Après lecture des deux premiers tomes, je suis bien accroché, et j’attends avec une certaine impatience la suite !
D’abord je trouve très beau le dessin de Peeters, et très chouette sa colorisation, très tranchée, qui ne joue a priori pas sur le réalisme, mais qui réussit pourtant à nous rendre tangible l’univers développé par Lehman.
L’intrigue justement, distille à petites doses les pistes à explorer. Sur un fond de thriller relativement classique, d’embrouilles familiales qui semblent assez tordues, Lehman greffe du fantastique (et c’est là que la colorisation étrangement belle de Peeters prend toute sa force). Je ne sais pas où il veut aller sur ce point, mais ma curiosité est fortement piquée.
La narration est vraiment rythmée, c’est violent, tout en ménageant des passages plus calmes, quasi poétiques.
Bref, pour le moment, je suis conquis par cette série, et j’espère que l’histoire va retomber sur ses pattes – ou au moins ne pas gâcher par une fin trop abrupte, absconse ou tirée par les cheveux ce scénario qui, pour l’instant, est accrocheur. Et l’arrivée d’un nouveau personnage laisse à penser que rythme et castagnes vont aller en s’accélérant !
Je ne lis presque plus de bandes dessinées, mais quand c'est un prof de ma fille qui est aux crayons, je ne me pose pas de questions et je replonge sans hésiter !
Damien, c'est une voilier de 10 mètres, personnage à part entière d'une aventure autour du monde hors du commun, dont je n'avais jamais entendu parler avant ma lecture ! Réalisé de 1969 à 1973, avec des équipements de navigation qui n'ont rien à voir avec ce que l'on connait aujourd'hui, ce voyage commencé à 3 et terminé à 2 a conduit nos aventuriers d'extrêmes en extrêmes : qu'ils soient climatiques, visuels ou émotionnels et les a surtout transformés humainement parlant, forcément.
168 pages c'est beaucoup, et finalement pas encore assez pour tout raconter, alors j'ai parfois été un peu désarçonnée par les sauts dans le temps et des transitions abruptes mais c'est vraiment pour dire quelque chose !
Le dessin de Vincent est juste magnifique (mer calme ou déchaînée, grand nord, forêt amazonienne, îles paradisiaques, villages perdus ou métropoles gigantesques : on en prend plein les yeux sans les désagréments du voyage !).
Bref : je recommande vivement !
Directement inspirée de la vague de suicides ayant touché le centre de recherche de Renault il y a quelques années (mais, hélas, d’autres affaires, chez Orange ou ailleurs, sont venues confirmer ce triste phénomène), cet album, au travers de l’exemple de Carlos Perez, montre comment un jeune ingénieur, brillant et motivé, est exploité jusqu’à la trogne par sa hiérarchie (pour satisfaire les demandes de rentabilité des actionnaires).
Il n’y a pas de basculement brutal, mais une longue suite de petites violences, de paliers, qui font perdre à cet homme le sens de son travail, ses valeurs, sa vie de famille, pour ne plus être qu’un citron pressé. Lorsqu’il n’y a plus de jus, on le placardise – ce qui entraine son suicide. Nous le savons dès le départ, puisque l’histoire est un flash-back expliquant comment sa veuve se retrouve au tribunal contre la multinationale après la mort de son mari.
Je trouve que la démonstration est faite avec finesse – comme l’est le travail d’exploitation des dirigeants. Le renouvellement des cadres, qui multiplient les injonctions parfois contradictoires et irréalisables, le fait que de jeunes loups sortis d’écoles de commerce, uniquement gestionnaires comptables, décident de tout, sans tenir compte de la vie et de l’avis de ceux qui font réellement tourner l’entreprise, est assez inquiétant, mais au combien représentatif de ces « techniques de management », qui sont loin d’avoir cessé, et qui commencent à faire leur œuvre délétère dans le secteur public aussi, avec les mêmes conséquences sur la perte de sens du travail, le mal-être, etc.
