Je découvre en rédigeant cet avis que je n'ai lu que le premier tome de ce qui s'apparente finalement à une série, mais dont les autres tomes me semblent très franchement dispensable (notamment au vu des avis laissés par les autres posteurs). Je laisse finalement mon avis, parce que ce premier tome est largement suffisant en lui-même et que je ne pense pas acheter ou lire la suite, qui ne m'intéresse pas vraiment.
Sarkozy est un monstre de Frankenstein, sorte de créature combinant des morceaux de tout mais qui n'est rien en essence. Ce président fut l'un des pires que j'ai connu et encore aujourd'hui je suis étonné de ce qu'il fut. En tant qu'humain, il me fait froid dans le dos. Je trouve surtout que son aspect ultra-communiquant doublé d'un abandon total de morale ou de conscience politique en font une créature fascinante, sorte de marionnette qui prend le vent pour toujours être tendance.
Cette BD est une parfaite explication de l'origine de ce président hyper-actif, politicien habitué à se médiatiser et qui s'est sans cesse mis en avant dans les médias, trahissant tout le monde sans jamais s'engager dans une volonté politique. La BD est amusante avec ses caricatures, assez reconnaissable, même si je trouve que le ton global est bien plus grinçant qu'amusant.
Cette BD est une très bonne synthèse de Sarkozy pré-élection, celui qui veut devenir calife à la place du calife. En lisant la BD, j'ai trouvé que c'était édifiant à quel point le système politique français est un nid de crabe, ou une mare de requins. Chacun se connait ou se côtoie, mélangé dans des partis qui semblent progressivement ne plus rien dire. Le constat final semble plutôt être la perte totale de valeur politique en France, et ce quel que soient les partis. Ce qui semble confirmer le désintérêt de la population pour les élections vues ces dernières années. Sarkozy est le premier de ces nouveaux politiciens, ambitieux, sans scrupules et sans programme (ça me rappelle quelqu'un d'autre, tiens ...). C'est effarant de voir ce qu'il est et d'où il vient. Une bd instructive et drôle, mais aussi glaçante quand on voit la politique de ces dernières années. J'attends avec impatience la même sur Macron. Ou peut-être pas en fait ...
La série de Ptiluc est bien loin de l'émission TV du même nom où s'opposaient des villes européennes dans une ambiance bon enfant.
Des enfants, Ptiluc en met en scène de nombreuses fois mais il manie plus facilement la Kalashnikov que la piscine à boules. Ptiluc nous propose une randonnée très acide dans une Afrique Centrale postcoloniale où l'état de droit est une notion illusoire.
Nos trois idéalistes de TSF sont pris au piège de leurs bons sentiments confrontés à une réalité qui les fait vivre et exister quand ils en sont "extérieurs" mais qui se montre cruelle dès qu'ils deviennent des acteurs intérieurs comme les autres.
Ptiluc possède une bonne connaissance de l'Afrique même s’il force le trait, ses nombreuses anecdotes pour être féroces sont souvent drôles et finement observées avec un brin de cynisme et de désillusion. C'est un "pamphlet respectueux" de l'action des ONG ou du Star system où la thématique de" qui fait vivre qui ?" est toujours présente.
Le scénario est tout de même un peu trop pessimiste car qui occulte les forces créatrices et de renouvellement du continent.
Le graphisme caricatural convient très bien à l'ambiance du récit. Il y a beaucoup de dynamisme dans les épisodes rocambolesques de nos trois humanitaires. Peu ou pas d'extérieurs, tout est concentré sur le comique amer des personnages. Une mention spéciale aux enfants soldats dont la cruauté n'a d'égal que leur insouciance.
Une lecture, drôle au second degré, qui n'a malheureusement rien perdu de son actualité tellement l'Afrique est victime de ses nombreux conflits.
Cette BD m'intéressait beaucoup après mes lectures sur l'Iran moderne (avec Mana Neyestani ou Marjane Satrapi, par exemple) pour découvrir et comprendre comment vivent les jeunes iraniens dans un pays ressemblant parfois à une dictature kafkaïenne et religieuse.
La Bd est un documentaire qui donne la parole aux jeunes du pays, façon assez sympathique de faire puisqu'au lieu d'une analyse extérieure de cette société, nous avons des personnes directement impliquées dedans. Cette compilation de témoignages donne un aperçu assez édifiant de la façon de vivre en Iran, ses amours, sa sexualité et son couple. Les différentes stratagèmes qu'ils doivent utiliser pour gruger la police et le pouvoir, la peur permanente avant le mariage, les conséquences de tout ceci ... Certains témoignages sont tristes malgré une censure qui se sent dans ce qu'ils disent. Les auteurs ont sans doute relatés pleinement ce qu'ils ont entendus, mais on sent que les personnes interrogées se censurent elles-même dans certains cas. C'est triste et édifiant, surtout la façon dont ce pouvoir se met en place dans tout les aspects de la vie, inquiétant même lorsqu'il n'est pas présent.
Le dessin très joli rajoute à l'ensemble. C'est très doux, très calme avec des petites métaphores bien trouvées dans les représentations pour les mollahs et les institutions. Je trouve que l'idée de représenter le couple et son ressenti global lorsqu'ils voyagent dans le pays est une excellente chose. Même en touristes ils sentent la pression constante d'une surveillance en tout lieu.
Franchement, recommandé pour peu que vous vous intéressiez à l'Iran. C'est un excellent documentaire que je ne peux que conseiller pour se rendre compte du pouvoir des religieux dans ce coin du monde. Une BD qui, franchement, vaut la lecture.
« Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Ces paroles de Margarita Maldonardo, l’une des représentantes de cette communauté aujourd’hui au bord de l’extinction, ont sans doute constitué un argument déterminant pour inciter les auteurs à nous offrir ce documentaire. Un documentaire captivant en forme de puzzle, mâtiné de fiction et de poésie, sur cette communauté ethnique de Patagonie qui fut victime à la fin du XIXe siècle d’un génocide, reconnu comme tel par le gouvernement chilien en 2003.
Si le terme « Selk’Nams » n’évoque rien pour la plupart d’entre nous, les images représentant des êtres au corps peints de motifs géométriques ou revêtus d’étranges accoutrements feront peut-être émerger du plus profond de notre mémoire une vague sensation de familiarité. Ces personnages, on pourra sans nul doute les retrouver sous forme de poupées dans les échoppes touristiques des régions proches de la Terre de feu, à l’extrême sud du continent sud-américain. Triste destin pour un petit peuple qui vivait en toute liberté avant que les colonisateurs blancs ne viennent les exterminer pour mieux s’approprier leurs terres qu’ils prétendaient désertes…
Ainsi, il pourrait paraître difficile d’évoquer avec justesse ce peuple « sauvage » (dans le bon sens du terme) et magnifique, a fortiori dans une bande dessinée de 140 pages, peuple dont il ne nous reste que des récits fragmentés, des clichés jaunis et des témoignages oraux par de très rares descendants qui vivent désormais à l’occidentale. C’est ce que se sont efforcés de faire Carlos Reyes (chercheur, enseignant, scénariste et éditeur de BD !) et Rodrigo Elgueta, dessinateur, tous les deux déjà co-auteurs des « Années Allende », album phénomène traduit dans le monde entier. On peut dire que l’objectif est atteint et que l’ouvrage constitue un superbe hommage à ces mystérieux Selk’Nams, dont la disparition brutale et l’ « omerta » qui a longtemps prévalu sont inversement proportionnelles au regain d’intérêt qu’ils suscitent aujourd’hui.
Il ne suffit pas de se donner bonne conscience en s’intéressant à leur culture comme on assisterait avec une fausse bienveillance à une danse folklorique ou comme on lirait un livre d’Histoire, non. Il serait judicieux de comprendre comment, au-delà des légendes caricaturales qui alimentaient l’aura des navigateurs au long cours et faisaient rêver les foules d’Europe, ces hommes et ces femmes arrivaient à vivre en parfaite osmose avec les éléments. Un monde perdu qui s’éloigne du nôtre à la vitesse des galaxies, de notre monde qui, lui, a perdu ses racines, et c’est sans doute en partie ce qui provoque cette fascination et cet intérêt renouvelé.
Les deux auteurs chiliens nous aident à entamer ce processus, et y parviennent, malgré une narration dense et prolixe pour les passages historiques et documentaires, mais entrecoupée de passages plus silencieux (une telle culture où la transmission était orale ne peut en effet se limiter à des mots) pour tenter de retracer sur un mode fictionnel et poétique l’état d’esprit d’une communauté dont les mœurs se situaient à des années lumière de la prétendue civilisation européenne lors du premier contact. Considérons les propos de Sandra Rogel, cette jeune femme chilienne « poétesse de terre de feu », qui en tant que petite fille ignorait tout des indigènes de son propre pays — et pour cause. A un moment du livre, celle-ci affirme que, contrairement à l’aspect intellectuel qui motive aujourd’hui la curiosité croissante envers les peuples originaires, ce sont l’empathie et l’émotionnel qui lui ont été indispensables pour aborder l’univers des Selk-Nams, dont la vision du monde était fondée sur des mythes primordiaux ainsi qu’une spiritualité complexe et ritualisée. Des notions dont nous éloigne chaque jour un peu plus chaque jour notre technologie informatique addictive. Mais il semblerait que les esprits des Grands Anciens ne veulent pas mourir et cherchent désormais à se faufiler dans les canaux de communication moderne pour faire entendre leur voix, « eux, les Selk’Nams », et à l’évidence, cette bande dessinée en est un. Alors que le monde est au bord du gouffre, la spiritualité ne serait-elle pas notre planche de salut, si toutefois il n’était pas déjà trop tard ?
Sur le plan du dessin, Rodrigo Elgueta n’hésite pas à alterner des styles variés pour distinguer les différents modes de récit. Plus académique et réaliste pour la partie documentaire ou historique, plus esquissé et plus imprécis pour les passages « fictionnels » concernant notamment la mythologie Selk’Nam. Ou encore, lorsque par exemple il évoque « l’Odyssée de Magellan », le dessinateur s’inspire du style Renaissance des gravures d’époque représentant les grandes expéditions maritimes… Elgueta possède une maîtrise certaine du noir et blanc, et son approche un rien disparate est un compromis parfait entre méticulosité et liberté.
