Obligé de poster un avis.
Déjà, tout ce qu'a fait Derf Backderf jusqu'à présent est juste excellent.
Ensuite, Kent State est sa meilleure BD à ce jour. C'est également la plus documentée.
Et voilà !
Miroslav Sekulic-Struja a réalisé quelques années auparavant ce diptyque détonnant et sombre qu'est Pelote dans la fumée, injustement ignoré du grand public, et puis plus rien. Nous étions alors en 2013. Neuf ans, rendez-vous compte ! Entre temps, l'homme semble s'être consacré à sa carrière de peintre, délaissant temporairement le 9eme art. Il revient avec ce pavé réjouissant (et un peu moins sombre).
D'abord, son dessin est encore meilleur. Le contraire eut été étonnant. Dans ce nouveau livre, l'essentiel est conservé, c'est à dire ce qui confère toute l'originalité à son œuvre. En effet, les personnages lunaires envahissent le récit, et le lecteur demeure dans un état de veille surréaliste, oscillant entre songe poisseux et doux cauchemar, si l'on peut dire, traversant des moment de pure rêverie. Parce que ce n'est pas exactement cauchemardesque, ou alors, un cauchemardesque poétique. Miroslav crée un vocabulaire imagé vraiment original qu'il est difficile de définir, comme si la violence de cette société post-moderniste qu'il dépeint lui était inhérente, mais que ses personnages débordant d'une grande tendresse l'évacuaient, refusant sa dictature. D'où, peut-être, cette impression étrange de naviguer parmi une foule de portraits déglingués et d'êtres qui se cherchent tout comme ils cherchent un endroit où vivre pleinement leur bohème, les entraînant inévitablement aux marges. Ainsi, ce sont deux mondes qui se côtoient : celui de cette réalité sordide imposée par les valeurs matérialistes bourgeoise, et à laquelle il est décidemment bien difficile d'échapper, et celui des aspirations à la liberté de tous les rêveurs du monde, dont la plupart constituent les hordes de sacrifiés peuplant les faubourgs oubliés de l'économie de marché, ceux que la bien-pensance nomme pudiquement "les marginaux".
On constate également au fil des pages que les ciels sont davantage travaillés, que les couleurs sont moins ternes, que les expressions des personnages sont mieux fixées. La mise en case varie un brin avec de grandes pages muettes et pleines ou des gaufriers irréguliers aux mouvements décomposés, ce qui renforce encore cette impression de fourmillement. Chaque case se savoure et nécessite d'être apprivoiser. C'est un plaisir pour les yeux, ce que j'attends avant tout d'une bonne bande dessinée.
Voilà bien une œuvre réellement atypique dans le paysage ! Objet pictural autant que bande dessinée, Petar & Liza est une immersion totale chez les paumés de l'ex-Yougoslavie, les punks, les révoltés, les invisibles, les cabossés de tous poils. Les dessins, pour ne pas dire les peintures, vous gobent tout entier. A mi-chemin entre les tableaux de Bruegel qui fourmillent de détails et ceux du Douanier Rousseau et leur style naïf, Petar & Liza est une ode à la vie, avec ses inévitables malheurs.
A quelques jours des élections, moi je mets mon billet à Miroslav Sekulic-Struja pour le prochain Fauve d'or...
Culte tout simplement.
Je cherchais une série à aviser dans cette catégorie, L’Incal est le candidat parfait. Ça passe ou ça casse.
Avec moi c’est passé, ça passe et ça passera encore, cette série m’a marqué à vie.
Je l’ai découverte adolescent dans ses couleurs d’origine, et ne saurait relire une autre version, elles font parties du charme.
6 tomes que j’ai usés à tel point que certaines pages se détachent.
Ça fleure bon les années 80 mais ça vieillit très bien. Une œuvre novatrice pour son époque et qui en a inspiré beaucoup d’autres.
Le dessin de Moebius y est magistral, des personnages magnifiquement croqués, c’est plein d’inventivité dans les designs et les détails. J’adore.
Le scénario n’est pas en reste, ça monte en puissance gentiment jusqu’au final mystique qui personnellement me plaît beaucoup.
Nota : c’était alors ma 1ère confrontation avec Jodo, depuis cette marque de fabrique m’use un peu.
Ça a et m’a marqué, un univers complètement fou et réussi.
Une œuvre qui m’a construit.
Ah, cité puits, Deepo, Kill, le Méta-Baron, planète Difool, les Techno, Gorgo le sale, le vaisseau incal ... et évidemment notre détective de classe R, John Difool, magnifique antihéros.