Sur un sujet d’actualité un peu désespérant, avec un traitement froid, presque clinique, je trouve cet album bien fichu, et d’une lecture très recommandée.
Évidemment une valeur sûre. Ce que je préférais étant gosse, les inventions de Gaston. Aussi, dans les premiers albums, il est parfois fait référence à Mr Dupuis, mais on ne le voit jamais à l'image. On voit au mieux ses chaussures, il me semble.
J'ai pris mon temps pour digérer ce récit avant de publier un avis, car un avis hâtif aurait été un avis peu élogieux.
Parce-que déjà, faut comprendre! Le scénariste ne tend pas la main au lecteur alors, qu'à cela ne tienne, le lecteur va cogiter un peu. En ce qui me concerne, j'ai eu du mal à saisir le lien entre les 2 parties (naissance de la légende et la légende racontée). Et une fois l'interprétation trouvée, tout s'éclaircit et je découvre alors un petit chef d'œuvre scénaristique, construit aux antipodes de l'artifice. Ma plus grande satisfaction est d'avoir su trouver un sens, un symbole, derrière le personnage le plus mystérieux et anonyme du récit. Le scénario est pour moi la plus grande réussite du récit.
Aussi parce-que, ce qui est d'époque pour moi c'est avant tout le graphisme. Je n'étais pas choqué plus que ça à la lecture de La Ville qui n'existait pas, publiée seulement deux ans plus tard et où Bilal a (déjà) évolué. Ici j'avoue, j'aurais certainement dit "bof le dessin" si ça n'était pas Bilal. Mais son coup de crayon m'attire déjà parce-qu'il montre la base de son style, qu'il n'a jamais cessé de faire évoluer. Je respecte les dessinateurs audacieux qui osent passer d'une technique à une autre, mais je respecte tout autant le dessinateur qui s'acharne à perfectionner son style propre. Bilal, contrairement à ce que l'on pourrait penser, représente pour moi la remise en question permanente.
Aussi je possède la première édition, donc c'est surtout la colorisation qui pêche et qui vieillit mal! Je comprends la réédition qui permet de remettre la colorisation aux goûts du jour. Par ailleurs, merci à la personne qui a alimenté les illustrations sur la page, on peut comparer le avant/après.
Enfin, il y avait l'importance de capter les messages portés par les auteurs, leur position politique sur des thèmes sociétaux. J'ai fait un petit tour des avis pour savoir où me trouver je dois dire, et je me joins à Bamiléké pour dire que, moi non plus, je n'ai pas trop saisi le côté régionalisme. En fait, je vois plus grand que ça, ça prend une ampleur nationale et le soutien populaire traverse les régions survolées par les villageois. C’est donc toute une population nationale, populaire, qui fustige les activités militaires et industrielles. Le seul thème qui aurait une étendue locale (mais toujours pas régionaliste pour moi), c'est celui de l'écologie, où les habitants blâment la dégradation de l'écosystème entourant le village, à cause là encore des expériences militaires et des usines qui dégueulent des déchets industriels dans la nature.
Dans l'ensemble, il y a un pan poétique qui se cache derrière le comportement des villageois, surtout lorsque ceux-ci découvrent le monde "pour la première fois", en outrepassant les frontières de leur village natal. Il manque le dessin pour que je sois dans la contemplation poétique, mais le ton est présent lorsqu'ils surplombent la Terre et je l'ai bien accueilli.
La saga "Légendes d'aujourd'hui" porte vraiment bien son nom, et je suis agréablement surpris de sa cohérence jusqu'ici. En effet, je retrouve une certaine homogénéité avec La Ville qui n'existait pas, que j'ai autrement apprécié. Je crois qu'il me reste Le Vaisseau de Pierre et Les Phalanges de l'ordre noir à découvrir... Les légendes vivent toujours, avec des sujets toujours actuels, donc je vous invite clairement à les faire vivre encore!
On a là une bonne série du genre polar/thriller.