« Nous, les Selk’Nams » est une lecture certes exigeante dans le sens où elle peut sembler touffue et aller dans tous les sens, mais l’on est facilement captivé par ce récit riche d’enseignements, et pas seulement historique. Il s’agit là d’une œuvre de transmission destinée à éveiller les consciences face à la léthargie généralisée, une œuvre témoignage qui n’a pas vocation à dormir dans une bibliothèque scrupuleusement rangée. Pour les Selk’Nams – et pour tous les autres peuples amérindindiens et aborigènes en voie d’extinction ou dénaturés - que nous, l’Homme soi-disant civilisé, n’avons pas su écouter il y a un siècle, serions-nous disposés à faire amende honorable en mettant la pression sur la zone empathique de notre cortex ? Chacun réagira évidemment à cette question en son ÂME et CONSCIENCE, la première étape avant de se prononcer étant peut-être de découvrir cette bande dessinée très enrichissante…
Malgré une couverture sombre et peu engageante, je suis tombé sur cet album qui est le tome 1 d'un diptyque fantastique, et pourtant je l'avais déja brassé plusieurs fois et je n'avais pas percuté, ni ouvert l'album pour entrevoir le dessin ; j'ai de la chance de le trouver dans la seule petite bibli de ma commune qui n'est pas fermée pour cause de congé estival. Ils doivent aimer le fantastique, je leur avais déja fait acheter la série Aspic Détectives de l'étrange du même Lamontagne, sauf que là, il ne dessine pas mais scénarise.
C'est tout à fait le fantastique que j'aime, une histoire de manoir gothique aux sombres secrets avec une porte interdite menant vers un autre monde ; il me semble avoir vu ça dans des films d'horreur, c'est un concept assez courant dans le genre. Lamontagne semble avoir puisé son inspiration dans les contes fantastiques, le début est très classique, les personnages sont bien posés, on sent un ton ténébreux, et puis vers le milieu ça s'anime et ça bascule dans un fantastique gothique grand teint. On a beau être au Canada, on se croierait carrément dans un manoir anglais, avec une ambiance très britannique à la Edgar Poe, j'adore ça... j'adore ce genre de bande qui développe un vrai fantastique d'épouvante, de maléfices, d'étrangeté, de peur et de monstres démoniaques, surtout avec une telle qualité graphique.
Car ce qui accentue et sert parfaitement cette ambiance maléfique envoûtante, c'est le dessin superbe de Ma Yi, très soigné et policé, aussi bien sur les décors du manoir que sur les créatures terrifiantes qui peuplent ce monde effrayant. J'ai dû croiser ce dessinateur sur des albums de la série Elfes, mais comme la ligne graphique était uniformisée, je la trouvais très esthétique mais aucun dessinateur ne sortait du lot, ils étaient tous bons. Alors que là, je peux admirer le soin et la précision graphique, c'est un vrai plaisir, et c'est tout à fait le style de dessin que j'aime retrouver sur une Bd fantastique gothique, comme dans les tomes de la collection 1800 de Soleil.
La fin d'album est suffisamment saisissante et ouvre de belles perspectives pour nous faire baver dans l'attente d'un tome 2 que j'espère aussi exceptionnel
J’ai un temps été lecteur compulsif de Camus, et, parmi les récits, L’Étranger était clairement celui qui m’avait le plus captivé. On ne peut pas rester insensible à ce personnage, sa personnalité, son comportement, et cette histoire qui vire à l’absurde le plus noir.
Étranger aux autres, il est condamné lors d’un procès où on le juge comme s’il en était absent. C’est son indifférence, son manque d’empathie visible, son étrange atonie que l’on condamne. Ne pas avoir pleuré à la mort de sa mère plus que d’avoir tué un Arabe.
J’ai aimé me replonger dans cette histoire, ici sobrement mise en images par un autre amoureux de l’Algérie, Ferrandez. Qui a fait le bon choix de ne pas changer grand-chose au texte, froid, dérangeant, de Camus. C’est en tout cas une belle adaptation, d’un livre que je vous conseille de lire si ce n’est déjà fait.
Note réelle 3,5/5.
C’est un album que j’avais eu l’occasion de feuilleter il y a longtemps, et que je n’avais alors pas acheté, faute de budget suffisant cette fois-là. Etant tombé sur la dernière réédition, j’ai immédiatement craqué. Il faut dire que la couverture des éditions Hélice Hélas (quel nom ! – qui fait penser à La grande vadrouille) est très chouette.
Résumer les courts chapitres composant cette histoire n’est pas aisé, et n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable, c’est à découvrir. Disons que c’est une œuvre d’une grande simplicité, d’une grande beauté, mais qui donnera toute sa mesure pour les lecteurs prêts à accepter une poésie pleine de force. Il y a là comme un rêve « réveillé » – un peu du Little Nemo de McCay.
Dès le début, un scaphandrier qui vit sous les océans remonte à la surface pour chercher un arbre dont il a une photo dans un cadre chez lui. L’inversion est dépaysante, et la suite est fluide. Il y a bien une histoire, ce ne sont pas que des bribes d’idées agrégées artificiellement. La volonté d’aller jusqu’au bout de ses rêves, malgré les obstacles (la soldatesque, une certaine réalité), au milieu des fées et des anges, voilà le fil rouge.
Quant au dessin, simple, je l’ai dit, il a un rendu des plus jolis, et l’aspect crayonné accentue le côté récit de rêve. C’est un album vraiment original, sous le charme duquel on reste bien après l’avoir refermé.
Voila un beau roman graphique que j'avais emprunté sans trop réfléchir !
En effet, je pensais que j'allais lire un documentaire sérieux sur des femmes choisissant l'agriculture comme métier et en fait c'est un roman graphique qui traite surtout de la place des femmes dans ce milieu très machiste. Si j'ai bien compris, les personnages sont fictifs, mais c'est basé sur des témoignages de vraies femmes agricultrices. En tout cas, tout semble crédible. On suit trois femmes qui ont un parcours différent, tant au niveau professionnel qu'au niveau personnel (une est célibataire, une autre est mariée avec enfants et la troisième est lesbienne et en couple), ce qui permet de voir différents points de vues.