Je me rends compte en écrivant ces lignes à quel point je suis attaché à ce personnage de Difool, cette version est complètement magique.
Peut être pas un futur incontournable pour un lecteur d’aujourd’hui mais je conseille vivement aux amateurs de sf, c’est plein d’idées et d’énergie.
Culte !! mais je l’ai déjà dit.
La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme.
Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial.
Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant.
Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien.
Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées.
"Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros.
Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal.
Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge.
La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant.
Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice".
Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal
Au top. La première saison m’avait captivé. Addictif comme certaines séries tv. Le niveau de la 2nde ne déçoit pas. L’univers est plus restreint mais le personnage n’a pas changé: cynique, pro, et portant toujours un regard acerbe et sans complaisance sur l’existence et le monde qui l’entoure.
J'adore cette série, car elle traite avec humour de sujets graves, et qu'il faut remettre dans le contexte d'époque. C'est l'underground des années 80-90 qui y est (à peine) caricaturé. Un copain qui lisait une des bd de Ouin dans mon salon à reconnu la reproduction graphique de la vision que tu as dans un fourgon de l'administration pénitentiaire, en arrivant à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, on peut reconnaitre aussi le quartier de Barbès, La Chapelle, à travers la vision déformée de l'anti-heros. Les squatts, la drogue dure, les gangs de tarés, les flics alcoolos et la société en général, vus par les yeux d'un punk toxico accro à la dure. C'est gore et toxique, mais moi, j'adore, à remettre dans le contexte d'époque, avec Kebra le Rat de Tramber et Jano, en regardant mon inestimable collection de cartes des "Crados" avec Gudule Pustule et René Morvoné. C'est quand même particulier, on vous parle ici d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre...
J'ai adoré cette lecture.
D'abord le livre est très beau. La couverture m'avait tapé dans l'œil.
Le dessin est très graphique et coloré. Il y a de superbe pleines-pages qui sont magnifiques.
L'histoire se passe dans la mythologie nordique. Foncez si comme moi vous aimez les récits mythologiques.
Mention spéciale pour quelques pages au milieu de la BD qui, d'un coup, font une pause dans le récit, pour reprendre toute la génèse de la mythologie nordique.
Il est question d'un tournoi entre dieux, dans lequel chaque camp envoie des combattants. Cela pourrait vite devenir redondant, mais l'histoire est très bien équilibrée entre l'intrigue même de ce tournoi; les combats, des histoires familiales; des histoires d'amour... J'ai passé un super moment !
Je soupçonne Nancy Peña d'entretenir un petit autel secret à la gloire de Bastet .
Cela expliquerait la place des chats dans son oeuvre et les qualités quasi divines dont elle fait preuve pour nous faire voyager dans son monde merveilleux.
Nancy Peña est marquée par l'élégance de son tilde. Elle allie un esprit de finesse à une finesse de trait. Celle-ci est digne de Will Eisner,son ogre du T3 ( "je chausse du 178") vaut bien le monstre de Spirit en pleine page. Celui-là est digne de la meilleure aristocratie littéraire de langue française.
Qu'elle use de l'alexandrin ou du patois du terroir , l'auteure ne se prend jamais les pieds dans Racine.
Ici l'auteure choisit le registre du conte merveilleux avec un détournement du vocabulaire figuré qu'elle rend propre.
C'est créatif, c'est frais, c'est drôle , à mon avis c'est très largement au dessus d un Garulfo pour rester dans le même registre.
Dans son oeuvre, l'auteure joue des paraboles, des espaces et du temps tout en se mettant en scène d'une façon d'autodérision.
" Et notre chère auteure, que lui réserveriez-vous?- Surtout si c'est sanglant"!!! Oui oui dites nous!!
Mais n'est-ce pas Nancy sous les traits de Blanche-Poudre qui s'éveille pour se recoucher aussitôt devant l'absurdité comique de la situation?
Une lecture pour "Public averti" LOL!!! même si Patience n'a pas les atouts de la Blanche-Neige de Taboo.
Bon, même si vous "n'entendez rien à cette histoire" à cause de ce " fléau de donzelle", l'auteure bien sûr, je vous recommande cette oeuvre hors norme sans me cacher dans un "espace ispassiconique".
Après le sublime Dracula que nous avait proposé le sieur Bess, il était forcément attendu au tournant avec cette nouvelle adaptation d'un des grands classiques de la littérature fantastique. Et une nouvelle fois, le résultat est bluffant !
