Dans la veine des récits glauques se passant dans nos vieux villages (ou villages de vieux ?) comme Intrus à l'Etrange ou Le Voyage d'Abel, "la Chenue" nous propose une belle plongée dans le fumier et le purin.
Le scénario de JB Djian issu d'un roman non publié de Didier Convard, est vraiment solide et bien charpenté. Il y a un peu de "L'été Meurtrier" dans ce récit de vengeance au long court. Heureusement Caroline ne finira pas comme Isabelle Adjani mais leurs sensualités se ressemblent et pimentent la série.
L'idée de base d'une rivalité genre Montaigu vs Capulet est vieille comme le monde et c'est tout le talent de Djian de proposer des rebondissements qui tiennent le lecteur assoiffé de connaître la suite. D'autant plus que le nombre de personnages ne facilite pas une lisibilité simple.
C'est pourquoi j'ai laissé assez vite tomber l'arbre généalogique et ses prénoms pour ne m'attacher qu'au couple Caroline-Christophe autour de qui tout s'agglomère et devient limpide au fil des pages.
J'ai particulièrement aimé la description de leur histoire d'amour d'ados de 16 ans. Le personnage de Christophe avec ses hésitations, ses frustrations et ses doutes est particulièrement bien réussi à mes yeux. De vrais ados qui obéissent à leurs parents et ne possèdent pas de facultés physiques ou mentales extraordinaires acquises on ne sait où.
Comme pour les deux ouvrages précités, Sebastien Corbet s'applique à rendre l'ambiance du village crédible par son graphisme. Il y a donc un soin particulier aux dessins de vieilles pierres qui font la beauté et la rusticité du paysage.
La scène paroxysmique du bal est vraiment bien dans l'ambiance d'une époque où c'était la victime qui avait honte d'une fatalité qu'elle devait supporter.
Car en creux, le récit aborde souvent le chemin que les femmes ont eu à parcourir pour pouvoir vivre leur sexualité de façon indépendante et libre.
Si les personnages sont (trop ?) nombreux le graphisme aide beaucoup à s'y retrouver.
Un roman graphique qui est autant roman que graphique. C'est donc une vraie lecture attentive mais que j'ai trouvé très plaisante.
Quel bel ouvrage nous propose Barbara Stok avec son "Vincent". Encore une preuve que la culture se marie très bien avec la BD qui peut être un instrument de vulgarisation très intéressant.
Pourtant le dessin minimaliste de madame Stok peut interpeler quand on commence sa lecture. Mais on se rend compte que l'auteure met très vite en valeur son génial sujet grâce à deux éléments.
Le premier élément est la correspondance épistolaire entre Vincent et son frère Théo. Certaines lettres retranscrites de façon intégrales nous plongent sans artifice dans la pensée du maître tourmenté par les nécessités matérielles qui lui donnent l'impression de vivre "au crochet" de son frère.
Mais son tourment obsessionnel touche aussi à sa vision artistique tellement moderne et en dehors des canons de l'époque pourtant très novatrice.
Le second élément est que son graphisme s'efface derrière la mise en couleur. Une mise en couleur qui accompagne le séjour arlésien et s'intensifie en puissance tout au long du récit. En Arles, Vincent a trouvé des lumières et des couleurs que nul ne percevait.
Barbara Stok n'a pas la prétention de copier Van Gogh pour nous donner une pâle copie des oeuvres du maître mais l'auteure nous propose une compréhension guidée des fantastiques peintures de Van Gogh.
C'est un récit poignant dont l'intensité dramatique va crescendo avec "la folie" de Vincent. Elle atteint son climax avant son retour à Auvers sur Oise.
On croit rêver quand on voit une telle génération de génies de la forme et de la couleur presque quêter pour pouvoir se payer leurs couleurs.
Une très belle lecture pour tous les amoureux de l'esprit créatif et pour comprendre en quoi un artiste est indispensable pour découvrir notre monde.
Augel a réussi une véritable gageure en créant cette série humoristique sur l'enfant probablement le plus doué depuis des siècles. En effet pouvoir faire cohabiter humour et respect de votre sujet n'est pas si facile.
Augel ne tombe ni dans la caricature grossière qui serait malvenue pour un tel génie ni dans une hagiographie lèche-botte qui serait ennuyeuse. Augel a fait le voyage de Salzbourg (que je recommande à tous tellement la ville est belle). Il y a trouvé probablement des anecdotes qui ont nourri ses strips humoristiques.
Certaines sont très connues comme de jouer des pièces difficiles les yeux bandés mais d'autres le sont moins et sont amusantes. L'accent est mis sur ses relations avec sa soeur et son père tous très bons musiciens.
Le strip sur l'Angleterre est ultra classique (voir Astérix) mais me fait toujours rire. Les strips sont vifs et plaisants même si certaines idées sont utilisées plusieurs fois. C'est soutenu par un dessin humoristique gracieux et expressif.
J'aime bien la mise en couleur qui correspond parfaitement à l'esprit du livre avec ces couleurs très douces et très belles comme une résonance à la musique du génie.