Servie par un chouette dessin d’abord. Un trait réaliste, très fin, précis, dynamique, avec des cadrages assez cinématographiques. C’est du bon boulot et cela aide à la fluidité de la lecture.
A noter que la couverture du premier tome nous montre une Sara jolie et aguicheuse. Et pourtant, au rebours de la quasi-totalité des séries du même genre, aucune case ne joue sur la sensualité, aucune scène de sexe. Si l’héroïne est jolie, elle ne joue pas de ses charmes, et les auteurs non plus.
L’intrigue est bien fichue, recyclant agréablement quelques classiques du genre. Sara se trouve embarquée dans les mailles des services secrets, pour échapper à celles de mafieux. Ajoutez à cela une chasse au trésor (qui lui attire de nouveaux ennemis, toujours sous la surveillance de son chaperon des services secrets), les premiers épisodes sont orientés polars.
Les deux derniers tournent plutôt au thriller politique, Sara devenant un pion dans les luttes d’influence au sommet de l’État, alors que Kennedy et ses conseillers se querellent à propos de Cuba. Le dernier album ressemble à quelques passages de XIII, autour de l’assassinat de Kennedy.
Si les auteurs avaient d’emblée choisi de finir en 4 tomes, la fin du quatrième est franchement ouverte, et aurait pu, ou pourrait donner lieu à une suite.
Sans être hyper originale, cette série est d’une lecture très agréable, et donc recommandable.
Comme Ro, j’ai trouvé quelques faiblesses (par exemple le fait que les fuyards ne demandent clairement de l’aide à aucun des villageois rencontrés dans la fête, on aurait pu s’attendre à une tentative de « tout pour le tout »). Mais la fin, effectivement abrupte, et par certains aspects, incomplète, ne me frustre pas outre mesure, elle laisse en suspens des questions, certes, mais surtout une certaine angoisse.
Pour le reste, j’ai plutôt apprécié cette lecture. Nous suivons un groupe de personnages, réunis par le hasard d’une route coupée par un éboulis, et qui vont se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, face à une famille un peu spéciale. Cela a parfois des airs de « Délivrance » dans la Drôme. Une fois la mauvaise rencontre effectuée, c’est très rythmé, on ne s’ennuie pas.
C’est un bon thriller campagnard, dans de très beaux décors. Le dessin – des personnages surtout, ressemble à celui de Davodeau.
Une lecture sympathique en tout cas.
Note réelle 3,5/5.
J'avais envie de lire cette BD depuis un long moment et je n'ai pas été déçu. Elle s'inscrit en droite ligne des BD jeunesse qui convienne tout aussi bien aux ados qu'aux adultes, même si c'est plutôt cette première catégorie qui est visée.
L'histoire est finalement assez banale d'une adolescente mal dans sa peau, fille de parents immigrés qui ne supporte pas son accent et son apparence. Elle découvre un fantôme et se lie d'amitié avec, entrainant un tas de conséquences. C'est une bonne idée de mise en scène pour les problématiques adolescentes, puisqu'au travers du fantastique on peut y lire une façon de mettre ses propres doutes, peurs et angoisses en image. Le fantôme, c'est ce qu'elle a finalement peur de devenir, une fille aigrie et rancunière, une personne prête à nuire aux autres pour avoir l'impression d'aller mieux dans sa vie.
C'est une BD qui parlera sans doute beaucoup aux adolescentes qui sont victimes de mal-être, et la BD dégage beaucoup de positif dans la façon dont l'histoire se résout. Il faut accepter d'être différent, de ne pas reporter sa haine sur les autres et de considérer les autres comme ce qu'ils sont : de simples êtres humains faillibles, comme nous.
Le dessin tout en rondeur et en courbe est très joli à l’œil, allant très bien dans le ton de l'histoire mais en gardant la possibilité de devenir plus inquiétant lorsque cela est nécessaire. Il accompagne très bien la BD, donnant une patte plutôt mignonne et jeune, sans faire non plus mièvre ou trop joli.