Servi par un noir et blanc toujours aussi époustouflant émaillé de dégradés de gris, Georges Bess, reprend fidèlement le roman gothique écrit par Mary Shelley en 1816. Ce roman marquera à jamais la littérature et l'imaginaire collectif et fait partie à ce titre, avec ceux d'Edgar Poe, des ouvrages qui ont forgé mon goût pour le fantastique et la science fiction. C'est donc un vrai bonheur que de voir ces titres légendaires adaptés sous cette forme de si belle manière.
La narration est aussi très réussie. L'utilisation de la première personne est respectée et bien gérée, ce qui permet au lecteur de ressentir l'empathie voulue par l'autrice envers sa malheureuse créature.
Je ne m'étalerai pas davantage, Georges Bess réussit une nouvelle fois son pari, grâce à un talent remarquablement exploité pour notre plus grand bonheur.
Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation « progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut « novateur » et qui n’a que cet alibi « bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne « claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.
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Kent State, quatre morts dans l'Ohio
Obligé de poster un avis. Déjà, tout ce qu'a fait Derf Backderf jusqu'à présent est juste excellent. Ensuite, Kent State est sa meilleure BD à ce jour. C'est également la plus documentée. Et voilà !
Petar & Liza
Miroslav Sekulic-Struja a réalisé quelques années auparavant ce diptyque détonnant et sombre qu'est Pelote dans la fumée, injustement ignoré du grand public, et puis plus rien. Nous étions alors en 2013. Neuf ans, rendez-vous compte ! Entre temps, l'homme semble s'être consacré à sa carrière de peintre, délaissant temporairement le 9eme art. Il revient avec ce pavé réjouissant (et un peu moins sombre). D'abord, son dessin est encore meilleur. Le contraire eut été étonnant. Dans ce nouveau livre, l'essentiel est conservé, c'est à dire ce qui confère toute l'originalité à son œuvre. En effet, les personnages lunaires envahissent le récit, et le lecteur demeure dans un état de veille surréaliste, oscillant entre songe poisseux et doux cauchemar, si l'on peut dire, traversant des moment de pure rêverie. Parce que ce n'est pas exactement cauchemardesque, ou alors, un cauchemardesque poétique. Miroslav crée un vocabulaire imagé vraiment original qu'il est difficile de définir, comme si la violence de cette société post-moderniste qu'il dépeint lui était inhérente, mais que ses personnages débordant d'une grande tendresse l'évacuaient, refusant sa dictature. D'où, peut-être, cette impression étrange de naviguer parmi une foule de portraits déglingués et d'êtres qui se cherchent tout comme ils cherchent un endroit où vivre pleinement leur bohème, les entraînant inévitablement aux marges. Ainsi, ce sont deux mondes qui se côtoient : celui de cette réalité sordide imposée par les valeurs matérialistes bourgeoise, et à laquelle il est décidemment bien difficile d'échapper, et celui des aspirations à la liberté de tous les rêveurs du monde, dont la plupart constituent les hordes de sacrifiés peuplant les faubourgs oubliés de l'économie de marché, ceux que la bien-pensance nomme pudiquement "les marginaux". On constate également au fil des pages que les ciels sont davantage travaillés, que les couleurs sont moins ternes, que les expressions des personnages sont mieux fixées. La mise en case varie un brin avec de grandes pages muettes et pleines ou des gaufriers irréguliers aux mouvements décomposés, ce qui renforce encore cette impression de fourmillement. Chaque case se savoure et nécessite d'être apprivoiser. C'est un plaisir pour les yeux, ce que j'attends avant tout d'une bonne bande dessinée. Voilà bien une œuvre réellement atypique dans le paysage ! Objet pictural autant que bande dessinée, Petar & Liza est une immersion totale chez les paumés de l'ex-Yougoslavie, les punks, les révoltés, les invisibles, les cabossés de tous poils. Les dessins, pour ne pas dire les peintures, vous gobent tout entier. A mi-chemin entre les tableaux de Bruegel qui fourmillent de détails et ceux du Douanier Rousseau et leur style naïf, Petar & Liza est une ode à la vie, avec ses inévitables malheurs. A quelques jours des élections, moi je mets mon billet à Miroslav Sekulic-Struja pour le prochain Fauve d'or...