Une lecture pour petits et grands et un hommage à la créativité d'un des plus grands artistes de l'humanité.
3.5
Une bonne surprise que cet album.
Le concept est simple : au début des années 60 Peter Parker était un adolescent et 60 ans plus tard il est un jeune adulte ou au mieux au début de la trentaine et son entourage a assez peu vieillis. Alors ça donnerait quoi si l'univers de Marvel évoluait en même temps que notre temps ? Cette mini-série montre Peter Parker à différents moments de sa vie, chaque chapitre étant consacré à une décennie. Le concept est un peu casse-gueule et pourtant c'est bien fait.
Bon, cela reste une histoire de super-héros et il faut pas s'attendre à de grands débats philosophiques sur la vieillesse et je pense qu'il faut connaitre un peu Spider-Man pour apprécier toutes les références à son univers. J'ai bien aimé comment le scénariste utilise bien Peter Parker et les autres personnages. Leur évolution au fil du temps fait du sens même si par moment on dirait que Parker se plaint des mêmes choses durant des décennies, donnant un peu l'impression qu'il n'évolue pas trop. Le scénario est captivant et aussi contrairement à plein de comics de super-héros modernes, il se passe des choses à chaque page ! Et les changements d'époques ne rendent pas le scénario confus.
Le dessin est pas mal et pour une fois dans un comics moderne les couleurs ne font pas trop informatiques. Un album pour les fans du personnage.
J'ai pris plaisir à découvrir cette série. Je n'ai pas lu le célèbre roman d'Eugène Le Roy qui appartient à cette école réaliste sociale et qui revient sur les misères du petit peuple français tout au long du 19eme siècle.
A l'image de Poil de carotte ou des " Misérables" la BD s'est appropriée avec plus ou moins de bonheur cette littérature. Cela a le mérite de faire connaître facilement aux plus jeunes des romans qui ne sont plus beaucoup lus mais qui appartiennent au patrimoine de notre littérature.
J'ai été vraiment séduit par le travail de Christophe Lemoine et de Cécile pour cette libre adaptation du roman. Le scénario est vraiment bon. Lemoine garde bien les éléments importants du récit dans l'esprit d'un roman social. Le scénariste nous fournit un récit vif, nerveux et très bien construit. La personnalité du pauvre Jacquou est bien travaillée et même façonnée par les éléments qui construisent l'histoire : la justice/l'injustice/le droit, la vengeance ou le pardon, le combat pour ses droits.
Ce sont des problématiques universelles qui traversent les âges dans toutes les sociétés humaines. Ici Eugène Le Roy a placé son roman dans la Dordogne paysanne où le climat est rude comme le coeur de certains hommes assoiffés de vanité ou de concupiscence.
Le graphisme de Cécile assez orienté vers un lectorat jeune est très agréable. Son trait gras est souple et gracieux. Cela donne beaucoup d'expression au langage corporel de ses personnages. Il s'en suit une forte empathie pour Jacquou et sa famille même quand ils n'ont pas toujours le droit pour eux. La plus grande partie de l'histoire est en extérieur, forêt ou champs principalement l'hiver ou l'été et les ambiances froides ou chaudes sont bien rendues grâce aux couleurs. Les cases possèdent des décors bien travaillés qui mettent en valeur les beautés de cette région.
Une lecture accessible aux enfants de 8/12 ans qui recèle beaucoup de richesses. Une bonne lecture très agréable.
Je découvre la collection " J’ai tué..." et là c'est une bonne pioche. La relecture du Livre de la Genèse sur l'épisode de Caïn et Abel par les auteurs m'a vraiment séduit.
Je trouve le scénario à la fois très classique avec une très bonne ambiance qui traduit bien l'esprit de l'Ancien Testament et un développement original quant à l'aboutissement du duel entre Hamor le berger et le roi Nébunedzar.
Tout au long de l'ouvrage à travers les dialogues très justes ou les dessins aux couleurs sable et sang, Serge Le Tendre et Guillaume Sorel posent la question du mystère du Mal dans les sociétés humaines. Le récit emprunte à la fois au réalisme historique pour certains épisodes comme le sac de Jérusalem pour se conclure sur une note de surnaturel propre à un récit biblique dans un final dramatique renversant.
Le graphisme de Sorel est vraiment à mon goût à la fois dans les scènes du désert, de Babylone ou des massacres. C'est saisissant de réalisme et l'on a chaud, soif et peur avec les infortunées victimes.
Les personnages sont tous très fouillés et avec une épaisseur psychologique remarquable. Une mention pour Kingu le féroce chef des armées du roi mais aussi lien entre les deux duellistes.
Une lecture qui m'a captivé et dont la conclusion ne m'a pas laissé indifférent même si on peut en concevoir d'autres.
De Javi Rey, je ne connaissais que «Un maillot pour l’Algérie», l’auteur récidive dans la même collection mais cette fois ci en tant qu’auteur complet, en adaptant une pièce d’un dramaturge Norvégien du XIXème siècle (que je ne connaissais pas).
J’ai littéralement dévoré l’album, une belle petite découverte estivale.
