Les derniers avis (32335 avis)

Par Blue boy
Note: 4/5
Couverture de la série Moon
Moon

Un village balnéaire, de nos jours, au bord de la Méditerranée… Quand les vacances se terminent et que flot des touristes se retire, l’ambiance devient lugubre. Pour la jeunesse, qui s’ennuie ferme, toute la vie tourne autour de « Snoop », l’arène sans pitié des réseaux sociaux. Et gare aux boloss qui ne seraient pas à la hauteur, le pire châtiment étant de se retrouver filmé à son insu par un poucave dont l’objectif est d’exploser le nombre de vues, peu importe les conséquences pour la victime ! Pour Gabriel, le seul de sa classe à ne pas avoir de portable, c’est la loose totale. Timide et solitaire, cible des quolibets, le jeune garçon passe son temps libre à récupérer les canards en plastique échoués sur la plage. Quant à Luna, la pin-up du collège, maltraité par son père, tiraillée entre son besoin d’amour et de s’exhiber en tenue légère sur sa page Snoop, elle ne brille qu’en étant le centre de toutes les attentions. Deux personnages que tout semble opposer, et pourtant… si l’un porte le nom d’un astre et l’autre d’un ange, les lois de l’attraction vont jouer à plein. Rarement une bande dessinée n’aura aussi bien décrit la jeunesse actuelle, cette jeunesse « née avec une souris dans les mains » et biberonnée aux écrans tactiles. Mais ici, point de critique désabusée d’un système où les humains seraient asservis par la high-tech, non. D’autant que les adultes, même ceux nés avant le bond technologique des années 90, ont eux-mêmes succombé aux halos hypnotiques de l’univers connecté. Bref, Cyrille Pomès ne la juge pas, cette jeunesse un peu vaine et immature, obsédée par le nombre de likes sur ses posts et prête à hurler avec la meute des réseaux pour ridiculiser un camarade pas dans la norme, il se contente de raconter une histoire très actuelle, une histoire racontant notre monde tel qu’il apparaît dans ces années 2020. Par contraste avec un univers technologique où la communication passe par le smartphone, le théâtre de l’action se situe dans un environnement physique particulier : celui d’une petite station balnéaire hors saison, « un village de zombies » où la vie semble s’être arrêtée quand les vacanciers « tartinés de crème solaire trop chère » ont déserté les lieux. En établissant un parallèle avec le mythe de l’Atlantide dans son introduction, l’auteur réussit à insuffler d’emblée de la magie dans le récit. Reste à savoir quelle sera la punition pour les habitants du village, et si elle sera aussi tragique que celle subie par les Atlantes… On apprécie le dessin souple et ondulant, avec ces silhouettes étirées par les vents maritimes, ces très belles aquarelles magnifiant des cieux crépusculaires. Tout comme il a su restituer la « langue jeune », un brin agaçante pour les « darons » et « daronnes » que nous sommes, avec des « genre », des « trop pas » et des « de ouf » à foison, Pomès sait parfaitement croquer les postures de ses personnages, alliant naturel et dynamisme. Couleurs et cadrages appropriés font le reste. La petite trouvaille réside dans les mini-phylactères représentant par des logos les bips des smartphones (notes de musique, enveloppes, appareils photo…). Si l’on peut admettre que la narration aurait pu être plus resserrée (sans ces quelques digressions dont on ne saisit pas forcément l’intérêt), la conclusion est magnifique, avec cette parenthèse enchantée, d’une poésie sublime, où Gabriel et Luna sont assis sur la plage déserte, face à la mer. Tandis qu’à proximité, leurs camarades désœuvrés s’abiment et se noient dans les excès d’une fête pour oublier la grosse panne internet, les deux ados qui ne pouvaient pas communiquer vont finalement s’avouer leurs petits secrets sous la lune, provoquant (peut-être) l’émotion et l’indulgence des dieux vengeurs… Rien que pour ce passage, la lecture de « Moon » vaut amplement le détour !

