Nous avons là un vrai western sauvage vu par Jodorowsky entre drames familiaux et combats spectaculaires. Il n’y a pas de concession, c’est l’anti-Blueberry par excellence! Et que j'aime ça! Bref, il y a toute une différence de génération de lecteurs entre les deux œuvres ce qui n’empêche pas d’apprécier le mythe original de la bd western. Mais là, cela va plus loin car nous sommes au-delà d'une apparente naïveté du héros sans peur, ni reproche.
"Bouncer", c'est avant tout une histoire de famille: celle d'Aunty Lola, la prostituée la plus féroce de l'Ouest et de ses fils... d'un en particulier : le Bouncer, videur d'un saloon et accessoirement légèrement manchot ce qui ne l’empêche pas d’être un excellent tireur. Le videur va d'ailleurs devenir propriétaire. Cependant, ce n'est pas la restauration qui l'intéresse vraiment.
Cette série va connaître 5 cycles assez distincts:
- le premier composée des 2 premiers albums qui tourne autour de Seth, le neveu du Bouncer.
- le second cycle est composé des 3 albums suivants (tome 3, 4 et 5) où notre héros, un pistolero manchot, va reprendre du service après une vie redevenue normale.
- le troisième cycle (tome 6 et 7) autour de la veuve noire. Le final réserve bien des surprises au point d'avoir été littéralement bluffé.
- le quatrième cycle (tome 8 et 9) autour du pénitencier où se cache un tueur qui n'est autre que le fils du directeur de l'établissement.
- le cinquième cycle (tome 10 et 11) autour d'un trésor maudit caché dans le désert mexicain et qui a appartenu au défunt empereur Maximilien fusillé par la révolution locale. A noter un rythme de parution sans précédent puisqu'à peine quelques mois se sont écoulés entre les deux tomes.
Depuis le 8ème tome, la parution de cette série se fait chez Glénat. Fini les Humanoïdes Associés tombés en désuétude après une lente agonie. On regrettera le changement de tranche et de format qui ne plaît pas, par essence, au collectionneur de bd.
J’ai réellement apprécié cette saga familiale dans l’Ouest qui explore les facettes les plus obscures des personnages. Le scénario est passionnant et on se laisse vite emporter. Je crois que ce qui m’a définitivement convaincu, c’est l’atmosphère dégagée par ce western pas comme les autres. Nous avons là une âpreté inégalée. Et cerise sur le gâteau, on peut souligner une splendeur graphique d'une puissance rare qui fait de Bouncer un western comme on n'en avait encore jamais vu!
Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Pute borgne, qu’ai-je ri devant ces inepties facétieuses emplies d’une sage folie sauvage aux suaves effluves d’un matin embrumé de café et de macédoine.
Bon ! Plus sérieusement, Fabcaro nous sert là encore un grand, un très grand cru. Peut-être même l’album de lui que je préfère. Le décalage entre un dessin figé de visages inexpressifs et les propos absurdes et décalés juste ce qu’il faut est irrésistiblement hilarant. C’est vraiment génialement con, avec des passages d’anthologie (dont une discussion téléphonique, mon dieu, j’en pisse de rire rien que d’y repenser).
En fait, je ne sais pas quoi dire sinon : lisez le, lisez le, lisez le. C’est absurde, c’est con mais c’est tellement jouissif. Et si je vous dis que la seconde partie de l’album est un peu moins drôle que la première, cela signifie que je n’ai plus ri qu’une à deux fois par page, contrairement au début de l’album où quasiment chaque case me faisait pouffer.
Ceux qui connaissent Fabcaro : pas besoin d’essayer de vous convaincre.
Les autres : si l’aspect de l’album peut rebuter (couverture moche, album peu épais, dessin peu avenant), ne vous arrêtez pas à cette impression. Ce n’est pas de l’underground obscur compréhensible que d’initié. L’humour de Fabcaro est accessible à tous… pourvu que l’absurde ne vous effraie pas et que vous n’ayez pas peur de rire comme une baleine en lisant une bande dessinée.
Allons-y franchement : Picsou est un personnage culte des comics Disney. L’équivalent de ce que Tintin, Astérix ou Gaston peuvent être à la franco-belge (au même titre que Donald et Mickey).
Le mode de production en a fait un personnage quasi-universel, bien que cela entraîne une qualité parfois inégale dans ses aventures. À ce titre, l’intégrale Don Rosa concentre ce qui se fait de mieux en la matière. On y trouve un canon de la jeunesse du personnage, basé sur des anecdotes éparpillées par Carl Barks, des histoires denses, fortes, drôles et un réel travail de fond historique.
