Une très belle ambiance dans cet album qui nous entraine dans un voyage introspectif familial. Deux frères et leur sœur partent à la recherche de leur père qui a quitté sa maison de retraite sans explication. Ils prennent la route, ne sachant pas ce qui lui est arrivé. A la fois inquiets et agacés par l’attitude du vieil homme - qui a quand même pris soin d’emporter sa brosse à dents - ils roulent sur une autoroute américaine croisant tous les éléments que l’on connaît bien : les diners, les motels, les stations-service et les paysages désertiques écrasés de soleil. Mais le trio n’est pas au bout de ses surprises…
Au premier abord, c’est assez classique mais très vite on est emporté par le récit de Cosey qui, comme dans « Le voyage en Italie », nous confronte aux souvenirs de famille dans un superbe décor aux couleurs lumineuses. Le père va donner à ses enfants une très belle leçon de vie et de résilience. J’ai retrouvé dans cet album tout ce que j’aime chez Cosey : la lenteur du récit, les questions laissées en suspens, le temps long du voyage qui laisse aux personnages le temps de se retrouver, de redécouvrir les failles de chacun et de révéler leurs propres fêlures. Un très beau moment de lecture.
En Alabama dans les années 30, un homme passionné d'électricité refuse de devenir un simple paysan et se lance dans l'électrification de son activité.
Une passion qu'il met en application avec succès et qui aurait pu lui assurer la fortune, mais son destin est tout autre. Un récit poignant qui ne décrit pas une réussite à l'américaine mais son contraire. De drame en drame, à chaque fois le héros s'enfonce un peu plus et nous assistons à son destin tragique.
A partir de cette aventure, l'auteur nous décrit le fonctionnement de la société américaine. Inhumaine et sans concession pour ceux qui ont violé la loi, la bd révèle un système carcéral très brutal. Pour ceux qui sont dehors, seule la liberté différencie ces hommes et ces femmes qui ont du mal à survivre pendant la dépression de ceux qui sont incarcérés. Un récit qui démontre l'enfer traversé à cette époque par ce pays.
Le dessin est assez classique par contre la couleur est originale, seulement deux couleurs sont utilisées. Une alternative entre le noir et blanc et une colorisation classique, un style particulier et maîtrisé.
Une lecture qui provoque parfois de l'indignation et surtout des émotions pour ce personnage passionné et obstiné.
Tout simplement excellent.
J'ai vu beaucoup d'avis de personnes ayant adoré les 15 premiers tomes et qui sont largement déçus de la suite, principalement pour le fait qu'elle s'éloigne de la quête "principale" de Guts. Il est moins question de sa revanche contre les Gods Hand et plus d'aventures secondaires. Guts n'est plus seul mais s'entoure d'un groupe. On s'éloigne même par moment de la Dark Fantasy....
Alors oui, mais pour moi c'est aussi cette diversité qui fait la richesse de l'histoire. Je ne vois pas d'incohérence dans le récit et il nous transporte à travers un tas d'histoires et d'ambiances de façon fluide, sans que cela ne choque ou questionne le lecteur.
L'intégralité de la série mérite à mon sens la note que je lui ai mise, 4/5. On attend la fin de cette histoire avec impatience, ou pas...
Il fallait bien une motivation du type "Au nom du Père" pour s'attaquer à une période aussi tabou du côté français.
Frank Giroud réussit à nous livrer une histoire passionnante, équilibrée et pleine d'humanité au milieu des horreurs qui ont parsemé cette guerre.
Pas facile de rendre une copie non manichéenne pour cette guerre à la fois coloniale et civile, civile car nous étions dans un département français avec "des administrées qui accouchent" et coloniale car l'état de droit y était défaillant ces mêmes administrées n'ayant pas les mêmes droits que des métropolitaines.
Giroud met d'ailleurs le doigt sur la grande tromperie de cette " Opération de mantien de l'ordre" :C'est bien d'une enquête policière pour retrouver des personnes disparues dont il s'agit. Ainsi souvent l'armée française s'est vue confier un rôle de police et de justice sans en avoir ni les compétences , ni le cadre juridique, avec une obligation de résultats par le politique.
