Je continue mon immersion, dans l'univers Brubaker/Phillips (après Pulp) et je viens de me prendre une belle beigne en pleine poire.
Magistral !
La première chose qui me vient à l'esprit : Brubaker est un génie pour nous raconter une histoire.
Un scénario sans faille avec une narration non linéaire mais qui se recroise naturellement. Il prend le temps de bien développer ses personnages et c'est juste un régal. On découvre des hommes et une femme torturés.
De l'action, de l'amour, de l'espoir, du désespoir et de la violence. Un cocktail explosif.
Violent et tendre à la fois, une prouesse.
Le dessin de Phillips, plus je le regarde, plus je le trouve beau.
Il retranscrit à merveille cette ambiance malsaine qui plane tout le long de l'album.
Son trait hachuré et noir colle parfaitement à ce genre de récit.
Un duo en totale harmonie.
Cinq étoiles plus que méritées.
Je sais ce qu'il me reste à faire, j'ai aperçu la collection complète de Criminal à ma bibliothèque du CE. :-)
Cette histoire devrait être enseignée à l'école.
On entend parler de réfugiés, de Syrie, de demande d'asile et même si cela nous touche profondément, lire cette histoire est bénéfique. Il est difficile d'imaginer la durée d'une telle épreuve, les nombreux rebondissements, les désillusions que doivent vivre les personnes déracinées. Un grand MERCI à tous les organismes qui les aident et un grand merci à Fabien Toulmé.
La seule différence entre eux et nous, c'est que nous sommes nés du bon côté.
Bon courage et bonne chance à Hakim et les siens!
Le voyage du Commodore Anson est un périple qui dure 4 années, une aventure dantesque pour les marins et les soldats qui composent l'équipage avec des faits de guerre ou de piraterie et surtout un combat permanent contre les tempêtes, contre la maladie et la famine. Cet ouvrage est un témoignage sans concession sur une traversée des océans en 1740,
L'auteur commence par présenter les événements historiques et la situation politique pour comprendre les objectifs de la mission d'Anson. Il nous décrit une époque où l’appât du gain et les luttes d'influence entre les pays européens n'ont pas de limite, les trésors des colonies réels ou fantasmés deviennent vitales pour devenir le pays le plus puissant d'Europe.
Dès le départ, les mensonges et les trahisons subis par Anson sur les moyens maritimes et humains promis font craindre le pire. La détermination d'Anson pour appareiller quelque soit la saison ou les hommes qui composent son équipage nous emmènent à la découverte d'une aventure réelle hors du commun.
L'auteur ne cache rien du drame humain que représente cette aventure, les conditions de vie des marins sont représentées avec réalisme. Les faits relatés sont extraits d'un journal de bord et d'un livre sorti juste après cette aventure. Les déplacements, l'hécatombe humaine et les dates sont donc réels.
A chaque chapitre, l'auteur situe sur une carte d'époque la position de l'expédition et le trajet parcouru pendant le chapitre, un procédé simple et efficace pour suivre le parcours de la flotte. La lecture est captivante avec en plus un dessin superbe, des couleurs qui incitent au voyage et un lettrage original comme si l'auteur nous faisait lire son journal de bord rédigé dans des conditions parfois difficiles.
Merci aux aviseurs précédents pour la découverte de cette bd, une belle surprise et un superbe moment de lecture
Le beau Bernard Prince est un ancien agent d’interpol qui parcourt le monde sur son navire – le cormoran – avec son pote Barnay Jordan, un marin ronchon, querelleur et alcoolique ainsi qu’avec le jeune Djinn. Avec cette série vous allez vivre des aventures enthousiasmantes qui fascineront les petits comme les grands. Les rebondissements sont nombreux. Le suspens est au rendez-vous dans chaque album. Vous ne pourrez que vous attacher à ces personnages nés sous la houlette d’un duo hors norme, Hermann et Greg.
Voilà donc une série qui défie le temps et les styles. Les aventures tumultueuses de Bernard Prince sont remplies d’humanité et d’émotions positives. Si vous rajoutez des décors exotiques – souvent des pays imaginaires mais inspirés de pays existants - et un graphisme incroyablement beau, vous tomberez indéniablement sous le charme de ce héros.
Je suis fan absolu de la série. Vous avez là l’occasion unique de plonger dans un bestseller de la BD ! A (re)découvrir de toute urgence.
Voilà une BD qui ne paye pas de mine avant la lecture. Et finalement, on plonge dans le récit sans jamais en être rassasié. L’ensemble des thèmes (et il y en a !) est vraiment parfaitement équilibré, le ton du récit et les problématiques de l’auteur sont aussi profondes que tout à fait digestes. Un coup de maître, je partage l’engouement !
Le dessin est plutôt rond et à l’apparence enfantine, la couverture a tout pour rendre le tome 1 accessible, les premières planches chez le psy ou chez son frère font gags et l’humour m’emballe direct. On va bien se marrer. Tout du long, il y aussi ces « privates jokes » qui créent des scènes absurdes et malaisantes au possible (un exemple parmi tant d’autres : sa 1ère rencontre avec la vétérinaire, et Adolf dans ses bras). Mais comme certainement dit plus bas, il ne faut pas se limiter à l’humour, Manu Larcenet fait danser nos émotions au rythme de sa vie, qui ressemble de près ou de loin à la vie de monsieur-tout-le-monde.
