Les derniers avis (7525 avis)

Par greg
Note: 5/5
Couverture de la série Félix (Tillieux)
Félix (Tillieux)

Félix est effectivement un prototype de Gil Jourdan. On retrouve la plupart des ingrédients de ce dernier, à savoir des intrigues policières solides et imaginatives, ainsi qu'un humour présent sans pour autant être pesant. Le personnage est né dans la revue "Heroic albums", qui s'adressait à un public relativement mûr, plutôt adolescent ou adulte. Il y a de fait de grosses différences avec Gil Jourdan: les intrigues de Jourdan tiennent sur un album de BD d'une quarantaine de pages, tandis que celles de Félix sont des histoires relativement courtes n'excédant pas la dizaine, à quelques exceptions près (chaque histoire de Félix devant trouver sa résolution dans le même album de Heroic, le format devait être relativement court). Ensuite la série évolue grandement, graphiquement tout d'abord, le style assez brouillon au départ s'affine au fur et à mesure pour se rapprocher de Gil Jourdan justement, tandis que les personnages principaux évoluent dans le même sens. Scénaristiquement ensuite, on passe d'intrigues relativement simples à des mystères policiers ou guerriers de plus en plus élaborés. Félix commence comme simple vagabond en recherche de travail, pour devenir grand reporter, son journal finançant ses déplacements (quand ce ne sont pas des récompenses inattendues). Félix, bien que surveillé de près par la censure, détonne également par son côté adulte, parfois très sombre : les morts sont nombreuses, et Félix lui-même n'a aucune hésitation à éliminer son adversaire au besoin. C'est probablement pour contrebalancer la noirceur de certaines intrigues que Tillieux introduit des gags ici ou là, fruits de l'interaction de Félix avec ses deux compères, Allume-gaz et Cabarez, annonçant fidèlement Libellule et Crouton de Gil Jourdan. Ou bien tout simplement par des remarques sarcastiques qui font souvent mouche (un exemple : Félix se retrouve face à un valet qui le toise avec arrogance, et lui rétorque "ne lève pas le nez si haut gamin, il n'est pas très beau"...Félix ne cessera par la suite de lui adresser des remarques plus que désobligeantes histoire de bien le remettre à sa place). Au passage le premier compagnon de Félix, Fil-de-zinc, disparait sans explications après quelques tomes, remplacé par l'inénarrable Cabarez, justement pour son ressort comique (au départ il ressemble même énormément à Groucho Marx, cette ressemblance physique ira en s'atténuant). Autre différence avec Jourdan, le personnage de Félix a sa propre personnalité et est assez expressif, tandis que Jourdan est totalement figé. Par contre, Tillieux passe moins de temps sur les décors, se focalisant sur l'intrigue, ce qui n'est pas forcément un mal. En résumé, une très bonne série qui sera hélas stoppée nette au moment où elle atteignait sa perfection, la continuation étant impossible chez Spirou que Tillieux venait de rejoindre. Gil Jourdan prendra sa place, qui n'est rien d'autre qu'un Félix plus figé, plus consensuel et s'adressant à un public bien plus jeune. Beaucoup d'intrigues de Félix ont ensuite été effectivement reprises presque telles quelles dans de nombreuses séries où Tillieux était scénariste : Tif et Tondu, Natacha, Gil Jourdan justement (une série d'histoires de Félix se déroulant en pleine guerre de Corée se retrouvent reprise presque à l'identique, à la case près, dans deux Gil Jourdan, mais très largement réécrites et aseptisées pour éviter la censure : par exemple, "maintenant Joe tu peux les liquider, nous ne risquons plus de trouer nos uniformes" devient "maintenant vous allez partir sans vous retourner sinon pan pan" ), ce qui prouve l'empreinte durable que ce petit journaliste roux à lunettes aura laissé dans le monde de la BD franco-belge. Je recommande fortement!

