Les derniers avis (32329 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série L'Album de l'année
L'Album de l'année

Paru six ans après Le Steak Haché de Damoclès, « L’Album de l’année », titre faussement prétentieux et surtout autodérisoire, part sur une idée simple mais astucieuse : réaliser une case par jour pendant un an, à la façon d’un journal de bord. Les cases se suivent sans ligne narrative particulière, décrivant juste la vie ordinaire d’un auteur de BD au succès (encore) confidentiel, avec ses tracas du quotidien et ses états d’âme un rien autocentrés, façon Caliméro. Et ça fonctionne extrêmement bien, parce que Fabcaro possède un vrai talent : recourir à un sens de l’humour très décalé qui lui permet de faire rire le lecteur et l’empêche de s’appesantir sur son sort. En 2009, Fabcaro est un jeune papa de 36 ans avec une dégaine d’étudiant attardé manquant un peu d’assurance, un rien désabusé. Il nous parle en vrac de ses petites galères en tant que père ou auteur de BD, de son hypocondrie, de ses gaffes, de ses rêves bizarres, de son incompétence en matière de bricolage ou encore des sempiternels repas chez ses parents, toujours un brin inquiets pour l’avenir de leur fils. Et on aime ça parce qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre d’un jour à l’autre. L’auteur utilise avec brio le procédé du « running gag ». Les conversations sans intérêt qui se prolongent ont tôt fait de l’ennuyer et très souvent, il décroche. Comme dans Le Steak Haché de Damoclès, les paroles interminables de l’interlocuteur se transforment en onomatopées vaporeuses, (wouwouw…) et c’est bidonnant à souhait ! On apprécie également les petits proverbes nonsensiques inaugurant chacune des 52 pages du journal. Jugez plutôt : « On a souvent besoin d’un plus petit que soi pour le rouer de coup » (c’est de l’humour, hein !) ou « Un homme averti parce que je le vaux bien ». Un livre susceptible de provoquer des décrochages de mâchoires intempestifs. Le trait à la puissance comique incontestable reste très proche de celui du « Steak haché », pour notre plus grand bonheur. Un très bon Fabcaro assurément, un véritable antidépresseur ! Tout achat de ce livre devrait être remboursé par la Sécurité sociale !

30/04/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Le Steak Haché de Damoclès (Steak it easy)
Le Steak Haché de Damoclès (Steak it easy)

C’est la première « vraie » BD de Fabcaro, le prélude à la carrière déjà longue de cet auteur prolifique. Sur cette couverture qui le résume assez bien, il apparaît voûté, la mine déprimée, au milieu d’une foule de personnages passablement hystériques aux membres tentaculaires. Transcender ses angoisses par le dessin et l’humour : c’est sa façon à lui de s’exprimer et qui le rend si attachant. Sans doute également parce que dans cette façon d’’exposer au monde ses petits problèmes existentiels et ses douleurs intimes, il nous tend un miroir où chaque être humain ne pourra que se reconnaître. De plus, en choisissant l’autodérision, il sait nous faire rire, transformant ses questionnements les plus insignifiants en prétexte à la rigolade. Et comme le rire est bon pour la santé, ce clown blanc ne pouvait que s’assurer la sympathie du public. Bien sûr, ce n’est pas la BD qui lui a apporté le succès que l’on sait, mais toutes les bases de son humour atypique et décalé étaient déjà posées. On adore également son trait à la fois rugueux et fragile qui confère à ses personnages un côté burlesque tout à fait irrésistible.

30/04/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5 Coups de coeur expiré
Couverture de la série Cotus et Léon
Cotus et Léon

Je me suis procuré cette bd juste sur l'avis de Tomdelapampa et je ne le regrette pas. J'ai tout aimé. TOUT. Un album de petite taille qui se dévore d'une traite. Un scénario foutraque où la fantasy et  l'humour barré se mélangent avec bonheur. Deux frères, Léon le guerrier et Cotus le magicien vont devoir partir en mission pour sauver le monde. Ils seront accompagnés par Pitch le chien qui ne cessera de subir quelques transformations et de la pulpeuse elfe Analiell qui les rejoindra en cours de route. Deux héros portés sur les plaisirs de la chair et qui ne transpirent pas par leur intelligence. Par chance les méchants ne sont pas mieux lotis. Un récit où la subtilité n'est pas de mise avec son humour décalé, ses gags visuels et ses personnages demeurés. Une narration fluide qui rend ce grand n'importe quoi "crédible" avec sa fin explosive. Effectivement, graphiquement cela ressemble à Mike Mignola, on reconnaît les visages anguleux mais dans un style plus caricatural. Un dessin qui colle parfaitement au récit. J'ai pris énormément de plaisir. Que demander de plus ? Si vous êtes déprimés ou si vous êtes adeptes d'absurdité, alors cet album est fait pour vous.