Si son métier quitte un peu les sentiers battus, c’est bien sa vie quotidienne (4 tomes étendus sur 6 ou 7 ans environ ?) qui nous embarque le plus. On se fout bien qu’il expose ses photos à côté d’une star, c’est ce qu’il en tire qui est important. Il est trop trop fort pour narrer ses questionnements existentiels. Il réussit à aborder une quantité impressionnante de thèmes avec un équilibre sorti de nul part et qui, mystérieusement, s’imbriquent parfaitement entre eux. C'est du génie narratif.
Et en plus de l’autobio, on réussit à prendre connaissance du cadre temporel de cette histoire de façon hyper subtile. On découvre tout ça au travers d’interminables discussions entre bourrés/défoncés (Pablo, son frère "Geoooorges!!"), ou quand on refait le monde (Pablo), ou quand on boit les paroles du sage (Pablo, ancien commandant, éditeur). Du coup, il n’y a rien de barbant, ce qui rend la BD véritablement vivante ! Fixez-y des pattes et elle gambade ! L’auteur avait à cœur de faire savoir que son récit se déroule dans un contexte politique français bien particulier pour comprendre encore plus les individus qui y sont présentés. Quelques mots clés : Algérie française, ancienne/nouvelle génération, élections de 2002 et de 2007, l’affaiblissement du pouvoir syndical, militantisme et engagement, etc.
Je reviens un bout sur le dessin. C’est un sacré trompe-l’œil, et en même temps c’est génialement choisi. Par ailleurs, on voit bien qu’il n’a pas un style unique: les portraits des dockers, de la chouette et du vieil homme, le nu… Quant au style enfantin, le plus présent donc, il est superbement exploité, notamment avec toutes ces mimiques terriblement originales qui font leur effet et qui ajoute tout le charme à cette série. Ces yeux blancs, vides et dégoulinant pour exprimer un sentiment finalement difficile à traduire. Il y a aussi cette situation ridiculement drôle, avec les bras tendus bien hauts au moment d’exprimer une joie intense, puis le silence qui suit avec un malaise terrible et les bras toujours en l’air. On peut être un génie avec une idée simple.
J’aimerais bien arrêter de mettre des 4/5 ou 5/5, mais que voulez-vous… Encore un culte, c’est clair !
Un best-of pour les enfants, qui se sont bien identifiés aux personnages, à Vinz en particulier, avec son côté un peu clown blanc qui fonce tête baissée sans se poser de questions. Une manière plaisante de se divertir... et de réfléchir aux usages du numérique avec humour.
L’histoire des studios d’Hérouville, intimement liée au destin de l’artiste Michel Magne, peu de gens la connaissent. Et pourtant, à la lecture de ce formidable one-shot, on a envie de remercier ses auteurs pour nous l’avoir mise en lumière d’aussi belle façon. Michel Magne était surtout connu pour ses musiques de films (Les Tontons Flingueurs, …), bien que sa notoriété n’ait jamais égalé celle d’un Vladimir Cosma ou d’un Maurice Jarre. Pourtant, ce dernier avait bien d’autres cordes à son arc, notamment à travers la peinture. Véritable touche-à-tout à l’appétit insatiable en matière de création artistique, il se situait à l’avant-garde dans une approche pour le moins facétieuse, qui pouvait rappeler celle des Dadaïstes.
Magne a fréquenté l’élite artistique et noué de nombreuses amitiés (François Sagan, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Aragon, Jacques Prévert, Jean Cocteau, la liste est longue…). Il faut dire que l’homme avait une personnalité hors-du-commun, notamment par l’énergie qu’il était capable de déployer pour faire avancer ses projets, même si, las, le succès ne fut pas toujours au rendez-vous.
La création des studios d’Hérouville au début des seventies inaugura une période de foisonnement artistique hors du commun. La partie du château où vivait et travaillait Michel Magne depuis 1962 venait d’être détruite par un incendie, provoquant la perte irrémédiable des documents et enregistrements de l’artiste. C’est sur ce drame que s’ouvre Les Amants d’Hérouville, montrant comment Magne trouva le moyen de rebondir en restaurant l’aile endommagée et en convertissant le château en studio, équipé des dernières technologies de pointe, avec la participation de Dominique Blanc-Francard. Dès lors, le lieu va attirer le gratin de la chanson française et du rock international, profitant d’un contexte jamais vu de libération des mœurs et d’hédonisme psychédélique (on n’oubliera pas de sitôt le passage relatant le concert des Grateful Dead donné aux habitants du village). Dépensant sans compter, Magne continuait à organiser des fêtes excentriques autour de la piscine construite sur sa propriété, aux petits soins avec ses invités (y compris les pique-assiettes…), avec le concours d’un chef cuisinier amateur de poésie… il y aura la même année la rencontre avec sa baby-sitter, Marie-Claude, qui devint rapidement la femme de sa vie et avec qui il vécut un amour passionné. Jusqu’au jour où, après quelques années fastes, le déclin et les coups durs pointèrent de nouveau le bout de leur nez…
Cette biographie romancée n’est rien de moins qu’un conte de fées moderne, et la couverture ne dit pas autre chose en montrant les deux amants sur le toit du château, Magne en train de jouer une ritournelle à la guitare à l’adresse de sa bien-aimée au look hippie médiéval. Pendant ce temps, la fête bat son plein à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, et l’on peut apercevoir Bowie en train d’enregistrer des vocaux. La narration de Yann Le Quellec est très bien construite, toute en fluidité, avec une trame principale entrecoupée de passages documentaires agrémentés de photos et d’articles de journaux sur la vie et l’œuvre de Magne. Pour accentuer l’authenticité des faits, des clichés ont été insérés sur certaines cases, répandant des arômes nostalgiques très puissants. Ce kaléidoscope chamarré et dynamique traduit parfaitement l’atmosphère de l’époque et du lieu, tel un tourbillon de folie douce et créativité libératrice sur fond d’amour pur et de substances psychotropes. Romain Ronzeau possède un trait léger et vif, jouant plus sur l’expressivité que sur la technique, avec un sens aigu du mouvement et une mise en page très variée. Son Michel Magne est dépeint comme un personnage bondissant et exubérant, haut en couleurs, mégalomane (voire mythomane) mais profondément généreux et désintéressé, d’abord amoureux de toutes les formes d’art et de leurs promoteurs.
