Les derniers avis (7654 avis)

Par karibou79
Note: 5/5
Couverture de la série Kililana Song
Kililana Song

Réaliste, mystique, onirique. L'Afrique est à portée avec ses bonheurs et ses malheurs, dans un cadre baigné de couleurs. Certaines pages figeant une situation ou une sentiment sont vibrantes. L'auteur y a-t-il vécu? Je ne sais pas mais je veux y croire. Et si ce n'est pas le cas, tant pis car cette histoire lui a fait prendre forme. Les destins et histoires se croisent et se décroisent dans un endroit où le temps n'a pas la même définition que dans notre monde qui me praît bien fade une fois ce beau récit terminé.

04/03/2022 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série La République du Crâne
La République du Crâne

Depuis 2010, je suis de près le travail du duo Brugeas/Toulhoat notamment avec leur série emblématique Block 109 et ses dérivés sur laquelle je m'étais enthousiasmé. J'avoue, par la suite, avoir été moins réceptif à Ira Dei. Mais là, avec "la République du crâne" je retrouve toute mon âme d'enfance, même si ce one shot s'adresse à un public plus adulte, lorsque je découvrais les films de pirates à la télé. Hasard de mes les lectures, je viens de relire Le Testament du Capitaine Crown et l'incontournable Long John Silver de Dorison et Lauffray est toujours dans mon esprit. Mais c'est sous un regard neuf et nouveau, que Brugeas & Toulhoat nous présentent cette histoire de pirates, loin des trésors enfouis dans des îles inaccessibles, mais plus proches des valeurs humanistes, le tout magnifié par le dessin parfaitement maitrisé de Ronan Toulhoat. Il restitue parfaitement aussi bien les combats navals, que les scènes nocturnes qui sont d'une beauté renversante. Son dessin est tout nettement flamboyant. Mais le point fort de cette bande dessinée réside sans hésiter dans son scénario. Autour de 4 personnages, Olivier de Vannes, la mystérieuse et intrigante Maryam, le flamboyant Sylla et l'insaisissable Abyeda, se retrouvent aussi bien la démocratie, le courage,la fierté, la loyauté et l'humanisme, des qualités souvent très éloignées du monde de la piraterie. En outre, le choix du livre de bord pour nous raconter ce récit est assez audacieux et un pari risqué mais très payant. Cet album de près de 210 pages se lit avec plaisir et envie, et on regrette d'arriver à la chute finale, abrupte et dure . Il faut noter que l'album est suivi d'un dossier assez bien foutu sur l'histoire des pirates, qui m'a appris pas mal de choses. Ce one shot constitue pour moi une des meilleures lectures de cette année, et je suis sûr que je vais le relire souvent. Bref un incontournable que tout amateur de bd se doit de lire.

01/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Sursis
Le Sursis

Gibrat nous propose un récit sous l'Occupation avec un angle fort original. La guerre semble lointaine dans ce coin d'Aveyron et il faut écouter radio-Londres pour se dire que cela bouge quelque part en Europe. Cela ressemble plus à un théâtre où chacun y joue son rôle. Serge en milicien abruti ou Paul en résistant communiste. Mais on continue à se parler ou à jouer aux cartes ensemble puisqu'on est tous presque de la même enfance dans ce petit village. C'est l'apparition tardive des uniformes allemands qui ramènera la froide réalité dans le village. Julien est-il un héros comme Paul ? Un lâche ? Un salaud ? Profite-t-il d'une situation qui le favorise au balcon de son théâtre où il voit sans être vu ? Il pourrait écrire son journal mais il n'est pas Anne Franck. D'ailleurs a-t-il la perception du danger étouffé par ses soucis sentimentaux ? Cet abandon et cette contemplation ne sont pas si désagréables si ce n'est cette jalousie qui le ronge. Actif ou passif ? Peut-être a-t-il besoin de matérialiser les enjeux pour se décider ? Comme le jour où il est parti pour le STO ou quand Paul lui apporte les caisses. C'est le génie de Gibrat qui joue avec notre empathie pour Julien au fil du récit en plus et en moins. Ne nous y trompons pas : garder des armes valait déjà une séance de torture et un peloton en bonne et due forme. J'aime la similitude avec le Spirou d'Emile Bravo, même époque, même trains du destin, même interrogation sur quoi faire. Quand on se croit sur des rails ira-t-on jusqu'au bout ? D'ailleurs la belle Cécile qui dévore Zola préfigure le dénouement de La Bête humaine. Tous ces destins qui se croisent ! Le dessin de l'auteur magnifie son excellent scénario. Les décors sont superbes et le village est un personnage en lui-même. Tous ces gestes du quotidien dans la cuisine, dans la chambre sont une exquise capture de moments intimes et uniques. Cette touche de sensualité apportée par la grâce et les robes de Cécile sont un printemps perpétuel. Un vrai régal