On va donc suivre les femmes dans leurs vies de tous les jours et surtout victimes du sexisme ordinaire: considérées comme de simples employés même lorsqu'elles sont les patronnes, considérées comme trop faible pour certaines tâches, blagues sexistes, remarques condescendantes même lorsque c'est censé être positif, etc et etc. C'est bien raconté, la narration est fluide et les personnages sont attachants. L'autrice fait passer des messages sans que ce soit trop lourd, et il y a des réflexions très intéressantes qui se dégagent de l'album.
En tout cas, un one-shot que j'invite les autres hommes à lire !
J'ai lu cette série sans trop me renseigner sur ce dont elle parlait, attiré plus par les dessins et les commentaires élogieux des posteurs du site. Et j'ai bien fait, puisque cette série est très sympathique et agréable mais surtout destinée à un public de plus jeunes. C'est la grande force de cette série, qui tiens surtout dans les personnages féminins qui sont représentées ici et forment toute le cœur de l'histoire.
Bien que la série soit découpée en quatre volumes, chacun portant le nom d'une des filles de la famille, les volumes ne sont pas uniquement centrée sur elle. On voit évoluer les protagonistes autour, mais chaque histoire comporte un arc pour l'une des protagonistes. Cela dit, j'ai une réserve sur le fait qu'on voit plus certain personnages que d'autres (comme Bettina qui me semble apparaitre assez régulièrement au détriment de Hortense ou Geneviève, par exemple).
Mais c'est une histoire très mignonne qui nous est racontée, touchant à divers sujets (la mort, le deuil, l'amour, la famille ...) et brossant des portraits qui sonnent plutôt réalistes, je dois bien le dire. C'est en ce sens que la série parlera probablement plus aux jeunes filles (et garçons aussi d'ailleurs), puisque c'est une série qui présente plusieurs façons d'être et de vivre, mais avec toujours de la nuance et des faiblesses. Aucune fille n'est monolithique dans la série, et c'est très agréable dans un âge où l'on peut être en recherche de modèle.
Le dessin est très joli, en couleur pastels et en ambiances de bord de mer. Ça a un charme qui me rappelle des couvertures de livres jeunesses que je dévorais plus jeune. Je trouve aussi que ça apporte une légèreté bienvenue dans les moments plus dramatiques, qui semblent parfois vu du point de vue d'un enfant et plus "accessible" sans pour autant dédramatiser une situation. Bref, une excellente façon de représenter l'ensemble.
C'est une série qui a quelques petits défauts à mes yeux mais qui passe largement par-dessus. C'est le genre de séries que je recommande si vous avez des jeunes filles dans votre entourage, qu'elle puisse lire et s'identifier à des personnes qui ne sont pas des potiches ou des marie-sue, mais de vrais personnages construits et avec leurs faiblesses et leurs forces. D'ailleurs le cadre, la façon dont ces filles s'organisent et la maison donneront surement des idées (parce qu'il faut avouer que ça donne envie !). Bref, une très bonne série jeunesse qui réussit dans son exercice !
"Les Ombres de la Sierra Madre" est un western atypique dans la mesure où il s'écarte de la période traditionnelle du western, mais en ce début de 20ème siècle, les Apaches Chiricahuas qui peuplent encore la Sierra Madre sont bien là, et tous les éléments et codes du western sont présents, mêlés à un contexte historique réel, ce qui est expliqué dans le dossier à la fin du tome 1 qui éclaire ce contexte. Il n'y a pas de modernisme, toute l'action se déroule dans des décors arides, on pourrait donc se croire dans un western des années 1880, car pour les Apaches, rien dans leur environnement n'a beaucoup changé, si ce n'est la culture des Blancs.
De ce fait, ce sujet a rarement été abordé de cette façon, car des personnages sont réels, et il y eut bien vers 1920-1923 des Apaches, derniers descendants de Geronimo, qui ont tenté de vivre dans leur habitat naturel au mépris des traités et des parcages en réserves imposés par le gouvernement des Etats-Unis qui n'a jamais su, voulu et pu comprendre cette ethnie. Cet épisode est très peu connu, il est même peu évoqué par J.L. Rieupeyrout dans son Histoire du Far West, ça m'a étonné. A travers Moroni Fenn, sorte d'anti-héros tourmenté par ses démons intérieurs ramenés des tranchées d'Argonne de 14-18, ce récit est une évocation intéressante du crépuscule de ces guerriers du désespoir ; à cela se greffent des Mormons qui se sont réfugiés dans ce territoire mexicain, et une gamine apache sauvée par le héros des mains d'un ignoble salopard.
Le scénario est bien ficelé, le déroulement est classique dans la forme, le ton est âpre et violent, l'atmosphère est bien rendue, malgré un dessin qui manque un peu de souplesse et de fonds travaillés, mais que j'apprécie parce qu'il sonne bien western et qu'il est suffisamment évocateur. C'est le troisième western de Daniel Brecht que je lis après Death Mountains et L'Or de Morrison, je me suis donc habitué à son style graphique ; ici, il réussit un western prenant et bien rythmé, avec un final surprenant.