Hélas, l’aura bienveillante et hors-normes de Magne trouvera assez rapidement ses limites, suscitant la rapacité (et la jalousie peut-être) de ses partenaires, qui lui feront payer chèrement ses frasques et son style de vie dispendieux. La frénésie festive et créatrice mis en œuvre pour le projet hérouvillois se transformera alors en chaos destructeur et lugubre. Un dur retour à la réalité pour le démiurge exalté qui finira expulsé de son propre paradis, une aberration cruelle dont il ne se remettra pas. Son côté sombre sera parfaitement représenté, contrastant singulièrement avec le personnage solaire du début, dès lors que le « prince charmant » — et accessoirement prince de la nuit (toujours vêtu de noir) comme on le voit dans une scène au début du livre lorsqu’il pénètre dans la chambre de Marie-Claude — se transformera en ogre démoniaque et violent, fragile aussi, taraudé par la ruine ricanante, comme aspiré de l’intérieur par ses propres gouffres. Ou quand la bête n’est jamais loin de l’ange…
En résumé, Les Amants d’Hérouville, en dehors de la touchante « love story », est le portrait tragique d’un homme dont la vie était entièrement dédiée à l’art et n’aura finalement fait que vivre dans l’ombre du gratin artistique qu’il côtoyait et aidait. Une vie dont les moments d’extase absolue précédaient immanquablement les zones de turbulence brutale où tout partait en cacahuète. Ce splendide roman graphique, chef d’œuvre de pop-culture, en constitue un excellent hommage, contribuant un peu plus à faire entrer le château dans la légende. Et si aujourd’hui les mythiques studios d’Hérouville fonctionnent encore, après plusieurs périodes de fermeture, c’est peut-être parce ses fantômes ne parviennent pas à se résoudre à la fin de cet incroyable âge d’or.
Au cours de ma lecture, je cherchais les dernières données sur la part du charbon dans la consommation énergétique chinoise actuelle. Je suis tombé sur un article de Paris Match. Nous sommes le 5 août 2021 : "La Chine a autorisé la réouverture de mines à charbon pour une durée d'un an, au moment où le pays, qui ambitionne d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060, voit bondir sa demande en électricité. Le réseau électrique est mis à rude épreuve par des intempéries dévastatrices, les fortes chaleurs qui entraînent un recours massif à la climatisation -- particulièrement énergivore -- ainsi que la reprise de l'activité de la deuxième économie mondiale."
Ce court passage paraît être un parfait résumé du développement de l'auteur sur les effets pervers du système actuel et l'absurdité de notre mode de vie par rapport aux ressources disponibles : des dirigeants politiques (pas tous) prennent conscience et veulent agir contre le réchauffement, mais ils n’utilisent pas les grands moyens pour sortir d’un système dont ils n’ont aucun contrôle et qui va à contre-courant des objectifs fixés par le GIEC.
Alors, est-ce qu’il est trop tard ? La BD est parue il y a 9 ans et demi. Autrement dit, en 2012 il est écrit noir sur blanc ce qui se déroule aujourd’hui. Et puisque l'auteur s'est documenté sur les articles scientifiques depuis le début des années 2000, on comprend que ça fait facile 20 ans qu'on est au courant, et que tout dépendait de l’immédiateté de nos actions. Alors aujourd'hui, est-ce qu'il est trop tard ?
Pour être tout à fait honnête, je vais de pair avec l’opinion de l’auteur sur les peuples occidentaux, issus des pays industrialisés. En tant que français vivant en France, je ne ressens pas tout ça, du coup je m’y intéresse en façade, donc je n'agis pas franchement. Par exemple, quand j’apprends une catastrophe terrible comme Katrina : je suis consterné et navré de voir ça, mais dans 1h je rejoins les potes pour un barbecue et on va fêter le mois d’août dignement, sous 25°c, impeccable. Peut-être que je commence à titiller quand je vois les feux de forêts en Grèce, mais je me dis que c’est encore à plus de 3000 bornes de chez moi. Maintenant installé quelque part dans la Somme, je me dis que les pluies diluviennes s'enchaînent franchement, en plein été. Là commence un début d’inquiétude, et ainsi de suite... Si dans notre société, une minorité courageuse et engagée a déjà transformé son mode de vie, la majorité des individus doit se trouver un peu comme moi et ne change pas vraiment tant qu’elle n’aura pas pris un sacré coup sur la figure. D’où la formule de l’auteur, que je trouve tristement clairvoyante : "le problème, ça n'est pas les réductions qu'on peut faire. Le problème, c'est les émissions sur lesquelles on ferme les yeux" (p.209).
Je suis encore en accord avec l’auteur pour dire qu’il y a une sacrée schizophrénie consciente en nous, qui nous fait sentir cette terrible culpabilité. Mais il sait aussi remettre les pendules à l’heure : ça n’est pas nos actions individuelles qui changeront grand-chose. Non, c’est essentiellement celles issues de nouvelles directives politiques.