Le trait de Rosa est caractéristique : beaucoup moins « propre » que la plupart des Disney actuels, fourmillant de petits traits, de points, de zones d’ombre... ses personnages humains ont un peu tous des gueules carrées et des truffes noires. Peut-être est-ce le parfum de la nostalgie mais je trouve que cela donne du caractère à l’ensemble qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs.
Il est - presque ? - impossible de posséder TOUTES les histoires de Picsou mais cette série est un incontournable du rayon Disney de votre bédéthèque.
Joie! Une de mes séries cultes favorites, dont l'auteur nous avait forcé à faire un cruel et pénible deuil, apres avoir usé de cette puissance presque divine qu'ont les auteurs de mettre fin à la vie de leur héros, bénéficie du pouvoir presque davantage surnaturel encore qu'ont les auteurs de procéder à la résurrection de leurs créations.
Après une introduction justifiant aussi crédiblement que possible le retour de Lapinot dans ses formidables aventures, j'ai pris un bonheur immense à retrouver mon personnage fétiche et son univers aussi drole et à la fois si rocambolesque que vrai tels que je les savourais dans les episodes originaux.
Il va de soi que je recomande chaudement la lecture des aventures originales avant de lire celle ci, qui fait tout de même abondamment référence au passé du héros.
Un tout bon (nouveau) Lapinot.
Vivement la suite des (nouvelles) aventures.
Mon coup de coeur pour 2017!
J'ai tout aimé dans ce one shot. Tout d'abord le scénario, qui m'a appris l'existence des hibakusha d'une part, et qui balance entre réalité de l'horreur de cette guerre, et amour fantasmé d'autre part.
Mais ce que j'ai aimé par dessus tout ce sont les dessins magnifiques et le choix des couleurs entre sobriété et magnificence du rouge.
Quel plaisir de tenir cette BD entre les mains!
Cette épaisse bande dessinée (170 pages tout de même) marquera sans nul doute l'année 2018.
Loin des reprises plus ou moins heureuses de séries phares comme Blake et Mortimer ou Thorgal, Yves sente nous livre là un scénario original et passionnant comme il l'avait magistralement fait avec La Vengeance du Comte Skarbek.
Nous suivons ici le destin de ces trois soldats noirs, ces "monuments men" pris dans le débarquement de 44 et dans la bataille des Ardennes, à la recherche du premier drapeau américain.
En révélant la particularité de ce drapeau confectionné par Betsy Rose, Yves Sente nous plonge dans la guerre d'indépendance de 1776, mais aussi dans la lutte contre la racisme, à travers l'histoire d'Angela Brown.
Mêlant fiction et réalité, cet ouvrage est remarquable.
Il l'est d’autant plus que l'histoire est illustrée par Cuzor. J'ai eu l'occasion de feuilleter la version noir et blanc (un peu chère)de cette aventure, et bien je dois dire que la version dite commerciale,rehaussée par la palette de couleurs de Meephe Versaevel, est encore plus réussie.
Une histoire forte, mise en lumière par un dessin talentueux....que demander de plus?
J'en conseille vivement la lecture.
Corto déchaine les passions, cela se ressent jusque dans les commentaires de bdtheque. La plupart des détracteurs trouvent ça ennuyeux au possible, pas particulièrement beau et franchement compliqué.
Et je comprends tout à fait. En fait, chaque fois que je feuillette un des albums, sans véritablement rentrer dedans, je me demande pourquoi je les possède tous. C'est souvent assez compliqué, un peu perché et, parfois, les dessins de certaines cases sont assez brouillons.
En réalité, je pense que Corto Maltese est une des bd les plus inaccessibles que je connaisse, dans le sens où c'est vraiment spécial, il faut accrocher.
Et moi, dès que je me mets sérieusement dedans, je ne peux plus en sortir. Je me retrouve happé dans un univers poétique mais très ancré dans le réel et l'histoire. J'apprécie réellement la justesse et l'ancrage historiques. Et ce petit côté mystique qu'il y a dans les albums me branche bien. Il y a toujours des histoires de conte, de magie, de légende...
Entrer dans Corto, c'est entrer dans un univers particulier et unique, avec des histoires toujours rocambolesques et des personnages souvent très hauts en couleur. Mention spéciale à "ce fou de Raspoutine", cet espèce de diable qui accompagne le héros même contre son gré et dont il ne peut, à son regret, se passer. L'autre personnage qui m'a marqué est Cush, le guerrier dans "Les Ethiopiques" qui massacre allègrement mais ne raterait pour rien au monde la pause thé.