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La Face karchée de Sarkozy
Je découvre en rédigeant cet avis que je n'ai lu que le premier tome de ce qui s'apparente finalement à une série, mais dont les autres tomes me semblent très franchement dispensable (notamment au vu des avis laissés par les autres posteurs). Je laisse finalement mon avis, parce que ce premier tome est largement suffisant en lui-même et que je ne pense pas acheter ou lire la suite, qui ne m'intéresse pas vraiment. Sarkozy est un monstre de Frankenstein, sorte de créature combinant des morceaux de tout mais qui n'est rien en essence. Ce président fut l'un des pires que j'ai connu et encore aujourd'hui je suis étonné de ce qu'il fut. En tant qu'humain, il me fait froid dans le dos. Je trouve surtout que son aspect ultra-communiquant doublé d'un abandon total de morale ou de conscience politique en font une créature fascinante, sorte de marionnette qui prend le vent pour toujours être tendance. Cette BD est une parfaite explication de l'origine de ce président hyper-actif, politicien habitué à se médiatiser et qui s'est sans cesse mis en avant dans les médias, trahissant tout le monde sans jamais s'engager dans une volonté politique. La BD est amusante avec ses caricatures, assez reconnaissable, même si je trouve que le ton global est bien plus grinçant qu'amusant. Cette BD est une très bonne synthèse de Sarkozy pré-élection, celui qui veut devenir calife à la place du calife. En lisant la BD, j'ai trouvé que c'était édifiant à quel point le système politique français est un nid de crabe, ou une mare de requins. Chacun se connait ou se côtoie, mélangé dans des partis qui semblent progressivement ne plus rien dire. Le constat final semble plutôt être la perte totale de valeur politique en France, et ce quel que soient les partis. Ce qui semble confirmer le désintérêt de la population pour les élections vues ces dernières années. Sarkozy est le premier de ces nouveaux politiciens, ambitieux, sans scrupules et sans programme (ça me rappelle quelqu'un d'autre, tiens ...). C'est effarant de voir ce qu'il est et d'où il vient. Une bd instructive et drôle, mais aussi glaçante quand on voit la politique de ces dernières années. J'attends avec impatience la même sur Macron. Ou peut-être pas en fait ...
Jeux sans frontière
La série de Ptiluc est bien loin de l'émission TV du même nom où s'opposaient des villes européennes dans une ambiance bon enfant. Des enfants, Ptiluc en met en scène de nombreuses fois mais il manie plus facilement la Kalashnikov que la piscine à boules. Ptiluc nous propose une randonnée très acide dans une Afrique Centrale postcoloniale où l'état de droit est une notion illusoire. Nos trois idéalistes de TSF sont pris au piège de leurs bons sentiments confrontés à une réalité qui les fait vivre et exister quand ils en sont "extérieurs" mais qui se montre cruelle dès qu'ils deviennent des acteurs intérieurs comme les autres. Ptiluc possède une bonne connaissance de l'Afrique même s’il force le trait, ses nombreuses anecdotes pour être féroces sont souvent drôles et finement observées avec un brin de cynisme et de désillusion. C'est un "pamphlet respectueux" de l'action des ONG ou du Star system où la thématique de" qui fait vivre qui ?" est toujours présente. Le scénario est tout de même un peu trop pessimiste car qui occulte les forces créatrices et de renouvellement du continent. Le graphisme caricatural convient très bien à l'ambiance du récit. Il y a beaucoup de dynamisme dans les épisodes rocambolesques de nos trois humanitaires. Peu ou pas d'extérieurs, tout est concentré sur le comique amer des personnages. Une mention spéciale aux enfants soldats dont la cruauté n'a d'égal que leur insouciance. Une lecture, drôle au second degré, qui n'a malheureusement rien perdu de son actualité tellement l'Afrique est victime de ses nombreux conflits.
Love story à l'iranienne
Cette BD m'intéressait beaucoup après mes lectures sur l'Iran moderne (avec Mana Neyestani ou Marjane Satrapi, par exemple) pour découvrir et comprendre comment vivent les jeunes iraniens dans un pays ressemblant parfois à une dictature kafkaïenne et religieuse. La Bd est un documentaire qui donne la parole aux jeunes du pays, façon assez sympathique de faire puisqu'au lieu d'une analyse extérieure de cette société, nous avons des personnes directement impliquées dedans. Cette compilation de témoignages donne un aperçu assez édifiant de la façon de vivre en Iran, ses amours, sa sexualité et son couple. Les différentes stratagèmes qu'ils doivent utiliser pour gruger la police et le pouvoir, la peur permanente avant le mariage, les conséquences de tout ceci ... Certains témoignages sont tristes malgré une censure qui se sent dans ce qu'ils disent. Les auteurs ont sans doute relatés pleinement ce qu'ils ont entendus, mais on sent que les personnes interrogées se censurent elles-même dans certains cas. C'est triste et édifiant, surtout la façon dont ce pouvoir se met en place dans tout les aspects de la vie, inquiétant même lorsqu'il n'est pas présent. Le dessin très joli rajoute à l'ensemble. C'est très doux, très calme avec des petites métaphores bien trouvées dans les représentations pour les mollahs et les institutions. Je trouve que l'idée de représenter le couple et son ressenti global lorsqu'ils voyagent dans le pays est une excellente chose. Même en touristes ils sentent la pression constante d'une surveillance en tout lieu. Franchement, recommandé pour peu que vous vous intéressiez à l'Iran. C'est un excellent documentaire que je ne peux que conseiller pour se rendre compte du pouvoir des religieux dans ce coin du monde. Une BD qui, franchement, vaut la lecture.