En somme, une excellente BD jeunesse, autant dans le message (dont l'un sur l'acceptation et la tolérance plutôt bien glissé) que dans le déroulé, qui ne prend jamais le lecteur pour un abruti mais sait développer son histoire autour de ses thématiques. Assez surprenant et bienvenue, comme genre de lecture.
Voilà un album magnifique qui nous relate l'histoire peu banale de Max, jeune marseillais qui va découvrir le rêve de sa vie en feuilletant un documentaire dans une librairie : il sera chasseur arctique ! Forcément, ses potes le charrient, mais à compter de ce jour rien ne pourra dévier Max de cet objectif.
C'est donc ce parcours exceptionnel que Simon Hureau nous relate dans cet album qui transpire d'humanité, que ce soit pour le pire ou le meilleur. Max va donc débarquer sur la côte Est du Groenland à 18 ans dans le village de Tiniteqilaaq à une période charnière pour les autochtones. Le glissement de la vie traditionnelle vers une vie plus sédentaire et "occidentalisée" est en marche et Max va en être le témoin direct.
Pour sa part, lui n'attend qu'une chose : apprendre les us et coutumes locaux pour devenir un chasseur arctique. Si les Inuits le regardent le sourire en coin quand ils voient débarquer le loustic, son abnégation et son opiniâtreté auront raison des apriori locaux, et Max va petit à petit trouver sa juste place dans cet univers implacable. C'est même lui qui va se retrouver à transmettre aux enfants Inuits les savoirs ancestraux qu'il s'est escrimé à apprendre et à redécouvrir.
Simon Hureau réalise ici un album des plus réussis, trouvant un équilibre parfait entre le documentaire à tendance "récit de vie" et le "page turner". On est captivé de bout en bout par sa façon de nous raconter cette vie et son parcours au milieu d'une nature aussi hostile et de cette peuplade qu'il n'est pas facile d'intégrer pour les occidentaux que nous sommes. Son trait tout en douceur et en harmonies, tout comme sa mise en couleur, nous proposent des planches qu'on a le plus grand plaisir à parcourir, surtout quand il s'agit de cette nature sauvage.
Une très belle découverte qui augure une belle rencontre à l'automne prochain, car j'aurai la chance d’accueillir l'auteur dans la médiathèque où je travaille ! L'occasion supplémentaire de lui poser un tas de question sur cet album !
Un comics bichromique au format à l'italienne sans super héros et avec des chiens en guise de protagonistes ?
Voici clairement le genre de bouquins qui ne risque pas de rester en tête de gondole. Et pourtant, passer à côté de ce petit bijou dramatique serait une grave erreur tant sa lecture se fait agréable, aisée et se révèle une jolie tranche de vie.
Mark est un ouvrier qui galère à boucler ses fins de mois. Rénovant des bicoques pour le compte d'un patron malhonnête, il subit sa vie plus qu'il ne la vit. Il doit également faire face à une demande de divorce, gérer ses gosses en bas âge et des parents vieillissants. Dans une époque où Trump va émerger et où la routine prend le pas sur les rêves d'antan, la vie de Mark semble se dissoudre dans un quotidien sinistre...
James Sturm prend le rêve américain à revers dans un récit limpide et d'une banalité. La seule fantaisie vient du fait d'utiliser des animaux anthropomorphes et pourtant le tout est étrangement réaliste. La colorisation ajoute un spleen supplémentaire et souligne la monotonie de cette histoire. Et pourtant une lueur d'espoir rayonne en permanence sur l'ensemble. La grande force de cette histoire est de transformer l'ordinaire en extraordinaire car c'est réellement ce qui surprend à l'issue de cette lecture.
Un véritable petit bijou et une belle leçon de vie qui parlera plus aux quadragénaires qu'aux jeunes louveteaux.