L'Incal
Culte tout simplement. Je cherchais une série à aviser dans cette catégorie, L’Incal est le candidat parfait. Ça passe ou ça casse. Avec moi c’est passé, ça passe et ça passera encore, cette série m’a marqué à vie. Je l’ai découverte adolescent dans ses couleurs d’origine, et ne saurait relire une autre version, elles font parties du charme. 6 tomes que j’ai usés à tel point que certaines pages se détachent. Ça fleure bon les années 80 mais ça vieillit très bien. Une œuvre novatrice pour son époque et qui en a inspiré beaucoup d’autres. Le dessin de Moebius y est magistral, des personnages magnifiquement croqués, c’est plein d’inventivité dans les designs et les détails. J’adore. Le scénario n’est pas en reste, ça monte en puissance gentiment jusqu’au final mystique qui personnellement me plaît beaucoup. Nota : c’était alors ma 1ère confrontation avec Jodo, depuis cette marque de fabrique m’use un peu. Ça a et m’a marqué, un univers complètement fou et réussi. Une œuvre qui m’a construit. Ah, cité puits, Deepo, Kill, le Méta-Baron, planète Difool, les Techno, Gorgo le sale, le vaisseau incal ... et évidemment notre détective de classe R, John Difool, magnifique antihéros. Je me rends compte en écrivant ces lignes à quel point je suis attaché à ce personnage de Difool, cette version est complètement magique. Peut être pas un futur incontournable pour un lecteur d’aujourd’hui mais je conseille vivement aux amateurs de sf, c’est plein d’idées et d’énergie. Culte !! mais je l’ai déjà dit.
Thorgal
La série Thorgal est la preuve que l'on peut remplir les rayons des hypermarchés tout en faisant de la très bonne qualité sur du long terme. Le pari de départ de Rosinski et Van Hamme n'était pas gagné. Associé du médiéval viking, de la SF et du mythologique pouvait faire naître une série incohérente et un fourre-tout commercial. Grâce à l'intelligence des scénarii, l'écueil a été évité et au final nous avons un héros cohérent entrainant derrière lui tout un groupe de personnages empathiques dont les passés, les présents et les futurs s'imbriquent tel un puzzle fascinant. Le dessin de Rosinski est remarquable du début à la fin. On y retrouve du classique de chez Tintin dans les premiers opus avec les couleurs d'époque. Je retrouve ces traits et colorations avec un brin de nostalgie et j'aime bien. Puis le dessin évolue avec la série l'entraînant dans des peintures plus recherchées. "Les Trois Vieillards du Pays d'Aran" lance dès le T3 l'esprit de la série avec cette association Thorgal- Aaricia dont la solidité du couple sera l'épine dorsale des futures aventures du héros. Thorgal, à moins que ce soit Shaïgan-sans-merci, sera toujours en recherche de son identité. Comme enfant, comme mari ou comme père il affrontera ses doutes et contradictions dans une réalité qui l'éloigne souvent de son idéal. Bien sûr le (mauvais) génie de la série est Kriss de Valnor. Lady Mac Beth de Shaïgan/Thorgal mais dont on ne peut s'empêcher d'admirer sa beauté et sa volonté même au détriment d'Aaricia. Probablement l'un des meilleurs personnages féminins du monde franco-belge. La reprise par Y.Sente des scenarii n'affaiblit pas la valeur de la série. Les épisodes Jolan puis Aniel sont novateurs avec un Thorgal moins présent et vieillissant. Cette exploitation du temps et de l'espace dans la série est remarquable. Je relis les épisodes avec délectation et j'aime autant ceux avec des histoires secondaires comme " le Mal Bleu" ou "La Galère Noire" que les centraux avec Kriss et les enfants comme "Le Sacrifice". Mon préféré ? " La couronne d'Ogotaï" sur la contingence. Un régal
Le Tueur - Affaires d'Etat
Au top. La première saison m’avait captivé. Addictif comme certaines séries tv. Le niveau de la 2nde ne déçoit pas. L’univers est plus restreint mais le personnage n’a pas changé: cynique, pro, et portant toujours un regard acerbe et sans complaisance sur l’existence et le monde qui l’entoure.
Bloodi
J'adore cette série, car elle traite avec humour de sujets graves, et qu'il faut remettre dans le contexte d'époque. C'est l'underground des années 80-90 qui y est (à peine) caricaturé. Un copain qui lisait une des bd de Ouin dans mon salon à reconnu la reproduction graphique de la vision que tu as dans un fourgon de l'administration pénitentiaire, en arrivant à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, on peut reconnaitre aussi le quartier de Barbès, La Chapelle, à travers la vision déformée de l'anti-heros. Les squatts, la drogue dure, les gangs de tarés, les flics alcoolos et la société en général, vus par les yeux d'un punk toxico accro à la dure. C'est gore et toxique, mais moi, j'adore, à remettre dans le contexte d'époque, avec Kebra le Rat de Tramber et Jano, en regardant mon inestimable collection de cartes des "Crados" avec Gudule Pustule et René Morvoné. C'est quand même particulier, on vous parle ici d'un temps que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaitre...