J’ai préféré le trait de l’auteur sur son précédent album mais j’ai bien aimé les couleurs et la qualité de la narration proposée ici.
Mais ce qui m’a vraiment emballé, c’est l’histoire de cet ennemi du peuple et sa confrontation face au système en place. Je ne m’attendais pas à être autant surpris et déstabilisé par sa réaction.
C’est ce qui fait tout le sel de la lecture, j’ai adoré. A tel point qu’à l’issue de cette dernière, je me suis précipité pour en apprendre plus sur l’œuvre originale. Et je dois dire que l’auteur a fait un super boulot d’adaptation, en modernisant le récit et en modifiant un peu les liens entre personnages, tout en gardant le fond.
Un vision très forte et qui fait réfléchir, soufflé de ce côté, d’autant plus pour son époque, et malheureusement toujours d’actualité.
A lire.
Depuis quelques années j'avais envie de lire cette série qui a longtemps trôné dans les immanquables du site. Profitant de l'occasion, j'ai pu me procurer différents volumes en une seule fois, digérant l'intégralité de la série. Et franchement, je suis très comblé.
Ce que j'ai adoré dans ce récit, c'est l'ambiance que les auteurs ont développées. Le contexte fait fortement penser à un de ces ex pays de l'URSS (Kazakhstan notamment) bordant la mer d'Aral qui a disparue progressivement. Dictature imposée par des instances locales, militarisation importante, population tenue sous contrôle, peu d'ouverture d'esprit artistique ... Le débat n'est jamais central ni mis en avant, mais le contexte de l'ensemble donne un ton, un sentiment d'urgence dans un pays au bord de la crise. Dans ce contexte, tout ce que vivent les personnages devient alors un enjeu suprême, celui de survivre.
C'est surtout ce contexte qui donne tout son sel à l'histoire, somme toute pas forcément originale mais très bien menée. Une simple histoire d'amour impossible, dans des relations qui ne peuvent arriver au bonheur. Chacun finira malheureux à sa façon, comme le disait si bien Tolstoï. Ce que j'aime, c'est que chaque personnage connaitra un drame personnel impossible à résoudre et que chacun de celui-ci sera le moteur de son histoire personnelle. Dans ce cadre-là, les interactions deviennent progressivement dure. La violence s'installe rapidement, implacablement et dans l'action les réflexions n'ont pas leurs places. C'est ce qui tisse la trame du drame qui se dénoue tout à la fin.
J'ai beaucoup aimé certains détails de l'histoire assez important, tels la question des pêcheurs qui est remise en question par le nomade (qui ne les aime pas). Il y a une réflexion sur la constante de l'humain à créer des victimes dans ses sociétés, les gagnants d'hier devenant les victimes de demain. D'autre part, j'aime bien la façon dont l'histoire ne résout pas le conflit politique d'arrière-plan : rien n'est simple et rien ne sera géré aussi facilement que l'on voudrait. Le monde continue de tourner, c'est tout.
L'ensemble est servi par le dessin de Alfred, dont j'avais déjà pu apprécier nombre de BD et qui convient parfaitement à l'ambiance ici. Même si je regrette un poil ne pas sentir le côté plus oriental que l'auteur semble vouloir développer, je trouve que certains passages sont magnifiques de grandiose et de pathétique, tout en ayant plusieurs idées de mise en scène intéressante (comme la police/milice toujours montrée comme une ombre menaçante et jamais humaine).
En somme, une BD qui contient tout ce que je voulais lire et qui le fait bien. C'est avant tout un récit d'amour impossible, mais le tout mélangé à un contexte bien mis en valeur sans prendre pour autant le pas, dans une histoire qui évite d'être trop simpliste et manichéenne, mais qui contient aussi son lot de surprises. C'est à la fois prenant et également intense, une très très bonne lecture que je ne peux que recommander à tous. Pour ma part, je vais conserver cette série dans la section des relectures, sans aucun doute.
En cherchant parmi les BD immanquables en matière de science fiction sur le site Bdtheque j’ai réalisé que « Les Naufragés du Temps » n’en faisait pas partie. Il est vrai qu’il s’agit d’une série commencée en 1974 et qui est peut être progressivement tombée dans l’oubli pour les nouvelles générations de lecteurs. Je me suis donc remis à la relecture des 10 albums qui composent la série et mon avis n’a guère changé: cette série est bien une des séries majeures en la matière.
Il faut dire que l’univers de la série est foisonnant. Les hommes y côtoient des animaux, les Agents Gouvernementaux se retrouvent dans des tripots gérés par une créature à la tête de Tapir, et chaque planète offre un univers radicalement différent. Bref, cela ressemble étrangement à Star Wars par certains côtés.
Toutefois la série démarre en 1974 avec Forest au Scénario et Gillon en dessin alors que le premier épisode de Star Wars ne sort qu’en 1977. À ce moment là, 4 tomes des « Naufragés du Temps » sont déjà parus. Je doute donc que George Lucas ait pu s’en inspirer.
C’est donc avant tout cela la force de cette série, un univers futuriste foisonnant et très créatif.