31/07/2021 (modifier)
Couverture de la série Corto Maltese
Corto Maltese

Je viens de finir de regarder "Hugo Pratt trait pour trait" et cette expression m'est restée en tête : le plaisir de se perdre. C'est effectivement comme ça que je résumerais Corto Maltese, ou comme une BD qui incarne parfaitement l'aventure de la lecture. Car pour moi son étiquette de BD d'aventure va bien au-delà des péripéties, faites de piraterie, de mythes, ou de guerres : c'est même inhérent au traitement qu'en fait Pratt (d'ailleurs, les Corto plus éloignés des clichés exotiques conservent cette qualité). C'est-à-dire qu'on ouvre un Corto comme on ouvrirait les yeux sur le monde, partant à l'aventure : avec curiosité, sans trop anticiper ni chercher le contrôle sur l'histoire, en acceptant de ne pas la maîtriser de bout en bout, en acceptant ce qui peut nous échapper, des références ésotériques obscures jusqu'aux motivations parfois floues du marin. Ce qui favorise cet égarement, ce sont toutes les zones d'ombre à investir : les silences sur deux cases, où les regards en disent long ; Corto qui songe, libre à nous de deviner à quoi ; une réplique intrigante, au sens profond ; ou simplement le trait de Pratt, contrasté, aérien, qui parfois confine à l'abstraction. Ce sont tous ces espaces, ainsi que les petites bizarreries qui à mon sens font le sel de cette BD : Bouche dorée vieille de plusieurs siècles, des années plus longues à Venise, deux lunes dans le ciel de Buenos Aires... Alors, à mesure qu'on lit, on ne s'interroge plus seulement sur les mécaniques de l'intrigue (aussi intéressante soit-elle), mais on s'attache à des symboles, à des thèmes récurrents, on lie les histoires les unes aux autres, et on dégage un maximum de sens sur ce que tout ça nous dit du monde, de la vision qu'en a Pratt. Et c'est une vision que je trouve plutôt séduisante, dominée par la curiosité, où le trajet vaut toujours plus que la destination. Corto nous le montre bien, lui qui si souvent ne trouve pas de trésor voire le détruit, mais sourit, car le jeu lui a plu. Le plaisir de se perdre, pour lui comme pour nous. Jamais inutilement toutefois, car en chemin, telle cause ou telle amie auront été aidées, d'autres auront trouvé la résolution qui manque à Corto (ou qu'il ne cherche pas). Son implication partielle dans l'Histoire, de même que le juste dosage de Pratt entre fiction pure et réalité historique, empêchent cette BD de n'être qu'une échappatoire. Ici, la fiction ne prévaut pas sur le réel mais a vocation à le rendre plus intense. Après avoir fini un Corto, je n'ai pas juste envie de le relire ou d'en relire d'autres, mais aussi d'élargir ma culture géopolitique, d'explorer le monde, et, pourquoi pas, de marcher sur les traces du marin. Donc, se perdre, oui, mais activement.

30/07/2021 (modifier)
Par olma
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Confidences à Allah
Confidences à Allah

Cet album est la transposition d'un roman, qu'elle m'a donné envie de lire une fois l'album refermé. Peut-être aurai-je le même coup de coeur qu'à la lecture de la BD, si celle-ci est fidèle à l'esprit du livre. Le sujet pourrait pourtant être noir et désespérant, car c'est un portrait sans la moindre concession de la condition féminine au Maroc - mais qui pourrait se passer dans de nombreux autres pays: absences de droits, violence, prostitution, patriarcat rétrograde, religion oppressante... Mais l'incroyable énergie de Jbara emporte tout: son récit raconté d'un ton direct, la simplicité sans fard de ses "confidences" qu'elle fait régulièrement à Allah, sa liberté et son optimisme font qu'elle arrive pourtant à tracer son destin sans fausse honte ou pudeur et que dans une vie où elle fait peu de belles rencontres, elle arrive à s'appuyer sur celles-ci pour se trouver elle-même. C'est une belle leçon de vie que donne cette jeune femme dont on pourrait penser si souvent qu'elle pourrait baisser les bras, mais refuse de se laisser briser ou enfermer. Le trait de la dessinatrice est à la fois précis et vivant, expressif et tout sauf statique : elle fait très bien ressortir des sensations très différentes selon les moments entre colère et révolte mais aussi douceur, tendresse ou sensualité... La mise en page et les cadrages sont presque cinématographiques et la mise en couleur (également par Marie Avril, qui remercie Rozenn) sont très réussies.