Je trouve que c'est très bien exprimé en arrière-plan du scénario et que cela explique pour partie les dérives de tortures, de représailles et de bavures commises par les officiers. On le voit dans différents épisodes où le bon vouloir de l'officier fait office de décision de justice.
Si ce côté, que je trouve important, est bien en filigrane Giroud n'insiste pas trop. En introduisant une belle histoire d'amour, au contraire il montre que le vivre-ensemble était possible. Utopiste peut-être mais réconfortant.
Giroud respecte tous les combattants dans son ouvrage. Il nous offre des caractères bien typés de l'active pro, le conscrit parfois rebelle, le harki et le djounoud mais aucune mièvrerie ni adversaire stupide ou échappatoire scénaristique. On est très loin de la vision d'un Tanguy ou d'un Buck Danny comme soldat-chevalier blanc.
Le dénouement est original et renforce l'image de précipitation dont ont souffert les actions des officiers français livrés à eux-mêmes sur le plan juridique.
Je trouve le graphisme de Lax très bon. Premier ouvrage où il transforme son trait pour le rendre plus puissant et presque caricatural. Cela le mènera à l'inoubliable Choucas que j'aime beaucoup ou Mike Cervantes que j'aime un peu moins, lol. Un petit reproche , j'ai eu du mal à distinguer Valera de Messonnier ce qui crée une ambiguité avec Takhlit.
Pour le reste c'est parfait, les uniformes, les GMC, les habits berbères sont admirablement reproduits. L'Algérie est un pays magnifique et Lax réussit très bien à rendre la magnificence des paysages de Kabylie.
J'apprécie beaucoup aussi ses couleurs à dominantes ocre-jaune pour le présent ou rouge pour le passé.
Une bien belle lecture pour un récit de guerre encore très douloureux pour notre passé historique.
Un ami fan de Mathieu Bablet m'a récemment prêté l'intégrale de cette série (apparemment une réédition revue et un peu corrigée) que j'ai lue avec grand plaisir.
En effet, j'ai toujours un gros faible pour la mythologie grecque, et cette BD est une sorte de parc d'attraction de la mythologie grecque, à la sauce réflexion telle que l'auteur en produit à chaque histoire. Ici, la réflexion sur l'immortalité amène la réflexion sur la mortalité, ce que nous laissons et sur la mémoire. Et un peu d'amour aussi. En tout cas, nous retrouvons des thématiques chères à l'auteur, qui a déjà parlé plusieurs fois de cette idée, notamment de fin (fin du monde, fin de vie, fin de notre ère ...) et des conséquences de cette fin. Ici, enrobée dans la mythologie grecque, qui permet de faire des clins d’œils en tout sens mais aussi des rapports avec les différentes idées que cette mythologie comporte : destinée, divinités, créatures ...
En étant fan de mythologie, j'ai eu grand plaisir à repérer les clins d’œil en tout genre qui parsèment aussi bien le scénario que le décor, mais aussi à noter que l'utilisation qu'il en fait est assez pertinente quant au propos qu'il tient. Par exemple la question des Parques ou des dieux est à la fois traitée de façon héroïque (dans le sens ancien du terme) mais aussi dans une idée d'apporter quelque chose à l'histoire.
Mine de rien, il y a un certain point de vue réfléchi sur ce que sont nos vies et ce que nous laissons derrière nous, d'une façon ou d'une autre. C'est plutôt bien menée, avec un dessin qui complète très bien l'ensemble. Il faut aimer la façon dont l'auteur détaille les paysages et les environnements, mais il sait s'y prendre pour avoir des rendus qui tapent dans l’œil. Ne serait-ce que le grandiose des environnements urbains, ou les contrastes qu'il adore faire entre la taille des bâtiments et le vide de présence humaine, souvent rehaussé par la présence de nature qui reprend progressivement le dessus.