30/04/2022 (modifier)
Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Moon
Moon

Un village balnéaire, de nos jours, au bord de la Méditerranée… Quand les vacances se terminent et que flot des touristes se retire, l’ambiance devient lugubre. Pour la jeunesse, qui s’ennuie ferme, toute la vie tourne autour de « Snoop », l’arène sans pitié des réseaux sociaux. Et gare aux boloss qui ne seraient pas à la hauteur, le pire châtiment étant de se retrouver filmé à son insu par un poucave dont l’objectif est d’exploser le nombre de vues, peu importe les conséquences pour la victime ! Pour Gabriel, le seul de sa classe à ne pas avoir de portable, c’est la loose totale. Timide et solitaire, cible des quolibets, le jeune garçon passe son temps libre à récupérer les canards en plastique échoués sur la plage. Quant à Luna, la pin-up du collège, maltraité par son père, tiraillée entre son besoin d’amour et de s’exhiber en tenue légère sur sa page Snoop, elle ne brille qu’en étant le centre de toutes les attentions. Deux personnages que tout semble opposer, et pourtant… si l’un porte le nom d’un astre et l’autre d’un ange, les lois de l’attraction vont jouer à plein. Rarement une bande dessinée n’aura aussi bien décrit la jeunesse actuelle, cette jeunesse « née avec une souris dans les mains » et biberonnée aux écrans tactiles. Mais ici, point de critique désabusée d’un système où les humains seraient asservis par la high-tech, non. D’autant que les adultes, même ceux nés avant le bond technologique des années 90, ont eux-mêmes succombé aux halos hypnotiques de l’univers connecté. Bref, Cyrille Pomès ne la juge pas, cette jeunesse un peu vaine et immature, obsédée par le nombre de likes sur ses posts et prête à hurler avec la meute des réseaux pour ridiculiser un camarade pas dans la norme, il se contente de raconter une histoire très actuelle, une histoire racontant notre monde tel qu’il apparaît dans ces années 2020. Par contraste avec un univers technologique où la communication passe par le smartphone, le théâtre de l’action se situe dans un environnement physique particulier : celui d’une petite station balnéaire hors saison, « un village de zombies » où la vie semble s’être arrêtée quand les vacanciers « tartinés de crème solaire trop chère » ont déserté les lieux. En établissant un parallèle avec le mythe de l’Atlantide dans son introduction, l’auteur réussit à insuffler d’emblée de la magie dans le récit. Reste à savoir quelle sera la punition pour les habitants du village, et si elle sera aussi tragique que celle subie par les Atlantes… On apprécie le dessin souple et ondulant, avec ces silhouettes étirées par les vents maritimes, ces très belles aquarelles magnifiant des cieux crépusculaires. Tout comme il a su restituer la « langue jeune », un brin agaçante pour les « darons » et « daronnes » que nous sommes, avec des « genre », des « trop pas » et des « de ouf » à foison, Pomès sait parfaitement croquer les postures de ses personnages, alliant naturel et dynamisme. Couleurs et cadrages appropriés font le reste. La petite trouvaille réside dans les mini-phylactères représentant par des logos les bips des smartphones (notes de musique, enveloppes, appareils photo…). Si l’on peut admettre que la narration aurait pu être plus resserrée (sans ces quelques digressions dont on ne saisit pas forcément l’intérêt), la conclusion est magnifique, avec cette parenthèse enchantée, d’une poésie sublime, où Gabriel et Luna sont assis sur la plage déserte, face à la mer. Tandis qu’à proximité, leurs camarades désœuvrés s’abiment et se noient dans les excès d’une fête pour oublier la grosse panne internet, les deux ados qui ne pouvaient pas communiquer vont finalement s’avouer leurs petits secrets sous la lune, provoquant (peut-être) l’émotion et l’indulgence des dieux vengeurs… Rien que pour ce passage, la lecture de « Moon » vaut amplement le détour !