Pour mettre en pratique les explications relativement théoriques de cette BD, voici ma situation : j’ai chopé un CDI où tout se passe bien. Je vis en couple mais nos lieux de travail ne sont pas géographiquement proches. Mon employeur ne veut pas entendre parler de télétravail. Pour aller de mon logement principal au boulot, si je voulais y aller quotidiennement, je n’aurais qu'un seul mode de transport possible: la voiture : 240 km aller/retour, 3h par jour. Pas de train sans passer par Paris (sinon, merci d'ajouter 4h + 50€ par trajet), ni même de bus. Alors quoi ? Qu’est-ce que je peux faire ? Créer une ligne de train ? C'est bien là où l'auteur aime à rappeler qu'il y a des choses qui ne sont pas de notre ressort, mais bien de celui des décideurs politiques.
Et parmi tous les maux sur lesquels on peut les blâmer, il y a notamment le manque d'éducation sur toutes ces questions. Et contrairement à l’éducation nationale, la première partie de cette BD est extrêmement intelligible et pédagogique. L’interdépendance des éléments, le fonctionnement du soleil et de l’atmosphère à tous les étages, ce que sont les différents gaz à effet de serre, l'effet pervers par rapport à l'activité humaine mondiale, etc. J'aurais préféré avoir un développement encore plus fourni sur les notions environnementales, mais l'auteur part vite vers des comparaisons chiffrées alambiquées, claires à la lecture mais que je trouve finalement nébuleuses à la sortie. La seule (et grande) réussite de tous ces chiffres et d'avoir proposé une sorte d'objectivité analytique froide comme la Mort. C’est très puissant, il faut le dire, car le simple constat des différents phénomènes imbriqués entre eux donne un argumentaire implacable.
L’analyse est très macro, mondiale. Philippe Squarzoni appelle le GIEC, que l'on connait tous maintenant, ou même l’ATTAC, mouvement altermondialiste (tout est dans le nom). Le passage des spécialistes et membres du GIEC est objectivement intéressant, riche d'informations. Et quand en 2021, on dresse un constat toujours plus alarmiste parce-que rien ne change ou pas assez, on ne peut que soutenir à 100% leur pugnacité pour continuer à comprendre et faire comprendre. Ils offrent la possibilité d’aller vers quelque chose qui ressemble au droit chemin. Reste à donner un poids politique à tout ça, encore une fois. Quant à l'ATTAC, c'est une partie qui m'a moins marqué. L’individu est bourré de contradiction, ça c’est clair et net. Mais je pense aussi qu’il est profondément égocentrique, individualiste. Aussi l’idée de vivre au sein d'une société vraiment collective (collectivisme) ne m’apparaît pas comme réalisable. Pour moi, la prise de conscience collective n’est qu’une addition des prises de conscience individuelle, qui ne sont pas fondamentalement liées entre elles par une pensée commune. Je ne suis donc pas franchement emballé par leurs arguments.
Sans mettre en doute les écrits de l’auteur, c’est tout de même dommage de ne pas citer les sources. Ok on voit à travers ces dessins les bouquins qui lui ont permis de se documenter, mais avec une quantité de chiffres aussi importante dans l’argumentaire, j’aurais aimé un minimum de références pour aller plus loin.
Dans l’ensemble, c’est quoi qu’il en soit une BD magistralement réalisée, qui n’offre pas de solutions concrètes, parce-que l'auteur n'a pas l'air d'en avoir, ce que je peux comprendre. Par contre elle a la capacité de balancer des faits dans la figure, permettant ainsi de secouer les consciences, en espérant qu’elle puisse atteindre notre inconscience (celle-là même qui nous dit de prendre la voiture plutôt que le vélo parce-qu’on a la flemme ou qu’on est pressé).
Possible que cette lecture ait changé quelque chose. Je vais provoquer une petite empreinte carbone à l’acheter pour la garder à portée de mains et la partager. Il y a une gigatonne d'informations à parcourir sans relâche.
Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup.
Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd.
L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir.
Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes.
Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé.
Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant.
5 étoiles
MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon !
Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles !
PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.
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Un été cruel
Je continue mon immersion, dans l'univers Brubaker/Phillips (après Pulp) et je viens de me prendre une belle beigne en pleine poire. Magistral ! La première chose qui me vient à l'esprit : Brubaker est un génie pour nous raconter une histoire. Un scénario sans faille avec une narration non linéaire mais qui se recroise naturellement. Il prend le temps de bien développer ses personnages et c'est juste un régal. On découvre des hommes et une femme torturés. De l'action, de l'amour, de l'espoir, du désespoir et de la violence. Un cocktail explosif. Violent et tendre à la fois, une prouesse. Le dessin de Phillips, plus je le regarde, plus je le trouve beau. Il retranscrit à merveille cette ambiance malsaine qui plane tout le long de l'album. Son trait hachuré et noir colle parfaitement à ce genre de récit. Un duo en totale harmonie. Cinq étoiles plus que méritées. Je sais ce qu'il me reste à faire, j'ai aperçu la collection complète de Criminal à ma bibliothèque du CE. :-)
L'Odyssée d'Hakim
Cette histoire devrait être enseignée à l'école. On entend parler de réfugiés, de Syrie, de demande d'asile et même si cela nous touche profondément, lire cette histoire est bénéfique. Il est difficile d'imaginer la durée d'une telle épreuve, les nombreux rebondissements, les désillusions que doivent vivre les personnes déracinées. Un grand MERCI à tous les organismes qui les aident et un grand merci à Fabien Toulmé. La seule différence entre eux et nous, c'est que nous sommes nés du bon côté. Bon courage et bonne chance à Hakim et les siens!