29/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Pleine lune
Pleine lune

Premier Chabouté. Soyons spontané dans la critique, faisons jaillir notre nature profonde maintenant que Chabouté nous a filé un coup de main. Qui n'a pas envie de tabasser soi-même Edouard Tolweck? Qui ne jubile pas de le voir prendre cher à répétition? Voilà les questions posées par Chabouté à ses lecteurs (ou peut-être a-t-il simplement voulu se lâcher comme un sauvage!). Et je pense sincèrement qu'il en a piégé plus d'un ! Si un aviseur d'ici explique ne pas avoir ressenti de dégoût ni de plaisir quant à suivre les péripéties de cet idiot exécrable, je ne le croirais pas. Piqué au vif, impossible de rester neutre. Chabouté exorcise notre nature profonde, on oublie notre conscience, on oublie la justice, on se veut héros des victimes, sauf que nous crions à la vengeance, et pourvu qu'elle lui fasse mal. On ne ressort pas léger de cette lecture, et avec encore un peu de recul, on y repense en se disant que ce gars-là, l'auteur, bah il a réussi son coup. On culpabilise, on s'dit qu'on devrait pas... Mais bordel ça fait du bien ! Cette histoire c'est la bêtise humaine à son paroxysme, celle qui fout tout par terre. Et on n'hésite pas à sélectionner les clichés les plus courants et pousser le curseur à l'extrême pour donner ça : une vermine facho qui bosse à la Sécu, qui tire tout le monde vers le bas, s'embarque bien malgré lui dans l'une des nuits les plus interminables qui soient, face à des gens à l'esprit aussi dégueu que le sien, sinon autrement dégueu. Et si Chabouté laisse place à quelques espoirs sur certaines scènes et certains silences (et casse par cela-même les clichés...), ça n'est que pour confirmer que la violence n'amène à rien. Au contraire: par elle, le vice va plus loin et la connerie des individus s'entérine jusqu'à devenir in-cu-rable. Je meurs d'envie d'apporter plus de commentaires sur l'épilogue et ces quelques cases qui répondent à notre questionnement en offrant une cohérence d'équerre. Précisément, je retrouve tout ce que l'auteur a voulu dire à travers le dernier dessin. Bouleversé. Emballé comme ça, je me suis forcément dit que le dessin y était pour quelque chose. Voilà une parfaite adéquation avec l'ambiance du récit. Quand l'auteur est scénariste ET dessinateur, ça se sent. Glauque, sale, noir, violent. Si les phylactères sont relativement peu présents, on reste marqué par les propos de cet individu détestable. Et il ne faut pas croire que l'histoire se parcoure si rapidement : et paf le chien, dès le départ j'étais scotché par ces premières planches. Elles ont une puissance et une profondeur. Paradoxalement au scénario (qui joue un peu avec notre répugnance consciente), on peut être amené à contempler ces planches, d'un noir et blanc absolument époustouflant. Je m'arrêterai là. A travers un enchaînement de "simples" péripéties, Chabouté réussit un coup de maître en explorant de nombreux thèmes et en jouant avec nos émotions comme nul autre. Le noir et blanc de ce dessinateur est à classer parmi les meilleurs. En tout cas il m'a conquis ici. Et n'y voyez pas d'ondes négatives, lâchez vous et gardons en tête que personne n'est impassible, jamais. Devenez le Malin le temps d'une lecture. A posséder sans scrupule !

26/07/2021 (modifier)
Par Hervé
Note: 5/5
Couverture de la série L'Étreinte
L'Étreinte

J'avoue avoir acheté ce one shot sur le seul nom de Jim, auteur que j'adore, sans avoir fait attention au nom du dessinateur, Laurent Bonneau que j'ai découvert à cette occasion, avec un certain plaisir. Dès les premières pages, j'ai tout de suite songé au film "Les choses de la vie", tant les similitudes se rapprochaient, jusqu'au prénom de Romy, héroïne malgré elle de cette très belle histoire. D'ailleurs les auteurs ne cachent pas cette référence dans le dossier de l'édition canalbd, édition superbe avec signet et limitée à 1200 exemplaires. Si le dessin de Laurent Bonneau peut déstabiliser certains comme moi, à la première approche, il s'avère d'une efficacité redoutable au fil de la lecture. Son dessin est certes très éloigné des albums que signe Jim en tant que scénariste, mais je suis resté scotché par son talent. Il faut dire que cette histoire est basée sur ce qu'on appelle le principe du ''cadavre exquis'' où, en l'espèce le scénariste s'inspire du dessin pour imaginer une histoire.. J'ai été assez séduit par cette recherche de cette inconnue prise en photo sur une plage, alors que la compagne de Benjamin, jeune sculpteur, est dans le coma. Le récit est très émouvant, sans fausse note, et au final nous prend aux tripes. Jim aborde ici ses thèmes de prédilection, la vie, la mort, le sens de la vie, l'envie sur des planches de Laurent Bonneau, qui subliment le scénario de Jim. Je vous invite à lire cet album de 300 pages, qui peut vous amener jusqu'aux larmes. Je regrette que cet album, qui pour moi s'avère un des meilleurs de ce premier semestre 2021, sorte à une période assez creuse voire reste inaperçu en cette fin de saison. Curieux choix de l'éditeur, alors que ce one shot méritait une meilleure exposition éditoriale.. En tout cas, cet album mérite toute votre attention, tant il est remarquable aussi bien sur le scénario que sur le dessin. A lire et à relire. Remarquable en tout point.