Certes, parfois, les dialogues sont assez compliqué et c'est assez intello. Mais je trouve que ça colle bien au dessin et au propos.
Quant au dessin, je reconnais qu'il est assez spécial. Mais personnellement, je suis un grand fan. Je trouve ça magnifique (même si parfois inégal). Je pourrais contempler certaines planches pendant des heures, comme des tableaux. Après ça reste très personnel.
Au final, je ne peux que conseiller. Mais il faut vraiment s'y plonger. Pour commencer, je ne conseille pas forcément La Ballade De La Mer Salée, car c'est assez lourd pour un début. Et comme il n'y a pas besoin de lire dans l'ordre, il vaut mieux commencer par Les Ethiopiques (qui est, je pense, mon préféré), par exemple, ou par La Jeunesse, qui sont bien plus courts.
Dragon Ball est devenu assez rapidement au fil des années un monument commercial. Qu'il s'agisse de la série d'animation ou des nombreux produits dérivés, retour sur ce que l'on peut raisonnablement appeler en 2018 le grand père du Shonen.
Dragon Ball, c'est l'histoire classique d'un petit garçon aussi mignon que naïf et doté d'une force considérable dans un monde parallèle ressemblant à notre planète mais dans une époque indéterminée où les technologies sont assez avancées mais où l'on peut également croiser dinosaures et influences japonaises médiévales.
Son Goku possède une boule de cristal (parmi 7 disponibles) héritée de son grand père adoptif et qui va attirer nombre de convoitises car selon une légende ancestrale, celui qui les réunit invoque Shenron un dragon capable de réaliser les voeux les plus fous.
Rapidement rejoint par Bulma qui recherche ces boules puis par une pléthore de personnages les plus dingues, le manga va s'attarder sur les aventures de tout ce petit groupe ainsi que l'évolution de Son Goku qui deviendra au fil des tomes un adulte de plus en plus puissant face à des adversaires coriaces.
Le mélange des genres, humour, aventures et bastons, ne sera pas toujours d'une grande finesse mais la capacité de Toriyama pour imaginer un univers simple mais cohérent et rebondir d'une situation à une autre sans se prendre les pieds dans le cordon va faire de ce récit une légende.
Car les dessins au style rond sont de toute beauté et les cadrages des nombreux combats sont d'une lisibilité sans égal. Bien sur, les ficelles sont grosses et nombreuses, les arc même parfois répétitifs mais il émane une telle originalité dans l'univers de Dragon Ball qu'il est franchement difficile de décrocher tant on s'attache à tous les personnages.
Si la première époque reste ma préférée pour l'humour grivois et rocambolesque, la seconde partie (ou Dragon Ball Z) captive tout autant par l'intensité de ses combats et de l'escalade des pouvoirs invoqués.
On y remarque aussi quelques allusions misogynes pas très futées et qui ne passeraient plus aujourd'hui (les premiers tomes datent quand même des années 80 à une époque où se moquer des homosexuels était encore toléré) et la gent féminine reste encore cantonnée à des rôles de potiches mais si on passe outre ces reproches et que la montée en puissance constante des différents protagonistes ne lasse pas, Dragon Ball reste encore aujourd'hui une lecture des plus recommandables avec un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.
Je suis conquis par cette BD, et je lui discerne un coup de cœur sans la moindre hésitation. Et dire que je me tâtais à lire cette BD, refroidis par cette couverture annonçant un énieme carnet de voyage de la part d'un auteur type "jeune paumé" en route vers un endroit qu'il ne connait pas.
Quelle image faussé n'avais-je alors pas ! Si la couverture ne laisse rien présager de l'ensemble, nous avons le droit à un récit documentaire de qualité et servi avec un certain brio !
Autant le dire, il faut s'accrocher un peu pour rentrer dans cette histoire et arriver à suivre l'auteur, qui a une petite tendance à l'épanchement verbeux, mais également avec le dessin et la construction des pages. Mais une fois passé quelques pages, on rentre dans le style et l'histoire. Attention cependant, ça reste une BD qu'il faut prendre le temps de lire. Prévoyez de la disponibilité cérébrale, il y a de quoi faire !