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Saint-Elme
Après lecture des deux premiers tomes, je suis bien accroché, et j’attends avec une certaine impatience la suite ! D’abord je trouve très beau le dessin de Peeters, et très chouette sa colorisation, très tranchée, qui ne joue a priori pas sur le réalisme, mais qui réussit pourtant à nous rendre tangible l’univers développé par Lehman. L’intrigue justement, distille à petites doses les pistes à explorer. Sur un fond de thriller relativement classique, d’embrouilles familiales qui semblent assez tordues, Lehman greffe du fantastique (et c’est là que la colorisation étrangement belle de Peeters prend toute sa force). Je ne sais pas où il veut aller sur ce point, mais ma curiosité est fortement piquée. La narration est vraiment rythmée, c’est violent, tout en ménageant des passages plus calmes, quasi poétiques. Bref, pour le moment, je suis conquis par cette série, et j’espère que l’histoire va retomber sur ses pattes – ou au moins ne pas gâcher par une fin trop abrupte, absconse ou tirée par les cheveux ce scénario qui, pour l’instant, est accrocheur. Et l’arrivée d’un nouveau personnage laisse à penser que rythme et castagnes vont aller en s’accélérant !
Damien - L'Empreinte du vent
Je ne lis presque plus de bandes dessinées, mais quand c'est un prof de ma fille qui est aux crayons, je ne me pose pas de questions et je replonge sans hésiter ! Damien, c'est une voilier de 10 mètres, personnage à part entière d'une aventure autour du monde hors du commun, dont je n'avais jamais entendu parler avant ma lecture ! Réalisé de 1969 à 1973, avec des équipements de navigation qui n'ont rien à voir avec ce que l'on connait aujourd'hui, ce voyage commencé à 3 et terminé à 2 a conduit nos aventuriers d'extrêmes en extrêmes : qu'ils soient climatiques, visuels ou émotionnels et les a surtout transformés humainement parlant, forcément. 168 pages c'est beaucoup, et finalement pas encore assez pour tout raconter, alors j'ai parfois été un peu désarçonnée par les sauts dans le temps et des transitions abruptes mais c'est vraiment pour dire quelque chose ! Le dessin de Vincent est juste magnifique (mer calme ou déchaînée, grand nord, forêt amazonienne, îles paradisiaques, villages perdus ou métropoles gigantesques : on en prend plein les yeux sans les désagréments du voyage !). Bref : je recommande vivement !
Le Travail m'a tué
Directement inspirée de la vague de suicides ayant touché le centre de recherche de Renault il y a quelques années (mais, hélas, d’autres affaires, chez Orange ou ailleurs, sont venues confirmer ce triste phénomène), cet album, au travers de l’exemple de Carlos Perez, montre comment un jeune ingénieur, brillant et motivé, est exploité jusqu’à la trogne par sa hiérarchie (pour satisfaire les demandes de rentabilité des actionnaires). Il n’y a pas de basculement brutal, mais une longue suite de petites violences, de paliers, qui font perdre à cet homme le sens de son travail, ses valeurs, sa vie de famille, pour ne plus être qu’un citron pressé. Lorsqu’il n’y a plus de jus, on le placardise – ce qui entraine son suicide. Nous le savons dès le départ, puisque l’histoire est un flash-back expliquant comment sa veuve se retrouve au tribunal contre la multinationale après la mort de son mari. Je trouve que la démonstration est faite avec finesse – comme l’est le travail d’exploitation des dirigeants. Le renouvellement des cadres, qui multiplient les injonctions parfois contradictoires et irréalisables, le fait que de jeunes loups sortis d’écoles de commerce, uniquement gestionnaires comptables, décident de tout, sans tenir compte de la vie et de l’avis de ceux qui font réellement tourner l’entreprise, est assez inquiétant, mais au combien représentatif de ces « techniques de management », qui sont loin d’avoir cessé, et qui commencent à faire leur œuvre délétère dans le secteur public aussi, avec les mêmes conséquences sur la perte de sens du travail, le mal-être, etc. Sur un sujet d’actualité un peu désespérant, avec un traitement froid, presque clinique, je trouve cet album bien fichu, et d’une lecture très recommandée.