Le Voyage du Commodore Anson
Le voyage du Commodore Anson est un périple qui dure 4 années, une aventure dantesque pour les marins et les soldats qui composent l'équipage avec des faits de guerre ou de piraterie et surtout un combat permanent contre les tempêtes, contre la maladie et la famine. Cet ouvrage est un témoignage sans concession sur une traversée des océans en 1740, L'auteur commence par présenter les événements historiques et la situation politique pour comprendre les objectifs de la mission d'Anson. Il nous décrit une époque où l’appât du gain et les luttes d'influence entre les pays européens n'ont pas de limite, les trésors des colonies réels ou fantasmés deviennent vitales pour devenir le pays le plus puissant d'Europe. Dès le départ, les mensonges et les trahisons subis par Anson sur les moyens maritimes et humains promis font craindre le pire. La détermination d'Anson pour appareiller quelque soit la saison ou les hommes qui composent son équipage nous emmènent à la découverte d'une aventure réelle hors du commun. L'auteur ne cache rien du drame humain que représente cette aventure, les conditions de vie des marins sont représentées avec réalisme. Les faits relatés sont extraits d'un journal de bord et d'un livre sorti juste après cette aventure. Les déplacements, l'hécatombe humaine et les dates sont donc réels. A chaque chapitre, l'auteur situe sur une carte d'époque la position de l'expédition et le trajet parcouru pendant le chapitre, un procédé simple et efficace pour suivre le parcours de la flotte. La lecture est captivante avec en plus un dessin superbe, des couleurs qui incitent au voyage et un lettrage original comme si l'auteur nous faisait lire son journal de bord rédigé dans des conditions parfois difficiles. Merci aux aviseurs précédents pour la découverte de cette bd, une belle surprise et un superbe moment de lecture
Bernard Prince
Le beau Bernard Prince est un ancien agent d’interpol qui parcourt le monde sur son navire – le cormoran – avec son pote Barnay Jordan, un marin ronchon, querelleur et alcoolique ainsi qu’avec le jeune Djinn. Avec cette série vous allez vivre des aventures enthousiasmantes qui fascineront les petits comme les grands. Les rebondissements sont nombreux. Le suspens est au rendez-vous dans chaque album. Vous ne pourrez que vous attacher à ces personnages nés sous la houlette d’un duo hors norme, Hermann et Greg. Voilà donc une série qui défie le temps et les styles. Les aventures tumultueuses de Bernard Prince sont remplies d’humanité et d’émotions positives. Si vous rajoutez des décors exotiques – souvent des pays imaginaires mais inspirés de pays existants - et un graphisme incroyablement beau, vous tomberez indéniablement sous le charme de ce héros. Je suis fan absolu de la série. Vous avez là l’occasion unique de plonger dans un bestseller de la BD ! A (re)découvrir de toute urgence.
Le Combat ordinaire
Voilà une BD qui ne paye pas de mine avant la lecture. Et finalement, on plonge dans le récit sans jamais en être rassasié. L’ensemble des thèmes (et il y en a !) est vraiment parfaitement équilibré, le ton du récit et les problématiques de l’auteur sont aussi profondes que tout à fait digestes. Un coup de maître, je partage l’engouement ! Le dessin est plutôt rond et à l’apparence enfantine, la couverture a tout pour rendre le tome 1 accessible, les premières planches chez le psy ou chez son frère font gags et l’humour m’emballe direct. On va bien se marrer. Tout du long, il y aussi ces « privates jokes » qui créent des scènes absurdes et malaisantes au possible (un exemple parmi tant d’autres : sa 1ère rencontre avec la vétérinaire, et Adolf dans ses bras). Mais comme certainement dit plus bas, il ne faut pas se limiter à l’humour, Manu Larcenet fait danser nos émotions au rythme de sa vie, qui ressemble de près ou de loin à la vie de monsieur-tout-le-monde. Si son métier quitte un peu les sentiers battus, c’est bien sa vie quotidienne (4 tomes étendus sur 6 ou 7 ans environ ?) qui nous embarque le plus. On se fout bien qu’il expose ses photos à côté d’une star, c’est ce qu’il en tire qui est important. Il est trop trop fort pour narrer ses questionnements existentiels. Il réussit à aborder une quantité impressionnante de thèmes avec un équilibre sorti de nul part et qui, mystérieusement, s’imbriquent parfaitement entre eux. C'est du génie narratif. Et en plus de l’autobio, on réussit à prendre connaissance du cadre temporel de cette histoire de façon hyper subtile. On découvre tout ça au travers d’interminables discussions entre bourrés/défoncés (Pablo, son frère "Geoooorges!!"), ou quand on refait le monde (Pablo), ou quand on boit les paroles du sage (Pablo, ancien commandant, éditeur). Du coup, il n’y a rien de barbant, ce qui rend la BD véritablement vivante ! Fixez-y des pattes et elle gambade ! L’auteur avait à cœur de faire savoir que son récit se déroule dans un contexte politique français bien particulier pour comprendre encore plus les individus qui y sont présentés. Quelques mots clés : Algérie française, ancienne/nouvelle génération, élections de 2002 et de 2007, l’affaiblissement du pouvoir syndical, militantisme et engagement, etc. Je reviens un bout sur le dessin. C’est un sacré trompe-l’œil, et en même temps c’est génialement choisi. Par ailleurs, on voit bien qu’il n’a pas un style unique: les portraits des dockers, de la chouette et du vieil homme, le nu… Quant au style enfantin, le plus présent donc, il est superbement exploité, notamment avec toutes ces mimiques terriblement originales qui font leur effet et qui ajoute tout le charme à cette série. Ces yeux blancs, vides et dégoulinant pour exprimer un sentiment finalement difficile à traduire. Il y a aussi cette situation ridiculement drôle, avec les bras tendus bien hauts au moment d’exprimer une joie intense, puis le silence qui suit avec un malaise terrible et les bras toujours en l’air. On peut être un génie avec une idée simple. J’aimerais bien arrêter de mettre des 4/5 ou 5/5, mais que voulez-vous… Encore un culte, c’est clair !