Ce n'est pas le meilleur de l'auteur, je considère ses productions récentes comme plus abouties sur certains points, mais il bat le même fer depuis le début, et cela se sent. Une cohérence globale se détache de son œuvre, sur des questions qui semblent revenir sans cesse mais qu'il aborde à chaque fois différemment et dans un autre sens. C'est appréciable, et cette façon de réutiliser la mythologie à son propre but me plait beaucoup. Lecture recommandée pour ma part !
Sur une station orbitale gérée exclusivement par des femmes, on cultive le Mega Phyon. L'ultime carburant pour les navettes de guerre de la fédération. Etrange substance qui semble s'adapter.
Le plus étrange est ce scénario, qui pourrait être un scénario blockbuster, et puis finalement non, trop la flemme. Ca pourrait être une saga avec de l'hérotisme (oui avec H car il y a aussi de l’héroïsme), non plus. Ça sera du plaisir. Quelques divagations fumeuses, et une façon de retomber sur ses pattes.
Bref du Frezzato !
Oui, vous l'avez remarqué, le début de mon avis reprend le descriptif de la bd. Fainéantise ? je ne crois pas.
J'y ajouterai, pour preuve, ceci :
Deux filles dont on aimerait bien tomber amoureux. Beaucoup de trouvailles.
Un intermède avec deux dieux qui parviennent à donner une explication à ce bouquet imaginatif et graphique.
Beaucoup de plaisir à la lecture pour ma part.
Ha si...
...un dernier mot
Je n'ai pas hésité une seconde à investir 2 euros cinquante sur cette bd, car sur la couverture il est mentionné ceci :
"too much fantasy on MOTHERFLOWER. Petite histoire sur la recherche du bonheur interrompue par un cas de force majeur". Et en y prêtant mieux attention, dans un second temps, tout au dessus du titre, on distingue en rouge discret sur fond noir : "un autre livre incompréhensible mais très bien dessiné de"
Ca m'a bien fait marrer, et c'était gagné.
Difficile de mettre une note globale à Buck Danny, une des plus anciennes BD franco-belges, des dizaines d'années, des dizaines de tomes, de qualité extrêmement variables.
Je mets 4 étoiles qui correspondent pour moi à l'apogée de la série, les années 70-80, mais ce n'est certainement pas une note globale, et ça ne représente qu'environ 20% de la série.
Commencer à lire Buck Danny au XXIe siècle en commençant par le tome 1, je pense qu'il faut soit être maso, soit complétionniste. Mais beaucoup risquent de s'y casser les dents. Les premiers tomes sont médiocres, et c'est un euphémisme. Scénarios ultra sommaires, très répétitifs, sans grand intérêt. Les passionnés d'aviation remarqueront que les appareils sont complètement fantaisistes... bon là les auteurs ont une excuse, y avait pas internet à l'époque et il ne devait pas être simple pour le grand public d'obtenir des infos.
Mais en plus ces premiers tomes sont d'un racisme assez exacerbé. Je ne suis pas un donneur de leçon à postériori, et je sais qu'il faut parfois remettre les choses dans leur contexte, mais ça m'a tout de même gêné. Ce n'est pas du racisme méprisant et paternaliste comme dans Tintin au Congo, mais bien un racisme haineux à l'égard des Japonais, traités à longueur de page de jaunes, de singes, de "faces de citron". Tous les pilotes japonais sont systématiquement des fourbes, lâches, cruels. Je sais bien que l'armée japonaise a commis des crimes durant la WW2, mais là y a vraiment une essentialisation très gênante quand on lit ça 60 ans plus tard.
Bon comme toutes les BD de Charlier, ça s'améliore de tome en tome, et à partir des années 70, la série devient franchement très très bien et de mieux en mieux au fur et à mesure des tomes. Le racisme disparaît totalement en laissant place à véritable humanisme. Les avions sont maintenant dessinés fidèlement. Les scénarios sont complexes, bien menés sur de nombreux tomes, bien intégrés dans le contexte géopolitique. Chose inhabituelle pour Charlier qui aime bien étaler ses arcs sur de nombreux tomes, son dernier album de Buck Danny, "Les Agresseurs", est un one shot. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir un scénario parfaitement intéressant et maîtrisé, absolument pas manichéen. Vraiment une fin en beauté pour cette série.