Nous, les Selk’Nams
« Utilisez vos outils de diffusion et racontez que nous, les Selk’Nams, nous sommes toujours vivants. C’est comme ça que vous pouvez nous aider ». Ces paroles de Margarita Maldonardo, l’une des représentantes de cette communauté aujourd’hui au bord de l’extinction, ont sans doute constitué un argument déterminant pour inciter les auteurs à nous offrir ce documentaire. Un documentaire captivant en forme de puzzle, mâtiné de fiction et de poésie, sur cette communauté ethnique de Patagonie qui fut victime à la fin du XIXe siècle d’un génocide, reconnu comme tel par le gouvernement chilien en 2003. Si le terme « Selk’Nams » n’évoque rien pour la plupart d’entre nous, les images représentant des êtres au corps peints de motifs géométriques ou revêtus d’étranges accoutrements feront peut-être émerger du plus profond de notre mémoire une vague sensation de familiarité. Ces personnages, on pourra sans nul doute les retrouver sous forme de poupées dans les échoppes touristiques des régions proches de la Terre de feu, à l’extrême sud du continent sud-américain. Triste destin pour un petit peuple qui vivait en toute liberté avant que les colonisateurs blancs ne viennent les exterminer pour mieux s’approprier leurs terres qu’ils prétendaient désertes… Ainsi, il pourrait paraître difficile d’évoquer avec justesse ce peuple « sauvage » (dans le bon sens du terme) et magnifique, a fortiori dans une bande dessinée de 140 pages, peuple dont il ne nous reste que des récits fragmentés, des clichés jaunis et des témoignages oraux par de très rares descendants qui vivent désormais à l’occidentale. C’est ce que se sont efforcés de faire Carlos Reyes (chercheur, enseignant, scénariste et éditeur de BD !) et Rodrigo Elgueta, dessinateur, tous les deux déjà co-auteurs des « Années Allende », album phénomène traduit dans le monde entier. On peut dire que l’objectif est atteint et que l’ouvrage constitue un superbe hommage à ces mystérieux Selk’Nams, dont la disparition brutale et l’ « omerta » qui a longtemps prévalu sont inversement proportionnelles au regain d’intérêt qu’ils suscitent aujourd’hui. Il ne suffit pas de se donner bonne conscience en s’intéressant à leur culture comme on assisterait avec une fausse bienveillance à une danse folklorique ou comme on lirait un livre d’Histoire, non. Il serait judicieux de comprendre comment, au-delà des légendes caricaturales qui alimentaient l’aura des navigateurs au long cours et faisaient rêver les foules d’Europe, ces hommes et ces femmes arrivaient à vivre en parfaite osmose avec les éléments. Un monde perdu qui s’éloigne du nôtre à la vitesse des galaxies, de notre monde qui, lui, a perdu ses racines, et c’est sans doute en partie ce qui provoque cette fascination et cet intérêt renouvelé. Les deux auteurs chiliens nous aident à entamer ce processus, et y parviennent, malgré une narration dense et prolixe pour les passages historiques et documentaires, mais entrecoupée de passages plus silencieux (une telle culture où la transmission était orale ne peut en effet se limiter à des mots) pour tenter de retracer sur un mode fictionnel et poétique l’état d’esprit d’une communauté dont les mœurs se situaient à des années lumière de la prétendue civilisation européenne lors du premier contact. Considérons les propos de Sandra Rogel, cette jeune femme chilienne « poétesse de terre de feu », qui en tant que petite fille ignorait tout des indigènes de son propre pays — et pour cause. A un moment du livre, celle-ci affirme que, contrairement à l’aspect intellectuel qui motive aujourd’hui la curiosité croissante envers les peuples originaires, ce sont l’empathie et l’émotionnel qui lui ont été indispensables pour aborder l’univers des Selk-Nams, dont la vision du monde était fondée sur des mythes primordiaux ainsi qu’une spiritualité complexe et ritualisée. Des notions dont nous éloigne chaque jour un peu plus chaque jour notre technologie informatique addictive. Mais il semblerait que les esprits des Grands Anciens ne veulent pas mourir et cherchent désormais à se faufiler dans les canaux de communication moderne pour faire entendre leur voix, « eux, les Selk’Nams », et à l’évidence, cette bande dessinée en est un. Alors que le monde est au bord du gouffre, la spiritualité ne serait-elle pas notre planche de salut, si toutefois il n’était pas déjà trop tard ? Sur le plan du dessin, Rodrigo Elgueta n’hésite pas à alterner des styles variés pour distinguer les différents modes de récit. Plus académique et réaliste pour la partie documentaire ou historique, plus esquissé et plus imprécis pour les passages « fictionnels » concernant notamment la mythologie Selk’Nam. Ou encore, lorsque par exemple il évoque « l’Odyssée de Magellan », le dessinateur s’inspire du style Renaissance des gravures d’époque représentant les grandes expéditions maritimes… Elgueta possède une maîtrise certaine du noir et blanc, et son approche un rien disparate est un compromis parfait entre méticulosité et liberté. « Nous, les Selk’Nams » est une lecture certes exigeante dans le sens où elle peut sembler touffue et aller dans tous les sens, mais l’on est facilement captivé par ce récit riche d’enseignements, et pas seulement historique. Il s’agit là d’une œuvre de transmission destinée à éveiller les consciences face à la léthargie généralisée, une œuvre témoignage qui n’a pas vocation à dormir dans une bibliothèque scrupuleusement rangée. Pour les Selk’Nams – et pour tous les autres peuples amérindindiens et aborigènes en voie d’extinction ou dénaturés - que nous, l’Homme soi-disant civilisé, n’avons pas su écouter il y a un siècle, serions-nous disposés à faire amende honorable en mettant la pression sur la zone empathique de notre cortex ? Chacun réagira évidemment à cette question en son ÂME et CONSCIENCE, la première étape avant de se prononcer étant peut-être de découvrir cette bande dessinée très enrichissante…