Ce qui m'a captivé, c'est à la fois le ton de l'auteur, à mi-chemin entre l'humour de son personnage et le documentaire précis de ce qu'il a vu. C'est particulièrement prenant car on se sent transporté avec lui dans ces péripéties en territoire kurde. Le dessin aide particulièrement, avec un dynamisme et une lisibilité parfaite. Tout est très reconnaissable, avec plusieurs petites touches d'humour dans les personnages.
Mais ce ton rendu léger reste très grave. Là-bas, c'est la guerre, et c'est pas rigolo. Zerocalcare arrive à nous faire passer tout la gravité de ce qui se trame dans cette région du monde. Il y a plusieurs moments poignants voir même émouvants, bien que l'auteur ne se prenne jamais toute l'horreur d'une guerre en face. Cependant il fait comprendre ce qui se joue, ce qui se passe et également ce qu'il ressent.
Là où l'auteur m'a réellement convaincu, c'est que souvent ce genre de documentaire se limite à ce que le dessinateur à vécu dans le pays, ou alors tente maladroitement de faire un petit topo sur la situation. Ici, Zerocalcare arrive à faire à la fois un carnet de voyage, mais également un état des lieux bien complet. Les interviews sont très diverses et rendent assez bien compte de toute la complexité des choses, idées renforcée par ce que dit l'auteur (notamment les fois où il précise que ce qu'il a vu n'est pas la réalité objective de tout ce qui existe). Plusieurs fois il prend le temps d'expliquer les points de détails ou de rajouter des précisions importantes. Le nombre de pages et l'abondance de textes permettent de bien développer les différents points. Et de nous sortir des phrases bien senties.
J'ai bien senti à travers la BD la charge que l'auteur a contre la Turquie d'Erdogan (et comme il le souligne à la fin, les Turques ne sont pas leur gouvernement), tout autant que toute la réserve qu'il a envers les Kurdes malgré l'accumulation de points en leur faveur. On pourrait y voir un développement très (trop) favorables à ces derniers, mais je dois reconnaitre que dans toute la complexité de cette situation géopolitique, ils représentent une bonne partie des valeurs morales qu'on voudrait défendre.
Cette BD est vraiment le genre de documentaire que j'aime lire. Déjà parce qu'elle est extrêmement instructive, mais également parce qu'elle met en lumière beaucoup de ce qui se passe dans notre monde actuel. Et qu'elle ne nous épargne pas, nous autres européens qui regardons le moyen-orient de loin. Il y a des cases (voir des pages) qui prennent à la gorge lorsqu'on se rend compte de ce qu'il se passe. Et se rappeler que c'est la guerre, et ce que c'est que la guerre, c'est parfois une bonne chose. On rigole un peu en lisant cette BD, et pour une fois je trouve ça salutaire. Parce que cette BD est très dure, mais très bien faite. Un gros coup de cœur pour cette découverte qui a vraiment toutes les qualités.
Afin de ne pas s'épancher inutilement sur une œuvre que beaucoup connaissent pour l'avoir lue, aimée ou même détestée, je ne vais donc ici parler que des tomes d'origine de Edgar P. Jacobs, les autres tomes m'ayant tout au plus diverti mais pour la plupart saoulé par intérêt absent.
Car ce qui fait effectivement le charme de ces aventures, c'est ce côté kitsch mais divertissant, ces dialogues pompeux mais nécessaires et des histoires au charme incroyable tant d'années après leur première publication.
Mon premier Blake, je m'en souviens encore comme si c'était hier... SOS Météores m'avait été offert alors que je ne voulais rien savoir de cette série Sous-Tintin alors que j'étais ado et bien plus attiré par Batman ou l'héroic fantasy de Loisel.
Passé un petit temps d'adaptation, le bouquin fut dévoré avec l'envie irrésistible de tout lire depuis l'Espadon et la sensation d'être passé toutes ces années à côté d'un sacré monument.
Car oui, B&M reste encore de nos jours une de ces œuvres impérissables qui se suffit à elle-même avec un univers oscillant du fantastique au policier et vice-versa et soutenu par une ligne claire rigide mais riche de détails et superbe à l'oeil.
Effectivement la gent féminine n'est pas à l'honneur (mais c'est l'époque qui ne permettait pas le mélange des sexes) et Olrik reste invariablement le seul méchant disponible mais malgré tout cela, le charme du Professeur Mortimer et l'inventivité des histoires rendent des bds contemporaines encore bien obsolètes.
A lire et à relire sans déplaisir pour voyager dans le temps, les saisons et les continents.