01/03/2022 (modifier)
Couverture de la série Le Rêve du papillon
Le Rêve du papillon

Pour moi les 4 tomes de l'histoire sont une des meilleures histoires que j'ai lues de ma vie. Par l'histoire et les personnages et l'intrigue. Et à la fin on s'attache au personnage principal. Pour moi c'est ce que j'aime le plus dans les histoires comme ça. Du coup, je l'ai adorée, comme les dessins qui sont assez bien faits. L'histoire est drôle, poétique, triste et plein d'autres choses.

28/02/2022 (modifier)
Couverture de la série La Trilogie Nikopol
La Trilogie Nikopol

"La Trilogie Nikopol" est le chef d'oeuvre qui a propulsé Bilal au firmament du monde de la BD. C'est une oeuvre assez particulière dans sa conception puisque chacun des épisodes est séparé de six ans. Pourtant la ligne directrice du scénario reste assez stable ainsi que la qualité graphique si particulière à Bilal. Le tome 1 est centré sur Nikopol père, le tome 2 sur Jill et le tome 3 sur Nikopol Jr mais Horus reste bien présent et permet la liaison entre les trois épisodes. Il m'a fallu plusieurs lectures pour apprécier cette imbrication si coordonnée entre le monde post apocalyptique et la présence de la mythologie égyptienne. C'est l'une des forces du récit de Bilal de rendre cette présence de Horus ou de Bastet naturelle. On sent qu'il y beaucoup de Bilal dans Nikopol qui renvoie les Rouges et les Noirs à leurs délires criminels. La vraie place de Nikopol est ailleurs, chez Baudelaire ou dans les bras de jolies femmes. A ce propos la coordination des vers de Baudelaire avec le script est remarquable. J'ai redécouvert les très belles couleurs proposées par l'auteur surtout le contraste bleu/rouge de Jill, presque comme un symbole. Une fin en forme de boucle où le père devient le fils et inversement. Mais cela, c'était écrit depuis le tome 1 !!

27/02/2022 (modifier)
Couverture de la série La République du Crâne
La République du Crâne

Bah oui, culte... Culte parce que ce récit synthétise l'ensemble de mes attentes lorsque l'on me promet un récit de piraterie : de l'aventure, une base historique, des personnages charismatiques, un destin cruellement scellé dès l'entame du récit, des combats navals, de l'exotisme, une utopie proche de l'anarchie, de la passion, du souffle épique.... Culte parce que je ne pensais pas retrouver cet engouement pour un sujet que j'ai déjà lu en de multiples versions. Et pourtant ce récit m'a passionné, happé, envoûté, charmé, marqué... Culte parce que, par delà les clichés véhiculés, ce récit a réussi à me surprendre ne fusse qu'au travers du pourtant classique journal de bord mais qui, dans le cas présent, offre une petite originalité bien plaisante, qui apporte détachement et ironie à un récit par ailleurs dramatiquement poignant. Culte parce que rarement (en fait jamais) piraterie, esclavagisme et histoire n'ont été aussi habilement liés à mes yeux. Les personnages sont crédibles, leurs aspirations sont marquantes et leurs destins dramatiques. La psychologie des différents acteurs est bien développée et chacun agit avec sa logique propre, que l'on comprend et que l'on partage... alors même que certaines de ces aspirations s'opposent. Le seul point faible pour moi (mais il s'agit déjà à la base d'un goût personnel) réside dans l'encrage très marqué qui donne un style proche des comics à ces planches. Mais il s'efface au fil du temps, me faisant oublier l'épaisseur du trait au profit de la souplesse des formes. Ce que le dessin perd en finesse, il le gagne en dynamisme... et au final, je ne peux qu'approuver ! Culte donc, même si les esprits chagrins ne trouveront rien de neuf dans ce récit. Mais, à titre personnel, j'ai pris mon pied !