Bien sûr la série a continué après la mort de Charlier, mais le niveau baisse franchement et j'ai lâché. Je préfère considérer que "Les Agresseurs" est le vrai dernier tome de Buck.
Will Eisner nous propose un album très plaisant sans thématique lourde avec cet "Immeuble".
Pas d'antisémitisme ni de racisme mais une première partie avec quatre destins qui se croisent devant cet immeuble d'intersection.
Les événements les plus importants et les plus dramatiques se déroulent d'ailleurs devant l'immeuble sur ce trottoir qui tel un confluent charrie ces foules Newyorkaises innombrables et paradoxalement solitaires à la fois.
Des histoires parfois dramatiques de gens ordinaires qui nous touchent par leur humanité.
Quel dessin ! Eisner est ici au top de son art pour mon avis. Il arrive à donner une fluidité et une expressivité incomparables à ses personnages.
Maître des scènes de pluie, des dos courbés ou des espoirs qui s'envolent, Eisner déborde d'empathie pour ce petit peuple et nous la fait partager.
Les détails de la rue ou les éclairages ne sont pas en reste. C'est magnifique et souvent les textes sont superflus.
Il finit par un Petit Miracle comme il aime bien les voir dans ces chocs du quotidien.
Un autre miracle que cette seconde partie.
C'est un véritable cours de dessin pour amateur d'insaisissable.
Le temps, l'odeur, le bruit, l'espace ou la vitesse tout ce qu'un maître dessinateur de BD tente de fixer sur sa feuille pour le restituer à son public qui se trouve en d'autres lieux et d'autres temps.
Un régal comme presque toujours.
Beaucoup de fraicheur dans cette bd.
Il y a quelque chose qui fonctionne, sur cette ambiance estivale adolescente et des premiers amours/amourettes.
Une bd très facile d'accès, qui semble être en surface au premier abord, alors qu'elle est touchante tout en restant légère et revigorante.
Je suis ressorti de ma lecture avec au cœur cette impression de chaleur lorsque l'on vient tout juste de se poser au soleil après une nage dans une mer fraiche.
J’ai lu la première intégrale de La Pastèque, qui m’a permis de découvrir ce personnage haut en couleur, un des fleurons de la BD québécoise.
J’ai eu un peu de mal au départ avec les premières histoires courtes, moi qui pourtant suis adepte d’univers déjantés et loufoques. Puis, peu à peu je suis rentré dans le délire des auteurs, qui font feu de tout bois autour de leur héros.
Michel Risque, le « héros à la mâchoire carré » pourrait être un cousin de James Bond, mais en fait non. Il a une belle carrure, essentiellement physique. Parce que sinon, côté réflexion, jugeote, il passe en dessous de la moyenne.
Surtout que les auteurs le transposent dans des aventures exotiques improbables, qu’il traverse souvent avec naïveté, inconscient des risques, des enjeux. Incapable de voir qu’une bombasse le drague non plus (dans « Perdus pour le plaisir »). Bref, un anti-héros dans des anti-aventures.
A partir du « Savon maléfique », je trouve que l’univers devient plus cohérent dans l’incohérence, c’est un peu plus élaboré, tout en restant peu cartésien. Il faut dire que notre héros s’installe dans la durée dans le magazine Croc, et les auteurs peuvent construire des histoires plus longues.
On pourrait trouver dans le travail de Godbout et Fournier quelques accointances avec ce que faisaient Gotlib, Goossens ou Maester, mais ce n’est en fait pas exactement le même type d’humour décalé et loufoque (j’avoue préférer celui de l’école Fluide).