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Bouncer
Nous avons là un vrai western sauvage vu par Jodorowsky entre drames familiaux et combats spectaculaires. Il n’y a pas de concession, c’est l’anti-Blueberry par excellence! Et que j'aime ça! Bref, il y a toute une différence de génération de lecteurs entre les deux œuvres ce qui n’empêche pas d’apprécier le mythe original de la bd western. Mais là, cela va plus loin car nous sommes au-delà d'une apparente naïveté du héros sans peur, ni reproche. "Bouncer", c'est avant tout une histoire de famille: celle d'Aunty Lola, la prostituée la plus féroce de l'Ouest et de ses fils... d'un en particulier : le Bouncer, videur d'un saloon et accessoirement légèrement manchot ce qui ne l’empêche pas d’être un excellent tireur. Le videur va d'ailleurs devenir propriétaire. Cependant, ce n'est pas la restauration qui l'intéresse vraiment. Cette série va connaître 5 cycles assez distincts: - le premier composée des 2 premiers albums qui tourne autour de Seth, le neveu du Bouncer. - le second cycle est composé des 3 albums suivants (tome 3, 4 et 5) où notre héros, un pistolero manchot, va reprendre du service après une vie redevenue normale. - le troisième cycle (tome 6 et 7) autour de la veuve noire. Le final réserve bien des surprises au point d'avoir été littéralement bluffé. - le quatrième cycle (tome 8 et 9) autour du pénitencier où se cache un tueur qui n'est autre que le fils du directeur de l'établissement. - le cinquième cycle (tome 10 et 11) autour d'un trésor maudit caché dans le désert mexicain et qui a appartenu au défunt empereur Maximilien fusillé par la révolution locale. A noter un rythme de parution sans précédent puisqu'à peine quelques mois se sont écoulés entre les deux tomes. Depuis le 8ème tome, la parution de cette série se fait chez Glénat. Fini les Humanoïdes Associés tombés en désuétude après une lente agonie. On regrettera le changement de tranche et de format qui ne plaît pas, par essence, au collectionneur de bd. J’ai réellement apprécié cette saga familiale dans l’Ouest qui explore les facettes les plus obscures des personnages. Le scénario est passionnant et on se laisse vite emporter. Je crois que ce qui m’a définitivement convaincu, c’est l’atmosphère dégagée par ce western pas comme les autres. Nous avons là une âpreté inégalée. Et cerise sur le gâteau, on peut souligner une splendeur graphique d'une puissance rare qui fait de Bouncer un western comme on n'en avait encore jamais vu! Note Dessin : 4.5/5 – Note Scénario : 4.5/5 – Note Globale : 4.5/5
Et si l'amour c'était aimer ?
Pute borgne, qu’ai-je ri devant ces inepties facétieuses emplies d’une sage folie sauvage aux suaves effluves d’un matin embrumé de café et de macédoine. Bon ! Plus sérieusement, Fabcaro nous sert là encore un grand, un très grand cru. Peut-être même l’album de lui que je préfère. Le décalage entre un dessin figé de visages inexpressifs et les propos absurdes et décalés juste ce qu’il faut est irrésistiblement hilarant. C’est vraiment génialement con, avec des passages d’anthologie (dont une discussion téléphonique, mon dieu, j’en pisse de rire rien que d’y repenser). En fait, je ne sais pas quoi dire sinon : lisez le, lisez le, lisez le. C’est absurde, c’est con mais c’est tellement jouissif. Et si je vous dis que la seconde partie de l’album est un peu moins drôle que la première, cela signifie que je n’ai plus ri qu’une à deux fois par page, contrairement au début de l’album où quasiment chaque case me faisait pouffer. Ceux qui connaissent Fabcaro : pas besoin d’essayer de vous convaincre. Les autres : si l’aspect de l’album peut rebuter (couverture moche, album peu épais, dessin peu avenant), ne vous arrêtez pas à cette impression. Ce n’est pas de l’underground obscur compréhensible que d’initié. L’humour de Fabcaro est accessible à tous… pourvu que l’absurde ne vous effraie pas et que vous n’ayez pas peur de rire comme une baleine en lisant une bande dessinée.