25/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Jacob le Cafard (55 Dropsie avenue, le Bronx)
Jacob le Cafard (55 Dropsie avenue, le Bronx)

Après Un Pacte avec Dieu (1978), "A Life Force" sort en 1988 comme deuxième épisode de Dropsie Avenue. Tout d'abord je préfère le titre original compréhensible par tous, à ce ridicule titre français. Si Eisner compare bien la résilience des immigrés devant les obstacles majeurs et les souffrances endurées à la capacité des insectes à survivre, il n'attribue pas à Jacob Shtarkah le sobriquet de "cafard". Au contraire, c'est "L'Homme fort" en Yiddish, celui qui repart de rien mais qui arrive à modeler son environnement d'une façon significative et bénéfique dans ce récit. Je trouve le scénario très travaillé avec ces destins croisés d'Elton, Angelo, Rebecca ou Max. Tous viennent d'horizons très différents mais se retrouvent dans le même puits noir de la misère. Une sucess story du rêve américain où 50 cents évitent le grand plongeon et mènent au bonheur grâce au courage. Eisner par l'introduction de coupures de presse du NYT décrit intelligemment les effets de la grande Histoire sur la vie quotidienne. La loi Johnson-Reed sur l'immigration (1924), le développement du PC Américain, une des priorités extérieures de Staline ou la montée du Nazisme sont des événements clés qui influencent grandement sur la vie de ces communautés pauvres et d'origines européennes. Eisner choisit un happy end qui contraste avec tout ce qui précède et avec l'image même des cafards condamnés à rester dans leurs boîtes de conserve. Eisner y ajoute ses interrogations sur Dieu comme une suite du premier acte. Eisner ne dessine pas ici des héros en collants moulants avec des masques, qui vont sauver l'Amérique. Il dessine des héros plutôt vieux, plutôt laids avec des vieux fringues froissés qui vont sauver l'Amérique par leur abnégation et leur résilience. Quelle élégance dans le geste et dans le langage corporel. La page 32 où Rifke se relève presque en dansant, n'a ni besoin de texte ni besoin de tutu pour nous la présenter en danseuse étoile. De même son utilisation des ombres et lumières intensifie les effets dramatiques comme dans la séquence où Rebecca annonce son état à Elton et attend sa réponse vitale. Eisner ne sait représenter que des étoiles lumineuses dans cette "Life Force", force qui nous anime.

24/02/2022 (modifier)
Par iannick
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Abélard
Abélard