Gaston Lagaffe
Évidemment une valeur sûre. Ce que je préférais étant gosse, les inventions de Gaston. Aussi, dans les premiers albums, il est parfois fait référence à Mr Dupuis, mais on ne le voit jamais à l'image. On voit au mieux ses chaussures, il me semble.
La Croisière des Oubliés
J'ai pris mon temps pour digérer ce récit avant de publier un avis, car un avis hâtif aurait été un avis peu élogieux. Parce-que déjà, faut comprendre! Le scénariste ne tend pas la main au lecteur alors, qu'à cela ne tienne, le lecteur va cogiter un peu. En ce qui me concerne, j'ai eu du mal à saisir le lien entre les 2 parties (naissance de la légende et la légende racontée). Et une fois l'interprétation trouvée, tout s'éclaircit et je découvre alors un petit chef d'œuvre scénaristique, construit aux antipodes de l'artifice. Ma plus grande satisfaction est d'avoir su trouver un sens, un symbole, derrière le personnage le plus mystérieux et anonyme du récit. Le scénario est pour moi la plus grande réussite du récit. Aussi parce-que, ce qui est d'époque pour moi c'est avant tout le graphisme. Je n'étais pas choqué plus que ça à la lecture de La Ville qui n'existait pas, publiée seulement deux ans plus tard et où Bilal a (déjà) évolué. Ici j'avoue, j'aurais certainement dit "bof le dessin" si ça n'était pas Bilal. Mais son coup de crayon m'attire déjà parce-qu'il montre la base de son style, qu'il n'a jamais cessé de faire évoluer. Je respecte les dessinateurs audacieux qui osent passer d'une technique à une autre, mais je respecte tout autant le dessinateur qui s'acharne à perfectionner son style propre. Bilal, contrairement à ce que l'on pourrait penser, représente pour moi la remise en question permanente. Aussi je possède la première édition, donc c'est surtout la colorisation qui pêche et qui vieillit mal! Je comprends la réédition qui permet de remettre la colorisation aux goûts du jour. Par ailleurs, merci à la personne qui a alimenté les illustrations sur la page, on peut comparer le avant/après. Enfin, il y avait l'importance de capter les messages portés par les auteurs, leur position politique sur des thèmes sociétaux. J'ai fait un petit tour des avis pour savoir où me trouver je dois dire, et je me joins à Bamiléké pour dire que, moi non plus, je n'ai pas trop saisi le côté régionalisme. En fait, je vois plus grand que ça, ça prend une ampleur nationale et le soutien populaire traverse les régions survolées par les villageois. C’est donc toute une population nationale, populaire, qui fustige les activités militaires et industrielles. Le seul thème qui aurait une étendue locale (mais toujours pas régionaliste pour moi), c'est celui de l'écologie, où les habitants blâment la dégradation de l'écosystème entourant le village, à cause là encore des expériences militaires et des usines qui dégueulent des déchets industriels dans la nature. Dans l'ensemble, il y a un pan poétique qui se cache derrière le comportement des villageois, surtout lorsque ceux-ci découvrent le monde "pour la première fois", en outrepassant les frontières de leur village natal. Il manque le dessin pour que je sois dans la contemplation poétique, mais le ton est présent lorsqu'ils surplombent la Terre et je l'ai bien accueilli. La saga "Légendes d'aujourd'hui" porte vraiment bien son nom, et je suis agréablement surpris de sa cohérence jusqu'ici. En effet, je retrouve une certaine homogénéité avec La Ville qui n'existait pas, que j'ai autrement apprécié. Je crois qu'il me reste Le Vaisseau de Pierre et Les Phalanges de l'ordre noir à découvrir... Les légendes vivent toujours, avec des sujets toujours actuels, donc je vous invite clairement à les faire vivre encore!