La Grande Histoire de Picsou (La Grande Epopée de/La Jeunesse de Picsou)
Allons-y franchement : Picsou est un personnage culte des comics Disney. L’équivalent de ce que Tintin, Astérix ou Gaston peuvent être à la franco-belge (au même titre que Donald et Mickey). Le mode de production en a fait un personnage quasi-universel, bien que cela entraîne une qualité parfois inégale dans ses aventures. À ce titre, l’intégrale Don Rosa concentre ce qui se fait de mieux en la matière. On y trouve un canon de la jeunesse du personnage, basé sur des anecdotes éparpillées par Carl Barks, des histoires denses, fortes, drôles et un réel travail de fond historique. Le trait de Rosa est caractéristique : beaucoup moins « propre » que la plupart des Disney actuels, fourmillant de petits traits, de points, de zones d’ombre... ses personnages humains ont un peu tous des gueules carrées et des truffes noires. Peut-être est-ce le parfum de la nostalgie mais je trouve que cela donne du caractère à l’ensemble qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Il est - presque ? - impossible de posséder TOUTES les histoires de Picsou mais cette série est un incontournable du rayon Disney de votre bédéthèque.
Les Nouvelles Aventures de Lapinot
Joie! Une de mes séries cultes favorites, dont l'auteur nous avait forcé à faire un cruel et pénible deuil, apres avoir usé de cette puissance presque divine qu'ont les auteurs de mettre fin à la vie de leur héros, bénéficie du pouvoir presque davantage surnaturel encore qu'ont les auteurs de procéder à la résurrection de leurs créations. Après une introduction justifiant aussi crédiblement que possible le retour de Lapinot dans ses formidables aventures, j'ai pris un bonheur immense à retrouver mon personnage fétiche et son univers aussi drole et à la fois si rocambolesque que vrai tels que je les savourais dans les episodes originaux. Il va de soi que je recomande chaudement la lecture des aventures originales avant de lire celle ci, qui fait tout de même abondamment référence au passé du héros. Un tout bon (nouveau) Lapinot. Vivement la suite des (nouvelles) aventures.
Hibakusha
Mon coup de coeur pour 2017! J'ai tout aimé dans ce one shot. Tout d'abord le scénario, qui m'a appris l'existence des hibakusha d'une part, et qui balance entre réalité de l'horreur de cette guerre, et amour fantasmé d'autre part. Mais ce que j'ai aimé par dessus tout ce sont les dessins magnifiques et le choix des couleurs entre sobriété et magnificence du rouge. Quel plaisir de tenir cette BD entre les mains!
Cinq branches de coton noir
Cette épaisse bande dessinée (170 pages tout de même) marquera sans nul doute l'année 2018. Loin des reprises plus ou moins heureuses de séries phares comme Blake et Mortimer ou Thorgal, Yves sente nous livre là un scénario original et passionnant comme il l'avait magistralement fait avec La Vengeance du Comte Skarbek. Nous suivons ici le destin de ces trois soldats noirs, ces "monuments men" pris dans le débarquement de 44 et dans la bataille des Ardennes, à la recherche du premier drapeau américain. En révélant la particularité de ce drapeau confectionné par Betsy Rose, Yves Sente nous plonge dans la guerre d'indépendance de 1776, mais aussi dans la lutte contre la racisme, à travers l'histoire d'Angela Brown. Mêlant fiction et réalité, cet ouvrage est remarquable. Il l'est d’autant plus que l'histoire est illustrée par Cuzor. J'ai eu l'occasion de feuilleter la version noir et blanc (un peu chère)de cette aventure, et bien je dois dire que la version dite commerciale,rehaussée par la palette de couleurs de Meephe Versaevel, est encore plus réussie. Une histoire forte, mise en lumière par un dessin talentueux....que demander de plus? J'en conseille vivement la lecture.
Corto Maltese
Corto déchaine les passions, cela se ressent jusque dans les commentaires de bdtheque. La plupart des détracteurs trouvent ça ennuyeux au possible, pas particulièrement beau et franchement compliqué. Et je comprends tout à fait. En fait, chaque fois que je feuillette un des albums, sans véritablement rentrer dedans, je me demande pourquoi je les possède tous. C'est souvent assez compliqué, un peu perché et, parfois, les dessins de certaines cases sont assez brouillons. En réalité, je pense que Corto Maltese est une des bd les plus inaccessibles que je connaisse, dans le sens où c'est vraiment spécial, il faut accrocher. Et moi, dès que je me mets sérieusement dedans, je ne peux plus en sortir. Je me retrouve happé dans un univers poétique mais très ancré dans le réel et l'histoire. J'apprécie réellement la justesse et l'ancrage historiques. Et ce petit côté mystique qu'il y a dans les albums me branche bien. Il y a toujours des histoires de conte, de magie, de légende... Entrer dans Corto, c'est entrer dans un univers particulier et unique, avec des histoires toujours rocambolesques et des personnages souvent très hauts en couleur. Mention spéciale à "ce fou de Raspoutine", cet espèce de diable qui accompagne le héros même contre son gré et dont il ne peut, à son regret, se passer. L'autre personnage qui m'a marqué est Cush, le guerrier dans "Les Ethiopiques" qui massacre allègrement mais ne raterait pour rien au monde la pause thé. Certes, parfois, les dialogues sont assez compliqué et c'est assez intello. Mais je trouve que ça colle bien au dessin et au propos. Quant au dessin, je reconnais qu'il est assez spécial. Mais personnellement, je suis un grand fan. Je trouve ça magnifique (même si parfois inégal). Je pourrais contempler certaines planches pendant des heures, comme des tableaux. Après ça reste très personnel. Au final, je ne peux que conseiller. Mais il faut vraiment s'y plonger. Pour commencer, je ne conseille pas forcément La Ballade De La Mer Salée, car c'est assez lourd pour un début. Et comme il n'y a pas besoin de lire dans l'ordre, il vaut mieux commencer par Les Ethiopiques (qui est, je pense, mon préféré), par exemple, ou par La Jeunesse, qui sont bien plus courts.