Quand on me parle habituellement de poésie, on me cite des noms de grands poètes que je n’aime généralement pas… on me dit aussi qu’il faut un certain nombre de vers, de proses, de rimes pour faire un bon poème, ça me soule… et on me raconte aussi que ça permet de découvrir des mots, ok mais il ne faut pas non plus qu’on ait à consulter un dictionnaire ou wikipédia à chaque phrase ! Bon, vous avez donc compris que je ne suis pas un fan de poésie… mais quand je découvre une bande dessinée comme « Abélard » où la poésie est représentée d’une façon différente à ce qu’on a l’habitude de nous faire la découvrir sur les bancs d’école, je dis oui oui oui ! Pourquoi « Abélard » justement ? Parce que la poésie y est employée sans prise de tête et amenée simplement, parfois verbalement à travers les bouts de papier (proverbes) que notre protagoniste principal, Abélard, trouve chaque jour dans son chapeau… tantôt dans des séquences d’une rêverie, d’une sérénité exceptionnelle comme celles où Abélard regarde les étoiles… pas de mots, et on se met à visualiser également avec régal ces planches, un peu comme j’ai pu le faire en contemplant le lever du soleil sur les aiguilles de Bavella parmi de nombreux randonneurs, pas un mot, pas un bruit, on regardait tous ensemble ce moment magique avec des yeux émerveillés… tantôt dans les réactions naïves de notre attachant Abélard… ceci pour vous faire comprendre la sensation que j’ai eue à travers ces magnifiques scènes de cette bande dessinée… Et oui, ça aussi, c’est de la poésie ! Parlons maintenant du récit proprement dit : Je n’ai pas envie de vous raconter le début de cette aventure ni de quoi il s’agit… juste vous avouer que « Abélard » m’a embarqué sur des montagnes russes d’émotions ! Je suis passé du rire à la tristesse, de la tendresse à la colère… peu de bandes dessinées me font ça, donc, ça veut dire tout simplement que j’ai adoré ce diptyque d’autant plus j’apprécie beaucoup le coup de crayon et la mise en page de Renaud Dillies. Merci Régis (Hautière), merci Renaud (Dillies) d’avoir conçu ce bijou de la bd franco-belge ! … Et merci aussi aux enfants du scénariste qui lui ont inspiré ces conversations cultes (Ah la fameuse scène des racistes !) !

22/02/2022 (modifier)
Couverture de la série Goupil ou face
Goupil ou face

Superbe BD qui mérite d'être lue, qu'on soit concerné ou non par le sujet de la bipolarité et de la cyclothymie. D'abord parce qu'elle change la vision réductrice qu'on a sur les troubles bipolaires. En véritable support de vulgarisation scientifique, elle détaille les différentes formes de troubles bipolaires, les effets biologiques associés, les conséquences sur le moral et le comportement. On y découvre que le spectre de la bipolarité est beaucoup plus large qu'on le croit, et SURTOUT qu'on ne peut pas réduire quelqu'un au fait d'être "bipolaire" ou ici "cyclothymique", comme un critère excluant. Ensuite, parce que le dessin est superbe, avec beaucoup de mouvement; que le jeu de couleur (noir-orange) est manié avec intelligence pour servir le propos; que très souvent dans la BD, le récit s'arrête le temps d'une case, dans laquelle on trouve un graphique, des curseurs, une balance, des poissons... des images symboliques qui appuient l'explication. Celles-ci sont très bien trouvées, très fines et touchantes. Enfin, parce qu'on ne peut que s'attacher à Lou, qui raconte ici son propre parcours: la découverte de sa maladie, sa galère de psychologues, l'impact sur sa vie sentimentale, sur son travail... C'est un brillant équilibre entre un ouvrage de vulgarisation scientifique et une autobiographie touchante. J'ai adoré.

22/02/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Le Poids des héros
Le Poids des héros