Le scénario est également particulièrement original : deux humains Valerie et Christophe Cavalieri, sont mis en hibernation et envoyés dans une capsule dans l’espace afin de pouvoir transmettre aux générations futures le remède d’un mal qui ronge la planète Terre. Ils seront recueillis mille ans plus tard dans un monde de nouveau envahi par un virus qui menace l’univers et a déjà réduit la Terre à l’état de barbarie. Cavalieri s’est implanté en lui le remède qui pourra vaincre ce fléau. Il va dès lors être être le jouet d’intérêts qui le dépassent.
Tour à tour manipulé par un savant fou , Saravone Leobart, ou par cette créature dénommée le Tapir qui n’est qu’un contrebandier, directeur de cercle de jeux, Cavalieri est l’objet de toute les convoitises. Tous veulent connaître le remède à même de vaincre ce fléau afin d’asseoir leur pouvoir. Mais Cavalieri est également balancé entre plusieurs femmes.
Valerie qui comme lui vient du passé qu’il ne cesse de vouloir retrouver après en avoir été séparé, sans que celle-ci lui en soit très reconnaissante. C’est le moins qu’on puisse dire. Il y a aussi Mara, un Agent du Gouvernement qui tombe amoureuse de lui presque immédiatement, mais aussi Quinine, la femme qui faute de vaccins en quantité suffisante est vouée à se transformer en oiseau.
Accompagné du major Lisdal et du scientifique Otomoro, Christophe Cavalieri parviendra t-il à sauver le genre humain à l’approche de l’année 3000 ? A vous de le découvrir tout au long des 10 albums de la série.
La caractéristique de cette série est que Forest n’est pas avare en texte. Certains habitués à des BD modernes trouveront cela un peu indigeste. En tout cas on ne peut pas dire que les albums d’environ 52 pages chacun se lisent vite, bien au contraire. Et lorsque Forest abandonnera la série après 4 épisodes, Gillon maintiendra le côté exhaustif des textes, si ce n’est dans les deux derniers albums.
Le dessin de Gillon est pour moi fabuleux. Il faut avoir la possibilité de contempler ses planches originales qui font parfois près d’un mètre de long en noir et blanc pour réaliser le talent graphique de ce dessinateur disparu et sa maîtrise du noir et blanc. Et si certains dessinateurs primés à Angoulême n’ont jamais su dessiner les personnages féminins, force est de constater que Gillon ne connaît pas ce problème.
Cette série qui, avec « Valérian » a marqué la bd Franco Belge de science fiction mérite d’être découverte ou redécouverte. Elle n’a en tout cas certainement pas mal vieilli.
J'ai bien apprécié ce roman graphique de Julie Ricossé. Le thème de la libération du Maroc de l'emprise coloniale française est assez peu exploité par rapport aux événements indochinois ou algériens de la même époque.
Cela permet de découvrir, à travers le scénario, des événements historiques peu connus. L'auteure réussit à créer une ambiance de la ville de Casablanca très crédible. Une ambiance où les différentes populations vivent sans se mélanger et où l'Etat de Droit n'existe que pour les Européens.
A travers le destin croisé des trois jeunes femmes ce sont des révélations sur un épisode dramatique de l'histoire de France qui sont exposées. Une colonisation brutale, une police non cadrée qui voit dans la torture un moyen efficace pour remplir sa mission, une armée de conscrits hors de son rôle en devenant auxiliaire de police. Julie Ricossé dresse un sombre mais réaliste tableau des faits de 1954.
Le romanesque à toute sa place pour faire le lien entre les différents chapitres du roman.
Le graphisme est fin et dynamique. Les extérieurs de la ville de Casa sont très réussis. J'accroche moins avec les couleurs aquarelles mais cela donne une oeuvre vivante aux ambiances variées.
Une belle lecture à la fois récréative et historique.
En France, les livres sont au même prix partout. C'est la loi !
Avec BDfugue, vous payez donc le même prix qu'avec les géants de la vente en ligne mais pour un meilleur service :
des promotions et des goodies en permanence
des réceptions en super état grâce à des cartons super robustes
une équipe joignable en cas de besoin
2. C'est plus avantageux pour nous
Si BDthèque est gratuit, il a un coût.
Pour financer le service et le faire évoluer, nous dépendons notamment des achats que vous effectuez depuis le site. En effet, à chaque fois que vous commencez vos achats depuis BDthèque, nous touchons une commission. Or, BDfugue est plus généreux que les géants de la vente en ligne !
3. C'est plus avantageux pour votre communauté
En choisissant BDfugue plutôt que de grandes plateformes de vente en ligne, vous faites la promotion du commerce local, spécialisé, éthique et indépendant.
Meilleur pour les emplois, meilleur pour les impôts, la librairie indépendante promeut l'émergence des nouvelles séries et donc nos futurs coups de cœur.
Chaque commande effectuée génère aussi un don à l'association Enfance & Partage qui défend et protège les enfants maltraités. Plus d'informations sur bdfugue.com
Pourquoi Cultura ?
Indépendante depuis sa création en 1998, Cultura se donne pour mission de faire vivre et aimer la culture.