Vinz et Lou sur Internet
Un best-of pour les enfants, qui se sont bien identifiés aux personnages, à Vinz en particulier, avec son côté un peu clown blanc qui fonce tête baissée sans se poser de questions. Une manière plaisante de se divertir... et de réfléchir aux usages du numérique avec humour.
Les Amants d'Hérouville - Une histoire vraie
L’histoire des studios d’Hérouville, intimement liée au destin de l’artiste Michel Magne, peu de gens la connaissent. Et pourtant, à la lecture de ce formidable one-shot, on a envie de remercier ses auteurs pour nous l’avoir mise en lumière d’aussi belle façon. Michel Magne était surtout connu pour ses musiques de films (Les Tontons Flingueurs, …), bien que sa notoriété n’ait jamais égalé celle d’un Vladimir Cosma ou d’un Maurice Jarre. Pourtant, ce dernier avait bien d’autres cordes à son arc, notamment à travers la peinture. Véritable touche-à-tout à l’appétit insatiable en matière de création artistique, il se situait à l’avant-garde dans une approche pour le moins facétieuse, qui pouvait rappeler celle des Dadaïstes. Magne a fréquenté l’élite artistique et noué de nombreuses amitiés (François Sagan, Boris Vian, Jean-Paul Sartre, Aragon, Jacques Prévert, Jean Cocteau, la liste est longue…). Il faut dire que l’homme avait une personnalité hors-du-commun, notamment par l’énergie qu’il était capable de déployer pour faire avancer ses projets, même si, las, le succès ne fut pas toujours au rendez-vous. La création des studios d’Hérouville au début des seventies inaugura une période de foisonnement artistique hors du commun. La partie du château où vivait et travaillait Michel Magne depuis 1962 venait d’être détruite par un incendie, provoquant la perte irrémédiable des documents et enregistrements de l’artiste. C’est sur ce drame que s’ouvre Les Amants d’Hérouville, montrant comment Magne trouva le moyen de rebondir en restaurant l’aile endommagée et en convertissant le château en studio, équipé des dernières technologies de pointe, avec la participation de Dominique Blanc-Francard. Dès lors, le lieu va attirer le gratin de la chanson française et du rock international, profitant d’un contexte jamais vu de libération des mœurs et d’hédonisme psychédélique (on n’oubliera pas de sitôt le passage relatant le concert des Grateful Dead donné aux habitants du village). Dépensant sans compter, Magne continuait à organiser des fêtes excentriques autour de la piscine construite sur sa propriété, aux petits soins avec ses invités (y compris les pique-assiettes…), avec le concours d’un chef cuisinier amateur de poésie… il y aura la même année la rencontre avec sa baby-sitter, Marie-Claude, qui devint rapidement la femme de sa vie et avec qui il vécut un amour passionné. Jusqu’au jour où, après quelques années fastes, le déclin et les coups durs pointèrent de nouveau le bout de leur nez… Cette biographie romancée n’est rien de moins qu’un conte de fées moderne, et la couverture ne dit pas autre chose en montrant les deux amants sur le toit du château, Magne en train de jouer une ritournelle à la guitare à l’adresse de sa bien-aimée au look hippie médiéval. Pendant ce temps, la fête bat son plein à l’intérieur comme à l’extérieur des murs, et l’on peut apercevoir Bowie en train d’enregistrer des vocaux. La narration de Yann Le Quellec est très bien construite, toute en fluidité, avec une trame principale entrecoupée de passages documentaires agrémentés de photos et d’articles de journaux sur la vie et l’œuvre de Magne. Pour accentuer l’authenticité des faits, des clichés ont été insérés sur certaines cases, répandant des arômes nostalgiques très puissants. Ce kaléidoscope chamarré et dynamique traduit parfaitement l’atmosphère de l’époque et du lieu, tel un tourbillon de folie douce et créativité libératrice sur fond d’amour pur et de substances psychotropes. Romain Ronzeau possède un trait léger et vif, jouant plus sur l’expressivité que sur la technique, avec un sens aigu du mouvement et une mise en page très variée. Son Michel Magne est dépeint comme un personnage bondissant et exubérant, haut en couleurs, mégalomane (voire mythomane) mais profondément généreux et désintéressé, d’abord amoureux de toutes les formes d’art et de leurs promoteurs. Hélas, l’aura bienveillante et hors-normes de Magne trouvera assez rapidement ses limites, suscitant la rapacité (et la jalousie peut-être) de ses partenaires, qui lui feront payer chèrement ses frasques et son style de vie dispendieux. La frénésie festive et créatrice mis en œuvre pour le projet hérouvillois se transformera alors en chaos destructeur et lugubre. Un dur retour à la réalité pour le démiurge exalté qui finira expulsé de son propre paradis, une aberration cruelle dont il ne se remettra pas. Son côté sombre sera parfaitement représenté, contrastant singulièrement avec le personnage solaire du début, dès lors que le « prince charmant » — et accessoirement prince de la nuit (toujours vêtu de noir) comme on le voit dans une scène au début du livre lorsqu’il pénètre dans la chambre de Marie-Claude — se transformera en ogre démoniaque et violent, fragile aussi, taraudé par la ruine ricanante, comme aspiré de l’intérieur par ses propres gouffres. Ou quand la bête n’est jamais loin de l’ange… En résumé, Les Amants d’Hérouville, en dehors de la touchante « love story », est le portrait tragique d’un homme dont la vie était entièrement dédiée à l’art et n’aura finalement fait que vivre dans l’ombre du gratin artistique qu’il côtoyait et aidait. Une vie dont les moments d’extase absolue précédaient immanquablement les zones de turbulence brutale où tout partait en cacahuète. Ce splendide roman graphique, chef d’œuvre de pop-culture, en constitue un excellent hommage, contribuant un peu plus à faire entrer le château dans la légende. Et si aujourd’hui les mythiques studios d’Hérouville fonctionnent encore, après plusieurs périodes de fermeture, c’est peut-être parce ses fantômes ne parviennent pas à se résoudre à la fin de cet incroyable âge d’or.