Le Manoir Sheridan
Malgré une couverture sombre et peu engageante, je suis tombé sur cet album qui est le tome 1 d'un diptyque fantastique, et pourtant je l'avais déja brassé plusieurs fois et je n'avais pas percuté, ni ouvert l'album pour entrevoir le dessin ; j'ai de la chance de le trouver dans la seule petite bibli de ma commune qui n'est pas fermée pour cause de congé estival. Ils doivent aimer le fantastique, je leur avais déja fait acheter la série Aspic Détectives de l'étrange du même Lamontagne, sauf que là, il ne dessine pas mais scénarise. C'est tout à fait le fantastique que j'aime, une histoire de manoir gothique aux sombres secrets avec une porte interdite menant vers un autre monde ; il me semble avoir vu ça dans des films d'horreur, c'est un concept assez courant dans le genre. Lamontagne semble avoir puisé son inspiration dans les contes fantastiques, le début est très classique, les personnages sont bien posés, on sent un ton ténébreux, et puis vers le milieu ça s'anime et ça bascule dans un fantastique gothique grand teint. On a beau être au Canada, on se croierait carrément dans un manoir anglais, avec une ambiance très britannique à la Edgar Poe, j'adore ça... j'adore ce genre de bande qui développe un vrai fantastique d'épouvante, de maléfices, d'étrangeté, de peur et de monstres démoniaques, surtout avec une telle qualité graphique. Car ce qui accentue et sert parfaitement cette ambiance maléfique envoûtante, c'est le dessin superbe de Ma Yi, très soigné et policé, aussi bien sur les décors du manoir que sur les créatures terrifiantes qui peuplent ce monde effrayant. J'ai dû croiser ce dessinateur sur des albums de la série Elfes, mais comme la ligne graphique était uniformisée, je la trouvais très esthétique mais aucun dessinateur ne sortait du lot, ils étaient tous bons. Alors que là, je peux admirer le soin et la précision graphique, c'est un vrai plaisir, et c'est tout à fait le style de dessin que j'aime retrouver sur une Bd fantastique gothique, comme dans les tomes de la collection 1800 de Soleil. La fin d'album est suffisamment saisissante et ouvre de belles perspectives pour nous faire baver dans l'attente d'un tome 2 que j'espère aussi exceptionnel
L'Etranger
J’ai un temps été lecteur compulsif de Camus, et, parmi les récits, L’Étranger était clairement celui qui m’avait le plus captivé. On ne peut pas rester insensible à ce personnage, sa personnalité, son comportement, et cette histoire qui vire à l’absurde le plus noir. Étranger aux autres, il est condamné lors d’un procès où on le juge comme s’il en était absent. C’est son indifférence, son manque d’empathie visible, son étrange atonie que l’on condamne. Ne pas avoir pleuré à la mort de sa mère plus que d’avoir tué un Arabe. J’ai aimé me replonger dans cette histoire, ici sobrement mise en images par un autre amoureux de l’Algérie, Ferrandez. Qui a fait le bon choix de ne pas changer grand-chose au texte, froid, dérangeant, de Camus. C’est en tout cas une belle adaptation, d’un livre que je vous conseille de lire si ce n’est déjà fait. Note réelle 3,5/5.
L'Au-Dessus
C’est un album que j’avais eu l’occasion de feuilleter il y a longtemps, et que je n’avais alors pas acheté, faute de budget suffisant cette fois-là. Etant tombé sur la dernière réédition, j’ai immédiatement craqué. Il faut dire que la couverture des éditions Hélice Hélas (quel nom ! – qui fait penser à La grande vadrouille) est très chouette. Résumer les courts chapitres composant cette histoire n’est pas aisé, et n’est d’ailleurs pas forcément souhaitable, c’est à découvrir. Disons que c’est une œuvre d’une grande simplicité, d’une grande beauté, mais qui donnera toute sa mesure pour les lecteurs prêts à accepter une poésie pleine de force. Il y a là comme un rêve « réveillé » – un peu du Little Nemo de McCay. Dès le début, un scaphandrier qui vit sous les océans remonte à la surface pour chercher un arbre dont il a une photo dans un cadre chez lui. L’inversion est dépaysante, et la suite est fluide. Il y a bien une histoire, ce ne sont pas que des bribes d’idées agrégées artificiellement. La volonté d’aller jusqu’au bout de ses rêves, malgré les obstacles (la soldatesque, une certaine réalité), au milieu des fées et des anges, voilà le fil rouge. Quant au dessin, simple, je l’ai dit, il a un rendu des plus jolis, et l’aspect crayonné accentue le côté récit de rêve. C’est un album vraiment original, sous le charme duquel on reste bien après l’avoir refermé.
Il est où le patron ?