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Wayne Shelton
Wayne Shelton

J'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette série d'un bon niveau pour se divertir. Cette série propose du dépaysement, des aventures rythmées avec moult rebondissements et une atmosphère sexy à la Bond. Les scénarii sont bien travaillés dans une ambiance très réaliste, ils s'appuient sur des lieux et des situations avec beaucoup de précisions à tel point que je me laisse facilement aller à rentrer dans l'histoire. Les scénarii de Cailleteau n'ont pas à rougir par rapport à Van Hamme. Au contraire le diptyque "Le Survivant" et "La Vengeance" est mon préféré. Les deux scénaristes nous proposent des histoires assez différentes les unes des autres ce qui donne beaucoup de tonus à la série. Les scénarii sont très bien mis en valeur par les excellents dessins réalistes de Denayer. Grand spécialiste des voitures ou camions avec carambolages en chaîne, je trouve qu'il n'en abuse pas sauf peut-être dans la première mission. Au contraire, on sent une attention particulière pour les décors extérieurs d'Asie Centrale, d'Amérique du Sud, du désert, d'Afrique et évidemment les paysages italiens, anglais ou parisiens. Un beau travail de documentations qui se traduit par des belles planches réalistes pas forcément très artistiques mais agréables à voir et fluides. Denayer est spécialiste pour les nombreuses scènes d'action, on ne s'ennuie pas même si c'est parfois conventionnel. Les personnages ont un humour teinté de cynisme. Il faut dire que Van Hamme a fait fort en faisant mourir trois membres de l'équipe dès la première mission. Idem pour "Le Survivant". Shelton, Honnesty et Larkin sont confrontés à des méchants bien travaillés ce qui provoquent des pertes. Une mention spéciale à Hooker qui dans son rôle de soldat US pervers et sans scrupule est un vrai régal. Au final une bonne série qui cherche surtout le divertissement bien fait. C'est réussi à mon avis.

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Notre seul ami commun
Notre seul ami commun

Boris Mirroir est un auteur touche à tout (dessin, scénario, colorisation) sur divers projets et sous divers pseudos. J’aime assez ce qu’il fait, c’est souvent original. Et c’est vraiment le cas ici. L’utilisation de personnages animaliers, avec très peu de paroles, un jeu sur les couleurs intéressant, on sort quelque peu des sentiers battus, alors même que le sujet, au fond, ressort du roman graphique classique. Je ne sais pas jusqu’où tout ce qui est développé dans ces chapitres est autobiographique – cela semble le cas pour l’essentiel –, mais on peut se dire que l’auteur a cherché ici à exorciser certaines douleurs (il s’est pris quelques baffes dans la gueule !). J’ai lu la série dans l’intégrale, d’une traite. L’album est joli. Épais, mais vite lu (peu de texte, une narration à l’économie, mais bien fichue, dynamique et captivante). C’est une lecture recommandée. Note réelle 3,5/5.

29/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Lumières de l'Amalou
Les Lumières de l'Amalou

Une série lue vaguement dans ma prime jeunesse et où je n’avais pas saisi grand chose. Mais depuis, l’intégrale des années 2000 a réparé cette erreur, c’est vraiment une série que j’affectionne. Terminé en 5 tomes, les auteurs ne rallongent pas la sauce inutilement, chaque album a son utilité et fait avancer l’histoire, cette dernière évoluant grandement entre la première et dernière page. Elle n’est pas sans défauts mais reste plaisante et originale (d’autant plus à l’époque de la parution). Claire Wendling est une autrice rare et c’est bien dommage, son dessin fait partie intégrante du charme de la série. J’aime beaucoup son trait. Une série qui vieillit très bien, et où l’intrigue et la partie graphique ne cessent d’évoluer (positivement) jusqu’à l’apothéose finale. Je peux comprendre que ça ne plaise pas à tout le monde, mais perso je suis bien rentré dedans et j’ai trouvé le tout bien dépaysant. C’est devenu un classique de mes étagères.

28/04/2022 (modifier)
Par Ro
Note: 4/5
Couverture de la série Tourne-disque
Tourne-disque

Le voyage d'un chef d'orchestre dans le Congo Belge de 1930 et sa rencontre avec un homme dont la sensibilité à la musique va l'épater. J'ai toujours un malaise quand il s'agit de me raconter une histoire dans un pays colonisé où tout est parfait pour les colons blancs servis par les bons noirs bien dociles. Et pourtant, en parallèle, je ne peux m'empêcher d'être fasciné par ce paradis utopique pour l'homme blanc dans des décors africains grandioses. C'est l'effet Out of Africa, un film superbe où d'ailleurs le gramophone a aussi une importance cruciale dans le récit. Et là, même si les noirs sont précisément bien bons et serviables dans cette BD, c'est précisément leur belle âme, l'humour de l'une et la sensibilité de l'autre qui sont mis en avant, et qui seront une découverte majeure pour le vieux héros belge qui va les rencontrer. Et du coup, même si je reste sur mes quelques réticences à accepter une vision aussi enjolivée de la relation entre un blanc et un noir à cette époque, je ne peux m'empêcher de me laisser embarquer par la beauté des lieux, de l'histoire et des âmes qui les peuplent. D'autant que j'aime beaucoup le dessin, sa ligne claire et son esthétisme.