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Wayne Shelton
Wayne Shelton

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette série d'un bon niveau pour se divertir. Cette série propose du dépaysement, des aventures rythmées avec moult rebondissements et une atmosphère sexy à la Bond. Les scénarii sont bien travaillés dans une ambiance très réaliste, ils s'appuient sur des lieux et des situations avec beaucoup de précisions à tel point que je me laisse facilement aller à rentrer dans l'histoire. Les scénarii de Cailleteau n'ont pas à rougir par rapport à Van Hamme. Au contraire le diptyque "Le Survivant" et "La Vengeance" est mon préféré. Les deux scénaristes nous proposent des histoires assez différentes les unes des autres ce qui donne beaucoup de tonus à la série. Les scénarii sont très bien mis en valeur par les excellents dessins réalistes de Denayer. Grand spécialiste des voitures ou camions avec carambolages en chaîne, je trouve qu'il n'en abuse pas sauf peut-être dans la première mission. Au contraire, on sent une attention particulière pour les décors extérieurs d'Asie Centrale, d'Amérique du Sud, du désert, d'Afrique et évidemment les paysages italiens, anglais ou parisiens. Un beau travail de documentations qui se traduit par des belles planches réalistes pas forcément très artistiques mais agréables à voir et fluides. Denayer est spécialiste pour les nombreuses scènes d'action, on ne s'ennuie pas même si c'est parfois conventionnel. Les personnages ont un humour teinté de cynisme. Il faut dire que Van Hamme a fait fort en faisant mourir trois membres de l'équipe dès la première mission. Idem pour "Le Survivant". Shelton, Honnesty et Larkin sont confrontés à des méchants bien travaillés ce qui provoquent des pertes. Une mention spéciale à Hooker qui dans son rôle de soldat US pervers et sans scrupule est un vrai régal. Au final une bonne série qui cherche surtout le divertissement bien fait. C'est réussi à mon avis.

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Notre seul ami commun
Notre seul ami commun

Boris Mirroir est un auteur touche à tout (dessin, scénario, colorisation) sur divers projets et sous divers pseudos. J’aime assez ce qu’il fait, c’est souvent original. Et c’est vraiment le cas ici. L’utilisation de personnages animaliers, avec très peu de paroles, un jeu sur les couleurs intéressant, on sort quelque peu des sentiers battus, alors même que le sujet, au fond, ressort du roman graphique classique. Je ne sais pas jusqu’où tout ce qui est développé dans ces chapitres est autobiographique – cela semble le cas pour l’essentiel –, mais on peut se dire que l’auteur a cherché ici à exorciser certaines douleurs (il s’est pris quelques baffes dans la gueule !). J’ai lu la série dans l’intégrale, d’une traite. L’album est joli. Épais, mais vite lu (peu de texte, une narration à l’économie, mais bien fichue, dynamique et captivante). C’est une lecture recommandée. Note réelle 3,5/5.

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Lumières de l'Amalou
Les Lumières de l'Amalou

Une série lue vaguement dans ma prime jeunesse et où je n’avais pas saisi grand chose. Mais depuis, l’intégrale des années 2000 a réparé cette erreur, c’est vraiment une série que j’affectionne. Terminé en 5 tomes, les auteurs ne rallongent pas la sauce inutilement, chaque album a son utilité et fait avancer l’histoire, cette dernière évoluant grandement entre la première et dernière page. Elle n’est pas sans défauts mais reste plaisante et originale (d’autant plus à l’époque de la parution). Claire Wendling est une autrice rare et c’est bien dommage, son dessin fait partie intégrante du charme de la série. J’aime beaucoup son trait. Une série qui vieillit très bien, et où l’intrigue et la partie graphique ne cessent d’évoluer (positivement) jusqu’à l’apothéose finale. Je peux comprendre que ça ne plaise pas à tout le monde, mais perso je suis bien rentré dedans et j’ai trouvé le tout bien dépaysant. C’est devenu un classique de mes étagères.