Un petit délire à redécouvrir en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
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Orchidea
Une très belle ambiance dans cet album qui nous entraine dans un voyage introspectif familial. Deux frères et leur sœur partent à la recherche de leur père qui a quitté sa maison de retraite sans explication. Ils prennent la route, ne sachant pas ce qui lui est arrivé. A la fois inquiets et agacés par l’attitude du vieil homme - qui a quand même pris soin d’emporter sa brosse à dents - ils roulent sur une autoroute américaine croisant tous les éléments que l’on connaît bien : les diners, les motels, les stations-service et les paysages désertiques écrasés de soleil. Mais le trio n’est pas au bout de ses surprises… Au premier abord, c’est assez classique mais très vite on est emporté par le récit de Cosey qui, comme dans « Le voyage en Italie », nous confronte aux souvenirs de famille dans un superbe décor aux couleurs lumineuses. Le père va donner à ses enfants une très belle leçon de vie et de résilience. J’ai retrouvé dans cet album tout ce que j’aime chez Cosey : la lenteur du récit, les questions laissées en suspens, le temps long du voyage qui laisse aux personnages le temps de se retrouver, de redécouvrir les failles de chacun et de révéler leurs propres fêlures. Un très beau moment de lecture.
Un travail comme un autre
En Alabama dans les années 30, un homme passionné d'électricité refuse de devenir un simple paysan et se lance dans l'électrification de son activité. Une passion qu'il met en application avec succès et qui aurait pu lui assurer la fortune, mais son destin est tout autre. Un récit poignant qui ne décrit pas une réussite à l'américaine mais son contraire. De drame en drame, à chaque fois le héros s'enfonce un peu plus et nous assistons à son destin tragique. A partir de cette aventure, l'auteur nous décrit le fonctionnement de la société américaine. Inhumaine et sans concession pour ceux qui ont violé la loi, la bd révèle un système carcéral très brutal. Pour ceux qui sont dehors, seule la liberté différencie ces hommes et ces femmes qui ont du mal à survivre pendant la dépression de ceux qui sont incarcérés. Un récit qui démontre l'enfer traversé à cette époque par ce pays. Le dessin est assez classique par contre la couleur est originale, seulement deux couleurs sont utilisées. Une alternative entre le noir et blanc et une colorisation classique, un style particulier et maîtrisé. Une lecture qui provoque parfois de l'indignation et surtout des émotions pour ce personnage passionné et obstiné.
Berserk
Tout simplement excellent. J'ai vu beaucoup d'avis de personnes ayant adoré les 15 premiers tomes et qui sont largement déçus de la suite, principalement pour le fait qu'elle s'éloigne de la quête "principale" de Guts. Il est moins question de sa revanche contre les Gods Hand et plus d'aventures secondaires. Guts n'est plus seul mais s'entoure d'un groupe. On s'éloigne même par moment de la Dark Fantasy.... Alors oui, mais pour moi c'est aussi cette diversité qui fait la richesse de l'histoire. Je ne vois pas d'incohérence dans le récit et il nous transporte à travers un tas d'histoires et d'ambiances de façon fluide, sans que cela ne choque ou questionne le lecteur. L'intégralité de la série mérite à mon sens la note que je lui ai mise, 4/5. On attend la fin de cette histoire avec impatience, ou pas...