21/07/2021 (modifier)
Par greg
Note: 5/5
Couverture de la série Burton & Cyb
Burton & Cyb

Burton & cyb sont deux escrocs notoires dans le futur tentant de trouver à chaque fois la meilleure combine possible. Cette série a connu son heure de gloire dans les années 80, lors de sa publication dans le défunt "USA Magazine". Pour moi c'est un bel hommage aux mythiques pieds nickelés de Pellos. Mais plus réalistes : d'abord contrairement au trio français, Burton et Cyb réussissent assez souvent leurs coups et partent avec la mise. Ensuite, c'est très souvent amoral assorti d'un humour parfois noir, ce qui n'est pas pour me déplaire. Enfin, leurs victimes sont tout sauf complètement idiots, autrement dit l'escroquerie est souvent relativement crédible (chez les pieds nickelés, la stupidité totale de leurs "poires" atteint des firmaments. On va être honnête : parfois cela peut paraître simpliste. Mais la lecture de Burton & Cyb reste un gros plaisir coupable, un bel instant de détente, et rien que pour cela note maxi!

21/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série Le Grand Méchant Renard
Le Grand Méchant Renard

J'entre dans le club des aviseurs super satisfaits. Ça peut presque remettre en cause la notion de ce qu'est une BD "Culte" ici, qu'est ce qui empêche cette histoire d'avoir son 5/5? J'ai juste envie de la faire connaître à tout le monde qui m'entoure. Les situations sont presque à chaque fois inattendues et donnent un ton profondément joyeux à l'ensemble. Pourtant, le monde paraît si cruel aux yeux de ce renard naïf et ayant conscience de sa propre médiocrité. Et plus ça va, plus on est amené à s'attacher à lui. Cet esprit simple ("bête" est le jugement que nous avons à son égard?) prend le dessus sur tout le reste, et le lecteur ne peut pas s'empêcher de le trouver, par conséquent, "humainement" bon. La dernière fois que j'ai pu ressentir ça en BD c'était avec Silence (Comès)...et je me dis que c'est drôle à quel point 2 œuvres totalement différentes peuvent réussir à transmettre le même message. Ou alors, c'est mon interprétation qui déraille... Toute cette légèreté en surface est le fruit d'une intrigue hyper bien ficelée et peut-être issue d'une réflexion plus profonde qu'on ne le pense. Enfin...pas besoin de philosopher, on pourra parcourir cette histoire de tout temps, à tout âge. Ça fait garder le sourire et, sans tomber dans la niaiserie, ça alimente quelque chose de foncièrement bon en soi.

20/07/2021 (modifier)
Par Benjie
Note: 5/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Il était une fois en France
Il était une fois en France

Un homme d'affaire sans scrupule, avec un grand sens de l’adaptabilité aux situations. Que dire de plus sinon qu’il est prêt à tout pour s'enrichir et sauver sa famille ! Un héros presque ordinaire qui navigue entre deux eaux et dont on ne sait trop quoi penser. Est-il un héros, est-il un salaud ? Cette question lancinante qui se pose le lecteur est la clef de cette série remarquable qui traduit parfaitement bien ce que fut la société des années 40 et en particulier celle de la France occupée. On a trop souvent des personnages aux engagements tranchés, sûrs d’eux, aux combats justes et incontstables. Ici, on est dans ce qu’on appelle la zone grise, ni d’un côté ni de l’autre ou un peu d’un côté et de l’autre. L’ambiguïté et la complexité du personnage sont vraiment bien rendues. Autour de lui, toute une clique de gens, plus vrais que nature. Le dessin est précis et travaillé. Il restitue avec justesse l’ambiance des années noires, oppressante, soupçonneuse, dangereuse. C’est intelligent, subtil, pas caricatural et cette histoire nous incite à nous poser des questions sur l’époque et sur nous-mêmes. Un petit clin d’œil aux films de Jean Gabin ? Probablement. On y retrouve aussi des personnages historiques qui trouvent, une place naturelle dans le scénario, sans que leur présence alourdisse l’histoire. Fabien Nury ne nous livre pas une fresque historique – c’est toujours le risque avec les récits basés sur des faits et des ambiances réels. Il manie avec subtilité l’histoire et la fiction et franchement, je trouve que c’est une très grande réussite.