Voila un beau roman graphique que j'avais emprunté sans trop réfléchir ! En effet, je pensais que j'allais lire un documentaire sérieux sur des femmes choisissant l'agriculture comme métier et en fait c'est un roman graphique qui traite surtout de la place des femmes dans ce milieu très machiste. Si j'ai bien compris, les personnages sont fictifs, mais c'est basé sur des témoignages de vraies femmes agricultrices. En tout cas, tout semble crédible. On suit trois femmes qui ont un parcours différent, tant au niveau professionnel qu'au niveau personnel (une est célibataire, une autre est mariée avec enfants et la troisième est lesbienne et en couple), ce qui permet de voir différents points de vues. On va donc suivre les femmes dans leurs vies de tous les jours et surtout victimes du sexisme ordinaire: considérées comme de simples employés même lorsqu'elles sont les patronnes, considérées comme trop faible pour certaines tâches, blagues sexistes, remarques condescendantes même lorsque c'est censé être positif, etc et etc. C'est bien raconté, la narration est fluide et les personnages sont attachants. L'autrice fait passer des messages sans que ce soit trop lourd, et il y a des réflexions très intéressantes qui se dégagent de l'album. En tout cas, un one-shot que j'invite les autres hommes à lire !
Quatre soeurs
J'ai lu cette série sans trop me renseigner sur ce dont elle parlait, attiré plus par les dessins et les commentaires élogieux des posteurs du site. Et j'ai bien fait, puisque cette série est très sympathique et agréable mais surtout destinée à un public de plus jeunes. C'est la grande force de cette série, qui tiens surtout dans les personnages féminins qui sont représentées ici et forment toute le cœur de l'histoire. Bien que la série soit découpée en quatre volumes, chacun portant le nom d'une des filles de la famille, les volumes ne sont pas uniquement centrée sur elle. On voit évoluer les protagonistes autour, mais chaque histoire comporte un arc pour l'une des protagonistes. Cela dit, j'ai une réserve sur le fait qu'on voit plus certain personnages que d'autres (comme Bettina qui me semble apparaitre assez régulièrement au détriment de Hortense ou Geneviève, par exemple). Mais c'est une histoire très mignonne qui nous est racontée, touchant à divers sujets (la mort, le deuil, l'amour, la famille ...) et brossant des portraits qui sonnent plutôt réalistes, je dois bien le dire. C'est en ce sens que la série parlera probablement plus aux jeunes filles (et garçons aussi d'ailleurs), puisque c'est une série qui présente plusieurs façons d'être et de vivre, mais avec toujours de la nuance et des faiblesses. Aucune fille n'est monolithique dans la série, et c'est très agréable dans un âge où l'on peut être en recherche de modèle. Le dessin est très joli, en couleur pastels et en ambiances de bord de mer. Ça a un charme qui me rappelle des couvertures de livres jeunesses que je dévorais plus jeune. Je trouve aussi que ça apporte une légèreté bienvenue dans les moments plus dramatiques, qui semblent parfois vu du point de vue d'un enfant et plus "accessible" sans pour autant dédramatiser une situation. Bref, une excellente façon de représenter l'ensemble. C'est une série qui a quelques petits défauts à mes yeux mais qui passe largement par-dessus. C'est le genre de séries que je recommande si vous avez des jeunes filles dans votre entourage, qu'elle puisse lire et s'identifier à des personnes qui ne sont pas des potiches ou des marie-sue, mais de vrais personnages construits et avec leurs faiblesses et leurs forces. D'ailleurs le cadre, la façon dont ces filles s'organisent et la maison donneront surement des idées (parce qu'il faut avouer que ça donne envie !). Bref, une très bonne série jeunesse qui réussit dans son exercice !
Les Ombres de la Sierra Madre
"Les Ombres de la Sierra Madre" est un western atypique dans la mesure où il s'écarte de la période traditionnelle du western, mais en ce début de 20ème siècle, les Apaches Chiricahuas qui peuplent encore la Sierra Madre sont bien là, et tous les éléments et codes du western sont présents, mêlés à un contexte historique réel, ce qui est expliqué dans le dossier à la fin du tome 1 qui éclaire ce contexte. Il n'y a pas de modernisme, toute l'action se déroule dans des décors arides, on pourrait donc se croire dans un western des années 1880, car pour les Apaches, rien dans leur environnement n'a beaucoup changé, si ce n'est la culture des Blancs. De ce fait, ce sujet a rarement été abordé de cette façon, car des personnages sont réels, et il y eut bien vers 1920-1923 des Apaches, derniers descendants de Geronimo, qui ont tenté de vivre dans leur habitat naturel au mépris des traités et des parcages en réserves imposés par le gouvernement des Etats-Unis qui n'a jamais su, voulu et pu comprendre cette ethnie. Cet épisode est très peu connu, il est même peu évoqué par J.L. Rieupeyrout dans son Histoire du Far West, ça m'a étonné. A travers Moroni Fenn, sorte d'anti-héros tourmenté par ses démons intérieurs ramenés des tranchées d'Argonne de 14-18, ce récit est une évocation intéressante du crépuscule de ces guerriers du désespoir ; à cela se greffent des Mormons qui se sont réfugiés dans ce territoire mexicain, et une gamine apache sauvée par le héros des mains d'un ignoble salopard. Le scénario est bien ficelé, le déroulement est classique dans la forme, le ton est âpre et violent, l'atmosphère est bien rendue, malgré un dessin qui manque un peu de souplesse et de fonds travaillés, mais que j'apprécie parce qu'il sonne bien western et qu'il est suffisamment évocateur. C'est le troisième western de Daniel Brecht que je lis après Death Mountains et L'Or de Morrison, je me suis donc habitué à son style graphique ; ici, il réussit un western prenant et bien rythmé, avec un final surprenant.