Sara Lone
On a là une bonne série du genre polar/thriller. Servie par un chouette dessin d’abord. Un trait réaliste, très fin, précis, dynamique, avec des cadrages assez cinématographiques. C’est du bon boulot et cela aide à la fluidité de la lecture. A noter que la couverture du premier tome nous montre une Sara jolie et aguicheuse. Et pourtant, au rebours de la quasi-totalité des séries du même genre, aucune case ne joue sur la sensualité, aucune scène de sexe. Si l’héroïne est jolie, elle ne joue pas de ses charmes, et les auteurs non plus. L’intrigue est bien fichue, recyclant agréablement quelques classiques du genre. Sara se trouve embarquée dans les mailles des services secrets, pour échapper à celles de mafieux. Ajoutez à cela une chasse au trésor (qui lui attire de nouveaux ennemis, toujours sous la surveillance de son chaperon des services secrets), les premiers épisodes sont orientés polars. Les deux derniers tournent plutôt au thriller politique, Sara devenant un pion dans les luttes d’influence au sommet de l’État, alors que Kennedy et ses conseillers se querellent à propos de Cuba. Le dernier album ressemble à quelques passages de XIII, autour de l’assassinat de Kennedy. Si les auteurs avaient d’emblée choisi de finir en 4 tomes, la fin du quatrième est franchement ouverte, et aurait pu, ou pourrait donner lieu à une suite. Sans être hyper originale, cette série est d’une lecture très agréable, et donc recommandable.
Clapas
Comme Ro, j’ai trouvé quelques faiblesses (par exemple le fait que les fuyards ne demandent clairement de l’aide à aucun des villageois rencontrés dans la fête, on aurait pu s’attendre à une tentative de « tout pour le tout »). Mais la fin, effectivement abrupte, et par certains aspects, incomplète, ne me frustre pas outre mesure, elle laisse en suspens des questions, certes, mais surtout une certaine angoisse. Pour le reste, j’ai plutôt apprécié cette lecture. Nous suivons un groupe de personnages, réunis par le hasard d’une route coupée par un éboulis, et qui vont se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, face à une famille un peu spéciale. Cela a parfois des airs de « Délivrance » dans la Drôme. Une fois la mauvaise rencontre effectuée, c’est très rythmé, on ne s’ennuie pas. C’est un bon thriller campagnard, dans de très beaux décors. Le dessin – des personnages surtout, ressemble à celui de Davodeau. Une lecture sympathique en tout cas. Note réelle 3,5/5.
La Vie hantée d'Anya (Le Fantôme d'Anya)
J'avais envie de lire cette BD depuis un long moment et je n'ai pas été déçu. Elle s'inscrit en droite ligne des BD jeunesse qui convienne tout aussi bien aux ados qu'aux adultes, même si c'est plutôt cette première catégorie qui est visée. L'histoire est finalement assez banale d'une adolescente mal dans sa peau, fille de parents immigrés qui ne supporte pas son accent et son apparence. Elle découvre un fantôme et se lie d'amitié avec, entrainant un tas de conséquences. C'est une bonne idée de mise en scène pour les problématiques adolescentes, puisqu'au travers du fantastique on peut y lire une façon de mettre ses propres doutes, peurs et angoisses en image. Le fantôme, c'est ce qu'elle a finalement peur de devenir, une fille aigrie et rancunière, une personne prête à nuire aux autres pour avoir l'impression d'aller mieux dans sa vie. C'est une BD qui parlera sans doute beaucoup aux adolescentes qui sont victimes de mal-être, et la BD dégage beaucoup de positif dans la façon dont l'histoire se résout. Il faut accepter d'être différent, de ne pas reporter sa haine sur les autres et de considérer les autres comme ce qu'ils sont : de simples êtres humains faillibles, comme nous. Le dessin tout en rondeur et en courbe est très joli à l’œil, allant très bien dans le ton de l'histoire mais en gardant la possibilité de devenir plus inquiétant lorsque cela est nécessaire. Il accompagne très bien la BD, donnant une patte plutôt mignonne et jeune, sans faire non plus mièvre ou trop joli. En somme, une excellente BD jeunesse, autant dans le message (dont l'un sur l'acceptation et la tolérance plutôt bien glissé) que dans le déroulé, qui ne prend jamais le lecteur pour un abruti mais sait développer son histoire autour de ses thématiques. Assez surprenant et bienvenue, comme genre de lecture.