Saison brune
Au cours de ma lecture, je cherchais les dernières données sur la part du charbon dans la consommation énergétique chinoise actuelle. Je suis tombé sur un article de Paris Match. Nous sommes le 5 août 2021 : "La Chine a autorisé la réouverture de mines à charbon pour une durée d'un an, au moment où le pays, qui ambitionne d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2060, voit bondir sa demande en électricité. Le réseau électrique est mis à rude épreuve par des intempéries dévastatrices, les fortes chaleurs qui entraînent un recours massif à la climatisation -- particulièrement énergivore -- ainsi que la reprise de l'activité de la deuxième économie mondiale." Ce court passage paraît être un parfait résumé du développement de l'auteur sur les effets pervers du système actuel et l'absurdité de notre mode de vie par rapport aux ressources disponibles : des dirigeants politiques (pas tous) prennent conscience et veulent agir contre le réchauffement, mais ils n’utilisent pas les grands moyens pour sortir d’un système dont ils n’ont aucun contrôle et qui va à contre-courant des objectifs fixés par le GIEC. Alors, est-ce qu’il est trop tard ? La BD est parue il y a 9 ans et demi. Autrement dit, en 2012 il est écrit noir sur blanc ce qui se déroule aujourd’hui. Et puisque l'auteur s'est documenté sur les articles scientifiques depuis le début des années 2000, on comprend que ça fait facile 20 ans qu'on est au courant, et que tout dépendait de l’immédiateté de nos actions. Alors aujourd'hui, est-ce qu'il est trop tard ? Pour être tout à fait honnête, je vais de pair avec l’opinion de l’auteur sur les peuples occidentaux, issus des pays industrialisés. En tant que français vivant en France, je ne ressens pas tout ça, du coup je m’y intéresse en façade, donc je n'agis pas franchement. Par exemple, quand j’apprends une catastrophe terrible comme Katrina : je suis consterné et navré de voir ça, mais dans 1h je rejoins les potes pour un barbecue et on va fêter le mois d’août dignement, sous 25°c, impeccable. Peut-être que je commence à titiller quand je vois les feux de forêts en Grèce, mais je me dis que c’est encore à plus de 3000 bornes de chez moi. Maintenant installé quelque part dans la Somme, je me dis que les pluies diluviennes s'enchaînent franchement, en plein été. Là commence un début d’inquiétude, et ainsi de suite... Si dans notre société, une minorité courageuse et engagée a déjà transformé son mode de vie, la majorité des individus doit se trouver un peu comme moi et ne change pas vraiment tant qu’elle n’aura pas pris un sacré coup sur la figure. D’où la formule de l’auteur, que je trouve tristement clairvoyante : "le problème, ça n'est pas les réductions qu'on peut faire. Le problème, c'est les émissions sur lesquelles on ferme les yeux" (p.209). Je suis encore en accord avec l’auteur pour dire qu’il y a une sacrée schizophrénie consciente en nous, qui nous fait sentir cette terrible culpabilité. Mais il sait aussi remettre les pendules à l’heure : ça n’est pas nos actions individuelles qui changeront grand-chose. Non, c’est essentiellement celles issues de nouvelles directives politiques. Pour mettre en pratique les explications relativement théoriques de cette BD, voici ma situation : j’ai chopé un CDI où tout se passe bien. Je vis en couple mais nos lieux de travail ne sont pas géographiquement proches. Mon employeur ne veut pas entendre parler de télétravail. Pour aller de mon logement principal au boulot, si je voulais y aller quotidiennement, je n’aurais qu'un seul mode de transport possible: la voiture : 240 km aller/retour, 3h par jour. Pas de train sans passer par Paris (sinon, merci d'ajouter 4h + 50€ par trajet), ni même de bus. Alors quoi ? Qu’est-ce que je peux faire ? Créer une ligne de train ? C'est bien là où l'auteur aime à rappeler qu'il y a des choses qui ne sont pas de notre ressort, mais bien de celui des décideurs politiques. Et parmi tous les maux sur lesquels on peut les blâmer, il y a notamment le manque d'éducation sur toutes ces questions. Et contrairement à l’éducation nationale, la première partie de cette BD est extrêmement intelligible et pédagogique. L’interdépendance des éléments, le fonctionnement du soleil et de l’atmosphère à tous les étages, ce que sont les différents gaz à effet de serre, l'effet pervers par rapport à l'activité humaine mondiale, etc. J'aurais préféré avoir un développement encore plus fourni sur les notions environnementales, mais l'auteur part vite vers des comparaisons chiffrées alambiquées, claires à la lecture mais que je trouve finalement nébuleuses à la sortie. La seule (et grande) réussite de tous ces chiffres et d'avoir proposé une sorte d'objectivité analytique froide comme la Mort. C’est très puissant, il faut le dire, car le simple constat