Azrayen'
Il fallait bien une motivation du type "Au nom du Père" pour s'attaquer à une période aussi tabou du côté français. Frank Giroud réussit à nous livrer une histoire passionnante, équilibrée et pleine d'humanité au milieu des horreurs qui ont parsemé cette guerre. Pas facile de rendre une copie non manichéenne pour cette guerre à la fois coloniale et civile, civile car nous étions dans un département français avec "des administrées qui accouchent" et coloniale car l'état de droit y était défaillant ces mêmes administrées n'ayant pas les mêmes droits que des métropolitaines. Giroud met d'ailleurs le doigt sur la grande tromperie de cette " Opération de mantien de l'ordre" :C'est bien d'une enquête policière pour retrouver des personnes disparues dont il s'agit. Ainsi souvent l'armée française s'est vue confier un rôle de police et de justice sans en avoir ni les compétences , ni le cadre juridique, avec une obligation de résultats par le politique. Je trouve que c'est très bien exprimé en arrière-plan du scénario et que cela explique pour partie les dérives de tortures, de représailles et de bavures commises par les officiers. On le voit dans différents épisodes où le bon vouloir de l'officier fait office de décision de justice. Si ce côté, que je trouve important, est bien en filigrane Giroud n'insiste pas trop. En introduisant une belle histoire d'amour, au contraire il montre que le vivre-ensemble était possible. Utopiste peut-être mais réconfortant. Giroud respecte tous les combattants dans son ouvrage. Il nous offre des caractères bien typés de l'active pro, le conscrit parfois rebelle, le harki et le djounoud mais aucune mièvrerie ni adversaire stupide ou échappatoire scénaristique. On est très loin de la vision d'un Tanguy ou d'un Buck Danny comme soldat-chevalier blanc. Le dénouement est original et renforce l'image de précipitation dont ont souffert les actions des officiers français livrés à eux-mêmes sur le plan juridique. Je trouve le graphisme de Lax très bon. Premier ouvrage où il transforme son trait pour le rendre plus puissant et presque caricatural. Cela le mènera à l'inoubliable Choucas que j'aime beaucoup ou Mike Cervantes que j'aime un peu moins, lol. Un petit reproche , j'ai eu du mal à distinguer Valera de Messonnier ce qui crée une ambiguité avec Takhlit. Pour le reste c'est parfait, les uniformes, les GMC, les habits berbères sont admirablement reproduits. L'Algérie est un pays magnifique et Lax réussit très bien à rendre la magnificence des paysages de Kabylie. J'apprécie beaucoup aussi ses couleurs à dominantes ocre-jaune pour le présent ou rouge pour le passé. Une bien belle lecture pour un récit de guerre encore très douloureux pour notre passé historique.
Adrastée
Un ami fan de Mathieu Bablet m'a récemment prêté l'intégrale de cette série (apparemment une réédition revue et un peu corrigée) que j'ai lue avec grand plaisir. En effet, j'ai toujours un gros faible pour la mythologie grecque, et cette BD est une sorte de parc d'attraction de la mythologie grecque, à la sauce réflexion telle que l'auteur en produit à chaque histoire. Ici, la réflexion sur l'immortalité amène la réflexion sur la mortalité, ce que nous laissons et sur la mémoire. Et un peu d'amour aussi. En tout cas, nous retrouvons des thématiques chères à l'auteur, qui a déjà parlé plusieurs fois de cette idée, notamment de fin (fin du monde, fin de vie, fin de notre ère ...) et des conséquences de cette fin. Ici, enrobée dans la mythologie grecque, qui permet de faire des clins d’œils en tout sens mais aussi des rapports avec les différentes idées que cette mythologie comporte : destinée, divinités, créatures ... En étant fan de mythologie, j'ai eu grand plaisir à repérer les clins d’œil en tout genre qui parsèment aussi bien le scénario que le décor, mais aussi à noter que l'utilisation qu'il en fait est assez pertinente quant au propos qu'il tient. Par exemple la question des Parques ou des dieux est à la fois traitée de façon héroïque (dans le sens ancien du terme) mais aussi dans une idée d'apporter quelque chose à l'histoire. Mine de rien, il y a un certain point de vue réfléchi sur ce que sont nos vies et ce que nous laissons derrière nous, d'une façon ou d'une autre. C'est plutôt bien menée, avec un dessin qui complète très bien l'ensemble. Il faut aimer la façon dont l'auteur détaille les paysages et les environnements, mais il sait s'y prendre pour avoir des rendus qui tapent dans l’œil. Ne serait-ce que le grandiose des environnements urbains, ou les contrastes qu'il adore faire entre la taille des bâtiments et le vide de présence humaine, souvent rehaussé par la présence de nature qui reprend progressivement le dessus. Ce n'est pas le meilleur de l'auteur, je considère ses productions récentes comme plus abouties sur certains points, mais il bat le même fer depuis le début, et cela se sent. Une cohérence globale se détache de son œuvre, sur des questions qui semblent revenir sans cesse mais qu'il aborde à chaque fois différemment et dans un autre sens. C'est appréciable, et cette façon de réutiliser la mythologie à son propre but me plait beaucoup. Lecture recommandée pour ma part !