La création de Cultura repose sur une vision de la culture, accessible et contributive. Nous avons ainsi considéré depuis toujours notre responsabilité sociétale, et par conviction, développé les pratiques durables et sociales. C’est maintenant au sein de notre stratégie de création de valeur et en accord avec les Objectifs de Développement Durable que nous déployons nos actions. Nous traitons avec lucidité l’impact de nos activités, avec une vision de long terme. Mais agir en responsabilité implique d’aller bien plus loin, en contribuant positivement à trois grands enjeux de développement durable.
Nos enjeux environnementaux
Nous sommes résolument engagés dans la réduction de notre empreinte carbone, pour prendre notre part dans la lutte contre le réchauffement climatique et la préservation de la planète.
Nos enjeux culturels et sociétaux
La mission de Cultura est de faire vivre et aimer la culture. Pour cela, nous souhaitons stimuler la diversité des pratiques culturelles, sources d’éveil et d’émancipation.
Nos enjeux sociaux
Nous accordons une attention particulière au bien-être de nos collaborateurs à la diversité, l’inclusion et l’égalité des chances, mais aussi à leur épanouissement, en encourageant l’expression des talents artistiques.
Votre vote
La Chenue
Dans la veine des récits glauques se passant dans nos vieux villages (ou villages de vieux ?) comme Intrus à l'Etrange ou Le Voyage d'Abel, "la Chenue" nous propose une belle plongée dans le fumier et le purin. Le scénario de JB Djian issu d'un roman non publié de Didier Convard, est vraiment solide et bien charpenté. Il y a un peu de "L'été Meurtrier" dans ce récit de vengeance au long court. Heureusement Caroline ne finira pas comme Isabelle Adjani mais leurs sensualités se ressemblent et pimentent la série. L'idée de base d'une rivalité genre Montaigu vs Capulet est vieille comme le monde et c'est tout le talent de Djian de proposer des rebondissements qui tiennent le lecteur assoiffé de connaître la suite. D'autant plus que le nombre de personnages ne facilite pas une lisibilité simple. C'est pourquoi j'ai laissé assez vite tomber l'arbre généalogique et ses prénoms pour ne m'attacher qu'au couple Caroline-Christophe autour de qui tout s'agglomère et devient limpide au fil des pages. J'ai particulièrement aimé la description de leur histoire d'amour d'ados de 16 ans. Le personnage de Christophe avec ses hésitations, ses frustrations et ses doutes est particulièrement bien réussi à mes yeux. De vrais ados qui obéissent à leurs parents et ne possèdent pas de facultés physiques ou mentales extraordinaires acquises on ne sait où. Comme pour les deux ouvrages précités, Sebastien Corbet s'applique à rendre l'ambiance du village crédible par son graphisme. Il y a donc un soin particulier aux dessins de vieilles pierres qui font la beauté et la rusticité du paysage. La scène paroxysmique du bal est vraiment bien dans l'ambiance d'une époque où c'était la victime qui avait honte d'une fatalité qu'elle devait supporter. Car en creux, le récit aborde souvent le chemin que les femmes ont eu à parcourir pour pouvoir vivre leur sexualité de façon indépendante et libre. Si les personnages sont (trop ?) nombreux le graphisme aide beaucoup à s'y retrouver. Un roman graphique qui est autant roman que graphique. C'est donc une vraie lecture attentive mais que j'ai trouvé très plaisante.
Vincent
Quel bel ouvrage nous propose Barbara Stok avec son "Vincent". Encore une preuve que la culture se marie très bien avec la BD qui peut être un instrument de vulgarisation très intéressant. Pourtant le dessin minimaliste de madame Stok peut interpeler quand on commence sa lecture. Mais on se rend compte que l'auteure met très vite en valeur son génial sujet grâce à deux éléments. Le premier élément est la correspondance épistolaire entre Vincent et son frère Théo. Certaines lettres retranscrites de façon intégrales nous plongent sans artifice dans la pensée du maître tourmenté par les nécessités matérielles qui lui donnent l'impression de vivre "au crochet" de son frère. Mais son tourment obsessionnel touche aussi à sa vision artistique tellement moderne et en dehors des canons de l'époque pourtant très novatrice. Le second élément est que son graphisme s'efface derrière la mise en couleur. Une mise en couleur qui accompagne le séjour arlésien et s'intensifie en puissance tout au long du récit. En Arles, Vincent a trouvé des lumières et des couleurs que nul ne percevait. Barbara Stok n'a pas la prétention de copier Van Gogh pour nous donner une pâle copie des oeuvres du maître mais l'auteure nous propose une compréhension guidée des fantastiques peintures de Van Gogh. C'est un récit poignant dont l'intensité dramatique va crescendo avec "la folie" de Vincent. Elle atteint son climax avant son retour à Auvers sur Oise. On croit rêver quand on voit une telle génération de génies de la forme et de la couleur presque quêter pour pouvoir se payer leurs couleurs. Une très belle lecture pour tous les amoureux de l'esprit créatif et pour comprendre en quoi un artiste est indispensable pour découvrir notre monde.