28/04/2022 (modifier)
Par Alix
Note: 4/5
Couverture de la série Fritz Lang le maudit
Fritz Lang le maudit

Bigre, 20 ans à la tête de bdtheque, et je n’ai jamais lu de BD de Eric Liberge. Lacune comblée grâce à « Fritz Lang le maudit », paru chez Les Arènes, et je ressors satisfait de ma lecture. J’ai eu du mal à me faire à la narration, que j’ai trouvée un peu lourdingue. Les textes abondent, et les évènements s’enchainent un peu trop rapidement, donnant l’impression que les auteurs ont « casé » trop de contenu dans les 112 pages de cet album. Mais c’est bien le seul reproche que je ferai. J’ai trouvé l’histoire passionnante, avec ces deux trajectoires qui se croisent en fin d’album : la vie et carrière du réalisateur cinématographique Fritz Lang, et la montée en puissance de Hitler et du nazisme. Les réflexions sur le cinéma et son rôle dans ce contexte politique compliqué sont intéressantes et judicieuses. J’ai beaucoup aimé le dessin de Liberge. Il fourmille de détails tout en restant très lisible, et le procédé qui consiste à mélanger des extraits des films de Fritz Lang avec la trame principale est habile et fonctionne à merveille. Un excellent moment de lecture.

28/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Mondes de Thorgal - Louve
Les Mondes de Thorgal - Louve

Le duo Yann-Surzhenko a réussi deux belles séries parallèles dans les mondes de Thorgal. Je trouve que "Louve" est au même niveau que Kriss ou la jeunesse du papa. Louve est assez en retrait dans la série mère et la série qui lui est consacrée a peu de croisements avec l'originale. On peut donc la lire sans connaitre la série première. Yann développe le propre monde de Louve à la fois merveilleux grâce à son don et fantastique car très ancré dans la mythologie nordique. C'est un personnage nouveau, Azzalepstön, très bien construit qui va faire fil rouge des 7 épisodes. Louve sous la plume de Yann devient une enfant/ado à l'opposé d'un gentil Yakari. Là où Yakari cherchait l'harmonie et la paix dans la nature et ses amis animaux, Louve est poursuivie par le chaos et la violence. Violence du conflit intérieur que vit Louve entre sa part animale et sa part sociale. Mais aussi violence du passage enfance vers l'adolescence avec tout ce que cela implique sur son corps et vis à vis d'Aaricia. Les hommes (Thorgal et Jolan) sont absents, comme souvent dans les familles, c'est donc aux femmes de prendre leur destin en main. C'est bien fait et assez prenant. J'aime beaucoup le scénario de Yann même si le dénouement est assez banal au regard de tous les événements qui précèdent. Pas grave. Comme pour la "Jeunesse" le dessin de Surzhenko est vraiment top. Il respecte l'esprit de Rosinski tout en imposant son très beau style personnel. Ses forêts sont angoissantes à souhait. Ses mondes fantastiques sont classiques mais bien travaillés dans les détails. Une mention particulière au monde du chaos du loup Fenrir avec son bestiaire même si regrette que l'on retombe toujours dans des grosses bêtes typées dinosaures. Sur le coup Azzalepstön est un peu bêta et devrait retourner au CP, lol. De très beaux éclairages dans ces aventures souvent nocturnes ou souterraines mettent en valeur ses belles couleurs. Pour finir une petite question (dont je n'ai pas la réponse) pour les spécialistes : à votre avis qui est la mère de Skald, la maman rousse qui sauve Louve de Raïssa/Crow ? Une lecture distrayante bien agréable