Vei
J'ai adoré cette lecture. D'abord le livre est très beau. La couverture m'avait tapé dans l'œil. Le dessin est très graphique et coloré. Il y a de superbe pleines-pages qui sont magnifiques. L'histoire se passe dans la mythologie nordique. Foncez si comme moi vous aimez les récits mythologiques. Mention spéciale pour quelques pages au milieu de la BD qui, d'un coup, font une pause dans le récit, pour reprendre toute la génèse de la mythologie nordique. Il est question d'un tournoi entre dieux, dans lequel chaque camp envoie des combattants. Cela pourrait vite devenir redondant, mais l'histoire est très bien équilibrée entre l'intrigue même de ce tournoi; les combats, des histoires familiales; des histoires d'amour... J'ai passé un super moment !
Les Nouvelles aventures du Chat Botté
Je soupçonne Nancy Peña d'entretenir un petit autel secret à la gloire de Bastet . Cela expliquerait la place des chats dans son oeuvre et les qualités quasi divines dont elle fait preuve pour nous faire voyager dans son monde merveilleux. Nancy Peña est marquée par l'élégance de son tilde. Elle allie un esprit de finesse à une finesse de trait. Celle-ci est digne de Will Eisner,son ogre du T3 ( "je chausse du 178") vaut bien le monstre de Spirit en pleine page. Celui-là est digne de la meilleure aristocratie littéraire de langue française. Qu'elle use de l'alexandrin ou du patois du terroir , l'auteure ne se prend jamais les pieds dans Racine. Ici l'auteure choisit le registre du conte merveilleux avec un détournement du vocabulaire figuré qu'elle rend propre. C'est créatif, c'est frais, c'est drôle , à mon avis c'est très largement au dessus d un Garulfo pour rester dans le même registre. Dans son oeuvre, l'auteure joue des paraboles, des espaces et du temps tout en se mettant en scène d'une façon d'autodérision. " Et notre chère auteure, que lui réserveriez-vous?- Surtout si c'est sanglant"!!! Oui oui dites nous!! Mais n'est-ce pas Nancy sous les traits de Blanche-Poudre qui s'éveille pour se recoucher aussitôt devant l'absurdité comique de la situation? Une lecture pour "Public averti" LOL!!! même si Patience n'a pas les atouts de la Blanche-Neige de Taboo. Bon, même si vous "n'entendez rien à cette histoire" à cause de ce " fléau de donzelle", l'auteure bien sûr, je vous recommande cette oeuvre hors norme sans me cacher dans un "espace ispassiconique".
Frankenstein (Bess)
Après le sublime Dracula que nous avait proposé le sieur Bess, il était forcément attendu au tournant avec cette nouvelle adaptation d'un des grands classiques de la littérature fantastique. Et une nouvelle fois, le résultat est bluffant ! Servi par un noir et blanc toujours aussi époustouflant émaillé de dégradés de gris, Georges Bess, reprend fidèlement le roman gothique écrit par Mary Shelley en 1816. Ce roman marquera à jamais la littérature et l'imaginaire collectif et fait partie à ce titre, avec ceux d'Edgar Poe, des ouvrages qui ont forgé mon goût pour le fantastique et la science fiction. C'est donc un vrai bonheur que de voir ces titres légendaires adaptés sous cette forme de si belle manière. La narration est aussi très réussie. L'utilisation de la première personne est respectée et bien gérée, ce qui permet au lecteur de ressentir l'empathie voulue par l'autrice envers sa malheureuse créature. Je ne m'étalerai pas davantage, Georges Bess réussit une nouvelle fois son pari, grâce à un talent remarquablement exploité pour notre plus grand bonheur.
Le Musée de l'étrange
Contrairement à l’avis du lecteur précédent, je m’inscris totalement en faux en regard de cette opinion: au contraire, autant sur le fond que sur la forme, j’ai apprécié sans réserve ce chef d’œuvre de la ligne claire qui m’a fait renouer avec un certain âge d’or de la bd classique. De l’aventure, un peu de fantastique, de l’ésotérisme original qui tranche avec un certain conformisme actuel qui n’a d’intérêt que pour les récits à vocation « progressistes », et le plus souvent, sans saveur, et avec un dessin qui se veut « novateur » et qui n’a que cet alibi « bien pensant »pour en dissimuler la laideur. Alors oui, je suis un amateur de la ligne « claire » qui ne voulait que distraire et faire rêver ses lecteurs avec des scenarii qui se tenaient. Cet album est une authentique réussite qui a ravi le lecteur sexagénaire qui a gardé l’illumination de sa jeunesse.