu complètement addict dès le tome 2, l’univers ne cesse de s’enrichir au fil des parutions, on a hâte de découvrir les objets magiques et autres lieux de ce monde. Ralph est un « looser » très attachant, j’aime particulièrement son évolution et sa relative nonchalance affichée au cours de son aventure, les problèmes et responsabilités ne cessant de s’accroître. C’est rempli de personnages réussis (Zania, le père, Yassou…) et de punchlines ou de situations cultes. La série ne souffrira d’aucun ventre mou, chaque tome est réussi et la fin, au ton bien moins insouciant que les débuts, me convient tout à fait. Niveau graphisme, c’est ce que j’ai vu de plus beau de l’auteur, alors que ce dernier use de son style classique animalier, le tout est franchement sublimé par les couleurs de Brigitte Findakly, elles participent grandement au plaisir de lecture. A mes yeux, Trondheim s’est surpassé, alors que les ingrédients sont sans surprise, il nous sert une recette dont il a le secret. Je relis à chaque fois avec délectation, au final un classique de mes étagères.