28/04/2022 (modifier)
Par Cacal69
Note: 4/5
Couverture de la série Okko
Okko

Une série que j'ai suivi dès sa création album après album. Ce fût long mais que ce fût bon. Le plus difficile pour une série, c'est la conclusion et ici, elle clos de façon remarquable les aventures de nos héros. Cinq cycles de deux tomes avec pour thèmes les éléments de la culture japonaise : l'eau, la terre, l'air, le feu et le vide. Hub a pris une petite liberté puisque traditionnellement c'est le vent qui en fait parti, il est remplacé ici par l'air. Je chipote mais qui dit air ne dit pas forcément vent. Un Japon médiéval, où vient se mêler du fantastique emprunté à son folklore. Hub a créé un monde ordonné avec une petite troupe très hétéroclites : Okko le ronin, Noburo le guerrier mystérieux, Noshin le vieux moine et Tikku son disciple. Des héros dont les fortes personnalité nous seront dévoilées au fur et à mesure de leurs aventures, ainsi que leurs jeunesses. Une narration maîtrisée, elle s'enchaîne naturellement sans accro avec quelques planches où on découvre un Tikku au crépuscule de sa vie. Quel plaisir de voyager dans ce Japon moyenâgeux où l'honneur est roi. La partie graphique n'est pas en reste puisqu'elle évoque à la perfection cette période historique. Un trait fin, précis et dynamique, des personnages qui ne se ressemblent pas, des cases aux décors foisonnant de détails. Et surtout un soucis de l'authenticité poussé à l'extrême. Sublime ! Pas culte, mais vraiment pas loin. Note réelle : 4,5. A lire au moins une fois dans sa vie.

27/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Les Pieds dedans
Les Pieds dedans

Rabaté a pas mal utilisé dans ses séries cet arrière-plan social déclassé, nous a souvent présenté de belles brochettes de débiles, beaufs et autres abrutis, dans une vision qui n’est pas toujours assez équilibrée pour éviter la méchanceté gratuite contre les « pauvres gens ». Mais ici je trouve que ça passe bien. L’univers familial dans lequel se déroule l’histoire est atroce (proche de ce qu’il montrait dans Le Linge sale). On y retrouve pas mal de la famille Groseille ou, pour rester dans la BD, de la famille de Colombe dans Colombe et la Horde de Hureau. Un fil rouge aussi qui fait penser au film « Le viager », de Tchernia et Goscinny, puisque notre famille attend impatiemment – en essayant d’aider le sort – la mort d’une vieille pour hériter de sa baraque. Dès le départ on est plongé dans la fange de ces cas sociaux au QI assez faible. Mais Rabaté nous laisse respirer, avec de l’humour (situations, dialogues) et réussit à se renouveler (j’ai lu la série d’une traite dans l’intégrale - qui est en Noir et Blanc). On ne s’ennuie jamais. La lecture est assez jouissive, amusante, les personnages sont assez gratinés, avec de faux airs de Pieds Nikelés du pauvre.

27/04/2022 (modifier)
Couverture de la série Partitions irlandaises
Partitions irlandaises

Avec Partitions irlandaises, Kris retrouve un cadre qu’il semble particulièrement apprécier. Je ne m’en plaindrai pas, l’Irlande m’a toujours attiré alors même que je n’ai jamais pu me défaire de l’idée qu’il y avait un aspect romanesque dans une guerre civile pourtant bien réelle et meurtrière. Kris ne déroge d’ailleurs pas à cette vision romancée puisqu’il associe ici une histoire d’amour aux accents très classiques (shakespeariens, serais-je tenté de dire) avec un contexte historique et social violent. Nous sommes donc ainsi plongés dans le Belfast du XXIème siècle (juste avant le Brexit), alors que les tensions entre catholiques et protestants sont toujours bien présentes, et risquent même d’à nouveau déboucher sur une guerre civile. Le climat est tendu malgré la chaleur qui se dégage de rencontres. Nous sommes ainsi toujours au bord du précipice, admirant le paysage (les scènes dans les pubs, le match de football gaélique, la romance entre nos Roméo et Juliette) mais bien conscients que tout peut s’écrouler à tout instant (et c’est ce qu’il va bien entendu se passer à la fin de ce premier volet). C’est très classique comme récit mais terriblement efficace tant les personnages parviennent à nous toucher. La narration à la première personne (qui passe de Tim à Mary en fonction des circonstances) favorise l’empathie, une empathie encore accentuée par le caractère de looser désabusé de Tim et celui bien trempé et décidé de Mary, une femme forte et fragile à la fois (oui, je sais, que du classique déjà vu mais que j’aime toujours autant). Le dessin de Vincent Bailly est très brut, pas toujours précis mais il dégage une âme et une chaleur (en grosse partie due à la colorisation) et son côté brut et sans fioritures convient bien à l’histoire qui nous est racontée. J’attends déjà la suite avec impatience !

27/04/2022 (modifier)