Sermilik - Là où naissent les glaces
Voilà un album magnifique qui nous relate l'histoire peu banale de Max, jeune marseillais qui va découvrir le rêve de sa vie en feuilletant un documentaire dans une librairie : il sera chasseur arctique ! Forcément, ses potes le charrient, mais à compter de ce jour rien ne pourra dévier Max de cet objectif. C'est donc ce parcours exceptionnel que Simon Hureau nous relate dans cet album qui transpire d'humanité, que ce soit pour le pire ou le meilleur. Max va donc débarquer sur la côte Est du Groenland à 18 ans dans le village de Tiniteqilaaq à une période charnière pour les autochtones. Le glissement de la vie traditionnelle vers une vie plus sédentaire et "occidentalisée" est en marche et Max va en être le témoin direct. Pour sa part, lui n'attend qu'une chose : apprendre les us et coutumes locaux pour devenir un chasseur arctique. Si les Inuits le regardent le sourire en coin quand ils voient débarquer le loustic, son abnégation et son opiniâtreté auront raison des apriori locaux, et Max va petit à petit trouver sa juste place dans cet univers implacable. C'est même lui qui va se retrouver à transmettre aux enfants Inuits les savoirs ancestraux qu'il s'est escrimé à apprendre et à redécouvrir. Simon Hureau réalise ici un album des plus réussis, trouvant un équilibre parfait entre le documentaire à tendance "récit de vie" et le "page turner". On est captivé de bout en bout par sa façon de nous raconter cette vie et son parcours au milieu d'une nature aussi hostile et de cette peuplade qu'il n'est pas facile d'intégrer pour les occidentaux que nous sommes. Son trait tout en douceur et en harmonies, tout comme sa mise en couleur, nous proposent des planches qu'on a le plus grand plaisir à parcourir, surtout quand il s'agit de cette nature sauvage. Une très belle découverte qui augure une belle rencontre à l'automne prochain, car j'aurai la chance d’accueillir l'auteur dans la médiathèque où je travaille ! L'occasion supplémentaire de lui poser un tas de question sur cet album !
Hors-saison
Un comics bichromique au format à l'italienne sans super héros et avec des chiens en guise de protagonistes ? Voici clairement le genre de bouquins qui ne risque pas de rester en tête de gondole. Et pourtant, passer à côté de ce petit bijou dramatique serait une grave erreur tant sa lecture se fait agréable, aisée et se révèle une jolie tranche de vie. Mark est un ouvrier qui galère à boucler ses fins de mois. Rénovant des bicoques pour le compte d'un patron malhonnête, il subit sa vie plus qu'il ne la vit. Il doit également faire face à une demande de divorce, gérer ses gosses en bas âge et des parents vieillissants. Dans une époque où Trump va émerger et où la routine prend le pas sur les rêves d'antan, la vie de Mark semble se dissoudre dans un quotidien sinistre... James Sturm prend le rêve américain à revers dans un récit limpide et d'une banalité. La seule fantaisie vient du fait d'utiliser des animaux anthropomorphes et pourtant le tout est étrangement réaliste. La colorisation ajoute un spleen supplémentaire et souligne la monotonie de cette histoire. Et pourtant une lueur d'espoir rayonne en permanence sur l'ensemble. La grande force de cette histoire est de transformer l'ordinaire en extraordinaire car c'est réellement ce qui surprend à l'issue de cette lecture. Un véritable petit bijou et une belle leçon de vie qui parlera plus aux quadragénaires qu'aux jeunes louveteaux.