Dragon Ball
Dragon Ball est devenu assez rapidement au fil des années un monument commercial. Qu'il s'agisse de la série d'animation ou des nombreux produits dérivés, retour sur ce que l'on peut raisonnablement appeler en 2018 le grand père du Shonen. Dragon Ball, c'est l'histoire classique d'un petit garçon aussi mignon que naïf et doté d'une force considérable dans un monde parallèle ressemblant à notre planète mais dans une époque indéterminée où les technologies sont assez avancées mais où l'on peut également croiser dinosaures et influences japonaises médiévales. Son Goku possède une boule de cristal (parmi 7 disponibles) héritée de son grand père adoptif et qui va attirer nombre de convoitises car selon une légende ancestrale, celui qui les réunit invoque Shenron un dragon capable de réaliser les voeux les plus fous. Rapidement rejoint par Bulma qui recherche ces boules puis par une pléthore de personnages les plus dingues, le manga va s'attarder sur les aventures de tout ce petit groupe ainsi que l'évolution de Son Goku qui deviendra au fil des tomes un adulte de plus en plus puissant face à des adversaires coriaces. Le mélange des genres, humour, aventures et bastons, ne sera pas toujours d'une grande finesse mais la capacité de Toriyama pour imaginer un univers simple mais cohérent et rebondir d'une situation à une autre sans se prendre les pieds dans le cordon va faire de ce récit une légende. Car les dessins au style rond sont de toute beauté et les cadrages des nombreux combats sont d'une lisibilité sans égal. Bien sur, les ficelles sont grosses et nombreuses, les arc même parfois répétitifs mais il émane une telle originalité dans l'univers de Dragon Ball qu'il est franchement difficile de décrocher tant on s'attache à tous les personnages. Si la première époque reste ma préférée pour l'humour grivois et rocambolesque, la seconde partie (ou Dragon Ball Z) captive tout autant par l'intensité de ses combats et de l'escalade des pouvoirs invoqués. On y remarque aussi quelques allusions misogynes pas très futées et qui ne passeraient plus aujourd'hui (les premiers tomes datent quand même des années 80 à une époque où se moquer des homosexuels était encore toléré) et la gent féminine reste encore cantonnée à des rôles de potiches mais si on passe outre ces reproches et que la montée en puissance constante des différents protagonistes ne lasse pas, Dragon Ball reste encore aujourd'hui une lecture des plus recommandables avec un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.