des différents phénomènes imbriqués entre eux donne un argumentaire implacable. L’analyse est très macro, mondiale. Philippe Squarzoni appelle le GIEC, que l'on connait tous maintenant, ou même l’ATTAC, mouvement altermondialiste (tout est dans le nom). Le passage des spécialistes et membres du GIEC est objectivement intéressant, riche d'informations. Et quand en 2021, on dresse un constat toujours plus alarmiste parce-que rien ne change ou pas assez, on ne peut que soutenir à 100% leur pugnacité pour continuer à comprendre et faire comprendre. Ils offrent la possibilité d’aller vers quelque chose qui ressemble au droit chemin. Reste à donner un poids politique à tout ça, encore une fois. Quant à l'ATTAC, c'est une partie qui m'a moins marqué. L’individu est bourré de contradiction, ça c’est clair et net. Mais je pense aussi qu’il est profondément égocentrique, individualiste. Aussi l’idée de vivre au sein d'une société vraiment collective (collectivisme) ne m’apparaît pas comme réalisable. Pour moi, la prise de conscience collective n’est qu’une addition des prises de conscience individuelle, qui ne sont pas fondamentalement liées entre elles par une pensée commune. Je ne suis donc pas franchement emballé par leurs arguments. Sans mettre en doute les écrits de l’auteur, c’est tout de même dommage de ne pas citer les sources. Ok on voit à travers ces dessins les bouquins qui lui ont permis de se documenter, mais avec une quantité de chiffres aussi importante dans l’argumentaire, j’aurais aimé un minimum de références pour aller plus loin. Dans l’ensemble, c’est quoi qu’il en soit une BD magistralement réalisée, qui n’offre pas de solutions concrètes, parce-que l'auteur n'a pas l'air d'en avoir, ce que je peux comprendre. Par contre elle a la capacité de balancer des faits dans la figure, permettant ainsi de secouer les consciences, en espérant qu’elle puisse atteindre notre inconscience (celle-là même qui nous dit de prendre la voiture plutôt que le vélo parce-qu’on a la flemme ou qu’on est pressé). Possible que cette lecture ait changé quelque chose. Je vais provoquer une petite empreinte carbone à l’acheter pour la garder à portée de mains et la partager. Il y a une gigatonne d'informations à parcourir sans relâche.
Le Combat ordinaire
Suite aux nombreuses éloges que j'ai pu lire sur ce site ou entendre sur cette série, enfin je me suis décidé à acheter les 4 tomes d'un coup. Rarement, j'ai été aussi émotionné durant la lecture de bd. L'auteur nous raconte une histoire ordinaire: la vie banale d'un photographe qui a peur de s'engager et de grandir. Le pitch est peut-être ordinaire, mais la qualité de cette série ne l'est pas. Elle est extraordinaire. En effet, Marco, le personnage principal est vraiment attachant. Tout de suite, on s'identifie à lui et on partage rapidement avec lui, ses états d'âmes et ses doutes. Cette BD est extraordinaire, de part les nombreux sujets du quotidien qu'elle aborde: la peur de s'engager, la volonté de faire un métier qui nous plait réellement, la drogue, le suicide, la maladie, la famille, la politique et j'en passe. Mais elle ne fait pas qu'aborder ces sujets, elle les traite avec une certaine profondeur. Chacun des tomes m'ont fait réfléchir et m'ont même parfois, bouleversé. Je terminerais par dire qu'il s'agit d'une des rares séries de BD qui m'a à la fois fait verser une petite larme, mais qui m'a également fait énormément rire. On est très loin de l'humour caca-prout ou de l'humour facile. Ici, l'humour est vrai, sincère et touchant, et donc hilarant. 5 étoiles MAUPERTUIS, OSE ET RIT !
Kenya
Avec cette série, je suis plus que comblé. Ces cinq albums haletants illuminent mon été pluvieux. Tout est bon. L’histoire est originale et trépidante avec un suspens à couper le souffle qui évolue crescendo vers l’horreur d’album en album. Le graphisme est juste sublime. Je dis haut et fort que le duo Rodolphe et Léo sont à leur paroxysme de leur art. Laissez vous aller et laissez vous transporter sur les contreforts du Kilimandjaro avec la jolie Kathy Austin. Les animaux dessinés sont étonnants mais admirables. L’ambiance énigmatique et mystérieuse font que le lecteur que je suis plonge immédiatement dans cette aventure singulière. Que c’est bon ! Voilà donc un cycle abouti avec de belles surprises qui ne peut que ravir les adeptes de Conan Doyle et son monde perdu. Voilà de la BD 5 étoiles ! PS. Évidemment beaucoup de personnes vont juger cet avis trop dithyrambique. Peu importe. Je salue la qualité et l’esthétisme de tous les albums de Léo. C’est ma came à moi. J’estime que ce dessinateur devrait rentrer au panthéon de la BD. Par vent et marée, je défendrais son travail même si certains vont trouver mes appétences un peu surprenantes. C’est comme ça. Et puis tous les goûts sont dans la nature.