17/07/2021 (modifier)
Par Solo
Note: 5/5
Couverture de la série C'était la guerre des tranchées
C'était la guerre des tranchées

La Grande Guerre racontée par Tardi, celle là est très poignante. Un hommage engagé et sans filtre d'un auteur qui tente de nous faire introduire, même si cela reste inimaginable, dans ce que pouvaient être les tranchées. J'ai voulu compléter ma lecture avec la série LSD : "14-18 La Grande Guerre racontée par les archives" (le deuxième épisode portant précisément sur le quotidien au front du point de vue des soldats). Et ce que j'ai parcouru en images vient traduire ce que j'ai entendu à la radio. Le quotidien et les situations racontés semblent criants de vérité. "10 millions de soldats morts", voilà le titre sous-jacent de cette BD. Pour qui connaît Tardi, on ne sera pas étonné de rencontrer le populo franchouillard plutôt que de s'attarder sur les chefs de guerres. Du coup, c'est les tranchées H24. Tardi méprise la guerre, toute guerre, et il le clame haut et fort, ici peut être plus qu'ailleurs. Les dessins sont admirables, je trouve les personnages moins caricaturés que d'habitude. Son style et ce noir et blanc est tellement unique, tellement adapté à ce qu'il souhaite transmettre. Je ne suis pas certain qu'il ait fallu écrire autant, même si j'ai dévoré les planches du début à la fin. Un hommage et une prise de position à lire, bien évidemment...

15/07/2021 (modifier)
Par olma
Note: 5/5
Couverture de la série L'Arabe du futur
L'Arabe du futur

j'avais entendu parler de cette bande dessinée il y a longtemps, et je l'ai enfin découverte et lue à l'occasion de la sortie du quatrième tome. Elle mérite tout à fait son excellente réputation. Riad Sattouf a un talent étonnant, celui de nous faire vivre un véritable voyage dans le temps et dans l'âge, car tout son récit se passe à hauteur d'enfant, sans la moindre niaiserie, et commence au crépuscule des espoirs qu'avaient pu faire naître les "despotes éclairés" dont on avait pu penser qu'ils allaient moderniser leur pays et faire accéder leurs concitoyens à une meilleure qualité de vie. On oublie que Kaddhafi ou même Hafez El Assad (dont la violente répression de la rébellion d'Homs n'était pas connue à l'époque) étaient considérés non pas comme des potentats corrompus et sanguinaires, mais comme des dirigeants rationnels, modernes, ouverts. Puis les années passent, les guerres d'Irak, l'influence de l'Arabie Saoudite, la dureté des conditions de vie et les inégalités en Lybie et en Syrie passent en toile de fond - avec le contraste des pages se déroulant en France où tout n'est pas simple surtout pour un garçon s'appelant Sattouf, mais où notamment l'influence bienfaisante ou malicieuse des grands-parents vient éclairer les souvenirs, mais ce n'est pas un lourd cours de géopolitique qui passe, mais des éléments plus ou moins bien compris par le jeune Riad, et qui éclairent l'évolution de son père, très probablement déçu dans ses espérances initiales de jeune homme, qu'il a ensuite rejetées avec amertume comme une occidentalisation dont il ne voulait plus. Progressivement par la force des choses la mère de Riad devient plus présente et apporte une autre tonalité au récit. Il y a beaucoup de passages très drôles, d'autres plus mélancoliques, certains pourraient être très durs s'ils étaient présentés de façon directe, mais là encore la magie de Riad Sattouf est de nous les faire éprouver tels que lui les a vécues enfants, avec une dose d'innocence et d'incompréhension qui a parfois des effets très comiques. En sus de son talent de conteur et scénariste, Riad Sattouf illustre son histoire avec un trait très juste et très vivant, expressif et drôle. Pour l'anecdote, c'est amusant de découvrir que Riad s'est inspiré des univers de Lovecraft, Moebius et Conan dans ses premières oeuvres d'enfant / ado dessinateur.

14/07/2021 (modifier)