Motherflower (too much fantasy on)
Sur une station orbitale gérée exclusivement par des femmes, on cultive le Mega Phyon. L'ultime carburant pour les navettes de guerre de la fédération. Etrange substance qui semble s'adapter. Le plus étrange est ce scénario, qui pourrait être un scénario blockbuster, et puis finalement non, trop la flemme. Ca pourrait être une saga avec de l'hérotisme (oui avec H car il y a aussi de l’héroïsme), non plus. Ça sera du plaisir. Quelques divagations fumeuses, et une façon de retomber sur ses pattes. Bref du Frezzato ! Oui, vous l'avez remarqué, le début de mon avis reprend le descriptif de la bd. Fainéantise ? je ne crois pas. J'y ajouterai, pour preuve, ceci : Deux filles dont on aimerait bien tomber amoureux. Beaucoup de trouvailles. Un intermède avec deux dieux qui parviennent à donner une explication à ce bouquet imaginatif et graphique. Beaucoup de plaisir à la lecture pour ma part. Ha si... ...un dernier mot Je n'ai pas hésité une seconde à investir 2 euros cinquante sur cette bd, car sur la couverture il est mentionné ceci : "too much fantasy on MOTHERFLOWER. Petite histoire sur la recherche du bonheur interrompue par un cas de force majeur". Et en y prêtant mieux attention, dans un second temps, tout au dessus du titre, on distingue en rouge discret sur fond noir : "un autre livre incompréhensible mais très bien dessiné de" Ca m'a bien fait marrer, et c'était gagné.
Buck Danny
Difficile de mettre une note globale à Buck Danny, une des plus anciennes BD franco-belges, des dizaines d'années, des dizaines de tomes, de qualité extrêmement variables. Je mets 4 étoiles qui correspondent pour moi à l'apogée de la série, les années 70-80, mais ce n'est certainement pas une note globale, et ça ne représente qu'environ 20% de la série. Commencer à lire Buck Danny au XXIe siècle en commençant par le tome 1, je pense qu'il faut soit être maso, soit complétionniste. Mais beaucoup risquent de s'y casser les dents. Les premiers tomes sont médiocres, et c'est un euphémisme. Scénarios ultra sommaires, très répétitifs, sans grand intérêt. Les passionnés d'aviation remarqueront que les appareils sont complètement fantaisistes... bon là les auteurs ont une excuse, y avait pas internet à l'époque et il ne devait pas être simple pour le grand public d'obtenir des infos. Mais en plus ces premiers tomes sont d'un racisme assez exacerbé. Je ne suis pas un donneur de leçon à postériori, et je sais qu'il faut parfois remettre les choses dans leur contexte, mais ça m'a tout de même gêné. Ce n'est pas du racisme méprisant et paternaliste comme dans Tintin au Congo, mais bien un racisme haineux à l'égard des Japonais, traités à longueur de page de jaunes, de singes, de "faces de citron". Tous les pilotes japonais sont systématiquement des fourbes, lâches, cruels. Je sais bien que l'armée japonaise a commis des crimes durant la WW2, mais là y a vraiment une essentialisation très gênante quand on lit ça 60 ans plus tard. Bon comme toutes les BD de Charlier, ça s'améliore de tome en tome, et à partir des années 70, la série devient franchement très très bien et de mieux en mieux au fur et à mesure des tomes. Le racisme disparaît totalement en laissant place à véritable humanisme. Les avions sont maintenant dessinés fidèlement. Les scénarios sont complexes, bien menés sur de nombreux tomes, bien intégrés dans le contexte géopolitique. Chose inhabituelle pour Charlier qui aime bien étaler ses arcs sur de nombreux tomes, son dernier album de Buck Danny, "Les Agresseurs", est un one shot. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir un scénario parfaitement intéressant et maîtrisé, absolument pas manichéen. Vraiment une fin en beauté pour cette série. Bien sûr la série a continué après la mort de Charlier, mais le niveau baisse franchement et j'ai lâché. Je préfère considérer que "Les Agresseurs" est le vrai dernier tome de Buck.