Les Petits Génies - Le Petit Mozart
Augel a réussi une véritable gageure en créant cette série humoristique sur l'enfant probablement le plus doué depuis des siècles. En effet pouvoir faire cohabiter humour et respect de votre sujet n'est pas si facile. Augel ne tombe ni dans la caricature grossière qui serait malvenue pour un tel génie ni dans une hagiographie lèche-botte qui serait ennuyeuse. Augel a fait le voyage de Salzbourg (que je recommande à tous tellement la ville est belle). Il y a trouvé probablement des anecdotes qui ont nourri ses strips humoristiques. Certaines sont très connues comme de jouer des pièces difficiles les yeux bandés mais d'autres le sont moins et sont amusantes. L'accent est mis sur ses relations avec sa soeur et son père tous très bons musiciens. Le strip sur l'Angleterre est ultra classique (voir Astérix) mais me fait toujours rire. Les strips sont vifs et plaisants même si certaines idées sont utilisées plusieurs fois. C'est soutenu par un dessin humoristique gracieux et expressif. J'aime bien la mise en couleur qui correspond parfaitement à l'esprit du livre avec ces couleurs très douces et très belles comme une résonance à la musique du génie. Une lecture pour petits et grands et un hommage à la créativité d'un des plus grands artistes de l'humanité.
Spider-Man - L'Histoire d'une vie
3.5 Une bonne surprise que cet album. Le concept est simple : au début des années 60 Peter Parker était un adolescent et 60 ans plus tard il est un jeune adulte ou au mieux au début de la trentaine et son entourage a assez peu vieillis. Alors ça donnerait quoi si l'univers de Marvel évoluait en même temps que notre temps ? Cette mini-série montre Peter Parker à différents moments de sa vie, chaque chapitre étant consacré à une décennie. Le concept est un peu casse-gueule et pourtant c'est bien fait. Bon, cela reste une histoire de super-héros et il faut pas s'attendre à de grands débats philosophiques sur la vieillesse et je pense qu'il faut connaitre un peu Spider-Man pour apprécier toutes les références à son univers. J'ai bien aimé comment le scénariste utilise bien Peter Parker et les autres personnages. Leur évolution au fil du temps fait du sens même si par moment on dirait que Parker se plaint des mêmes choses durant des décennies, donnant un peu l'impression qu'il n'évolue pas trop. Le scénario est captivant et aussi contrairement à plein de comics de super-héros modernes, il se passe des choses à chaque page ! Et les changements d'époques ne rendent pas le scénario confus. Le dessin est pas mal et pour une fois dans un comics moderne les couleurs ne font pas trop informatiques. Un album pour les fans du personnage.
Jacquou le croquant (Lemoine/Cécile)
J'ai pris plaisir à découvrir cette série. Je n'ai pas lu le célèbre roman d'Eugène Le Roy qui appartient à cette école réaliste sociale et qui revient sur les misères du petit peuple français tout au long du 19eme siècle. A l'image de Poil de carotte ou des " Misérables" la BD s'est appropriée avec plus ou moins de bonheur cette littérature. Cela a le mérite de faire connaître facilement aux plus jeunes des romans qui ne sont plus beaucoup lus mais qui appartiennent au patrimoine de notre littérature. J'ai été vraiment séduit par le travail de Christophe Lemoine et de Cécile pour cette libre adaptation du roman. Le scénario est vraiment bon. Lemoine garde bien les éléments importants du récit dans l'esprit d'un roman social. Le scénariste nous fournit un récit vif, nerveux et très bien construit. La personnalité du pauvre Jacquou est bien travaillée et même façonnée par les éléments qui construisent l'histoire : la justice/l'injustice/le droit, la vengeance ou le pardon, le combat pour ses droits. Ce sont des problématiques universelles qui traversent les âges dans toutes les sociétés humaines. Ici Eugène Le Roy a placé son roman dans la Dordogne paysanne où le climat est rude comme le coeur de certains hommes assoiffés de vanité ou de concupiscence. Le graphisme de Cécile assez orienté vers un lectorat jeune est très agréable. Son trait gras est souple et gracieux. Cela donne beaucoup d'expression au langage corporel de ses personnages. Il s'en suit une forte empathie pour Jacquou et sa famille même quand ils n'ont pas toujours le droit pour eux. La plus grande partie de l'histoire est en extérieur, forêt ou champs principalement l'hiver ou l'été et les ambiances froides ou chaudes sont bien rendues grâce aux couleurs. Les cases possèdent des décors bien travaillés qui mettent en valeur les beautés de cette région. Une lecture accessible aux enfants de 8/12 ans qui recèle beaucoup de richesses. Une bonne lecture très agréable.