28/04/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Tourne-disque
Tourne-disque

Le voyage d'un chef d'orchestre dans le Congo Belge de 1930 et sa rencontre avec un homme dont la sensibilité à la musique va l'épater. J'ai toujours un malaise quand il s'agit de me raconter une histoire dans un pays colonisé où tout est parfait pour les colons blancs servis par les bons noirs bien dociles. Et pourtant, en parallèle, je ne peux m'empêcher d'être fasciné par ce paradis utopique pour l'homme blanc dans des décors africains grandioses. C'est l'effet Out of Africa, un film superbe où d'ailleurs le gramophone a aussi une importance cruciale dans le récit. Et là, même si les noirs sont précisément bien bons et serviables dans cette BD, c'est précisément leur belle âme, l'humour de l'une et la sensibilité de l'autre qui sont mis en avant, et qui seront une découverte majeure pour le vieux héros belge qui va les rencontrer. Et du coup, même si je reste sur mes quelques réticences à accepter une vision aussi enjolivée de la relation entre un blanc et un noir à cette époque, je ne peux m'empêcher de me laisser embarquer par la beauté des lieux, de l'histoire et des âmes qui les peuplent. D'autant que j'aime beaucoup le dessin, sa ligne claire et son esthétisme.

28/04/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Fritz Lang le maudit
Fritz Lang le maudit

Bigre, 20 ans à la tête de bdtheque, et je n’ai jamais lu de BD de Eric Liberge. Lacune comblée grâce à « Fritz Lang le maudit », paru chez Les Arènes, et je ressors satisfait de ma lecture. J’ai eu du mal à me faire à la narration, que j’ai trouvée un peu lourdingue. Les textes abondent, et les évènements s’enchainent un peu trop rapidement, donnant l’impression que les auteurs ont « casé » trop de contenu dans les 112 pages de cet album. Mais c’est bien le seul reproche que je ferai. J’ai trouvé l’histoire passionnante, avec ces deux trajectoires qui se croisent en fin d’album : la vie et carrière du réalisateur cinématographique Fritz Lang, et la montée en puissance de Hitler et du nazisme. Les réflexions sur le cinéma et son rôle dans ce contexte politique compliqué sont intéressantes et judicieuses. J’ai beaucoup aimé le dessin de Liberge. Il fourmille de détails tout en restant très lisible, et le procédé qui consiste à mélanger des extraits des films de Fritz Lang avec la trame principale est habile et fonctionne à merveille. Un excellent moment de lecture.

28/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Mondes de Thorgal - Louve
Les Mondes de Thorgal - Louve

Le duo Yann-Surzhenko a réussi deux belles séries parallèles dans les mondes de Thorgal. Je trouve que "Louve" est au même niveau que Kriss ou la jeunesse du papa. Louve est assez en retrait dans la série mère et la série qui lui est consacrée a peu de croisements avec l'originale. On peut donc la lire sans connaitre la série première. Yann développe le propre monde de Louve à la fois merveilleux grâce à son don et fantastique car très ancré dans la mythologie nordique. C'est un personnage nouveau, Azzalepstön, très bien construit qui va faire fil rouge des 7 épisodes. Louve sous la plume de Yann devient une enfant/ado à l'opposé d'un gentil Yakari. Là où Yakari cherchait l'harmonie et la paix dans la nature et ses amis animaux, Louve est poursuivie par le chaos et la violence. Violence du conflit intérieur que vit Louve entre sa part animale et sa part sociale. Mais aussi violence du passage enfance vers l'adolescence avec tout ce que cela implique sur son corps et vis à vis d'Aaricia. Les hommes (Thorgal et Jolan) sont absents, comme souvent dans les familles, c'est donc aux femmes de prendre leur destin en main. C'est bien fait et assez prenant. J'aime beaucoup le scénario de Yann même si le dénouement est assez banal au regard de tous les événements qui précèdent. Pas grave. Comme pour la "Jeunesse" le dessin de Surzhenko est vraiment top. Il respecte l'esprit de Rosinski tout en imposant son très beau style personnel. Ses forêts sont angoissantes à souhait. Ses mondes fantastiques sont classiques mais bien travaillés dans les détails. Une mention particulière au monde du chaos du loup Fenrir avec son bestiaire même si regrette que l'on retombe toujours dans des grosses bêtes typées dinosaures. Sur le coup Azzalepstön est un peu bêta et devrait retourner au CP, lol. De très beaux éclairages dans ces aventures souvent nocturnes ou souterraines mettent en valeur ses belles couleurs. Pour finir une petite question (dont je n'ai pas la réponse) pour les spécialistes : à votre avis qui est la mère de Skald, la maman rousse qui sauve Louve de Raïssa/Crow ? Une lecture distrayante bien agréable

28/04/2022 (modifier)