New York Trilogie (L'Immeuble) (Le Building)
Will Eisner nous propose un album très plaisant sans thématique lourde avec cet "Immeuble". Pas d'antisémitisme ni de racisme mais une première partie avec quatre destins qui se croisent devant cet immeuble d'intersection. Les événements les plus importants et les plus dramatiques se déroulent d'ailleurs devant l'immeuble sur ce trottoir qui tel un confluent charrie ces foules Newyorkaises innombrables et paradoxalement solitaires à la fois. Des histoires parfois dramatiques de gens ordinaires qui nous touchent par leur humanité. Quel dessin ! Eisner est ici au top de son art pour mon avis. Il arrive à donner une fluidité et une expressivité incomparables à ses personnages. Maître des scènes de pluie, des dos courbés ou des espoirs qui s'envolent, Eisner déborde d'empathie pour ce petit peuple et nous la fait partager. Les détails de la rue ou les éclairages ne sont pas en reste. C'est magnifique et souvent les textes sont superflus. Il finit par un Petit Miracle comme il aime bien les voir dans ces chocs du quotidien. Un autre miracle que cette seconde partie. C'est un véritable cours de dessin pour amateur d'insaisissable. Le temps, l'odeur, le bruit, l'espace ou la vitesse tout ce qu'un maître dessinateur de BD tente de fixer sur sa feuille pour le restituer à son public qui se trouve en d'autres lieux et d'autres temps. Un régal comme presque toujours.
Un Eté en apnée (Simon & Louise)
Beaucoup de fraicheur dans cette bd. Il y a quelque chose qui fonctionne, sur cette ambiance estivale adolescente et des premiers amours/amourettes. Une bd très facile d'accès, qui semble être en surface au premier abord, alors qu'elle est touchante tout en restant légère et revigorante. Je suis ressorti de ma lecture avec au cœur cette impression de chaleur lorsque l'on vient tout juste de se poser au soleil après une nage dans une mer fraiche.
Michel Risque
J’ai lu la première intégrale de La Pastèque, qui m’a permis de découvrir ce personnage haut en couleur, un des fleurons de la BD québécoise. J’ai eu un peu de mal au départ avec les premières histoires courtes, moi qui pourtant suis adepte d’univers déjantés et loufoques. Puis, peu à peu je suis rentré dans le délire des auteurs, qui font feu de tout bois autour de leur héros. Michel Risque, le « héros à la mâchoire carré » pourrait être un cousin de James Bond, mais en fait non. Il a une belle carrure, essentiellement physique. Parce que sinon, côté réflexion, jugeote, il passe en dessous de la moyenne. Surtout que les auteurs le transposent dans des aventures exotiques improbables, qu’il traverse souvent avec naïveté, inconscient des risques, des enjeux. Incapable de voir qu’une bombasse le drague non plus (dans « Perdus pour le plaisir »). Bref, un anti-héros dans des anti-aventures. A partir du « Savon maléfique », je trouve que l’univers devient plus cohérent dans l’incohérence, c’est un peu plus élaboré, tout en restant peu cartésien. Il faut dire que notre héros s’installe dans la durée dans le magazine Croc, et les auteurs peuvent construire des histoires plus longues. On pourrait trouver dans le travail de Godbout et Fournier quelques accointances avec ce que faisaient Gotlib, Goossens ou Maester, mais ce n’est en fait pas exactement le même type d’humour décalé et loufoque (j’avoue préférer celui de l’école Fluide). Un petit délire à redécouvrir en tout cas. Note réelle 3,5/5.