Kobane Calling
Je suis conquis par cette BD, et je lui discerne un coup de cœur sans la moindre hésitation. Et dire que je me tâtais à lire cette BD, refroidis par cette couverture annonçant un énieme carnet de voyage de la part d'un auteur type "jeune paumé" en route vers un endroit qu'il ne connait pas. Quelle image faussé n'avais-je alors pas ! Si la couverture ne laisse rien présager de l'ensemble, nous avons le droit à un récit documentaire de qualité et servi avec un certain brio ! Autant le dire, il faut s'accrocher un peu pour rentrer dans cette histoire et arriver à suivre l'auteur, qui a une petite tendance à l'épanchement verbeux, mais également avec le dessin et la construction des pages. Mais une fois passé quelques pages, on rentre dans le style et l'histoire. Attention cependant, ça reste une BD qu'il faut prendre le temps de lire. Prévoyez de la disponibilité cérébrale, il y a de quoi faire ! Ce qui m'a captivé, c'est à la fois le ton de l'auteur, à mi-chemin entre l'humour de son personnage et le documentaire précis de ce qu'il a vu. C'est particulièrement prenant car on se sent transporté avec lui dans ces péripéties en territoire kurde. Le dessin aide particulièrement, avec un dynamisme et une lisibilité parfaite. Tout est très reconnaissable, avec plusieurs petites touches d'humour dans les personnages. Mais ce ton rendu léger reste très grave. Là-bas, c'est la guerre, et c'est pas rigolo. Zerocalcare arrive à nous faire passer tout la gravité de ce qui se trame dans cette région du monde. Il y a plusieurs moments poignants voir même émouvants, bien que l'auteur ne se prenne jamais toute l'horreur d'une guerre en face. Cependant il fait comprendre ce qui se joue, ce qui se passe et également ce qu'il ressent. Là où l'auteur m'a réellement convaincu, c'est que souvent ce genre de documentaire se limite à ce que le dessinateur à vécu dans le pays, ou alors tente maladroitement de faire un petit topo sur la situation. Ici, Zerocalcare arrive à faire à la fois un carnet de voyage, mais également un état des lieux bien complet. Les interviews sont très diverses et rendent assez bien compte de toute la complexité des choses, idées renforcée par ce que dit l'auteur (notamment les fois où il précise que ce qu'il a vu n'est pas la réalité objective de tout ce qui existe). Plusieurs fois il prend le temps d'expliquer les points de détails ou de rajouter des précisions importantes. Le nombre de pages et l'abondance de textes permettent de bien développer les différents points. Et de nous sortir des phrases bien senties. J'ai bien senti à travers la BD la charge que l'auteur a contre la Turquie d'Erdogan (et comme il le souligne à la fin, les Turques ne sont pas leur gouvernement), tout autant que toute la réserve qu'il a envers les Kurdes malgré l'accumulation de points en leur faveur. On pourrait y voir un développement très (trop) favorables à ces derniers, mais je dois reconnaitre que dans toute la complexité de cette situation géopolitique, ils représentent une bonne partie des valeurs morales qu'on voudrait défendre. Cette BD est vraiment le genre de documentaire que j'aime lire. Déjà parce qu'elle est extrêmement instructive, mais également parce qu'elle met en lumière beaucoup de ce qui se passe dans notre monde actuel. Et qu'elle ne nous épargne pas, nous autres européens qui regardons le moyen-orient de loin. Il y a des cases (voir des pages) qui prennent à la gorge lorsqu'on se rend compte de ce qu'il se passe. Et se rappeler que c'est la guerre, et ce que c'est que la guerre, c'est parfois une bonne chose. On rigole un peu en lisant cette BD, et pour une fois je trouve ça salutaire. Parce que cette BD est très dure, mais très bien faite. Un gros coup de cœur pour cette découverte qui a vraiment toutes les qualités.
Blake et Mortimer
Afin de ne pas s'épancher inutilement sur une œuvre que beaucoup connaissent pour l'avoir lue, aimée ou même détestée, je ne vais donc ici parler que des tomes d'origine de Edgar P. Jacobs, les autres tomes m'ayant tout au plus diverti mais pour la plupart saoulé par intérêt absent. Car ce qui fait effectivement le charme de ces aventures, c'est ce côté kitsch mais divertissant, ces dialogues pompeux mais nécessaires et des histoires au charme incroyable tant d'années après leur première publication. Mon premier Blake, je m'en souviens encore comme si c'était hier... SOS Météores m'avait été offert alors que je ne voulais rien savoir de cette série Sous-Tintin alors que j'étais ado et bien plus attiré par Batman ou l'héroic fantasy de Loisel. Passé un petit temps d'adaptation, le bouquin fut dévoré avec l'envie irrésistible de tout lire depuis l'Espadon et la sensation d'être passé toutes ces années à côté d'un sacré monument. Car oui, B&M reste encore de nos jours une de ces œuvres impérissables qui se suffit à elle-même avec un univers oscillant du fantastique au policier et vice-versa et soutenu par une ligne claire rigide mais riche de détails et superbe à l'oeil. Effectivement la gent féminine n'est pas à l'honneur (mais c'est l'époque qui ne permettait pas le mélange des sexes) et Olrik reste invariablement le seul méchant disponible mais malgré tout cela, le charme du Professeur Mortimer et l'inventivité des histoires rendent des bds contemporaines encore bien obsolètes. A lire et à relire sans déplaisir pour voyager dans le temps, les saisons et les continents.