On comprend vite à la lecture du « Poids des héros » pourquoi l’éditeur a choisi ce format imposant, et ce n’est pas à cause du titre. D’emblée, l’immense talent de David Sala nous submerge autant qu’il nous immerge. Sa maîtrise de la couleur est juste sidérante et ses cases relèvent davantage de l’art moderne, avec une iconographie très seventies mâtinée d’influences fauvistes ou expressionnistes. On pense beaucoup à Matisse, à Chagall et parfois à Munch. On a rarement vu ça dans la bande dessinée, d’autant que le talent de David Sala ne se limite pas à un simple étalage pictural. Celui-ci possède également les codes de l’art séquentiel en nous délivrant à l’aide d’une mise en page aérée une histoire personnelle avec simplicité et fluidité. Ces souvenirs d’enfance qu’il nous narre lui fournissent ainsi l’occasion d’honorer ses ancêtres venus d’outre-Pyrénées, et c’est avec le grand-père maternel Antonio qu’il inaugure son récit. Un grand-père qui se sera battu toute sa vie contre la barbarie et l’injustice et survivra à l’enfer des camps, et dont le dernier combat (et la dernière victoire !) fut mené sur son lit d’hôpital, où il se jura de ne pas mourir avant le dictateur Franco. L’autre grand-père, Josep, le « tarzan catalan », fut lui aussi un combattant de la première heure, et son statut de réfugié le conduisit à s’engager très vite aux côtés de la résistance française, période durant laquelle il rencontra Denise, l’amour d’une vie qui ne s’éteignit jamais. D’un point de vue graphique, la trame principale, qui a trait à l’enfance de l’auteur jusqu’à l’âge adulte, est donc traitée dans un style semi réaliste très pictural. David Sala restitue de façon étonnante l’atmosphère des années 70, tant dans l’aspect vestimentaire que du mobilier. Les nappes à fleurs « moches » prennent soudain une autre dimension, tout comme les « affreux » papiers peints désuets. Les motifs « vintage cheap » qui prêtent parfois à la moquerie aujourd’hui deviennent sous le pinceau de l’artiste de véritables œuvres d’art que l’on admire longuement. Aux côtés de la narration centrale viennent se greffer les récits d’Antonio et de Josep, dans un mode plus onirique (la scène inaugurale relatant la fuite d’Antonio vers la France est juste sublime) avec une tournure plus expressionniste lorsqu’il s’agit de décrire le quotidien dans les camps nazis, où les couleurs franches comme l’enfance semblent tenir à distance l’horreur et l’immonde. Il serait presque embarrassant de dire que visuellement c’est magnifique, mais ce contraste renvoie à l’imagination du garçonnet qu’était alors David, tout en obligeant le lecteur à affronter l’ineffable noirceur de l’âme humaine que les mots ne sauraient décrire. Si le récit traite aussi beaucoup de la mort dans sa trame de base (l’assassinat lâche d’un camarade d’école par un sadique et la disparition brutale de la maman de l’auteur) du deuil et de l’absence, cela n’est jamais pesant pour autant. L’émotion est belle, poignante, jamais larmoyante. Parmi les autres thèmes abordés, il y a la perte de l’innocence (en grande partie liée à la mort du copain), l’écroulement des certitudes et sa « colère archaïque » (le divorce de ses parents et la dépression de son père), mais aussi la question du fameux « poids » du titre, qui impose à l’auteur des problèmes existentiels dans sa vie de père de famille urbain bénéficiant d’un confort douillet, et qui n’a jamais connu la guerre. Que lui reste-t-il pour exister ? La réponse est contenue dans la lecture même du livre… Art et résistance sont intimement liés, l’auteur le prouve ici. Car le stylo et le pinceau, ou toute autre forme artistique, sont aussi des armes de résistance, parfois plus puissantes qu’un fusil. L’art en effet permet de transmettre, de montrer le beau sans nier l’innommable, et c’est peut-être par là que commence la résistance. Marteler sans répit aux nouvelles générations que la démocratie reste fragile (on peut le constater chaque jour à travers l’actualité politique) et que l’état de paix, notamment celle que connaît l’Europe depuis la deuxième guerre mondiale (en tout cas pour les conflits de grande ampleur) n’est jamais acquis sans la vigilance de tous. Et c’est sans doute ce qui permet ici à David Sala de réconcilier sa propre identité d’artiste avec ses aïeux piedestalisés de par leur héroïsme. Avec « Le Poids des héros », David Sala réussit un véritable coup de maître, nous offrant un pur chef d’œuvre. Le tout est équilibré, avec des questionnements pertinents, traités avec une rare justesse, mais surtout avec le cœur. Dans un passage du livre, il évoque la perte d’un œil dans son enfance, à cause d’un méchant virus. Et l’on ne peut s’empêcher de faire le rapprochement avec la virtuosité incomparable de son dessin. Si un aveugle développe ses autres sens comme l’odorat, l’ouïe et le toucher, David Sala, avec son œil unique, fait ressortir deux fois plus fort la beauté du monde telle qu’on aimerait la voir, la beauté contenue dans les toutes petits choses qui échappent souvent à ceux qui ont la chance d'avoir leurs deux yeux. Son album n’est rien de moins qu’une ode foisonnante à la vie, ici magnifiée et émouvante dans toute sa fragilité, grâce à sa propre expérience et celle de ceux qui se battent pour qu’elle soit belle.

19/02/2022 (modifier)