J'ai tué Abel
Je découvre la collection " J’ai tué..." et là c'est une bonne pioche. La relecture du Livre de la Genèse sur l'épisode de Caïn et Abel par les auteurs m'a vraiment séduit. Je trouve le scénario à la fois très classique avec une très bonne ambiance qui traduit bien l'esprit de l'Ancien Testament et un développement original quant à l'aboutissement du duel entre Hamor le berger et le roi Nébunedzar. Tout au long de l'ouvrage à travers les dialogues très justes ou les dessins aux couleurs sable et sang, Serge Le Tendre et Guillaume Sorel posent la question du mystère du Mal dans les sociétés humaines. Le récit emprunte à la fois au réalisme historique pour certains épisodes comme le sac de Jérusalem pour se conclure sur une note de surnaturel propre à un récit biblique dans un final dramatique renversant. Le graphisme de Sorel est vraiment à mon goût à la fois dans les scènes du désert, de Babylone ou des massacres. C'est saisissant de réalisme et l'on a chaud, soif et peur avec les infortunées victimes. Les personnages sont tous très fouillés et avec une épaisseur psychologique remarquable. Une mention pour Kingu le féroce chef des armées du roi mais aussi lien entre les deux duellistes. Une lecture qui m'a captivé et dont la conclusion ne m'a pas laissé indifférent même si on peut en concevoir d'autres.
Un ennemi du peuple
De Javi Rey, je ne connaissais que «Un maillot pour l’Algérie», l’auteur récidive dans la même collection mais cette fois ci en tant qu’auteur complet, en adaptant une pièce d’un dramaturge Norvégien du XIXème siècle (que je ne connaissais pas). J’ai littéralement dévoré l’album, une belle petite découverte estivale. J’ai préféré le trait de l’auteur sur son précédent album mais j’ai bien aimé les couleurs et la qualité de la narration proposée ici. Mais ce qui m’a vraiment emballé, c’est l’histoire de cet ennemi du peuple et sa confrontation face au système en place. Je ne m’attendais pas à être autant surpris et déstabilisé par sa réaction. C’est ce qui fait tout le sel de la lecture, j’ai adoré. A tel point qu’à l’issue de cette dernière, je me suis précipité pour en apprendre plus sur l’œuvre originale. Et je dois dire que l’auteur a fait un super boulot d’adaptation, en modernisant le récit et en modifiant un peu les liens entre personnages, tout en gardant le fond. Un vision très forte et qui fait réfléchir, soufflé de ce côté, d’autant plus pour son époque, et malheureusement toujours d’actualité. A lire.
Le Désespoir du Singe
Depuis quelques années j'avais envie de lire cette série qui a longtemps trôné dans les immanquables du site. Profitant de l'occasion, j'ai pu me procurer différents volumes en une seule fois, digérant l'intégralité de la série. Et franchement, je suis très comblé. Ce que j'ai adoré dans ce récit, c'est l'ambiance que les auteurs ont développées. Le contexte fait fortement penser à un de ces ex pays de l'URSS (Kazakhstan notamment) bordant la mer d'Aral qui a disparue progressivement. Dictature imposée par des instances locales, militarisation importante, population tenue sous contrôle, peu d'ouverture d'esprit artistique ... Le débat n'est jamais central ni mis en avant, mais le contexte de l'ensemble donne un ton, un sentiment d'urgence dans un pays au bord de la crise. Dans ce contexte, tout ce que vivent les personnages devient alors un enjeu suprême, celui de survivre. C'est surtout ce contexte qui donne tout son sel à l'histoire, somme toute pas forcément originale mais très bien menée. Une simple histoire d'amour impossible, dans des relations qui ne peuvent arriver au bonheur. Chacun finira malheureux à sa façon, comme le disait si bien Tolstoï. Ce que j'aime, c'est que chaque personnage connaitra un drame personnel impossible à résoudre et que chacun de celui-ci sera le moteur de son histoire personnelle. Dans ce cadre-là, les interactions deviennent progressivement dure. La violence s'installe rapidement, implacablement et dans l'action les réflexions n'ont pas leurs places. C'est ce qui tisse la trame du drame qui se dénoue tout à la fin. J'ai beaucoup aimé certains détails de l'histoire assez important, tels la question des pêcheurs qui est remise en question par le nomade (qui ne les aime pas). Il y a une réflexion sur la constante de l'humain à créer des victimes dans ses sociétés, les gagnants d'hier devenant les victimes de demain. D'autre part, j'aime bien la façon dont l'histoire ne résout pas le conflit politique d'arrière-plan : rien n'est simple et rien ne sera géré aussi facilement que l'on voudrait. Le monde continue de tourner, c'est tout. L'ensemble est servi par le dessin de Alfred, dont j'avais déjà pu apprécier nombre de BD et qui convient parfaitement à l'ambiance ici. Même si je regrette un poil ne pas sentir le côté plus oriental que l'auteur semble vouloir développer, je trouve que certains passages sont magnifiques de grandiose et de pathétique, tout en ayant plusieurs idées de mise en scène intéressante (comme la police/milice toujours montrée comme une ombre menaçante et jamais humaine). En somme, une BD qui contient tout ce que je voulais lire et qui le fait bien. C'est avant tout un récit d'amour impossible, mais le tout mélangé à un contexte bien mis en valeur sans prendre pour autant le pas, dans une histoire qui évite d'être trop simpliste et manichéenne, mais qui contient aussi son lot de surprises. C'est à la fois prenant et également intense, une très très bonne lecture que je ne peux que recommander à tous. Pour ma part, je vais conserver cette série dans la section des relectures, sans aucun doute.
Les Naufragés du temps
En cherchant parmi les BD immanquables en matière de science fiction sur le site Bdtheque j’ai réalisé que « Les Naufragés du Temps » n’en faisait pas partie. Il est vrai qu’il s’agit d’une série commencée en 1974 et qui est peut être progressivement tombée dans l’oubli pour les nouvelles générations de lecteurs. Je me suis donc remis à la relecture des 10 albums qui composent la série et mon avis n’a guère changé: cette série est bien une des séries majeures en la matière. Il faut dire que l’univers de la série est foisonnant. Les hommes y côtoient des animaux, les Agents Gouvernementaux se retrouvent dans des tripots gérés par une créature à la tête de Tapir, et chaque planète offre un univers radicalement différent. Bref, cela ressemble étrangement à Star Wars par certains côtés. Toutefois la série démarre en 1974 avec Forest au Scénario et Gillon en dessin alors que le premier épisode de Star Wars ne sort qu’en 1977. À ce moment là, 4 tomes des « Naufragés du Temps » sont déjà parus. Je doute donc que George Lucas ait pu s’en inspirer. C’est donc avant tout cela la force de cette série, un univers futuriste foisonnant et très créatif. Le scénario est également particulièrement original : deux humains Valerie et Christophe Cavalieri, sont mis en hibernation et envoyés dans une capsule dans l’espace afin de pouvoir transmettre aux générations futures le remède d’un mal qui ronge la planète Terre. Ils seront recueillis mille ans plus tard dans un monde de nouveau envahi par un virus qui menace l’univers et a déjà réduit la Terre à l’état de barbarie. Cavalieri s’est implanté en lui le remède qui pourra vaincre ce fléau. Il va dès lors être être le jouet d’intérêts qui le dépassent. Tour à tour manipulé par un savant fou , Saravone Leobart, ou par cette créature dénommée le Tapir qui n’est qu’un contrebandier, directeur de cercle de jeux, Cavalieri est l’objet de toute les convoitises. Tous veulent connaître le remède à même de vaincre ce fléau afin d’asseoir leur pouvoir. Mais Cavalieri est également balancé entre plusieurs femmes. Valerie qui comme lui vient du passé qu’il ne cesse de vouloir retrouver après en avoir été séparé, sans que celle-ci lui en soit très reconnaissante. C’est le moins qu’on puisse dire. Il y a aussi Mara, un Agent du Gouvernement qui tombe amoureuse de lui presque immédiatement, mais aussi Quinine, la femme qui faute de vaccins en quantité suffisante est vouée à se transformer en oiseau. Accompagné du major Lisdal et du scientifique Otomoro, Christophe Cavalieri parviendra t-il à sauver le genre humain à l’approche de l’année 3000 ? A vous de le découvrir tout au long des 10 albums de la série. La caractéristique de cette série est que Forest n’est pas avare en texte. Certains habitués à des BD modernes trouveront cela un peu indigeste. En tout cas on ne peut pas dire que les albums d’environ 52 pages chacun se lisent vite, bien au contraire. Et lorsque Forest abandonnera la série après 4 épisodes, Gillon maintiendra le côté exhaustif des textes, si ce n’est dans les deux derniers albums. Le dessin de Gillon est pour moi fabuleux. Il faut avoir la possibilité de contempler ses planches originales qui font parfois près d’un mètre de long en noir et blanc pour réaliser le talent graphique de ce dessinateur disparu et sa maîtrise du noir et blanc. Et si certains dessinateurs primés à Angoulême n’ont jamais su dessiner les personnages féminins, force est de constater que Gillon ne connaît pas ce problème. Cette série qui, avec « Valérian » a marqué la bd Franco Belge de science fiction mérite d’être découverte ou redécouverte. Elle n’a en tout cas certainement pas mal vieilli.
Morocco Jazz
J'ai bien apprécié ce roman graphique de Julie Ricossé. Le thème de la libération du Maroc de l'emprise coloniale française est assez peu exploité par rapport aux événements indochinois ou algériens de la même époque. Cela permet de découvrir, à travers le scénario, des événements historiques peu connus. L'auteure réussit à créer une ambiance de la ville de Casablanca très crédible. Une ambiance où les différentes populations vivent sans se mélanger et où l'Etat de Droit n'existe que pour les Européens. A travers le destin croisé des trois jeunes femmes ce sont des révélations sur un épisode dramatique de l'histoire de France qui sont exposées. Une colonisation brutale, une police non cadrée qui voit dans la torture un moyen efficace pour remplir sa mission, une armée de conscrits hors de son rôle en devenant auxiliaire de police. Julie Ricossé dresse un sombre mais réaliste tableau des faits de 1954. Le romanesque à toute sa place pour faire le lien entre les différents chapitres du roman. Le graphisme est fin et dynamique. Les extérieurs de la ville de Casa sont très réussis. J'accroche moins avec les couleurs aquarelles mais cela donne une oeuvre vivante aux ambiances variées. Une belle lecture à la fois récréative et historique.